Baromètre EY : la confiance revient chez les entreprises tunisiennes, l’IA reste en attente
Le Baromètre des entreprises 2026 d’EY, présenté ce jeudi 7 mai au siège d’Ernst & Young devant un parterre de dirigeants, dresse le portrait d’un tissu économique toujours prudent, mais moins anxieux qu’auparavant. Lors des deux panels consacrés à l’analyse des résultats, les intervenants ont livré une lecture nuancée du contexte national, de l’environnement international et des enjeux financiers.
Sur le plan national, plusieurs indicateurs alimentent cette lecture. Le taux de croissance du PIB porté à 2.5%, ainsi que l’amélioration de la note souveraine de la Tunisie par Fitch en septembre 2025, avec perspective stable, contribuent à un climat moins anxiogène. Du reste, 80% des entreprises tunisiennes du secteur automobile déclarent vouloir augmenter leurs investissements, un signal jugé significatif. Ce chiffre traduit une confiance relative dans l’avenir, même si les entreprises avancent avec prudence et sélectivité.
Ceci dit, un des intervenants a insisté sur le fait que la pression fiscale figure désormais au premier rang des préoccupations du secteur privé. Pour lui, la question ne se limite pas au niveau de l’impôt, mais touche aussi à l’efficience des mesures fiscales et à leur impact réel sur l’activité économique. L’enjeu est de savoir si ces dispositifs soutiennent véritablement la création de valeur ou s’ils pèsent sur la compétitivité des entreprises. Cette interrogation renvoie, selon lui, à une demande plus large de lisibilité, de cohérence et de redevabilité dans l’action publique.
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Un autre intervenant a souligné une révision de la stratégie des entreprises dans un environnement devenu plus volatil. Il a mis en avant la notion d’agilité stratégique, qui suppose de pouvoir intégrer rapidement les mutations du contexte national et international sans perdre la cohérence interne. En référence aux travaux de Harvard Business Review après la crise du Covid-19, il est important pour les entreprises de développer des systèmes souples capables d’absorber les chocs. Tout en évoquant l’agilité de portefeuille, c’est-à-dire la capacité à réallouer rapidement les ressources et à revoir les priorités en fonction du marché.
Pour survivre, il faut investir
Deux attentes majeures ressortent du Baromètre d’EY. La première est économique et sociale : il faut créer davantage de richesse. C’est ce qu’a souligné Sarra Masmoudi du groupe Kilani : pour survivre, il faut investir. Or, la croissance, proche de 2,6%, a surtout été tirée par la consommation locale, tandis que le déficit commercial a freiné la progression globale. Sans cette contrainte, la croissance aurait pu être plus élevée. La seconde attente concerne le climat d’investissement, encore jugé insuffisant. Celui-ci dépend non seulement des textes réglementaires et des incitations fiscales, mais aussi de la confiance, de la visibilité et de la stabilité des règles du jeu.
L’ambition reste modeste dans le domaine de l’intelligence artificielle. Un tiers des entreprises n’a pas encore prévu de budget, même limité, pour des expérimentations ou un déploiement de l’IA. Ce retard est d’autant plus visible que l’IA s’impose désormais comme un enjeu stratégique mondial.
Sur le plan international, l’orateur a évoqué un environnement marqué par le ralentissement de la croissance, les tensions géopolitiques et les transformations technologiques. Les investissements de demain devraient se concentrer davantage sur les infrastructures, l’énergie, la cybersécurité et la souveraineté technologique. Le volet financier reste sans doute le plus important. Le taux d’investissement national, situé à 8%, est jugé trop faible au regard des besoins de l’économie.
L’IA ne doit pas être une simple variable d’ajustement
Lors du deuxième panel, consacré à l’IA, Nozha Boujemaa a livré une lecture lucide des résultats du focus dédié à l’intelligence artificielle. L’experte internationale, présentée comme une pionnière de l’IA responsable et membre de plusieurs instances européennes et internationales, a salué la qualité du rapport et de la méthodologie adoptée. Pour elle, l’enquête éclaire utilement l’état du tissu économique et la manière dont les entreprises appréhendent désormais l’IA.
Son premier constat est celui d’une évolution progressive des perceptions. Le débat ne se situe plus dans une zone de méfiance absolue, mais dans un espace où émergent des anticipations plus positives. Cette dynamique reste modeste, mais elle traduit une meilleure conscience des réalités nationales et des contraintes du moment. Elle a aussi rappelé que l’adoption de l’IA n’est pas un phénomène marginal : dans de nombreux pays, le taux de pénétration demeure encore limité, et la Tunisie n’échappe pas à cette tendance.
