❌

Lese-Ansicht

Première mondiale: Abou Dhabi scelle un partenariat entre ADNOC et OpenAI dans l’IA

 

Les Émirats arabes unis renforcent leur coopération avec les grands acteurs internationaux de l’intelligence artificielle. La compagnie pétrolière publique ADNOC et le groupe technologique G42 ont conclu lundi un accord avec OpenAI visant à intégrer des capacités avancées d’IA dans les différentes activités de l’énergéticien.

L’accord a été scellé en marge du Salon et Congrès international du pétrole d’Abou Dhabi (ADIPEC), en présence de Sam Altman, patron d’OpenAI, et du prince héritier d’Abou Dhabi, cheikh Khaled bin Mohamed bin Zayed Al Nahyan.

Selon Sultan Al Jaber, directeur général d’ADNOC et ministre émirati de l’Industrie, ce partenariat fera de son groupe le premier acteur mondial du secteur énergétique à adopter OpenAI Frontier, la plateforme d’intelligence artificielle avancée de l’entreprise américaine. Concrètement, ADNOC prévoit d’intégrer des agents intelligents et des modèles GPT à ses activités afin de mieux connecter et optimiser ses processus décisionnels, qu’ils soient opérationnels, commerciaux ou liés aux investissements. Le groupe entend également s’appuyer sur l’initiative Daybreak Blue d’OpenAI pour renforcer la protection de ses infrastructures stratégiques.

Pour Sam Altman, ce rapprochement constitue une occasion de mobiliser l’intelligence artificielle face aux défis les plus complexes d’ADNOC. Le patron d’OpenAI a également souligné une dimension essentielle de cette coopération: l’énergie pourrait devenir le principal enjeu économique du développement de l’IA. À mesure que le coût des modèles diminue, l’accès à une électricité abondante et abordable s’impose en effet comme une condition déterminante de leur déploiement à grande échelle.

Au-delà de ses applications industrielles, ce partenariat soulève également un enjeu de souveraineté numérique. G42 y occupe une place centrale grâce à son infrastructure d’IA souveraine et aux capacités de calcul et d’inférence hébergées aux Émirats. Pour ADNOC, dont les activités reposent sur des données industrielles sensibles, notamment celles relatives à ses réservoirs, la maîtrise de leur hébergement et de leur traitement constitue un impératif stratégique.

Cette stratégie s’inscrit dans une ambition plus large: développer des infrastructures capables de soutenir l’essor de l’IA. C’est notamment l’objectif de Stargate UAE, projet auquel participent G42, OpenAI, Oracle, Nvidia, Cisco et SoftBank. Le campus américano-émirati dédié à l’intelligence artificielle vise une capacité globale annoncée de 5 gigawatts, tandis que le cluster Stargate UAE doit atteindre à terme 1 gigawatt, avec une première tranche prévue de 200 mégawatts.

Le déploiement de telles infrastructures suppose toutefois des ressources énergétiques considérables. Pour répondre à ces besoins, les Émirats s’appuient sur un mix combinant gaz, nucléaire et solaire. ADNOC se retrouve ainsi au croisement de deux dynamiques: le groupe est appelé à tirer parti des gains de productivité permis par l’IA, mais appartient également à l’écosystème énergétique indispensable à son développement.

Enfin, le rapprochement entre OpenAI et Abou Dhabi s’étend au terrain financier. MGX, le fonds émirati spécialisé dans l’IA et déjà présent au capital d’OpenAI, figure parmi les investisseurs susceptibles de participer à ses nouvelles opérations de financement. Parallèlement, des accords avec Mubadala et Inception42 doivent permettre d’utiliser l’intelligence artificielle pour analyser les investissements, identifier des opportunités et mieux évaluer les risques.

À travers cette coopération, Abou Dhabi cherche ainsi à articuler technologies, infrastructures, énergie et capitaux pour faire de l’intelligence artificielle un nouveau moteur de croissance et renforcer sa place dans cette industrie en pleine expansion.

L’article Première mondiale: Abou Dhabi scelle un partenariat entre ADNOC et OpenAI dans l’IA est apparu en premier sur Managers.

