Tunisie : quand l’inflation et la pression fiscale annulent l’effet des augmentations salariales
Malgré la mise en œuvre d’une revalorisation des salaires – qui devrait toucher quelque 3,6 millions d’employés -, le pouvoir d’achat des Tunisiens continue de s’éroder. En cause : une inflation galopante, que portent les produits alimentaires. Mais aussi une pression fiscale qui fragilise particulièrement la classe moyenne.
En Tunisie, l’augmentation du salaire brut ne se traduira pas par une amélioration réelle du niveau de vie. Selon l’expert économique Maher Belhaj, l’impact des récentes augmentations des salaires prévues par les décrets de 2026 est immédiatement neutralisé par deux facteurs. A savoir : les prélèvements sociaux et fiscaux d’une part, et la hausse du coût de la vie d’autre part.
À titre d’exemple, un cadre supérieur bénéficiant d’une hausse brute de 120 dinars ne percevra en réalité qu’une fraction de cette somme. Et ce, après la déduction des cotisations de retraite, de sécurité sociale et de l’impôt sur le revenu. Donc, cet « effritement » du salaire net empêche tout sentiment d’amélioration des conditions de vie chez les citoyens.
Une inflation tirée par l’alimentaire
Les données de l’Institut national de la statistique (INS) confirment cette tension : le taux d’inflation a bondi à 5,5 % en avril 2026, contre 5 % en mars. Cette accélération est principalement alimentée par l’alimentaire (+8,2 %). Avec des pics sur les fruits (+19,2 %), les viandes (+16 %) et les légumes (+13,5 %). Elle provient aussi de l’habillement (+9,3 %) et les produits manufacturés; et des services hôteliers (+14,6 %).
A cet égard, Maher Belhaj pointe du doigt les dysfonctionnements des circuits de distribution. En effet, la domination des intermédiaires et des spéculateurs gonfle artificiellement les marges bénéficiaires, pénalisant le consommateur final.
Pourtant, une loi encadre les circuits de distribution des produits alimentaires. Mais malheureusement, elle n’est pas respectée. Par faute de contrôleurs en nombre suffisant ? Possible.
La classe moyenne, principal levier fiscal de l’État
Par ailleurs, l’expert souligne que l’État, confronté à des revenus limités provenant du secteur informel, s’appuie massivement sur les impôts directs prélevés à la source. Cette pression fiscale excessive épuise la classe moyenne, moteur essentiel de la consommation et de la croissance économique. Sans capacité de dépense, la dynamique de la demande intérieure s’essouffle, pesant négativement sur l’ensemble du cycle économique, explique-t-il.
Alors, pour sortir de l’impasse, Maher Belhaj estime que de simples ajustements salariaux ne suffisent plus. Il préconise de ce fait une approche plus globale incluant :
- la révision des tranches d’imposition pour alléger la charge des salariés;
- une lutte rigoureuse contre les monopoles et la réforme des circuits de distribution;
- une corrélation stricte entre hausses de salaires et amélioration de la productivité pour éviter de nourrir une spirale inflationniste.
Quid des décrets de 2026 ?
Pour rappel, les décrets n°63, 64 et 65 de l’année 2026 encadrent ces revalorisations de salariales graduelles sur trois ans (2026-2028). Ils prévoient une augmentation de 120 dinars pour les cadres (catégories A1, A2 et magistrats). La hausse sera de 100 à 105 dinars pour les agents de maîtrise et 90 dinars pour les agents d’exécution. Bien que ces mesures relatives aux salaires visent à soutenir le secteur public, leur efficacité réelle reste suspendue à la maîtrise de l’économie nationale.
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