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Biennale internationale de philosophie et des sciences de l’éducation : Une centaine de spécialistes attendus à Tunis

« Former au commun et à l’universel. Eduquer l’humanité qui vient au risque de l’humain », tel est le thème de la 4édition de la Biennale internationale de philosophie et des sciences de l’éducation et dela formation des afriques qui se tient du 4 au 8 novembre 2026. Selon le ministère des affaires culturelles, une centaine de spécialistes en philosophie et en sciences de l’éducation venant de plusieurs pays sont attendue à cet évenement.

La Biennale, qui se tient à la cité de la Culture Chedli Kelibi, est organisée par la collège de Tunis pour la philosophie en collaboration avec le centre des arts, de la culture et des lettres Ksair Said et la Chaise de l’ICESCO.

L’Association pour la Biennale internationale de philosophie et des sciences de l’éducation a été créée en 20256. Son siège se trouve à Nantes en France.

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Et si chaque ville tunisienne avait son livre de mémoire ?

Par Zouhaïr BEN AMOR (Universitaire)

Il existe dans nos villes et nos villages une richesse que nous ne savons pas toujours reconnaître. Elle ne se trouve pas uniquement dans les monuments, les musées ou les sites archéologiques. Elle habite aussi les ruelles anciennes, les maisons familiales, les places publiques, les marchés, les ateliers d’artisans et les souvenirs de ceux qui ont vécu avant nous. Chaque localité tunisienne possède une histoire particulière, faite de rencontres, de métiers, de traditions, de transformations et parfois de blessures. Pourtant, une grande partie de cette mémoire demeure dispersée, fragile, souvent confiée à quelques personnes âgées dont la disparition risque d’emporter des connaissances irremplaçables.

Nous connaissons l’histoire de la Tunisie à travers ses grandes périodes, ses dynasties, ses événements politiques et ses personnages célèbres. Mais que savons-nous réellement de l’histoire quotidienne de nos villes et de nos villages ? Qui a raconté la vie des habitants de Testour, les transformations de Nabeul, les traditions de Matmata ou l’évolution de ces petites localités de l’intérieur dont les noms apparaissent rarement dans les ouvrages destinés au grand public ?

Je crois qu’il est temps d’engager une réflexion nationale sur cette question. Pourquoi ne pas entreprendre, avec l’appui du ministère des Affaires culturelles, la rédaction d’une collection d’ouvrages consacrés à la mémoire des villes et villages tunisiens ? Non pas des livres de prestige destinés à quelques bibliothèques, mais des ouvrages collectifs, accessibles, documentés et vivants, dans lesquels les habitants pourraient reconnaître une partie de leur propre histoire.

L’ambition serait simple : permettre à chaque territoire de raconter son passé avant que certaines traces ne s’effacent définitivement.

 

Une mémoire qui disparaît silencieusement

La mémoire d’une ville ne se limite pas à sa date de fondation ni à la succession des pouvoirs qui l’ont administrée. Elle se construit dans la vie quotidienne. Elle se retrouve dans les anciens métiers, les fêtes locales, les habitudes alimentaires, les expressions populaires, les formes d’habitat et les relations entre les habitants.

Dans certaines familles, on conserve encore des photographies anciennes, des correspondances, des actes, des objets ou des récits transmis oralement. Ces documents n’ont parfois aucune valeur marchande, mais ils possèdent une valeur historique considérable. Ils permettent de comprendre comment vivaient les générations précédentes, comment les quartiers se sont développés et comment les transformations économiques ont modifié les habitudes.

Le problème est que ces traces disparaissent progressivement. Les maisons changent de propriétaires, les archives familiales sont dispersées, les photographies se détériorent et les témoins vieillissent. Une histoire racontée aujourd’hui autour d’une table familiale peut ne plus être connue demain.

Nous perdons ainsi, sans véritablement nous en apercevoir, des fragments entiers de notre histoire collective.

Cette disparition ne concerne pas uniquement les régions éloignées. Elle touche également les grandes villes, dont les transformations rapides effacent parfois les repères anciens. Un quartier peut conserver son nom alors que les activités, les bâtiments et les relations sociales qui lui donnaient son identité ont profondément changé.

N’y a-t-il pas là une urgence culturelle ? Nous consacrons, à juste titre, des efforts à la conservation des monuments. Mais la mémoire des habitants mérite elle aussi d’être recueillie et transmise.