  •  

La corruption, enjeu crucial des élections aux États-Unis

Le culot de Donald Trump n’a aucune limite. Alors que lui et son clan baignent dans les scandales de corruption et que les affaires ne se comptent plus, il se permet de rabâcher la vieille lubie des Républicains consistant à s’en prendre aux plus démunis qui fraudent les programmes d’aide sociale, «ces vilains profiteurs vivant aux crochets de l’État». Il en a fait un axe de la campagne des élections de mi-mandat alors que lui et sa famille se goinfrent d’une manière scandaleuse depuis son retour à la Maison-Blanche. Mardi 3 novembre, les électeurs américains décideront qui sanctionner, ou bien les plus démunis voués aux gémonies par Trump ou bien leur président affairiste, cupide et vénal dont la fortune personnelle et familiale a explosé depuis janvier 2025.

Imed Bahri

Dans l’enquête du Guardian consacrée à cette thématique, Edouardo Porter rappelle que les électeurs de moins de 50 ans ne se souviennent probablement pas de la «reine de l’aide sociale» (The welfare queen). Elle a pourtant incarné, aux yeux des Républicains, la cause profonde du déclin de la société américaine : les pauvres seraient, par essence, des fraudeurs. 

En 1976, lors d’un meeting organisé durant les primaires présidentielles républicaines, Ronald Reagan a instrumentalisé le cas de Linda Taylor. Habitante du South Side de Chicago, Taylor avait été arrêtée pour fraude aux prestations sociales. «Elle a utilisé 80 noms, 30 adresses et cinq numéros de téléphone pour percevoir des bons alimentaires, des prestations de sécurité sociale et des allocations d’anciens combattants au nom de quatre époux —eux-mêmes anciens combattants— qui étaient en réalité décédés. Rien qu’en revenus en espèces, non imposables, elle touchait 150 000 dollars par an», avait déclaré Reagan.

Il est possible que Linda Taylor ait commis des crimes plus graves qu’une simple fraude aux prestations sociales cependant elle était loin de percevoir une somme proche de 150 000 dollars. Josh Levin, auteur de l’ouvrage ‘‘The Queen: The Forgotten Life Behind an American Myth’’, souligne qu’elle n’a été poursuivie que pour le vol de 9 000 dollars. Pourtant, Reagan s’est servi de l’histoire de Taylor pour justifier des coupes drastiques dans les programmes d’aide sociale, les bons alimentaires, le programme Medicaid, le logement social et les dispositifs de formation professionnelle.

Cette femme de couleur, issue des strates les plus précaires de la société —née d’une union interdite, dans le Sud profond, entre une mère blanche et un père noir— a servi à accréditer l’idée que, pour éradiquer la corruption, il fallait avant tout sévir parmi les populations pauvres (non blanches).

La corruption à grande échelle profite à Trump, sa famille et ses proches

Un demi-siècle plus tard, l’administration Trump exhume cette vieille rhétorique pour soutenir une campagne virulente contre ce qu’il reste du filet de sécurité sociale aux États-Unis. L’objectif est également de détourner l’attention des électeurs de la corruption à grande échelle qui, elle, est bel et bien en train de faire sombrer l’Amérique à savoir celle qui profite au président, à sa famille et à ses proches.

Les méthodes employées par Reagan dans les années 1980 sont aujourd’hui remises au goût du jour pour justifier le démantèlement du programme d’aide alimentaire (Snap) et des systèmes d’assurance-maladie subventionnés par l’État. L’argument avancé ? Une fraude généralisée de la part des Américains les plus démunis, qui seraient, semble-t-il, passés maîtres dans l’art de l’escroquerie. La découverte la plus récente, annoncée par la cellule de lutte contre la fraude de JD Vance, a révélé une fraude de 40 millions de dollars au détriment du programme Snap. «Il existe des individus qui choisissent de frauder ces programmes et qui, dans ce cas précis, retirent littéralement le pain de la bouche d’enfants affamés pour s’enrichir eux-mêmes», a déclaré le vice-président dans l’Ohio.

Cette annonce fait suite à celle, formulée avec enthousiasme par Vance, selon laquelle l’administration a supprimé la couverture santé de 760 000 bénéficiaires d’Obamacare, au motif qu’ils auraient commis des fraudes. Elle s’inscrit également dans la droite ligne de la proposition de Trump, qui promet une récompense à quiconque dénoncera des profiteurs vivant aux crochets de l’État. Celui qui dénonce percevra 1% de la somme récupérée.

