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Les difficultés structurelles du tourisme tunisien

Au-delà des chiffres encourageants, le secteur touristique tunisien est confronté à des difficultés latentes. Près de 8 milliards de dinars de recettes témoignent d’une certaine vigueur, mais ne garantissent pas l’invulnérabilité.

Michael Trout

Derrière cette croissance se cache une lenteur décisionnelle au sein des organismes censés piloter le secteur. Le soutien public s’est amenuisé au fil du temps, laissant des lacunes autrefois comblées par des investissements réguliers. Routes, hôtels et services, vétustes, ne parviennent plus à répondre à la demande actuelle. Les difficultés pourraient s’aggraver en 2026, alors que les premiers signaux d’alarme commencent à apparaître.

Un moteur économique désormais négligé

Récemment, Mohamed Yahyaoui, président de la Commission du tourisme au Parlement tunisien, a évoqué le manque d’attention dont souffre le secteur lors d’une interview radio. Bien que le tourisme tunisien génère des recettes en devises essentielles et contribue à la stabilité du commerce, il reste négligé. L’attention se relâche, même lorsque les retombées économiques sont évidentes. Les ressources demeurent limitées, malgré un impact mesurable. Sur les ondes, les inquiétudes se sont fait entendre discrètement mais fermement.

Un signe est particulièrement frappant : le secteur a perdu 4 % de son financement cette année, malgré la persistance de problèmes de gestion. Ce n’est pas un hasard, affirme Yahyaoui : cette situation révèle le peu d’importance que les décideurs accordent à un secteur capable de soutenir une reprise économique plus large. Bien que modestes en apparence, ces coupes budgétaires témoignent d’une négligence plus profonde. Ce qui ressemble à un ajustement budgétaire pourrait en réalité être une incapacité à saisir les opportunités à long terme.

Inquiétudes concernant l’été 2026

À l’approche de l’été 2026, des signes d’hésitation apparaissent : les réservations sont inférieures de près de 10 % au rythme de l’année dernière. La demande est particulièrement faible dans les principales régions européennes, notamment en France. Malgré une activité croissante dans la planification des voyages, le nombre de réservations confirmées reste inférieur aux tendances précédentes.

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : les pressions économiques en Europe, où la réduction des budgets des ménages entraîne une plus grande prudence en matière de dépenses de loisirs. La hausse des tarifs aériens, qui augmente le coût global des voyages. La concurrence accrue d’autres destinations méditerranéennes comme l’Espagne et la Grèce, qui déploient des promotions agressives.

Cependant, les experts mettent en garde contre une interprétation trop hâtive des chiffres actuels. Les habitudes de réservation penchent désormais vers la spontanéité : les voyageurs attendent plus longtemps, ce qui fausse les anciens indicateurs.

Les observateurs soulignent que ce recul n’est pas un échec, mais une adaptation, façonnée par la nouvelle manière dont les gens envisagent de voyager.

Défis de gouvernance et de coordination

Répartie entre plusieurs ministères – Intérieur, Commerce, Transports, Environnement et Tourisme – la principale difficulté réside dans la dispersion des pouvoirs. Là où une fonction s’arrête, une autre commence, brouillant les frontières, notamment entre le ministère et l’Office national du tourisme.

Bien que censé orienter la politique par le dialogue, le Haut conseil du tourisme fonctionne difficilement dans ces conditions. La lenteur des décisions freine l’élaboration des politiques. Pour y remédier, Yahyaoui suggère une solution : activer pleinement le Haut conseil et organiser des sessions fréquentes.

Une autre option, plus claire grâce à la coordination, consiste à former une équipe interministérielle directement dirigée par le ministre du Tourisme. L’efficacité s’accroît lorsque la structure est au service de la finalité.

Lacunes infrastructurelles et freins à l’investissement

Malgré des progrès visibles, de réels problèmes persistent. De nombreuses villes côtières anciennes souffrent de négligence : l’entretien est insuffisant et les mises à jour sont au point mort. Avec 164 hôtels fermés, le nombre d’établissements accueillant des visiteurs diminue et leur attrait s’estompe progressivement. Des plans obsolètes freinent le développement et les investisseurs hésitent. Près d’un milliard de dinars restent inexploités, bloqués par des stratégies dépassées ; Tabarka est l’une des zones les plus touchées.

Le transport aérien est confronté à des contraintes persistantes. Les petits aéroports régionaux fonctionnent sans soutien suffisant ni planification à long terme, ce qui limite leur rôle dans la réduction de la congestion des grands aéroports et freine la croissance du tourisme local.

Si de nouvelles tendances comme la location de courte durée, les séjours nature et les expériences immersives suscitent un intérêt croissant, elles sont entravées par une réglementation dépassée qui ne parvient pas à s’adapter à l’évolution du secteur.

La reprise reste lente après les fermetures généralisées liées aux crises sanitaires ; les charges financières supplémentaires et la complexité des démarches administratives continuent de dissuader les personnes souhaitant créer ou développer une entreprise.

Opportunités manquées et obstacles juridiques

Malgré les troubles dans les régions méditerranéennes voisines, la Tunisie n’a connu qu’une progression limitée de son attractivité touristique, grâce à un sentiment de sécurité.

Près de 130 propositions de loi visant à moderniser le secteur ont été déposées par des parlementaires. Les résistances proviennent principalement des représentants du gouvernement lorsque les changements touchent à des domaines sensibles comme le droit des investissements.

Des règles obsolètes du Code des investissements freinent encore le développement, affectant autant les entreprises locales qu’internationales. Le progrès est bloqué là où la volonté politique faiblit, même face à des opportunités évidentes.

Malgré les défis, des progrès sont visibles. En 2027, Tunis assumera le rôle de capitale arabe du tourisme, une décision prise lors du 28e Conseil ministériel arabe du tourisme, qui s’est tenu à Bagdad en décembre 2025. À l’avenir, des discussions entre la Commission du tourisme, les agences de voyages et les représentants du ministère visent à élaborer une stratégie ciblée.

Traduit de l’anglais.

Source : Tourisme Rewiew News.

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‘‘Exile’’ de Mehdi Hmili | Une société dans l’abîme

Quelques impressions sur le film ‘‘Exile’’ de Mehdi Hmili qui puise sa force dans le noir social. C’est du bon cinéma tunisien aux accents sociaux sombres.

Mohamed Sadok Lejri

La première moitié du long-métrage est particulièrement prenante. Le cinéaste y déploie une palette d’ocre et de sépia, ces teintes crépusculaires enveloppent aussi bien l’enceinte étouffante d’une usine sidérurgique décrépite que les paysages extérieurs, comme si la rouille du monde industriel avait fini par contaminer l’horizon. Ainsi, cette gamme chromatique renvoie à la vétusté de l’usine sidérurgique et au décor de fer rouillé qui illustre parfaitement la condition de vie des ouvriers, semblables à des morts-vivants.

Le sang et l’acier

L’usine sidérurgique délabrée qui imprègne tout le film est le cadre d’un drame humain où le sang et l’acier se confondent. C’est dans cette atmosphère crépusculaire que le protagoniste interprété par Ghanem Zrelli tente de démêler le vrai du faux après la perte tragique de son compagnon de misère. La douleur physique se mue en une exigence de justice où la soif de vengeance lutte avec la quête de vérité. S’engage alors une quête de vérité labyrinthique, une plongée dans les recoins sombres d’un système broyeur où la violence, aussi délétère soit-elle, s’avère le seul remède à l’oppression.

Si Mehdi Hmili affirme son identité visuelle avec une rigueur implacable, cette suprématie de la mise en scène s’opère au détriment d’une narration qui, dans la deuxième partie du film, s’abandonne aux conventions du thriller commercial américain.

À force de flirter avec les archétypes du genre, le récit perd de son intensité comme de sa profondeur, finit par basculer dans la caricature et laisse les codes narratifs calqués sur le modèle américain phagocyter l’essence même du propos, pourtant si bien exprimé au cours de la première partie.

Hybridation des genres

Si la première moitié du film impressionne par la puissance de son propos et une virtuosité esthétique et sonore exemplaire, l’œuvre peinera à maintenir cet équilibre dans sa seconde partie et l’intrigue à gagner en vraisemblance. Hélas, cette force initiale se délite lorsque l’intrigue bifurque vers une structure narrative calquée sur les standards du thriller américain, aboutissant à une hybridation des genres qui manque singulièrement de cohérence. Le virage vers le divertissement dessert la profondeur du message, laissant le spectateur sur sa faim et insatisfait par ce mélange de styles inabouti.

Dans cette fresque résolument virile où s’entrecroisent les figures de l’amitié trahie et les rouages de la corruption, ‘‘Exile’’ se veut le miroir symbolique d’une frange de la société plongée dans l’abîme et qui se consume dans un lent délitement, dans une précarité totale ; des ouvriers qui ne sont rien d’autres que de simples rouages d’un mécanisme froid et inhumain, de la chair à machine.

En revanche, malgré les écueils précédemment cités, le film délivre un message puissant : son propos sur ces hommes, simples extensions de l’acier et jetables à la moindre fatigue, demeure d’une grande force. Et enfin, last but not least, ‘‘Exile’’ est porté par un puissant langage métaphorique et une bande originale envoûtante signée Amélie Legrand.

* Les inquisiteurs de Facebook et autres coincés du derrière qui s’acharnent sur le film et appellent à sa censure, prétextant quelques séquences audacieuses ou un langage cru, ne voient pas que ce réalisme est précisément ce qui fait sa force. Ces esprits étriqués, dont l’inculture n’a d’égale que la pudibonderie, feraient mieux de s’en tenir aux films familiaux, du genre ‘‘𝑆𝑎ℎ𝑏𝑒𝑘𝑅𝑎𝑗𝑒𝑙’’et le cinéma «nadhif» égyptien, plutôt que de vouloir amputer une œuvre de sa vérité et de s’arroger le droit de décider pour nous de ce que nous sommes en mesure de voir ou non.

** Il est regrettable de ne pas avoir conservé le titre arabe.

Bande annonce.

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Vers une inévitable hausse du prix des voitures ?

Cet article de Nikkei Asia montre comment les perturbations de la chaîne d’approvisionnement dues à la guerre en Iran pourraient bientôt se répercuter sur le prix des véhicules. Il montre comment les équipementiers automobiles subissent l’onde de choc de la hausse des prix du lingot d’aluminium (+ 20 % au Japon) depuis le début du conflit, des alliages secondaires et des plastiques issus du naphta, qui atteignent des records historiques. Raisons pour lesquelles les experts n’excluent plus une hausse du prix des véhicules à l’horizon 2027.

Le conflit prolongé au Moyen-Orient fait grimper les prix des matériaux utilisés dans l’automobile, comme l’aluminium et les plastiques, et l’on craint de plus en plus que cette tendance ne se propage en aval et ne finisse par renchérir les véhicules eux‑mêmes.

Aluminium et plastiques sous tension

Deux mois après le début des frappes usraéliennes contre l’Iran, les prix de l’aluminium — utilisé dans les jantes et les panneaux de carrosserie — s’envolent. Au 24 avril, le prix de gros du lingot d’aluminium au Japon s’établissait autour de 720 000 yens (environ 3911 €) la tonne métrique, en hausse de plus de 20 % depuis la fin février. Ce métal est de plus en plus recherché parce qu’il permet d’alléger les voitures, en particulier les véhicules électriques.

La chaîne d’approvisionnement de l’aluminium a été perturbée par la guerre au Moyen‑Orient, région qui représente 10 % de la production mondiale. La fermeture du détroit d’Ormuz rend les exportations difficiles et plusieurs fonderies de la zone ont été endommagées lors des attaques iraniennes contre les pays voisins.

La flambée des cours du lingot s’est étendue aux alliages d’aluminium, y compris les alliages de deuxième fusion issus du recyclage, utilisés dans certaines pièces de moteur.

Les prix de gros, qui suivent ceux du lingot, ont augmenté de 8 % en avril par rapport à février et continuent d’atteindre des niveaux record.

Les prix des plastiques servant à fabriquer des pièces automobiles grimpent eux aussi. La filiale de Mitsui Chemicals, Prime Polymer, et d’autres sociétés ont annoncé des hausses de 80 à 90 yens [0,44-0,49€] par kilo — environ 30 % — pour le polyéthylène et le polypropylène à compter d’avril, en raison de la flambée des cours du naphta (matière première pétrochimique issue du raffinage) sur les indices asiatiques.

