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Algérie : Avec ses Sukhoï au Niger, Alger change-t-elle de doctrine militaire ?

Quatre chasseurs algériens Sukhoï Su-30 sur le tarmac de Niamey. L’image aurait été difficilement imaginable il y a encore quelques années, tant l’Algérie a longtemps érigé la non-intervention militaire à l’étranger en principe de sa politique de défense. Le déploiement décidé le 30 août au Niger pourrait ainsi constituer une étape importante dans l’évolution de la doctrine militaire algérienne.

Le ministère algérien de la Défense (MDN) a confirmé l’envoi de deux patrouilles, soit quatre Su-30, accompagnées d’un avion ravitailleur. La décision, prise sur instructions du président Abdelmadjid Tebboune et à la demande des autorités nigériennes, est officiellement présentée comme une « mission de soutien » à l’armée du Niger après la mutinerie qui a secoué Niamey. Les autorités nigériennes ont également confirmé l’arrivée des appareils.

Ce soutien n’est pas totalement isolé. Le 9 août, l’Algérie avait déjà offert à l’armée nigérienne quatre hélicoptères — deux Mi-24V et deux Mi-171 — ainsi que des munitions, des pièces de rechange et du matériel de soutien.

Mais avec l’envoi de chasseurs et de militaires algériens sur le territoire nigérien, Alger franchit un seuil différent.

Une doctrine longtemps restrictive

Depuis l’indépendance, l’Algérie s’est traditionnellement montrée extrêmement réticente à engager son armée hors de ses frontières. Cette position, étroitement liée à sa diplomatie fondée sur la souveraineté des États et la non-ingérence, a longtemps distingué Alger de plusieurs autres puissances régionales.

La révision constitutionnelle de 2020 a toutefois ouvert une possibilité qui n’existait pas dans les mêmes termes auparavant.

L’article 91 de la Constitution permet au président de la République de décider de l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire à l’étranger, mais après approbation à la majorité des deux tiers de chacune des deux chambres du Parlement.

C’est précisément ce cadre qui rend l’opération nigérienne particulièrement intéressante. Le déploiement a été annoncé par le ministère de la Défense, mais aucune approbation préalable des deux chambres n’a été rendue publique.

Le Monde relève ainsi que la séquence ouvre en Algérie un débat sur l’application de cette disposition constitutionnelle et sur la qualification exacte de la mission.

Il serait néanmoins prématuré de parler d’une intervention militaire algérienne au Niger. Aucune participation des Su-30 à des frappes ou à des opérations de combat n’a été annoncée. Alger parle explicitement d’une mission de soutien.

Le Niger devient stratégique pour Alger

L’évolution ne peut pas être dissociée de la détérioration de l’environnement sécuritaire au Sahel.

La mutinerie de Niamey a montré la fragilité persistante du régime d’Abdourahamane Tiani. Selon Reuters et Associated Press, les forces russes de l’Africa Corps ont directement participé aux opérations ayant permis aux loyalistes de reprendre le contrôle de la base militaire de l’aéroport.

Pour Alger, une nouvelle déstabilisation du Niger constituerait un risque majeur. Les deux pays partagent près de 1 000 kilomètres de frontière, tandis que le Niger occupe une place importante dans les équilibres sécuritaires du Sahara et dans plusieurs projets économiques régionaux.

Le rapprochement militaire engagé cet été montre donc qu’Alger ne se contente plus nécessairement d’observer les crises sahéliennes depuis son territoire.

La question est désormais de savoir si Niamey constitue une réponse exceptionnelle à une situation jugée urgente ou le premier exemple spectaculaire d’une doctrine militaire algérienne devenue plus interventionniste depuis la réforme constitutionnelle de 2020.

Pour les autres pays du Maghreb, dont la Tunisie, la distinction est loin d’être théorique. Si l’Algérie accepte désormais plus facilement de projeter directement ses forces pour défendre ses intérêts sécuritaires dans son voisinage, c’est une évolution importante de l’équilibre stratégique régional.

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Migration clandestine : L’Algérie dépasse désormais la Tunisie sur la route de l’Italie

La carte des migrations irrégulières vers l’Italie est en train de changer. Alors que les arrivées par voie maritime ont fortement reculé depuis le début de l’année 2026, la Tunisie perd une place dans la hiérarchie des principaux pays de départ au profit de l’Algérie.

Selon les données du ministère italien de l’Intérieur reprises et analysées par Agenzia Nova, 19 601 migrants sont arrivés par mer en Italie au 1er septembre 2026, contre 43 346 à la même date en 2025. Le recul atteint ainsi 54,78 %, soit 23 745 arrivées de moins en un an.

La baisse ne s’est pas limitée au début de l’année. Entre le 3 juillet et le 1er septembre, 5 137 arrivées supplémentaires ont été enregistrées en Italie, contre 12 748 durant la même période de 2025, soit une diminution de 59,7 %. Autrement dit, la saison estivale, traditionnellement propice aux traversées de la Méditerranée, n’a pas inversé la tendance.

La Libye reste de très loin la première route

Malgré la baisse générale des arrivées, la Libye demeure la principale porte de départ vers l’Italie.

Au 1er septembre, 15 570 migrants étaient arrivés en Italie depuis les côtes libyennes, contre 38 232 durant la même période de 2025. La baisse atteint 59,27 %. Malgré cela, la route libyenne représente encore 79,43 % de l’ensemble des arrivées maritimes enregistrées en Italie.

La concentration géographique est également remarquable : environ 98 % des départs depuis la Libye proviennent de la façade occidentale du pays. Près de 78 % de tous les migrants arrivés par mer en Italie depuis le début de l’année sont donc partis de Tripolitaine.

Cette domination de la route libyenne relativise donc le changement observé entre l’Algérie et la Tunisie : il s’agit davantage d’un déplacement dans le classement des routes secondaires que d’un bouleversement de la principale route migratoire vers l’Italie.

L’Algérie passe devant la Tunisie

C’est néanmoins le changement le plus significatif pour la Tunisie. Les arrivées en provenance d’Algérie sont passées de 813 durant la même période de 2025 à 2 292 au 1er septembre 2026. Elles ont donc augmenté de 181,92 % et représentent désormais 11,69 % de l’ensemble des arrivées maritimes en Italie.

Lire aussi : Migration : Deux morts et douze disparus après le naufrage au large de Zarzis

Dans le même temps, les arrivées depuis la Tunisie sont tombées à 1 646, contre 3 290 un an auparavant, soit une baisse proche de 50 %. L’Algérie dépasse ainsi pour la première fois la Tunisie sur cette période de référence.

Le contraste est particulièrement net lorsqu’on compare avec l’année 2025 dans son ensemble : la route algérienne avait alors enregistré 1 812 arrivées, contre 4 841 pour la route tunisienne. En seulement huit mois, l’Algérie a donc déjà dépassé son total de l’année précédente, tandis que la Tunisie se situe à environ un tiers de son niveau de 2025.

La route tunisienne perd-elle durablement son poids ?

Ces chiffres semblent confirmer une tendance déjà observée depuis deux ans : la route tunisienne vers l’Italie a considérablement perdu de son importance après avoir constitué l’un des principaux axes de la migration en Méditerranée centrale.

Le recul intervient dans un contexte de renforcement des contrôles maritimes tunisiens et de coopération accrue avec l’Union européenne et l’Italie. Le Monde avait notamment consacré en mai 2026 une analyse au renforcement de la coopération européenne avec la Tunisie et la Libye pour contenir les flux migratoires.

Les données disponibles montrent toutefois que la diminution des départs depuis la Tunisie ne signifie pas la disparition du phénomène. Des tentatives de traversée continuent d’avoir lieu. Fin août, plusieurs naufrages au large des côtes tunisiennes ont encore fait des morts et des disparus, rappelant que la réduction des flux ne supprime pas le risque ni les motivations qui poussent certains candidats à la migration à prendre la mer.

Un déplacement des routes plutôt qu’une disparition des migrations

Le cas algérien mérite donc une attention particulière. L’augmentation de 181,92 % reste spectaculaire en pourcentage, mais elle porte sur des volumes relativement faibles par rapport à la route libyenne : 2 292 arrivées depuis l’Algérie contre 15 570 depuis la Libye.

Les deux routes présentent par ailleurs des profils différents. Les départs algériens se concentrent notamment dans le nord-est du pays et ont pour destination privilégiée la Sardaigne, tandis que la route libyenne constitue l’axe dominant vers l’Italie continentale.

Les données disponibles au deuxième trimestre allaient déjà dans le sens de cette recomposition. Au 28 juin, la Libye représentait 83 % des arrivées, tandis que l’Algérie et la Tunisie se situaient chacune autour de 8 %, avec 1 198 arrivées depuis l’Algérie contre 1 074 depuis la Tunisie.

Le phénomène semble donc s’être accentué durant l’été : la Tunisie ne constitue plus la deuxième route vers l’Italie ; l’Algérie lui est désormais passée devant.

Une baisse spectaculaire, mais un bilan humain toujours lourd

La baisse des arrivées ne doit enfin pas être interprétée comme une diminution proportionnelle de la dangerosité de la route migratoire.

Selon le Missing Migrants Project de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), au moins 914 personnes sont mortes ou portées disparues depuis le début de 2026 sur la route de la Méditerranée centrale. Ce chiffre est considéré comme un minimum, de nombreux naufrages pouvant ne laisser aucun survivant ni témoin.

Le constat qui se dessine est donc paradoxal : moins de migrants arrivent en Italie, la route tunisienne recule fortement, mais la migration irrégulière ne disparaît pas. Elle se recompose.

La Libye conserve une position écrasante, tandis que l’Algérie prend désormais la deuxième place et que la Tunisie, autrefois au cœur de la route vers Lampedusa, voit son poids diminuer fortement. Pour Tunis, le véritable enjeu sera de déterminer si ce recul traduit une transformation durable des flux ou simplement un déplacement temporaire des itinéraires empruntés par les migrants et les réseaux de passeurs.

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Ce que le choix énergétique allemand dit à la Tunisie

Lors de la récente visite en Tunisie du ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephu, les échanges ont porté sur la coopération bilatérale, les investissements, la transition énergétique, le numérique, la formation et les relations entre la Tunisie et l’Europe. Mais un signal venu d’Alger au même moment mérite d’être décodé à Tunis.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Johann Wadephul a déclaré que l’Algérie pourrait contribuer au remplissage des capacités allemandes de stockage de gaz, qualifiant Alger de «partenaire fiable».

Cette déclaration concerne d’abord l’Allemagne et l’Algérie. Mais pour la Tunisie, elle constitue surtout un rappel : dans la nouvelle géoéconomie européenne, les pays qui disposent d’un actif stratégique ont aussi un levier de négociation.

La question n’est donc pas de savoir pourquoi Berlin se tourne vers Alger. Elle est de savoir pourquoi Tunis ne transforme pas encore suffisamment ses propres atouts en actifs stratégiques.

Qu’est-ce que la Tunisie peut offrir à une Europe qui cherche à réduire ses vulnérabilités et à diversifier ses interdépendances ?

La réponse ne se trouve probablement pas dans le gaz. Elle se trouve dans ce que la Tunisie possède déjà — sa proximité avec l’Europe, son potentiel renouvelable, sa position méditerranéenne, ses compétences, son industrie, ses infrastructures et son ouverture africaine — mais qu’elle doit encore transformer en capacités économiques durables.