Trump considère sans doute qu’il s’agit d’une stratégie politique habile. Pourtant, les Américains s’inquiètent de plus en plus de la corruption dont il est désormais question dans toute l’actualité. Selon un sondage Harris réalisé en octobre pour le Guardian, la corruption au sein du gouvernement constitue la deuxième préoccupation majeure des électeurs juste après la hausse du coût de la vie. 87% des personnes interrogées estiment que la corruption est un problème, une proportion plus élevée que celle des citoyens préoccupés par l’intelligence artificielle ou l’immigration.

Pourtant, le raisonnement du président comporte une faille. Selon un sondage Harris, les électeurs ne semblent pas particulièrement préoccupés par le fait que certains puissent obtenir une couverture santé de manière détournée. Ce qui les inquiète, en revanche, c’est de voir des élus faire passer leurs propres intérêts financiers —ou ceux de leurs donateurs— avant l’intérêt public. Le fait que Trump puisse engranger des milliards grâce aux cryptomonnaies s’inscrit précisément dans cette préoccupation.

Vance a tenté de répondre à cette objection. Il a affirmé : «Je n’ai vu aucune preuve, pas la moindre, qu’il participe à une telle corruption ou qu’il l’encourage». Vance a rappelé aux électeurs que «cet homme était déjà milliardaire avant même de se lancer en politique», ce qui, dans l’esprit du vice-président, réduit sans doute la tentation pour Trump de se servir dans la caisse.

Toutefois, il est peu probable que les 65% d’électeurs —parmi ceux qui comptent participer aux élections de mi-mandat— qui considèrent cette corruption comme un «problème majeur» se laissent convaincre par cet argument.

L’an dernier, les États-Unis occupaient la 29e place dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International, un rang en retrait par rapport à la dernière année de l’administration Biden, et en baisse par rapport à la 18e place occupée en 2016, l’année précédant l’arrivée de Trump au pouvoir. Vance gagnerait peut-être à se renseigner sur ce point. Ou, tout simplement, à ouvrir les yeux.

Trump a gagné 2,2 milliards de dollars deux ans après son retour au pouvoir

Le fait que Trump puisse gagner 2,2 milliards de dollars au cours de sa première année de retour au pouvoir —dont 1,4 milliard issu des cryptomonnaies— ne constitue peut-être pas de la «corruption» au sens étroit privilégié par ses alliés à la Cour suprême, qui lui ont accordé l’immunité pour tout acte pouvant être qualifié d’«officiel». Il est possible que Trump n’ait pas reçu de pots-de-vin directs, ni conclu d’accord explicite du type «donnant-donnant» consistant, par exemple, à modifier une politique publique en échange d’argent.

Cependant, pour ne citer qu’un exemple : sous Trump, la Securities and Exchange Commission* (SEC) a suspendu des poursuites pour fraude visant un milliardaire du secteur des cryptomonnaies, un individu qui avait acquis pour 40 millions de dollars de jetons à l’effigie de Trump et investi 75 millions de dollars dans une autre entreprise liée aux cryptomonnaies et associée à Trump. Par ailleurs, Trump a démantelé l’équipe du ministère de la Justice chargée d’enquêter sur les usages illégaux des cryptomonnaies et a mis fin à des enquêtes visant plusieurs entreprises du secteur —notamment Coinbase, Ripple et Kraken— qui avaient contribué au financement de sa campagne.

La Trump Organization (conglomérat de la famille Trump) dirigée par son fils Eric, a multiplié les accords avec des régimes qui ont un intérêt manifeste dans la politique étrangère de Trump. Un oligarque proche de Vladimir Poutine a financé une fête de mariage sur une île privée pour le fils du président, Donald Jr. Par ailleurs, le gendre de Trump, Jared Kushner, conclut des accords se chiffrant en milliards de dollars avec les dirigeants de pays auprès desquels il mène des activités diplomatiques au nom des États-Unis.

