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Al-Joumhouri dénonce «un climat de peur» en Tunisie

Le Parti républicain (Al-Joumhouri) a exprimé sa pleine solidarité avec le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES), qui, selon lui, paie le prix de ses prises de position courageuses en faveur de la défense des droits économiques et sociaux.

Ce parti dont le chef, Issam Chebbi, est incarcéré depuis février 2023, condamné dans l’affaire dite de «complot contre l’Etat», avec des dizaines d’autres activistes de l’opposition, a également condamné, dans un communiqué sur sa page Facebook, la décision de suspendre la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) pour un mois, une mesure qu’il considère comme un dangereux précédent visant une organisation historique, véritable rempart des droits et libertés en Tunisie.

Al-Joumhouri, dont le co-fondateur, Ahmed Néjib Chebbi, est lui aussi incarcéré et condamné dans la même affaire, a affirmé que la situation actuelle n’est pas une simple application sélective de la loi, mais bien «un élément d’un projet politique visant à démanteler la société civile et à instaurer un climat de peur et de silence pour masquer les défaillances politiques, économiques et sociales qui accablent le pays», selon le termes du communiqué.

Le Parti républicain a réaffirmé son engagement envers un État civil démocratique, appelant à la libération du journaliste Zied El-Hani, mis en garde à vue il y a deux jours, à l’annulation immédiate de la décision de geler les activités de la Ligue, à la fin du «ciblage» du FTDES et d’autres organisations indépendantes, à l’arrêt de toutes les poursuites judiciaires, administratives et financières contre les associations et les médias indépendants, et au respect des obligations internationales de la Tunisie en matière de droits et libertés.

 I. B.

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OIM | Bureau à Tunis axé sur le retour volontaire des migrants

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations Unies a organisé, le 23 avril 2026, une journée portes ouvertes d’information à son siège de Tunis, pour faciliter l’accès des migrants aux services disponibles, à l’assistance médicale et aux documents de voyage, ainsi que le programme d’assistance au retour volontaire et à la réintégration (AVRR).

Lors de cette journée, les participants ont pu rencontrer les équipes de l’organisation, s’informer sur les programmes de soutien en cours et bénéficier d’entretiens individuels.

L’OIM a également fourni une assistance ciblée aux personnes ayant des besoins spécifiques, notamment par le biais de consultations médicales et d’un soutien à l’obtention de documents de voyage.

Au cœur de cette initiative se trouve le programme AVRR, qui permet aux migrants intéressés de retourner dans leur pays d’origine dans des conditions définies par l’organisation comme étant sûres, dignes et éclairées.

Le programme comprend une évaluation des besoins individuels, un soutien administratif, l’organisation des voyages et un accompagnement à la réintégration, visant à favoriser une réinsertion durable dans leurs communautés d’origine.

Les personnes intéressées ont également pu s’inscrire directement au programme lors de la journée portes ouvertes.

Selon les données publiées par l’OIM et relayées par la presse, en 2025, l’organisation a facilité le retour volontaire de 8 853 migrants vers leur pays d’origine, tandis que 1 760 bénéficiaires ont reçu un plan de réintégration personnalisé.

Depuis début 2026, plusieurs vols de retour volontaire ont été organisés. L’OIM présente le retour volontaire accompagné comme un outil de protection pour les personnes bloquées ou vulnérables, mais il reste un sujet de débat parmi les organisations humanitaires et les acteurs de la société civile, qui s’interrogent souvent sur les conditions matérielles dans lesquelles la décision de retour est prise.

 I. B.

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Formation et recrutement de 60 restaurateurs tunisiens en Italie

Le «Projet Tunisie», porté par Fipe-Confcommercio et Aigrim-Fipe, est officiellement lancé. Il vise à former et recruter 60 travailleurs du secteur de la restauration en Italie.

Selon un communiqué de presse de Fipe, le tournant a été une réunion institutionnelle à huis clos, organisée à Tunis le 20 avril 2026, afin de définir les modalités opérationnelles et de formation. La réunion a rassemblé la délégation italienne, le ministre tunisien de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Riadh Chaoued, et des représentants d’Elis, partenaire du projet.

Lors de cette réunion, les engagements mutuels pour le lancement de l’initiative ont été renouvelés et les modalités du programme de formation ont été définies.

Ce projet pilote permettra à 60 travailleurs, possédant différents niveaux d’expérience dans le secteur, de venir en Italie pour suivre une formation de 200 heures. La formation débutera fin mai par une partie linguistique, suivie d’une formation spécialisée début juin. L’arrivée des travailleurs en Italie est prévue en juin.

Cette initiative, fruit d’un investissement important des deux associations et des entreprises directement impliquées, constitue un modèle de coopération vertueux et reproductible, susceptible d’étendre l’attractivité du secteur aux pays hors Union européenne (UE).

Partenariats public-privé pour l’emploi

La rencontre avec le ministre Chaoued a eu lieu lors de la visite de la délégation italienne à Tunis pour le «Forum tunisien-européen : Formation, emploi et mobilité dans le secteur de l’hôtellerie-restauration» (20-22 avril), un événement parrainé par l’OIT et la Commission européenne.

La délégation, composée d’Aldo Cursano, vice-président adjoint de Fipe-Confcommercio, de Riccardo Orlandi, vice-président adjoint de Fipe-Confcommercio et président d’Aigrim-Fipe, et d’Andrea Chiriatti, directeur régional de Fipe-Confcommercio, a participé au forum avec un stand dédié et des présentations lors des panels officiels, notamment une présentation d’Aldo Cursano sur les partenariats public-privé pour soutenir l’emploi dans le secteur du tourisme.

«Ce projet démontre qu’il est possible de s’attaquer sérieusement et systématiquement au problème de la pénurie de personnel dans le secteur de la restauration en développant des processus réglementés, transparents et de haute qualité. La collaboration avec les institutions tunisiennes et des partenaires qualifiés nous permet d’investir dans les compétences avant même l’arrivée en Italie, garantissant ainsi des avantages tant pour les entreprises que pour les travailleurs. Si nous parvenons à consolider et à reproduire ce modèle, nous serons en mesure de nous doter d’un outil de coopération internationale stable, capable de soutenir la compétitivité de notre secteur», a commenté Aldo Cursano.

