Tunisie : Le 25-Juillet, entre soutien au pouvoir et colère du quotidien
Le 69ᵉ anniversaire de la République a donné lieu, samedi 25 juillet 2026 à Tunis, à deux rassemblements aux messages opposés. Au-delà de cette confrontation politique, une évolution se dessine: les difficultés du quotidien — eau, électricité, pouvoir d’achat — occupent désormais une place centrale dans les revendications.
Deux rassemblements, deux visions du pays
Dans la matinée, des partisans du président Kaïs Saïed se sont retrouvés devant le Théâtre municipal de Tunis. Chants, slogans de soutien et appels à poursuivre le processus engagé depuis 2021 ont rythmé un rassemblement marqué par une ambiance davantage festive que revendicative.
En fin d’après-midi, le décor a changé. Selon l’Agence France-Presse (AFP), plus de 2 500 personnes ont défilé dans le centre de Tunis pour dénoncer la situation économique, les coupures d’eau et d’électricité, les poursuites visant plusieurs opposants ainsi que le recul des libertés publiques.
Deux rassemblements, deux lectures opposées du bilan des cinq dernières années.
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Une contestation qui change de nature
Si les revendications liées aux libertés publiques restent présentes, les slogans entendus samedi montrent une évolution sensible.
« Ni eau, ni électricité, il n’y a que prison et hausse des prix », ont notamment scandé des manifestants.
Il y a encore quelques années, les critiques adressées au pouvoir portaient principalement sur les institutions, la Constitution ou l’organisation des pouvoirs. Désormais, les préoccupations liées au quotidien occupent une place tout aussi importante.
Les difficultés d’accès à l’eau, les délestages électriques, le coût de la vie ou encore la qualité des services publics deviennent des sujets de mobilisation politique à part entière.
Cette évolution traduit un déplacement du débat : les citoyens jugent désormais le pouvoir autant sur sa capacité à garantir les services essentiels que sur ses choix institutionnels.
L’effet des coupures et de la canicule
Ce changement intervient dans un contexte particulièrement tendu.
Depuis plusieurs semaines, la Tunisie fait face à une vague de chaleur exceptionnelle qui a entraîné une forte hausse de la consommation électrique. Pour préserver l’équilibre du réseau, la STEG a procédé à des coupures tournantes dans plusieurs régions du pays, tandis que des perturbations de l’approvisionnement en eau ont également été signalées.
Ces difficultés ont provoqué plusieurs mouvements de protestation locaux, des blocages de routes et de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, bien avant la manifestation du 25 juillet.
La crise des services publics est ainsi progressivement sortie du seul champ technique pour devenir un véritable sujet politique national, au même titre que les débats sur les institutions ou les libertés publiques.
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Un nouveau défi pour le pouvoir
À cinq ans du tournant du 25 juillet 2021, les deux rassemblements de samedi illustrent une réalité qui dépasse leur différence de participation.
Le débat tunisien ne se limite plus à l’opposition entre partisans et adversaires du président Kaïs Saïed. Il porte désormais aussi sur la capacité de l’État à répondre à des attentes très concrètes : assurer la continuité de l’alimentation en eau et en électricité, préserver le pouvoir d’achat, améliorer les services publics et faire face aux effets des épisodes climatiques extrêmes.
Autrement dit, si les clivages politiques demeurent, les difficultés du quotidien sont devenues l’un des principaux terrains sur lesquels sera désormais jugée l’action des pouvoirs publics.
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