Des centaines d’actes de corruption et d’abus de pouvoir liés à Trump

La représentante démocrate Rosa DeLauro a dressé une liste détaillée des nombreuses manières dont Trump s’enrichit —lui, sa famille et ses alliés— durant son mandat. On y trouve notamment :

– le gouvernement du Qatar lui a offert un jet privé de luxe, ce qui pourrait constituer une violation de la clause sur les émoluments (emoluments clause) prévue par la Constitution;

– les Émirats arabes unis ont obtenu l’accès à des puces électroniques américaines de pointe, hautement sécurisées et destinées à l’intelligence artificielle, peu après qu’une société d’investissement liée à la famille princière émiratie et dirigée par le conseiller à la sécurité nationale des Émirats Tahnoun ben Zayed a acquis une participation de 500 millions de dollars dans World Liberty Financial, entreprise spécialisée dans les cryptomonnaies fondée par Eric Trump et Zach Witkoff, fils de Steve Witkoff, envoyé spécial des États-Unis au Moyen-Orient;

– des personnalités fortunées, faisant face à des poursuites pénales, ont pris l’habitude de verser des fonds aux structures politiques de Trump, dans l’espoir d’obtenir ensuite une grâce ou une mesure de clémence. Plus récemment, l’ancienne gouverneure de Porto Rico, Wanda Vázquez Garced, ainsi que le banquier qui lui a versé des pots-de-vin, Julio Herrera Velutini, ont été graciés. Cette décision est intervenue après que la famille de Velutini a confié un contrat de 50 millions de dollars à Alina Habba —ancienne avocate personnelle de Trump— et a fait un don de 3,5 millions de dollars au Maga Inc Super Pac**;

– la famille présidentielle tire également profit de l’État. Le Pentagone a accordé un prêt de plus de 600 millions de dollars à Vulcan Elements, une entreprise spécialisée dans les terres rares, à peine trois mois après que 1789 Capital —la société de capital-risque de Donald Jr— a pris une participation dans cette même entreprise;

– Powerus, un fabricant de drones soutenu par Eric et Donald Jr, vend des systèmes d’interception de drones à des alliés des États-Unis dans le golfe Persique, des pays visés par des attaques de l’Iran. Les fils de Trump s’enrichissent ainsi grâce à un conflit né d’une guerre illégitime, lancée par leur père sans aucune consultation du Congrès. 

Un chercheur britannique a également mis en place un outil de suivi en ligne qui répertorie des centaines d’actes de corruption et d’abus de pouvoir survenus durant les 21 derniers mois de la présidence de Donald Trump.

La Maison-Blanche nie pourtant que la famille Trump ait jamais été impliquée dans des conflits d’intérêts et rejette toute allégation selon laquelle des grâces présidentielles ou des mesures de clémence auraient été accordées en échange de dons politiques.

Reagan était peut-être prêt à abandonner les Américains les plus démunis à leur sort mais il ne cherchait pas pour autant à s’enrichir personnellement. Trump, à l’inverse, semble croire qu’en s’en prenant aux «profiteurs» qui abuseraient du programme d’aide alimentaire Snap —allant jusqu’à proposer une prime aux partisans du mouvement Maga pour en débusquer quelques-uns—, parviendra à détourner l’attention des électeurs de ses propres tentatives d’utiliser sa fonction à des fins d’enrichissement personnel.

Espérons que les électeurs américains y compris ceux qui sont enclins à croire au mythe des «profiteurs» du système social sauront reconnaître la véritable corruption lorsqu’ils y seront confrontés.

* La U.S. Securities and Exchange Commission, communément appelée la Securities and Exchange Commission, souvent abrégée en SEC, est l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers.

** Make America Great Again Inc. (MAGA Inc.) est un super PAC (comité d’action politique) hybride américain fondé le 23 septembre 2022 en Virginie pour soutenir l’action politique de Donald Trump. Ce super PAC a levé plus de 400 millions de dollars pour le cycle électoral de mi-mandat (midterms) de novembre 2026.