«Ce projet représente une réponse concrète et structurée à l’un des plus grands défis auxquels est confrontée notre industrie de la restauration», a déclaré Riccardo Orlandi, président d’Aigrim-Fipe. Et d’ajouter : «Il ne s’agit pas seulement de pallier la pénurie de personnel, mais aussi de construire des parcours professionnels durables et de qualité, en investissant dans la formation avant même l’arrivée des travailleurs en Italie. C’est un modèle qui met en relation l’offre et la demande de manière transparente et efficace, garantissant la protection des travailleurs et des compétences spécifiques aux entreprises.»

I. B. (avec Ansamed.)

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Banques tunisiennes | Mirage du tout-virtuel ou abandon de souveraineté ?

Alors que le Plan de développement 2026-2030 érige la transformation digitale en pilier du redressement national, une mutation silencieuse s’opère dans les architectures de nos banques : le passage au logiciel par abonnement, hébergé à distance. Si l’agilité promise par cette informatique «prête à l’emploi» est une arme de séduction massive, elle cache un impensé stratégique : la dépossession progressive de notre patrimoine informationnel financier.

Abdelwaheb Ben Moussa *

L’informatique en tant que service est souvent présentée comme l’antidote unique à l’inertie technologique. En externalisant les cœurs de métier ou l’intelligence artificielle du back-office vers des plateformes globales, la banque semble s’affranchir des lourdeurs matérielles.

Certes, l’argument de la réduction des coûts immédiats (OpEx) est séduisant face aux investissements massifs (CapEx) qu’exigerait une mise à niveau locale. Mais cette efficacité apparente ne doit pas devenir une perfusion étrangère permanente.

Pour l’auditeur, le risque n’est pas seulement financier, il est structurel. Adopter ces solutions, ce n’est pas simplement louer un outil ; c’est accepter une dépendance dont les frais de sortie et la facturation en devises pourraient, à terme, peser plus lourd que l’effort de souveraineté initiale.

Sécurité informatique vs sûreté nationale

On objectera souvent que les géants mondiaux du secteur offrent une protection cybernétique supérieure à nos infrastructures locales. C’est un fait technique, mais c’est un leurre stratégique. Il ne faut pas confondre la sécurité du contenant — la résistance aux attaques — et la sûreté du contenu — la propriété juridique des accès.

Un coffre-fort impénétrable reste une vulnérabilité si les clés sont détenues par une autorité soumise à des lois extraterritoriales.

Comment le régulateur tunisien peut-il garantir l’étanchéité absolue du secret bancaire si nos données critiques reposent sur des infrastructures dont nous n’avons pas la maîtrise ultime ? La modernité ne peut se bâtir sur l’aliénation de nos données les plus sensibles.

Pour une troisième voie tunisienne

L’alternative n’est pas le repli sur un archaïsme sécuritaire, mais l’émergence d’une souveraineté partagée. Le parlement et les autorités de régulation doivent aujourd’hui dépasser le stade de la simple surveillance pour devenir des architectes du marché.

Le salut réside dans un modèle hybride : exploiter la puissance du virtuel pour l’innovation de façade, tout en imposant la localisation des données vitales sur un sol national ou régional. Encourager l’émergence d’une offre technologique «Made in Tunisia» est le seul moyen de concilier la rapidité d’exécution réclamée par le marché et l’exigence de sécurité réclamée par l’État.

Un choix de civilisation économique

La digitalisation ne doit pas être le faux-nez d’une nouvelle forme de colonisation numérique. Si la technologie est un levier d’inclusion financière, elle doit servir l’économie tunisienne sans lui ôter son autonomie de décision. En 2026, la maturité de notre secteur bancaire se mesurera à sa capacité à innover sans se livrer « clés en main » aux puissances technologiques extérieures.

L’agilité est une vertu, mais elle devient un vice dès lors qu’elle nous prive de notre liberté d’agir.

* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.

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Tunisie | Des agri-entrepreneurs pour un investissement responsable

La mise en œuvre du programme Agri-accélérateur 360° en Tunisie franchit une étape opérationnelle avec le renforcement des capacités des comités chargés de la sélection des bénéficiaires. Cette phase vise à garantir un processus d’évaluation structuré, transparent et aligné avec les standards internationaux en matière d’investissement responsable.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en collaboration avec l’Agence de promotion des investissements agricoles (Apia), a organisé, du 20 au 24 avril 2026, à Tunis, une session de formation au profit des membres des six comités régionaux de sélection du programme Agri-accélérateur 360°.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un projet conjoint avec l’Organisation internationale du Travail (OIT), soutenu par le Fonds fiduciaire multi-donateurs pour la jeunesse et l’emploi en Tunisie. Elle vise à assurer une évaluation rigoureuse et équitable des candidatures des jeunes agri-entrepreneurs.

Le programme est déployé dans six gouvernorats (Siliana, Bizerte, Médenine, Nabeul, Sfax et Zaghouan) et cible quatre filières agricoles à fort potentiel par région.

L’appel à candidatures, lancé du 2 février au 31 mars, a permis de mobiliser un nombre important de jeunes entrepreneurs agricoles. Les dossiers sont actuellement en cours de vérification au regard des critères d’éligibilité.

Dans une première phase, 360 candidats doivent être présélectionnés (60 par gouvernorat) pour bénéficier d’un accompagnement d’orientation structuré, composé de sept sessions. À l’issue de cette étape, une évaluation complémentaire permettra d’identifier 240 jeunes (40 par gouvernorat) qui accéderont à un dispositif d’accompagnement renforcé, incluant un appui entrepreneurial, technique et en équipements.

Dans ce contexte, la formation organisée par la FAO visait à doter les membres des comités de sélection des compétences nécessaires pour conduire une évaluation rigoureuse, harmonisée et fondée sur des critères objectifs.

Les travaux ont porté notamment sur l’utilisation des outils d’évaluation, dont la grille de notation, ainsi que sur l’intégration des Principes du Comité de la sécurité alimentaire mondiale pour un investissement responsable dans l’agriculture et les systèmes alimentaires (Principes CSA-IRA).

Cet atelier a constitué une étape clé pour assurer que les profils retenus correspondent aux objectifs du programme et contribuent au développement d’entreprises agricoles viables, génératrices d’emplois et respectueuses de l’environnement.

La formation a contribué à garantir la transparence et la qualité du processus de sélection, en veillant à ce que les candidatures soient évaluées selon des critères harmonisés et alignés avec les principes de l’investissement responsable.