Le débat tunisien est trop souvent construit à partir de ce que demandent nos partenaires : coopération migratoire, sécurité, stabilité, énergie, investissements ou financement. Leurs projets, parfois clé en main, deviennent les nôtres.

Cette approche mérite d’être inversée. Avant de demander ce que l’Europe peut apporter à la Tunisie, il faut déterminer ce que la Tunisie veut devenir pour l’Europe. Cette question oblige à regarder nos vulnérabilités : déficit énergétique, besoin de devises, faiblesse de l’investissement productif, difficultés logistiques, dépendance technologique, perte de certaines compétences et accès encore insuffisant aux marchés africains.

Mais elle oblige également à regarder nos atouts : proximité du marché européen, position méditerranéenne, potentiel renouvelable, base industrielle déjà intégrée à plusieurs chaînes européennes, compétences techniques et numériques et proximité avec l’Afrique.

La stratégie consiste à transformer nos vulnérabilités en priorités et nos atouts en avantages.

L’Europe comme accélérateur industriel

C’est probablement le premier changement de raisonnement nécessaire. Avant de rêver d’exporter massivement de l’électricité vers l’Europe, la priorité devrait être de réduire durablement notre propre vulnérabilité énergétique, notre déficit en la matière dépassant désormais 60% au moment où le cours mondial de l’énergie flambe.

Chaque mégawatt renouvelable produit en Tunisie peut avoir plusieurs valeurs : réduire une importation, améliorer la balance commerciale, alimenter une activité industrielle, développer des compétences et, lorsque les conditions le permettent, être exporté.

L’ordre des priorités compte. Une politique énergétique géoéconomique tunisienne devrait donc poursuivre simultanément trois objectifs : sécurité énergétique nationale, compétitivité industrielle et capacité d’interconnexion avec l’Europe.

Le raccordement électrique avec le Vieux Continent ne devrait pas être conçu comme une simple autoroute d’exportation. Il doit devenir une infrastructure permettant à la Tunisie d’augmenter sa valeur dans la chaîne énergétique. Cela implique d’attirer les investissements, mais aussi de développer progressivement la formation, la maintenance, l’ingénierie et les services locaux.

Le véritable indicateur ne devrait donc pas être seulement le nombre de mégawatts installés. Il devrait être la valeur tunisienne créée par chaque unité d’énergie produite.

La relation avec l’Europe ne doit pas être réduite à la question des financements. L’enjeu essentiel est aussi d’utiliser l’accès au marché européen pour augmenter la productivité et la capacité industrielle nationales.

La Tunisie dispose d’une proximité exceptionnelle avec ce continent de 500 millions de consommateurs potentiels. Pourtant, cette proximité n’a pas encore produit toute la valeur qu’elle pourrait générer. L’intégration dans les chaînes européennes reste trop souvent concentrée sur des activités où la valeur ajoutée locale demeure limitée. La prochaine étape doit être celle de la montée en gamme : ingénierie, conception, logiciels industriels, électronique, composants, maintenance spécialisée, services numériques, santé et technologies énergétiques. L’objectif n’est pas seulement d’exporter davantage vers l’Europe. Il est d’exporter davantage de valeur. C’est également là que se joue la réciprocité.

L’Europe apporte des marchés, des capitaux, des technologies et des savoir-faire. La Tunisie doit, en retour, offrir des conditions permettant aux entreprises européennes de produire, d’innover et de se projeter depuis notre territoire vers d’autres marchés.

Johann Wadephul reçu par Abdelmadjid Tebboune : Alger, clou de la tournée maghrébine du responsable allemand.

Passer de la proximité à la projection et transformer la mobilité en réseau

La deuxième opportunité insuffisamment exploitée est africaine. La Tunisie dispose d’une proximité géographique, culturelle et économique particulière avec l’Afrique subsaharienne. Mais une proximité ne constitue pas une stratégie. Pour transformer cette position en avantage, il faut des entreprises capables d’opérer durablement en Afrique, des mécanismes de financement adaptés, des assurances, des liaisons logistiques, des partenariats bancaires et des réseaux professionnels.

L’enjeu n’est pas de faire de la Tunisie une puissance africaine. Il est d’en faire une plateforme depuis laquelle des entreprises tunisiennes, européennes et africaines peuvent travailler ensemble. Cette fonction pourrait devenir particulièrement intéressante pour les entreprises européennes souhaitant diversifier leurs implantations et accéder davantage aux marchés africains.

La Tunisie pourrait ainsi transformer sa position géographique en avantage économique : une interface entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique.

La question des compétences est indissociable de cette stratégie. La Tunisie forme des ingénieurs, médecins, techniciens, informaticiens et autres professionnels recherchés par les économies européennes. La mobilité de ces compétences est une réalité. La question n’est donc plus seulement de savoir comment freiner son exode, mais comment en augmenter la valeur pour l’économie tunisienne.

Cela suppose des partenariats de formation, des certifications communes, des liens structurés entre entreprises et établissements tunisiens et européens et des réseaux permettant aux compétences installées à l’étranger de maintenir des liens économiques avec la Tunisie.

La mobilité peut ainsi devenir un réseau économique plutôt qu’une simple perte de capital humain.

Cinq leviers pour changer le rapport de négociation

Ports, réseaux électriques, télécommunications, câbles sous-marins, data centers, routes, rail et plateformes logistiques ne sont pas de simples équipements. Dans une économie mondiale confrontée aux ruptures de chaînes d’approvisionnement, ils deviennent des instruments de résilience.

La Tunisie doit donc se poser une question simple : ses infrastructures sont-elles suffisamment fiables, rapides et compétitives pour que des entreprises organisent durablement leurs chaînes de valeur autour d’elles ?

Si la réponse est insuffisante, la géographie ne suffit pas. Il faut investir dans les infrastructures, mais aussi dans leur maintenance, leur redondance, leur sécurité et leur performance. La fiabilité doit devenir elle-même un avantage compétitif tunisien.

La stratégie tunisienne peut ainsi être concentrée sur cinq leviers.

Le premier, c’est l’énergie. Il s’agit de réduire la vulnérabilité énergétique nationale, développer les renouvelables et utiliser les interconnexions pour créer une base industrielle.

Le deuxième, c’est l’industrie. Il s’agit de passer progressivement de l’assemblage à davantage d’ingénierie, de conception et de services à forte valeur ajoutée.

Le troisième, c’est l’Afrique. Il s’agit de construire une plateforme commerciale, financière et logistique permettant aux entreprises tunisiennes et européennes d’accéder aux marchés africains.

Le quatrième, ce sont les compétences. Il s’agit de transformer la mobilité professionnelle en réseaux de formation, d’innovation et de création de valeur.

Le cinquième, ce sont les infrastructures. Il s’agit de faire de la fiabilité énergétique, numérique et logistique un avantage concurrentiel régional.

Ces cinq leviers ont une logique commune : créer en Tunisie des capacités dont nos partenaires ont intérêt à disposer. C’est ainsi que l’on passe de la dépendance à l’interdépendance.

Cette approche doit également changer notre manière d’évaluer les partenariats.

Le véritable test : ce qui reste en Tunisie

Un projet ne devrait plus être jugé uniquement sur le montant de l’investissement promis. Il faudrait systématiquement demander : Quelle valeur reste en Tunisie ? Quelles compétences sont transférées ? Combien d’entreprises tunisiennes entrent dans la chaîne de valeur ? Quel accès aux marchés est créé ? Quelle capacité nouvelle demeure si le partenaire se retire ?

Ce sont les véritables critères de la réciprocité. Un investissement important peut être économiquement utile sans être stratégiquement transformateur. À l’inverse, un projet plus modeste peut renforcer durablement la position tunisienne s’il crée une capacité industrielle, ouvre un marché et augmente notre pouvoir de négociation.

Le bon partenariat n’est donc pas nécessairement celui qui apporte le plus de capitaux. C’est celui qui augmente le plus notre capacité future à négocier.

La visite du ministre allemand est terminée. L’Allemagne continuera à diversifier ses fournisseurs énergétiques. L’Algérie continuera à valoriser son avantage gazier. La Norvège restera un acteur énergétique majeur. D’autres pays chercheront à prendre leur place dans la nouvelle géographie énergétique et industrielle européenne.

La Tunisie ne gagnera rien à envier les ressources des autres. Elle doit valoriser les siennes. Notre avantage ne sera probablement pas une matière première. Il peut être une combinaison : proximité européenne, énergie renouvelable, industrie, compétences, infrastructures et accès à l’Afrique. Mais cette combinaison ne deviendra un avantage géoéconomique que si nous la transformons en projets, en entreprises, en infrastructures et en chaînes de valeur.

Le signal envoyé par Berlin à Alger doit donc être lu non comme une occasion manquée, mais comme un rappel.

Dans la nouvelle économie de la puissance, les partenaires qui comptent sont ceux qui apportent quelque chose que les autres ont intérêt à sécuriser.

La Tunisie n’a pas besoin de devenir indispensable à l’Europe. Elle doit devenir suffisamment utile dans plusieurs domaines pour que sa réussite devienne également un intérêt pour ses partenaires. C’est cela, au fond, la véritable réciprocité. Et c’est peut-être la meilleure manière de transformer notre géographie en puissance : ne plus seulement être le pays situé entre l’Europe et l’Afrique, mais devenir le pays dont certaines connexions entre l’Europe et l’Afrique ont besoin.

* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.

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Mutinerie à Niamey : pourquoi Alger se porte-t-il au secours du régime nigérien ?

Pour la première fois, l’Algérie a déployé dimanche 30 août 2026 des avions de combat au Niger après qu’une mutinerie contre la junte a été déjouée la veille à Niamey. En affichant son soutien aux autorités nigériennes, l’Algérie cherche en réalité à stabiliser ses frontières sud et surtout lutter contre les groupes djihadistes au Niger et au Sahel.

L’envoi de quatre Su-30 avec leurs équipages à Niamey relève-t-il d’un simple soutien politique ou marque-t-il une évolution de la doctrine militaire algérienne ? Selon le ministère algérien de la Défense, ce déploiement intervient « à la demande des autorités du Niger  » et vise à soutenir l’armée du pays « face à la tentative de déstabilisation ».

Mais, selon les experts militaires, il s’agit d’une décision inédite pour l’Algérie qui, pour la première fois de son histoire, a envoyé des avions de combat, avec leurs équipages, dans un pays étranger.

En effet, quatre Sukhoï Su-30, un avion de transport militaire Il-76 et un avion ravitailleur Il-78  fournis par l’Algérie ont atterri dimanche 30 août à Niamey, capitale du Niger, au lendemain d’une mutinerie déjouée par le régime militaire avec l’appui de son partenaire russe et une semaine après la visite à Alger du Premier ministre malien.

Selon les autorités nigériennes, ces équipements viennent compléter les quatre hélicoptères algériens livrés le dimanche 9 août, soit deux Mi-171 et deux Mi-24. Niamey considère cet appui comme un « soutien stratégique » de l’Algérie aux Forces armées nigériennes, alors que le Niger reste confronté à la menace djihadiste et à des tensions internes.