L’article La corruption, enjeu crucial des élections aux États-Unis est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Tahnoun ben Zayed, l’homme d’influence des Émirat

Tahnoun ben Zayed Al-Nahyan porte toujours des lunettes de soleil, un détail peut-être délibéré pour ajouter du mystère au personnage qui est indiscutablement l’un des hommes les puissants du Moyen-Orient. Il exerce aujourd’hui une influence croissante sur la scène internationale et pas uniquement dans son pays étant donné le rôle central qu’il occupe dans le système émirati. Frère de l’émir d’Abou Dhabi et président des Émirats arabes unis Mohamed ben Zayed Al-Nahyan, il est aussi son homme de confiance. Tahnoun occupe le poste de conseiller à la sécurité nationale (qui chapeaute les renseignements émiratis), dirige des actifs de 1500 milliards de dollars, il est devenu également le Monsieur IA des Émirats et il est une figure clé des relations avec Washington et le clan Trump particulièrement. Le Guardian s’est intéressé à ce personnage au confluent de la finance, du renseignement, de la technologie et de la diplomatie et a publié une enquête qui met en lumière l’étendue de l’influence de celui qui est considéré comme un homme de l’ombre.  

Imed Bahri

En 1993, le Brésilien Royce Gracie est entré dans la cage octogonale d’un tournoi organisé par l’UFC* à Denver et a terrassé un adversaire bien plus imposant en une centaine de secondes et ce, grâce au jiu-jitsu brésilien. Parmi les spectateurs se trouvait un jeune étudiant émirati à San Diego, qui se faisait appeler «Ben» et qui décida alors de s’initier à cette discipline.

Ses partenaires d’entraînement ignoraient que Ben était en réalité le cheikh Tahnoun ben Zayed Al Nahyan. Après plus d’un an de pratique, il invita ses instructeurs à Abou Dhabi où ils découvrirent que son lieu d’entraînement n’était autre que l’un des palais de sa famille. Tahnoun a par la suite obtenu sa ceinture noire de jiu-jitsu.

Aujourd’hui, il est difficile de trouver un domaine qui échappe à l’empire de Tahnoun. Il est incontestablement l’un des membres les plus puissants de la famille princière d’Abou Dabi, il supervise un conglomérat économique dont les actifs sont évalués à environ 1 500 milliards de dollars. Cet ensemble comprend notamment le Royal Group (doté d’environ 300 milliards de dollars d’actifs), la First Abu Dhabi Bank (FAB) et la plateforme d’investissement climatique Alterra, sans oublier des intérêts considérables dans les secteurs de l’énergie, de l’immobilier, de la santé et de la technologie.

Une influence financière, sécuritaire et diplomatique

Tahnoun occupe également le poste de conseiller à la sécurité nationale des Émirats. Il cumule ainsi une influence financière et sécuritaire, incarnant un profil rare : celui d’une personnalité qui allie la gestion de la richesse nationale au contrôle des services de renseignement.

Tahnoun est l’un des fils du cheikh Zayed bin Sultan Al Nahyan et de son épouse Fatima bint Mubarak Al Ketbi surnommée Oum al Imarat (Mère des Émirats), connue sous le nom de Bani Fatima (Les enfants de Fatima). Cette fratrie domine aujourd’hui les principaux leviers du pouvoir à Abou Dhabi. À son retour des États-Unis en 1995, Tahnoun a pris en charge le bureau privé de son père, avant de fonder le Royal Group, devenu l’un des principaux vecteurs des intérêts commerciaux de la famille. Après le décès du cheikh Zayed en 2004, son rôle dans la sphère financière s’est renforcé et en 2014, il est devenu conseiller adjoint à la sécurité nationale, avant d’accéder à la fonction suprême au sein de cette institution en 2016.

Toutefois, son influence n’est pas exempte de controverses. Le Guardian souligne que la distinction entre la fortune personnelle de la famille régnante et les actifs censés appartenir à l’État ou aux citoyens émiratis demeure floue. Par ailleurs, certains hommes d’affaires locaux critiquent l’expansion des entités liées à Tahnoun dans des secteurs tels que la santé, estimant qu’elle entrave la compétitivité des entreprises privées.

Le nom de Tahnoun est également associé au développement des capacités de renseignement des Émirats. L’un des projets les plus notables apparus au cours de la dernière décennie est le Project Raven, un programme secret de surveillance électronique auquel ont participé d’anciens employés de la NSA (Agence de sécurité nationale américaine).

Selon le Guardian, ce programme, initialement destiné à la lutte antiterroriste, a par la suite été étendu pour cibler des opposants, des militants et des journalistes. Les Émirats ont également été liés à l’utilisation du logiciel espion israélien Pegasus pour cibler les téléphones de diverses personnalités.

