Tunisie: la Fédération de l’électricité alerte sur un déséquilibre de la transition énergétique
À l’horizon 2030, le paysage électrique tunisien devrait connaître un profond bouleversement, d’après les données de la Fédération générale de l’électricité et du gaz. Selon les projections, “la part de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), aujourd’hui ultra-dominante, reculerait nettement au profit d’une montée en puissance de la production privée, désormais appelée à jouer un rôle central”, explique Elyes Ben Ammar, membre de la Fédération, dans le cadre d’une conférence de presse organisée mardi le 21 avril 2026.
Le système évoluerait ainsi vers un modèle plus diversifié, marqué également par une ouverture accrue sur les marchés extérieurs, notamment européens, et une progression du développement de l’autoproduction.
Ce virage tranche avec la configuration actuelle. En 2024, la Steg assurait à elle seule près de 85% de la production d’électricité.
C’est précisément cette transformation que dénonce la Fédération générale de l’électricité et du gaz. Ses représentants ont exprimé leurs inquiétudes face à une transition énergétique qu’ils jugent déséquilibrée. Ils pointent notamment un affaiblissement progressif du rôle de l’opérateur public dans un secteur stratégique.
Pour Elyes Ben Ammar, l’orientation actuelle privilégie largement les investisseurs étrangers, appelés à exploiter les ressources naturelles du pays (solaire et éolien) pour produire une électricité en partie destinée à l’export. Une dynamique qui, selon lui, risque de limiter les retombées économiques au niveau national.
Le responsable syndical déplore également un manque de concertation autour de ces réformes, regrettant l’absence des représentants du secteur, notamment ceux de l’UGTT, dans les discussions du Parlement.
Face à ces enjeux, la Fédération plaide pour un recentrage de la stratégie énergétique. Elle appelle à renforcer le rôle de la Steg dans le développement des énergies renouvelables et à soutenir davantage les initiatives locales. Dans ce cadre, le programme “Prosol”, dédié au photovoltaïque en toiture, est cité comme un exemple réussi à consolider.
Au-delà des chiffres, le débat met en lumière une question de fond: celle du modèle de transition énergétique que la Tunisie souhaite adopter, entre ouverture aux capitaux étrangers et consolidation de ses capacités nationales.
Les intervenants ont alerté sur le risque que la production d’électricité renouvelable passe progressivement sous contrôle d’intérêts étrangers si la politique actuelle de concessions est maintenue. Une telle évolution pourrait, selon eux, renforcer la dépendance du pays dans un secteur stratégique pour l’économie nationale.
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