Ce dispositif de sélection permet d’identifier des projets portés par des jeunes entrepreneurs engagés dans le développement de leurs activités, en cohérence avec les priorités du secteur agricole.

À l’issue de cette phase, les comités de sélection engageront l’évaluation des candidatures présélectionnées. Les résultats permettront d’identifier les bénéficiaires de l’accompagnement renforcé, dont le déploiement est prévu dans les prochains mois, conformément aux modalités du programme Agri-accélérateur 360°.

Communiqué.

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Créer un assistant IA 100% souverain avec une architecture RAG

Pour une souveraineté totale, et afin qu’aucune donnée ne quitte votre infrastructure, imaginez, en une phrase, un assistant IA intelligent, qui ne dépend ni d’OpenAI, ni du cloud américain, et qui respecte totalement la confidentialité de vos données. C’est ce que permet une architecture RAG sur un cluster de calcul local (chez vous ou dans votre entreprise).

Heni Bouhamed *

Les briques techniques expliquées simplement

Comment ça marche (étape par étape) :

Ingestion : Vous chargez vos documents (PDF, bases de données, logs) dans le cluster.

Indexation : Solr les organise pour qu’ils soient cherchables rapidement (texte + sens).

Question utilisateur : Vous posez une question à l’assistant.

Recherche : Le système va chercher les passages pertinents dans Solr.

Génération : Le LLM local rédige une réponse précise en s’appuyant uniquement sur ces passages.

Résultat : une réponse juste, traçable, et sans risque de fuite de données.

Des exemples concrets prouvant que c’est important :

Santé : les dossiers patients ne quittent jamais l’hôpital.

Banque / Finance : les données sensibles restent dans le data center de l’entreprise.

Administration publique : souveraineté nationale garantie.

Start-up / PME : pas de dépendance aux géants du cloud, coût maîtrisé.

Cette architecture permet de :

– traiter descentaines de téraoctets de données brutes ;

– répondre à des millions de requêtes (ex: Black Friday) ;

– résister à des pannes machines (redondance) ;

– fonctionner sans connexion Internet possible.

En résumé,vous installez un “mini Google + ChatGPT” chez vous, totalement privé, capable de comprendre vos propres documents et d’y répondre intelligemment – sans jamais envoyer vos données ailleurs.

Cela s’adresse aux ingénieurs data, DSI d’entreprises sensibles ; toute organisation publique ou privée qui veut reprendre le contrôle de ses données.

* Senior Lecturer at Sfax University, Tunisia.

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Ibn Rochd et Al-Ghazali dans la Tunisie contemporaine

À l’occasion de la commémoration mondiale du 9ème centenaire de la naissance d’Ibn Rochd (Averroès), la projection-débat  du film ‘‘Le Destin’’, de Youssef Chahine à l’École de cinéma de Gammarth, et le colloque consacré au philosophe à la Foire internationale du livre de Tunis ce  dimanche 26 avril 2026 constituent les moments phare de cette commémoration.

Abdelhamid Larguèche *

L’exil d’Averroès porté à l’écran depuis près de 30 ans par Chahine marque la fin d’un monde, mais aussi le début d’un autre. En quittant Cordoue, la pensée perd son ancrage immédiat mais gagne en extension. Chahine rejoint ici une vérité historique : marginalisé dans le monde musulman, Ibn Rochd devient une référence majeure dans l’Europe médiévale, influençant notamment Thomas d’Aquin.

Le film propose ainsi une réflexion profonde sur la temporalité des idées. La défaite est immédiate, la victoire différée. La raison ne triomphe pas dans l’instant, mais elle survit dans la durée.

‘‘Le Destin’’ n’est pas un simple film historique ni un biopic philosophique. C’est un manifeste cinématographique en faveur de la liberté intellectuelle. En articulant critique du pouvoir, analyse de l’extrémisme et célébration de la transmission, Chahine propose une œuvre d’une actualité persistante.

Sa thèse, d’une simplicité redoutable, traverse le film : toute société est confrontée, tôt ou tard, à un choix décisif :  protéger ses penseurs ou les livrer au feu.

Le reste, comme le suggère la dernière image du film, n’est qu’une question de temps : les idées, elles, ont des ailes.

Ce film nous a inspiré cette réflexion consacrée au débat éternel et insoluble entre Averroès et Al-Ghazali, débat qui continue à hanter nos esprits au présent.

Une tension qui ne passe pas 

Il est des conflits que l’histoire ne résout pas. Celui qui oppose la raison philosophique à la transcendance religieuse est de ceux-là. Depuis des siècles, on tente de le dépasser : en conciliant, en hiérarchisant, en subordonnant. Mais rien n’y fait. La tension demeure.

C’est dans la confrontation entre Averroès et Al-Ghazali que cette tension apparaît dans sa forme la plus nette. Non comme un simple désaccord, mais comme une véritable «aporie» : une contradiction que la pensée ne parvient pas à dépasser sans se contredire elle-même.

Toute la difficulté tient dans une prétention : celle de la raison à être universelle et autonome. La raison démonstrative — héritée d’Aristote — veut établir des vérités valables pour tous, indépendamment des croyances.

Mais cette prétention est fragile. Car la raison ne pense jamais hors sol. Elle dépend des sens, du langage, de l’histoire et des contextes culturels.

Elle veut être fondement, mais elle est elle-même située. Elle veut être juge, mais elle est aussi partie prenante.

C’est cette contradiction qu’Al-Ghazali met en lumière avec une radicalité troublante.

Al-Ghazali : la limite de la causalité

Prenons un exemple concret : la causalité. Pour la philosophie aristotélicienne, reprise par Averroès, le monde est structuré par des causes nécessaires. Le feu brûle le coton, non par hasard, mais parce qu’il existe un lien réel entre les deux.

Al-Ghazali conteste cette évidence. Pour lui, ce que nous appelons «cause» n’est qu’une «habitude de perception». Nous voyons le feu brûler le coton, mais rien ne prouve que le feu est la cause du brûlement. Dieu pourrait très bien produire l’effet sans la cause.

Autrement dit : il n’y a pas de nécessité dans le monde, seulement une régularité voulue par Dieu.

Cette critique est redoutable. Elle introduit un doute radical : si la causalité n’est pas nécessaire, alors toute science devient fragile.

La réponse d’Averroès : sauver l’intelligibilité du monde

Averroès ne peut accepter cette conclusion. Car sans causalité, il n’y a plus de science, plus de connaissance possible.

