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Eau : et si la vraie crise n’était pas le manque, mais les choix invisibles ?

Alors que le remplissage des barrages oscille entre 50 et 60% à l’été 2026, des millions de Tunisiens subissent toujours coupures et pénuries. Derrière les chiffres, ce sont bien des choix politiques et sociaux qui décident qui aura de l’eau, à quel prix et avec quelle qualité. Il faut dire que le débat sur l’eau reste prisonnier d’une logique comptable : « Combien en avons-nous ? Combien en consommons-nous ? »

Le pays vit un stress hydrique structurel, avec des précipitations irrégulières, des barrages aux niveaux fluctuants et une demande en hausse portée par la démographie, le tourisme et certaines filières agricoles. Réduire la crise à un simple déséquilibre offre-demande, c’est occulter l’essentiel : qui décide, qui paie, qui contrôle. Enquête sur les choix invisibles qui engagent la justice sociale, la cohésion territoriale des 37 barrages, mais qui décide où va l’eau.

La Tunisie compte aujourd’hui 37 barrages en exploitation, sachant qu’il y a six nouveaux barrages en cours de construction pour renforcer le réseau. À l’été 2026, le taux de remplissage national oscille entre 50 et 60%, après être passé d’environ 19,6% en décembre 2024 à plus de 60-67 % au printemps 2026, grâce à une saison pluviométrique favorable.

Pourtant, ce pourcentage masque de fortes disparités : les barrages du Nord ont atteint près de 78% de remplissage, tandis que ceux du centre ne dépassaient pas 9 à 13%, certains comme Nebhana étant « quasiment à sec ». Les barrages de Douimis et Mellègue supérieur devraient ajouter environ 245 millions de m³ de capacité de stockage une fois pleinement opérationnels, mais avec des retards de près de deux ans sur certains chantiers majeurs.

Derrière ces chiffres se posent des questions : comment sont pris les arbitrages entre cultures d’export (dattes, agrumes, huile d’olive) et sécurité alimentaire locale, entre grands investisseurs et petits exploitants du Centre-Ouest et du Sud-Ouest ? L’agriculture capte la majeure partie de l’eau mobilisée, loin devant l’eau potable, le tourisme et l’industrie, mais la répartition exacte reste un angle mort du débat public.

32% de pertes : qui paie le vrai prix de l’eau ?

Les pertes d’eau potable dans les réseaux de distribution de la Sonede sont estimées entre 20 et 40% selon les régions, avec un taux moyen national souvent cité autour de 32,5%. En volume, cela représente entre 120 et 160 millions de m³ perdus chaque année avant d’atteindre le consommateur, dont 95,3 millions de m³ pour le seul réseau de distribution, selon les données de la Sonede.

Le réseau de la Sonede s’étend sur environ 59 000 km de canalisations, dont une part importante a plus de cinquante ans, ce qui explique en grande partie le niveau élevé des pertes. Durant l’été 2026, les installations de la Sonede ont fonctionné entre 115 et 120% de leur capacité d’exploitation, sous l’effet d’une forte hausse de la consommation, des délestages électriques et de la vétusté des infrastructures…

En 2025, les ménages ont dépensé environ 790 millions de dinars en eau embouteillée, en réaction aux coupures et à la perte de confiance dans l’eau du robinet.

Qui subit les coupures et la mauvaise qualité ?

L’évaporation sur les barrages représente jusqu’à 750 000 m³ d’eau perdus chaque jour en période de forte chaleur, selon les estimations d’experts, accentuant la pression sur les régions déjà sous tension. Les citoyens disposent de peu de mécanismes effectifs pour contester une facture, signaler une coupure prolongée ou exiger des explications sur la qualité de l’eau distribuée.

Rappelons que la consommation totale d’eau potable (milieu urbain et rural) avoisine 820 millions de m³ par an, avec un taux de croissance de la demande d’environ 18,5% sur les cinq dernières années, ce qui rend ces inégalités encore plus insupportables.

Transparence, emplois, innovation : quel avenir hydrique ?

Les données sur les barrages, la production, les pertes et les tarifs existent, mais leur accessibilité et leur lisibilité pour le citoyen restent limitées. Le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche maritime a lancé une plateforme numérique pour les autorisations de forage et teste des solutions comme les films anti-évaporation sur certains barrages, mais une vraie transparence exigerait la publication en open data de jeux de données complets et actualisés.

Une chose est sûre : sans réforme de gouvernance, les nouveaux barrages risquent de reproduire les mêmes déséquilibres : plus d’infrastructures, mais toujours les mêmes inégalités d’accès, de qualité et de coût.

En somme, la question de l’eau ne se résume pas à un problème de pluie ou de barrages. Elle renvoie à des choix de société : quel modèle agricole, quel aménagement du territoire, quelle justice sociale ? La vraie question n’est pas « combien » d’eau nous avons, mais « comment » nous décidons de la partager, de la financer et de la contrôler.

