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Le paradoxe de Heidelberg : pour une économie tunisienne attractive et non plus seulement incubatrice

La nouvelle est tombée comme un symbole : Yasmine Yaakoubi, lauréate nationale du baccalauréat 2026 avec la moyenne historique de 20,01, s’apprête à s’envoler pour l’Allemagne afin d’y poursuivre ses études d’ingénierie à la prestigieuse Université de Heidelberg.

Derrière la fierté légitime de voir l’école républicaine tunisienne produire de tels esprits d’élite, se cache le grand paradoxe de notre modèle national. Nous excellons dans la production de notre « Software » humain, mais nous manquons cruellement du « Hardware » institutionnel et économique pour l’exploiter et le retenir.

 

De l’État incubateur à l’État draineur : le chaînon manquant

La trajectoire de cette brillante étudiante résume à elle seule le défi macroéconomique de la Tunisie moderne. Notre pays finance à grands frais la formation d’ingénieurs, de médecins, de financiers et de juristes de premier plan, pour ensuite observer leur départ immédiat vers les économies occidentales. En réalité, la Tunisie se comporte comme un incubateur gratuit pour le compte de puissances économiques qui n’ont plus qu’à cueillir des talents déjà opérationnels.

Ce constat impose une rupture doctrinale. La fuite des cerveaux n’est pas une fatalité culturelle, c’est le résultat mécanique d’un déficit d’attractivité de notre marché intérieur. Si nos talents s’exilent, ce n’est pas uniquement pour des raisons de rémunération financière ; c’est d’abord parce que notre modèle managérial national, fortement bureaucratique et hiérarchisé, offre trop peu de défis technologiques et d’espaces d’autonomie à la hauteur de leurs ambitions.

 

Moderniser la gouvernance pour capter l’intelligence

Pour inverser cette tendance, la Tunisie doit urgemment adapter ses structures aux réalités du XXIe siècle. Cela passe par deux chantiers prioritaires :

  • Le saut managérial des institutions publiques : nos grandes structures, notamment dans le secteur bancaire, industriel et administratif, doivent abandonner les grilles de gestion rigides héritées du siècle dernier. L’introduction de critères de performance objectifs, de l’automatisation des processus et de l’intelligence artificielle doit précisément servir à assainir nos environnements de travail de toute subjectivité pour y réintroduire la culture du mérite.
  • La création de pôles d’excellence technologique souverains : on ne retient pas un ingénieur de haut niveau avec des promesses de carrière linéaires. Il faut créer, sur le sol national, des projets industriels et numériques d’envergure — qu’il s’agisse de la transition énergétique, de la souveraineté des données ou de la numérisation de l’État — capables de rivaliser en termes de stimulation intellectuelle avec ce que Heidelberg ou la Silicon Valley peuvent offrir.

Piloter la diaspora : la circularité des compétences

Soyons réalistes : dans une économie globalisée, nous ne pourrons pas empêcher tous les départs, et le parcours international de nos élites reste une richesse. Mais si le départ est inévitable, l’absence de retour, elle, est une erreur de pilotage stratégique.

La Tunisie doit inventer un modèle de « circularité des compétences ». Cela implique de structurer juridiquement et fiscalement le statut de notre diaspora d’influence. Comment ? En créant des passerelles d’ingénierie inversée, permettant à nos cadres expatriés de diriger des projets nationaux à distance, d’auditer nos systèmes, de siéger dans nos comités de régulation ou d’investir de manière simplifiée dans des start-ups tunisiennes.

 

Choisir notre place dans la chaîne de valeur mondiale

Le succès de notre lauréate nationale confirme que le génie tunisien est intact. Notre système éducatif continue de concevoir un logiciel de très haute performance. La question cruciale qui se pose désormais aux décideurs économiques et politiques est simple : la Tunisie continuera-t-elle à n’être que la pépinière des autres, ou décidera-t-elle enfin de moderniser ses structures pour devenir le principal bénéficiaire de sa propre intelligence ?

La souveraineté numérique et économique de la Tunisie de demain ne se jouera pas dans l’importation de technologies clés en main, mais dans notre capacité à offrir à nos propres enfants un cadre national où leur génie peut s’exprimer, s’épanouir et transformer la réalité du pays.

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Les analyses et propos contenus dans cette tribune n’engagent que l’auteur.

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Le taux de l’épargne nationale à 5,3% en 2025

Si le contexte économique demeure serré, c’est qu’il y a certaines difficultés structurelles qui empêchent l’économie de redémarrer. La première d’entre elle est la faiblesse de l’épargne nationale.

