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‘‘Samâ Ève’’ de Chema Ben Chaabene | Sisyphe au féminin

La bibliothèque du théâtre tunisien s’est enrichie d’une œuvre singulière ‘‘Samâ Ève’’ (Sud Éditions, 2025) de Chema Ben Chaabene, scénariste, productrice (Lumières Films) et comédienne/actrice au gré de sa passion et de ses rencontres, qui marque un retour à ses premières amours à travers un texte théâtral puissant et profondément spirituel. L’ouvrage a récemment été présenté à la librairie Al Kitab à Tunis.

Amel Bouslama

Préfacé par l’historien et anthropologue Abdelhamid Larguèche, ce petit bijou théâtral écrit en français déroule une dramaturgie minimaliste autour d’un personnage féminin central, une voix off masculine et trois spectres.

Le sujet se présente comme une invitation à écouter la femme : une femme en particulier, innommée, renvoyant à toutes les femmes et à une figure universelle de la femme.

En parallèle, le texte est traduit en arabe sous le titre سمّاع حوّاء par Nesrine Snoussi, docteure en littérature arabe classique. L’illustration de couverture et les dessins d’accompagnement, très évocateurs, sont la création de l’artiste Aymen Mbarki. Le graphisme de couverture est signé par Walid Lemkecher.

Lieu de vérité esthétique et spirituelle

«Le théâtre est un lieu de vérité», disait Albert Camus. Cette pièce en est la parfaite illustration. Vêtue allégoriquement de plusieurs peaux, l’héroïne les retire une à une au fil du texte afin de s’alléger et d’atteindre sa propre vérité.

L’action de la pièce se situe dans une forêt où on entend le bruit de pas écrasant des feuilles mortes.

Inscrit dans une temporalité suspendue, un unique cercle de lumière baignant le personnage qui sombre dans une obscurité totale. Le ton est donné…

Le contexte, spirituel sans être religieux, déploie un dialogue subtil avec les strates de l’Histoire de l’Humanité. La gestuelle de la femme qui évolue sur scène développe une chorégraphie, où l’âme de Samā‘ des soufis turcs est invitée. La voix des spectres et celle de la protagoniste font évoluer l’intrigue dans une atmosphère symbolique.

Une quête existentielle et transgressive

La pièce de théâtre se déroule en un seul acte, se déployant en une suite de scènes progressives dans une scénographie minimaliste. En l’absence de décor et d’accessoires, ce sont l’éclairage, le déplacement du personnage, son monologue et sa voix qui portent l’intensité dramatique.

Ni comédie, ni tragédie, la pièce se donne une dimension existentialiste, fortement inspirée du ‘‘Mythe de Sisyphe’’ de Camus, de la philosophie Nietzschéenne ainsi que du ‘‘Barrage’’ et d’autres écrits de Mahmoud Messaadi, comme confié par l’écrivaine, lors de la présentation de son livre.

La pièce est le fruit d’une somme d’expériences artistiques et d’acquis intellectuels. Elle est portée par une volonté créatrice plutôt réfractaire et rebelle. Pour l’auteur, le but est de se démarquer des courants dominants et de transgresser les codes pour être soi-même, unique, occupant sa juste place dans une éphémère éternité.

Cette quête de soi dans la joie de l’accomplissement artistique, en dehors des dogmes et de idolâtries, prend son sens dans les victoires d’une action réelle au quotidien. Cette pièce, empreinte de poésie, est un nouvel acte dans le parcours de l’auteure, une nouvelle montée du «rocher de Sisyphe» pour la femme qui écrit et réfléchit sur l’acte de création, dans la conscience assumée d’une révolte toujours recommencée.

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31 mai 1956 | Abolir les habous pour libérer la société

Le 31 mai 1956, à peine deux mois après l’indépendance, le jeune État tunisien prenait l’une des décisions les plus audacieuses de son histoire : la liquidation de la Djemaïa des Habous et le transfert des habous publics au domaine de l’État. Un an plus tard, le décret du 18 juillet 1957 abolissait définitivement les habous privés et mixtes.