Graphique généré par l’IA

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Barrage Sidi El Barrak | Un système photovoltaïque pour réduire l’évaporation de l’eau   

Un atelier de lancement d’une étude sur l’installation d’un système photovoltaïque flottant pilote au barrage de Sidi El Barrak (gouvernorat de Béja) pour y réduire l’évaporation de l’eau, une technologie déjà expérimentée dans plusieurs pays avec des résultats probants, a été officiellement lancée, le jeudi 27 août 2026, par le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche.

Cette étude s’inscrit dans le cadre du projet de coopération technique «Tech-Eau» (Identification de technologies innovantes pour améliorer la mobilisation des ressources en eau en Tunisie face à la pénurie d’eau), qui vise à réduire l’évaporation, indique un communiqué du ministère de l’Agriculture.

Le secteur de l’eau constitue un pilier fondamental de la souveraineté et du développement économique. Or ce secteur est confronté à des pressions croissantes en raison des changements climatiques, de la hausse des températures et de la fréquence des périodes de sécheresse, ce qui fait de la préservation de chaque goutte d’eau une priorité nationale absolue.

Or, les barrages et les lacs collinaires subissent d’importantes pertes d’eau dues à l’évaporation. D’où l’importance stratégique de la technologie des centrales photovoltaïques flottantes qui permet non seulement de produire de l’énergie propre, mais aussi de couvrir la surface de l’eau pour la protéger du rayonnement solaire et du vent, contribuant ainsi de manière significative à réduire l’évaporation.

Le projet pilote devant être mis en place au barrage de Sidi El Barrak constitue une opportunité pour tester cette technologie moderne et en évaluer l’efficacité technique, environnementale et économique dans les conditions climatiques locales, en vue d’une éventuelle généralisation à d’autres ouvrages hydrauliques présentant des caractéristiques appropriées. Le but étant de bénéficier de toutes les initiatives et les solutions scientifiques et technologiques innovantes visant à lutter contre la pénurie d’eau et à renforcer la sécurité hydrique en Tunisie.

La rencontre a donné lieu à un échange de vues entre les experts et a souligné l’importance de la coordination entre les différentes parties prenantes, ainsi que la nécessité de poursuivre l’action commune pour mener à bien l’étude et évaluer la faisabilité de l’adoption de cette technique au niveau du barrage de Sidi El Barrak, afin de tirer parti de ses résultats pour le développement de projets similaires à l’avenir.

Cette étude s’inscrit dans le cadre du partenariat et de la coopération entre le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), et est mise en œuvre par le Centre méditerranéen des ressources en eau (Medrec), dans le but d’explorer les possibilités d’adopter des solutions innovantes alliant production d’énergie renouvelable et utilisation optimale des ressources en eau.

Lors de l’atelier, le projet «Tech-Eau» et le cadre général de l’étude ont été présentés, tout comme le site envisagé au niveau du barrage de Sidi El Barrak. L’état d’avancement de l’étude, les principaux axes d’intervention, la méthodologie adoptée, ainsi que les estimations économiques et les prochaines étapes de mise en œuvre du projet, ont également été exposés.

Par ailleurs, cet atelier a permis de débattre des divers défis — techniques, hydrauliques, environnementaux, énergétiques, organisationnels et économiques — que pourrait soulever la phase de déploiement du projet.
Les discussions ont souligné l’importance de continuer à explorer des solutions technologiques innovantes susceptibles de soutenir la transition énergétique dans le secteur de l’eau et d’améliorer l’efficacité de l’exploitation des ressources disponibles, contribuant ainsi à réduire les coûts énergétiques et à renforcer la durabilité des infrastructures hydrauliques.

La discussion a également insisté sur l’importance des aspects techniques et d’ingénierie liés à leur conception et à leur installation sur les barrages et les retenues d’eau, afin de garantir des niveaux optimaux d’efficacité et de sécurité.

I. B.

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Barrage de Mellègue : Houcine Rhili appelle à repenser la stratégie hydrique tunisienne

Une semaine après l’incident survenu au barrage de Mellègue, l’expert en gestion des ressources hydriques Houcine Rhili est revenu sur les circonstances de cet événement lors de son intervention sur Jawhara FM, mercredi 24 juin 2026. Pour lui, cet incident doit être replacé dans le contexte plus large du vieillissement des infrastructures hydrauliques tunisiennes. Selon...

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Barrages : le taux de remplissage atteint 60%, selon le ministère de l’Agriculture

Le taux de remplissage des barrages tunisiens a atteint 60% de leur capacité totale en ce mois de juin 2026, selon une déclaration du directeur général des Barrages et des grands travaux hydrauliques au ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Faiez Moslem. Dans une déclaration accordée à l’Agence Tunis Afrique Presse...

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