Sa réponse est nette : nier les causes, c’est nier la rationalité du monde. Et nier la rationalité du monde, c’est rendre impossible toute pensée.

Pour lui, Dieu n’est pas un arbitre capricieux qui suspend les lois à chaque instant. Il est au contraire le garant de l’ordre du monde. Les causes sont réelles, et leur régularité est ce qui rend la connaissance possible.

Derrière ce désaccord, il y a deux visions incompatibles :

– un monde dépendant à chaque instant de la volonté divine (Al-Ghazali) ;

– un monde intelligible par lui-même, structuré par des lois (Averroès).

L’éternité du monde : un second point de rupture

Un autre exemple éclaire cette opposition : la question de l’éternité du monde.

Dans la tradition religieuse, le monde a un commencement : il est créé par Dieu à un moment donné.

Mais pour Aristote, suivi par Averroès, le monde est éternel. Il n’a pas de début dans le temps. Il existe nécessairement.

Al-Ghazali y voit une hérésie majeure. Car si le monde est éternel, alors Dieu n’est plus créateur au sens fort.

Averroès répond en distinguant deux registres :

– la vérité philosophique, qui démontre l’éternité du monde,

– la vérité religieuse, qui parle de création dans un langage accessible.

Mais cette solution crée une tension supplémentaire : peut-on accepter deux vérités sans les faire entrer en conflit ?

Une solution élitiste et fragile

Pour sortir de l’impasse, Averroès propose une hiérarchie des publics :

– les philosophes accèdent à la vérité démonstrative ;

– la majorité reçoit des images adaptées à sa compréhension.

La religion devient alors une pédagogie du vrai.

Mais cette solution est fragile. Elle suppose une séparation durable entre savoir et croyance, entre élite et masse. Elle pose aussi une question politique : qui décide de ce que chacun doit croire ?

Une tension toujours actuelle : le cas tunisien

Ce débat n’appartient pas au passé. Il traverse encore nos, et notamment la Tunisie contemporaine.

Depuis la révolution de 2011, une question revient avec insistance : «Quelle place pour la religion dans l’espace public ?». Faut-il un espace public neutre, fondé sur la raison et le droit ? ou un espace traversé par les références religieuses, comme expression d’une identité collective ?

Derrière ces positions, on retrouve, sous d’autres formes, le conflit entre Averroès et Al-Ghazali : ceux qui défendent l’autonomie du politique et du rationnel, et ceux qui affirment la primauté du référent religieux.

La question de la causalité devient aujourd’hui celle de la science et de son autorité.

La question de l’éternité du monde devient celle du rapport entre savoir scientifique et vérité religieuse.

La question de la hiérarchie des publics devient celle de l’éducation, de la liberté de conscience et du rôle de l’État.

Raison et foi : une aporie vivante

Il est tentant de vouloir trancher. De choisir un camp. D’imposer une synthèse. Mais peut-être faut-il reconnaître que cette tension est irréductible.

La raison est notre seul outil pour penser le monde. Mais elle est limitée, située, exposée au doute.

La foi répond à des attentes que la raison ne peut ni dissoudre ni remplacer.

Vouloir éliminer l’une au profit de l’autre, c’est mutiler notre expérience du réel.

Averroès et Al-Ghazali ne nous offrent pas une solution. Ils nous obligent à penser dans l’inconfort. Et dans une société comme la nôtre, cet inconfort n’est pas un échec. C’est peut-être la condition même de la liberté.

* Historien et écrivain.

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Sonede | Quatre gouvernorats sans eau potable

La Société nationale d’exploitation et de distribution d’eau (Sonede) a annoncé des perturbations et des interruptions temporaires de la distribution d’eau potable dans les gouvernorats de Kairouan, Sousse, Monastir et Mahdia, ce vendredi 24 avril 2026 à compter de 14h00.

Dans un communiqué, la société explique que ces interruptions sont rendues nécessaires par des réparations d’urgence programmées suite à une défaillance d’une conduite d’eau de 600 millimètres de diamètre à Oued El Atef, dans le gouvernorat de Kairouan.

Ces perturbations affecteront les quartiers d’Al Houamed et d’Al Ghabat dans la délégation de Kairouan Nord, ainsi que plusieurs zones des délégations de Sidi El Hani, Kalaa Sghira et M’saken dans le gouvernorat de Sousse. Elles impacteront également plusieurs districts des délégations de Zeramdine, Jemmal, El Ouardanine et Bembla dans le gouvernorat de Monastir, ainsi que la ville de Karkar dans le gouvernorat de Mahdia.

Par ailleurs, la société a indiqué que la distribution d’eau potable reprendrait normalement et progressivement, à partir de 22 heures le samedi 25 avril.

Pour sa part, la direction régionale des équipements et du logement de Kairouan a annoncé ce vendredi l’interruption de la circulation sur la route nationale 12 bis, au niveau du pont de Oued Zeroud, suite à une rupture soudaine d’une conduite d’eau ayant endommagé la chaussée.

Selon un communiqué de ladite direction, la rupture de la conduite de 600 mm de diamètre, au point kilométrique 11, a nécessité la déviation des usagers venant du district d’Al-Ghabat vers la route nationale 12 pour rejoindre Kairouan.

Par ailleurs, la direction conseille aux automobilistes venant de la route nationale 2 de continuer vers Kairouan, puis d’emprunter la route nationale 12 en direction de Sousse. Cette mesure exceptionnelle restera en vigueur jusqu’à la fin des travaux de réparation.

I. B.

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L’Espérance perd l’un de ses vaillants buteurs, Michael Eneramo

L’ancien attaquant international nigérian et ancien buteur de l’Espérance de Tunis Michael Eneramo est décédé tôt ce matin, vendredi 24 avril 2026, à l’âge de 41 ans, lors d’un entraînement à Kaduna. L’attaquant a connu une brillante carrière, évoluant notamment dans des clubs comme l’Espérance de Tunis, le Besiktas, le Sivasspor et l’Istanbul Basaksehir.

Eneramo, né le 26 novembre 1985, avait mis un terme à sa carrière de footballeur en 2018, mais s’entraînait régulièrement sur un terrain d’école primaire situé à Ungwan Yelwa, dans la région de Kaduna, près de son domicile.

