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Pourquoi les relations se sont-elles détériorées entre Londres et Tel Aviv ?

La Grande-Bretagne est sans aucun doute le géniteur d’Israël. Sans la sinistrement célèbre Déclaration Balfour qui a permis au mouvement sioniste de prendre pied en Palestine durant le mandat britannique, la création de l’État d’Israël n’aurait pas été possible en 1948. Pendant des décennies, il y a eu des hauts et des bas mais Londres est toujours resté un des principaux alliés d’Israël. Aujourd’hui avec le génocide à Gaza et la folie des colons en Cisjordanie, les relations se sont détériorées. De plus, la reconnaissance par le gouvernement travailliste de la Palestine en tant qu’État a fortement agacé Benjamin Netanyahu. Ce dernier ne manque plus une occasion pour attaquer la Grande-Bretagne.

Imed Bahri

Quelles sont les raisons de la détérioration des relations anglo-israéliennes, qui ont atteint leur point le plus bas depuis des décennies ?, se sont interrogés Neri Zilber et Jim Pickard dans le Financial Times. Le gouvernement du Premier ministre Andy Burnham pourrait même annoncer des sanctions en réponse à l’expansion illégale des colonies en Cisjordanie.

Netanyahu qualifie la Grande-Bretagne de «république islamique»

De plus, les propos de Netanyahu tenus dans un podcast de l’armée israélienne le mois dernier où il est allé jusqu’à qualifier la Grande-Bretagne de «première république islamique dotée de l’arme nucléaire», ont fortement déplu aux Britanniques. Downing Street a condamné ces propos, les qualifiant d’«inacceptables» et a déclaré que le gouvernement avait officiellement soulevé la question auprès d’Israël.

Les provocations ne se sont pas arrêtées là. Le fils de Netanyahu, Yaïr, a déclaré que les îles Malouines appartiennent à l’Argentine.

Ses propos témoignent d’une dégradation des relations bilatérales, conséquence de la guerre dévastatrice menée par Israël contre Gaza et exacerbée par les violences des colons et les projets du gouvernement d’étendre la construction de colonies illégales en Cisjordanie. Les analystes préviennent que les relations entre les deux alliés n’ont jamais été aussi mauvaises et devraient encore se détériorer. Un ancien responsable israélien, fin connaisseur des relations anglo-israéliennes, a déclaré : «La situation pourrait s’aggraver et personne ne pourra enrayer la dégradation». Le journal britannique ajoute qu’aucun dialogue n’a eu lieu entre les deux gouvernements depuis plus d’un an.

Netanyahu est confronté à des élections en octobre, tandis que Burnham tente de reconquérir les électeurs propalestiniens qui ont quitté le Parti travailliste pour le Parti vert. De ce fait, ni Netanyahu ni Burnham n’ont intérêt à faire des compromis.

Le FT indique que cette situation menace de compromettre les progrès réalisés ces dernières années en matière de renforcement des liens de renseignement et de défense, ainsi que le commerce bilatéral, qui atteint désormais 6,2 milliards de livres sterling par an.

Malgré la détérioration actuelle, les fluctuations des relations entre la Grande-Bretagne et Israël ne sont pas un phénomène nouveau. En témoignent la Déclaration Balfour de 1917, qui approuvait l’établissement d’un foyer national juif en Palestine et les violences perpétrées par la suite par des mouvements juifs extrémistes contre le mandat britannique dans les années 1940.

Après la participation de la Grande-Bretagne, aux côtés de la France et d’Israël, à l’agression tripartite de 1956 contre l’Égypte, les désaccords entre les deux alliés ont ressurgi au sujet du Liban et de la Cisjordanie.

En 1982, la Première ministre Margaret Thatcher a imposé un embargo de facto sur les armes à Israël en réponse à son invasion du Liban. L’ancienne Première ministre britannique aurait déclaré : «Je n’ai jamais eu affaire à un homme aussi dur», en parlant du Premier ministre israélien de l’époque, Menahem Begin.

Sir Malcolm Rifkind, ancien ministre des Affaires étrangères conservateur, a déclaré : «Globalement, les relations anglo-israéliennes ont toujours été étroites et constructives mais la Grande-Bretagne a parfois exprimé sa frustration face au gouvernement israélien et à sa politique, notamment en Cisjordanie. Cependant, lorsqu’Israël est attaqué par le Hamas ou le Hezbollah, le gouvernement britannique le soutient toujours».