Mutinerie

Rappelons le contexte de ce fait inédit. Le Niger vient de traverser l’une des crises les plus sérieuses depuis le coup d’État de juillet 2023. Dans la nuit du 28 au 29 août 2026, des militaires, notamment de jeunes officiers des forces spéciales, ont tenté de renverser le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au pouvoir. Les mutins ont attaqué simultanément le palais présidentiel et la base aérienne 101, située dans l’enceinte de l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey. Ils ont également tenté de prendre le contrôle de la télévision publique.

Or, lorsque les mutins ont pris le contrôle de la base aérienne 101, les forces loyalistes se sont retrouvées face à un problème majeur : plusieurs unités de l’armée auraient hésité à donner l’assaut contre leurs propres frères d’armes. La garde présidentielle est restée le principal soutien de Tiani.

Le jeu trouble de Moscou

C’est dans ce contexte que les Russes de l’Africa Corps, présents précisément sur cette base, sont entrés en action. Environ 200 éléments russes auraient participé à la reconquête de la base aux côtés des forces nigériennes loyalistes.

Selon Reuters, les forces russes auraient notamment utilisé des drones kamikazes contre les positions des mutins, contribuant à leur reddition.

A noter que jusqu’ici, la Russie se présentait essentiellement comme un partenaire sécuritaire du Niger, son rôle se limitant à la  fourniture d’équipements, formation, présence et soutien dans la lutte contre les groupes jihadistes. Mais cette fois, les Russes sont intervenus pour sauver directement un régime militaire menacé par une rébellion interne.

Ainsi, le régime de Tiani, arrivé lui-même au pouvoir par un coup d’État en 2023, a désormais recours à une force étrangère pour empêcher qu’un autre coup d’État ne réussisse.

Pour rappel, après avoir rompu avec la France et éloigné progressivement les partenaires occidentaux, le Niger s’est tourné vers Moscou. Le Mali et le Burkina Faso ont suivi une trajectoire comparable. Les trois pays ont créé l’Alliance des États du Sahel (AES). Et en contribuant à sauver militairement le régime de Tiani, la Russie de Poutine démontre aux militaires au pouvoir au Sahel qu’elle peut offrir quelque chose que les partenaires occidentaux ne proposaient pas, à savoir une protection directe du régime lorsque celui-ci est menacé.

Enjeu géostratégique

Reste la question essentielle : pourquoi l’Algérie a-t-elle choisi de soutenir le régime Tiani ? D’abord, pour sécuriser sa propre frontière. En effet, pour l’Algérie qui partage une longue frontière avec le Niger, un effondrement du régime de Tiani ou une nouvelle prise de pouvoir militaire dans un pays déjà confronté aux groupes jihadistes pourrait provoquer une déstabilisation supplémentaire de toute la bande sahélienne. Alger, qui veut donc avant tout éviter le scénario du chaos à sa frontière méridionale, préfère un régime militaire stable, même contesté, à un Niger plongé dans une guerre entre factions militaires.

Ensuite, empêcher une victoire des jihadistes. Le Niger est devenu l’un des principaux foyers de l’insurrection jihadiste au Sahel. Les attaques contre l’armée se multiplient et constituent précisément l’une des causes du mécontentement qui a provoqué la mutinerie. Or, pour Alger, une chute de Tiani dans ces circonstances pourrait créer un vide sécuritaire dont profiteraient immédiatement les groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique.

Enfin, Alger cherche à récupérer son influence au Sahel. En effet, pendant plusieurs années, l’Algérie a vu son influence régionale reculer au profit de la Russie, notamment après les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Or, depuis quelques mois, Alger et Niamey ont entrepris un rapprochement. En février 2026, Tiani s’est rendu en Algérie et les deux pays ont annoncé le renforcement de leur coopération sécuritaire.

Pour conclure, le soutien apporté à Tiani au moment où son pouvoir était menacé peut donc être interprété comme un investissement géopolitique. Ainsi, l’Algérie montre qu’elle entend redevenir un acteur incontournable du Sahel. Surtout, elle ne veut pas laisser Moscou monopoliser le Sahel. Sauf que, ironie du sort, Moscou et Alger, deux puissances rivales au Sahel, se retrouvent momentanément du même côté pour empêcher la chute de Tiani !

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Algérie-Allemagne : des « étapes concrètes » pour accélérer le partenariat

L’Algérie et l’Allemagne ont convenu, le 31 août 2026, d’adopter des « étapes concrètes » pour donner un nouvel élan à leur coopération bilatérale.

À Alger, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, et son homologue allemand, Johann Wadephul, ont identifié l’énergie, les renouvelables, l’industrie, les transports et les produits pharmaceutiques comme secteurs prioritaires. Les deux pays veulent transformer la dynamique politique récente de leurs relations en projets économiques concrets. Les deux responsables ont insisté sur la nécessité de profiter davantage des possibilités d’investissement et de partenariat disponibles dans plusieurs secteurs économiques prioritaires.

La coopération énergétique figure également parmi les principaux axes identifiés par les deux pays. Elle couvre à la fois les secteurs énergétiques traditionnels, les énergies renouvelables et la transition énergétique. Cette orientation s’inscrit dans le rapprochement engagé depuis plusieurs mois entre Alger et Berlin. Elle avait notamment été confortée lors de la visite officielle du président algérien Abdelmadjid Tebboune en Allemagne les 16 et 17 juillet 2026. À cette occasion, les deux pays avaient adopté une déclaration commune sur un nouvel agenda stratégique de partenariat.

 

Lire aussi : TRIBUNE – Tunisie-Allemagne : de la coopération à la coproduction, le nouveau pacte de souveraineté

 

Industrie, transports et pharmacie

Les discussions ont également porté sur l’industrie, les transports et les produits pharmaceutiques, considérés comme d’autres domaines offrant des possibilités de coopération et d’investissement. Alger et Berlin souhaitent notamment renforcer les mécanismes institutionnels de coopération et consolider le cadre juridique permettant de faciliter les échanges économiques.

Les deux parties ont également insisté sur la nécessité de rapprocher davantage les milieux d’affaires afin de favoriser la mise en œuvre des accords et contrats de partenariat conclus lors du Forum économique algéro-allemand du 17 juillet dernier.

La rencontre d’Alger constitue ainsi une étape de suivi de l’agenda stratégique adopté lors de la visite de Tebboune à Berlin. Les deux gouvernements veulent désormais passer de la définition des priorités à leur mise en œuvre. L’objectif affiché est notamment d’activer les mécanismes de coopération existants et de renforcer le cadre juridique nécessaire à la concrétisation des projets annoncés. Cette démarche intervient alors que les relations algéro-allemandes connaissent, selon Alger, une « dynamique positive », renforcée par les contacts de haut niveau intervenus au cours de l’été.

Le contexte régional également au menu

Les entretiens ne se sont toutefois pas limités aux questions bilatérales. Ahmed Attaf et Johann Wadephul ont également échangé sur plusieurs dossiers régionaux et internationaux. Les discussions ont notamment porté sur la situation au Moyen-Orient, les évolutions dans la région du Sahel et les perspectives du partenariat euro-méditerranéen. Ces dossiers donnent une dimension politique supplémentaire au rapprochement entre Alger et Berlin, au-delà des seuls échanges commerciaux et énergétiques.

L’enjeu pour les deux pays est désormais de traduire les engagements politiques en investissements, contrats et projets effectivement réalisés. Pour l’Algérie, le renforcement des relations avec l’Allemagne peut contribuer à diversifier les partenariats économiques et technologiques. Pour Berlin, l’approfondissement des relations avec Alger ouvre des perspectives dans l’énergie, l’industrie et la transition énergétique.

Après l’adoption d’un agenda stratégique en juillet, Alger et Berlin veulent désormais passer à l’étape suivante : concrétiser leurs engagements. L’énergie, les renouvelables, l’industrie, les transports et la pharmacie devraient constituer les principaux terrains de cette nouvelle phase du partenariat algéro-allemand.

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Ce que l’Europe craint d’un effondrement tunisien

Que l’Allemagne ait un intérêt direct à la stabilité tunisienne, personne ne le conteste. Mais l’Allemagne n’est jamais seule quand elle parle de stabilité et de Sahel à un chef d’État nord-africain : elle parle aussi, de fait, au nom du continent européen qui a fait de la Tunisie son verrou migratoire et énergétique, et qui n’a pas oublié qu’un effondrement tunisien se traduirait par une pression migratoire sur ses propres côtes.

Moktar Lamari *

Il faut se méfier des communiqués diplomatiques qui se ressemblent trop pour être honnêtes — et se méfier plus encore de ceux qui ne se ressemblent pas du tout. Explication…

Le 31 août, Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères, a atterri à Tunis, dans une visite imprévue et urgente, pour une tournée maghrébine présentée comme une simple courtoisie anniversaire : soixante-dix ans de relations diplomatiques tuniso-allemandes, une délégation d’industriels, des dossiers énergie et chaînes d’approvisionnement automobile.

Rien, en apparence, qui justifie qu’un ministre des Affaires étrangères d’un pays du G7 se déplace en personne, accompagné de son patronat, pour aller souffler des bougies protocolaires. Sauf que le décor a craqué presque aussitôt, et de la façon la plus flagrante qui soit : les deux capitales ont raconté deux rencontres différentes.

Avant même l’atterrissage, le ministère allemand des Affaires étrangères annonçait sur son propre site que les discussions avec Kaïs Saïed porteraient sur leurs «intérêts communs en faveur de la stabilité de la Tunisie». Une fois sur place, interrogé par la chaîne publique allemande ARD, Wadephul est allé plus loin encore, évoquant sans détour le terrorisme et la montée de «l’islamisme», et présentant la migration comme l’un des fils conducteurs de sa tournée nord-africaine.

En conférence de presse à Tunis, il a par ailleurs insisté sur la volonté allemande d’«exploiter les potentiels mutuels», en particulier dans «l’approvisionnement en énergie respectueuse du climat» — une manière polie de dire qu’on est venu sécuriser des tuyaux, pas signer des cartes postales.

Or aucun de ces trois sujets — Sahel, terrorisme islamiste, énergie climatique — ne figure dans le compte rendu publié depuis le Palais de Carthage.

Pas une ligne, pas une allusion. À la place, la présidence tunisienne met en scène un Kaïs Saïed qui disserte sur l’humanité entrant dans une «nouvelle étape de son histoire» nécessitant une pensée fondée sur la liberté et la justice, et qui profite de l’audience pour exiger la révision de plusieurs accords — au premier rang desquels l’accord d’association avec l’Union européenne, jugé trop déséquilibré.

Intérêt direct de l’Europe à la stabilité tunisienne

Deux ministères, une seule et même rencontre, et pourtant deux comptes rendus qui pourraient décrire deux réunions tenues à des années de distance. Ce genre de dissonance ne s’invente pas dans un simple exercice de communication maladroit ; il trahit deux agendas qui se sont croisés dans la même salle sans jamais vraiment se parler — l’un venu évaluer un risque, l’autre venu réciter un grief.

Que l’Allemagne — troisième marché à l’export pour la Tunisie, pilier de l’approvisionnement automobile européen, hôte de 7 500 étudiants tunisiens et de milliers de soignants tunisiens dans ses hôpitaux — ait un intérêt direct à la stabilité tunisienne, personne ne le conteste.

