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Crise de liquidités de la CNAM : le grand «rafistolage» d’un système à bout de souffle

En cet été 2026, le système de protection sociale en Tunisie traverse une tempête financière d’une gravité inédite qui menace d’ébranler les fondations mêmes de l’accès aux soins pour des millions de citoyens. L’épicentre de cette crise se situe au niveau de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM), dont les retards de paiement de plus en plus lourds ont poussé les prestataires de soins du secteur privé au bord de la rupture contractuelle. Pour éviter une suspension catastrophique du système du tiers payant, des accords de dernière minute ont été conclus à l’arraché au début du mois de juillet.

Dans le cadre du tiers payant, les prestataires de soins conventionnés avec la CNAM perçoivent de l’assuré social 30% du montant global des frais de soins. Le reliquat fait l’objet d’un décompte adressé au centre régional ou local de la caisse, afin qu’elle procède au paiement intégral du prestataire de soins dans un délai ne dépassant pas quelques semaines ouvrables à compter de la date de réception du décompte et ce, par virement bancaire ou postal au compte indiqué dans le dossier d’adhésion.

Cependant, loin de marquer la fin de la crise, ces compromis fragiles ne résolvent rien sur le fond. En se contentant de calmer la colère des professionnels de santé à coups de promesses de règlements à court terme, la CNAM et le ministère des Affaires sociales s’adonnent à une pure politique de «rafistolage». Cette gestion à vue de la pénurie de liquidités permet d’éviter temporairement la paralysie des soins, mais elle occulte sciemment l’urgence absolue d’une réforme profonde et structurelle du régime d’assurance maladie et du système des retraites, qui sont plus que jamais interdépendants. 

Un tiers payant sous perfusion et une gestion au jour le jour 

L’alerte est maximale au niveau des syndicats des prestataires de soins privés qui refusent désormais de servir de variables d’ajustement financier. À l’issue d’une réunion cruciale tenue le mercredi 8 juillet 2026, l’Intersyndicale des professions médicales dans le secteur privé a fustigé la dégradation continue d’une situation qu’elle avait déjà dénoncée lors d’une première mise en garde en décembre 2025. Ce collectif regroupe des piliers de la santé libérale en Tunisie tels que le Syndicat tunisien des médecins libéraux (STML), le Syndicat tunisien des médecins dentistes de libre pratique (STMDLP), le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (SPOT), le Syndicat tunisien des biologistes privés (STBP) et les chambres syndicales nationales des cliniques privées et des centres d’hémodialyse affiliés à l’UTICA. Tous s’accordent à dire que les retards de remboursement accumulés asphyxient l’équilibre financier des structures sanitaires privées et font peser un risque immédiat sur la continuité des prestations dues aux assurés sociaux.

Face au spectre imminent d’un blocage généralisé du mécanisme du tiers payant, le ministère des Affaires sociales a multiplié les interventions d’urgence pour colmater les brèches. Le 2 juillet 2026, le SPOT a annoncé la poursuite du système du tiers payant dans les pharmacies conventionnées, suite à des engagements de la CNAM de couvrir les mois de mai et juin, tout en promettant d’établir un accord-cadre clair pour les six mois à venir afin de stabiliser la relation contractuelle.

Une dizaine de jours plus tard, le Syndicat tunisien des biologistes privés a emboîté le pas en suspendant sa décision de mettre fin au tiers payant après une réunion de crise avec le ministre des Affaires sociales et les dirigeants de la caisse. Néanmoins, à l’instar de l’ensemble de la profession, les biologistes préviennent que ce sursis reste strictement conditionné au respect rigoureux et ponctuel par la CNAM de ses engagements financiers. Ces suspensions successives des arrêts de travail illustrent la précarité extrême du régime actuel d’assurance maladie.

La CNAM, «banquière forcée» des caisses de retraite en faillite

De son côté, le secteur public de la santé subit tout aussi violemment l’incapacité de la CNAM à honorer ses dettes. Selon les données alarmantes dévoilées le 6 juillet par le secrétaire général du Syndicat des médecins, des pharmaciensdes médecins-dentistes hospitalo-universitaires, la CNAM traîne une ardoise astronomique de 2,2 milliards de dinars de dettes impayées envers les hôpitaux publics. Cette rétention forcée de fonds tarit les budgets des structures hospitalières étatiques, les privant des ressources nécessaires pour renouveler leurs équipements, assurer la maintenance technique indispensable et s’approvisionner régulièrement en consommables médicaux de base. 

Le système sanitaire tunisien dans sa globalité, public comme privé, se retrouve pris en otage par cette crise de liquidités. Le «rafistolage» opéré en urgence auprès des syndicats libéraux n’est qu’une infime digue face à un océan de dettes systémiques, qui fragilise directement le droit constitutionnel des citoyens à la santé.

