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Palestine | Les responsabilités du silence

À Gaza, la catastrophe humanitaire a cessé d’être un événement : elle est devenue une condition. Mais à mesure que les faits s’accumulent, une autre réalité s’impose — celle des choix politiques, des fidélités obstinées et des silences organisés. Nommer la tragédie ne suffit plus : il faut désormais en désigner les auteurs et les complices.

Dr Moez Ben Khemis *

À Gaza, la réalité ne se discute plus : elle accable. Plus de 72 000 morts, 170 000 blessés — et, dans cette masse indistincte de chiffres, des vies fauchées, des enfances anéanties, des lignées effacées. Ce ne sont pas seulement des individus qui disparaissent, mais les contours mêmes d’une société que l’on voit, jour après jour, se défaire.

Le territoire, lui, est livré à une entreprise de démolition systématique. Hôpitaux rendus muets, écoles ouvertes comme des plaies, réseaux vitaux pulvérisés : rien de ce qui permettait encore de tenir ne semble devoir subsister. L’eau manque, les soins s’éteignent, la famine s’installe. Et la population, presque tout entière déplacée, erre dans l’étroitesse d’un espace clos, condamnée à fuir l’ombre de la mort sans jamais pouvoir s’échapper.

Le droit à l’épreuve de sa propre faiblesse

Face à cela, les mises en garde abondent — et s’épuisent. Organisations internationales, juristes, observateurs : tous documentent, tous alertent, tous concluent à des violations répétées du droit international humanitaire.

Les mots se durcissent : génocide, nettoyage ethnique. Ils ne sont plus seulement brandis, mais examinés, pesés, discutés devant les juridictions internationales. Les Nations unies avertissent, elles aussi. Mais à mesure que le langage se fait plus grave, son effet semble s’émousser : le droit est invoqué, rarement appliqué.

La constance des soutiens, l’inertie des puissances

Car ce qui se joue ici ne tient pas seulement aux faits, mais aux volontés qui les encadrent — ou les tolèrent. Aux États-Unis, Joe Biden puis Donald Trump maintiennent un appui constant, scellé par les livraisons d’armes et protégé par le veto diplomatique.

Au Royaume-Uni, Rishi Sunak ainsi que son successeur prolongent cette ligne. En France, Emmanuel Macron nuance, ajuste, appelle — mais ne rompt pas. Le langage varie, la politique demeure.

Et sur le terrain, le gouvernement de Benjamin Netanyahu poursuit son offensive, comme affranchi de toute contrainte autre que la sienne propre.

L’ombre portée d’une conflagration

Déjà, le conflit déborde. Au sud du Liban, les affrontements étendent la zone de fracture. Les victimes s’ajoutent aux victimes, les exils aux exils.

Ce qui se dessinait comme une guerre circonscrite menace désormais de devenir un foyer d’embrasement régional. L’histoire, ici, ne progresse pas : elle s’étend.

Le silence fragmenté du monde arabe

Face à cela, une autre réalité s’impose : celle d’un monde arabe politiquement en retrait. Les condamnations existent, mais elles restent sans prise.

Les divisions internes, les calculs stratégiques, les équilibres fragiles — tout concourt à contenir la parole dans les limites du déclaratif. L’indignation circule ; l’action, elle, se dérobe.

L’euphémisme comme dernier refuge

Reste le langage. Et avec lui, une forme plus insidieuse de déni. Parler de «conflit», de «riposte», d’«affrontements», c’est parfois déjà atténuer. C’est substituer à la dissymétrie des faits une symétrie de façade.

Or nommer, c’est trancher. C’est reconnaître la nature d’une réalité. À l’inverse, euphémiser revient à l’envelopper, à l’adoucir — et, ce faisant, à la rendre plus acceptable qu’elle ne devrait jamais l’être.

L’ordre international au révélateur

Ce qui se joue dépasse désormais Gaza. C’est l’ordre international lui-même qui se trouve exposé — dans ses principes comme dans ses contradictions.

Pourquoi certaines violations appellent-elles des sanctions immédiates, quand d’autres s’accommodent de protestations sans effet ? Pourquoi l’urgence est-elle, selon les cas, si variable ?

À ces écarts répond un sentiment grandissant : celui d’un droit inégal, d’une justice sélective, d’un univers normatif à géométrie variable.

Nommer, enfin, les responsabilités

Car il faut en venir là. Non plus seulement aux faits, mais à ce qui les rend possibles. Les décisions politiques, les vetos, les soutiens militaires, les prudences calculées, les silences entretenus : tout cela ne constitue pas un décor, mais une mécanique.

L’histoire, toujours, élargit le cercle des responsabilités. Elle ne s’arrête pas à ceux qui agissent ; elle inclut ceux qui permettent.

À Gaza, rien ne manque pour comprendre : les faits sont établis, les alertes lancées, les institutions saisies.

Ce qui manque encore, c’est autre chose — une décision, une rupture, un acte.

Et une question demeure, nue, irréductible :
que feront, concrètement, ceux qui ont le pouvoir d’agir ?

Quelques statistiques officielles :

Hôpitaux (et structures de santé) :

Gaza comptait environ 36 hôpitaux avant la guerre. Fin 2024–2025, la majorité ont été endommagés ou détruits ; seuls 14 à 17 restaient partiellement fonctionnels. 

Plus de 650 attaques contre des structures de santé ont été recensées 

En clair : le système hospitalier est quasi anéanti, plus que simplement «touché».

Écoles et universités :

Environ 778 écoles sur 815 (≈ 95 %) endommagées ou détruites. Plus de 90 % des bâtiments scolaires touchés. Des centaines d’établissements sont totalement hors service Cela correspond à l’effondrement quasi total du système éducatif.

Mosquées (et lieux religieux)

Environ 823 mosquées détruites selon certaines évaluations. De nombreux autres lieux religieux (églises, sites historiques) également endommagés. Une part majeure du patrimoine religieux a été rasée ou gravement touchée.

Infrastructures :

80 à 90 % des bâtiments de Gaza endommagés ou détruits. Plus de 102 000 bâtiments totalement détruits. 85 % des réseaux d’eau et d’assainissement hors service. 62 % des routes détruites. 80 % des infrastructures globales en ruines 

On parle ici d’une destruction systémique.

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