Abdelhamid Larguèche *

Soixante-dix ans après, cette réforme continue de diviser. Fut-elle une nécessité historique ou une violence infligée à une institution pluriséculaire profondément enracinée dans la société tunisienne ? A-t-elle permis, au contraire, l’entrée véritable de la Tunisie dans la modernité politique et économique ?

Pendant des siècles, le système des habous avait constitué l’une des structures vitales de la société. Il finançait mosquées, zaouïas, médersas, fontaines et œuvres charitables. Il organisait le monde rural, protégeait des terres collectives et préservait parfois les patrimoines familiaux. Au milieu du XIXe siècle, les terres habous représentaient près du tiers des surfaces cultivables.

Un réseau de protection sociale avant la lettre

Instrument de cohésion sociale et de solidarité dans une société où l’État intervenait peu, les habous formaient, à travers confréries et fondations pieuses, un véritable réseau de protection sociale avant la lettre.

Pourtant, dès le XIXe siècle, ses faiblesses devenaient criantes. Mal gérés, souvent improductifs, parfois ruinés, de nombreux biens habous freinaient le développement. Les réformateurs eux-mêmes — de Kheïreddine à Mohamed Bayram V — en avaient conscience. La création de la Djemaïa des Habous en 1874 visait déjà à rationaliser cette immense richesse foncière.

La colonisation aggrava la crise. Le protectorat utilisa les mécanismes du habous, notamment l’enzel, pour faciliter la spoliation des terres au profit de la colonisation européenne. Dans le même temps, l’agriculture moderne introduisait des techniques et une productivité qui rendaient plus visible encore l’immobilisme d’une partie du monde rural traditionnel.

Le contraste devint saisissant : tandis que les médinas s’enfonçaient dans la dégradation, les nouveaux quartiers modernes s’étendaient souvent sur d’anciens terrains habous. Ce qui avait été un facteur d’organisation sociale apparaissait désormais comme un puissant facteur d’inertie.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la décision de 1956. Loin d’être une mesure improvisée ou purement idéologique, elle faisait partie d’un projet global de transformation de la société : enseignement moderne, réforme du statut personnel, unification judiciaire, construction d’un État social et développementaliste.

Sur le plan économique et social, l’abolition visait à libérer la terre de contraintes juridiques qui entravaient sa mise en valeur. Dans les campagnes, il s’agissait de transformer l’occupant précaire en propriétaire investi. Dans les villes, il fallait redonner de la fluidité à un tissu urbain paralysé par l’enchevêtrement des statuts fonciers.

Le modèle centralisateur de l’Etat moderne

Cette réforme n’en demeure pas moins ambiguë. En absorbant les habous, l’État moderne a certes acquis les moyens d’une politique nationale ambitieuse, mais il a aussi privé la société civile d’instruments anciens d’action collective et de solidarité autonome. Le modèle centralisateur tunisien a accompli des progrès remarquables en éducation, santé et émancipation, tout en réduisant considérablement les espaces d’initiative citoyenne.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de regretter l’ancien système, devenu largement inadapté, ni de le réhabiliter tel quel. L’histoire ne repasse pas les plats. Il est cependant légitime de s’interroger sur le vide institutionnel et culturel laissé par la disparition de ces formes d’organisation sociale intermédiaire.

Les sociétés contemporaines redécouvrent partout la valeur des fondations, des associations et des initiatives citoyennes dans les domaines de la solidarité, de la culture et du patrimoine. La Tunisie gagnerait à créer un cadre juridique moderne qui permette à la société civile de retrouver une capacité d’initiative réelle, tout en respectant les exigences contemporaines de transparence, de gouvernance et de rationalité économique.

L’abolition des habous fut une rupture nécessaire en 1956. Elle a permis à la Tunisie de briser des structures devenues obstacles à la modernisation. Mais toute rupture appelle, avec le temps, un nouvel équilibre ; entre État et société, entre rationalité publique et vitalité civile, entre modernisation et enracinement.