Mais l’Allemagne, dans l’architecture européenne, n’est jamais seule quand elle parle de stabilité et de Sahel à un chef d’État nord-africain : elle parle aussi, de fait, au nom d’un continent qui a fait de la Tunisie son verrou migratoire et énergétique, et qui n’a pas oublié qu’un effondrement tunisien se traduirait en semaines, pas en mois, par une pression migratoire sur ses propres côtes.

On ne dépêche pas le chef de sa diplomatie, escorté d’industriels et suivi d’un crochet immédiat à Alger pour discuter interconnexions électriques, si le seul enjeu a trait à un anniversaire à souligner.

On le fait quand on veut prendre le pouls d’un pays avant qu’il ne s’arrête de battre.

Et ce pouls, aujourd’hui, est franchement inquiétant. Pendant que Wadephul serrait des mains à Carthage, des quartiers entiers de Tunis, de Sfax, du Kef, de Djerba ou de Gabès continuaient de vivre au rythme de coupures d’eau et d’électricité répétées, parfois plusieurs fois par jour — le symptôme le plus visible d’un réseau Steg en déficit structurel de production que plus aucun décret présidentiel ne peut masquer.

Des menaces terroristes en Tunisie sont probables selon des sources proches de la chancellerie allemande.

À cela s’ajoutent des pénuries récurrentes de médicaments essentiels dans les pharmacies, remontées presque chaque semaine par la société civile et les syndicats de la santé, signe que même la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique, pourtant vitale, craque sous la pression budgétaire et le manque de devises.

Les trois ingrédients de l’embrasement social

Ce sont exactement les trois ingrédients — eau, courant, médicaments — dont l’histoire politique récente du monde arabe a montré qu’ils précèdent, presque toujours, l’embrasement social. Ce n’est pas un hasard si le crochet algérien de Wadephul porte précisément sur l’offre électrique : Berlin cherche, très concrètement, des solutions de dépannage énergétique pour un voisin tunisien exsangue, faute de pouvoir compter sur une réforme interne que le régime refuse d’engager.

Rien de tout cela ne serait alarmant si le contexte politique tunisien n’était pas déjà à ce point tendu.

Un pouvoir réélu à 90,7 % sur une participation de 28,8 %, une opposition emprisonnée par dizaines, un Premier ministre limogé presque chaque année, une dette publique qui frôle 85 % du PIB, un déficit qui se creuse de nouveau : la marge de manœuvre du régime pour absorber un choc social supplémentaire est proche de zéro.

Quand l’eau, l’électricité et les médicaments manquent en même temps, la colère ne cherche plus de porte-parole partisan ; elle descend dans la rue directement, comme on l’a vu ailleurs dans la région ces derniers mois.

Et c’est précisément ce scénario que l’Europe, par la voix de son émissaire allemand, semble être venue évaluer de très près — sans jamais le dire tout haut. La visite protocolaire de Wadephul n’est peut-être qu’une couverture élégante pour une question bien plus brutale que Berlin, et derrière elle Bruxelles, se pose désormais sans détour : combien de temps le système Saïed peut-il encore tenir avant que la rue ne tranche à sa place ? 

Economiste universitaire.

Blog de l’auteur: E4T.

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Vu sur les réseaux. Algérie/Tunisie : lorsque le complotisme peine à convaincre

Ce weekend a donné à voir une séquence historique similaire en Algérie et en Tunisie où des internautes des deux pays expriment leur ras le bol respectivement face aux explications complotistes du pouvoir algérien concernant les incendies meurtriers qui ravagent…

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Algérie : Tebboune veut rétablir la peine de mort contre les pyromanes

Suite aux incendies meurtriers, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a ordonné le rétablissement de la peine de mort contre les pyromanes.   En bref Abdelmadjid Tebboune veut rétablir la peine de mort contre les pyromanes. Le Code pénal doit être…

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L’Algérie, telle qu’elle doit s’assumer, légataire du fardeau colonial

L’auteur réagit ici à la réponse du Dr Abderrahmane Cherfouh intitulée L’Algérie face à l’histoire : De la souveraineté à la reconquête à un précédent article qu’il avait publié dans Kapitalis : Tunisie : du souverainisme à la question numide.

Dr Mounir Hanablia *

Suite à l’intervention de mon collègue algérien, qui semble avoir perdu  le fil de l’essentiel de mon précédent écrit, à savoir le caractère inutile et nuisible d’une guerre du gaz entre nos deux pays, ou bien d’entreprises qui pourraient remettre en cause leur intégrité territoriale mutuelle, et qui finit  par se lancer dans un récit apologétique dénué d’intérêt sur l’Histoire de l’Algérie contemporaine,  je me dois de rappeler que beaucoup de nations ne furent que les conséquences du fait colonial. Leurs citoyens doivent-ils pour autant porter cela comme une marque d’infamie ? L’Inde est une création anglaise. Aucun Indien ne le niera aujourd’hui, pas plus qu’aucun Pakistanais. Pourtant lors de la bataille de Plassey en 1757, l’Inde possédait les attributs au moins nominaux de l’État unitaire, même si celui-ci miné par les sécessions n’était plus que l’ombre de lui-même.

Un bébé né d’un viol

L’Algérie aujourd’hui est un état libre et indépendant reconnu par la communauté internationale. Et nul ne prétend minimiser l’ampleur du combat héroïque de son peuple contre le colonialisme. Cela n’est nullement antinomique avec la réalité que ce pays, dépourvu à l’origine d’Etat unitaire, ait été réunifié bon gré mal gré par la puissance destructrice de l’armée française. C’est un fait, même si la France n’avait aucun droit légitime à occuper un sol qui ne lui appartenait pas.

Si les gouvernements européens ont établi entre eux des protocoles et des droits de conquête fondés sur des traités inégaux ou illégaux signés avec des chefs indigènes pour légitimer leurs entreprises respectives, cela ne constitue pas un argument valable pour justifier une conquête, tant bien même la négation ou l’absence d’un État en servirait de couverture juridique. Mais quand le bébé est né d’un viol, il faut avoir le courage de le reconnaître, et non pas prétendre à la légitimité du mariage. Et que les colonialistes usent de cet argument pour nier tout droit algérien à l’indépendance ne signifie pas plus qu’ils aient raison de le faire, face à la reconnaissance internationale. Et celle-ci se rapporte à l’Onu, créée par le Président Roosevelt et consolidée par Truman, avec l’assentiment de l’URSS. Et lorsque la Tunisie, l’Algérie et le Maroc sont passés à l’indépendance, celle-ci n’est devenue effective que par la communauté internationale.

En 1943 à Casablanca c’est un fait que le Président Roosevelt ait promis l’indépendance au Sultan Mohamed V et que à la suite de cela les agents américains aient diffusé la bonne nouvelle sur la fin proche du colonialisme français chez les leaders indépendantistes maghrébins.

La protection conférée par Robert Murphy à Bourguiba contre les représailles françaises pour ses contacts avec les Italiens ne démentira certes pas cette réalité. 

Le rôle américain dans la décolonisation du Maghreb

Le statut de l’Algérie demeure particulier du fait de l’intégration du territoire algérien à la France. Et si Messali Hadj fut le véritable père de l’indépendance algérienne, il n’en a pas moins été renié et combattu par le Front de libération national (FLN) algérien. Il est vrai que ses tendances socialisantes ne l’auraient pas fait considérer d’un bon œil de la part des Américains.

Or au moment du débarquement américain en Afrique du Nord, le FLN n’existait pas encore. Ferhat Abbès, fondateur de l’Union démocratique du Manifeste algérien et futur président du Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA), lui, écrivait quelques années auparavant : «J’ai erré parmi les cimetières, la nation algérienne n’existe pas, notre avenir est avec la France».

Ainsi on ne peut pas prétendre que l’indépendance du Maghreb ait été l’œuvre de Roosevelt et je ne l’ai pas fait. Par contre sans les pressions américaines il est fort probable que la France n’eût pas quitté au moins l’Algérie, tout comme l’Allemagne n’eût pas évacué la France.

Naturellement l’historiographie indépendantiste algérienne prétend que ce départ des Français s’est opéré sous la pression militaire des fellagas. Rien ne le prouve. Outre que cela est nié par de nombreux Français, en particulier les militaires, ce qui est naturel, il n’y a pas eu de Dien Bien Phu algérien.

Ce qui est admis ailleurs que dans le discours officiel algérien, c’est que les combattants algériens de l’intérieur aient été écrasés dans des opérations d’encerclement, par exemple celle dite Courroie, après avoir été enfermés grâce à ligne Morrice qui a coupé leurs approvisionnements et les lignes de communication avec la Tunisie.

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a entraîné le putsch des généraux contre De Gaulle en avril 1961 qui ne comprenaient pas les raisons de quitter l’Algérie alors que les opérations militaires tournaient à leur avantage contre les résistants algériens. Ceux qui ont survécu ont été les combattants massés à la frontière et que les lignes de haute tension déployées depuis Tabarka jusqu’au Sahara ont empêchés de traverser. Cela a d’ailleurs provoqué des frictions entre les maquis de l’intérieur et l’armée des frontières commandée par le colonel Boumediene accusé d’être un planqué.

Donc sans prétendre que les Algériens n’aient pas lutté pour leur indépendance, il n’en demeure pas moins que l’élément décisif a été la volonté américaine de liquider les colonies anglaises et françaises, non dans un souci de liberté, mais pour ouvrir ces pays au commerce et à l’influence américains.

Le cas d’Israël prouve bien à l’inverse que le soulèvement populaire et la lutte pour l’indépendance nationale seuls aussi légitimes soient ils ne suffisent pas à abattre une puissance coloniale.

Pour en revenir à l’Etat algérien tel que nous le connaissons, qu’il ait été forgé par le fer et par le sang ainsi que je l’ai indiqué, ne signifie nullement que Bugeaud et le Duc d’Aumale eussent été de grands hommes. Evoquer cela ne laisse d’autre opportunité aux détracteurs de la fiction nationaliste algérienne que d’apparaître comme des colonialistes. Houcine Ait Ahmed, l’un des chefs historiques du FLN, tout comme Krim Belkacem, auraient-ils donc été des colonialistes pour s’être opposés au Clan de Oujda ?

Je me refuse à entrer dans ce sujet qui m’apparaît témoigner d’une volonté de détournement du cœur du débat, à savoir si l’Etat algérien actuel est bien le successeur de celui dont l’armée de Massu et de Salan a constitué un des piliers fondamentaux.

Afin de répondre à cette question, et indépendamment de celle des frontières issues de la colonisation française, que Bourguiba, conscient des réalités, a choisi de régler définitivement avec une grande sagesse, il m’apparaît nécessaire de rappeler qu’en 1991 alors que le Front islamique du salut (Fis) gagnait les élections, éventualité dont je reconnais volontiers le caractère funeste pour l’Algérie et le Maghreb dans son ensemble, c’est bien l’armée algérienne appelée à la rescousse par des intellectuels se qualifiant de démocrates qui a mis fin au processus électoral et engagé le pays dans la décennie noire. Aurait-elle été en droit de le faire sans l’emprise exercée sur le régime qui n’en était que l’émanation ?

Le déroulement de la lutte contre-insurrectionnelle, ou si vous voulez antiterroriste, a apporté la preuve que les méthodes utilisées ne différaient en rien de celles utilisées par l’armée coloniale pour écraser la résistance algérienne, depuis la guerre psychologique, la bleuite et les faux maquis, jusqu’à la torture et aux liquidations extrajudiciaires.