 

De Testour à Matmata, raconter la Tunisie dans sa diversité

La Tunisie possède une diversité culturelle remarquable sur un territoire relativement limité. Chaque région a développé, au fil du temps, des formes particulières d’architecture, d’artisanat, de musique, de cuisine et d’organisation sociale.

Testour, par exemple, évoque immédiatement un héritage andalou encore perceptible dans certains éléments de son patrimoine architectural et culturel. Mais au-delà de cet héritage connu, combien de récits restent à recueillir sur les familles, les métiers, les pratiques agricoles et les transformations de la ville ?

Nabeul offre un autre terrain de mémoire. Son artisanat, notamment la poterie, fait partie de son identité. Pourtant, l’histoire d’un métier ne se résume pas à celle des objets exposés dans les boutiques. Elle comprend aussi les gestes des artisans, les techniques transmises, l’évolution des ateliers et les difficultés rencontrées par les nouvelles générations.

À Matmata, l’habitat troglodytique constitue un patrimoine architectural singulier. Mais il serait réducteur de limiter la mémoire de cette région à ses habitations. Il faudrait également raconter la vie de ceux qui les ont occupées, leurs rapports à l’environnement, leurs traditions et les changements qui ont accompagné l’évolution des modes de vie.

Et que dire des villages du Nord-Ouest, des oasis du Sud, des localités du Centre ou des petites agglomérations agricoles qui ont rarement fait l’objet de publications accessibles ?

Ces territoires possèdent des histoires qui méritent d’être écrites. Il ne s’agirait pas de rechercher partout un passé exceptionnel. La vie ordinaire mérite elle aussi d’être racontée. Un ancien moulin, une école, un marché hebdomadaire ou un atelier disparu peuvent nous apprendre beaucoup sur l’organisation d’une société.

Chaque ouvrage pourrait ainsi présenter une localité dans ses différentes dimensions : son histoire, sa géographie, son architecture, ses activités économiques, ses traditions, ses personnalités, ses transformations et les souvenirs de ses habitants.

L’objectif ne serait pas de fabriquer une image idéalisée du passé, mais de restituer une mémoire aussi fidèle que possible, avec ses réussites, ses difficultés et ses contradictions.

 

Des ouvrages collectifs pour faire dialoguer les générations

Un tel projet ne devrait pas être confié à un auteur isolé. La mémoire d’une ville appartient à plusieurs générations et à différentes catégories de citoyens. Sa reconstruction demande donc une démarche collective.

Les universitaires pourraient apporter leurs méthodes de recherche et leur connaissance des sources historiques. Les historiens locaux contribueraient à identifier les événements et les documents. Les enseignants pourraient mobiliser leurs élèves autour de recherches sur leur environnement. Les associations culturelles faciliteraient les rencontres avec les habitants.

Les photographes, les architectes, les artistes et les artisans auraient également leur place. Une ville ne se raconte pas uniquement avec des dates et des textes. Les images, les plans, les objets et les témoignages permettent de restituer une atmosphère que les documents administratifs ne peuvent pas toujours transmettre.

Il faudrait surtout donner la parole aux habitants.

Un ancien artisan peut expliquer un métier disparu. Une personne âgée peut raconter les transformations de son quartier. Un agriculteur peut décrire l’évolution des pratiques agricoles. Une famille peut conserver des photographies montrant un paysage aujourd’hui méconnaissable.

Ces témoignages devraient naturellement être recueillis avec rigueur, confrontés lorsque cela est possible aux documents disponibles et replacés dans leur contexte. La mémoire orale est précieuse, mais elle n’est pas toujours exacte. C’est précisément le rôle du travail collectif de distinguer les souvenirs, les traditions et les faits historiquement établis.

On pourrait imaginer que chaque ouvrage soit coordonné par un comité local réunissant chercheurs, représentants culturels et citoyens intéressés. Les contributions seraient organisées autour d’un projet éditorial commun, afin d’éviter une simple juxtaposition de textes sans cohérence.

Cette démarche aurait également une valeur pédagogique. Un élève qui participe à la collecte de photographies anciennes ou qui interroge ses grands-parents découvre autrement son environnement. Il comprend que l’histoire n’est pas uniquement celle des personnages étudiés dans les manuels. Elle existe aussi dans sa rue, dans son école et dans sa propre famille.

