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La rivalité avec Riyad au cœur du retrait d’Abou Dhabi de l’Opep

Les Émirats arabes unis ont annoncé mardi 27 avril 2026 qu’ils vont se retirer de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) menée par l’Arabie saoudite ainsi que l’alliance Opep+ comptant aussi la Russie et ce, à partir du 1er mai 2026. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que ce retrait des Émirats, membre depuis 1967 de l’organisation siégeant à Vienne et fondée en 1960, vise à affaiblir cette institution et par ricochet l’Arabie saoudite qui la domine. Un énième épisode dans la grande rivalité qui oppose Riyad et Abou Dhabi. 

Imed Bahri

Selon une enquête de Bloomberg, la détérioration croissante des relations entre les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite est au cœur de la décision surprise d’Abou Dhabi de se retirer de l’Opep.

La rivalité entre les deux pays s’est intensifiée au fil des années mais les répercussions de la guerre américano-israélienne contre l’Iran ont offert l’opportunité de l’annonce de mardi 28 avril 2026, selon plusieurs sources proches du dossier. L’une d’elles a comparé la situation à celle d’un «petit frère» qui ne souhaite plus être sous la coupe du «grand frère».

Outre son retrait de l’Opep, les Émirats reconsidèrent leur adhésion à deux organisations régionales où l’Arabie saoudite exerce une influence considérable.

Bien qu’aucune décision définitive n’ait été prise, Abou Dhabi pourrait geler son siège au sein de la Ligue arabe, basée au Caire, et prendre une mesure similaire vis-à-vis de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), basée à Djeddah.

Les Émirats réexaminent également l’avenir de leur participation de longue date au Conseil de coopération du Golfe (CCG), composé de six membres. Abou Dhabi a réaffirmé, mercredi 29 avril, son engagement envers le CCG malgré les propos tenus en début de semaine par Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président des Émirats, le cheikh Mohammed Ben Zayed dit MBZ, selon lesquels l’organisation traverse «la période la plus fragile de son histoire»

Un responsable émirati a déclaré mercredi que les Émirats réévaluent leur rôle et leurs contributions aux organisations multilatérales mais n’envisagent pas actuellement de s’en retirer.

Aucune de ces trois organisations ne dispose d’une influence réelle significative mais un retrait soulignerait la frustration des Émirats à l’égard des autres États arabes, en particulier l’Arabie saoudite, face à ce qu’ils perçoivent comme un manque de solidarité face aux défis militaires et économiques régionaux depuis le début de la guerre d’Israël contre Gaza en 2023.

Un modèle économique différent

Les Émirats ont présenté leur retrait de l’Opep comme une décision économique liée à leurs besoins futurs en matière de production. La compagnie pétrolière émiratie est capable de produire bien plus que son quota actuel ne le permet et ne souhaite plus solliciter l’autorisation de l’Arabie saoudite pour approcher sa capacité maximale, selon une source proche d’Abou Dhabi.

De plus, les perturbations de l’approvisionnement mondial résultant de la fermeture du détroit d’Ormuz laissent penser que les prix ne devraient pas baisser dans l’immédiat.

Les Émiratis estiment également que la demande de pétrole commencera à décliner plus rapidement que prévu par les Saoudiens en raison de la transition énergétique et souhaitent donc liquider rapidement leurs réserves.

Cette décision constitue néanmoins la preuve la plus claire à ce jour que les Émirats n’hésitent plus à afficher leurs ambitions ni à nouer leurs propres alliances politiques et sécuritaires, même si celles-ci entrent en conflit avec les intérêts de l’Arabie saoudite, première économie arabe, qui se considère comme le leader du monde musulman.

«Nous construisons un modèle économique différent, ce qui exige un nouvel alignement politique et une restructuration», a déclaré le Libanais Nadim Koteich, conseiller politique et médiatique auprès de plusieurs entités gouvernementales émiraties et ancien directeur général de la chaîne basée à Abou Dhabi Sky News Arabiya. Il était précédemment proche des Saoudiens et avait travaillé pour leur chaîne Al Arabiya

La décision de MBZ intervient après des années de tensions entre lui et le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane dit MBS.

Ces deux pays, alliés clés des États-Unis et disposant de fonds souverains dépassant 1000 milliards de dollars se sont opposés politiquement sur de nombreux dossiers, de la Libye au Yémen en passant par le Soudan où ils soutiennent des camps opposés.

Riyad accuse généralement Abou Dhabi de soutenir des groupes séparatistes, tandis que les Émirats s’inquiètent du soutien apporté par l’Arabie saoudite à certains mouvements qu’ils considèrent comme islamistes.

La concurrence économique entre les deux pays s’intensifie également, l’Arabie saoudite cherchant à faire de Riyad une place financière capable de rivaliser avec Dubaï.

