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Banques : profits en hausse, économie à l’arrêt – l’urgence d’une réforme choc

Alors que, selon les chiffres de la Banque mondiale, seulement 40 % des Tunisiens adultes disposent d’un compte bancaire, la question de la concurrence dans le secteur bancaire s’impose de plus en plus comme un levier central de réforme. Pour l’économiste et universitaire Brahim Guizani, « renforcer la concurrence et revoir le cadre réglementaire sont devenus une nécessité urgente pour réorienter les banques vers un rôle plus efficace au service de l’économie ». Il appelle ainsi à une réforme profonde du secteur bancaire tunisien.

Dans une déclaration exclusive à L’Économiste Maghrébin, l’universitaire estime que la réforme du secteur bancaire n’est plus une option, mais une nécessité. Celle-ci doit permettre, estime-t-il, de « rétablir le lien fondamental entre le système financier et son rôle de soutien au développement économique ». Et ce, notamment à travers l’ouverture du marché et la stimulation de la dynamique concurrentielle.

Les banques, principal moteur du financement privé

Brahim Guizani met en lumière un « paradoxe structurel » : les banques tunisiennes ont vu leurs bénéfices plus que tripler depuis 2010; alors que la croissance économique n’a pas dépassé 1,2 % en moyenne annuelle.
Cette divergence traduit, note-t-il, « une rupture claire entre la performance du secteur financier et les besoins de l’économie réelle, en particulier ceux des PME ».

Le rôle des banques reste néanmoins central dans l’économie tunisienne. Elles financent environ 90 % des investissements du secteur privé. Tandis que les crédits accordés à ce dernier ont dépassé 115 % du PIB en 2020.

Mais, l’universitaire précise que « cet effort quantitatif reste au-dessous de la moyenne internationale de 147 %. De même qu’il ne s’est pas, visiblement, traduit par un impact significatif sur la création de richesse ou de l’investissement productif ». Et ce, en raison des difficultés d’accès au financement pour une large partie des acteurs économiques, à savoir les PME.

 

« Cet effort quantitatif reste au-dessous de la moyenne internationale de 147 % et ne s’est pas, visiblement, traduit par un impact significatif sur la création de richesse ou de l’investissement productif ».

 

M. Guizani pousse son analyse jusqu’à souligner que le modèle bancaire actuel, largement fondé sur les garanties immobilières, est de moins en moins en phase avec la réalité. En effet, relève-t-il, il ne répond plus aux besoins des start-up, des jeunes entrepreneurs et des PME. Lesquels représentent pourtant les principaux moteurs potentiels de croissance économique. Malgré la création de dispositifs publics de soutien, ces derniers n’ont pas permis de modifier en profondeur la situation, restant, selon lui, « freinés par des contraintes bureaucratiques et un manque d’efficacité ».

Un taux de bancarisation encore faible

Si le réseau bancaire s’est développé de 45 % entre 2010 et 2020, avec une forte concentration de plus de 86 % des agences sur le littoral, l’accès aux services financiers reste limité. En effet, la Banque mondiale assure que seuls 40 % des adultes tunisiens possèdent un compte bancaire – contre 80 % dans le monde. Un chiffre révélateur d’un faible niveau d’inclusion financière.

En outre, bien que le nombre de banques en activité puisse suggérer une concurrence réelle, le chercheur estime que celle-ci reste largement théorique. Les services bancaires et les tarifs demeurent très similaires d’un établissement à l’autre. Pour lui, il est nécessaire d’ouvrir davantage le secteur, afin de le rendre « plus compétitif et plus dynamique ». C’est, souligne-t-il, condition essentielle pour améliorer le financement de l’économie et l’inclusion financière.

Parmi les pistes avancées, l’universitaire recommande l’ouverture du marché à de nouveaux acteurs, notamment des “banques coopératives“. Mais aussi le renforcement du rôle du Conseil de la concurrence. Ainsi qu’une plus grande transparence envers le consommateur sur les coûts des crédits et services bancaires.

 

La poursuite du modèle actuel pourrait accentuer les déséquilibres et limiter la capacité de l’économie tunisienne à atteindre une croissance durable, influente et inclusive.

 

Il plaide également pour une réduction significative des créances douteuses des banques, une meilleure maîtrise des risques de concentration et une libéralisation de taux d’intérêt sur les comptes d’épargne afin de stimuler l’épargne nationale et l’investissement et dynamiser la concurrence bancaire.

Nécessité d’une volonté politique

Brahim Guizani souligne enfin que la réussite de ces réformes dépendra d’une audace et d’une forte volonté politique. Et ce, dans un contexte où certains acteurs bénéficient du statu quo. Il avertit que la poursuite du modèle actuel pourrait accentuer les déséquilibres et limiter la capacité de l’économie tunisienne à atteindre une croissance durable, influente et inclusive.

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