Nozha Boujemaa a surtout insisté sur la place accordée à l’IA dans les budgets des entreprises. À ses yeux, elle ne doit plus être considérée comme une simple variable d’ajustement ou une “cerise sur le gâteau”. L’enjeu est bien plus large : l’IA doit s’inscrire dans une logique de transformation stratégique, avec l’implication pleine et entière de la direction générale et des équipes métiers. Sans engagement du business, a-t-elle souligné, il n’y a ni adoption durable ni impact réel. Elle a ensuite résumé les conditions de réussite en deux mots : compétence et données. La compétence renvoie ici à la vision stratégique, à la capacité de pilotage et à l’aptitude à faire évoluer l’organisation. Quant aux données, elles restent le socle fondamental de toute démarche sérieuse. Sans matière première de qualité, l’IA ne peut produire qu’un effet de vitrine.
Incompréhension de l’IA par les entreprises
Amine Ben Ayed, président de l’IACE, a confirmé que le principal frein reste la compréhension même de l’IA par les entreprises. Il a plaidé pour un travail de pédagogie, estimant que beaucoup d’acteurs économiques ne perçoivent pas encore l’ampleur des usages possibles. Son témoignage s’est appuyé sur sa propre expérience : depuis des années, son groupe investit dans la collecte et la structuration de données, notamment via des capteurs, des bases documentaires et des systèmes d’information alimentés en continu. Ce socle a permis d’engager des projets d’IA concrets, rapides à déployer et rentables.
Il a expliqué qu’après avoir identifié le potentiel de ces technologies, les équipes avaient listé plusieurs projets avant d’en retenir un nombre plus limité, plus facilement réalisable. Certains cas d’usage ont été mis en œuvre en quelques semaines ou quelques mois, avec un retour sur investissement visible sur deux ans maximum. Son propos a aussi pris une dimension générationnelle : les décisions stratégiques, a-t-il lancé, ne peuvent plus être confiées uniquement aux conseils d’administration vieillissants. Ce sont les cadres plus jeunes, mieux connectés aux usages numériques, qu’il faut placer au cœur des projets.
L’IA s’impose comme une urgence
Seifeddine Ben Jemia, directeur général de Monoprix Tunisie, a donné un aperçu plus opérationnel de l’évolution de l’IA dans l’entreprise tunisienne. Il a rappelé qu’avant la démocratisation actuelle des outils, l’IA existait déjà sous d’autres formes, à travers le machine learning, le data mining ou l’analytique avancée. En Tunisie, la priorité était la digitalisation des processus et la production de tableaux de bord. Aujourd’hui, le contexte a changé : l’IA s’est imposée comme une urgence, et les entreprises se répartissent selon lui en trois catégories. Certaines sont déjà préparées grâce à leurs investissements dans la gouvernance des données ; d’autres ont acheté des outils sans résultats probants ; d’autres enfin hésitent encore, persuadées à tort que l’IA est coûteuse ou réservée à une élite.
À ses yeux, la transformation doit d’abord être managériale avant d’être technologique. Les outils ne valent rien sans organisation, méthode et accompagnement. Il a aussi insisté sur l’idée de « quick wins », ces gains rapides et visibles qui peuvent convaincre les entreprises les plus prudentes de franchir le pas.
Enfin, un retour d’expérience concret a illustré la maturité croissante de certains acteurs du commerce. L’IA est déjà utilisée pour personnaliser les promotions selon le comportement d’achat des clients, automatiser une partie des demandes récurrentes via un chatbot, optimiser les tournées de camions, mieux gérer les produits à date courte, limiter le gaspillage, détecter les vols par computer vision et renforcer la cybersécurité. Dernier chantier en date : la mise en place d’agents internes capables d’interroger la base de connaissances de l’entreprise ou d’aider les cadres commerciaux à piloter leurs indicateurs. Le message final est clair : l’IA devient un outil de performance à condition d’être adossée à une stratégie data solide et à une gouvernance rigoureuse.
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Joint par téléphone, Ezzedine Khalfallah, consultant en énergie, a fait savoir que le principal enjeu est de permettre aux entreprises de réduire leur empreinte carbone. Et ce, afin de préserver leur accès au marché européen, où le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières impose déjà une logique de coût carbone sur certains produits industriels.

Rencontrée en marge de la conférence de presse au siège du
A cette interrogation, Jalila Baccar répond: “Il suffit d’observer certaines fêtes de fin d’année dans les jardins d’enfants pour voir ce qu’on transmet aux petits à travers les rôles attribués au père et à la mère. On apprend parfois aux filles à se voiler dès l’âge de trois ou quatre ans, et cela participe aussi à une forme de conditionnement. Tout cela révèle une forme d’éducation confuse et mal construite. On forme les enfants de manière incohérente, et cela crée un cercle vicieux. Le problème commence par de petites habitudes ou de petits gestes, puis il s’installe progressivement et devient un véritable phénomène social.”