 

Faire de la mémoire locale un véritable projet culturel national

Une initiative de cette nature nécessiterait une organisation durable. Le ministère des Affaires culturelles pourrait en assurer l’impulsion et la coordination, en collaboration avec les municipalités, les universités, les bibliothèques publiques et les associations locales.

Il ne serait pas nécessaire de commencer simultanément dans toutes les régions. Quelques villes et villages pourraient être retenus pour expérimenter une méthode commune de collecte, de rédaction et de publication. Testour, Nabeul et Matmata constitueraient, parmi d’autres, des exemples intéressants par la diversité de leurs patrimoines.

L’expérience permettrait de définir une présentation éditoriale reconnaissable, tout en laissant à chaque territoire la liberté de raconter sa singularité. Les ouvrages pourraient comprendre des textes accessibles, des photographies anciennes et récentes, des cartes, des témoignages et des documents d’archives.

Une édition numérique pourrait accompagner les livres imprimés. Elle faciliterait leur consultation, notamment par les Tunisiens vivant à l’étranger, qui conservent souvent un attachement profond à leur ville ou à leur village d’origine.

Il faudrait toutefois veiller à ce que ces publications ne deviennent pas de simples albums commémoratifs. Leur intérêt dépendrait de la qualité des recherches, de la diversité des contributions et de leur capacité à raconter aussi les transformations sociales, économiques et humaines.

La question du financement mérite également réflexion. Un partenariat entre institutions publiques, collectivités locales et acteurs économiques pourrait être envisagé, à condition de préserver l’indépendance scientifique et éditoriale des auteurs. La mémoire d’une ville ne doit pas devenir un instrument de promotion personnelle ou commerciale.

Il serait souhaitable que ces ouvrages restent financièrement accessibles et qu’ils soient présents dans les bibliothèques, les établissements scolaires et les maisons de culture. Leur publication ne devrait pas constituer l’aboutissement du projet, mais le commencement d’une transmission.

À travers cette collection, nous pourrions progressivement constituer une bibliothèque de la mémoire tunisienne, composée de récits locaux qui, réunis, offriraient une vision plus riche de notre histoire nationale.

Car l’histoire d’un pays ne s’écrit pas uniquement dans sa capitale. Elle se construit aussi dans ses villages, ses campagnes, ses montagnes, ses oasis et ses quartiers populaires. Chaque territoire possède une part de cette histoire commune.

Il y a également, derrière cette proposition, une question de reconnaissance. Lorsqu’une localité voit son histoire étudiée, racontée et publiée, ses habitants peuvent éprouver le sentiment légitime que leur contribution à la vie nationale mérite d’être connue. Cette reconnaissance est particulièrement importante pour les régions dont le patrimoine reste peu visible.

Nous parlons souvent de développement régional en termes d’infrastructures, d’investissements et d’emplois. Ces dimensions sont indispensables. Mais le développement possède aussi une dimension culturelle. Un territoire a besoin de perspectives économiques, il a également besoin de connaître et de transmettre son histoire.

Je pense notamment aux générations futures. Que sauront-elles de la vie de leurs grands-parents, des métiers disparus, des fêtes anciennes ou des transformations de leurs villages ? Quelques photographies conservées sur un téléphone ne remplaceront jamais un travail organisé de mémoire.

Nous avons encore la possibilité de recueillir des témoignages, de retrouver des documents et de faire dialoguer les générations. Mais cette possibilité ne durera pas indéfiniment.

Peut-être faudrait-il commencer modestement, avec quelques ouvrages soigneusement réalisés, plutôt que d’attendre un programme national parfait qui risquerait de ne jamais voir le jour.

Un livre consacré à Testour, un autre à Nabeul, un troisième à Matmata, puis à d’autres villes et villages, connus ou oubliés. Progressivement, ces publications pourraient former une œuvre collective dont la valeur dépasserait largement celle de chaque volume.

Car une ville qui perd sa mémoire ne perd pas seulement son passé. Elle risque aussi de perdre une partie de ce qui lui permet de comprendre son présent et d’imaginer son avenir.

Et si nous commencions enfin à écrire l’histoire de nos villes et de nos villages avant que ceux qui peuvent encore nous la raconter ne disparaissent ?