«Nous n’avons pas eu d’autre choix que d’accepter une augmentation aussi forte si nous voulions avant tout sécuriser nos approvisionnements», explique le représentant d’une entreprise de transformation.

La plupart des entreprises semblent avoir rapidement accepté l’essentiel des hausses. Le polyéthylène haute densité se négocie désormais autour de 396 yens [2,15€] le kilo, et le polypropylène autour de 418 yens [2,27€], des records qui n’avaient plus été atteints depuis deux ans.

Le 21 avril, Prime Polymer a annoncé une nouvelle hausse de 39 yens [0,21€] pour certaines transactions à livrer en mai. Si les équipementiers automobiles et les autres acheteurs acceptent ces augmentations successives, le coût de fabrication des véhicules s’en trouvera alourdi.

Le caoutchouc et l’acier emboîtent le pas

Le prix du caoutchouc utilisé dans les pneus devrait également monter. Les fabricants de caoutchouc synthétique ont annoncé des hausses applicables dès les livraisons et les expéditions de mai. D’ordinaire, les augmentations annoncées au cours du trimestre avril-juin n’entrent en vigueur qu’en août : ce calendrier est donc inhabituellement rapide.

«Cette hausse repose sur l’hypothèse que les prix reviendront à leur niveau initial dès que la pénurie de naphta sera résorbée», précise Shinichi Kato, président du distributeur de caoutchouc Shinichi Kato Office.

Les cours internationaux du caoutchouc naturel progressent eux aussi de concert. Une voiture particulière classique utilise entre 32 et 40 kg de caoutchouc pour ses pneus.

En Chine, le prix du caoutchouc naturel s’envole, car les manufacturiers de pneumatiques cherchent à remplacer une partie des matières premières synthétiques par cette alternative naturelle moins chère. Des spéculateurs parient que la hausse du caoutchouc synthétique tirera celle du caoutchouc naturel vers le haut.

L’acier, qui entre dans la composition de la caisse des véhicules, montre, lui aussi, des signes de renchérissement.

En mars, Nippon Steel et JFE Steel ont déclaré qu’elles comptaient relever leurs prix de 10 000 [54€] yens par tonne — environ 10 % — pour les livraisons au détail à partir de mai. Si cette augmentation se confirme, le prix de la tôle d’acier laminée à chaud de référence dans la région de Tokyo devrait dépasser 110 000 yens [598€] la tonne. Tokyo Steel, qui utilise des fours à arc électrique (alimentés à l’électricité plutôt qu’au charbon), s’apprête aussi à augmenter ses prix de vente.

Ces hausses surviennent alors que les prix des principales matières premières comme le charbon à coke (utilisé dans les hauts‑fourneaux) augmentent, ce qui dégrade la rentabilité.

La progression des coûts de main‑d’œuvre et de logistique constitue un autre frein. La flambée de l’énergie et des matières premières liée au conflit iranien pèse également sur les relations commerciales : les aciéristes électriques sont particulièrement touchés en raison de leur forte consommation d’électricité.

D’ordinaire, les grands constructeurs automobiles et les aciéristes négocient directement le prix de l’acier.

Toyota, dont le poids est considérable, achète l’acier pour le compte de ses fournisseurs de pièces. À partir d’un tarif de gros renégocié tous les six mois, le constructeur fixe le prix auquel il cède le métal à ses équipementiers. La dynamique actuelle de hausse de l’acier devrait inciter les grossistes à durcir leur position lors des négociations du second semestre.

Vers une inévitable hausse du prix des voitures ?

Même si le conflit au Moyen‑Orient prenait fin, la plupart des experts pensent que les prix de l’énergie mettront du temps à baisser et que le trafic dans le détroit d’Ormuz ne reviendra pas à la normale rapidement. Étant donné le décalage entre la montée des matières premières et celle des pièces et des produits finis, certains jugent qu’une baisse des prix est improbable dans un avenir proche.

«Le niveau actuel des prix des matières premières est en quelque sorte un signal d’inquiétude sur l’offre. Nous en sommes même à un point où la production automobile elle‑même risque de ralentir par manque de matériaux», estime Takayuki Homma, économiste en chef chez Sumitomo Corp. Global Research.

La grande question est de savoir comment ces tendances vont se répercuter sur le prix des voitures. D’après une source de l’industrie des matériaux, les constructeurs absorberont le surcoût si la pénurie de naphta dure environ trois mois ; en revanche, si elle persiste un an, le prix des véhicules pourrait augmenter de 100 000 à 150 000 yens [540-814€].

«Si ces prix élevés deviennent la norme, les entreprises ne pourront inévitablement plus les assumer seules, explique Seiji Sugiura, analyste senior au Tokai Tokyo Intelligence Laboratory. Dans ce cas, l’impact pourrait se transmettre au prix des automobiles à partir de début 2027, une fois passée la campagne de ventes de fin d’année», ajoute-t-il.

L’envolée des matières premières risque de peser lourdement sur les bénéfices des constructeurs : «Les producteurs d’aluminium répercutent progressivement les hausses sur leurs produits, a déclaré l’Association japonaise de l’aluminium lors d’une conférence de presse le 27 avril. Nous demandons la compréhension des utilisateurs.»

Traduction : Fausto Giudice.  

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Le poème du dimanche | ‘‘Rivage en deux temps’’ de Michel Cassir

Né en 1952 à Alexandrie, Michel Cassir est poète et universitaire scientifique d’origine égypto-libanaise.

Cassir a vécu sa petite enfance en Egypte puis au Liban et au Mexique, avant de s’installer en France. Il dirige, depuis 2001, la collection de poésie «Levée d’Ancre» aux Éditions l’Harmattan. Il a publié une trentaine d’ouvrages littéraires ainsi que des textes dans des anthologies et revues poétiques dans une quinzaine de pays. Lauréat en 2008 du Prix littéraire, «Le jasmin d’Argent» pour l’ensemble de son œuvre.

Tahar Bekri          

          I

river le large

c’est river l’âge

le son en tremble

au bord de quelle tempête

à l’approche de quel pirate

le rivage aurait pu être

la paix retrouvée

entre deux tumultes

entre deux prières

le vide qu’on arrache à nos pieds

enfin dévolus à l’errance

le sang charrié par les vagues

et leurs embarcations

tu n’atteindras jamais

le rivage de ton vivant

gémit la rafale

qui entraîne le migrant

à sa perte

dévider toute mémoire

dans le lointain

il est un rivage

qui n’était au départ

que l’esquisse d’un tableau

tentative de s’en remettre à l’infini

page blanche le rivage

me dévisage de son flanc

amoindri par le manque

de visibilité

entre le bleu défoncé

et la plage orpheline

de la belle saison

promise par l’image

                       II

     parfois l’œil

monstre furtif

absorbe la marée

alors le cœur

s’ouvre à la confidence

des mouettes

pour habiter

enfin le rivage 

Inédit, mars 2025.

(Remerciements à l’auteur)

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Calendrier des épreuves pratiques et orales du Bac 2026

Le ministère de l’Éducation a annoncé, ce vendredi 9 mai 2026, le calendrier des épreuves pratiques et orales du baccalauréat 2026, qui se dérouleront les 14 et 15 mai 2026.

La première journée sera consacrée à l’épreuve orale d’éducation musicale, avec 4 058 candidats répartis dans 72 centres d’examen.

Les épreuves pratiques de technologie auront lieu du 14 au 23 mai 2026 et concerneront 21 677 candidats répartis dans 289 centres.

Concernant l’épreuve pratique d’études médiatiques, les tests se dérouleront les 16, 19, 20, 21 et 23 mai 2026. 162 435 candidats y participeront, répartis dans les centres suivants : 340 centres le 16 mai, 567 le 19, 519 le 20, 504 le 21 mai et 340 le 23.

Quant à l’épreuve pratique et orale pour la filière sportive, elle aura lieu les 19, 20, 22 et 23 mai. 2 064 candidats y participeront, répartis dans 87 centres, selon un communiqué du ministère.

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TTM pour dynamiser le tourisme local et régional  

Le Tunisian Travel Market (TTM), première édition du salon dédié au tourisme local et régional (Algérie et Libye), qui représente plus de la moitié du chiffre d’affaires, a ouvert ses portes à la Cité de la Culture de Tunis, en présence du ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Sofiane Tekaya.

L’événement, qui se déroule du 7 au 9 mai 2026, est organisé par la Fédération tunisienne des agences de voyages et de tourisme (FTAV), sous la tutelle du ministère et en collaboration avec le ministère des Affaires culturelles.

«Dynamiser le tourisme national et celui des pays voisins est une priorité à ce stade», a déclaré M. Tekaya lors de l’ouverture du salon, soulignant que les visiteurs algériens et libyens, associés au tourisme national, représentent plus de 50 % de l’activité touristique du pays. Selon le ministre, ces marchés bénéficient d’une attention particulière, notamment grâce à l’amélioration de la qualité des services et à la promotion de la réservation anticipée, avec des offres préférentielles allant jusqu’à 55 % dans certains hôtels.

Le salon, placé sous le thème «Tourisme national et tourisme des pays voisins : coopération, partenariat et investissement», ambitionne de devenir une plateforme de référence pour les opérateurs tunisiens et régionaux. Les organisateurs souhaitent promouvoir un modèle touristique moderne, durable et innovant, axé sur le tourisme alternatif et responsable, la digitalisation du secteur, les nouvelles formes de mobilité et les offres de réservation anticipée.

Le programme comprend des conférences consacrées aux quartiers, au développement durable, à la digitalisation et à l’innovation, ainsi que des rencontres entre professionnels tunisiens, algériens et libyens et la signature d’accords avec les fédérations des pays voisins. L’accès au grand public, des actions promotionnelles et des offres spéciales pour l’été 2026 sont prévus.

Cette première édition réunit au moins un millier de professionnels de Tunisie, d’Algérie et de Libye, parmi lesquels des agences de voyages, des hôteliers et des plateformes touristiques.

Cet événement s’inscrit dans une stratégie visant à rapprocher le tourisme des citoyens, à maîtriser les coûts et les prix, et à renforcer la compétitivité de la Tunisie en tant que destination, notamment en vue de 2027, année où Tunis deviendra la capitale arabe du tourisme.

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Distribution agricole en Tunisie | Un bouc émissaire dans le souk des bestiaux

Le 12 mai prochain, l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) tient sa 10e édition du Tunisia Economic Forum. Le thème retenu — «La réforme des circuits de distribution agricole» — est louable dans son intitulé. Le diagnostic implicite qui le sous-tend, lui, mérite d’être sérieusement contesté. Car derrière l’appel à «moderniser» et à «fluidifier» les circuits, perce une vieille musique familière : ce sont les intermédiaires qui bloquent tout. Ce sont eux les coupables. Ce sont eux qu’il faut réformer, réguler, voire éliminer. Sauf que cette thèse, aussi commode soit-elle pour les chefs d’entreprises réunis en forum, repose sur un diagnostic incomplet et partial. C’est comme si on considérait le thermomètre comme la cause de la fièvre

Moktar Lamari *

Commençons par nommer les choses. L’IACE, un think tank ou un lobby ?

L’IACE se présente comme un espace de réflexion et de dialogue. Dans les faits, c’est l’émanation organisée du patronat tunisien, de ses oligopoles agro-industriels, de ses groupes de grande distribution, de ses conglomérats qui contrôlent à la fois la production, le stockage et la mise en marché. Un lobby, en somme, qui coche toutes les cases de la définition — représentation d’intérêts sectoriels, accès privilégié aux décideurs publics, production d’un discours pseudo-technique habillé en intérêt général.

Il n’y a là rien d’illégal. Mais il y a quelque chose d’intellectuellement problématique à laisser ce groupe d’intérêt définir le diagnostic de la chaîne agricole sans que personne ne soulève la question : cui bono ? À qui profite l’accusation portée contre les intermédiaires ?

Cinq limites du raisonnement de l’IACE

1ère limite : confondre symptôme et cause. Les marges excessives entre producteur et consommateur — parfois multipliées par trois selon leurs propres données sont réelles. Mais elles ne sont pas la cause du dysfonctionnement ; elles en sont la conséquence.