Aux premières heures de ce matin, il se portait bien et a joué les 45 premières minutes, mais s’est effondré cinq minutes après le début de la seconde mi-temps et est décédé avant l’arrivée à l’hôpital.

Eneramo avait fait ses débuts dans la sélection du Nigeria en marquant un but lors des qualifications pour la Coupe du Monde 2010… contre la Tunisie. C’était la première de ses dix sélections internationales, pour un total de trois buts.

Eneramo est le second ancien joueur de l’Espérance qui décède sur un terrain de football en plain match, après Hedi Berrekhissa en 1994.

I. B.

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Conférence à Sousse sur les dynamiques migratoires en Méditerranée

La première conférence annuelle du réseau doctoral EuroMedMig 𝐏𝐡𝐃 𝐍𝐞𝐭𝐰𝐨𝐫𝐤 (𝐌𝐒𝐂𝐀), consacrée à l’étude des dynamiques migratoires en Méditerranée, se déroule sur trois jours, du 22 au 24 avril 2026, à l’Université de Sousse, en Tunisie, avec la participation de chercheurs, de doctorants et de partenaires académiques internationaux.

Ce programme s’inscrit dans le cadre d’un projet financé par l’Union européenne au titre des actions Marie Skłodowska-Curie d’Horizon Europe, avec pour objectif de former une nouvelle génération de chercheurs capables d’aborder la question des migrations selon une approche interdisciplinaire ancrée dans les réalités euro-méditerranéennes.

Le consortium réunit des institutions de sept pays – Belgique, Espagne, France, Italie, Tunisie, Maroc et Égypte – ainsi que des partenaires institutionnels et économiques. Parmi ceux-ci figurent la Délégation générale Wallonie-Bruxelles en Tunisie, le Conseil de la Communauté marocaine à l’étranger et le groupe industriel John Cockerill. La conférence est axée sur des séances plénières, des tables rondes et des ateliers méthodologiques destinés aux douze doctorants du réseau. Les thèmes annoncés couvrent un large éventail de sujets, allant de la gouvernance des migrations à la résilience urbaine, des marchés du travail aux diasporas, en passant par la coopération entre l’Union européenne et la Tunisie en matière de migration.

Inscrite au calendrier officiel du réseau, la conférence de Sousse constitue la première conférence annuelle du cycle 2026 et est consacrée au thème «Gouvernance, politiques et enjeux politiques». Elle marque également l’engagement de l’université tunisienne dans la coopération scientifique euro-méditerranéenne sur l’une des questions les plus sensibles de la région : les migrations.

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Le Sahara et le trafic d’êtres humains vers la Tunisie

De nombreux témoignages sur les réseaux sociaux révèlent un plan détaillé des réseaux de passeurs qui ont transformé le Sahara en un marché aux êtres humains à ciel ouvert vers la Tunisie.

Sami Jallouli *

Le premier noyau de ce réseau se forme à Agadez, au nord du Niger, d’où les migrants se dirigent vers la frontière algérienne via Aïn Amenas ou bifurquent vers Tombouctou et Gao, au Mali, zones hors de contrôle officiel où des structures hybrides, composées de bandes de passeurs et d’organisations armées, organisent des convois de la mort à bord de camions et de véhicules tout-terrain.

La traversée du désert est l’étape la plus lucrative pour les passeurs. Les migrants paient entre 500 et 2 000 dollars pour le transport et la protection jusqu’à Tamanrasset, plaque tournante logistique du voyage.

À Tamanrasset, ils deviennent ouvriers au marché noir, travaillant dans le bâtiment et l’agriculture pour financer la suite du voyage, dont le coût oscille entre 300 et 600 dollars. Une fois l’argent réuni, les clients passent d’un passeur à l’autre et entament leur périple vers le nord, en direction d’Ouargla, principal centre de tri. De là, certains rejoignent la Libye via Ghadamès, tandis que d’autres poursuivent leur route vers Tébessa.

Trafic d’êtres humains et frontières poreuses !

À Tébessa, des guides spécialisés dans les sentiers de montagne facilitent le passage des migrants à travers des zones accidentées et non officielles, moyennant une somme allant de 100 à 250 dollars, avant de les déposer en territoire tunisien près de Kasserine.

Une fois la frontière franchie, les réseaux de passeurs tunisiens prennent le relais et transportent les migrants de nuit jusqu’à Sfax pour 500 dinars par personne. Aux abords de Sfax, les passeurs disparaissent, laissant la place à des intermédiaires locaux… et des ateliers de construction de bateaux en fer prospèrent, vendant ces embarcations entre 30 000 et 40 000 dinars pièce, générant d’immenses profits pour les courtiers locaux qui ont acheté des loyautés et recruté des informateurs pour se protéger des descentes de police.

Face à ce réseau de passeurs, qui communiquent par codes numériques, GPS et guides experts, son démantèlement par les méthodes de sécurité traditionnelles est quasiment impossible, d’autant plus que la plupart de ces individus sont entrés par la frontière algérienne avec la complicité de réseaux transnationaux.

Migration irrégulière et tissu urbain tunisien

S’attaquer au problème de la migration irrégulière à une telle échelle au sein du tissu urbain tunisien est extrêmement complexe et presque impossible d’un point de vue sécuritaire et logistique.

La solution réside dans le bouclage de tous les points de passage frontaliers grâce à des systèmes de surveillance avancés et des drones de reconnaissance couvrant les terrains accidentés et les zones vulnérables, ainsi que dans la traque des chefs des réseaux locaux de passeurs.

Il est donc devenu essentiel de concentrer les efforts sur la zone frontalière. Il faut stopper net le flux migratoire à la frontière. Ces efforts doivent s’accompagner d’une documentation numérique et juridique précise de chaque passage, non seulement pour contrôler la frontière, mais aussi pour définir les responsabilités internationales et régionales et responsabiliser chaque partie quant à ses obligations en matière de protection des frontières communes.

* Expert juridique.

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L’Irak, l’autre bras de fer entre les États-Unis et l’Iran

L’administration Trump a suspendu les envois de dollars américains à l’Irak et gelé les programmes de coopération en matière de sécurité avec son armée dans le but d’accroître la pression sur Bagdad pour qu’il démantèle les puissantes milices soutenues par l’Iran.

Imed Bahri

Selon le Wall Street Journal, un envoi d’environ 500 millions de dollars en espèces, provenant des recettes pétrolières irakiennes détenues sur des comptes de la Réserve fédérale, a récemment été bloqué par le Trésor américain en raison des inquiétudes suscitées par ces milices. 