 

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 Quand l’art millénaire de la pierre rencontre le feu du terroir au festival de l’harissa de Nabeul

La formule « La Mosaïque célèbre la harissa » résonne comme une magnifique métaphore de l’identité tunisienne. Elle tisse un pont entre deux grands patrimoines du pays :  :L’art de la mosaïque, héritage historique d’une immensité artistique ancrée dans la terre tunisienne (de Carthage à El Jem) et l’ harissa, ce condiment national à base de piments, de piquant et de soleil, élevé au rang de patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO.Quand les créateurs et les artisans s’emparent de symboles du terroir comme la harissa . C’est toute la richesse d’un patrimoine vivant qui se recompose pièce par pièce.

A Dar Nbeul,les marteaux de taillant résonnent comme un rythme immuable. Ici, la pierre et la pte de verre dialoguent avec l’histoire. Mais aujourd’hui, c’est un autre patrimoine, aussi vibrant que le piment séché au soleil, qui s’invite sur les tables de travail : l’harissa. Entre éclats de marbre rouge, de calcaire blanc et de schiste noir, les maîtres mosaïstes immortalisent l’emblème culinaire national, élevant le condiment au rang d’œuvre d’art pérenne..  Il suffit de voir de près ces artistes  en train de composer des tableaux par touches successives. Ces mosaïstes ont  un rapport brut à l’harissa, de défaire pour refaire, de répéter ce même geste sûr pour placer la tesselle à sa juste place, jusqu’au moment perceptible et unique où ils délivrent une composition définitivement aboutie. Fruit d’un long processus de création où ils ont  le don de marier de façon inattendue des matières minérales et organiques entre elles, ils possèdent cette patience et cette force intérieure pour révéler le beau, l’harmonie, cette finesse si rare qui n’est pas livrée au premier coup d’œil et qui trouve sa puissance dans les détails de l’œuvre.

Quand la pierre et le piment s’embrasent : La Mosaïque célèbre la harissa

Au-delà de la simple figuration, cette synergie artistique insuffle une dynamique nouvelle au secteur. Les tables en mosaïque incrustées de motifs d’harissa, les tableaux séduisent les visiteurs  en quête  d’authenticité et de design.Ce pont jeté entre l’artisanat d’art et l’agroalimentaire crée une vitrine culturelle puissante lors des foires et expositions internationales. Les jeunes mosaïstes voient dans ces créations thématiques un moyen moderne d’exprimer leur attachement au patrimoine tunisien tout en répondant aux tendances du marché de la décoration. Lotfi a déjà su se tailler une place de choix dans le paysage culturel d’ici. Sa spécialité? La mosaïque, une technique basée sur l’assemblage de fragments d’assiettes.Soigneusement taillés et agencés, les éclats d’assiettes qu’il  récupère  lui servent à créer un verger de piments d’une grande intensité. Hend s’adonne à la mosaïque depuis des années. Son style, si particulier, est le fruit des nombreuses années de formation, de réflexion et de pratique.Confectionnées à partir d’un mélange de matériaux bruts, ses œuvres témoignent du rapport étroit qu’elle entretient avec la nature, et d’un amour profond des contrastes. Takoua et Radhi  créent de splendides œuvres dans lesquelles l’harissa occupe souvent une grande place. Ils  aiment partager leur passion avec les autres. . Une façon pour eux de rendre l’art  accessible au plus grand nombre.

En transformant le condiment quotidien en tableau d’art intemporel, les mosaïstes de Nabeul rappellent comme l’a souligné le directeur du festival de l’harissa Samir Kerkeni que le patrimoine tunisien est un tout organique. Par la magie de la pierre et de la couleur, l’harissa quitte les assiettes pour s’ancrer pour les siècles des siècles dans la pierre de nos murs, témoignant d’un art de vivre généreux, résilient et résolument ancré dans la beauté.

                               Kamel Bouaouina

Photos Rached Berrazagua

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La médina de Tunis enrichit le patrimoine architectural arabe avec deux nouveaux monuments

Le ministère des Affaires culturelles a annoncé, vendredi, l’inscription du palais « Dar Hussein » et du Tourbet des Beys husseinites, deux édifices emblématiques de la médina de Tunis, au Registre du patrimoine architectural et urbain des pays arabes.

Selon un communiqué du ministère publié dans l’après-midi, cette double inscription a été officialisée lors de la onzième session de l’Observatoire du patrimoine architectural et urbain dans les pays arabes, relevant de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO). Cette session s’est tenue au siège de la Ligue des États arabes, au Caire, du 25 au 27 octobre.