Une offre agricole insuffisante, fragmentée, mal organisée, crée structurellement des rentes d’intermédiation. Accuser l’intermédiaire sans traiter la faiblesse de l’offre, c’est comme reprocher au pompier de mouiller les meubles.

2e limite : occulter le problème d’investissement. Le secteur agricole tunisien investit peu. Très peu. Les taux d’intérêt bancaires appliqués aux agriculteurs et aux PME agroalimentaires oscillent entre 13 % et 16 %, dans un contexte où le taux directeur de la Banque Centrale de Tunisie est fixé à 7 %.

Un spread de 6 à 9 points au-dessus du taux directeur : voilà ce qu’on appelle des taux usuraires dans le langage courant, et un rationnement du crédit dans le langage académique. Qui sont les banquiers qui pratiquent ces marges ? Souvent les mêmes groupes financiers dont les représentants siègent dans les forums de l’IACE. Le conflit d’intérêts est flagrant. Et le Forum du 12 mai en parlera-t-il ? On peut en douter.

3e limite : ignorer la faible productivité agricole. La Tunisie affiche une productivité agricole parmi les plus basses du Maghreb, avec un rendement céréalier moyen d’environ 1,5 à 1,8 tonne/hectare, contre 3 à 5 tonnes en Turquie ou au Maroc dans les zones irriguées comparables.

Une productivité aussi basse implique des coûts de revient élevés, qui remontent mécaniquement toute la chaîne de valeur. Ce n’est pas l’intermédiaire qui crée ce différentiel de coût : c’est l’absence d’investissement dans l’irrigation, la mécanisation, les intrants de qualité, la R&D agronomique.

Là encore, les entreprises membres de l’IACE, qui approvisionnent ces filières en matériel et en intrants, ont leur part de responsabilité — qu’on ne saurait sous-estimer.

4e limite : ignorer la collusion oligopolistique en aval. La grande distribution tunisienne est concentrée. Quelques enseignes — souvent liées à de grands groupes privés proches du milieu patronal — exercent un pouvoir d’achat monopolistique sur les fournisseurs. Elles imposent leurs prix d’achat, leurs délais de paiement, leurs référencements discriminatoires.

Dans ce contexte, l’intermédiaire — souvent un petit commerçant, un grossiste de souk, un camionneur — n’est pas le dominant de la filière : il est coincé entre un producteur appauvri en amont et une grande enseigne prédatrice en aval. Le désigner comme bouc émissaire, c’est précisément protéger ceux qui exercent le pouvoir de marché réel.

5e limite : l’absence de toute autocritique. Le communiqué de l’IACE parle de «transparence», d’«écosystème résilient», de «passage de la stratégie à l’exécution». Belles formules. Mais où est l’autocritique des chefs d’entreprises eux-mêmes ? Où est la question sur les délais de paiement imposés aux sous-traitants ? Sur le dumping fiscal pratiqué par certains conglomérats grâce à l’optimisation offshore ? Sur les ententes tarifaires dans la grande distribution que plusieurs enquêtes ont documentées ?

On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre, et reprocher à la bergère de mal distribuer ses produits laitiers.

Remettre la réflexion sur ses pieds

Premièrement : plafonner les spreads bancaires sur le crédit agricole. Un taux maximum de taux directeur + 3 points — soit 10 % au plafond actuel — est une mesure urgente, calibrée sur ce que pratiquent le Maroc (8 %) ou l’Égypte pour ses filières stratégiques. Le forum devrait mettre cette question, et non les intermédiaires, au cœur de ses panels.

Deuxièmement : conditionner les avantages fiscaux des grandes enseignes à des délais de paiement contractuels. Toute entreprise bénéficiant d’exonérations fiscales ou d’avantages du Code d’Investissement devrait être soumise à un plafond de 60 jours de paiement à ses fournisseurs agricoles, sous peine de pénalités automatiques. C’est la règle en France depuis la Loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008. La Tunisie attend toujours.

Troisièmement : investir massivement dans les infrastructures de stockage et de froid. Les pertes post-récolte en Tunisie sont estimées entre 25 % et 35 % selon les filières — tomates, pommes de terre, agrumes. Ce gaspillage structurel crée l’illusion d’une pénurie artificielle que les intermédiaires sont accusés d’exploiter. La réponse est logistique et infrastructurelle, pas policière.

Quatrièmement : ouvrir l’IACE à une représentation des producteurs agricoles et des PME agroalimentaires.

Un forum qui parle de distribution agricole sans agriculteurs à la table, c’est un procès où l’accusé n’est pas convié. Si l’IACE veut être un espace de dialogue national et non une chambre d’écho oligopolistique, qu’il commence par inviter ceux dont il prétend résoudre les problèmes.

Le thermomètre n’est pas la fièvre

L’intermédiaire est, au fond, le thermomètre de la filière agricole tunisienne. Il mesure — parfois amplifie — les dysfonctionnements structurels d’une offre sous-investie, d’une logistique défaillante, d’un crédit inaccessible, d’une productivité anémique. Le briser ne guérira pas le malade. Il laissera simplement le patient sans diagnostic.

Le vrai Forum économique que la Tunisie attend n’est pas celui où le patronat interroge les autres. C’est celui où il interroge aussi ses propres pratiques — ses marges, ses délais, ses ententes, ses taux d’intérêt.

Ce jour-là, le débat sera vraiment national. En attendant, le Tunisia Economic Forum 2026 ressemble davantage à un procès organisé par les bouchers pour réformer les bergers.

* Ph.D.

Blog de l’auteur: E4T, Économie pour la Tunisie

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Boualem Sansal annonce un récit sur le pouvoir et la peur

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal publiera le 2 juin 2026 un nouvel ouvrage intitulé ‘‘La Légende’’, aux Éditions Grasset⁠. Présenté comme un récit personnel nourri par une expérience de détention et par une réflexion sur les mécanismes du pouvoir, le livre s’annonce comme l’un des textes les plus politiques de l’auteur.

Dans les premières pages dévoilées par l’éditeur, Boualem Sansal décrit «un monde inversé» «où la vérité dérange, où la justice inquiète, où la liberté fait peur». L’écrivain affirme que son histoire lui aurait progressivement échappé, portée par «un tribunal d’exception», «la prison» et «les médias des cinq continents».

«Mon récit me permet de me réapproprier la légende», écrit-il, dans un texte qui prend la forme d’une dénonciation de ce qu’il qualifie de «justice aux ordres» et de «pouvoir sans contrepoids».

L’éditeur présente ‘‘La Légende’’ comme «l’histoire d’un homme que l’on a voulu effacer — et qui devient un symbole». Une formule qui donne au livre une portée dépassant le simple témoignage autobiographique.

Connu pour ses romans et essais critiques sur l’autoritarisme, les dérives idéologiques et les fractures politiques du monde contemporain, Boualem Sansal est notamment l’auteur de ‘‘2084 : la fin du monde’’, ‘‘Le Village de l’Allemand’’ et ‘‘Rue Darwin’’.

Membre de l’Académie française, l’écrivain a reçu de nombreuses distinctions littéraires en France et à l’international. Avec ‘‘La Légende’’, il semble vouloir inscrire une expérience personnelle dans une réflexion plus large sur la justice, la fabrication des récits publics et la place de l’écrivain face au pouvoir.

Djamal Guettala 

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Le Sahel au bord du gouffre

Pendant que le monde se focalise sur le Moyen Orient, le Sahel se défait, de la Méditerranée à la mer Rouge, de l’océan Indien aux côtes de l’Atlantique. Dans les sables brûlants du Sahel, l’État n’est plus qu’un fantôme, une fiction administrative en dissolution accélérée. Ce n’est pas un accident de l’histoire. C’est l’aboutissement d’une abdication collective, aux responsabilités partagées entre puissances coloniales avec la non viabilité de leurs découpages territoriaux, gouvernants, partenaires extérieurs complaisants et institutions internationales sourdes aux réalités qu’elles prétendaient transformer.

Yahya Ould Amar *

Les ruines sont désormais visibles – reste à savoir jusqu’où l’onde de choc ira. Le Sahel est devenu le laboratoire mondial de ce qui arrive lorsque l’État cesse d’être une promesse commune et que la souveraineté se fragmente entre milices, trafiquants, juntes, puissances étrangères et communautés abandonnées.

L’État fantôme

Il faut nommer les réalités sans détour, même lorsqu’elles dérangent, l’État sahélien est devenu une anomalie historique faute de viabilité durable.

La racine des conflits armés au Sahel n’est ni exclusivement religieuse, ni seulement ethnique ou climatique, elle réside d’abord dans la faillite de l’État comme arbitre légitime. Le contrat social s’est brisé. Trop souvent replié sur la capitale, capturé par des «élites» prédatrices, incapable de protéger, de redistribuer, de juger équitablement et d’assurer les services publics élémentaires, l’État a cessé d’apparaître comme une promesse commune pour devenir, dans de vastes périphéries, une présence intermittente.

Là où il ne protège plus, d’autres souverainetés s’installent comme les autorités tribales, les réseaux religieux, les milices communautaires, les groupes armés, les trafiquants et entrepreneurs de guerre.

La pauvreté, la corruption, l’exclusion de communautés entières, les rivalités pastorales et foncières, la pression démographique, les chocs climatiques avec la raréfaction de l’eau et des pâturages, la circulation des armes, les trafics transfrontaliers et les ingérences étrangères ne sont donc pas des causes isolées – ce sont les accélérateurs d’un même effondrement politique.

Entre promesses de développement trahies, générations sacrifiées, territoires abandonnés, populations déplacées et armées devenues arbitres du pouvoir, la frontière entre l’État faible et l’État fantôme a été franchie presque partout au Sahel, jusqu’à ce que les ruines rendent l’effondrement visible.

Lorsque l’État échoue trop longtemps, les peuples cessent d’y croire et finissent par accepter n’importe quel ordre, pourvu qu’il donne l’illusion d’une protection.

Il serait abusif d’imputer l’échec de la construction étatique au Sahel à un rejet supposé de l’État par les sociétés sahéliennes, comme si celui-ci n’était qu’une anomalie historique étrangère à leurs réalités.

De la fiction administrative à l’arc du chaos

Du Mali en lambeaux au Soudan dévasté, du Niger fragilisé à la Libye morcelée sur les rives méditerranéennes, jusqu’en Somalie aux abords de la mer Rouge et de l’océan Indien en passant par l’Ethiopie, se dessine une vaste continuité de délitement étatique qui reconfigure le flanc sud de l’Europe.

Seul Djibouti, préservé des déchirures qui l’avaient meurtri durant une décennie jusqu’en 2001, échappe aujourd’hui au délitement tragique des États de la région. Par sa stabilité, sa position stratégique en face du détroit de Bab El Mendeb, du Yémen et de l’Arabie Saoudite, son hospitalité et son rôle de carrefour entre la mer Rouge et la Corne de l’Afrique, il s’affirme comme une terre de refuge, de paix et d’investissement dans un environnement régional gagné par les conflits armés.

Il faut regarder cette réalité de délitement sans détour, avant que les foyers de crise aujourd’hui dispersés ne s’agrègent en un arc d’instabilité continu, reliant les rivages de l’océan Indien à ceux de l’Atlantique, la Méditerranée à la mer Rouge, faisant de l’Afrique le continent du chaos et de la désolation.

Ce que Paris, Londres et Washington décrivent comme un simple déficit de gouvernance relève en réalité d’une crise plus profonde, liée à l’épuisement d’un modèle étatique de façade, faiblement enraciné et toujours concurrencé par des loyautés plus anciennes — tribales, régionales, confessionnelles ou claniques. Longtemps maintenu par la rente, l’aide internationale et l’assistance militaire, l’État sahélien voit aujourd’hui ses trois béquilles s’écrouler en même temps.

Les coups d’État militaires survenus ces dernières années au Mali, au Burkina Faso et au Niger constituent des symptômes avancés d’un affaissement profond de l’autorité publique, et des signaux d’alerte pour l’ensemble des États voisins. Les juntes ont pris le contrôle d’appareils bureaucratiques déjà fantomatiques, dont l’autorité est largement contestée à l’intérieur de leurs frontières. Ces régimes peuvent durer comme appareils de coercition, mais non comme projets politiques viables.

