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Commerce extérieur : Le déficit atteint 17,85 milliards de dinars en huit mois

Le commerce extérieur tunisien poursuit sa progression en valeur, mais l’écart entre exportations et importations continue de se creuser. Sur les huit premiers mois de 2026, les exportations ont augmenté de 8%, à 44,672 milliards de dinars, tandis que les importations ont progressé de 11,6%, à 62,525 milliards. Résultat : le déficit commercial atteint 17,854 milliards de dinars, contre 14,639 milliards un an auparavant.

Les importations creusent l’écart

Les données publiées le 12 septembre par l’Institut national de la statistique (INS) montrent une aggravation de 3,215 milliards de dinars du déficit sur un an. Le taux de couverture des importations par les exportations recule parallèlement de 73,9% à 71,4%.

Cette évolution traduit surtout une différence de rythme. Les exportations gagnent près de 3,3 milliards de dinars sur un an, mais les importations augmentent de plus de 6,5 milliards. La progression des achats extérieurs concerne l’ensemble des grands groupes de produits : les produits énergétiques augmentent de 28,5%, les produits alimentaires de 17,1%, les biens de consommation de 8,2%, les matières premières et demi-produits de 7,9% et les biens d’équipement de 6,2%.

L’énergie pèse la moitié du déficit

La facture énergétique reste le principal point de pression. Le déficit du groupe des produits énergétiques atteint 8,930 milliards de dinars, soit pratiquement la moitié du déficit commercial total. Il était de 7,148 milliards sur les huit premiers mois de 2025.

Les autres principaux déficits concernent les matières premières et demi-produits, à 4,544 milliards de dinars, les biens d’équipement, à 3,126 milliards, et les biens de consommation, à 2,237 milliards. Hors énergie, le déficit s’établit à 8,924 milliards de dinars.

L’huile d’olive soutient les exportations

Du côté des ventes extérieures, plusieurs secteurs affichent une progression. Les industries mécaniques et électriques augmentent de 8,5%, tandis que les industries agroalimentaires progressent de 20,8%.

L’huile d’olive constitue l’un des principaux moteurs de cette amélioration : les exportations de ce produit atteignent 3,770 milliards de dinars, contre 2,702 milliards un an plus tôt. Les ventes de produits énergétiques progressent également de 44,3%, notamment grâce aux produits raffinés.

À l’inverse, les exportations des secteurs des mines, phosphates et dérivés reculent de 12%, tandis que le textile, l’habillement et le cuir enregistrent une baisse de 4,8%.

Des écarts également visibles sur les marchés voisins

L’Union européenne reste de loin le principal débouché des exportations tunisiennes, avec 70,2% du total. Les ventes progressent notamment vers la France (+3,4%), l’Italie (+5,2%) et l’Allemagne (+2,1%).

La situation est plus contrastée avec plusieurs partenaires arabes. Les exportations augmentent fortement vers l’Égypte (+76,6%) et l’Arabie saoudite (+50,4%), mais reculent vers le Maroc (-25,1%), l’Algérie (-13,1%) et la Libye (-1,1%).

À huit mois, le commerce extérieur tunisien affiche donc une double réalité : une capacité d’exportation qui continue de progresser, mais qui reste insuffisante pour compenser l’accélération des importations, avec une facture énergétique qui absorbe à elle seule la moitié du déficit.

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Tunisie-Europe | Tension diplomatique et risque économique

Banques, financement, technologie : pourquoi Tunis doit renforcer ses marges de manœuvre sans tourner le dos à l’Europe. Il faut prendre acte d’un changement de registre. Le 8 septembre 2026, à Genève, devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, l’Union européenne (UE) a exprimé publiquement ses inquiétudes concernant la situation politique et civique en Tunisie, évoquant notamment une «érosion de l’État de droit» et un «rétrécissement de l’espace civique», tout en appelant au «rétablissement de l’État de droit».

Abdelwaheb Ben Moussa *

Cette déclaration intervient quelques jours après la confirmation, le 3 septembre, des condamnations dans l’affaire dite du «complot» et après une première réaction européenne portant notamment sur les garanties des procédures judiciaires.

Bruxelles a par ailleurs annoncé son intention de porter ces questions devant le prochain Conseil d’association UE-Tunisie. Il serait toutefois réducteur de considérer cette séquence comme une simple controverse diplomatique. Le véritable enjeu est désormais de savoir comment une tension politique peut se transmettre — ou non — aux mécanismes économiques qui relient la Tunisie à son principal espace commercial, financier et technologique.

Depuis le Mémorandum d’entente de juillet 2023, le partenariat UE-Tunisie s’est largement structuré autour d’intérêts communs : migration, sécurité, stabilité économique, énergie et coopération. La séquence actuelle introduit une dimension supplémentaire. L’UE réaffirme désormais publiquement que le partenariat comporte également une dimension normative. Cela ne signifie pas mécaniquement sanctions, rupture commerciale ou fermeture des financements. Mais cela peut modifier la perception du risque. Et dans une économie fortement interconnectée, la perception du risque peut elle-même produire des effets économiques.