La médina de Tunis est, par ailleurs, inscrite depuis 1979 sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Fondée à partir du VIIe siècle autour de la Grande Mosquée Zitouna, la vieille ville compte quelque 700 monuments historiques (mosquées, médersas, fondouks, palais et demeures aristocratiques), qui en font l’un des ensembles patrimoniaux majeurs du monde arabo-musulman.

Selon les données historiques de l’Institut national du patrimoine (INP), le palais « Dar Hussein », qui abrite aujourd’hui le siège de l’INP, a été principalement construit par le ministre Ismaïl Kahia sous le règne d’Ali Bey (1758-1781). Agrandi au début du XIXe siècle par le ministre Youssef Sahib Et-Tabaa, le monument est devenu, en 1858, le siège de la première municipalité de Tunis, sous la direction du général Hussein, qui lui a donné son nom. Il a ensuite servi de quartier général à l’état-major des troupes françaises en 1882.

Situé dans la rue éponyme, l’une des artères reliant le sud de la médina à la Grande Mosquée, le Tourbet des Beys husseinites constitue le plus vaste mausolée princier de la dynastie husseinite. La construction de cet édifice funéraire, consacré aux membres d’une dynastie qui a régné sur la Tunisie de 1705 à 1957, a été engagée sous le règne d’Ali Pacha II (1758-1781), au sein d’un complexe urbain et religieux développé dès le début du XVIIIe siècle par le fondateur de la dynastie, Hussein Ben Ali.

L’inscription de ces deux monuments vise à renforcer leur préservation à travers des programmes de documentation et de restauration, ainsi que des échanges d’expertises scientifiques coordonnés par l’ALECSO à l’échelle régionale, a indiqué le ministère.

Une soixantaine de dossiers nationaux ont été examinés par une commission d’experts lors de cette session d’évaluation, précise, de son côté, le site de l’ALECSO

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Jaou Tunis 2026 : « Contre-courant » jette l’ancre au B7L9

Après « Gathering », performance pluridisciplinaire et participative de Samar Haddad King présentée vendredi 23 octobre au 4ème Art, et le vernissage, samedi 24 octobre à la Caserne El Attarine, de « Becoming the Ocean », exposition de la Biennale de l’image en mouvement de Genève, Jaou Tunis a poursuivi, dimanche 25 octobre, son exploration des territoires et des imaginaires. Cap sur Bhar Lazreg, où le B7L9 Art Centre a accueilli le vernissage de « Contre-courant » (Undertow), une exposition conçue par Amanda Abi Khalil et Danielle Makhoul dans le cadre de l’escale tunisienne du Festival itinérant Art Explora.

Visible jusqu’au 31 décembre 2026, l’exposition réunit une vingtaine d’artistes autour de la notion de contre-courant, ce mouvement invisible qui s’exerce sous la surface et contrarie parfois la direction apparente des eaux.

La Méditerranée, sous la surface des récits

À travers « Contre-courant », la mer apparaît loin de l’image lisse d’un espace de rencontre entre les peuples et les civilisations. Elle est aussi une géographie de conquêtes, de colonisations, de circulations inégales et d’exils forcés. Ses eaux portent les traces de trajectoires interrompues, de départs contraints et de vies suspendues entre deux rives. Devenue pour tant de migrants un passage périlleux, la Méditerranée est aussi ce cimetière à ciel ouvert dont la réalité risque, à force d’être répétée, de se fondre dans le bruit de l’actualité.

Les commissaires ne cherchent pas à réunir ces histoires sous un récit homogène, mais à en explorer les ramifications, les zones d’ombre et les contradictions. L’exposition interroge ainsi les rapports de pouvoir qui organisent la circulation des personnes, des objets et des idées. Qui peut partir, qui peut arriver, qui est accueilli et qui demeure à la marge ? La mobilité se révèle indissociable des privilèges et des responsabilités.

Le parcours s’ouvre sur un chant de bienvenue de Sirine Fattouh, « Hamdellah aa’salama » de Ragheb Alama, avant de conduire vers des œuvres abordant les traversées, l’attente et les déplacements, notamment celles de Bouchra Khalili, Imane Djamil, Randa Maroufi, Lorenzo Pezzani et Charles Heller. Les échanges entre proches et les liens qui résistent à l’éloignement sont au cœur des propositions de Badr El Hammami et Nabila Halim.