La démographie ajoute une dimension explosive que les analyses conventionnelles traitent, par myopie, comme un dividende accélérateur de croissance économique, alors qu’elle constitue le multiplicateur des crises. Une population qui double dans des États – en crise économique – qui s’affaiblissent, dans un environnement climatique qui se désertifie, cette équation n’a pas de solution pacifique à moyen terme.

Le changement climatique n’est pas une menace future au Sahel — c’est un fait présent et cumulatif. La zone de précipitations utiles recule vers le sud de 50 à 80 km par décennie.

Cette équation démographique et climatique rejoint une loi plus profonde de l’économie, les sociétés ne divergent pas seulement par leurs richesses, mais par les cercles cumulatifs — vertueux ou destructeurs — dans lesquels elles sont enfermées.

En effet, il existe, dans la théorie économique des nations fragiles, un seuil invisible – point critique où le revenu réel, la capacité productive et la puissance fiscale deviennent suffisants pour transformer la survie économique en dynamique cumulative de développement – mais décisif, en deçà, la pauvreté cesse d’être un simple retard de développement pour devenir une force d’aspiration vers le bas ; au-delà, l’accumulation du capital, de la confiance, de l’éducation, des infrastructures et des institutions peut au contraire produire une dynamique cumulative de prospérité.

Gunnar Myrdal avait montré que le sous-développement n’est pas un état immobile, mais un processus circulaire, la faiblesse des revenus réduit l’épargne, l’investissement et la qualité des services publics ; cette faiblesse dégrade à son tour la productivité, nourrit l’exode des compétences, accroît la défiance envers l’État, affaiblit la fiscalité, puis réduit encore davantage la capacité publique à protéger, instruire, soigner et équiper le territoire.

Le Sahel est précisément pris dans cette causalité cumulative négative, des États pauvres administrent des territoires immenses, jeunes, fragmentés et climatiquement vulnérables avec des ressources fiscales dérisoires ; leur impuissance économique devient impuissance politique, puis leur impuissance politique aggrave leur impuissance économique.

Tant qu’un pays ne franchit pas le seuil critique où l’investissement public, la sécurité, l’éducation, la justice et les infrastructures commencent à se renforcer mutuellement, il risque d’être aspiré par une spirale où chaque retard prépare le suivant, et où la pauvreté devient une architecture durable de la guerre.

La question décisive est de savoir si l’Etat sahélien n’est pas, en deçà de ce seuil critique de revenu, de capacité productive, donc condamné à devenir un État fantôme, non viable, trop pauvre pour protéger, trop faible pour administrer, trop absent pour unir, trop discrédité pour gouverner.

Dans cet immense espace sahélien de près de cinq millions de kilomètres carrés, l’État sahélien se défait sous nos yeux. Héritées des conférences coloniales de la fin du XIXᵉ siècle, ces architectures politiques — frontières tracées à l’équerre, découpages imposés à des sociétés complexes, indifférence aux réalités ethniques, linguistiques, religieuses et aux conditions mêmes de viabilité économique — n’ont que rarement réussi à se transformer en véritables nations.

Les groupes armés ne sont plus seulement des acteurs militaires. Ils sont devenus des prestataires de services : justice appliquée de façon cohérente là où les tribunaux étatiques ne sont que corruption organisée, redistribution économique là où l’État prélève sans donner, protection physique là où la sécurité est inexistante, parfois les armées nationales y commettent des atrocités. Leur modèle est l’administration territoriale. Ce sont les Talibans de 1994 à 1996 — et nous savons où cette trajectoire conduit.

Des dominos à des stades différents d’inclinaison

L’idée du cordon sanitaire — isoler le Sahel, contenir sa contagion par des frontières renforcées — se fracasse sur une réalité géographique et humaine qui la précède de plusieurs siècles, dans cet espace, les frontières n’ont jamais été des réalités physiques pour les populations y compris les frontières maritimes.

La Libye est le cas le plus éloquent. Elle n’est pas une victime de l’instabilité sahélienne — elle en est l’amplificateur structurel. La destruction de l’État libyen par l’intervention de l’Otan en  2011 a ouvert dans tout le Sahel un immense marché noir des armes, transformant les arsenaux libyens en carburant militaire du chaos régional.

Aujourd’hui bicéphale — Tripoli soutenue par la Turquie et le Qatar, Benghazi par les Émirats, l’Égypte et les successeurs de Wagner — la Libye entretient une partition dont chaque parrain tire profit et que personne n’a réellement intérêt à résoudre. Ses 1700 kilomètres de frontière commune avec le Niger, le Tchad, le Soudan et l’Algérie sont des artères vitales pour les trafics de migrants, d’armes et de drogue.

Plus au Sud, le Nigéria — 230 millions d’habitants, premier producteur pétrolier du continent — vit une guerre civile rampante que les observateurs s’obstinent à traiter comme un problème de gouvernance régionale. Boko Haram et l’ISWAP (l’État islamique Afrique de l’Ouest) contrôlent des portions entières des États du Nord-Est depuis 2009. Leur connexion avec le GSIM sahélien est opérationnelle. Le Sahel et le Nigéria forment désormais un continuum sécuritaire. Un Nigéria en décomposition partielle serait une recomposition comparable en impact géopolitique à la désintégration soviétique — mais à une échelle démographique dix fois supérieure. Les États côtiers qui avaient été présentés comme des succès — Côte d’Ivoire, Ghana, Sénégal — voient leurs régions septentrionales pénétrées selon exactement le même modèle de diffusion qu’au Mali d’avant 2012, d’abord les zones rurales frontalières, ensuite les axes routiers, enfin les villes secondaires. La fenêtre d’action préventive se ferme dans les trois à cinq ans.

Si le verrou algérien céderait…

Il est un pays, l’Algérie, dont l’effondrement, que personne de la région ne souhaite, concentrerait en un seul choc géopolitique toutes les catastrophes évoquées jusqu’ici — et auquel les capitales occidentales consacrent une réflexion stratégique désespérément insuffisante, considérant le pays comme une menace en cas de conflit majeur. Non pas parce qu’une catastrophe est imminente mais parce qu’elle est calculable, et que ses effets seraient proprement incommensurables avec le basculement dans le chaos de plusieurs états de la région et au-delà.

L’Algérie est un pôle de stabilité régionale dont la continuité repose sur deux variables, le prix du pétrole et le pari sur son développement industriel. Le pays est engagé dans une transition industrielle réelle, soutenue par des investissements massifs et des projets structurants, réduisant à l’horizon 2030 sa dépendance aux hydrocarbures.

Les revenus des hydrocarbures financent la paix sociale avec des subventions massives sur les carburants, l’alimentation, emploi public à environ 34 % de la population active. Les réserves de change sont passées de 143 milliards de dollars en 2014 à 47 milliards en 2025. La fenêtre de viabilité financière se ferme dans cinq à sept ans, peut-être moins si la transition énergétique européenne et mondiale vers la décarbonisation réduit les prix et achats du gaz algérien.

Mais la menace algérienne brandie par une partie des élites et médias en Occident est tripolaire — et c’est précisément pourquoi elle est si difficile à articuler dans les chancelleries occidentales habituées à des diagnostics binaires.

Premier pôle : le risque d’effondrement interne

L’Algérie est solide, mais si le régime vacille sous la pression conjuguée d’une crise économique ou sanctions imposées et d’une déstabilisation orchestrée de l’extérieur, ce sont les 6000 kilomètres de frontières avec la Libye, le Niger, le Mali et la Mauritanie qui deviennent des passoires absolues. Si Alger bascule dans une instabilité ouvrant sur la Méditerranée, c’est une vague migratoire d’une ampleur sans précédent vers la France, l’Italie et l’Espagne, avec tout ce que cela aura comme impact politique en Europe.

Deuxième pôle : l’Algérie comme menace aux intérêts occidentaux

Ici, il faut nommer ce que les diplomates occidentaux ne formulent pas publiquement, que l’Algérie est un acteur hostile aux intérêts stratégiques de l’Occident sur plusieurs dossiers simultanés. Entre autres, ses achats d’armements russes massifs — Alger est le troisième importateur mondial d’armes russes après l’Inde et la Chine — envoient un signal explicite sur ses alignements stratégiques réels. Sa relation entretenue avec Moscou pendant et après l’invasion de l’Ukraine, son refus de condamner la Russie à l’Onu, et sa politique de non-alignement revendiquée, considérée comme une couverture diplomatique pour un penchant structurel anti-occidental. En cas de crise majeure, les bases aériennes et navales algériennes pourraient être utilisées — ou proposées — à des acteurs hostiles à l’Otan.

Troisième pôle : l’Algérie dans l’axe des puissances menaçantes

Et c’est ici que le tableau géopolitique prend sa dimension la plus inquiétante pour l’Occident. L’Algérie s’inscrit dans un axe de puissances dont chacune, à des degrés divers et selon des logiques propres, représente aujourd’hui un défi existentiel pour l’ordre occidental en Méditerranée et en Afrique. La Turquie d’Erdogan a construit une présence militaire en Libye, noué des alliances avec les juntes sahéliennes via la Diyanet et les marchands d’armes, et utilisé les flux migratoires comme levier de chantage systématique sur l’Europe. Elle est membre de l’Otan tout en sapant méthodiquement ses intérêts — combinaison paradoxale qui paralyse pour le moment toute réponse collective occidentale. L’Égypte du maréchal Sissi soutient Haftar en Libye, maintient des contacts réguliers avec Moscou et Pékin, et conduit une politique sahélienne visant à contrebalancer l’influence européenne et à sécuriser son flanc occidental — notamment via le Soudan, aujourd’hui en guerre civile avec des ramifications qui s’étendent jusqu’à la mer Rouge. Ces trois pays — Algérie, Turquie, Égypte — ne forment pas un bloc homogène. Mais ils partagent une caractéristique stratégique décisive en cas de conflit majeur, ils occupent les positions-clés du verrou méditerranéen, et leur politique étrangère est, dans les faits, structurellement incompatible avec les intérêts de sécurité européens.

Personne n’a intérêt à la paix

La Russie a déployé l’Africa Corps au Mali, au Burkina, au Niger, en Libye et en République centrafricaine pour un coût financé en partie via des concessions minières. Elle chasse l’Occident de ses zones d’influence historiques, accède à l’or malien, à l’uranium nigérien, aux diamants centrafricains, et — point capital — génère délibérément des flux migratoires supplémentaires qui alimentent les populismes européens et fragilisent l’Union Européenne.

La Chine prend les ressources sans faire la guerre et sans créer d’ennemis. Pékin est le premier partenaire commercial africain depuis 2009 déployant une stratégie d’offre sans conditionnalités avec des prêts sans exigences démocratiques, des investissements sans transparence. Elle installe des entreprises d’extraction dans les zones contestées, négocie avec les groupes armés aussi facilement qu’avec les gouvernements reconnus.

La réalité la plus difficile à accepter est qu’aucun des acteurs qui ont le pouvoir de stabiliser la région n’a réellement intérêt à le faire – exceptée l’Algérie en raison de sa région Touareg. C’est un système d’intérêts croisés, d’une cohérence perverse, qui maintient le chaos comme équilibre optimal pour chacun de ses participants — sauf pour les populations sahéliennes, qui en paient le prix de leur vie.

Le drame sahélien tient précisément à cette convergence monstrueuse, ainsi pour les populations, le chaos est une tragédie ; pour plusieurs acteurs extérieurs, il est devenu une ressource. Il ouvre des accès miniers, justifie des présences militaires, affaiblit les concurrents et permet à des puissances moyennes ou globales de peser à faible coût sur l’équilibre du monde. La guerre devient, dans certains espaces, une modalité de gestion des rapports de force. Le Sahel n’est donc pas abandonné par hasard, il est aussi exploité parce que son désordre produit des dividendes stratégiques.

L’âge des souverainetés fantômes

L’hypothèse d’un effondrement total de l’Etat sahélien est aussi peu probable que celle d’une stabilisation. Ce qui s’installe, c’est une souveraineté à géométrie variable, où l’État subsiste comme enveloppe formelle — siège à l’Onu, drapeau, monnaie — pendant que le territoire réel est administré par une mosaïque d’acteurs. Groupes armés, milices ethniques tiennent les axes routiers, juntes militaires dans les capitales, compagnies étrangères dans les périmètres miniers. Chacun prélève, chacun protège, chacun gouverne à sa manière. C’est un ordre parallèle, fonctionnel et durable, précisément parce qu’il rend services là où l’État a failli.

