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Capacités productives: 99e mondiale, la Tunisie devance le Maroc et l’Algérie, mais…

La Tunisie fait partie des économies africaines qui disposent du socle productif le plus solide. Mais elle n’en tire pas encore tout le potentiel. C’est, en creux, ce que raconte le nouvel Indice des capacités productives (PCI) de la CNUCED. Avec un score de 47,2 sur 100 en 2024, la Tunisie se classe au 99e rang mondial parmi 195 économies. Un résultat qui la place devant une grande partie du continent, sans pour autant la rapprocher des économies les plus performantes à l’échelle mondiale.

Le PCI ne mesure pas uniquement ce qu’un pays produit aujourd’hui. Il cherche à regarder les capacités qui permettent de produire davantage demain. Capital humain, technologies, énergie, transports, institutions, secteur privé, capital naturel et changement structurel sont pris en compte dans l’indice. C’est justement cette lecture qui rend le cas tunisien intéressant. Le pays possède plusieurs atouts, mais ceux-ci ne progressent pas au même rythme.

Le premier contraste apparaît dans les technologies de l’information et de la communication. Avec un score de 58,7, les TIC constituent la dimension la mieux notée dans le profil tunisien. La Tunisie dispose donc d’une base numérique relativement favorable. Cela compte dans une économie où les services, l’industrie et même l’accès aux marchés extérieurs dépendent de plus en plus des infrastructures numériques.

Mais le numérique ne fait pas tout. Un bon niveau de capacité technologique ne se transforme pas automatiquement en gains de productivité. Pour que cet avantage pèse davantage sur l’économie, il doit se retrouver dans les entreprises, dans leurs procédés de production, dans leur capacité à innover et surtout dans les produits et services qu’elles arrivent à vendre à l’extérieur.

Le changement structurel obtient également un score supérieur à la moyenne tunisienne, à 55,4. C’est probablement l’un des éléments les plus intéressants du profil du pays. La Tunisie n’est pas une économie figée autour d’un seul secteur. Elle dispose d’une industrie exportatrice, d’un secteur des services développé et de plusieurs activités qui l’insèrent dans les chaînes de valeur internationales.

Le problème est plutôt celui de la profondeur de cette transformation. Changer de structure productive ne signifie pas nécessairement monter suffisamment en gamme. Une économie peut diversifier ses activités tout en restant concentrée sur des segments où la valeur ajoutée demeure limitée. Le véritable saut consiste à passer de la sous-traitance et de l’assemblage vers davantage de conception, de recherche, d’innovation et de production à forte valeur ajoutée.

Le capital humain, avec 50,6, se situe lui aussi au-dessus du score global. La Tunisie dispose depuis longtemps d’un avantage dans ce domaine. Mais ici encore, le chiffre doit être lu avec un peu de recul. Former des diplômés ne suffit pas. Encore faut-il que les entreprises puissent utiliser ces compétences, que les secteurs productifs évoluent suffisamment vite pour les absorber et que les profils qualifiés trouvent des perspectives dans l’économie nationale.

Le même raisonnement peut être appliqué à l’énergie, qui affiche un score de 51. Cette capacité devient pourtant de plus en plus stratégique pour l’industrie tunisienne. Le coût de l’énergie, la transition vers les renouvelables et les nouvelles exigences environnementales des marchés extérieurs vont progressivement peser sur les décisions d’investissement et sur la compétitivité des entreprises.

C’est dans les transports que le décalage devient le plus visible. La dimension obtient un score de 32,2, très inférieur au résultat global. Pour une économie ouverte comme celle de la Tunisie, ce n’est pas un détail.

La performance d’une entreprise exportatrice ne dépend pas uniquement de ce qu’elle sait produire. Elle dépend aussi de la facilité avec laquelle elle peut faire entrer ses matières premières, déplacer ses marchandises et les expédier vers ses clients. Chaque retard, chaque surcoût logistique ou chaque rupture dans la chaîne de transport réduit une partie de l’avantage que peuvent procurer les compétences ou la compétitivité industrielle.

C’est probablement l’un des points sur lesquels le PCI apporte une lecture utile du problème tunisien. Le pays dispose d’un tissu productif et d’un capital humain relativement solides, mais certaines infrastructures ne suivent pas au même rythme. Le risque est alors de disposer de capacités qui restent sous-utilisées.