Pour comprendre les racines de cette pénurie chronique de liquidités, il convient de dépasser les symptômes pour analyser les flux réels de la sécurité sociale tunisienne. Le grand paradoxe de la CNAM réside dans le fait qu’elle n’est pas structurellement déficitaire, si l’on s’en tient au volume théorique des cotisations sociales qui lui sont allouées. Son incapacité à rembourser ses prestataires découle d’un «mécanisme de vases communicants institutionnalisé» et destructeur pour le secteur de la santé.

Les cotisations d’assurance-maladie prélevées à la source sur les salaires des secteurs public et privé sont centralisées, mais elles sont détournées de leur destination initiale. La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) et la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale (CNRPS) font face à des déficits abyssaux, creusés par le vieillissement de la population, la stagnation de l’emploi formel et le poids écrasant de l’économie informelle. Pour le ministère des Affaires sociales, l’interruption ou le retard du versement des pensions de retraite aux centaines de milliers de seniors tunisiens représenterait une ligne rouge. 

Le choix politique de court terme a donc été d’utiliser depuis 2015 les ressources de la CNAM (ses parts légitimes dans les cotisations sociales) pour maintenir à flot la CNSS et la CNRPS, afin qu’elles puissent poursuivre le versement des pensions. En transformant l’assurance maladie en tiroir-caisse forcé des régimes de retraite en faillite, l’État vide la CNAM de ses liquidités courantes, l’empêchant de payer les pharmaciens, les biologistes et les hôpitaux publics.

L’évitement de la réforme ou l’art de repousser l’inévitable

Les autorités compétentes esquivent ainsi, une fois de plus, les réformes de fond indispensables du régime d’assurance-maladie et, par extension, d’un système de retraite structurellement failli. Les accords fragiles avec les prestataires de soins privés agissent comme de simples analgésiques sur un corps social profondément malade, maintenant le système en état de sursis permanent. Ce traitement symptomatique au coup par coup démontre un refus obstiné des autorités de s’attaquer aux causes réelles du mal par de grandes réformes. Pour sortir définitivement de cette impasse, une refonte courageuse s’impose à travers plusieurs leviers majeurs. Il s’agit, en premier lieu, d’instaurer une indépendance financière de la CNAM, grâce à une étanchéité budgétaire stricte et absolue, garantissant que chaque dinar cotisé par les travailleurs pour la santé soit sanctuarisé et exclusivement affecté aux prestations médicales et hospitalières.

Le deuxième chantier consiste à réformer les régimes de retraite. Cela passe nécessairement par une réévaluation des âges légaux de départ à la retraite, un réajustement des taux de contribution, une lutte implacable contre le secteur informel pour élargir l’assiette des cotisants, l’instauration de nouvelles taxes parafiscales sur les comportements à risque et les produits nocifs pour la santé (tabac, alcool, usines polluantes, etc.).

Les récents protocoles d’accord conclus en juillet 2026 pour préserver le mécanisme du tiers payant ne sont, en somme, qu’un cautère sur une jambe de bois. Ils offrent au gouvernement quelques mois de répit, mais laissent les causes profondes de la crise intactes. On ne peut indéfiniment financer les pensions de retraite en «affamant» l’assurance-maladie et en asphyxiant les hôpitaux publics. À force de privilégier le colmatage d’urgence au détriment d’une réingénierie globale du modèle de protection sociale, les décideurs s’exposent à un réveil brutal où le système de solidarité nationale finira par s’effondrer définitivement, laissant les assurés sociaux seuls face aux coûts prohibitifs de la maladie.

Walid KHEFIFI

 

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Crise de la CNAM : des impayés chroniques qui rongent tout un secteur  

Deux ultimatums coup sur coup viennent de placer la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) sous pression cet été 2026. Le premier, lancé par le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (SPOT), expirait le 1er juillet ; le second, porté par les fournisseurs de dispositifs médicaux et qui court jusqu’au 31 août !

Deux fronts, une même colère

Le 24 juin, le SPOT a menacé de suspendre la prise en charge des assurés, son président Zoubeir Guiga évoquant environ 80 MDT de créances et des retards de paiement de trois à quatre mois.

Un protocole d’accord signé en janvier entre les deux parties est aujourd’hui qualifié de « mort-né » par l’ancien président du syndicat, Naoufel Amira. Une cellule de crise a été mise en place le 30 juin et une réunion présidée par le ministre des Affaires sociales est prévue à la mi-juillet.