* Historien.

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Colloque à Paris autour du Maghreb colonial et postcolonial

À l’occasion du 70e anniversaire des indépendances du Maroc et de la Tunisie, un important colloque international intitulé «Décolonisations et mémoires des indépendances maghrébines (1956-2026)» se tiendra les 8 et 9 juin 2026 à Paris et Aubervilliers.

Abdelhamid Larguèche *

Cette rencontre scientifique est organisée conjointement par l’Institut d’histoire du temps présent relevant du CNRS et le Carep Paris, avec une forte implication d’historiens tunisiens aux côtés de plusieurs grandes figures françaises de l’historiographie contemporaine.  

Réunissant historiens, sociologues, chercheurs en sciences politiques, spécialistes des mémoires coloniales et acteurs du monde culturel, cette rencontre ambitionne de renouveler les approches historiques des indépendances maghrébines et d’interroger les usages contemporains des mémoires coloniales et postcoloniales.

Repenser les indépendances maghrébines

Loin d’une lecture commémorative ou strictement nationale, le colloque propose de considérer les indépendances tunisienne, marocaine et algérienne comme des processus historiques connectés, inscrits dans des dynamiques régionales et internationales complexes.

Les organisateurs souhaitent dépasser les récits fragmentés afin d’analyser les circulations politiques, intellectuelles et militantes qui ont façonné le Maghreb contemporain.

Le colloque constitue également une réflexion critique sur l’histoire de l’empire colonial français au Maghreb entre 1931 — année de la grande Exposition coloniale internationale de Paris, moment d’apogée symbolique du discours impérial français — et les années 1970, période durant laquelle les États maghrébins indépendants entreprennent la consolidation de leurs souverainetés politiques, culturelles et mémorielles.

Cette mise en perspective permet d’interroger les continuités, les ruptures et les héritages durables du fait colonial dans les sociétés maghrébines contemporaines.

L’Algérie au cœur des débats mémoriels

Si les indépendances tunisienne et marocaine constituent le point de départ de la réflexion, l’Algérie occupera une place centrale dans les débats, notamment autour des conflits de mémoire liés à la guerre d’indépendance, aux usages politiques du passé colonial et aux tensions persistantes entre la France et le Maghreb.

Une large partie des discussions sera consacrée aux «blessures mémorielles», aux enjeux de reconnaissance historique, aux silences de l’histoire coloniale et aux difficultés de construire un récit partagé entre les deux rives de la Méditerranée.

Le colloque rappellera également que l’enjeu mémoriel est devenu aujourd’hui un enjeu profondément politique, dans un contexte marqué par des tensions récurrentes, des antagonismes de mémoire et des usages concurrents du passé colonial dans les débats publics, diplomatiques et identitaires.

Le colloque analysera également les différences entre les politiques mémorielles françaises et maghrébines, ainsi que la manière dont le passé colonial continue d’influencer les débats contemporains autour de l’identité, des migrations, de la citoyenneté et des relations diplomatiques.

Croiser histoire, mémoire et sciences sociales

La première journée, organisée au Campus Condorcet, sera consacrée aux processus de décolonisation, aux mobilisations politiques et sociales, ainsi qu’aux violences ayant accompagné les luttes pour l’indépendance. Les panels interrogeront les répertoires de lutte, les mouvements syndicaux, les insurrections, les répressions coloniales et les connexions transnationales entre les mouvements maghrébins.

La seconde journée, accueillie au Carep Paris, explorera plus particulièrement les mémoires croisées des colonisations et des indépendances dans l’espace franco-maghrébin.

Les débats porteront sur les politiques mémorielles en France, en Algérie, au Maroc et en Tunisie, les usages politiques du passé colonial, les tensions diplomatiques et symboliques, ainsi que les nouvelles approches historiographiques relatives aux sociétés coloniales du Maghreb.