Ce qui s’installe, c’est la privatisation de la souveraineté sur le monopole public de la contrainte, de l’impôt, de la justice et de la protection qui se disperse entre entrepreneurs de guerre, milices identitaires, compagnies étrangères, réseaux criminels et appareils militaires concurrents.

L’Alliance des États du Sahel — Mali, Burkina, Niger — est moins une construction politique qu’une posture anticoloniale commune. Les juntes partagent un discours, pas une vision. Elles se heurtent aux mêmes contraintes structurelles que les régimes qu’elles ont renversés, sans l’aide internationale qui en masquait la fragilité, ni la légitimité démocratique qui en différait l’implosion. Africa Corps ne peut pas remplacer un État. L’or malien et l’uranium nigérien financeront un temps les appareils sécuritaires, pas le développement. D’ici 2028-2030, ces régimes auront soit négocié un retour partiel à une légitimité civile, soit sombré dans une violence interne que leurs propres armées ne maîtriseront plus.

Le vrai basculement géopolitique ne viendra pas du Mali ou du Burkina mais du Sénégal, du Ghana et surtout de la Côte d’Ivoire. Ces États ont servi de contre-exemples, de preuves que la gouvernance pouvait fonctionner en Afrique de l’Ouest. Leur déstabilisation partielle — déjà engagée dans leurs régions septentrionales — invaliderait définitivement le paradigme du développement par la gouvernance, promu depuis trente ans par les institutions de Bretton Woods.

Si un scénario mérite d’être qualifié de systémique, c’est la décomposition partielle du Nigéria. Avec une économie déjà sous pression, un Nord-Est en guerre depuis quinze ans et une fédération dont les lignes de fracture ethniques et religieuses n’ont jamais été véritablement suturées, le Nigéria n’est pas un État fragile au sens conventionnel — c’est un agrégat sous tension dont la rupture provoquerait un déversement humain sans équivalent dans l’histoire africaine contemporaine.

Le Soudan et la Somalie sont l’exemple de ce que devient un territoire quand l’État a définitivement cessé d’être le cadre de référence des populations. Deux géographies distinctes, deux trajectoires différentes, une même conclusion, l’irréversibilité à court terme.

Dans ce contexte, la stabilisation durable au Sahel est improbable avant plusieurs décennies.

Enfin, le Sahel révèle ce que devient le monde lorsque l’État cesse de protéger et d’unir, une souveraineté de façade, livrée aux milices, aux trafiquants et aux puissances extérieures. Ce naufrage est l’échec d’États sans contrat social, sans justice et sans enracinement. Le choix est entre la reconstruction patiente d’États légitimes, capables de rendre justice et de protéger les peuples, ou l’acceptation d’un monde où la peur remplacera la loi, où les milices remplaceront les institutions, et où la souveraineté ne sera plus qu’un mot imprimé sur des cartes.

* Economiste, banquier et financier.

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Abdelwahab Doukkali | Le Maghreb perd une voix, une élégance…

La disparition de Abdelwahab Doukkali, annoncée vendredi 8 mai 2026 à Casablanca à l’âge de 85 ans, dépasse le simple fait culturel. Avec lui s’éteint l’un des derniers grands représentants d’une génération d’artistes qui avaient donné à la chanson maghrébine sa profondeur, sa retenue et sa dignité esthétique.

Dans le monde arabe, certaines voix finissent par devenir des repères intimes. Elles traversent les décennies sans perdre leur force parce qu’elles accompagnent les existences autant qu’elles habitent la mémoire collective. Celle de Doukkali appartenait à cette catégorie rare.

Depuis la fin des années 1950, le musicien marocain avait construit une œuvre singulière, loin des logiques de mode et des emballements médiatiques. Chanteur, compositeur, interprète et joueur de oud, il imposait une présence artistique fondée sur la sobriété et l’émotion juste. Chez lui, rien ne semblait fabriqué. La musique avançait avec lenteur, presque avec gravité.

Des titres comme ‘‘Mersoul El Hob’’, ‘‘Ma Ana Illa Bachar’’, ‘‘Kan Ya Ma Kan’’ ou ‘‘Aghar Alayk’’ ont traversé les générations et les frontières. Ils racontaient les fragilités humaines sans excès, avec cette mélancolie discrète qui caractérise les grandes œuvres populaires. Sa chanson ‘‘Souk Al Bachariya’’, récompensée au Festival du Caire en 1997, reste l’un des symboles de cette capacité à mêler poésie, critique sociale et exigence musicale.

Mais l’importance de Doukkali ne résidait pas uniquement dans son répertoire. Elle tenait aussi à ce qu’il représentait culturellement : une fidélité à l’idée d’un art noble, travaillé, respectueux de son public et de sa langue musicale. À une époque dominée par l’immédiateté et la consommation rapide, il incarnait encore la patience des œuvres construites pour durer.

Le Maroc perd aujourd’hui un monument culturel. Le Maghreb, lui, voit disparaître une partie de sa mémoire sentimentale. Car les chansons de Doukkali ont vécu dans les maisons populaires, les radios anciennes, les cafés, les fêtes familiales et les longues nostalgies nocturnes de plusieurs générations.

Sa mort résonne enfin comme le signe d’une transition culturelle plus profonde : celle de l’effacement progressif des grandes figures qui avaient façonné l’âge classique de la chanson arabe moderne.

Il restera pourtant cette voix reconnaissable entre toutes. Une voix qui n’avait pas besoin de crier pour bouleverser.

Djamal Guettala 

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Colloque à Sousse | Pouvoirs et développement en Afrique

A l’initiative de l’Université de Sousse, et en collaboration avec le Centre d’études africaines de l’Université de Porto (Ceaup) et l’Institut d’études orientales de Moscou, la Faculté de droit et des sciences politiques de Sousse (FDSPS) ont organisé, les 5 et 6 mai 2026, un colloque international intitulé «Gouvernement central, autorités locales et développement en Afrique».

Adel Ben Youssef *

Cette rencontre intellectuelle vise à explorer les dynamiques entre les instances gouvernementales centrales et locales, ainsi que leur impact sur le développement socio-économique et culturel du continent africain.

Elle a réuni une trentaine de spécialistes venus de 10 pays, considérés comme des amis et partenaires de la Tunisie, pour débattre de thématiques et de problématiques en lien avec une question majeure pour le continent africain et au-delà : la relation entre gouvernance et développement.

Les étudiants en master et doctorat, issus des diverses disciplines enseignées dans cette institution qui célèbre cette année ses 40 ans (droit privé, droit public, sciences politiques ou études de genre) ont répondu présents. Ils se sont illustrés par leurs interventions pertinentes à l’issue des présentations, ainsi que lors des séances plénières et de clôture, apportant une contribution riche au succès du colloque.

Interactions entre États et sociétés civiles

Depuis les années 1990, bon nombre de pays africains ont engagé des réformes administratives, influencées par les dynamiques régionales et internationales. Ces politiques innovantes, s’inscrivant dans un mouvement global, ont profondément transformé l’équilibre entre les centres de pouvoir et redéfini les interactions entre les États et leurs sociétés civiles.

Des spécialistes (juristes, anthropologues, historiens, politologues et sociolinguistes) se sont penchés sur ces évolutions, analysant les mutations qu’elles ont entraînées.

Leur travail met en lumière de nouvelles formes de compétition pour le pouvoir et l’accès aux ressources, tout en explorant l’émergence de dynamiques inédites favorisant la convergence entre communautés et citoyenneté. Une analyse comparative avec l’histoire de la décentralisation en Europe, notamment depuis la révolution industrielle, offre un regard enrichissant sur les relations entre pouvoir central et pouvoir local.

La conférence a examiné les dynamiques historiques des États africains et leurs interactions avec des sociétés en constante évolution.

Des thématiques d’une grande richesse et des problématiques captivantes ont animé des échanges fructueux entre chercheurs africains et européens.

Au cours de deux journées intenses, une trentaine de conférenciers ont exploré dix grands axes liés à la décentralisation et ses multiples répercussions en Afrique. Les débats ont porté sur des questions variées, telles que la résistance face à la décentralisation, les défis spécifiques aux systèmes fédéraux, les relations entre pouvoirs centralisés et autonomies régionales, la participation politique à travers les partis, le parlementarisme et les collectivités locales.

Construction de l’État et de la nation

D’autres sujets importants incluaient la construction de l’État et de la nation dans un cadre historique propre à l’Afrique, ainsi que l’influence des langues et des politiques linguistiques sur l’unité territoriale.

Ont également été abordés le rôle des minorités, les enjeux liés au régionalisme ou au clanisme ethnique, l’impact des investissements étrangers sur le développement local et les systèmes fiscaux, ainsi que le rôle stratégique des forces armées dans la consolidation étatique en Afrique.

Pendant la séance de clôture, le Professeur Maciel Morais Santos, spécialiste en histoire contemporaine et directeur du Ceaup, a souligné quatre points essentiels : l’importance d’une approche interdisciplinaire pour aborder les thématiques évoquées par les intervenants au colloque, l’émergence de nouvelles perspectives pour le continent africain, la publication par le Ceaup des actes du colloque sous forme d’un ouvrage scientifique référencé, ainsi que la création de réseaux de recherche destinés à encourager de futurs projets de coopération entre le Nord et le Sud.

Dans ce sens, il a parlé d’un projet d’accord cadre de convention bilatérale entre l’université de Sousse, la FDSP et le Ceaup a été élaboré en vue de le signer après l’approbation officielle des autorités de tutelle, à Tunis et Porto.

La cinquième conférence se tiendra en Ethiopie zen septembre 2028 et c’est le professeur éthiopien Aron Tesfaye (présent à Sousse) qui a été chargé d’en assurer la coordination avec l’Institut d’études de paix et de sécurité à l’Université d’Addis-Abeba.

* Université de Sousse.

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Tahar Bekri remonte à rebours le fleuve du temps

Après ‘‘Le battement des années’’ et ‘‘Mon pays, le braise et la brûlure’’, ses deux derniers recueils de poésie, publiés en 2025, Tahar Bekri surprend ses lecteurs avec la parution de son premier récit, ‘‘Je te revois, père’’, tournant le dos aux versets et à l’univers cristallisé de la strophe, au profit d’une narration fluide, dense et assurée.

Salah El Gharbi *

Ainsi, affranchi des contraintes formelles, mais toujours tourmenté par le temps qui passe, il se décide à poursuivre sa quête, en remontant «à rebours», le fleuve du temps, l’occasion de renouer le lien avec les siens, ces êtres chers qui lui ont donné la vie, tout en chantant la terre qui l’avait vu naître.

Néanmoins, et alors que dans ‘‘Le battement des années’’, l’évocation des vieux souvenirs de ses années parisiennes et de ses séjours bretons est, souvent, veloutée et chatoyante, dans ‘‘Je te revois mon père’’, les réminiscences, quant à elles, charrient un profond chagrin, doublé d’un pénible et douloureux sentiment de nostalgie, ce qui affuble le texte d’une tonalité assez grave, accentuée par une mélodieuse tristesse.

Ainsi, dans ce nouvel ouvrage qui se présente sous la forme d’une triade, notre narrateur-poète, l’armure fendue, donne libre cours à ses émois, sans pour autant cesser d’être, à la fois, tendre et lucide, cherchant à partager avec le lecteur le bilan d’une destinée assez mouvementée.

En fait, le récit comporte trois unités narratives. La première, qui occupe les trois-quarts du récit, est consacrée au souvenir du père, cette figure centrale qui avait marqué la jeunesse du narrateur. ‘‘Conte de l’oiseau vert’’ et ‘‘Ô mère’’, deux courts récits, comportent, quant à eux, deux vibrants hommages rendus aussi bien à la mère, partie très tôt, emportée par la maladie, qu’à la terre qui avait vu naître le narrateur.