Des alliances opposées 

Malgré ces tensions, les Émirats et l’Arabie devraient maintenir leurs relations commerciales avec des dizaines de milliards de dollars de marchandises transitant chaque année par leur frontière commune.

Un responsable émirati a déclaré qu’une réunion d’urgence non programmée du CCG à Djeddah, tenue presque simultanément à l’annonce de l’Opep et en présence du ministre des Affaires étrangères des Émirats, constituait un pas dans la bonne direction, sans fournir davantage de précisions.

La décision d’Abou Dhabi de quitter l’Opep devrait contribuer à consolider deux alliances régionales émergentes. La première est menée par l’Arabie saoudite et comprend l’Égypte, le Pakistan et la Turquie. La seconde regroupe les Émirats, Israël et l’Inde.

Du point de vue indien, le départ des Émirats de l’Opep s’apparente davantage à une rébellion politique qu’à une décision économique et pourrait fragiliser l’unité arabe, selon des responsables à New Delhi.

«Les Émirats ne souhaitent pas suivre un système dirigé par l’Arabie saoudite ou la Turquie», a déclaré Dania Zafer, directrice exécutive du Gulf International Forum à Washington qui ajoute : «Les Émirats se perçoivent comme une puissance moyenne et un contrepoids aux autres»

D’après des sources bien informées, les Émirats ont commencé à planifier sérieusement leur retrait de l’Opep vers novembre dernier mais ce sont des désaccords sur la meilleure façon de répondre aux attaques de missiles iraniens en cas de guerre contre les États-Unis et Israël qui ont finalement déclenché cette décision.

Les Émirats ont envisagé de participer à des attaques contre l’Iran et ont fait pression sur l’Onu pour obtenir son approbation afin de rouvrir de force le détroit d’Ormuz, une initiative à laquelle l’Arabie saoudite n’a pas adhéré.

À l’inverse, Riyad a soutenu activement les négociations diplomatiques et les efforts de médiation en coulisses pour résoudre le conflit.

Les relations avec Israël

Selon certaines sources, le renforcement de la coopération militaire et de renseignement entre les Émirats et Israël a exacerbé les tensions.

De nombreux États arabes perçoivent Israël comme une force expansionniste et déstabilisatrice au Moyen-Orient et le tiennent pour responsable d’avoir poussé les États-Unis à la guerre contre l’Iran.

«Il existe des divisions au sein du Golfe. Les Émirats ne bénéficient pas du soutien unanime des autres pays pour faire face à l’Iran», a déclaré Hasan Alhasan, chercheur spécialiste du Moyen-Orient à l’Institut international d’études stratégiques.

Les Émirats n’ont pas rejoint le conflit, actuellement soumis à un cessez-le-feu fragile, malgré les dégâts causés par les attaques iraniennes aux infrastructures énergétiques d’Abou Dhabi et à son statut de destination touristique et d’investissement privilégiée.

L’Iran a lancé davantage de missiles et de drones sur les Émirats que sur tout autre État du Golfe, alimentant ainsi la colère d’Abou Dhabi.

Lors d’une discussion ce mois-ci avec des responsables européens, MBZ a exprimé son mécontentement face à la réponse collective des pays voisins aux attaques iraniennes, selon des sources bien informées. Il a pointé du doigt les divisions au sein du CCG, le qualifiant de dysfonctionnel, selon certaines sources, ajoutant qu’il renforcerait la coopération avec les États-Unis et Israël.

Le moment opportun

Gargash, conseiller de MBZ, a déclaré que l’échec de la stratégie d’endiguement de l’Iran par le Golfe avant le début de l’offensive américano-israélienne démontrait que des organisations comme le CCG n’étaient plus adaptées à leur mission.

Il a ajouté que le Conseil, qui regroupe les Émirats, l’Arabie, Oman, le Qatar, Bahreïn et le Koweït, «se trouve au plus bas de son histoire, compte tenu de la nature de l’attaque et de la menace qu’elle représente pour tous»

La décision de quitter l’Opep témoigne de la réussite des Émirats dans la diversification de leur économie, désormais moins dépendante du pétrole. Le pays dégage des excédents budgétaires, ce qui lui permet de résister à la baisse des prix.

Le gouvernement saoudien, quant à lui, a enregistré un déficit en 2023 et devrait le rester pendant plusieurs années, à moins que la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz ne fasse encore grimper les prix.

Koteich a déclaré que les motifs économiques d’une sortie de l’Opep étaient réunis et que les Émirats attendaient simplement «le bon moment politique».

La guerre en Iran et la grave perturbation des approvisionnements énergétiques mondiaux causée par la fermeture du détroit d’Ormuz, qui a fait grimper les prix du pétrole au-dessus de 100 dollars le baril, ont servi de catalyseur.