Le secteur privé présente un autre résultat à surveiller, avec un score de 44,5. Là encore, le sujet dépasse la création d’entreprises. La question est celle de leur capacité à investir, à innover et surtout à changer d’échelle.

La Tunisie compte de nombreuses PME et un tissu entrepreneurial actif. Mais passer d’une petite entreprise à une entreprise capable d’investir lourdement, d’exporter sur plusieurs marchés ou de financer sa propre innovation reste difficile. L’accès au financement, la taille du marché intérieur et les contraintes administratives pèsent alors sur la trajectoire de croissance.

Le score de 47,3 obtenu dans la dimension institutionnelle se situe quasiment au niveau général du pays. Ce n’est pas le plus mauvais résultat du profil tunisien, mais ce n’est pas non plus un avantage marqué. Or, les institutions jouent un rôle transversal. Elles donnent aux entreprises le degré de visibilité nécessaire pour investir, recruter et développer des projets qui se construisent sur plusieurs années.

Le classement africain permet de remettre ces résultats en perspective. La Tunisie fait partie des économies les mieux positionnées du continent, aux côtés notamment de l’Afrique du Sud et du Maroc. Les économies insulaires de Maurice et des Seychelles figurent également parmi les meilleures performances africaines.

Mais cette position ne doit pas être interprétée comme une avance confortable. Elle signifie surtout que la Tunisie dispose d’une base productive plus diversifiée que beaucoup d’autres économies africaines. À l’échelle mondiale, l’écart reste important avec les économies développées.

C’est là que le PCI devient plus intéressant qu’un simple classement. Il permet de voir où se situe la Tunisie, mais surtout pourquoi elle n’est pas plus haut.

Le pays possède les compétences. Il possède une base industrielle. Il dispose d’un niveau numérique appréciable et d’une économie relativement diversifiée. Mais les maillons ne sont pas toujours suffisamment connectés. La recherche ne se transforme pas assez rapidement en produits. Les compétences ne trouvent pas toujours leur place dans les secteurs les plus dynamiques. Les entreprises capables d’exporter restent confrontées à des contraintes de financement et de logistique.

Le sujet n’est donc plus vraiment de construire une capacité productive à partir de rien. Il est de faire fonctionner ensemble celles qui existent déjà.

Cette question devient d’autant plus importante que la compétition internationale évolue. Les entreprises cherchent désormais des territoires capables de proposer non seulement une main-d’œuvre compétitive, mais aussi des infrastructures fiables, des compétences techniques, de l’énergie, des services numériques et un environnement permettant d’investir sur le long terme.

Sur ce terrain, la Tunisie possède plusieurs cartes. Mais le PCI montre aussi que certaines d’entre elles sont encore mal jouées.

Le score global de 47,2 ne raconte donc ni une réussite éclatante ni un décrochage. Il décrit plutôt une économie qui dispose d’un potentiel productif réel, mais dont les performances restent limitées par quelques maillons faibles. Le transport en est le cas le plus visible. Le financement et la capacité de passage à l’échelle des entreprises constituent d’autres points de vigilance.

Pour la Tunisie, l’enjeu des prochaines années sera moins de multiplier les atouts que de mieux les relier. Une meilleure articulation entre formation et industrie, numérique et productivité, investissement et innovation, production et logistique pourrait faire davantage pour la montée en gamme que l’accumulation de nouveaux dispositifs pris séparément.

Le PCI place ainsi la Tunisie dans une position plutôt confortable à l’échelle africaine, mais suffisamment loin des meilleurs scores mondiaux pour rappeler une réalité simple: avoir les capacités ne suffit pas. Encore faut-il réussir à les transformer en production, en innovation et en valeur ajoutée.

 

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Tunisie – Inde : le capital humain au cœur de 62 ans de coopération

La coopération entre le Tunisie et l’Inde mise sur la formation et le développement des compétences pour consolider un partenariat construit depuis plus de six décennies.