Dans ce contexte, l’affaire de l’universitaire britannique Matthew Hedges est particulièrement marquante. Arrêté aux Émirats en 2018 et condamné à la réclusion à perpétuité, il a finalement bénéficié d’une grâce. Le gouvernement émirati nie qu’il ait subi des actes de torture, affirmant qu’il a, au contraire, reçu des soins appropriés. L’activiste émirati Ahmed Mansoor, emprisonné en 2017 après avoir critiqué le gouvernement, a également été pris pour cible. Selon certaines informations, son téléphone ainsi que ceux des membres de sa famille auraient été piratés, il purge, depuis lors, une peine de prison.

Abou Dhabi justifie son approche sécuritaire en invoquant les menaces auxquelles le pays est confronté dans une région instable ainsi que ses inquiétudes face aux groupes islamistes –qu’ils soient armés ou politiques– et à l’instabilité régionale.

De l’espionnage à l’intelligence artificielle

Après le démantèlement de DarkMatter, une entité liée aux opérations de surveillance électronique, Tahnoun s’est tourné vers le domaine de l’intelligence artificielle (IA) en fondant G42, devenue l’une des entreprises technologiques les plus importantes des Émirats.

G42 combine technologie, données et infrastructure informatique, et cherche à bâtir ce qu’elle appelle un «réseau d’intelligence» s’appuyant sur des centres de données, des puces électroniques et des systèmes d’IA.

Microsoft a investi 1,5 milliard de dollars dans G42 tandis que l’entreprise entretient des relations d’investissement et des partenariats avec des sociétés telles qu’OpenAI, Anthropic et xAI. Sam Altman, PDG d’OpenAI, décrit d’ailleurs Tahnoun comme un ami qui lui est cher.

Toutefois, les relations avec les Émirats ont suscité des inquiétudes à Washington quant à un éventuel transfert de technologies de pointe vers la Chine. Cette situation a conduit l’administration de Joe Biden à imposer des restrictions sur l’exportation de puces d’intelligence artificielle avancées vers les Émirats. Par la suite, l’administration Trump a assoupli ces restrictions, permettant ainsi l’afflux de grandes quantités de ces puces dans le pays.

Parallèlement, les liens financiers entre Tahnoun et la famille Trump se sont développés, incluant notamment des investissements très controversées dans la société World Liberty liée à la famille du président américain. Un précédent article paru dans Kapitalis («Les scandales financiers de la famille Trump») est revenu en détail sur cet investissement qui agace beaucoup à Washington et surtout au sein du Congrès. Mais la Maison-Blanche et l’entreprise ont nié tout lien entre ces investissements et les accords relatifs aux puces électroniques.

Des ambitions qui dépassent les frontières des Émirats

Les partisans de Tahnoun estiment qu’il pilote la transformation des Émirats, faisant passer le pays d’une économie dépendante du pétrole à une puissance mondiale dans les domaines de la technologie et de la finance. G42 travaille sur des projets de centres de données d’envergure, tant aux Émirats qu’aux États-Unis avec des investissements liés à l’infrastructure de l’intelligence artificielle se chiffrant en centaines de milliards de dollars.

À l’inverse, ses détracteurs craignent que la concentration d’une telle masse de données et de capacités informatiques entre les mains d’une personnalité cumulant pouvoir économique et responsabilités sécuritaires ne fasse peser des risques en matière de vie privée et de surveillance. Le Guardian souligne que les Émirats ont recours à l’IA tout en adoptant un modèle politique hautement centralisé. Il n’existe ni partis politiques ni syndicats indépendants, toute forme d’opposition est bannie et les manifestations sont interdites.

L’influence émiratie s’étend également au-delà des frontières nationales par le biais d’investissements, de la gestion de ports, de partenariats sécuritaires et de flux financiers au Moyen-Orient et en Afrique.

Des liens étroits avec Donald Trump

Tahnoun est par ailleurs devenu une figure clé des relations entre les Émirats et les États-Unis. Il a été reçu par Trump à la Maison-Blanche, tandis qu’Abou Dhabi a réalisé des investissements massifs dans l’économie américaine.

Dans le contexte de tensions avec l’Iran, des centres de données situés aux Émirats ont été la cible d’attaques iraniennes, Tahnoun s’est alors impliqué dans des efforts diplomatiques secrets visant à protéger son pays et ses intérêts économiques. Selon des rapports médiatiques, il a accueilli de hauts responsables iraniens et ses démarches ont contribué à aboutir à des arrangements qui ont atténué le risque que les Émirats soient pris pour cible.