Catherine Cattaruzza, Sara Kontar et Majd Abdel Hamid explorent, quant à eux, les formes du journal intime et de l’archive, ces traces fragiles qui retiennent ce que les grands récits historiques laissent parfois échapper. Avec Akram Zaatari et Nida Sinnokrot, la réflexion s’étend aux rapports entre pouvoir, commerce et échanges culturels en Méditerranée et au-delà, tandis que Lara Tabet porte son attention sur ce que la mer elle-même peut révéler. Autant de démarches qui déplacent le regard, de la représentation des migrations vers les structures historiques et politiques qui façonnent les expériences humaines.

Le programme « We Knew How Beautiful They Were, These Islands », dont le titre reprend celui d’une œuvre de l’artiste tunisien Younes Ben Slimane, propose sept vidéos présentées en boucle, réunissant les contributions de Firas Shehadeh, Hiwa K., Mounira Al Solh, Rania Stephan, Sara Sadik, Valentin Noujaïm et Younes Ben Slimane. Les images composent un autre paysage de la Méditerranée, fait de territoires, de mémoires et de récits qui se répondent sans nécessairement se confondre.

Initialement conçue pour un pavillon en conteneur accompagnant le musée-bateau itinérant du Festival Art Explora, l’exposition a circulé à Tanger, Athènes et Barcelone entre 2024 et 2026, avant de prendre place au B7L9. Cette première présentation dans un espace d’exposition institutionnel permet de déployer autrement le parcours, tout en conservant la mémoire du conteneur d’origine et de la circulation guidée qu’il imposait. Le déplacement est ainsi inscrit jusque dans la forme même du projet.

Une visite guidée en compagnie des deux commissaires a permis d’approfondir la lecture de l’exposition et de ses multiples ramifications. Enrico Dau Yang Wey a ensuite présenté sa performance « glacier / preset », conçue comme une matière sonore évolutive, en résonance avec les lieux où elle prend forme. Des strates de sons et de textes continus s’y superposent, évoquant les plis glaciaires où s’accumulent les sédiments d’époques successives. Chaque couche conserve les traces d’une histoire, d’un temps et de ses récits, tout en s’ouvrant à ce qui reste à venir. La mémoire apparaît ainsi comme une matière vivante, susceptible de se transformer, de se dissoudre et de se recomposer. Un DJ set de STILL b2b PALM WINE a prolongé ce rendez-vous musical.

En fin d’après-midi, au centre-ville, le 4ème Art a accueilli « Shabaab », création chorégraphique de Samar Haddad King et de sa compagnie Yaa Samar! Dance Theatre. La pièce célèbre l’intimité et la tendresse de l’amitié masculine arabe à travers l’histoire de Mohamed et Mahmoud. Dans un contexte marqué par les obstacles structurels et la violence de l’occupation, leur relation devient un espace de résistance, mais aussi une manière de grandir et de se construire ensemble.

Porté par une composition musicale originale de Hisham Abu Jabal, un texte en arabe sous-titré en anglais et une création sonore de Samar Haddad King, le duo traverse les âges de cette amitié. La mémoire et le présent s’y entrelacent, tandis qu’une marionnette conçue par Sipho Ngxola figure les deux hommes enfants, tels qu’ils se rêvaient ou auraient pu devenir si les circonstances avaient été différentes. Le dispositif ouvre une brèche dans le temps, où les corps présents sur scène côtoient les possibles enfouis, les souvenirs et les trajectoires empêchées.

La journée s’est achevée en musique au Palais des Congrès, avec les performances de la Tunisienne Soudeni et de la Libanaise Yasmine Hamdan. Deux générations et deux univers musicaux se sont retrouvés sur une même scène, prolongeant à leur manière le dialogue entre les géographies et les sensibilités qui marque cette édition de Jaou.

Photos :

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Deuxième édition du Festival international du cinéma féminin : sur les ruines, Gaza rallume la flamme du cinéma palestinien

L’universitaire Ezzedine Shallah continue de nous transmettre des nouvelles du cinéma à Gaza, depuis cette salle d’Al-Bureij que la guerre a réduite en ruines. Là où la destruction a frappé jusqu’aux lieux de culture, là où les pierres portent encore les stigmates de la violence, nos frères et sœurs palestiniens ont déroulé un tapis rouge et tenu bon. Après une première édition, le Festival international du cinéma féminin de Gaza revient cette année pour une deuxième session, comme si la création opposait à l’anéantissement sa plus irréductible réponse.