«Cela n’aura pas d’impact majeur sur le marché car le marché souffre déjà d’une pénurie d’approvisionnement», a déclaré le ministre de l’Énergie des Émirats Suhail Al-Mazroui lors d’une interview concernant la décision de quitter l’Opep.

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F-35, Iran, Israël : les messages géopolitiques derrière la visite de MBS à la Maison-Blanche

La visite de Mohammed ben Salmane à Washington aura offert un condensé de la nouvelle diplomatie américano-saoudienne : spectaculaire dans la forme, stratégique dans le fond, et résolument tournée vers une recomposition régionale où l’argent, la défense et les équilibres de puissance tiennent lieu d’axe central. Accueilli avec un faste inhabituel, le prince héritier saoudien a trouvé à la Maison-Blanche un Donald Trump triomphant, soucieux de consolider un partenariat qu’il présente désormais comme essentiel à sa vision d’un « nouveau Moyen-Orient ».

Un pas prudent vers une possible normalisation avec Israël

Au cœur des échanges, la question de la normalisation entre Riyad et Tel-Aviv reste l’élément le plus chargé en symbolique. Trump et MBS disent avoir eu des « discussions positives », laissant entendre que l’Arabie saoudite pourrait rejoindre, à terme, les Accords d’Abraham.
Mais le prince héritier reste ferme : aucune avancée sans un chemin crédible vers un État palestinien. Ce rappel, destiné autant à l’opinion publique arabe qu’aux partenaires internationaux, souligne que Riyad entend conserver son statut de leader régional tout en s’assurant de ne pas fracturer ses équilibres internes.

Dans un contexte où les États-Unis cherchent à redessiner les blocs régionaux autour d’alliances économiques et sécuritaires, la position saoudienne apparaît comme un levier diplomatique majeur — et un test pour Washington.

Un statut stratégique : Riyad devient “major non-NATO ally”

Donald Trump a annoncé l’octroi à l’Arabie saoudite du statut d’allié majeur hors OTAN, rejoignant un club restreint de 19 pays (dont la Tunisie).
Pour Riyad, c’est un saut qualitatif : accès facilité aux systèmes d’armement les plus avancés, procédures accélérées, coopération renforcée.

Cette reconnaissance est accompagnée d’un accord stratégique de défense, pensé pour sceller un partenariat vieux de 80 ans. Washington assure ainsi vouloir « fortifier la dissuasion au Moyen-Orient », tandis que Riyad cherche à se prémunir contre les incertitudes régionales, du conflit israélo-qatari aux tensions avec l’Iran.

Cette décision survient quelques semaines après que l’Arabie a conclu un pacte militaire avec le Pakistan, signe que MBS entend diversifier les garanties sécuritaires tout en ancrant ses liens avec Washington.

Les F-35, symbole d’un rééquilibrage face à Israël

L’annonce la plus sensible concerne la vente de F-35 à Riyad. Trump assure que les appareils ne seront pas « dégradés » pour préserver l’avantage militaire israélien, rompant avec la doctrine américaine du « qualitative military edge ».
Le signal est fort : MBS ne veut plus être traité comme un partenaire de second rang, et Washington semble prêt à entériner cette évolution.

Ce choix intervient dans un contexte où les États-Unis souhaitent stabiliser leurs alliances au Moyen-Orient, tout en évitant que Riyad ne poursuive des options asiatiques, notamment chinoises.

Iran : de la confrontation à l’ouverture diplomatique

Le dossier iranien a révélé un double langage assumé. Trump célèbre à nouveau les frappes américaines de juin contre les installations nucléaires iraniennes, vantant la supériorité militaire américaine.
Mais il affirme dans le même temps que l’Iran « veut un accord » et qu’il est « totalement ouvert » à un processus diplomatique.

Fait notable, MBS s’aligne publiquement : l’Arabie saoudite soutiendra un potentiel accord américano-iranien.
Un geste qui montre l’évolution de Riyad depuis la réconciliation de 2023, et qui confirme la volonté d’éviter une escalade régionale alors que les équilibres militaires restent fragiles.

Des investissements colossaux : jusqu’à 1 000 milliards de dollars

La dimension économique de la visite est tout aussi déterminante. Trump évoque un engagement d’investir 600 milliards de dollars, MBS parle d’un potentiel montant total de 1 000 milliards.
Ces flux concerneraient l’intelligence artificielle, les technologies émergentes, les matériaux critiques, l’industrie et la finance.

Ce pacte économique scelle une convergence :

  • les États-Unis cherchent de nouveaux financements pour leurs géants technologiques et leurs infrastructures,
  • l’Arabie saoudite veut consolider sa stratégie Vision 2030 et devenir un acteur central des technologies du futur.

MBS répète que les États-Unis sont aujourd’hui le « marché le plus chaud du monde », et qu’il entend participer à ses fondations technologiques.

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