La guerre d’Algérie a été loin du stéréotype Maghrébin contre Français

Je vous invite à ce sujet à lire le livre de Habib Souaïdia un ex officier du DRS, ‘‘La sale guerre’’, ainsi que les comptes-rendus du procès en diffamation après une plainte déposée auprès du parquet de Paris par le Général Khaled Nezzar. Un autre livre, ‘‘Françalgérie, crimes et mensonges d’Etat’’ de Louis Aggoun et Jean Baptiste Rivoire, éclairera sur tous les liens occultes entretenus par les élites de la métropole et celles du nouvel Etat algérien indépendant, loin des mystifications et de la langue de bois, dans le cadre des accords d’Evian, cela va sans dire, qui n’étaient que les obligations contractées par le nouvel Etat vis-à-vis de l’ancienne puissance occupante.

Si d’aucuns s’estiment offensés par le rappel de ces réalités, c’est plutôt à leurs dirigeants qu’ils doivent en faire reproche, plutôt que les nier.

Il n’empêche ! En tant que Tunisien, j’ai beaucoup d’admiration pour Mustapha Ben Boulaïd, Larbi Ben M’hidi, Abane Ramdane, Djamila Bouhired, ou Yassef Saadi. J’ai en ai aussi pour le Docteur Cholet et sa femme qui cachaient les deux résistants kabyles Krim Belkacem et le capitaine Ouamrane dans leur voiture et risquaient d’être arrêtés et exécutés par les Parachutistes. Tout comme j’ai de l’admiration pour l’aspirant Maillot ou bien l’instituteur Maurice Labbene, cet ancien internationaliste d’Espagne fondateur du maquis rouge dans l’Ouarsenis, et qui sont morts en patriotes algériens dans un accrochage avec les harkis du bachaga Boualem au service de l’armée coloniale française.

Cela démontre combien la guerre d’Algérie a été loin du stéréotype Maghrébin contre Français. L’Histoire de l’Algérie m’intéresse donc même si mon interprétation en est différente. Je n’ai à ce sujet pas de complexe. Les Hambli se trouvent de part et d’autre de la frontière algéro-tunisienne et Ali Hambli un résistant qui ne voulait pas tenir le rôle à lui assigné a été liquidé par le FLN avec la complicité des autorités tunisiennes qui le trouvaient trop proche de ses propres fellagas. Ma grand-mère paternelle était originaire d’au-delà la frontière, tout comme mon aïeule maternelle. Mon grand-père maternel a exercé la médecine pendant de nombreuses années en Algérie, à Souk Ahras, et après la guerre sa maison a été confisquée par le FLN qui en a fait une bibliothèque. Il n’a jamais pu se faire dédommager. Mais cela ne pèse d’aucun poids dans ma réflexion. Je n’en demeure pas moins convaincu que tout comme les peuples sont les seuls à même de choisir les dirigeants qui les gouvernent sans aucune interférence extérieure,  la Tunisie et l’Algérie, tout comme le Maroc, sont appelés à plus de coopération pour faire face à un environnement international de plus en plus hostile.

* Médecin de libre pratique. 

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Algérie : Tebboune ordonne la peine de mort contre les incendiaires

Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné, le 30 août 2026, une modification du Code pénal afin d’introduire la peine de mort contre les personnes reconnues coupables d’avoir volontairement déclenché des incendies de forêt. Cette décision intervient après une vague d’incendies qui a fait 12 morts dans plusieurs régions du pays.

Le gouvernement algérien entend répondre avec une fermeté exceptionnelle à la multiplication des incendies qui ont ravagé plusieurs wilayas du nord du pays. Réuni dimanche avec de hauts responsables civils et militaires pour examiner les conséquences des feux, Abdelmadjid Tebboune a demandé au ministre de la Justice de préparer une modification du Code pénal visant à punir de la peine capitale les auteurs d’incendies de forêt déclenchés délibérément.

Le chef de l’État a donné au ministère de la Justice jusqu’au 15 septembre pour présenter le projet de modification législative. Selon les informations rapportées par la télévision publique, la peine de mort ne pourrait être exécutée qu’après épuisement de toutes les voies de recours judiciaires. La mesure doit donc encore suivre la procédure législative avant de pouvoir entrer en vigueur. Cette initiative constitue un durcissement majeur de la réponse pénale aux incendies criminels.

Douze morts dans les récents incendies

La décision intervient après une série de feux qui ont touché plusieurs régions du pays et provoqué 12 décès, ainsi que plusieurs dizaines de blessés. Les autorités algériennes ont également annoncé des arrestations de personnes soupçonnées d’être impliquées dans le déclenchement volontaire de certains incendies. Le président Tebboune avait déjà évoqué l’hypothèse d’une origine criminelle pour une partie des feux.

L’Algérie est régulièrement confrontée à des incendies durant les mois d’été, notamment dans les régions boisées du nord. Les fortes chaleurs et la sécheresse favorisent leur propagation, tandis que les autorités accusent régulièrement des individus d’actes d’incendie volontaire.

Une peine de mort déjà inscrite dans le droit algérien

La mesure annoncée ne constitue pas une réintroduction générale de la peine capitale dans le droit algérien : la peine de mort demeure déjà prévue par le Code pénal pour plusieurs infractions. En revanche, l’Algérie applique un moratoire de fait sur les exécutions depuis 1993. Des condamnations à mort continuent d’être prononcées par les tribunaux, mais elles ne sont plus exécutées. La nouvelle initiative de Tebboune soulève donc une question plus large : celle de savoir si les condamnations prononcées pour incendies volontaires seront effectivement exécutées ou si le moratoire sera maintenu.

Pour les autorités, la priorité est désormais de dissuader les actes criminels susceptibles d’aggraver les conséquences des incendies. Le gouvernement a parallèlement annoncé des mesures destinées à venir en aide aux populations touchées, à rétablir les services essentiels et à réparer les infrastructures endommagées. Le durcissement de la législation intervient également dans un contexte où les incendies deviennent plus difficiles à maîtriser sous l’effet combiné des températures élevées, de la sécheresse et de la vulnérabilité croissante des zones forestières.

Avec cette réforme annoncée, Alger veut envoyer un message de fermeté maximale aux auteurs d’incendies volontaires. Mais au-delà de la menace pénale, le débat portera désormais sur l’application effective de la peine capitale, alors que l’Algérie n’a procédé à aucune exécution depuis 1993.

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Football | Tunisie U21 en finale des Jeux Méditerranéens

Après avoir battu, tour à tour, le Maroc (1-0), la Turquie (2-1), en phase de groupes et, aujourd’hui, vendredi 28 août 2026, en demi-finale, l’Italie, par un score sans appel (3-1), l’équipe de Tunisie U21 a gagné son billet pour la finale du tournoi de football des Jeux Méditerranéens de Tarente, en Italie.


Les trois buts de l’équipe nationale ont été inscrits par Alaeddine Derbali, Rayane Anane et Walid Dhouib.

Les protégés de Anis Boujelbene, qui n’ont pas froid aux yeux et sont désormais capables de tutoyer toutes les équipes quel que soit leur rang dans la hiérarchie mondiale, briguent désormais la médaille d’or, face à l’Algérie ou le Maroc, et méritent une participation aux prochains Jeux Olympiques de Los Angeles qui se tiendront du 14 au 30 juillet 2028.

Cette belle aventure mérite d’aller jusqu’au bout pour nous faire oublier les humiliations subies par l’équipe sénior à la dernière Coupe du Monde.

I. B.

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Algérie | Trois jours de deuil après une nuit de feu et de mort

L’Algérie est en deuil. Trois jours de deuil national ont été décrétés à compter de ce jeudi 27 août 2026, après les incendies meurtriers qui ont frappé plusieurs wilayas du centre et de l’est du pays. Douze personnes ont perdu la vie et 54 autres ont été blessées, dont 6 dans un état grave. Le bilan humain est particulièrement lourd à Jijel, avec 5 morts, à Béjaïa, avec 4 victimes, et à Tizi-Ouzou, où 3 personnes ont péri. Parmi les victimes figure un enfant de 8 ans.

Derrière ces chiffres se trouvent des familles qui, en quelques heures, ont basculé dans le deuil. Des proches qui attendaient un retour qui ne viendra plus, des parents confrontés à la disparition brutale d’un enfant, des maisons où une place restera désormais vide. Le feu ne laisse pas seulement derrière lui des arbres calcinés et des terres ravagées. Il laisse des absences.

Les incendies ont touché plusieurs localités, notamment dans les wilayas de Jijel, Béjaïa et Tizi-Ouzou. Des familles ont dû être évacuées alors que les flammes, attisées par les conditions météorologiques, menaçaient des zones habitées. Les services de la Protection civile, les forces de sécurité, les autorités locales et de nombreux citoyens ont été mobilisés pour tenter de contenir les foyers et mettre les populations à l’abri.

À Jijel, particulièrement touchée, la situation a nécessité une mobilisation importante.

Dans les zones touchées, les secours poursuivent leur travail alors que les habitants tentent de mesurer l’ampleur des dégâts.

Après les flammes, les questions

Les enquêtes ouvertes afin de déterminer les causes des incendies devront permettre d’établir les circonstances exactes dans lesquelles les différents foyers se sont déclarés et de déterminer, le cas échéant, les responsabilités. La question est d’autant plus importante que l’Algérie connaît, été après été, des incendies qui frappent les mêmes régions avec une violence parfois dévastatrice. La chaleur extrême, la sécheresse et les vents favorisent la propagation des flammes, mais ces facteurs ne sauraient à eux seuls résumer le problème. La prévention, la surveillance des zones forestières, l’entretien des espaces vulnérables, l’alerte précoce et la rapidité des interventions sont autant d’éléments qui doivent être interrogés. Car lorsque les flammes atteignent les villages et les habitations, il ne s’agit plus seulement de protéger une forêt. Il s’agit de sauver des vies. Les enquêtes annoncées devront apporter des réponses précises, au-delà des premières explications liées aux conditions climatiques.

Pendant les 3 jours de deuil national, les drapeaux seront mis en berne dans tout le pays et les manifestations festives ainsi que les compétitions sportives nationales sont suspendues. La première journée du championnat de Ligue 1 Mobilis a été reportée aux 3, 4 et 5 septembre.

L’Algérie pleure aujourd’hui ses morts et rend hommage aux victimes et aux hommes et aux femmes qui ont affronté les flammes pour protéger les populations. Lorsque le feu sera définitivement éteint, il restera pourtant une obligation : se souvenir et comprendre. Comprendre pourquoi les incendies reviennent chaque été avec une telle violence. Comprendre comment mieux protéger les populations. Comprendre enfin comment éviter que d’autres familles algériennes aient, demain, à connaître la même douleur. Parce qu’un deuil national ne devrait jamais être seulement un moment de silence. Il devrait aussi être le début d’une exigence.