Nous aurions aimé être là, parmi eux, pour témoigner, écrire et tenter de dire, à notre tour, ce que les ruines révèlent de l’humanité et du poids de sa conscience. En 1982, les massacres de Sabra et Chatila avaient suscité des témoignages et des prises de position, notamment de Michel Foucault, qui s’était engagé publiquement contre ces crimes. Plus de quatre décennies après, depuis le 7 octobre 2023, les massacres, les destructions massives et les souffrances infligées à la population de Gaza reposent avec une acuité terrible la même question : que reste-t-il de notre humanité lorsque des vies sont fauchées, que des familles sont anéanties et que les lieux où se transmettent la mémoire, le savoir et la beauté sont détruits ?

Mais Gaza ne se résume pas à ses décombres. De ces pierres meurtries surgissent des espaces de création, des projets de formation, des films et des récits. Des femmes et des hommes s’obstinent à transformer la laideur de la destruction en une esthétique du regard, à faire des ruines non pas le dernier mot de leur histoire, mais le point de départ d’une volonté de créer, de témoigner et de transmettre.

À vous, artistes palestiniens, qui continuez à faire naître des images là où l’on voudrait imposer le silence : que cette deuxième édition, qui se poursuit jusqu’au 31 octobre, soit celle de la persévérance, de la liberté de créer et de la victoire de la vie sur la volonté d’effacement.

Lancée officiellement le lundi 26 octobre, à l’ouverture de la deuxième édition du Festival international du cinéma féminin de Gaza, l’Académie du cinéma de Gaza entend inscrire la formation cinématographique dans la durée. Portée par neuf professionnels du cinéma et artistes palestiniens, arabes et internationaux, elle prolonge une expérience de formation à la réalisation qui a déjà permis à des femmes de Gaza de signer leurs premiers films.

À Al-Bureij, dans la salle Al-Nakhil détruite par les sionistes, l’allumage de la flamme inaugurale a marqué, lundi, le lancement officiel de l’Académie du cinéma de Gaza. La cérémonie, organisée dans le cadre de l’ouverture de la deuxième édition du Festival international du cinéma féminin de Gaza, a réuni autour de ce projet des professionnels du cinéma et des acteurs du monde culturel. Le festival se poursuit jusqu’au 31 octobre.

La création de l’Académie avait été annoncée à Venise, le 9 septembre 2026, en marge de la Mostra. Son lancement à Gaza constitue une nouvelle étape dans un processus engagé en 2024 avec la préparation d’un diplôme en réalisation cinématographique. Entré dans sa phase opérationnelle en mars 2026, ce programme de neuf mois associe enseignements théoriques et formation pratique. Il accueille 25 jeunes Palestiniennes de la bande de Gaza.

L’Académie entend prolonger cette expérience en lui donnant un cadre institutionnel pérenne, consacré à la formation, à la création et à la production cinématographiques. L’objectif est de permettre aux nouvelles générations d’acquérir des compétences techniques et artistiques, de développer leur propre langage cinématographique et de raconter leurs expériences à travers leurs images et leurs récits.

Des films nés de l’expérience de Gaza

La cérémonie d’ouverture a également été marquée par la projection de cinq films palestiniens réalisés dans le cadre du diplôme de réalisation : Soussou, le fil de la vie, de Kawthar Mounir ; Un sac de farine, de Mona Abou Qass ; Vestiges de lumière, de Hanadi Abou Salah ; Hors du silence, de Raghda Al-Buhaissi ; et Dandana, d’Isra Abou Jiab.

Réalisées sous la supervision de la cinéaste et productrice Mai Masri et du Dr Ezzedine Shallah, ces œuvres témoignent de l’émergence de nouveaux regards sur la réalité de Gaza. À travers des histoires singulières, les réalisatrices travaillent la mémoire, l’expérience quotidienne et les réalités de leur environnement. Leur projection inscrit la formation dans une perspective concrète : celle d’un apprentissage qui aboutit à des films, à des choix de mise en scène et à une prise de parole par l’image.

Pour Ezzedine Shallah, fondateur et président du Festival international du cinéma féminin de Gaza et l’un des fondateurs de l’Académie, l’enjeu est de transformer cette initiative en une structure durable, capable d’offrir aux jeunes et aux femmes de Gaza des possibilités de formation et de production, tout en favorisant les échanges avec les milieux cinématographiques arabes et internationaux.

Mai Masri, également membre fondatrice, défend une démarche qui place l’autonomie créative au centre du projet : donner aux jeunes cinéastes les outils, les connaissances et la confiance nécessaires pour élaborer leur propre langage et transformer leurs idées et leurs expériences en œuvres accessibles au public.