La Grande-Bretagne a invoqué le droit d’Israël à la légitime défense suite à l’opération Déluge d’Al Aqsa le 7 octobre 2023 mais face à l’escalade de la riposte israélienne à Gaza, qui a dévasté le territoire, fait des dizaines de milliers de morts et engendré une catastrophe humanitaire, Londres a critiqué de plus en plus l’attitude israélienne dans ce conflit.

Des responsables britanniques, actuels et anciens, soulignent également le rôle joué par les forces britanniques pour protéger Israël des tirs répétés de roquettes et de drones iraniens en 2024.

La reconnaissance d’un État palestinien par Londres fâche Tel Aviv

Cependant, le prédécesseur de Burnham, Keir Starmer, a essuyé des critiques concernant la politique de son gouvernement à l’égard de Gaza, en particulier de la part de l’aile gauche de son parti.

Finalement, l’ancien Premier ministre a fait volte-face, suspendant certaines licences d’exportation d’armes vers Israël, interrompant les négociations sur un nouvel accord de libre-échange, imposant des sanctions à des ministres israéliens et reconnaissant un État palestinien.

Le nouveau ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, député juif, a critiqué le gouvernement de Netanyahu et le projet E1, qui prévoit la construction d’environ 3 000 logements dans une zone traversant la Cisjordanie.

Mardi, M. Miliband a déclaré à la Chambre des communes : «La Grande-Bretagne n’acceptera pas que la solution à deux États soit compromise et nous agirons. J’annoncerai un ensemble complet de mesures dans les semaines à venir».

Israël envisage d’expulser des responsables britanniques, dont un amiral, du centre de coordination dirigé par les États-Unis pour la bande de Gaza, suite à la guerre, en réponse à d’éventuelles nouvelles sanctions que pourrait annoncer le Premier ministre Burnham. Signe de la détérioration des relations avec la plupart des pays européens, Israël a expulsé les représentants de l’Espagne et des Pays-Bas cette année et pourrait également cibler les représentants allemand et italien, selon que leurs capitales adoptent ou non une position aussi intransigeante que celle de Londres.

Interrogé la semaine dernière sur la possibilité d’exclure le Royaume-Uni et d’autres pays du centre de coordination de Gaza, un responsable israélien a déclaré sans ambages : «Israël entretient de bonnes relations avec l’Allemagne et l’Italie», sans mentionner le Royaume-Uni. Il revient désormais à Burnham de décider s’il convient d’imposer des sanctions.

Le FT rapporte qu’un embargo commercial sur les colonies est populaire auprès de l’opinion publique britannique : 50% y sont favorables et seulement 16% s’y opposent, tandis que le reste est indécis, selon un sondage YouGov.

Cependant, imposer des sanctions générales risque d’entraîner un boycott de facto du commerce avec Israël et pourrait également constituer une violation des lois américaines interdisant le boycott d’Israël, selon plusieurs sources proches du dossier.

De telles mesures pourraient profiter à Netanyahu avant les élections du 27 octobre, pour lesquelles les sondages indiquent une probable défaite, lui permettant ainsi d’attiser davantage les tensions parmi les électeurs israéliens.

Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, a déclaré mardi dans une interview que les sanctions britanniques constitueraient une «ingérence dans la campagne électorale israélienne et pourraient se retourner contre eux», promettant une riposte israélienne similaire à toute action britannique.

Un ancien responsable israélien a ajouté que d’autres gouvernements, notamment en Europe, sont exaspérés par Netanyahu et attendent tous l’issue des élections.

Toute sanction pourrait prendre des mois à se frayer un chemin à travers la bureaucratie britannique, retardant potentiellement sa mise en œuvre jusqu’après les élections israéliennes. Cependant, les analystes et les experts des relations anglo-israéliennes ont averti que la crise est bien réelle et pourrait prendre du temps à se résoudre, quel que soit le prochain gouvernement israélien.

Un connaisseur des relations bilatérales a déclaré : «Les relations entre les deux alliés semblent avoir touché le fond». Il a ajouté que rétablir ces relations exigerait un long cheminement de part et d’autre.