Djamal Guettala 

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La conciergerie qui veille sur les maisons des  « immigrés » au Maghreb

Une maison fermée pendant des mois, un jardin qu’on ne voit plus, une fuite dont personne ne s’aperçoit : pour les familles maghrébines installées en France, posséder une maison au pays peut aussi être une source d’inquiétude. C’est à ce…

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Football | MC Alger – MC Oran en ouverture de la Ligue 1 algérienne

Ce jeudi 27 août 2026, la capitale algérienne accueille un choc d’ouverture du championnat national de football. Le MC Alger reçoit le MC Oran au stade du 5 juillet 1962. Un choc d’ouverture attendu. Sur Linebet, ce duel du championnat figure déjà parmi les rendez-vous les plus suivis de la saison.

La première journée de Ligue 1 Algérie lance la saison 2026/2027 avec une affiche de gala. Champion sortant avec 65 points, le club de la capitale part favori face à un adversaire qui a terminé quatrième.

L’opposition MC Alger – MC Oran garde toujours une saveur particulière, entre le géant algérois fondé en 1921 et le club historique de l’Ouest, né en 1917.

Les joueurs clés et les duels : l’attaque d’Alger s’appuie sur Mohamed Saliou Bangoura, meilleur buteur maison, épaulé par le vétéran Zinedine Ferhat. En face, Oran mise sur Ahmed Kerroum, auteur de six réalisations la saison passée, et le milieu Chakib Aoudjane.

Parmi les joueurs de Ligue 1 à surveiller, le bras de fer entre la défense expérimentée d’Ayoub Abdellaoui et les percées de Kerroum devrait fixer le rythme de la rencontre.

Pronostic et attentes : Oran arrive en forme avec trois victoires sur ses cinq derniers matchs, tandis qu’Alger a enchaîné deux nuls et une défaite en préparation. À domicile, les Mouloudia partent tout de même devant.

Les précédents matchs de MC Alger – MC Oran restent serrés, souvent réglés par un seul but. Un score du type 2-1 ou 1-1 semble le plus crédible pour cette ouverture.

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Algérie : Au moins 12 morts dans les incendies qui ravagent le nord du pays

Au moins 12 personnes ont péri dans les incendies de forêt qui ravagent depuis mercredi plusieurs régions du nord de l’Algérie, notamment les wilayas de Jijel, Béjaïa et Tizi Ouzou. Le bilan, communiqué par le ministre de l’Intérieur Saïd Sayoud, fait état de cinq morts à Jijel, quatre à Béjaïa et trois à Tizi Ouzou, tandis que des dizaines de personnes ont été blessées et que plusieurs familles ont dû être évacuées. Les opérations de lutte contre les incendies se poursuivent dans plusieurs wilayas du pays.

Douze morts dans trois wilayas

Le ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, a annoncé mercredi soir un bilan de 12 décès liés aux incendies.

Selon les données rapportées par Reuters et les médias algériens, cinq personnes sont mortes dans la wilaya de Jijel, quatre à Béjaïa et trois à Tizi Ouzou.

À Béjaïa, la situation est particulièrement préoccupante. Le ministre a fait état de 54 personnes souffrant de brûlures, dont six dans un état grave, prises en charge à l’hôpital de Souk El Tenine.

À Tizi Ouzou, trois femmes d’une même famille auraient péri à Boghni, victimes de l’inhalation de fumées, selon des médias locaux.

Des habitants évacués face à la progression des flammes

Les incendies ont également contraint plusieurs familles à quitter leurs logements dans les régions de Béjaïa et de Jijel.

Des images diffusées par des médias locaux montrent des habitants fuyant des zones menacées par les flammes et la fumée. À Jijel, plusieurs secteurs ont été touchés, notamment Ouled Yahia Khedrouche, Texenna, Ziama Mansouriah, Sidi Maarouf, Bordj Tahar et Chekfa.

La progression des feux a également entraîné la fermeture de plusieurs axes routiers dans l’est du pays. La Gendarmerie nationale a notamment signalé des coupures de routes à proximité de Béjaïa, Jijel et Sétif et appelé les automobilistes à éviter les secteurs concernés.

69 incendies encore actifs

L’ampleur du dispositif de secours reste considérable. Selon un bilan de la Protection civile établi mercredi à 20h, 159 incendies de couvert végétal avaient été recensés à travers plusieurs wilayas. Parmi eux, 90 avaient été éteints tandis que 69 étaient encore en cours.

Béjaïa comptait alors le plus grand nombre de foyers encore actifs, avec 18 incendies, devant Skikda avec 13, Tizi Ouzou avec 12 et Jijel avec sept. Des foyers étaient également signalés dans plusieurs autres wilayas, dont El Tarf, Mila, Annaba, Guelma, Constantine, Sétif et Boumerdès.

La Protection civile a déployé d’importants moyens pour contenir les flammes, alors que les vents violents compliquent les opérations d’extinction.

Les interventions se poursuivent dans plusieurs wilayas, alors que les autorités doivent également assurer la sécurité des populations menacées et l’évacuation des secteurs les plus exposés.

Ces incendies interviennent dans un contexte de fortes chaleurs et de sécheresse qui favorisent la propagation des feux dans le nord de l’Algérie. Le pays avait déjà connu plusieurs épisodes meurtriers au cours des dernières années, notamment à Béjaïa en 2023.

Lire aussi :

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L’Algérie face à l’Histoire | De la souveraineté à la reconquête 

En réponse à l’article du Dr Mounir Hanablia intitulé «Tunisie / Du souverainisme à la question numide, ou l’opposition aveugle» — dans lequel il affirme notamment que «l’État algérien est le successeur en droite ligne de l’État français», réduisant ainsi l’Algérie contemporaine à un simple legs colonial —, cette tribune offre une mise au point historique et politique nécessaire. (Photo : l’Émir Abdelkader – 1808-1883 , fondateur de l’État algérien moderne).

Dr Abderrahmane Cherfouh *

En s’appuyant sur les travaux de grands historiens et sociologues — de Charles-Robert Ageron à Pierre Bourdieu, de Mostefa Lacheraf à Benjamin Stora —, ce texte retrace le fil ininterrompu de la souveraineté algérienne. De la diplomatie active de la Régence d’Alger avant 1830 à la fermeté des négociateurs d’Évian sur l’indivisibilité du Sahara, en passant par le martyre des camps de regroupement et le rôle des pionniers du mouvement national, cette analyse dresse un réquisitoire rigoureux contre l’amnésie mémorielle et la falsification de l’Histoire.

Selon les nostalgiques de l’Algérie française qui n’ont jamais assimilé l’indépendance de 1962, l’Algérie ne serait qu’une création française. L’idée véhiculée par ce discours révisionniste est généralement que l’Algérie n’existait pas en tant que nation ou État avant la colonisation entreprise en 1830.

La réapparition récente, dans les colonnes de Kapitalis, sous la plume du Dr Mounir Hanablia, de la prétention selon laquelle l’Algérie serait une création française — thèse soutenant que «l’État algérien est le successeur en droite ligne de l’État français forgé par les troupes de Bugeaud et le duc d’Aumale » — ne relève pas d’un simple débat historiographique anodin. Elle s’inscrit dans la résurgence d’un récit largement entretenu par les officines nostalgiques de la colonisation et relayé sur certains plateaux télévisés français, visant à dénier au peuple algérien la profondeur historique de sa souveraineté.

En affirmant que l’Algérie contemporaine ne doit son existence qu’au tracé territorial de l’occupant et que le Sahara lui aurait été «octroyé» en 1962, ces postures procèdent d’une double confusion : l’assimilation abusive entre la délimitation administrative des frontières et l’existence pluricentenaire d’une nation, doublée d’une méconnaissance délibérée du droit international et de la mémoire des luttes populaires.

I. Avant 1830, la réalité oubliée de l’État d’Alger et de sa souveraineté

Pour mesurer l’inanité de l’argument de la «création coloniale», il convient de rappeler ce qu’était la Régence d’Alger (Dawlat Al-Jaza’ir) bien avant le débarquement de 1830. Loin d’être un territoire vacant, Alger fonctionnait comme une entité politique pleinement souveraine, dotée d’un gouvernement centralisé (Diwan), d’une administration fiscale, d’une puissance navale et d’une diplomatie active.

Comme le rappelle l’historien Charles-Robert Ageron : «L’Algérie n’était pas une tabula rasa sur laquelle la France a écrit son histoire. La société algérienne, malgré les déstructurations du Code de l’Indigénat et les spoliations foncières, a conservé sa cohésion culturelle et son identité face à la domination coloniale.»

Entre le XVIe et le début du XIXe siècle, l’État d’Alger a signé des dizaines de traités bilatéraux de paix, de commerce et de navigation avec l’Angleterre, les Pays-Bas, les États-Unis et la France elle-même. En droit des gens, la conclusion de ces conventions emportait reconnaissance explicite de la souveraineté algérienne. C’est d’ailleurs auprès d’Alger que la République française avait contracté des emprunts cruciaux pour approvisionner ses armées en blé sous la Révolution. La France n’a rien créé ex nihilo : elle a agressé et occupé un État souverain préexistant.

II. Derrière le mythe de la «pacification» : la résistance d’un peuple face aux crimes d’État

L’affirmation selon laquelle la France aurait «forgé» l’Algérie masque une réalité sanglante : loin de toute soumission, le pays fut le théâtre d’une résistance populaire ininterrompue face à une politique systématique de terre brûlée et de crimes de masse.

Forgé par qui, prétendez-vous ? Par Bugeaud, précisément — cet homme que la rigueur de l’histoire a définitivement relégué au rang des bourreaux. Un personnage aujourd’hui rattrapé par sa mémoire sanguinaire : à mesure que tombent ses statues et que s’efface son nom des plaques de rues et de places, la mémoire universelle le condamne définitivement comme l’un des criminels de guerre les plus atroces de son époque.

L’Émir Abdelkader et les traités de souveraineté (1832-1847) : l’Émir n’a pas seulement combattu la politique de la terre brûlée de Bugeaud ; il a réorganisé un État moderne unifié (Al-Dawla Al-Jaza’iriya), doté d’une armée régulière, d’une monnaie et d’une administration. La France a dû reconnaître sa souveraineté par les traités internationaux de Desmichels (1834) et de Tafna (1837).

Les enfumades et la terreur : Bugeaud et ses généraux (Pélissier dans le Dahra en 1845, Cavaignac chez les Sbéhas) ont inauguré des méthodes de guerre génocidaires, enfumant et murant des tribus entières dans des grottes.

Lalla Fatma N’Soumer (1854-1857) : dans le Djurdjura, la résistance menée par cette figure héroïque a prouvé le rôle fondamental et précoce des femmes algériennes dans la défense de la patrie.

Les Ouled Sidi Cheikh, 1871 et les déportations en Nouvelle-Calédonie : du Sud aux Hauts-Plateaux, puis en Kabylie sous l’impulsion du Cheikh Mokrani et du Cheikh El-Haddad, le peuple s’est soulevé. La réponse coloniale fut d’une fureur féroce : séquestre de 500 000 hectares de terres, spoliations foncières (loi Warnier) et effondrement social qui provoqua la terrible famine de 1867-1869 où plus de 500 000 Algériens périrent. Pour parfaire cette entreprise de déstructuration, l’administration coloniale a systématiquement décapité la résistance de ses cadres dirigeants. Assimilés cyniquement à des criminels de droit commun par des juridictions d’exception, des centaines de chefs d’insurrection, d’érudits et de notables furent condamnés au bannissement et déportés vers le bagne de Nouvelle-Calédonie afin d’isoler le peuple de ses guides légitimes.