Côté équipements médicaux, la Chambre syndicale des dispositifs médicaux de l’UTICA dénonce des impayés remontant dans certains cas à 2020, touchant plus de 600 entreprises. Il s’agit d’une crise de liquidités inédite, à laquelle font face ces entreprises qui ne sont pas loin de suspendre toute activité de livraison et de maintenance.

Un excédent qui n’existe qu’en comptabilité

La situation de la CNAM est d’autant plus paradoxale que ses derniers comptes publics, arrêtés à 2022, affichent un résultat net dépassant le milliard de dinars sur deux exercices de suite. Néanmoins, cet excédent est virtuel, il ne se lit que dans les écritures comptables. L’essentiel provient de créances de la CNSS et la CNRPS, qui collectent les cotisations pour son compte : elles représentent 82% du bilan et progressent chaque année plus rapidement que le résultat lui-même.

Concrètement, la CNAM comptabilise des créances qu’elle ne peut pas encaisser, pas de l’argent liquide. La trésorerie réelle, elle, plafonne à 75,5 MDT fin 2022, à peine de quoi couvrir la dette envers les pharmaciens. Et le phénomène se propage en cascade, faute d’être payée, la caisse ne paie pas à son tour, ce qu’elle doit aux hôpitaux et cliniques grimpe de 44% en deux ans. Autre problème, aucun exercice postérieur à 2022 n’a été publié, ce qui prive parlementaires et créanciers de toute visibilité sur la situation actuelle.

Un frein pour tout un secteur

Au-delà de la crise de liquidités immédiate, ces impayés chroniques dissuadent l’investissement dans le secteur médical. Les entreprises de dispositifs médicaux, contraintes de financer la CNAM sur leurs propres fonds, gèlent leurs projets d’extension et, pour certaines, cessent carrément d’importer.

Un poste client aussi dégradé pèse également sur leur accès au crédit bancaire, les banques étant naturellement plus frileuses face à des créances qui traînent depuis parfois quatre ans. D’autant que l’absence de comptes publiés depuis 2022 n’arrange rien, elle rend le risque de contrepartie de la caisse illisible pour tout investisseur ou distributeur étranger qui voudrait s’implanter sur le marché tunisien de la santé.

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La Caisse nationale d’assurance maladie lance sa nouvelle plateforme E-CNAM

La Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) a lancé une nouvelle plateforme numérique baptisée E-CNAM, appelée à remplacer l’ancien espace web utilisé par les prestataires de soins conventionnés. Au-delà d’un simple changement d’interface, cette évolution s’inscrit dans la modernisation des services numériques de la Caisse et vise à simplifier les démarches des professionnels de santé.

La transformation numérique des services publics se poursuit. Après plusieurs années d’utilisation, l’ancien portail destiné aux prestataires de soins conventionnés de la CNAM laisse place à E-CNAM, une plateforme développée pour offrir davantage de fonctionnalités, améliorer la sécurité informatique et faciliter l’accès aux services en ligne.

Une plateforme plus sécurisée

Selon la CNAM, E-CNAM reprend l’ensemble des services disponibles sur l’ancien espace web tout en intégrant de nouvelles fonctionnalités destinées à améliorer la qualité des prestations offertes aux professionnels de santé.

Cette évolution répond également à un impératif technique. L’ancienne plateforme reposait sur des technologies devenues obsolètes, dont la maintenance et les mises à jour, notamment en matière de cybersécurité, ne pouvaient plus être assurées dans des conditions satisfaisantes.

En renouvelant son infrastructure numérique, la CNAM entend renforcer la fiabilité de ses services et mieux répondre aux exigences actuelles en matière de protection des données et de continuité de service.

Une migration simplifiée pour les utilisateurs

Afin d’accompagner la transition, la CNAM mettra en ligne dès la semaine prochaine un service permettant aux prestataires déjà inscrits sur l’ancien portail de migrer automatiquement vers E-CNAM.

Cette opération pourra être réalisée à distance, sans déplacement dans les centres régionaux ou locaux de la Caisse. Les utilisateurs conserveront leurs identifiants et leurs mots de passe actuels, ce qui devrait faciliter leur prise en main de la nouvelle plateforme.

Cette procédure vise à assurer une transition fluide tout en limitant les démarches administratives pour les professionnels concernés.

Une étape supplémentaire dans la digitalisation de la CNAM

Avec E-CNAM, la Caisse poursuit la modernisation de ses services numériques à destination des médecins, pharmaciens, biologistes, dentistes, cliniques et autres prestataires conventionnés.

L’objectif est de fluidifier les échanges avec les professionnels de santé, de faciliter le suivi des dossiers et de renforcer l’accès aux informations administratives grâce à des outils numériques plus performants.

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