Il s’agit du deuxième envoi de ce type retardé depuis l’escalade des tensions avec l’Iran fin février, quelques semaines après que des milices ont lancé des attaques contre des positions américaines en Irak et dans les pays voisins en soutien à Téhéran.

Les milices de la discorde

Washington a informé Bagdad qu’il suspendrait le financement de certains programmes de lutte contre le terrorisme et de formation militaire jusqu’à ce que les attaques des milices cessent et que le gouvernement irakien prenne des mesures concrètes pour les démanteler. 

Ces mesures soulignent la pression croissante exercée sur Bagdad pour qu’elle s’aligne plus clairement sur les États-Unis et réduise ses liens étroits avec l’Iran depuis le début de la guerre israélo-américaine contre Téhéran, qui dure depuis près de huit semaines.

Dans un communiqué publié mardi 21 avril 2026, ne faisant aucune mention de la suspension des livraisons, la Banque centrale d’Irak a déclaré ne pas connaître de pénurie de dollars, affirmant avoir «satisfait toutes les demandes de devises américaines émanant des banques et des bureaux de change». 

Depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003, Washington a accepté de conserver les recettes pétrolières irakiennes –qui s’élèvent à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an– auprès de la Réserve fédérale de New York. Afin de réinjecter ces fonds dans l’économie irakienne. Jusqu’à 13 milliards de dollars par an sont acheminés à Bagdad en espèces pour soutenir une économie fortement dépendante des transactions en espèces.

Les États-Unis ont brièvement interrompu ces livraisons en 2015, craignant que les dollars ne tombent entre les mains de l’État islamique (EI), et ont menacé à plusieurs reprises de les suspendre par la suite.

Bien que l’Irak ait réduit sa dépendance au dollar, les avions transportent toujours d’importantes quantités de devises américaines vers la Banque centrale, ce qui confère à Washington un levier considérable sur Bagdad.

Une suspension temporaire

Les responsables américains affirment que la suspension de ces livraisons est temporaire mais ils n’ont pas précisé les conditions nécessaires à leur reprise.

Le porte-parole du département d’État Tommy Pigott a déclaré : «L’incapacité du gouvernement irakien à empêcher ces attaques alors que certains de ses alliés continuent d’apporter un soutien politique, financier et opérationnel aux milices nuit aux relations américano-irakiennes. Les États-Unis ne toléreront aucune attaque contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu’il prenne des mesures immédiates pour démanteler les groupes armés soutenus par l’Iran». 

Depuis le début du conflit, les milices ont mené des centaines d’attaques de faible envergure à l’aide de drones et de roquettes, ciblant des bases militaires, des consulats et des installations diplomatiques américaines, notamment au sein de l’aéroport international de Bagdad. Washington a également imputé à des groupes soutenus par l’Iran une tentative d’attaque contre un convoi de sécurité américain transportant un otage libéré hors d’Irak au début du mois.

En réponse, les États-Unis mènent des frappes aériennes contre ces groupes en Irak depuis le début de la guerre.

Malgré la réduction de sa présence militaire en Irak ces dernières années, Washington continue de fournir des renseignements sur l’EI et d’apporter son soutien aux forces irakiennes en matière de formation et d’équipement.

Les milices les plus puissantes d’Irak, telles que l’Organisation Badr, Kataïb Hezbollah et Asaïb Ahl al-Haq, exercent une influence considérable au sein du gouvernement et du secteur financier. L’Irak est actuellement en négociations pour la nomination d’un nouveau Premier ministre, sous la pression de ces milices et de Téhéran qui souhaitent la désignation d’une personne maintenant des liens étroits avec l’Iran. Certaines de ces factions ont également été formellement intégrées aux forces armées, ce qui complique la tâche de tout Premier ministre souhaitant les affronter.

L’actuel Premier ministre, Mohammed Shia al-Sudani, en fonction depuis 2022, sollicite le soutien de Washington pour un second mandat, tout en évitant une confrontation directe avec les milices.

Trump dicte sa loi

Ces groupes bénéficient également de l’accès de l’Irak aux dollars américains. En 2023 et 2024, le département du Trésor américain a sanctionné plus de 20 banques irakiennes pour leur implication dans le transfert illégal de dollars depuis les comptes irakiens auprès de la Réserve fédérale, via des transactions frauduleuses.

Par la suite, des milices ont été impliquées dans l’achat en Irak d’importantes quantités de cartes Mastercard et Visa préchargées, qu’elles ont ensuite transférées aux Émirats arabes unis et dans les pays voisins pour retirer l’argent en dollars avant de le renvoyer en Irak et de le convertir en dinars afin de profiter des fluctuations du taux de change, selon le département du Trésor.

Ces milices trouvent leurs origines dans le chaos qui a suivi l’invasion américaine il y a plus de vingt ans. Elles ont émergé pour défendre les zones chiites et affronter les groupes armés sunnites et ont combattu les forces américaines que leurs dirigeants ont qualifiées d’occupation. L’Iran a fourni des armes à nombre de ces groupes avant de jouer un rôle important dans la lutte contre Daech en 2014.

En janvier dernier, le président Trump avait averti qu’il suspendrait l’aide américaine à l’Irak si l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, proche allié de l’Iran, revenait au pouvoir. Maliki s’est récemment retiré de la course et sa coalition, connue sous le nom de Cadre de coordination, a désigné un autre candidat, Basim al-Badri, figure du parti Dawa.

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‘‘La Lettre Jaune’’ | Le premier roman de Walid Nemili

Walid Nemili, chroniqueur et blogueur littéraire, vient de publier son premier roman, ‘‘La Lettre Jaune’’, un thriller psychologique intense qui plonge le lecteur dans les méandres de la culpabilité et des secrets enfouis.

Le jour de ses trente ans, Yasmine reçoit une enveloppe anonyme d’un jaune éclatant. À l’intérieur, une phrase simple et dévastatrice : «Tu l’as tué.» Ce message, d’abord absurde, va fissurer ses certitudes et l’entraîner dans une descente aux enfers où le passé resurgit sans laisser d’échappatoire.