III. Du mouvement national à la Guerre de Libération : la reconquête de la souveraineté

L’Algérie moderne s’est forgée dans le sang de ses martyrs et la maturation de son mouvement national — et non, comme le prétend l’auteur, sous l’effet d’une prétendue impulsion extérieure attribuée au débarquement américain de 1942 et à la défaite nazie en Tunisie. L’intellectuel et historien Mostefa Lacheraf rappelait justement que la résistance algérienne, au XIXe comme au XXe siècle, témoigne d’un refus permanent de l’état de fait colonial pour réaffirmer une personnalité historique que la violence coloniale n’a jamais pu dissoudre.

De l’Émir Khaled à l’Étoile Nord-Africaine, jusqu’au 8 mai 1945 : dès les années 1920, l’Émir Khaled — petit-fils de l’émir Abdelkader — posait les premières pierres du nationalisme moderne en réclamant la fin du régime de l’indigénat et une représentation politique réelle pour les Algériens. Dans cette continuité, Messali Hadj et l’Étoile Nord-Africaine (ENA) franchirent un cap décisif dès 1926 en revendiquant l’indépendance totale. L’historien Mahfoud Kaddache a parfaitement démontré comment la conscience nationale s’est structurée à travers cette trajectoire du mouvement national. Malgré les péripéties politiques, la rupture définitive fut consommée le 8 mai 1945 : les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata démontrèrent tragiquement l’illusion et l’impossibilité de toute voie réformiste.

Le CRUA et le 1er Novembre 1954 : l’aboutissement de l’unité nationale : face aux divisions politiques, la jeune garde révolutionnaire fonde le Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action (CRUA), jetant les bases de l’insurrection décisive. En juin 1954, la réunion historique du «groupe des 22» à Clos-Salembier scelle l’option des armes, portée par des figures issues de toute l’Algérie profonde — des Aurès à la Kabylie, du Nord au Sud, de l’Oranie au Titteri. Cette convergence totale des provinces et des trajectoires militantes apporte la preuve éclatante de l’unité fondamentale du pays et de sa résistance face au colonisateur. Comme le souligne fort justement l’historien Benjamin Stora : « La guerre d’indépendance algérienne n’est pas née d’un coup de tonnerre dans un ciel serein le 1er novembre 1954. Elle est le produit d’un long processus de dépossession, de refus du statut colonial et d’une suite de résistances jamais éteintes depuis 1830.»

La guerre contre-insurrectionnelle et les camps de regroupement : cette politique de répression a atteint son paroxysme avec l’instauration des «zones interdites» et la création des camps de regroupement. Comme l’ont établi les travaux d’historiens et de sociologues — notamment Michel Cornaton, Pierre Bourdieu, Abdelmalek Sayad et Régine Goutalier —, plus de 2,3 millions de paysans algériens ont été arrachés à leurs terres et déportés dans des camps d’enfermement. Ce déracinement forcé a provoqué la mort de près de 200 000 civils, principalement des enfants et des vieillards, emportés par la faim et la maladie. Ce drame humain à huis clos témoigne de la volonté de déstructurer fondamentalement la société rurale algérienne pour briser son soutien à la Révolution.

Pendant la Guerre de Libération nationale (1954-1962), la puissance coloniale a déployé un système répressif et contre-insurrectionnel global visant à briser la résistance populaire, à isoler le territoire et à étouffer l’Armée de Libération Nationale (ALN) :

L’institutionnalisation de la torture : sous le couvert de la loi sur les «pouvoirs spéciaux» (1956) et durant la bataille d’Alger (1957), la torture est passée d’un excès individuel à une méthode d’État rationalisée et généralisée par l’armée coloniale (notamment les parachutistes) et les services de renseignement (DOP). Utilisation de la gégène, exécutions sommaires ciblées (les «crevettes Bigeard»), noyades, immersions et sévices atroces sont devenus des pratiques courantes.

Le martyre des femmes algériennes : les femmes algériennes — moudjahidate, poseuses de bombes, agentes de liaison ou civiles — ont payé un tribut particulièrement lourd, subissant des violences sexuelles ciblées et la torture. L’arrestation de Djamila Boupacha en 1960 et sa défense par l’avocate Gisèle Halimi, soutenue par Simone de Beauvoir et le «Comité Djamila Boupacha» (rejoint par Jean-Paul Sartre, Louis Aragon et Pablo Picasso), dévoila au monde entier l’usage du viol et de la torture comme armes de guerre coloniales. Elles s’inscrivent dans la lignée des figures majeures comme Djamila Bouhired, Djamila Bouazza, Zohra Drif et Baya Hocine.

Le soutien des clercs et des intellectuels : face aux dérives, une minorité d’hommes d’Église et d’intellectuels français choisirent la conscience contre la raison d’État : Mgr Thomas Duval (archevêque d’Alger), le théologien Jacques de Bollardière démissionnant de son commandement, ou encore le réseau Jeanson organisant le soutien logistique et financier au FLN en métropole.

L’enferment territorial : pour étouffer la Révolution, l’armée française entreprit l’isolement hermétique des frontières par les lignes électrifiées Morice et Challe (plus de 2 000 km de barrières sous haute tension) et l’enfouissement de millions de mines antipersonnel («bandes de la mort»), tuant et mutilant des combattants et des civils pendant et longtemps après le conflit.

IV. Le Sahara : un territoire libéré, non une concession coloniale

Prétendre que le Sahara aurait été «octroyé» à l’Algérie lors des Accords d’Évian relève d’une contrevérité flagrante. Consciente de la manne pétrolière de Hassi Messaoud et des enjeux nucléaires, la France a tenté d’amputer l’Algérie de son Sud en créant l’Organisation Commune des Régions Sahariennes (OCRS) en 1957.

Comme l’a souligné l’historien Gilbert Meynier, le FLN a su incarner l’âme d’une nation en armes, imposant au GPRA une intransigeance absolue lors des négociations d’Évian quant à l’indivisibilité du territoire. De Gaulle a dû renoncer à ce projet de partition face à la fermeté des négociateurs algériens. Le Sahara algérien n’a pas été donné : il a été défendu par les armes depuis la résistance des Touaregs sous Moussa ag Amastan jusqu’à l’intransigeance politique des négociateurs de la Révolution.

Conclusion : la souveraineté ne se donne pas, elle s’arrache

L’Algérie n’est pas née d’un décret du duc d’Aumale ni d’une concession de la France aux Accords d’Évian. Elle est le produit d’une continuité étatique séculaire et du prix exorbitant payé par plusieurs générations d’Algériens pour recouvrer leur liberté.

L’histoire ne saurait être falsifiée au point de présenter la fin de la colonisation comme un legs ou un arrangement de circonstance.

L’indépendance de l’Algérie n’a été ni négociée par complaisance, ni «octroyée» par un décret français : elle a été arrachée dans le sang, au prix du sacrifice ultime d’un million et demi de martyrs. Présenter un tel peuple comme l’héritier passif d’une structure «forgée par Bugeaud» relève d’une profonde indignité mémorielle et d’un déni de la réalité historique.

Répéter la rhétorique mémorielle des nostalgiques de la colonisation pour nourrir des ressentiments politiques au Maghreb est une démarche historiquement fausse et irresponsable. Face aux révisionnismes, la rigueur des faits, des traités, de la recherche historique et du sang versé demeure la seule vérité intemporelle.

* Médecin.

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Tunisie | Du souverainisme à la question numide, ou l’opposition aveugle

Les récents articles** publiés dans Kapitalis font table rase du passé d’une manière somme toute radicale. De surcroît, l’idéologie souverainiste à la base de sa réflexion est assez insolite dans un pays par nature tolérant dont les élites se vantent volontiers d’être cosmopolites.

Dr Mounir Hanablia *

Je dis bien souverainiste, le nationalisme au Maghreb étant d’essence arabo- musulmane, comme si dans le contexte le sentiment de tunisianité était exclusif, opposable à toute autre appartenance. C’est déjà faire insulte à la double nationalité.

L’auteur des articles ne laisse donc d’autre choix que de remonter le cours de l’Histoire afin de relativiser le bien-fondé de ses thèses.

On veut bien admettre l’existence d’un souverainisme tunisien dont il serait le fondateur, sans la référence à la bataille de Legnano. Mais dans ce cas pourquoi le limiter à la borne 233 ou aux redevances gazières ? Il n’est venu à l’esprit de quiconque de réclamer la souveraineté sur la Sicile qui pendant deux siècles a fait partie de l’émirat aghlabide de Kairouan, Fatimide de Mahdia ou Ziride, ou bien sur le Mezzogiorno quand Bari était le chef-lieu d’un émirat.

Mais revenons à l’époque moderne et à l’indépendance de la Tunisie. Force est d’admettre dans la polémique engendrée par ses opinions que l’impulsion décisive en faveur de l’indépendance au Maghreb est bien constituée par le débarquement américain au Maroc qui aboutira à la défaite des Nazis en Tunisie en juin 1943, ainsi que la volonté clairement exprimée par le président Roosevelt et ses représentants, ou bien perçue comme telle par les leaders nationalistes, de liquider l’empire français. La suite est donc dans l’ordre normal des choses même si l’affrontement Est-Ouest la retarde inévitablement.

Le Vietnam en 1954, le Maroc et la Tunisie en 1956, obtiennent l’indépendance. Seule l’Algérie du fait de son statut de territoire français pose problème, l’armée de Challe et de Salan qui émerge de l’humiliation de Dien Bien Phu avec une terrible soif de revanche refuse de l’abandonner et envisage la constitution d’une Algérie européenne sécessionniste, un Israël français.

L’Algérie est bien une création de la France

Cependant en 1962, elle accède à l’indépendance dans le cadre des accords d’Evian et le Sahara lui est attribué. Ainsi ce pays, contrairement à ses voisins, ne disposait d’aucun Etat unitaire en 1830. C’est bien une création de la France dont la colonne vertébrale est constituée non par la bourgeoisie citadine comme en Tunisie, ni par le Palais comme au Maroc, mais par les ultimes détenteurs de la force seule à même de maintenir la cohésion de cet immense espace, les prétoriens.

A ce titre l’État algérien est bien le successeur en droite ligne de l’État colonial français forgé par les troupes de Bugeaud et du Duc d’Aumale.

Malgré un vernis de socialisme, la coopération entre la métropole et l’ex- colonie, pas plus qu’avec les Américains, ne se démentira jamais, en particulier au Sahara dans le domaine des essais nucléaires ainsi que les exploitations du gaz et des hydrocarbures.

Contrairement à ce que d’aucuns affirment actuellement, c’est sciemment que la frontière algéro-tunisienne a été délimitée par la puissance coloniale et dans son intérêt. Et le Président Bourguiba l’a bien compris. Il n’était en effet pas question d’assurer au pays contrôlant Bizerte et le détroit de Sicile la part d’hydrocarbures et de gaz qui lui eût assuré la puissance. 

Bourguiba et la question des frontières

Bourguiba toujours visionnaire admettra également en réglant la question de la frontière ne pas vouloir chez lui d’un problème numide, c’est-à-dire d’un irrédentisme des habitants des montagnes de l’Ouest qui acceptent mal le diktat de populations côtières se prévalant de l’unité nationale et qui brandissent le drapeau du pays voisin dans des manifestations de protestation contre une politique de développement inégalitaire. C’est d’ailleurs du bassin minier à l’Ouest que naîtra l’incendie qui jettera à bas le régime de Ben Ali. 