Sous le signe de la nostalgie

Dans l’ensemble, même si les trois récits apparaissent sous le signe de la nostalgie, et même si, dans le premier récit, la voix est entachée d’amertume, le ton reste mesuré, attendri et indulgent. Certes, dans cette séquence, on est plongé dans un univers, à la fois, nourri de tension et miné par une sorte de méfiance qui cache mal une tendresse mal assumée. Pourtant, le narrateur ne manifeste ni rancœur, ni aigreur. Ainsi, au-delà des douloureux souvenirs, pour lui, le père reste un repère. C’est dans le regard de cet homme austère et taciturne qu’il se mesure et c’est dans sa parole, aussi retenue et aussi lapidaire fût-elle, qu’il apprend à s’affirmer.       

Dans le récit, la rigidité de l’autorité paternelle est dédramatisée. Non seulement, elle ne parvient pas à freiner l’épanouissement du «je», cette situation de tension permanente à laquelle il était soumis lequel, ne fait que le rendre encore plus résilient, déterminé à se frayer, seul, un chemin vers la réussite, résolu à ne pas décevoir son père.

Avec la deuxième séquence du livre, loin du ton de la confidence, le narrateur nous invite à partager l’odyssée du jeune Lucien qui, comme Ulysse, son paronyme, fait un long voyage et rentre chez lui, après une longue absence, retrouver les siens.  Et, aussitôt, le récit du jeune homme rentant au bercail, foulant le sol natal, va être le prétexte à une émouvante déclaration d’amour dédiée à Gabès, cette «merveille du monde…», ce «paradis sur terre».

Libérer la parole prisonnière

‘‘Je te revois père’’ est un récit qui se transforme en une sorte d’hymne chantant le souvenir aussi bien du père, de la mère et de la ville natale, comme si à travers cette sorte de trinité, il cherchait à libérer celle parole prisonnière qui devait l’irritait.

Le récit-chant semble répondre à une triple urgence. Pour le narrateur-poète, Il s’agit, à la fois, de revisiter le passé, de témoigner et de faire le bilan d’un parcours atypique.À travers ces pérégrinations dans le temps, c’est le bilan d’une vie faite d’épreuves, de luttes et de défis, qui nous est raconté, mais aussi, le récit du murissement d’un tempérament, de l’éclosion d’une sensibilité et de la naissance d’une mélodieuse voix.

Au-delà de cette expérience poétique et humaine, on pourrait voir à travers ces tableaux vivants et émouvants, que Tahar Bekri nous peint dans ‘‘Je te revois père’’, le témoignage sur un moment crucial de l’histoire d’une jeune nation en gestation et nous fait entendre dans la complainte du «je», le cri d’une jeunesse assoiffée de liberté, luttant contre la rigidité de l’autorité paternelle et l’arrogance et le despotisme du pouvoir politique.  

* Essayiste.

‘Je te revois, père’’ de Tahar Bekri, Éditions Asmodée Edern, Bruxelles, 2026, 130 pages).

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Ridha Charfeddine condamné à 2 ans de prison

La chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a rendu hier, jeudi 7 mai 2026, un jugement condamnant l’ancien député (2014-2021) et homme d’affaires Ridha Charfeddine à deux ans de prison, rapporte Diwan FM.

Ce jugement fait suite à des poursuites pour délits bancaires et financiers, dans lesquelles l’ancien président de l’Etoile sportive du Sahal (ESS) était accusé d’avoir enfreint la législation régissant la réglementation financière et bancaire.

Il avait été condamné en appel, le 27 novembre 2025, à deux ans de prison dans le cadre de l’affaire du «complot contre la sûreté de l’État» après une condamnation à seize ans prononcée en première instance.

Pharmacien de formation, Ridha Charfeddine a fondé en 1989, le laboratoire pharmaceutique Unimed, basé à Kalaa Kebira. Sa carrière politique, démarrée au lendemain de la révolution de 2011 s’est terminée en queue de poisson après des passages par deux partis au pouvoir : Nidaa Tounes (2014-2019) et Qalb Tounes (2019-2020).

I. B.

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Les compléments alimentaires doivent être mieux contrôlés en Tunisie

La production et la consommation de compléments alimentaires ont connu une croissance rapide, notamment depuis la pandémie de Covid-19. Cette croissance n’a pas été suivie d’une évolution législative en Tunisie. Contrairement à la fabrication et à la distribution des produits pharmaceutiques, qui sont soumises à des lois et des contrôles stricts à toutes les étapes de la production et de la commercialisation, la Tunisie ne dispose actuellement d’aucune loi encadrant les compléments alimentaires, malgré leur lien direct avec la santé publique.

C’est ce qu’a déclaré le président du Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunis (Spot), lors de son audition par la Commission de la santé, des femmes, de la famille, des affaires sociales et des personnes handicapées, jeudi 7 mai 2026, à propos du projet de loi sur l’industrie des compléments alimentaires.

Le Spot soutient l’adoption d’une loi garantissant la qualité de ces produits et les soumettant à des contrôles rigoureux avant et après leur mise sur le marché. Ceci permettrait d’assurer la traçabilité des produits, de l’acquisition des matières premières à la consommation finale, et de procéder à un rappel immédiat en cas de besoin, a expliqué le président du Spot, ajoutant que le risque lié à une consommation excessive de compléments alimentaires varie selon la nature du complément, sa composition, sa concentration, la probabilité d’interactions entre ses composants et des médicaments ou autres substances, ainsi que son adéquation à l’état de santé de chaque consommateur.

Il est donc nécessaire de classer les compléments selon leur niveau de risque et d’appliquer à chaque type de complément des règles spécifiques concernant les conditions de fabrication, les circuits de distribution, le type de contrôle et l’autorité administrative et sanitaire compétente.

Dans ce contexte, les pharmaciens privés ont expliqué que les compléments alimentaires à haut risque, tels que ceux contenant des substances issues de plantes médicinales ou ceux ayant un effet physiologique avéré ou un risque d’interaction médicamenteuse, doivent être soumis à un système rigoureux similaire à celui appliqué aux médicaments. Leur fabrication doit respecter les meilleures pratiques et être réalisée dans des laboratoires scientifiques sous le contrôle des structures compétentes du ministère de la Santé, notamment l’Agence nationale des médicaments et des produits de santé, et sous la supervision d’un pharmacien chargé de garantir la conformité scientifique et sanitaire du produit, de vérifier l’innocuité de sa composition, de respecter les dosages et de mettre en place les dispositifs de traçabilité et de surveillance nécessaires pour assurer la qualité du produit et la sécurité du consommateur.

Le président du Spot a également souligné que ce type de complément alimentaire doit faire l’objet d’une autorisation de mise sur le marché renouvelable tous les trois ans, en tenant compte du respect de la législation par les entreprises de fabrication et de distribution, et en limitant sa commercialisation aux circuits de distribution contrôlés et réglementés, tels que les pharmacies et les établissements de santé agréés. Quant aux  compléments alimentaires présentant un risque limité, ils peuvent être vendus dans les commerces de détail ou les pharmacies.

Qu’ils soient destinés à la consommation humaine ou vétérinaire, les compléments alimentaires doivent être soumis à la même réglementation, étant donné que la santé humaine est liée à la santé animale et à l’intégrité de la chaîne alimentaire, ont-ils aussi souligné, en insistant pour que ce principe doit être pris en compte dans toutes les dispositions du projet de loi.

Au cours de la discussion, plusieurs participants ont constaté que le marché des compléments alimentaires en Tunisie est plongé dans un véritable chaos. Des substances ayant des effets directs sur la santé humaine et animale sont désormais vendues partout, y compris en ligne et sur les réseaux sociaux, sans aucun contrôle. La contrefaçon et la contrebande généralisées de ces produits aggravent les dangers et nécessitent une intervention législative décisive et urgente.

D’autres se sont interrogés sur les raisons du prix élevé des compléments alimentaires en Tunisie par rapport à des produits similaires dans d’autres pays. Et plaidé pour un renforcement des campagnes de sensibilisation aux risques de l’automédication et à la consommation dangereuse de compléments alimentaires, notamment ceux utilisés par les athlètes.

La plupart des compléments alimentaires en Tunisie sont commercialisés sans notice d’information médicale détaillée, privant ainsi les consommateurs d’informations essentielles, a fait remarquer un présent.

En réponse aux observations et aux questions des députés, les représentants syndicaux ont fait valoir que certains produits classés comme compléments alimentaires sont en réalité des médicaments à faible concentration. Cette pratique, courante chez certains fabricants, tire parti de l’écart entre le prix de certains médicaments et leur coût de production, et explique en partie le prix élevé des compléments alimentaires.

Ils ont également exprimé leur satisfaction quant à l’initiative législative proposée, suggérant des améliorations par l’ajout de plusieurs propositions, notamment l’élargissement de son champ d’application afin d’y inclure à la fois les compléments alimentaires et vétérinaires, et l’établissement d’un système de classification des compléments alimentaires en fonction de leur niveau de risque. Ce système stipulerait que tout complément alimentaire contenant des effets physiologiques, des plantes médicinales ou des doses concentrées de vitamines ou de minéraux ne pourrait être fabriqué, formulé ou conditionné que dans des laboratoires agréés par le ministère de la Santé, sous la supervision technique d’un pharmacien et conformément aux bonnes pratiques de fabrication. De plus, leur commercialisation devrait être soumise à la même réglementation que celle applicable à la commercialisation des produits pharmaceutiques.

I ls ont également demandé la création d’un registre national des compléments alimentaires, recensant tous les produits et toutes les informations s’y rapportant, telles que leur composition, leur niveau de risque, leurs conditions de distribution et les mises en garde. De plus, ils ont stipulé que chaque étiquette de complément alimentaire devait comporter des informations précises et claires détaillant ses ingrédients, sa posologie, sa durée d’utilisation et les mises en garde nécessaires, tout en interdisant tout étiquetage ou publicité suggérant des propriétés thérapeutiques ou préventives.

I. B.

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Tunisie | Vers une révision de la loi anti-stupéfiant

La toxicomanie est classée comme une maladie selon les approches médicales modernes et les accords internationaux pertinents, et les peines de prison à elles seules ne constituent pas une solution efficace pour réduire le phénomène, en particulier pour les consommateurs et les toxicomanes qui souhaitent être soignés.

C’est ce qu’ont souligné des représentants du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (Cnop) et du Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (Spot), lors de leur audition par la Commission de la législation générale, jeudi 7 mai 2026. La session était consacrée à la discussion du projet de loi visant à modifier la loi n° 52 de 1992 du 18 mai 1992 relative à la lutte contre les infractions liées aux stupéfiants.

Les représentants du secteur pharmaceutique ont appelé à une nouvelle réduction des peines d’emprisonnement pour les consommateurs et une aggravation des sanctions pour les dealers en bandes organisées.

Le cadre juridique actuel ne protège pas les pharmaciens

Les pharmaciens ont également abordé le développement rapide des drogues de synthèse et la difficulté de détecter certaines d’entre elles par les tests traditionnels, tout en mettant en garde contre l’usage illicite de certaines drogues aux propriétés addictives et en plaidant pour un contrôle plus strict de leur distribution ainsi que pour la mise à jour des listes de stupéfiants et de substances toxiques afin de suivre l’évolution des modes de consommation.

Examinant le cadre juridique actuel, les présents ont souligné la nécessité de modifier la loi n° 54 de 1969 relative à la réglementation des substances toxiques, compte tenu de son inadéquation avec l’évolution du phénomène et des problèmes pratiques qu’elle engendre, d’autant qu’elle ne fait pas bénéficier les pharmaciens d’une protection juridique adéquate dans l’exercice de leur métier.

Les représentants du Cnop et du Spot ont, également, appelé à renforcer le système de prise en charge des addictions, à soutenir les centres spécialisés, à accroître leurs capacités et à impliquer les organisations de la société civile, tout en intégrant les dimensions psychologiques et sociales au processus de traitement.

Ils ont souligné le champ d’action limité des centres existants, spécialisés dans le traitement de la dépendance aux drogues de synthèse, excluant les drogues dures, et ont insisté sur les limites actuelles du système de santé face à l’ampleur et à la complexité croissantes du phénomène.

Tout en plaidant pour le renforcement des programmes de prévention au sein des établissements scolaires, les pharmaciens ont insisté sur la nécessité de distinguer consommateurs et trafiquants, d’adopter une approche progressive et de réévaluer l’efficacité des peines d’emprisonnement pour les consommateurs.

