Taxe carbone : une contrainte et une opportunité pour les entreprises tunisiennes
La décarbonation est aujourd’hui une contrainte qui s’impose, mais aussi une opportunité pour les entreprises tunisiennes. Avec la future taxe carbone et le projet du code de l’environnement, les entreprises tunisiennes, qu’elles soient importatrices, exportatrices ou industrielles, ont intérêt à réduire leur empreinte carbone afin de gagner en compétitivité sur le marché européen et d’éviter de payer plus cher à l’exportation face aux nouvelles exigences réglementaires des marchés d’exportation, comme le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne.
Une chose est sûre : le code de l’environnement, ou plus largement le projet PCE peut devenir un levier de compétitivité pour les entreprises tunisiennes, à condition qu’il transforme la décarbonation en avantage économique et non en simple contrainte.
Joint par téléphone, Ezzedine Khalfallah, consultant en énergie, a fait savoir que le principal enjeu est de permettre aux entreprises de réduire leur empreinte carbone. Et ce, afin de préserver leur accès au marché européen, où le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières impose déjà une logique de coût carbone sur certains produits industriels.
La perspective de la taxe carbone change justement la donne. Il précise à cet effet : « Si elle est mise en place dans un cadre cohérent, elle peut inciter les industriels à mesurer leurs émissions, à investir dans l’efficacité énergétique, dans les énergies renouvelables et dans l’autoproduction électrique, et à réduire ainsi la facture carbone supportée à l’exportation. Dans cette logique, la taxe n’est pas seulement un prélèvement : elle devient un instrument d’orientation économique et de modernisation industrielle. »
Il part du constat que l’idée centrale est simple. Ce qui signifie qu’une entreprise tunisienne qui décarbone son activité peut rendre ses produits plus compétitifs sur les marchés extérieurs, en particulier en Europe, parce qu’elle limite le surcoût lié au MACF/CBAM. À l’inverse, une entreprise qui ne réduit pas ses émissions risque de voir ses produits pénalisés à la frontière européenne. Surtout dans les secteurs les plus exposés comme le ciment, l’acier, l’engrais ou la chimie.
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En outre, il ajoute que le projet de code de l’environnement est important parce qu’il peut intégrer et clarifier la fiscalité environnementale dans un cadre plus lisible, ce qui est recommandé par plusieurs acteurs institutionnels tunisiens.
Autrement dit, s’il est bien conçu, il peut donner aux entreprises un signal prix interne, les pousser à anticiper les exigences européennes et réduire la charge fiscale future à l’export. A titre d’exemple, pour l’acier, dont l’empreinte carbone est d’environ 2 tonnes d’équivalent CO2 par tonne produite, cela représente un surcoût significatif.
Ces mécanismes ont d’abord été appliqués en Europe aux produits des grandes émettrices comme l’acier et le ciment. Mais ils s’étendront bientôt à d’autres secteurs, tels que le textile ou l’agroalimentaire. Soit beaucoup de produits tunisiens phares qui ne sont pas encore concernés officiellement.
Evoquant l’exemple de la Chine, où la taxe carbone s’élève à 10 € par tonne d’équivalent CO2, Ezzedine Khalfallah note qu’un exportateur chinois ne paierait que la différence, soit 40 € (entre 50 € et 10 €). Alors qu’en Tunisie, il soulève que sans taxe carbone, les exportateurs tunisiens devraient assumer la totalité des 50 € par tonne à la frontière européenne. Cela intègre le coût carbone dans le prix final du produit, le rendant moins compétitif. Résultat : les entreprises tunisiennes perdent leur capacité d’exporter vers l’Union européenne, face à des concurrents dont les produits ont une empreinte carbone moindre ou qui ne paient pas (ou peu) de taxe à la frontière.
Les entreprises tunisiennes risquent de perdre des marchés face à des produits à empreinte carbone plus faible qui paient moins (ou pas du tout) de taxes à la frontière européenne. Cela nécessite une décarbonation urgente : viser une empreinte carbone proche de zéro pour exporter sans pénalité.
Et de poursuivre : « Ainsi, les entreprises tunisiennes risquent de perdre des marchés face à des produits à empreinte carbone plus faible qui paient moins (ou pas du tout) de taxes à la frontière européenne. Cela nécessite une décarbonation urgente : viser une empreinte carbone proche de zéro pour exporter sans pénalité. Les entreprises doivent voir cela comme une opportunité : un produit décarboné est plus vendable, compétitif et évite les taxes. La Tunisie doit mobiliser des investissements importants pour cette décarbonation, via l’efficacité énergétique, l’introduction d’énergies renouvelables par autoproduction et la modernisation industrielle. »
Pour les secteurs difficiles à décarboner (comme ceux utilisant beaucoup de chaleur, où les renouvelables produisent surtout de l’électricité), des solutions existent : hydrogène vert, captage et stockage de CO2. Le nouveau code de l’environnement pourrait inciter à une taxe carbone nationale. Celle-ci obligerait les industriels à réduire leur empreinte pour payer moins de taxes localement. De plus, elle serait déduite des taxes frontalières européennes lors des exportations, aidant ainsi les entreprises tunisiennes à avancer : bilans carbone, décarbonation, etc.
La Tunisie doit appréhender sa transition énergétique et sa décarbonation pour réussir le défi de la compétitivité industrielle, locale et à l’export.
Et de conclure : « Les instruments de décarbonation sont là. Il y a des défis pour réduire l’empreinte carbone, mais aussi des opportunités pour la Tunisie : produits verts, exports compétitifs. La Tunisie doit appréhender sa transition énergétique et sa décarbonation pour réussir le défi de la compétitivité industrielle, locale et à l’export. »
Il convient de rappeler que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), associé aux exigences renforcées sur la réduction des émissions de méthane, transforme les conditions d’accès aux marchés. Désormais, la compétitivité repose moins sur les coûts de transport que sur la capacité à prouver une traçabilité totale et vérifiable des flux.
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