Lors de sa campagne pour la direction du Parti travailliste en 2015, Burnham avait promis que son premier voyage à l’étranger en tant que chef du parti serait en Israël. À l’époque, Burnham avait perdu face à Jeremy Corbyn. Cet échec en 2015 l’avait conduit à quitter la politique nationale pour se tourner vers la politique locale, devenant plus tard maire du Grand Manchester avant de revenir au premier plan national.

Cette année, en prenant la tête du parti travailliste et en devenant Premier ministre, il a adopté une position très différente, présentant ses excuses pour le manque de critiques du Parti travailliste concernant l’offensive israélienne à Gaza mais aussi n’annonçant aucune visite officielle en Israël et n’envisageant pas d’en faire une dans un avenir proche.

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Royaume-Uni: traversées de la Manche et demandes d’asile en baisse sur un an

Les demandes d’asile ont reculé de 21% entre 2025 et 2026, à leur plus bas niveau depuis 2022, et les arrivées de migrants sur de petits bateaux ont reculé de 23%. Au total, 85 891 personnes ont demandé l’asile au…

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Racisme | L’affaire Jason Arday secoue le Royaume-Uni !

Jason Arday, 41 ans, plus jeune professeur noir de l’Université de Cambridge a été accusé de plagiat cependant l’affaire qui aurait pu être traitée dans le cadre académique est devenue une affaire nationale. Pour la droite raciste et les médias blancs, c’était une aubaine à ne pas manquer et le jeune homme a été voué aux gémonies dans les unes de journaux, dans des centaines d’articles sans parler des réseaux sociaux. Jason Arday a été retrouvé mort à son domicile le vendredi 7 août 2026. Aujourd’hui, les médias qui ont instrumentalisé cette affaire en s’adonnant à un harcèlement basé sur un racisme désinhibé et un acharnement obscène sont sur le banc des accusés. Le Premier ministre Andy Burnham a parlé d’«une tragédie».

Imed Bahri

Dans les colonnes de l’hebdomadaire britannique The Observer, Seun Matiluko est revenue sur l’affaire Jason Arday dont l’épilogue a été la fin tragique du jeune universitaire, elle considère que cette affaire est révélatrice d’une obsession de l’élite blanche qui estime que la réussite des Noirs se fait à ses dépens. 

L’histoire d’Arday a suscité une couverture médiatique qui dépasse largement la controverse entourant le plagiat présumé de sa thèse de doctorat soumise à l’Université Liverpool Moors, et ce, depuis sa nomination comme le plus jeune professeur noir de l’histoire de l’Université de Cambridge.

Il y a un être humain derrière les tweets

Selon Seun Matiluko, Jason, qui enseignait la sociologie et les sciences de l’éducation à Cambridge avant d’être contraint de démissionner début août, en raison de la polémique médiatique concernant son intégrité académique et personnelle, a mis en lumière l’hypocrisie du traitement médiatique de sa mort, instrumentalisée par la droite pour faire du «scandale» un phénomène mondial.

Tard vendredi avant-dernier, un universitaire a résumé avec justesse la situation d’Arday : «Il y a deux semaines, Jason Arday était professeur à l’Université de Cambridge, et maintenant il n’est plus là». Matiluko fait remarquer qu’il peut parfois sembler futile de rappeler aux gens d’être bienveillants et de se souvenir, avant d’attaquer, qu’il y a un être humain derrière leurs tweets, publications ou titres. 

L’histoire a commencé lorsqu’un individu se définissant comme «réaliste racial», convaincu que dans un système méritocratique, «les Noirs disparaîtraient de la quasi-totalité des postes à responsabilité, hormis dans le sport et le divertissement» – une affirmation que beaucoup qualifieraient de raciste – a révélé un plagiat dans la thèse de doctorat d’Arday et l’a dénoncé.

Les journaux ont enquêté sur ces allégations et les ont jugées crédibles. L’affaire aurait pu s’arrêter là, et la couverture médiatique aurait été similaire à celle du professeur William O’Reilly de Cambridge, qui avait plagié 4 000 mots de travaux d’étudiants et les avait republiés comme étant les siens dans des revues académiques, prétendant être victime de harcèlement homophobe une fois démasqué.

Cependant, l’attention médiatique portée à Arday a dépassé le cadre de ses travaux universitaires qui, bien que suffisants pour lui permettre de réussir son doctorat à l’Université John Moores de Liverpool, ont été critiqués par certains, estimant qu’ils avaient nui à la réputation de Cambridge.