Les principaux canaux : la banque et la technologie

Le risque le plus crédible n’est pas nécessairement celui d’une rupture brutale. Il peut être beaucoup plus diffus : davantage de contrôles, des procédures plus longues, une vigilance accrue sur la gouvernance, les flux transfrontaliers et l’environnement institutionnel.

Lorsque l’incertitude augmente, les acteurs financiers ont naturellement tendance à renforcer leurs dispositifs de protection. Pour une économie comme la Tunisie, cette friction peut devenir coûteuse.

Le financement du commerce extérieur, les garanties, les correspondances bancaires, les lignes de crédit, les investissements et les opérations en devises forment en effet une chaîne étroitement interdépendante. Quelques degrés supplémentaires de friction sur chacun de ces maillons peuvent finir par peser sur l’ensemble de l’économie. La question n’est donc pas seulement celle du volume des échanges avec l’Europe. Elle est aussi celle de l’infrastructure financière qui permet à ces échanges de fonctionner.

Le même raisonnement vaut pour l’écosystème numérique. La proximité avec l’Europe constitue l’un des principaux atouts de la Tunisie : ingénieurs, développeurs, centres de services, sous-traitance, nearshoring, co-développement et startups. Mais une proximité économique ne doit pas devenir une dépendance à faible valeur ajoutée.

Le véritable risque n’est pas nécessairement celui d’un départ massif des entreprises européennes. Il est plus progressif : voir les activités à forte valeur ajoutée, les sièges sociaux, les financements et la propriété intellectuelle se localiser ailleurs, tandis que la Tunisie conserve principalement les fonctions d’exécution.

Produire de la technologie en Tunisie n’est pas encore la même chose que posséder la valeur créée par cette technologie. La question stratégique est donc celle de la propriété intellectuelle, des brevets, des données, des plateformes, des financements et de la capacité à faire émerger des entreprises tunisiennes capables de conserver une part significative de la valeur créée.

Eviter le piège du repli et construire des amortisseurs

La réponse ne peut être ni la rupture avec l’Europe ni le repli économique. La Tunisie a tout intérêt à maintenir et approfondir son partenariat européen. Mais elle a également intérêt à diversifier ses marchés, ses sources de financement, ses partenariats technologiques et ses débouchés.

La souveraineté économique ne signifie pas ne dépendre de personne. Elle signifie disposer de suffisamment de marges de manœuvre pour pouvoir choisir ses dépendances. La diversification n’est donc pas un rejet de l’Europe. Elle est la condition d’un partenariat plus équilibré avec l’Europe.

La séquence actuelle devrait surtout accélérer plusieurs chantiers.

– renforcer la résilience bancaire : les banques tunisiennes doivent disposer de systèmes de conformité, de gouvernance, de gestion des risques et de traçabilité capables de répondre aux exigences internationales les plus élevées. L’objectif est de rendre le risque tunisien mesurable, documenté et maîtrisable, plutôt que de laisser les perceptions extérieures le définir seules ;

– protéger davantage la valeur technologique créée en Tunisie ; former des ingénieurs pour répondre à la demande extérieure ne suffit plus. Il faut créer les conditions permettant à ces compétences de construire en Tunisie des entreprises, des produits, des brevets et des plateformes dont la valeur économique reste, pour une part significative, sur le territoire national ;

– diversifier activement les partenariats : Europe, Afrique, Royaume-Uni, Moyen-Orient et Asie ne doivent pas être considérés comme des alternatives exclusives, mais comme les composantes d’une stratégie de diversification. Un pays qui dispose de plusieurs débouchés négocie différemment d’un pays qui n’en possède qu’un ;

– enfin, reconnecter souveraineté énergétique et souveraineté économique : une Tunisie fortement dépendante de ses importations énergétiques reste exposée aux besoins de devises, aux financements extérieurs et aux chocs internationaux. Chaque progrès en matière d’efficacité énergétique, d’énergies renouvelables, de production nationale et de valorisation des ressources réduit donc une vulnérabilité extérieure.

La souveraineté énergétique n’est pas un slogan. Elle constitue une composante de la souveraineté financière, qui conditionne à son tour la marge de manœuvre stratégique du pays.

Ne pas attendre que le risque devienne une facture

La Tunisie ne peut pas contrôler le registre dans lequel ses partenaires européens choisissent désormais de s’exprimer. Elle peut en revanche contrôler son propre niveau de vulnérabilité, renforcer ses banques, sécuriser ses infrastructures numériques ; retenir davantage de propriété intellectuelle ; diversifier ses marchés ; et réduire sa dépendance énergétique ; et améliorer la qualité et la prévisibilité de son environnement économique et institutionnel.

Surtout, elle peut cesser de concevoir la souveraineté uniquement comme une posture défensive. La souveraineté moderne est une architecture d’exécution. Elle consiste à disposer de suffisamment de ressources, de compétences, de technologies, de financements et de partenaires pour que la pression extérieure — quelle qu’en soit l’origine — ne puisse pas se transformer facilement en vulnérabilité intérieure.

L’Europe a changé de registre. À la Tunisie de changer d’échelle. Non pas en rompant avec l’Europe, elle n’en ni l’intérêt ni les moyens, mais en faisant en sorte que le partenariat avec l’Europe soit un choix stratégique — et non une nécessité subie.

* Ingénieur informatique, cadre de banque publique.  

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