Passionné de littérature francophone, Walid Nemili n’est pas un inconnu dans le monde des livres. Après avoir interviewé les plus grands noms du thriller (Franck Thilliez, Alexis Laipsker) et œuvré pour la promotion des écrivains tunisiens à travers ses capsules et émissions radio, il livre ici une œuvre personnelle qui maîtrise les codes du genre tout en y apportant une sensibilité unique.

Une rencontre et séance de dédicaces se tiendra samedi 25 avril 2026, à 15h00, à la Foire du livre de Tunis, au stand 1710 de Hkeyet Edition.  

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Naïma Karoui, pionnière des recherches sur les femmes en Tunisie

Figure pionnière des études sur la femme dans les milieux sociaux défavorisés et particulièrement dans le monde rural, Naïma Karoui a contribué à inscrire la question de la femme au cœur de l’analyse sociologique tunisienne.

Raja Fenniche *

Retracer le parcours scientifique de Naima Karoui est une tâche doublement difficile, vu la profusion de ses écrits et la diversité des thèmes abordés. Elle a enquêté, écrit, publié dans la discrétion, sans souci de visibilité.

Naïma Karoui née Fenniche appartient pourtant à la première génération de sociologues tunisiens qui ont posé les fondements d’une discipline susceptible d’éclairer les dynamiques d’une société complètement sous-étudiée à l’époque. Aux côtés de Abdelkader Zghal, Hechmi Karoui, Ridha Boukraa, Salah Hamzaoui, Khalil Zamiti et bien d’autres, elle a été membre, à partir de la fin des années 1960, de la section Sociologie du Centre d’études et de recherches économiques et sociales (Ceres) et a publié régulièrement les résultats de ses recherches dans la Revue tunisienne des sciences sociales (RTSS).

Figure pionnière des études sur la femme dans les milieux sociaux défavorisés et particulièrement dans le monde rural, elle a contribué à inscrire la question de la femme au cœur de l’analyse sociologique tunisienne.

La condition féminine a été étudiée en corrélation avec les mutations profondes que connaissait la Tunisie au tournant des années 1970, qui marque une étape importante de la construction du pays et de l’émergence de l’économie capitaliste.

Après l’échec du modèle coopératif des années 1960, le gouvernement de Hédi Nouira a placé la propriété privée et l’investissement extérieur au cœur de la stratégie de développement économique. S’en est suivi la montée d’une petite bourgeoisie locale et l’élargissement de la base de la classe ouvrière à de nouvelles franges de la population, dont les femmes, tant citadines que rurales.

Impact des transformations économiques sur les femmes

C’est sur ce dernier aspect, en particulier, que s’est penchée Naima Karoui dans ses travaux, en analysant l’impact des transformations économiques, sociales, mais aussi symboliques de la société sur le vécu des femmes et leur imaginaire.

Formée en Tunisie puis en France, elle soutient en 1976 à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS, Paris), sous la direction d’Alain Touraine, une thèse intitulée «Changement social et condition de la femme en Tunisie». Ce travail initiateur s’inscrit dans une approche sociologique attentive aux dynamiques d’une société en pleine transformation et aux tensions entre discours officiel et pratiques sociales.

L’originalité de sa démarche tient à l’importance qu’elle a accordée au travail de terrain, à une époque où la sociologie tunisienne était encore à son début. A travers le recueil de témoignages et d’entretiens, elle a donné de la visibilité à des franges peu représentées dans l’espace public : ouvrières, paysannes, employées de bureau.

La diversité des trajectoires féminines

C’est à travers les enquêtes menées dans les années 1970 auprès des ouvrières de l’industrie textile de Menzel Bourguiba, des ouvrières agricoles de la région de Mateur, des paysannes de Kerkennah, et des employées de l’administration des P.T.T. qu’elle a pu mettre en exergue la diversité des trajectoires féminines, en fonction des catégories sociales auxquelles elles appartiennent.

J’ai eu le privilège, jeune lycéenne, de l’avoir vue à l’œuvre lorsque je l’ai accompagnée à quelques reprises dans son enquête auprès des ouvrières agricoles de Mateur.

Assise près du chauffeur, dans la voiture tout-terrain du Ceres, elle nous expliquait, en chemin, comment remplir le questionnaire, en retranscrivant le plus fidèlement possible les réponses des enquêtées. La voiture serpentait lentement sur les sentiers tortueux de la montagne qui surplombait les alentours de Mateur.

Arrivées au douar, nous avons été accueillies par une ribambelle d’enfants, qui couraient derrière la voiture en poussant des cris de joie. Les femmes vinrent s’attrouper autour de Naima, souriantes et excitées ; elles se bousculaient pour lui tendre la main : «Elles me connaissent, nous dit Naima, je suis déjà venue»

Nous commencions l’enquête. Quelques-unes nous faisaient entrer dans leur houch, nous donnaient du pain et de l’huile. Je me rappelle leurs rires étouffés quand nous abordions la question de l’avortement et des moyens contraceptifs. Celle que j’interviewais refusa net d’en parler : «Tu es trop jeune, haki dhiri», me dit-elle en riant.

Naima savait les écouter avec douceur et attention ; c’était sa manière à elle de les mettre en confiance. «Le travail de terrain est fondamental en sociologie», répétait-elle souvent. Étudiante, elle y a été initiée par ses professeurs, dont Jean Duvignaud, qui emmena en 1960 les étudiants à Chebika (1) pour une enquête sur les conditions de vie des habitants du village.

Depuis les années 1970, ses recherches se sont axées sur le travail féminin dans les couches défavorisées et ses effets sur la vie familiale. L’accès au travail rémunéré génère un vécu traversé de contradictions : double charge familiale et professionnelle, immobilisme des statuts conjugaux, tensions entre modèle traditionnel et aspiration à la modernité.

Donner la parole aux exclues et aux marginalisées

Les enquêtes qualitatives menées lui ont permis non seulement de mettre en lumière certains aspects méconnus du vécu de ces femmes et de leur horizon d’attente, mais aussi de donner la parole aux exclues, aux marginalisées parmi elles.

Dans son article «La femme entre mythe et réalité », elle écrit (2) : «Parallèlement à l’insécurité économique dans laquelle elles avaient grandi, l’éclatement de la cellule familiale avec toutes les valeurs qui soutenaient son système, agissaient sur leurs attitudes et conduites pour expliquer la facilité avec laquelle elles bravaient les valeurs allant jusqu’à s’adonner à la prostitution clandestine».

