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Après Ormuz, Bab el-Mandeb menace à son tour les approvisionnements tunisiens

La prise de l’île stratégique de Périm par les Houthis fait apparaître un deuxième risque majeur sur les routes d’approvisionnement de la Tunisie. Après les perturbations du détroit d’Ormuz et leur impact sur le pétrole, c’est désormais l’axe reliant l’Asie à la Méditerranée via Bab el-Mandeb et Suez qui se retrouve sous pression.

Les Houthis se sont emparés vendredi 11 septembre de Périm, située au milieu du détroit de Bab el-Mandeb, ainsi que de Dhubab, sur la côte yéménite. Cette progression renforce leur capacité à menacer la navigation dans ce passage stratégique.

Aucune fermeture générale du détroit n’est toutefois confirmée à ce stade. Bab el-Mandeb reste ouvert, mais le risque maritime augmente. Le passage constitue l’une des principales portes d’entrée de la mer Rouge pour les navires venant d’Asie et poursuivant leur route vers le canal de Suez et la Méditerranée.

Pour la Tunisie, deux risques différents

Ormuz représente d’abord un risque énergétique. Bab el-Mandeb ajoute une dimension logistique : si la situation sécuritaire pousse davantage d’armateurs à éviter la mer Rouge, les navires reliant l’Asie à la Méditerranée doivent contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.

Ce détour entraîne des délais supplémentaires ainsi qu’une augmentation potentielle des coûts de transport, de carburant et d’assurance. Pour la Tunisie, ces surcoûts peuvent affecter les marchandises, équipements et intrants importés d’Asie.

Les tensions se répercutent déjà sur le transport pétrolier. Les tarifs des très grands pétroliers entre le golfe d’Oman et la Chine ont atteint des niveaux records, avec un coût du fret équivalant à environ 11,50 dollars par baril.

La situation s’est également tendue avec l’arrêt de l’oléoduc saoudien Est-Ouest après une attaque de drone. Cette infrastructure permet notamment d’acheminer du pétrole vers la mer Rouge en contournant le détroit d’Ormuz.

Lire aussi: Pétrole : Pourquoi la Tunisie importe-t-elle et exporte-t-elle en même temps ?

Un Brent à plus de 104 dollars

Le Brent a clôturé vendredi à 104,61 dollars le baril, en hausse de plus de 8% sur la semaine. Un niveau très éloigné de l’hypothèse de 63,3 dollars retenue dans la loi de finances tunisienne pour 2026.

L’écart dépasse désormais 41 dollars par baril et pourrait peser lourdement sur la facture énergétique si ces cours se maintiennent.

La Tunisie dispose néanmoins d’un premier amortisseur. Début septembre, le PDG de la SNDP-Agil, Khaled Bettine, indiquait que les stocks de carburants couvraient environ 30 jours de consommation nationale.

Ces réserves permettent d’absorber une perturbation temporaire des approvisionnements, mais ne protègent pas contre une hausse durable des cours.

Selon une estimation de l’IACE, avec un Brent à 100 dollars en moyenne, les dépenses de compensation énergétique pourraient atteindre 10,85 milliards de dinars, contre 4,993 milliards initialement prévus.

Pour la Tunisie, le défi devient ainsi double : sécuriser les approvisionnements tout en absorbant une facture énergétique et logistique susceptible de s’alourdir si les tensions persistent simultanément autour d’Ormuz et de Bab el-Mandeb.

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Pétrole : le Brent franchit à nouveau le seuil des 100 dollars

Le Brent pour livraison novembre a progressé de 3,29 dollars, soit 3,4 %, pour clôturer à 101,21 dollars le baril, après avoir atteint 101,58 dollars en séance. Le WTI américain a gagné 3,02 dollars, soit 3,25 %, à 96,05 dollars. Les deux références ont ainsi atteint leur plus haut niveau depuis le 22 mai 2026. Le Brent avait déjà brièvement dépassé les 100 dollars en juillet, avant de retomber sous ce seuil.

Depuis le début du mois de septembre, les cours ont fortement accéléré. Le Brent affiche désormais une progression d’environ 25 % depuis le début du mois d’août et de plus de 60 % depuis le début de l’année.

Cette nouvelle flambée intervient après une série d’attaques visant des navires et des infrastructures énergétiques. L’Iran a annoncé avoir attaqué dix navires à proximité du détroit d’Ormuz, tandis que les forces américaines ont détruit cinq pétroliers iraniens. Parallèlement, les rebelles houthis, alliés de Téhéran, ont mené des attaques contre des installations énergétiques en Arabie saoudite…

Des stocks mondiaux de plus en plus sollicités

Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), les stocks mondiaux ont diminué d’environ 400 millions de barils depuis le début de l’année. Cette tendance devrait se poursuivre jusqu’à la fin de 2026.

La production pétrolière du Moyen-Orient est également fortement affectée. Les capacités mises à l’arrêt dans la région ont atteint 6,7 millions de barils par jour en août, contre 5 millions en juillet. L’EIA estime que les interruptions devraient encore représenter en moyenne 5,7 millions de barils par jour au quatrième trimestre. Elle ne prévoit pas un retour complet de la production et des exportations régionales aux niveaux d’avant-guerre avant le deuxième trimestre 2027.

Face à cette dégradation des perspectives, l’EIA a relevé mercredi ses prévisions de prix, et table désormais sur un prix moyen du Brent de 91 dollars le baril en 2026, soit près de 5 % de plus que sa précédente estimation. Le WTI est attendu en moyenne à 84,65 dollars.

Ces prévisions ont toutefois été établies avant la dernière aggravation des tensions. Elles pourraient donc encore être révisées si les attaques contre les navires et les infrastructures énergétiques se poursuivent…

Le marché face au risque d’une crise prolongée

La question centrale pour les marchés est désormais la durée des perturbations. Tant que le trafic maritime à travers le détroit d’Ormuz restera fortement réduit et que les infrastructures énergétiques de la région seront exposées aux attaques, la prime géopolitique devrait rester élevée.

À court terme, l’évolution des cours dépendra donc moins de la demande mondiale que de la capacité des États-Unis et de l’Iran à éviter une nouvelle extension du conflit et à rétablir la circulation normale des hydrocarbures dans le Golfe.

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