Participation scientifique de haut niveau

Parmi les intervenants figurent plusieurs grandes figures de la recherche contemporaine, aux côtés des co-organisteurs Benjamin Stora, Malika Rahal, Abdelhamid Larguèche et Asma Nouira, dont Sophie Bessis, Habib Kazdaghli, Karima Dirèche, Jamaa Baida et de nombreux chercheurs issus d’universités internationales prestigieuses telles que Yale, Princeton, Leyde, Heidelberg, Rabat, Tunis, Oran, Paris ou Lyon.

L’événement se distingue également par sa volonté de faire dialoguer recherche scientifique et production culturelle. Une exposition numérique intitulée, conçue par Abdelhamid Larguèche, prolongera les réflexions du colloque à travers une approche visuelle et documentaire des mémoires coloniales et des représentations de l’empire français au Maghreb.

Penser les mémoires pour comprendre le présent

Au-delà des débats historiographiques, cette rencontre interroge le rôle social de l’historien face aux demandes contemporaines de mémoire et de reconnaissance. Dans un contexte marqué par les crispations identitaires, les controverses mémorielles et les recompositions géopolitiques entre l’Europe et le Maghreb, le colloque entend contribuer à une meilleure compréhension des héritages coloniaux et de leurs résonances actuelles.

En croisant les regards disciplinaires et générationnels, «Décolonisations et mémoires des indépendances maghrébines» s’annonce comme un moment scientifique majeur pour repenser l’histoire coloniale française au Maghreb, revisiter les trajectoires des indépendances et analyser les conflits de mémoire qui continuent de structurer les relations entre la France et les sociétés maghrébines contemporaines.

* Historien et co-organisateur du colloque.

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Le cinéma sauve ce que le patrimoine officiel oublie

Sous la houlette de l’Association tunisienne pour la promotion de la critique cinématographique (ATPCC), présidée par la talentueuse Ons Kamoun, entourée d’une jeune équipe dynamique et passionnée, le mini-festival «Cinéma-Mémoire : Filmer ce qui tient (encore)», organisé les15 au 16mai 2026 à la Maison de la Culture Ibn Rachiq, s’est imposé comme l’une des expériences culturelles les plus stimulantes du Mois du patrimoine (18 mai-18 juin).

Abdelhamid Larguèche *

En proposant une réflexion profondément novatrice sur les mémoires invisibles, les lieux oubliés et les patrimoines fragiles, cette manifestation a réussi à déplacer le regard hors du monumental et à faire du cinéma documentaire un véritable outil critique de sauvegarde et de transmission.

Sortir le patrimoine de la pierre et des cérémonies officielles

Il arrive parfois qu’un événement culturel, par sa simple existence, révèle les limites d’un modèle devenu incapable de se renouveler. Le mini-festival «Cinéma-Mémoire : Filmer ce qui tient (encore)» appartient incontestablement à cette catégorie rare d’initiatives qui ne se contentent pas d’accompagner une programmation institutionnelle, mais qui en déplacent profondément les cadres.

Depuis plusieurs années, le Mois du patrimoine en Tunisie semble enfermé dans une représentation largement monumentale de la mémoire : célébration des sites classés, restauration des pierres anciennes, cérémonial patrimonial convenu et discours officiels répétitifs. Or, à mesure que cette vision s’institutionnalise, elle laisse de côté une autre réalité patrimoniale, plus fragile, plus mouvante et souvent plus urgente : les gestes menacés, les lieux abandonnés, les mémoires marginalisées, les espaces populaires et les traces invisibles du vécu collectif.

Une programmation qui donne une voix aux patrimoines oubliés

C’est précisément contre cet enfermement du patrimoine dans le monumental que le festival «Cinéma-Mémoire» a construit sa proposition. Dès son intitulé, «Filmer ce qui tient (encore)»,  le projet affirmait une autre conception de la mémoire : non plus une mémoire figée dans la pierre, mais une mémoire précaire, vivante et vulnérable.