Le capital humain s’impose comme l’un des piliers de la coopération entre la Tunisie et l’Inde. À l’occasion de l’ITEC Day 2026, l’Ambassade de l’Inde à Tunis a réuni plus de 100 anciens bénéficiaires du programme indien de coopération technique et économique (ITEC), mettant en avant l’importance de la formation et du renforcement des compétences.

La rencontre, organisée dans le cadre de la célébration de 62 ans de partenariat tuniso-indien, a été marquée par la présence de l’ambassadrice de l’Inde en Tunisie, Dr Devyani Uttam Khobragade, et du ministre tunisien Mourad Bellassoued, invité d’honneur.

Les échanges ont notamment porté sur la contribution du programme ITEC au développement du capital humain, à l’acquisition de compétences professionnelles et au renforcement des capacités. Depuis plusieurs années, le dispositif constitue un cadre de formation et d’échange entre les deux pays.

Au-delà du transfert de connaissances, l’ITEC contribue également à tisser des liens durables entre les professionnels et les institutions tunisiennes et indiennes. Les anciens bénéficiaires réunis à Tunis incarnent une dimension humaine de la coopération, fondée sur le partage d’expériences, les compétences et la création de passerelles entre les deux pays.

À travers cette dynamique, la Tunisie et l’Inde entendent inscrire leur partenariat dans la durée, en faisant du développement des compétences et du capital humain un levier de rapprochement et de coopération.

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Moteur bloqué à 2 %, quotidien paralysé : ce qui freine la croissance tunisienne

Investissement en berne, capital humain sous-exploité, secteurs d’activité en perte de vitesse, financement frileux… Dans une déclaration à L’Économiste maghrébin, Ghazi Boulila, expert économiste, décortique les verrous qui enferment la croissance tunisienne autour de 2 % et plaide pour un changement de modèle.

Ghazi Boulila estime que tout débat sur la performance économique du pays gagne à commencer par une clarification : croissance et développement ne sont pas synonymes. La première mesure la variation de la richesse produite, à travers l’évolution du PIB. Le second suppose que cette richesse se traduise par une amélioration visible et qualitative de la vie des citoyens. Or la Tunisie échoue sur les deux tableaux, estime l’expert, car une croissance trop faible ne peut produire de développement tangible.

L’économiste appuie son diagnostic sur le revenu par habitant, qui ramène la richesse nationale à chaque citoyen. Celui-ci ne progresse que d’environ un point par an, un rythme insuffisant pour un pays en développement censé rattraper des économies plus avancées. Pour amorcer une véritable convergence, la croissance devrait être sensiblement plus soutenue, de l’ordre de 4 points, afin que le niveau de vie du Tunisien s’améliore sensiblement.

Les projections de la Banque mondiale vont dans le même sens. Dans son dernier Tunisia Economic Monitor, publié le 22 septembre 2026, l’institution de Bretton Woods relève une croissance de 2,7 % en 2025, puis de 2,4 % en glissement annuel au premier semestre 2026. Elle table sur 2,3 % pour l’ensemble de l’année, avant une moyenne de 2,1 % sur 2027-2028.

Investissement : un moteur qui cale

Premier facteur de blocage : l’investissement, que Ghazi Boulila compare au moteur d’une voiture. Son taux est tombé à seulement 15,4 % du PIB en 2025, un niveau particulièrement faible au regard des besoins de l’économie tunisienne. Selon l’économiste, il faudrait viser entre 25 % et 30 % du PIB pour retrouver une dynamique de croissance plus soutenue. Le privé recule, le public aussi : entre un déficit budgétaire élevé et un service de la dette de plus en plus lourd, l’État dispose de moins en moins de marges pour financer les infrastructures dont le pays a besoin. La Banque mondiale pointe d’ailleurs les mêmes déséquilibres des finances publiques, ainsi que la vulnérabilité de l’économie à la hausse des prix des importations et de l’énergie. Ce recul public pèse sur le privé, insiste l’expert, puisqu’un grand chantier d’infrastructure entraîne dans son sillage entreprises, fournisseurs et emplois. Plutôt que de réclamer toujours plus d’investissements privés, il invite à chercher pourquoi celui-ci fait défaut. La faute incombe en partie aux textes, à la lourdeur administrative et à un secteur informel qui fausse la concurrence.