Par la suite, les États-Unis ont levé les restrictions qui pesaient encore sur l’exportation vers les Émirats de puces électroniques avancées destinées à l’IA.

C’est ainsi que «Ben»— cet étudiant discret qui fréquentait jadis une salle de jiu-jitsu en Californie s’est retrouvé à une position charnière au confluent de la finance, du renseignement, de la technologie et de la diplomatie. Selon le Guardian, son parcours illustre l’ascension d’Abou Dhabi en tant que puissance régionale et acteur mondial ainsi que le rôle croissant d’une personnalité qui préfère agir dans l’ombre alors même que son empire s’étend au cœur de l’économie numérique mondiale.

* L’Ultimate Fighting Championship (UFC) est une organisation internationale d’arts martiaux mixtes (MMA), actuellement reconnue comme la plus importante ligue mondiale de ce sport de combat.

L’article Tahnoun ben Zayed, l’homme d’influence des Émirat est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  

Sahel | Le come-back de l’Algérie

Face à l’influence régionale grandissante de l’Axe Rabat-Abou Dhabi-Tel Aviv dans les pays du Sahel, Alger qui considère cette espace géographique comme sa sphère d’influence essaye ces derniers temps de prendre des initiatives afin d’améliorer ses relations avec des pays comme le Niger et le Mali qui ont traversée une phase de turbulence ces dernières années. En ouvrant une nouvelle page avec ces pays, l’Algérie entend de nouveau jouer un rôle dans cette région afin de contenir le rôle de plus en plus intense et multiforme de l’Axe concurrent qui l’agace beaucoup et qui a atteint son paroxysme le mois dernier avec la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Abou Dhabi. (Photo : Combattants du Front de libération de l’Azawad à Kidal, au Mali).

Imed Bahri

La revue américaine Foreign Policy a publié une analyse de Nosmot Gbadamosi indiquant que l’Algérie cherche à retrouver son rôle de médiateur dans les questions de sécurité au sein de la région instable du Sahel. Elle suggère qu’Alger pourrait avoir joué un rôle dans la reprise récente de la ville de Kidal par l’armée malienne et ses alliés russes aux dépens des séparatistes touaregs. Ces derniers avaient procédé à un retrait tactique de cette ville stratégique dont ils avaient pris le contrôle en avril.

Ces développements interviennent dans un contexte de reprise des relations bilatérales avec l’Algérie, qui a rouvert son espace aérien à Bamako en juillet, mettant ainsi fin à une rupture de 15 mois. Cette rupture faisait suite à un différend provoqué par l’abattage par l’Algérie d’un drone malien près de leur frontière commune.

L’Algérie, qui constitue la deuxième puissance militaire d’Afrique après l’Égypte, a joué pendant des décennies un rôle de médiateur dans le processus de paix entre les rebelles touaregs et le gouvernement malien.

Ces derniers mois, Alger s’est efforcée de reconquérir ce rôle, ainsi que sa position traditionnelle de médiateur en matière de sécurité au Sahel, alors que les menaces sécuritaires s’intensifient dans toute la région.

Bien qu’elle prône une politique de non-ingérence dans les affaires intérieures d’autres États, l’Algérie a toujours considéré le Sahel et l’Afrique de l’Ouest comme faisant partie de sa zone d’influence.

La question touarègue et la lutte contre le terrorisme

Intissar Fakir, chercheuse principale et directrice fondatrice du programme Afrique du Nord et Sahel au Middle East Institute, a déclaré : «L’Algérie a toujours perçu le Sahel comme faisant partie de l’espace géopolitique global au sein duquel elle exerce son influence. Il existe de nombreux intérêts communs avec le Mali, notamment en ce qui concerne la question touarègue et la lutte contre le terrorisme».

Selon plusieurs analystes, l’Algérie craint tout particulièrement une extension de la rébellion vers ses régions méridionales au sein de sa propre population touarègue.

Cependant, ces dernières années, face au déclin de son rôle dans la région du Sahel, l’Algérie s’inquiète de plus en plus de la présence de nombreux acteurs étrangers —notamment la Russie et les Émirats arabes unis— qui cherchent à y renforcer leur influence.