Construire des partenariats pour inscrire la formation dans la durée

L’Académie travaille avec l’Université Al-Qods ouverte à l’élaboration d’un programme universitaire diplômant en réalisation cinématographique. Cette coopération vise à structurer un parcours académique consacré au cinéma dans la bande de Gaza.

Elle appelle par ailleurs les universités, les écoles et les instituts de cinéma, les festivals, les fonds de soutien, les sociétés de production et les institutions culturelles à établir des partenariats à long terme. Les pistes envisagées comprennent les échanges d’enseignants et d’expertise, l’élaboration conjointe de programmes, l’organisation d’ateliers et de conférences, ainsi que l’accompagnement des films palestiniens vers les festivals, les plateformes et les publics internationaux.

L’équipe fondatrice réunit neuf professionnels du cinéma et artistes : Ezzedine Shallah, Mai Masri, Kaouther Ben Hania, Annemarie Jacir, Saleh Bakri, Graziela Bildesheim, Rami Youssef, Hiam Abbass et Alaa Karkouti. Cette composition reflète la volonté de relier Gaza aux réseaux cinématographiques palestiniens, arabes et internationaux.

La deuxième édition du Festival international du cinéma féminin de Gaza se poursuit jusqu’au samedi 31 octobre. La cérémonie de clôture est prévue dans la salle Al-Nakhil, à Al-Bureij, derrière la station-service Abou Assi, en face du camp de réfugiés Aïdin. Elle comprendra la remise des prix aux films lauréats ainsi que des distinctions spéciales récompensant les scénarios.

À Gaza, l’enjeu de l’Académie se mesure désormais à sa capacité à faire durer cette expérience : former, accompagner la réalisation de nouveaux films et ouvrir aux cinéastes palestiniens des espaces de création et de diffusion. La flamme inaugurale aura marqué le début officiel de cette ambition. Sa continuité dépendra des moyens de formation, de production et de coopération qui pourront être mobilisés.

Mona BEN GAMRA

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Kébili se met en scène avec le Festival national de théâtre des frontières

La région de Kébili est en train de vibrer aux rythmes de la cinquième édition du Festival national de théâtre des frontières, qui se déroule du 24 au 27 octobre sous le slogan : « Les régions frontalières ont aussi droit à leur part – El Faouar et Rejim Maatoug ».

La programmation de cette édition se distingue par sa richesse et sa diversité. Elle comprend plusieurs représentations théâtrales ainsi qu’une série d’ateliers consacrés notamment au jeu d’acteur, à la relation entre la scène et le public, au clown, à l’expression corporelle de l’acteur et à la réalisation de fresques murales. Ces activités sont encadrées par des intervenants et des universitaires spécialisés, parmi lesquels figure l’acteur Khaled Bouzid.

Outre les troupes théâtrales tunisiennes, cette édition accueille de nombreux participants étrangers, principalement venus d’Algérie et de Palestine.

Le directeur du Festival national de théâtre des frontières, Abdallah Moussa, s’est réjoui de la tenue de cette nouvelle édition. Il a expliqué que le festival constitue un projet d’envergure visant à former les enfants et les jeunes, à leur permettre d’acquérir de nouvelles compétences et à les protéger contre les comportements à risque. Cette initiative revêt une importance particulière dans les régions frontalières, confrontées à des phénomènes tels que la contrebande, le trafic de stupéfiants et la migration irrégulière.

« À travers ce festival, nous cherchons également à renforcer les échanges culturels entre les jeunes, aux niveaux national et international, grâce à des partenariats et à des jumelages avec d’autres manifestations culturelles similaires. Ces initiatives offrent à nos jeunes la possibilité de s’ouvrir à de nouveaux horizons et de s’éloigner des idées et des comportements négatifs. L’art est à la fois un moyen de résistance et un vecteur d’éducation », a-t-il souligné.

Il convient de préciser que l’Entreprise tunisienne d’activités pétrolières (ETAP) et son partenaire, la société Mazarine Energy, ont apporté leur soutien à ce festival  dans le cadre de leur engagement en matière de responsabilité sociétale, en faveur du développement des activités culturelles dans le gouvernorat de Kébili. Il témoigne également de leur volonté de contribuer aux efforts déployés pour améliorer les conditions de vie dans la région.

Mohamed Sahbi RAMMAH

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