Et cette orientation n’est pas restée théorique. Elle s’est incarnée dans une programmation particulièrement forte, où plusieurs films du projet «10 Sites, 10 Docs, Ciné-Patrimoine», présentés auparavant aux Journées Cinématographiques de Carthage, ont trouvé une résonance nouvelle. Ces courts-métrages documentaires réalisés par de jeunes cinéastes tunisiens sur des sites patrimoniaux en péril ont constitué l’un des moments les plus marquants du mini-festival.

Leur présence dans cette programmation était tout sauf anecdotique. En filmant des lieux oubliés, menacés d’effondrement ou rongés par l’abandon, comme la synagogue de Nabeul ou le fort espagnol de La Goulette, ces œuvres déplaçaient radicalement la définition même du patrimoine. Elles rappelaient que la disparition ne concerne pas seulement les monuments spectaculaires, mais aussi des espaces périphériques, des mémoires silencieuses et des héritages sans protection symbolique.

L’un des grands mérites du festival a été d’avoir compris que ces films ne relevaient pas seulement du documentaire patrimonial classique, mais d’une véritable politique du regard. Car filmer un site en ruine avant son effacement définitif n’est pas un simple geste d’archivage : c’est un acte de résistance contre l’oubli.

Les débats qui ont accompagné les projections ont donné une profondeur supplémentaire à cette expérience. Plusieurs discussions ont porté sur les obstacles rencontrés lors du tournage de ces documentaires : conflits juridiques autour des sites, lenteurs administratives, absence d’autorisations claires, situations complexes entre héritiers privés et institutions publiques. En mettant ces questions au centre de la réflexion, le festival a eu l’intelligence de montrer que le patrimoine n’est jamais un objet neutre : il est traversé par des rapports de pouvoir, des choix politiques et des mécanismes d’exclusion.

Une nouvelle génération réconcilie cinéma et mémoire

Mais la réussite du festival tient aussi à autre chose : sa capacité à réhabiliter le documentaire comme forme majeure de création contemporaine. Beaucoup de jeunes cinéastes tunisiens, comme l’a rappelé Ons Kamoun, abordaient initialement le documentaire avec distance, le considérant souvent moins prestigieux que la fiction. Or, les films projetés ont précisément démontré l’inverse : le documentaire est aujourd’hui l’un des rares espaces capables de saisir les fractures du réel, les transformations sociales et les mémoires en train de disparaître.

À travers cette manifestation, l’ATPCC confirme ainsi l’importance de son rôle dans le renouvellement du paysage cinématographique tunisien. Grâce à l’énergie de sa présidente Ons Kamoun et à l’engagement d’une équipe jeune, inventive et ouverte aux formes critiques du cinéma, l’association réussit à faire émerger de nouveaux espaces de réflexion, loin des logiques culturelles figées et des approches patrimoniales conventionnelles.

Un festival qui a fait bouger les lignes

Cette force critique traversait également «L’Atelier des monuments invisibles», autre moment essentiel du festival. En invitant de jeunes participants à documenter eux-mêmes des lieux, des gestes ou des paroles menacés, le projet dépassait la logique habituelle des festivals patrimoniaux. Il ne s’agissait plus seulement de montrer des œuvres, mais de produire collectivement des archives du présent.

Le succès public de cette édition zéro a confirmé qu’il existait une attente réelle pour des formes culturelles capables de renouveler profondément le rapport au patrimoine. Étudiants, chercheurs, cinéphiles et jeunes réalisateurs ont trouvé dans ce festival un espace rare de dialogue et de réflexion, loin du folklore patrimonial et des célébrations convenues.

Au fond, «Cinéma-Mémoire : Filmer ce qui tient (encore)» aura accompli quelque chose d’essentiel : rappeler que le patrimoine le plus important n’est pas toujours celui qui domine les cartes postales ou les discours officiels. Il réside aussi dans les traces fragiles d’un monde qui disparaît en silence. Et face à cette disparition, le cinéma peut encore devenir un geste de sauvegarde, de transmission et de résistance.

* Historien.

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