Les dernières années étaient décevantes à ce niveau, et nous avons désormais les chiffres de 2025. Un redressement a été observé à 9 471 MTND, en hausse de 1,5 % par rapport à 2024, mais encore en deçà des 9 828 MTND enregistrés en 2023. Cette légère amélioration s’explique par la hausse de l’épargne intérieure, soutenue par la progression de l’activité économique. La croissance du PIB nominal (+8%) était plus rapide que celle de la consommation (+7,4%). À cela s’ajoute la contribution positive du secteur extérieur, notamment à travers l’augmentation des transferts effectués par les Tunisiens résidents à l’étranger, qui ont totalisé 11 445 MTND, soit 6,6% du PIB.

L’épargne de l’Administration Centrale a poursuivi son redressement pour la deuxième année consécutive, sous l’effet d’une progression des recettes propres, notamment fiscales, à un rythme plus soutenu que celui des dépenses de fonctionnement. Ainsi, l’excédent des ressources propres et dons par rapport aux dépenses courantes, (y compris les intérêts de la dette) est passé de 409 MTND en 2024 à 903 MTND en 2025.

Toutefois, par rapport au RNDB, le taux de l’épargne nationale a reculé à 5,3 % contre 5,6 % en 2024.

Globalement, ce niveau demeure faible et n’a permis de couvrir que 9,3% des dépenses d’équipement, contre 4,1% en 2024. D’ailleurs, le taux de financement intérieur de la FBCF, il a connu une baisse, revenant de 38,4% contre 35,4% une année auparavant. L’objectif de 2026 est d’atteindre une épargne de 11 021 MTND, soit un taux d’épargne de 5,7 %.

L’insuffisance de l’épargne intérieure est structurelle, liée notamment à la faiblesse des revenus, à une propension élevée à la consommation et à des déséquilibres budgétaires persistants. Dans ces conditions, le financement de la FBCF continue de dépendre largement des ressources extérieures, notamment à travers l’endettement extérieur et les flux nets d’investissements étrangers. C’est pourquoi l’endettement extérieur demeure vitale pour la croissance économique. Il faut juste l’orienter vers la création de valeur, pas vers les dépenses courantes.

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Tunisie : croissance en reprise et déséquilibres structurels toujours présents

Le « tableau de bord sur la compétitivité tunisienne de l’économie tunisienne » réalisé par l’ITCEQ en mai 2026 indique que les indicateurs de compétitivité de l’économie tunisienne montrent des évolutions différenciées sur la période récente.

Le PIB de la Tunisie progresse de 0,2 % en 2023 à 1,6 % en 2024 puis 3,2 % en 2025. Et ce, dans un contexte de reprise progressive de l’activité industrielle, de regain de certains secteurs exportateurs et de raffermissement de la demande intérieure.

Sur le plan externe, la part de marché des biens tunisiens sur le marché de l’Union européenne s’établit à 0,52 % en 2023 puis 0,53 % en 2024; contre 0,42 % en 2022. Une évolution associée notamment à la hausse des exportations d’huile d’olive liée à l’augmentation du prix moyen à l’export. La part de marché interne passe quant à elle de 43,1 % en 2022 à 51,6 % en 2025.

De son côté, le compte extérieur courant enregistre une amélioration avec un déficit moyen de 2,1 % entre 2023 et 2025, contre 6,9 % sur la période 2020-2022, en lien avec la reprise du secteur touristique et la hausse des transferts des Tunisiens résidents à l’étranger.

Pour sa part, le déficit budgétaire recule de 9,7 % du PIB en 2020 à 5,4 % en 2025, sous l’effet de l’évolution des recettes fiscales, de la maîtrise de la masse salariale et de la baisse des dépenses de compensation, notamment énergétiques.

Quant à l’endettement extérieur exprimé en pourcentage du revenu national brut disponible, il diminue de 62,7 % en 2020 à 44,1 % en 2024. Et ce, dans un contexte de remboursement du principal de la dette extérieure à long terme et de recours accru aux emprunts intérieurs. L’inflation atteint 8,3 % en 2022 puis 9,4 % en 2023, avant de reculer à 5,3 % en 2025.

Par ailleurs, les investissements directs étrangers représentent 1,9 % du PIB en 2025 contre 1,3 % en 2023; et 11,5 % de la formation brute de capital fixe contre 8,1 % en 2023, avec une concentration dans le secteur manufacturier, suivi de l’énergie et des services. Le taux d’investissement demeure à 16 % du PIB sur la période 2021-2025. Tandis que l’ICOR recule pour atteindre 5,5 en 2025. Le taux d’épargne nationale se situe à 5 % en 2024 et 6 % en 2025.

La pression fiscale s’établit à 25,4 % en 2023, 25,1 % en 2024 et 24,7 % en 2025. La part des créances impayées passe de 15,7 % en 2024 à 16,8 % en 2025. Le marché boursier enregistre une progression avec un volume des transactions de titres à 2,9 % du PIB en 2025 contre 1,8 % en 2023, et une capitalisation boursière à 18,9 % du PIB contre 16 % en 2023.

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