Sur ce terrain, l’approche tunisienne lui paraît trop classique : s’en remettre presque uniquement au budget de l’État et à la dette limite mécaniquement les ambitions. Ghazi Boulila plaide pour des sources innovantes, à commencer par le partenariat public-privé, dans lequel un opérateur privé construit et exploite l’infrastructure pendant vingt ou trente ans avant de la restituer à la collectivité. L’Allemagne et plusieurs pays européens y ont recouru. La Tunisie y gagnerait, puisque l’ouvrage se bâtit sans alourdir la dette et revient ensuite à l’État. Il évoque aussi un financement de proximité, auquel les citoyens d’une région contribueraient, avec le concours des banques, pour un projet qui les concerne directement.

Mais ce schéma se heurte à plusieurs obstacles. Le code des marchés publics impose des délais excessivement longs et des procédures complexes, et les textes changent à un rythme qui décourage les investisseurs. Quant aux banques, elles préfèrent placer leurs liquidités en bons du Trésor plutôt que de financer l’économie réelle, par aversion au risque. Plutôt que de les blâmer, l’expert recommande de comprendre ce qui les freine et de lever leurs craintes.

Le capital humain constitue, à ses yeux, le second moteur de la croissance. La Tunisie forme des ingénieurs, mais le système éducatif les prépare insuffisamment à l’initiative, à la création et à l’innovation. Faute de laboratoires de recherche, les diplômés les plus brillants partent exercer ailleurs. Il déplore aussi une culture qui valorise le diplômé en attente d’un recrutement public plutôt que celui qui crée de la valeur. À cela s’ajoute le capital social, c’est-à-dire la confiance et la qualité des relations dans les entreprises, les administrations et les familles. Un climat de travail apaisé fait grimper la productivité, et des pays comme l’Inde y travaillent de façon délibérée. En Tunisie, le sujet reste largement ignoré.

Textile, tourisme, agriculture : l’avance perdue

Ces secteurs illustrent cette perte d’élan. Dans les années 1970 et 1980, rappelle l’économiste, la Tunisie devançait le Maroc dans le textile et la confection. La concurrence chinoise est ensuite arrivée, et les industriels européens se sont tournés vers le Vietnam, le Bangladesh ou l’Afrique. Pendant ce temps, la Corée du Sud bâtissait des filières d’électronique et de haute technologie, quand la Tunisie restait cantonnée à des activités à faible valeur ajoutée. Pour en sortir, il préconise de monter en gamme vers le luxe, en s’appuyant sur un savoir-faire et un goût proches des standards italiens et français.

Le tourisme souffre du même mal : massif, souvent bradé, il offre un service médiocre. La Tunisie devrait miser sur la qualité, qu’il s’agisse de propreté, d’accueil ou de service, plutôt que sur le volume.

L’agriculture reste, d’après lui, l’occasion la plus manquée. Le pays dispose de richesses exceptionnelles, de l’huile d’olive aux agrumes, mais les exporte souvent à l’état brut. Les Pays-Bas, eux, ont bâti une réputation mondiale sur le fromage et le lait sans disposer de ressources supérieures. Ghazi Boulila imagine une industrie de transformation qui ferait de l’olive des sauces, des pâtes à tartiner ou des produits cosmétiques… , ainsi qu’un institut de recherche dédié à l’olivier, installé dans une région intérieure, où il créerait de l’activité et irriguerait le tissu économique local.

Des idées en abondance, des projets en panne

Reste le principal défi : les idées existent, mais elles ne deviennent pas des projets. Dans l’esprit de nombreux porteurs de projet, entreprendre revient encore à ouvrir une cafétéria ou un snack. L’enjeu est d’autant plus pressant que la Banque mondiale désigne le stress hydrique comme un facteur désormais décisif pour la croissance, l’emploi et la productivité.

Face à des voisins qui avancent, avec plus de 4 % pour le Maroc et l’Algérie et autour de 5 % pour l’Égypte, Ghazi Boulila appelle à une vision claire, partagée entre ministères et opérateurs économiques, et surtout à des projets concrets, réalisés plutôt qu’annoncés. L’État ne pourra pas tout financer seul, conclut-il à L’Économiste Maghrébin : il lui faut ouvrir la porte au privé, lever les freins administratifs et miser sur l’intelligence collective.

 

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