Le directeur général du Centre national de pharmacovigilance, Riadh Daghfous, a rassuré ce vendredi les Tunisiens concernant la situation sanitaire dans le pays, affirmant qu’aucun cas d’infection par le virus « Hantavirus » n’a été enregistré jusqu’à présent en Tunisie.
Il a indiqué qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter d’une éventuelle propagation de ce virus, apparu pour la première fois dans les années 1950, précisant qu’il s’agit d’un virus à multiples mutations. La transmission à l’homme se fait généralement par contact avec des rongeurs infectés, notamment via leurs déjections, leur urine ou leur salive, mais aussi par contact direct ou indirect. Elle peut également survenir par inhalation de particules contaminées, souvent dans des espaces clos ou mal ventilés. Plus rarement, la transmission peut se produire par morsures ou griffures de rongeurs.
Selon lui, les symptômes du hantavirus ressemblent à ceux de la grippe saisonnière, avec des douleurs à la tête, à l’abdomen et aux articulations, ainsi que de la fièvre. Toutefois, les complications peuvent être graves et toucher, selon certaines mutations du virus, les poumons ou les reins.
Il a précisé qu’il n’existe actuellement aucun traitement spécifique, les médicaments disponibles permettant uniquement de soulager les symptômes. Il n’existe pas non plus de vaccin efficace à ce jour, à l’exception de certains vaccins développés en Chine et en Corée du Sud, qui ne sont pas reconnus internationalement en raison d’une efficacité jugée insuffisante.
Enfin, il a souligné que l’infection peut être mortelle dans 35 à 50 % des cas, et que les chercheurs travaillent actuellement dans les laboratoires du monde entier sur le séquençage génétique afin de vérifier une éventuelle transmission interhumaine
Le virus Hantavirus reste entouré de nombreuses zones d’incertitude. À la date du 8 mai 2026, les autorités n’ont toujours pas déterminé avec précision comment des cas d’infection ont été détectés à bord du navire de croisière MV Hondius ou chez d’anciens passagers. Une situation ayant causé la mort de trois personnes : un couple néerlandais et une ressortissante allemande.
Trois jours après avoir quitté les eaux au large du Cap-Vert, où il devait terminer une croisière partie d’Ushuaïa en Argentine, le navire devait arriver ce week-end dans l’archipel espagnol des Canaries. Il transportait environ 150 passagers et membres d’équipage, issus de 23 nationalités. Parallèlement, des opérations de traçage sont en cours à travers le monde pour identifier les personnes ayant voyagé à bord ou été en contact avec les occupants et l’Hantavirus.
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré jeudi : « Nous considérons cet événement comme sérieux », tout en précisant que « le risque pour la santé publique reste faible ».
Les Hantavirus constituent une famille de virus transmis à l’homme par les rongeurs et pouvant provoquer des maladies graves. L’infection peut survenir par morsure, contact avec les animaux ou leurs déjections. Mais elle se produit le plus souvent par inhalation de poussières contaminées.
Selon les autorités sanitaires françaises, ces contaminations surviennent notamment lors d’activités en forêt, dans des zones isolées ou abandonnées depuis longtemps, mais aussi en milieu rural, dans les champs ou les exploitations agricoles.
Présents sur tous les continents, ces virus sont classés selon leur origine géographique. Les souches du « Vieux Monde » (Asie, Afrique, Europe) provoquent généralement une fièvre hémorragique avec syndrome rénal. Tandis que celles du « Nouveau Monde » entraînent le plus souvent un syndrome cardiopulmonaire sévère, détaille l’OMS.
L’Argentine, point de départ des passagers du MV Hondius, a été le pays le plus touché du continent américain en 2025 avec 66 cas, devant la Bolivie (48 cas) et le Chili (35 cas). C’est ce que révèle un rapport de l’Organisation panaméricaine de la santé.
Manifestations cliniques et prise en charge médicale
Les patients infectés par la souche Andes ont présenté de la fièvre et des troubles digestifs, évoluant rapidement vers une pneumonie, puis un syndrome de détresse respiratoire aiguë et un état de choc.
Virginie Savoye, du Centre national de référence des Hantavirus à l’Institut Pasteur de Paris, précise que « plus la prise en charge est rapide, meilleur est le pronostic. Mais il n’existe pas encore de traitement spécifique, nous traitons uniquement les symptômes ».
Dans les formes sévères, une assistance respiratoire en réanimation est nécessaire. Les personnes les plus vulnérables sont les individus immunodéprimés, les personnes âgées et celles souffrant de maladies chroniques.
Un antiviral, la ribavirine, a été testé dans certains cas, mais son utilisation reste limitée et son efficacité n’est pas pleinement démontrée. Aucun vaccin n’existe actuellement contre les Hantavirus.
Particularité de la souche Andes et transmission entre humains
La souche Andes est la seule dont la transmission interhumaine a été formellement démontrée. Avant 1996, ces virus étaient considérés comme strictement zoonotiques.
Cependant, des épidémies survenues à El Bolsón puis à Epuyén en Argentine entre 2018 et 2019 ont confirmé une transmission possible par contact étroit, et probablement par inhalation de gouttelettes de salive.
Les Hantavirus du continent américain présentent des taux de mortalité élevés, pouvant dépasser 40 %, et atteindre jusqu’à 50 % pour la souche Andes selon certains chercheurs.
Durée d’incubation et identification des cas suspects
La période d’incubation varie de une à six semaines, avec une moyenne de deux à trois semaines.
Dans le cas du navire, le premier décès est survenu 11 jours après le départ. Ce qui suggère que l’infection aurait pu avoir lieu avant l’embarquement, probablement via une exposition à des rongeurs.
Cette durée d’incubation relativement longue laisse la possibilité de nouveaux cas. Tandis que la question des infections asymptomatiques reste encore mal documentée.
Risques de transmission en milieu clos comme les navires ou les avions
Les environnements fermés, comme les navires de croisière, peuvent favoriser la propagation en raison de contacts prolongés entre individus. Toutefois, la transmission du virus nécessite généralement un contact très étroit, et non une simple proximité.
Dans les avions, les données restent insuffisantes et des opérations de traçage des contacts sont actuellement menées sur plusieurs vols internationaux.
Risque de pandémie et comparaison avec le Covid-19
L’OMS et les autorités sanitaires estiment que le risque global reste faible et qu’aucun scénario de pandémie n’est actuellement envisagé.
Le virus n’est pas adapté à une transmission large entre humains et ne se propage pas facilement comme la grippe ou la Covid-19, nécessitant un contact direct et rapproché.
Évaluation du niveau d’alerte et position des experts
À ce stade, les données disponibles indiquent une situation sous contrôle, avec un nombre limité de cas et aucune évolution inquiétante à bord du navire.
Par ailleurs, ce virus est connu depuis les années 1990 et n’a jamais provoqué de propagation mondiale. Ce qui rend une diffusion massive peu probable à court terme, estiment les experts en épidémiologie.
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