«L’Algérie commence à se retrouver largement isolée dans son voisinage», souligne Fakir. Alger a d’ailleurs régulièrement dénoncé le recours du Mali à des mercenaires russes, et ce, malgré ses bonnes relations avec Moscou. Cette situation a conduit le Mali, en 2024, à mettre fin à l’Accord d’Alger, un traité de paix négocié par l’Algérie en 2015 entre le gouvernement malien et une coalition séparatiste menée par les Touaregs de l’Azawad.

Les relations entre l’Algérie et les pays du Sahel se sont davantage dégradées l’an dernier à la suite de l’affaire du drone abattu. Cet incident qui a poussé l’Alliance des États du Sahel (regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger) à rappeler ses ambassadeurs en poste à Alger.

L’Algérie éprouve également une vive inquiétude vis-à-vis d’Abou Dabi. En septembre, elle a rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats, accusant ces derniers d’«actes provocateurs et hostiles» et de déstabiliser la région en soutenant des factions rebelles au Soudan, en Libye et au Sahel.

En juillet, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déclaré, au sujet des Émirats : «Partout où ils mettent les pieds, le sang coule».

Selon les analystes, l’Algérie joue désormais un rôle croissant, tant sur le plan militaire qu’économique, dans les affaires de ses voisins. Cette mutation se manifeste clairement au Niger. En août, l’Algérie a dépêché auprès du gouvernement militaire nigérien quatre avions de combat Soukhoï-30, un avion de ravitaillement en vol et un avion de transport militaire ce qui est une démonstration de force inédite visant à aider les autorités à déjouer une tentative de coup d’État.

Au cours du même mois, Sonatrach, la compagnie énergétique publique algérienne, a entamé des opérations d’exploration sur le gisement pétrolier de Kafra, au Niger, relançant ainsi un projet resté en suspens pendant des années.

Le mois dernier, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, a salué l’Algérie, qualifiée d’État frère et voisin, affirmant que le Niger est aujourd’hui «sur pied» grâce au soutien algérien. 

L’Algérie n’est pas le seul pays d’Afrique du Nord à avoir intensifié son implication au Sahel et dans les régions avoisinantes. En 2023, l’Égypte a fourni des équipements militaires au Niger pour appuyer la lutte contre les groupes djihadistes. Par ailleurs, le Nigeria cherche actuellement à conclure un accord avec l’Égypte portant sur le transfert de technologies militaires.

Le prisme de la rivalité entre l’Algérie et le Maroc

Cependant, la principale dynamique en direction de la région émane du Maroc —rival de l’Algérie— qui espère que des relations régionales solides viendront soutenir son plan pour le Sahara occidental. L’Algérie, quant à elle, héberge le Front Polisario, mouvement qui milite pour l’indépendance de ce territoire.

Les relations historiques du Maroc avec les pays d’Afrique de l’Ouest remontent à des siècles mais elles se sont tendues dans les années 1980 en raison d’un soutien croissant à l’indépendance du Sahara occidental. Depuis sa réintégration au sein de l’Union africaine en 2017, Rabat s’est tourné de plus en plus vers la diplomatie économique pour renforcer sa position dans la région.

La construction d’un gazoduc reliant le Nigeria au Maroc devrait débuter au cours des deux prochaines années. Ce projet vise à acheminer le gaz naturel nigérian à travers 12 pays avant qu’il n’atteigne le Maroc, qui se chargera ensuite de l’exporter vers l’Europe. Par ailleurs, le Maroc collabore avec la Mauritanie à des projets visant à relier les pays enclavés du Sahel à l’océan Atlantique via le port marocain de Dakhla situé au Sahara occidental.

Toutefois, selon Fakir, réduire ces évolutions régionales au seul prisme de la rivalité entre l’Algérie et le Maroc serait une simplification excessive. Elle ajoute : «Le Maroc n’est plus le seul acteur impliqué dans la sécurité de la région du Sahel. Par conséquent, toute mesure prise par l’Algérie ne constitue pas nécessairement une réaction au Maroc mais répond plutôt à un ensemble de circonstances changeantes et variées».

L’article Sahel | Le come-back de l’Algérie est apparu en premier sur Kapitalis.

  •  
❌