La réforme législative devrait reposer selon eux sur un diagnostic réaliste et précis du phénomène et s’appuyer sur des expériences comparatives ayant fait leurs preuves dans d’autres pays.

Les pharmaciens pour un contrôle plus strict de la délivrance des ordonnances

Les représentants des ordres professionnels de pharmaciens ont formulé plusieurs observations concernant différents aspects du projet de loi, insistant sur la nécessité de les revoir, notamment le dépistage obligatoire, qu’ils jugent attentatoire à la vie privée et qui empêche de détecter la consommation de certains types de drogues. Ils ont suggéré de prévoir la possibilité de recourir volontairement à un traitement à plusieurs reprises, compte tenu du faible taux de guérison de la toxicomanie.

Concernant la prolifération de certains stupéfiants, les présents ont confirmé que certains sont d’origine inconnue, tandis que d’autres sont délivrés sur présentation d’un certificat médical, expliquant que certaines personnes ont recours à la fraude en se procurant ces médicaments dans différentes pharmacies grâce à de multiples ordonnances obtenues auprès de médecins privés et d’hôpitaux publics. Pour faire face à ces abus, il convient de numériser la délivrance des médicaments dans les pharmacies publiques et privées, ont insisté les pharmaciens, en appelant à un contrôle plus strict des ventes de médicaments via les réseaux sociaux et en mettant en garde contre la diffusion de drogues dangereuses par ces canaux.

Les législateurs pour une approche plus dissuasive

Lors du débat, plusieurs parlementaires ont expliqué que le maintien des peines d’emprisonnement pour les consommateurs de drogue et l’alourdissement des sanctions visent à dissuader et à réduire la propagation du phénomène au sein des établissements scolaires et des quartiers résidentiels. Ils ont souligné la gravité de la consommation de drogue chez les enfants, les jeunes et les étudiants, ainsi que la présence croissante de réseaux de trafic à proximité des établissements scolaires et des zones résidentielles, ce qui menace désormais la sécurité sociale et la stabilité familiale. Selon eux, cela exige une approche dissuasive plus rigoureuse, fondée sur des peines plus sévères pour les trafiquants et le démantèlement des réseaux criminels à l’origine de la diffusion de ces substances. Ils ont insisté sur le fait que la clémence envers les consommateurs de drogue pourrait contribuer à élargir le cercle de la dépendance et à aggraver le phénomène sur les plans social et sécuritaire.

À l’inverse, plusieurs parlementaires ont plaidé pour une approche thérapeutique axée sur la santé, considérant le consommateur comme une victime ou un patient ayant besoin de soutien et de soins plutôt que de sanction.

Des députés ont également demandé la création de centres régionaux spécialisés dans le traitement des addictions et offrant un soutien psychologique et social aux personnes dépendantes, dotés d’un personnel médical et paramédical qualifié.

Ils ont par ailleurs exhorté les organisations professionnelles de pharmaciens à soutenir les programmes de prévention et de sensibilisation au sein des établissements scolaires, des centres de jeunesse et des infrastructures sportives et culturelles.

L’importance pour les différentes institutions étatiques de jouer pleinement leur rôle dans la lutte contre ce phénomène a également été soulignée, notamment par la coordination des efforts entre les secteurs de la sécurité, de la santé, de l’éducation, du social et de la culture, et par l’adoption d’une approche globale visant à réduire la consommation de drogues et à prévenir ses dangers.

À l’issue de la session, il a été rappelé que la lutte contre le phénomène de la drogue ne se limite pas à une approche purement juridique et judiciaire, mais requiert une approche globale s’inscrivant dans une vision réformiste axée sur la prévention, le traitement, la dissuasion et la sanction, en s’appuyant sur diverses approches et expériences comparatives.

I. B.

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Céréales | La Tunisie prévoit une récolte de 20 millions de quintaux

Selon Rabaa Ben Salah, responsable des Grandes cultures au ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, la campagne céréalière 2025-2026 est prometteuse avec une production supérieure à celle de la campagne précédente, dépassant les 20 millions de quintaux.

La superficie récoltable est estimée à environ 950 000 hectares sur une superficie cultivée totale de 991 000 hectares, a-t-elle aussi indiqué lors d’une journée d’information organisée par la Direction générale de la production agricole, consacrée à la promotion de la campagne de modernisation du matériel de récolte et de prévention des incendies dans les champs de céréales,

Ces projections reposent sur des conditions climatiques favorables, caractérisées par une bonne répartition des précipitations et l’absence de sécheresse significative. Ces conditions ont eu un impact positif sur la croissance des cultures dans diverses zones de production, malgré quelques dégâts limités qui n’ont pas affecté de manière significative les prévisions globales de la campagne, a précisé Mme Ben Salah.

La superficie ensemencée en céréales a atteint environ 971 000 hectares, soit 87 % du programme prévu. La majeure partie de cette superficie, soit environ 834 000 hectares, est concentrée dans les gouvernorats du nord, contre 137 000 hectares dans les régions du centre et du sud.

Ces surfaces sont réparties entre le blé dur (533 000 hectares), l’orge (400 000 hectares), le blé tendre (49 000 hectares) et le triticale (9 000 hectares).

La première évaluation de l’état général des cultures montre que 70 % des surfaces sont en bon état, 25 % en état moyen et 5 % en dessous de la moyenne, avec des rendements élevés enregistrés dans plusieurs régions, a encore indiqué Mme Ben Salah, ajoutant que les quelque 74 000 hectares de terres irrigables n’ont pas nécessité d’irrigation intensive, grâce à des précipitations suffisantes.

Il faut dire que le taux de remplissage des barrages a atteint environ 68 %, un niveau jugé relativement satisfaisant et favorable à la stabilité des cultures d’été à venir, a expliqué la responsable, ajoutant que certaines zones cultivées ont subi des dégâts plus ou moins importants, principalement dus à l’engorgement des sols, qui a touché certaines régions, notamment les gouvernorats de Bizerte et de Nabeul.

Ces dégâts ont été aggravés par des orages de grêle localisés dans plusieurs zones des gouvernorats de Siliana, de Kef et de Kasserine, ainsi que par des pressions climatiques liées à la sécheresse dans certaines régions, comme le gouvernorat de Kairouan.

Concernant les préparatifs de la saison des récoltes, elle a confirmé le lancement des opérations de préparation des zones entourant les exploitations céréalières, notamment le nettoyage des bords de route et des pistes agricoles, en coordination avec le ministère de l’Équipement et de l’Habitat, dans le cadre des mesures de prévention des incendies.

Elle a également mentionné le lancement d’un programme de modernisation du parc de machines agricoles, portant sur environ 2 750 machines, dont un millier sont en bon état de fonctionnement, les autres nécessitant des travaux d’entretien supplémentaires pour garantir leur disponibilité.

Mme Ben Salah a indiqué que le processus de certification des centres de collecte des céréales est en cours et a exhorté tous les acteurs concernés à accélérer la modernisation de ces centres.

Elle a ajouté que des laboratoires d’analyse des céréales sont mis en place suite à des visites sur le terrain en vue de la certification.

Par ailleurs, les besoins en matières premières pour la saison ont été estimés à environ 15 000 tonnes, réparties entre 4 500 tonnes pour la paille et 10 500 tonnes pour le foin, en coordination avec le ministère de l’Industrie afin de garantir ces quantités.

Le Programme national de modification des machines agricoles et de prévention des incendies s’inscrit dans un plan de pilotage participatif élaboré depuis octobre 2025 lors d’ateliers régionaux réunissant divers acteurs du secteur. Ce travail a permis la mise en place d’un programme complet de journées d’information couvrant toutes les étapes de la production céréalière.

D’après Tap.

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Iran | Babak Zanjani, le «Basij économique»

Des couloirs de la mort au monde des cryptomonnaies. Tel est le destin romanesque de l’homme d’affaires et intermédiaire iranien Babak Morteza Zanjani qui s’est imposé comme une figure de proue des efforts déployés par l’Iran pour contourner les sanctions et ce, malgré sa condamnation à mort il y a dix ans. L’intermédiaire jongle avec maestria dans le monde des cryptomonnaies et c’est ce qui lui a permis de retrouver sa liberté à tel enseigne qu’il pourrait écrire le ‘‘Dictionnaire amoureux des cryptomonnaies’’ ! 

Imed Bahri

Selon une récente enquête du Wall Street Journal (WSJ), le département du Trésor américain a imposé à Zanjani des sanctions en janvier 2026, ajoutant que deux plateformes d’échange de cryptomonnaies qui lui sont liées –Zedcex et Zedxion– ont traité plus de 94 milliards de dollars de transactions depuis 2022, y compris des transactions pour des portefeuilles liés au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Pour sa part, Zanjani nie ces accusations. 

Le département du Trésor a également qualifié ces plateformes d’«avoirs terroristes» et a déclaré que Zanjani s’était livré à du blanchiment d’argent et avait financé des projets du CGRI.

Le «soldat économique» du régime iranien

Zanjani s’est exprimé publiquement sur les réseaux sociaux et lors d’interviews concernant son rôle dans le contournement des sanctions occidentales par l’Iran, se décrivant lui-même comme un «soldat économique» du régime. Il a récemment déclaré sur la plateforme X : «Même une petite structure économique est plus puissante que n’importe quel navire de guerre. Il est clair aujourd’hui que développer une économie peut placer un pays au même niveau qu’une superpuissance».

Sollicité par le WSJ, Zanjani a nié avoir utilisé des plateformes de cryptomonnaies pour transférer des fonds aux Gardiens de la révolution, qualifiant l’information de fausse. 

Un homme parti de rien et devenu très riche

L’histoire de Zanjani est celle d’un homme parti de rien et devenu riche, ayant amassé une fortune en tant qu’intermédiaire avisé pour un régime iranien sous pression. Puis, il est tombé en disgrâce, avant de réapparaître l’année dernière comme si de rien n’était.

Né dans une famille ouvrière du sud de Téhéran, il a gagné ses premiers revenus en vendant des bijoux au Bazar, selon une interview accordée au journal Aseman en 2013. Il a ensuite travaillé comme chauffeur pour le gouverneur de la banque centrale et s’est lancé dans le trading de devises, gagnant jusqu’à 17 000 dollars par jour grâce aux écarts de prix entre le marché officiel et le marché parallèle.

Zanjani a ensuite fondé une société d’import-export, exportant notamment des peaux de mouton vers la Turquie. Il a déclaré avoir utilisé ses relations internationales pour conclure des contrats pétroliers d’une valeur allant jusqu’à 90 millions de dollars pour Khatam Al-Anbiya, la holding des Gardiens de la révolution. Ses compétences ont attiré l’attention du patron de la holding Rostam Ghasemi qui devint plus tard ministre du Pétrole sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad.

Zanjani est rapidement devenu le chef du plus important réseau de blanchiment d’argent connu de l’histoire moderne de l’Iran, injectant des milliards de dollars dont le pays avait désespérément besoin dans son système bancaire en difficulté. Avant ses 40 ans, il contrôlait un réseau d’une soixantaine de sociétés, dont des banques, des compagnies aériennes et des entreprises de cosmétiques, dont beaucoup servaient de façade pour dissimuler les flux financiers et pétroliers.

Babak Zanjani pendant son procès pour corruption à Téhéran en mars 2016.

Son travail, contourner les sanctions

En 2013, il a déclaré : «C’est mon travail: contourner les sanctions! J’ai travaillé pour le pays».

Bien qu’il n’ait jamais servi dans l’armée, il a tissé des liens étroits avec les Gardiens de la révolution, se présentant comme un «Basij économique», en référence à la milice de volontaires organiquement rattachée aux Gardiens.

Au plus fort de ses activités, il vendait du pétrole via l’île malaisienne de Labuan, un paradis fiscal, où des navires iraniens transbordaient le pétrole sur des pétroliers affrétés par des sociétés écrans battant pavillon étranger. Il a également acquis des participations majoritaires dans une banque malaisienne et créé une banque au Tadjikistan, selon le département du Trésor américain. Ces banques ont facilité le transfert de fonds vers la Turquie, où ils étaient convertis en or puis introduits clandestinement en Iran.

