Trump, un poids pour le soft power des Etats-Unis
La dégradation de l’image des Etats-Unis ne cesse de croître, y compris parmi leurs alliés occidentaux. Le discours et l’action brutale du président Trump affectent le traditionnel pouvoir d’attractivité de la première puissance mondiale, comme l’atteste la baisse du volume de touristes en visite dans le pays. Dans un siècle marqué par la confrontation systémique avec la Chine, Trump prend le risque d’affaiblir le soft power des Etats-Unis.
Le soft power : une idée de la puissance
Alors que les Etats-Unis constatent les limites de leur hard power et de leur puissance militaire dans leur guerre contre l’Iran, c’est l’idée même de soft power qui rejaillit avec force.
La distinction entre hard power et soft power a été conçue par le politologue américain Joseph S. Nye au début des années 1990. Face à la thèse d’un déclin américain avancée en 1987 par l’universitaire Paul Kennedy dans « Naissance et déclin des grandes puissances » (1989), Joseph S. Nye souligne les transformations de nature de la puissance américaine à l’heure de la société de l’information. Outre leur puissance de coercition fondée sur des dimensions militaires et économiques, les Etats-Unis disposent en effet d’une puissance d’attraction et de séduction permise par un ensemble de moyens pacifiques. Ces derniers servent à influencer la position des autres acteurs et/ou à orienter les relations internationales en faveur des intérêts américains, y compris pour l’adoption de positions, de normes … La notion de soft power traduit ainsi l’idée de pouvoir atteindre ses objectifs sans recours à la force, par la « capacité à séduire ».
Parmi les principaux vecteurs d’influence, d’attraction, de séduction et de persuasion constitutifs du soft power théorisé par J. Nye, citons la culture, le droit et le modèle de société (avec les valeurs qu’il charrie).
Le soft power américain : une puissance en déclin
Si le soft power américain reste dominant, au travers des films et séries qui transitent désormais par les plateformes de streaming, ou par l’importation des débats sociaux et intellectuels liés aux mouvements sociétaux (MeToo ou Black Lives Matter), le leadership moral des Etats-Unis est abîmé. La croyance dans l’American way of life a nettement décliné.
Depuis l’élection puis la réélection de Donald Trump, sa vision du monde rompt largement avec les règles libérales censées guider les nations depuis 1945, mais aussi avec une certaine conception du soft power des Etats-Unis. En témoignent des décisions aussi symboliques que la révocation de l’accueil d’étudiants étrangers à l’université Harvard, emblème du rayonnement des Etats-Unis dans le monde. Plus largement, Trump fustige les grandes universités américaines, mais aussi les sites culturels tels que les musées Smithsonian de Washington ou encore le Kennedy Center, grand lieu de spectacle. Tous sont accusés par le président républicain de mener un « endoctrinement idéologique » progressiste…
En outre, l’administration Trump II a rompu avec la politique américaine menée jusqu’à présent en matière d’aide publique au développement : le traditionnel premier donateur au monde a suspendu les fonds engagés par l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid), agence indépendante créée en 1961 dont il a été décidé la fermeture. Donald Trump n’a cure de séduire ou d’influencer ; pour lui, la puissance ne s’exerce que par l’intimidation, le « deal » ou la force. De fait, le pouvoir d’entraînement des Etats-Unis ressort affaibli de ce mode d’action (par exemple, leur retrait d’une série d’organisations internationales n’a pas été suivi d’un mouvement en ce sens de leurs propres alliés, à l’exception d’Israël).
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