Deux cent quarante-neuf articles ont été publiés à son sujet en 22 jours. Quelques heures après l’annonce de son décès, le Times a diffusé une publicité sponsorisée sur X pour un article rédigé par un ancien étudiant mécontent de la méthode d’enseignement d’Arday. S’il n’était pas un jeune professeur noir à Cambridge y aurait-il eu autant d’articles et y aurait-il eu un tel emballement médiatique ?

Le journal a indiqué qu’une grande partie de la couverture médiatique intense précédant les événements tragiques de vendredi s’était concentrée sur les chocs culturels.

1% des professeurs d’université britanniques sont noirs

Arday a été comparé à Meghan Markle, l’épouse du prince Harry, et des journalistes, désireux de se vanter de leur formation à Cambridge, ont affirmé que la présence d’Arday prouvait que les Noirs avaient un accès plus facile au monde universitaire. Ils feignent d’oublier que seulement 1% des professeurs d’université britanniques sont noirs.

Les réseaux sociaux ont également été inondés d’affirmations extravagantes selon lesquelles les universités d’Oxford et de Cambridge admettaient des étudiants noirs avec des notes inférieures simplement parce qu’ils étaient noirs.

En réalité, la seule forme de discrimination positive, de diversité, d’égalité, d’inclusion, ou quel que soit le terme employé, dans les admissions universitaires britanniques est fondée sur la classe sociale, et non sur l’origine ethnique. Les personnes ayant fréquenté des écoles modestes ou vivant dans des zones défavorisées peuvent bénéficier de circonstances exceptionnelles. Nombreux sont les étudiants blancs issus de milieux populaires qui bénéficient d’offres conditionnelles et dans ce cas, les opposants à la diversité, à l’équité et à l’inclusion dans le cadre de la guerre culturelle deviennent muets quand il s’agit des Blancs.

Seun Matiluko soutient qu’il est légitime de demander des comptes à ceux qui détiennent le pouvoir et de démasquer les menteurs surtout que la violente campagne médiatique menée contre Arday était disproportionnée par rapport à ses erreurs.

Une frénésie médiatique largement liée à la couleur d’Arday

L’auteure s’interroge pourquoi tant de médias ont-ils affiché la photo d’Arday en une pendant des semaines, à l’exception du lendemain de sa mort ? Elle estime que si Arday n’avait pas été professeur à Cambridge mais à Leeds, Durham ou au King’s College de Londres, son histoire n’aurait sans doute pas suscité autant d’attention et elle affirme que cette frénésie médiatique était largement liée à l’origine ethnique d’Arday, puisqu’il était noir.

Matiluko rappelle que des titres de presse allant jusqu’à affirmer que le mouvement Black Lives Matter a propulsé Jason Arday sur le devant de la scène relèvent d’une politique de victimisation propre aux Blancs qui soupçonnent d’emblée la réussite des Noirs d’être le fruit d’un travail mené à leur détriment.

Arday n’est ni le premier, ni le dernier, à être accusé de plagiat ou d’avoir relaté une biographie contenant des éléments douteux. Il n’est pas le premier à être accusé d’être un piètre universitaire. La plupart des diplômés universitaires ont une anecdote à raconter sur des professeurs qui estimaient que leurs performances n’étaient pas à la hauteur du poste pour lequel ils avaient été embauchés. Cependant, rien ne justifie l’emballement, le déchaînement et le harcèlement dont il a fait l’objet 

Aujourd’hui, Arday est mort et ses enfants grandiront sans père. Dans un an, certains de ses détracteurs auront peut-être même oublié son nom. Matiluko estime qu’il est peut-être naïf d’attendre de tous les journalistes qu’ils agissent de manière éthique et rappelle que de nombreux journalistes ont prétendu avoir tiré les leçons du suicide de Caroline Flack, la journaliste harcelée par les médias et dont la vie privée a été exploitée sans relâche mais que malheureusement, six ans plus tard, il semble que la leçon retenue soit de harceler sans relâche une personnalité publique, puis, à sa mort, de dire hypocritement «Repose en paix» et «Nos pensées et nos prières t’accompagnent», avant de rejeter la faute sur autrui.

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