Dans un pays où la corruption est endémique mais où l’étalage de richesse est mal vu, Zanjani a suscité l’indignation en apparaissant dans les médias avec des montres Rolex, au volant de voitures de luxe et utilisant un jet privé, tout en profitant des sanctions qui pesaient sur les Iraniens ordinaires. L’Union européenne lui a imposé des sanctions en 2012, suivie par les États-Unis en 2013.

Pourtant, il a également suscité une certaine admiration. En 2013, les lecteurs de deux journaux iraniens l’ont classé troisième dans leur sondage «Personnalité de l’année», après le président Hassan Rouhani et son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif.

Plus tard cette année-là, après l’élection de Rouhani sur un programme anticorruption, Zanjani a été arrêté pour avoir prétendument détourné 2,7 milliards de dollars de fonds publics. Zanjani a affirmé que les sanctions internationales empêchaient le remboursement de cet argent. En 2016, il a été condamné à mort pour «corruption sur terre», une accusation rarement utilisée dans les affaires financières.

En 2024, la justice a commué sa peine de mort en 20 ans de prison, en raison de sa coopération au recouvrement des avoirs. Cette décision est intervenue alors que l’Iran se préparait à l’éventualité d’un retour au pouvoir de Trump et du rétablissement des sanctions européennes. À peu près au même moment, la propriété de son groupe Surent a été transférée à la Compagnie nationale iranienne du pétrole, selon des documents obtenus par Kharon Securities. Il a été libéré l’année suivante.

Les plateformes de cryptomonnaie de Zanjani ont permis à l’Iran de continuer à soutenir des milices à l’étranger, facilitant des transferts de plus de 10 millions de dollars à un homme d’affaires yéménite sous sanctions américaines afin de financer un réseau de contrebande pour les Houthis, selon TRM Labs.

Parmi les sommes importantes traitées, la société a suivi près d’un milliard de dollars entre 2024 et 2025, en plus de montants plus modestes en 2023, dont environ 56% étaient liés au CGRI.

La plateforme Zedxion a été enregistrée en 2021 à une adresse du centre de Londres au nom de Zanjani (utilisant son deuxième prénom Morteza) et Zedcex a été enregistrée à la même adresse en 2022. Ces dates suggèrent qu’il aurait pu travailler pour le régime depuis sa prison, bien que les flux financiers aient été limités jusqu’en 2024. Suite à l’imposition de sanctions, les autorités britanniques ont entamé une procédure de dissolution des deux sociétés.

Il faut des Zanjani pour briser le blocus

L’utilisation des cryptomonnaies par l’Iran illustre l’évolution des sanctions, selon Afshon Ostovar, spécialiste des Gardiens de la révolution. Il explique que la complexité de l’empire militaro-économique iranien permet au régime de s’adapter aux pressions extérieures. «Il est donc difficile de renverser le régime car il ne s’agit pas d’une simple personne ou d’un groupe d’officiers mais d’un réseau complexe d’individus, d’institutions, de comptes, de partenaires et de portefeuilles numériques», ajoute-t-il.

Ces derniers mois, Zanjani a refait surface, affichant ses transactions sur les réseaux sociaux, une pratique rare pour les personnalités fidèles au régime. Il a également critiqué les «systèmes parallèles» en Iran, les accusant de ne pas comprendre la situation des manifestants et a dénoncé les restrictions d’accès à Internet.

Ses activités ne se limitent pas aux cryptomonnaies. Quelques mois après sa libération, il a annoncé un contrat de 800 millions de dollars avec la compagnie ferroviaire nationale, le qualifiant de «plus important investissement du secteur privé de l’histoire des chemins de fer iraniens».

Sa nouvelle entreprise, DotOne, opère dans les secteurs des cryptomonnaies, de la logistique, des transports, de l’aviation et des télécommunications, et possède des filiales à Dubaï, notamment une société d’investissement et un service de taxis.

Malgré ses désaccords passés avec le régime, les analystes estiment que sa libération confirme son importance pour l’Iran, en particulier compte tenu des pressions économiques exercées par les États-Unis et Israël.

«Il faut des gens comme Zanjani pour briser le blocus», a déclaré le politologue italien Emanuele Ottolenghi. Il a ajouté: «Avoir quelqu’un qui possède ces compétences et cette capacité d’adaptation aux nouvelles technologies est judicieux. C’est pourquoi ils l’ont fait sortir de prison».

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Tunisie | Ennahdha, Gramsci et la démocratie perdue

Il fallait oser le titre : ‘‘Rethinking Islamic Politics in Tunisia. Rethinking’’ — repenser. Comme si on avait déjà pensé correctement une première fois. C’est là, peut-être, le premier aveu implicite d’un ouvrage académique qui mérite qu’on s’y arrête sérieusement, tant il éclaire, avec une rigueur gramscienne inattendue, les ruines politiques que la Tunisie contemple aujourd’hui avec une résignation de plus en plus institutionnalisée.

Moktar Lamari *

Fabio Merone et Francesco Cavatorta, dans cet essai publié en 2025 chez I.B. Tauris, font le pari intellectuel audacieux de traiter l’islamisme et le salafisme non pas comme deux phénomènes distincts et antagonistes, mais comme les deux faces d’une même médaille : celle d’un projet contre-hégémonique cherchant à remodeler la société tunisienne de l’intérieur.

Leur outil d’analyse ? Antonio Gramsci — oui, le penseur marxiste italien — mobilisé ici pour décrypter non pas la lutte des classes à Turin, mais la da’wa à Tunis. L’histoire intellectuelle a décidément le sens du paradoxe.

La da’wa comme stratégie, pas comme foi

Le concept central du livre est limpide et dérangeant à la fois : la da’wa — l’appel à l’islam, la prédication religieuse et sociale — n’est pas une affaire de spiritualité débordant généreusement sur la politique. C’est, selon les auteurs, le mécanisme politique par excellence.

Gramsci l’aurait formulé ainsi : la politique est la réalisation en pratique d’une vision idéologique du monde. Al-Nahdha, dès ses origines dans les années 1970, l’avait compris avant tout le monde — et avant même d’avoir lu Gramsci, ce qui est d’autant plus remarquable.

Le Mouvement de tendance islamiste (MTI) qui allait devenir Ennahdha s’est construit en trois phases soigneusement décrites dans l’ouvrage : d’abord, l’élaboration d’un discours alternatif face aux défis de la modernité tunisienne des années 1970 ; ensuite, la mobilisation socioreligieuse comme levier d’organisation populaire ; enfin, la structuration en organisation politico-religieuse.

Un édifice patient, méthodique, érigé sur des décennies de prédication de quartier, de cercles d’étude, de réseaux de solidarité — pendant que Bourguiba et Ben Ali jouaient les architectes d’un modernisme imposé par décret.

Ce modèle gramscien de la guerre de position — occuper lentement la société civile avant de prendre le pouvoir politique — a fonctionné remarquablement bien… jusqu’au moment où il a trop bien fonctionné.

2011 : le triomphe qui précède la chute

La révolution de 2011 ouvre les vannes. Ennahdha sort des prisons et de l’exil, remporte les premières élections libres de l’histoire tunisienne, entre au gouvernement. Victoire totale. Et c’est précisément là que le projet commence à se fissurer de l’intérieur.

Les auteurs identifient une tension fondamentale, longtemps contenue par la répression, qui éclate au grand jour : la direction du mouvement veut la participation institutionnelle, la gestion du pouvoir, la respectabilité démocratique. La base militante, elle, veut continuer la da’wa, transformer la société, concrétiser l’idéologie. Deux légitimités, deux temporalités, deux projets — dans le même parti.

La décision de 2016 tranche le nœud gordien de la pire façon qui soit : Ennahdha se déclare parti de «démocrates musulmans», abandonne officiellement toute mobilisation socioreligieuse et se repositionne comme force de gestion libérale du pouvoir. Les auteurs qualifient ce tournant de «post-islamiste» et «post-idéologique». On pourrait aussi l’appeler, avec moins de ménagement, une capitulation idéologique habillée en maturité politique.

Ansar Al-Charia : le monstre enfanté par Ennahdha

Le parti qui voulait transformer la société devient un parti qui gère des coalitions et courtise les hommes d’affaires. Rien d’islamique là-dedans, si ce n’est le nom.

Car dans le vide laissé par la social-islamisation progressive d’Ennahda, quelqu’un d’autre s’est engouffré. Ansar Al-Charia, mouvement salafiste radical, est l’enfant naturel non reconnu de ce désengagement.

Là où Ennahdha abandonnait la prédication pour les antichambres ministérielles, Ansar Al-Charia investissait les quartiers populaires de Tunis, de Sfax, des banlieues délaissées — avec des cercles d’étude, des sermons, une présence concrète auprès des jeunes désenchantés que ni l’État ni le grand parti islamiste ne regardaient plus.

La dynamique est cruelle dans sa logique : plus Ennahdha se modérait, plus le salafisme radicalisait le terrain laissé vacant. Les auteurs font la comparaison avec les partis socialistes européens qui, en embrassant la social-démocratie institutionnelle, ont laissé le flanc gauche aux communistes puis aux mouvements radicaux. Histoire universelle de la modération qui crée ses propres monstres.

Ansar Al-Charia s’effondre après 2013, sous la répression consécutive aux assassinats politiques de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. Mais son passage laisse une empreinte profonde sur la psychologie collective tunisienne : la peur, la méfiance, la demande sécuritaire — autant de conditions favorables à ce qui allait suivre.

La démocratie comme victime collatérale

Le recenseur de l’ouvrage, Rory McCarthy, professeur à Durham, formule le verdict avec une précision clinique : la transition tunisienne a depuis sombré dans l’autoritarisme populiste. Les dirigeants pragmatiques d’Ennahdha qui avaient piloté le tournant post-idéologique sont aujourd’hui en prison — avec des dissidents de tout le spectre politique.

La démocratie que le parti avait érigée en objectif terminal de son existence était, ironiquement, la première à payer le prix de ses ambiguïtés.

Car c’est là l’enseignement le plus amer du livre : le projet islamiste tunisien a échoué non pas faute d’avoir voulu la démocratie, mais faute d’avoir su la défendre avec cohérence.

En abandonnant son ancrage social au profit d’une gestion politique de façade, Ennahdha a perdu à la fois sa légitimité idéologique et sa capacité de mobilisation. Et sans mobilisation populaire, aucune démocratie ne résiste longtemps à un pouvoir exécutif déterminé.

Le paradoxe est vertigineux : un mouvement né dans la résistance contre l’autoritarisme a finalement contribué, par son retrait idéologique et ses calculs tactiques, à créer les conditions de retour de cet autoritarisme qu’il combattait depuis cinquante ans.

Gramsci avait prévenu

Dans ses Cahiers de prison, Gramsci notait que la guerre de position exige une constance idéologique sans faille. Abandonner le terrain sociétal pour les délices du pouvoir institutionnel, c’est perdre la guerre en croyant gagner la bataille.

Ennahdha a gagné les élections de 2011. Ennahdha a perdu la Tunisie.

* Economiste universitaire.

« Rethinking Islamic Politics in Tunisia: A Gramscian Analysis », Merone F. et Cavatorta F., I.B. Tauris, Londres, 2026, 224 pages.

Blog de l’auteur.

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Economie tunisienne | Aram Belhadj prévoit «un été chaud»

Dans un commentaire Facebook posté mercredi 6 mai 2026, l’économiste Aram Belhadj prévoit «un été chaud», économiquement et socialement s’entend.

«Il est naturel que les taux d’inflation augmentent en Tunisie (et dans le monde), et ils devraient encore augmenter dans les prochains mois», écrit-il. Il explique : «Ce qui caractérise l’inflation dans notre pays, c’est la convergence de tous les facteurs qui influent sur les prix : la hausse des coûts de production, la création monétaire sans création de richesse, les augmentations de salaires sans augmentation de la productivité, les achats effectués à des prix mondiaux exorbitants et, enfin, la dépréciation du dinar (surtout par rapport à l’euro).»

Compte tenu de la situation actuelle et de nombreux rapports internationaux, l’économiste estime que sa prévision antérieure d’un été particulièrement chaud, sur les plans économique et social, restent valables «tant que tous les facteurs susmentionnés persisteront », et rien n’indique, pour le moment, qu’ils pourraient changer au cours des prochaines semaines.

Messieurs, dames, attachez vos ceintures ! Crash imminent !

I. B.

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