Cependant l’Algérie elle-même en butte à un irrédentisme kabyle soutenu par Israël peut difficilement tabler sur la partition de la Tunisie ; il lui en coûterait la sécession de toute sa partie orientale pour former une nouvelle Numidie forcément hostile.

Néanmoins des arguments souverainistes totalement étrangers à la nature de notre pays prennent pour cible le voisin de l’Ouest, jugé hégémoniste. L’Etat, le nôtre, est accusé de complaisance coupable dans ses rapports avec lui, notamment sur la question du gaz. L’Histoire est là pour rappeler que Carthage fut une colonie étrangère, que Massinissa le Roi des Numides a bien contribué à sa destruction, que l’Afrique du Nord a été dans son ensemble une province romaine, arabe, française, que l’armée française est arrivée en Tunisie en 1881 en provenance d’Algérie pour imposer le protectorat, et que les enfants de Hussein Ben Ali Turki n’ont dû qu’au Dey d’Alger d’être rétablis sur le trône de leur père.

A l’inverse, c’est bien sûr à nos frontières que l’ALN algérienne s’est constituée en vue de prendre le pouvoir, avec le total assentiment de la puissance coloniale sur le départ.

Aujourd’hui et de nouveau on tient rigueur à Bourguiba de l’avoir accepté pour fustiger l’ingratitude. Mais que vaut la gratitude en politique ? C’est tout juste si on ne précise pas qu’on eût dû aider le colonel Tahar Zbiri en fuite chez nous à prendre le pouvoir à Alger, ou bien que de là-bas Ahmed Ben Salah ou Nabil Karoui, pour ne pas dire Mohamed Mzali, eussent dû trouver l’aide fraternelle nécessaire à la chute de la tyrannie. Qu’à cela ne tienne ; c’est désormais dans le Hirak, pour ne pas dire le MAK, que nous devons selon nos souverainistes placer nos espoirs d’entretenir des relations apaisées et équilibrées. Mais les acteurs politiques peuvent se suivre sans se ressembler, les réalités géostratégiques elles sont immuables, ainsi que le prouve du Chah aux mollahs la volonté iranienne de maîtriser le nucléaire.

Peut-on remettre en question l’intégrité territoriale de son pays ?

Avant donc de parler de jugulaire, de goulot de bouteille, ou d’étranglement, ou de terrorisme importé avec un parti Ennahdha au pouvoir, il convient de savoir s’il est dans l’intérêt de la Tunisie d’avoir à ses portes un nouvel Etat numide soutenu de l’étranger doté d’une idéologie expansionniste et revancharde qui rogne sur son territoire et pour qui Carthage ne soit qu’un ramassis d’envahisseurs.

Si donc le pouvoir tunisien est déstabilisé par les grèves, les pannes, les pénuries, ou selon certains, l’incompétence, et que l’opposition pour parvenir à ses fins est capable de placer son destin entre les mains de ceux qui remettent en question l’intégrité territoriale de son propre pays, faut-il s’étonner que nos voisins envisagent des projets alternatifs exclusifs à l’écoulement du gaz ?

Dans le contexte conflictuel que nous connaissons qui frappe la mer Rouge et le Golfe Persique, arguer des difficultés techniques de l’entreprise pour en faire un simple outil de propagande ne tient compte ni de la volonté européenne de garantir son approvisionnement énergétique, ni de le sécuriser, ni de l’évolution constante des moyens techniques disponibles vers plus d’efficacité. C’est dire combien minutieusement l’opposition doit choisir le panier où placer ses œufs. 

* Médecin de libre pratique.

** L’auteur fait allusion aux articles de l’ambassadeur Elyes Kasri sur le Transmed et la nécessité pour la Tunisie de mieux défendre ses intérêts dans le passage par ses territoires de ce gazoduc transportant le gaz algérien vers l’Italie.    

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Visas Espagne-Algérie : Jusqu’à 25 000 euros, l’enquête s’étend au système des rendez-vous

L’enquête espagnole sur un trafic présumé de visas au consulat d’Espagne à Alger s’élargit désormais au fonctionnement de la chaîne de gestion des rendez-vous, dans laquelle intervient BLS International — le même prestataire qui gère les demandes de visas espagnols en Tunisie. Certaines familles auraient versé jusqu’à 25 000 euros au réseau présumé, tandis que des demandeurs suivant la procédure normale auraient pu être écartés au profit de dossiers plus rémunérateurs.

Ce que révèle l’enquête espagnole

Le Juzgado Central de Instrucción n°3 de l’Audience nationale espagnole instruit l’affaire depuis avril, après l’arrestation de Vicente Moreno, alors responsable administratif du consulat d’Espagne à Alger, et de l’employé algérien Mohamed Boutouchent.

Selon The Objective, qui cite des sources policières et judiciaires, les investigations portent notamment sur des soupçons d’aide à l’immigration irrégulière, d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent.

Certaines familles auraient déboursé jusqu’à 25 000 euros pour obtenir des visas ou des documents permettant l’entrée ou le séjour en Espagne.

Ce montant doit être interprété avec prudence : il correspond aux sommes maximales que certaines familles auraient versées au réseau présumé et non au prix officiel d’un visa ou à un tarif imputé à BLS.

L’enquête s’intéresse également à une question particulièrement sensible : des demandeurs utilisant normalement les procédures auraient-ils été pénalisés au profit de dossiers rapportant de l’argent au réseau présumé ?

Selon les éléments judiciaires rapportés par le média espagnol, du personnel intervenant dans des services administratifs aurait sélectionné des familles ayant effectué les paiements réclamés.

BLS International entre dans le périmètre de l’enquête

L’instruction cherche désormais à déterminer le rôle éventuel d’intervenants appartenant aux entreprises chargées de l’attribution des rendez-vous et de la gestion documentaire.

The Objective rapporte que l’enquête s’intéresse à cette chaîne de traitement, avec notamment des références à des plateformes de type BLS.

BLS International conteste toute implication fautive et rappelle que son rôle porte sur la gestion administrative des demandes, tandis que la décision d’accorder ou de refuser un visa appartient aux autorités consulaires espagnoles.

À ce stade, l’élargissement des investigations ne permet donc pas de conclure à une responsabilité de BLS International. La présomption d’innocence s’applique aux personnes concernées par la procédure.

L’affaire soulève néanmoins une question dépassant désormais le fonctionnement interne du consulat : un système parallèle a-t-il pu prospérer autour de l’accès aux rendez-vous et pénaliser ceux qui empruntaient la procédure régulière ?

Et pour la Tunisie ?

La dimension tunisienne mérite d’être relevée avec prudence.

BLS International intervient également à Tunis dans le traitement administratif des demandes de visas pour l’Espagne. Aucun élément disponible ne permet cependant d’établir un lien entre l’enquête menée en Algérie et les activités tunisiennes de l’entreprise.

Le rapprochement s’arrête donc au prestataire et au fonctionnement externalisé d’une partie de la procédure.

Mais la question du coût et de l’accès aux visas Schengen fait également débat en Tunisie. L’Organisation tunisienne pour l’information du consommateur avait notamment critiqué en mai 2026 le poids des frais de service et les difficultés rencontrées par les demandeurs.

Une initiative législative distincte a également proposé le remboursement de 50 % de certains frais de service en cas de refus.

Ces débats tunisiens ne doivent pas être confondus avec l’enquête judiciaire espagnole menée à Alger. Ils posent néanmoins une question commune : jusqu’où l’externalisation des procédures consulaires peut-elle aller sans renforcer les mécanismes de transparence, de contrôle et de recours pour les demandeurs ?

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Kaïs Saïed s’entretient par téléphone avec Abdelmadjid Tebboune

Le président de la République, Kaïs Saïed, s’est entretenu, dimanche après-midi, par téléphone avec le président de la République algérienne démocratique et populaire, Abdelmadjid Tebboune.

Les deux présidents ont réaffirmé, au cours de cet entretien, leur détermination commune à relever tous les défis, dans un contexte régional et international marqué par des évolutions rapides et imprévisibles, selon un communiqué de la Présidence de la République.

Ils ont également réaffirmé leur volonté profonde et constante d’œuvrer ensemble dans tous les domaines, dans l’intérêt des deux peuples frères.

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Tunisie-Algérie : Saïed et Tebboune affichent leur unité

Le président de la République, Kaïs Saïed, s’est entretenu dimanche après-midi par téléphone avec son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune. Les deux dirigeants ont réaffirmé leur détermination commune à faire face aux défis dans un contexte régional et international marqué par des évolutions rapides et imprévisibles. Ils ont également renouvelé leur volonté d’œuvrer ensemble dans tous les domaines, dans l’intérêt des deux peuples.

Une nouvelle concertation entre Tunis et Alger

Selon un communiqué de la Présidence de la République, l’entretien entre Kaïs Saïed et Abdelmadjid Tebboune a porté sur la nécessité de poursuivre l’action commune face aux différents défis auxquels sont confrontés les deux pays.

Les deux chefs d’État ont insisté sur la volonté de maintenir et de renforcer la coopération bilatérale, sans qu’aucun dossier particulier ne soit détaillé dans le communiqué de la Présidence de la République.

Cet échange intervient toutefois dans un contexte où les relations tuniso-algériennes ont récemment été marquées par plusieurs déclarations du président algérien consacrées à la stabilité et à la sécurité de la Tunisie.

Tebboune avait alerté sur les risques de déstabilisation

Fin juillet, Abdelmadjid Tebboune avait affirmé que la Tunisie pouvait être la cible de tentatives de déstabilisation en raison de sa proximité avec l’Algérie. Il avait notamment estimé que ceux qui chercheraient à fragiliser la Tunisie pourraient ensuite s’en prendre à l’Algérie.

Le président algérien avait également tenu un discours particulièrement ferme concernant le recours au terrorisme contre la Tunisie, affirmant que l’Algérie ne resterait pas passive face à une telle menace.

Ces déclarations avaient été présentées à Alger comme relevant de la défense d’un intérêt sécuritaire commun, la stabilité de la Tunisie étant considérée comme étroitement liée à celle de l’Algérie. Elles avaient néanmoins suscité différentes lectures en Tunisie, certains observateurs s’interrogeant sur les destinataires exacts du message de Tebboune.

Un partenariat présenté comme constant

L’entretien de dimanche s’inscrit ainsi dans la continuité d’une relation bilatérale que Tunis et Alger souhaitent maintenir à un niveau élevé.

Kaïs Saïed et Abdelmadjid Tebboune ont réaffirmé leur volonté « profonde et constante » d’œuvrer ensemble dans tous les domaines, dans l’intérêt des deux peuples frères.

Au-delà des questions sécuritaires, cette coopération couvre notamment des dimensions économiques, énergétiques et politiques. La séquence récente a également illustré la solidarité entre les deux pays, l’Algérie ayant notamment apporté son soutien à la Tunisie lors de sa crise électrique de l’été.

Le nouvel échange entre les deux présidents vient donc confirmer, sans annoncer de nouvelle décision particulière, la volonté de Tunis et d’Alger de maintenir une concertation étroite dans un environnement régional jugé de plus en plus incertain.

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