Elle fustige un système économique et social qui  asservit pleinement les femmes : «il ressort que les enquêtées- principalement les ouvrières d’usines et les ouvrières agricoles  sont doublement exploitées par leurs patrons et les hommes de leurs familles principalement le mari» (3) …« quant aux femmes employées de bureau, quoique le travail joue un rôle positif dans leur insertion sociale, elles  continuent pour beaucoup à faire preuve d’attitudes traditionnelles dans leur famille : dépendance à l’égard du mari, effacement quand il s’agit de prendre des décisions importantes, maintien de la séparation des tâches. » (4)

C’est précisément la question de savoir si l’accès au travail a constitué, pour la femme, un véritable facteur d’émancipation qui a été au cœur de plusieurs travaux de Naima Karoui. A-t-il entraîné des répercussions positives sur le rapport homme/ femme ? A-t-il inversé la relation domination/ subordination au sein de la famille traditionnelle ?

Dans une approche d’anthropologie sociale et de psychosociologie, elle a confronté le vécu réel des femmes aux représentations sociales contradictoires prévalant dans la société. Représentations fortement polarisées entre une image de la femme portée par la tradition et un modèle d’émancipation défendu par «le courant moderniste», représenté par le pouvoir en place. «Le thème central porte sur l’adéquation ou la dichotomie existant entre le modèle de la femme véhiculé par le discours officiel de type moderniste et le vécu des femmes selon leur appartenance à des catégories socio-professionnelles différentes. » écrit-elle dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord (5).

Un autre apport majeur de son œuvre réside dans l’étude de la pluralité des représentations et des discours sur la femme dans la Tunisie coloniale puis indépendante. Dans son article consacré à l’étude de l’image de la femme dans la presse satirique des années 1930 (6), elle décrit la représentation surannée de la femme, révélatrice des idées rétrogrades prévalant à cette époque.

Dans un autre article (7), elle porte un regard critique sur les idées d’émancipation véhiculées par le système éducatif français puis tunisien, depuis la première école, celle de Louise Renée Millet en 1900, jusqu’aux écoles de la République. Elle montre aussi que les questions de l’identité, du voile, du mariage et du rôle de la femme dans la sphère publique sont mises à rude épreuve par une idéologie conservatrice et discriminatoire.

Dans plusieurs de ses articles, Naima insiste sur le déchirement de la femme entre un modèle de famille marqué par la tradition musulmane fortement ancrée dans la société, «fidèle à l’esprit de la charia et du Coran, qui reflète, dit-elle, un passé mythique… qui ne trouve de légitimité que dans les textes religieux» (8) et une représentation émancipatrice de la femme à laquelle elle est censée se conformer.

Elle montre que les enquêtées vivent différemment le conflit entre ces deux modèles. Leur déchirement varie d’intensité selon leurs conditions de vie et leur statut social.

«Toutes les autres femmes que nous avons enquêtées ont exprimé des aspirations sans trop y croire, comme pour nous faire plaisir, avec un salaire aussi dérisoire que le leur, elles savent que leur mode de vie ne changera pas de sitôt» (9).

A une époque encore fortement marquée par la tradition, Naima, féministe avant la lettre, percevait les limites de cette «libération» initiée par le pouvoir, qui ne trouvait qu’un vague écho auprès des femmes marginalisées. Elle nous disait qu’un féminisme authentique ne saurait se limiter à des cercles élitistes et ne pouvait se concevoir qu’en étroite relation avec l’émancipation sociale des femmes défavorisées face au joug de l’oppression.

J’étais alors adolescente, et dans ce mythique appartement de la rue Jamel Abdennacer, elle aimait parler, avec ses mots simples et sa voix pénétrante, de la pensée de Marx, de Gramsci ou encore de Bourdieu. Hechmi, son mari érudit, s’en mêlait parfois et prolongeait les explications. Je n’y comprenais pas grand-chose, mais j’étais fascinée par ces idées qui promettaient de transformer le monde et qui ont nourri depuis, mes rêves de jeunesse.

À mes yeux, Naima incarnait une pensée libre qui doute, interroge et refuse les carcans de la tradition, tout en s’inscrivant dans la dynamique même de la société. Pour elle, le féminisme n’était pas seulement une conviction personnelle, mais un engagement social qu’elle a assumé jusqu’au bout, dans sa façon d’être et de penser. Elle a conservé cet élan de révolte contre l’injustice sociale et a toujours défendu des positions franchement progressistes et anticonformistes.

Ses articles reflétaient bien cette posture de sociologue engagée. Dans Le couple en Tunisie : du discours à la réalité (10), comme dans La femme entre le mythe et la réalité (11), elle montre que l’émancipation féminine, souvent présentée comme un acquis principal de la Tunisie indépendante, se déploie dans un champ de tensions où coexistent discours et lois progressistes, résistances sociales et immobilisme.

Mais c’est surtout dans le monde rural que l’écart est le plus prononcé entre le modèle véhiculé par le discours officiel et le vécu des femmes rurales : «Malgré la reconnaissance des droits de la femme sur le plan de la loi,  le choix du conjoint est chose nouvelle dans le milieu rural et n’apparait que dans certains cas…C’est au nom de ces mêmes coutumes que la virginité doit être sauvegardée jusqu’à la nuit de noces : l’un des éléments déterminants du mariage. Le mari sera tenu d’exposer aux témoins la preuve de la virginité de sa femme en présentant publiquement la chemise tachée de son épouse : signe de la défloration…» (12)

La transmission de l’échec à travers les générations

 Dans d’autres articles, Naima développe une analyse sociologique du monde rural tunisien. Les écrits sur le village de Ghar-el-Melh (13), sur les femmes rurales des îles Kerkennah (14), sur les ouvriers agricoles du Nord (15) et sur «l’univers éclaté» des paysans du Nord-Ouest constituent des documents précieux témoignant des inégalités régionales et des formes de marginalisation persistantes dans le monde rural. Elle aborde la question de la pauvreté, en mettant en évidence les formes de la reproduction des vulnérabilités économiques et sociales. Son analyse souligne le déficit du progrès économique et social dans ces régions, montrant que le projet de développement et de modernisation prôné par l’état demeure géographiquement et socialement très inégal.

Dans l’article «l’univers éclaté des paysans du Nord- ouest tunisien : la reproduction de l’échec» (16).

Naima s’intéresse à la question de la transmission de l’échec à travers les générations.  Dans cette région, qui présentait l’un des taux d’échec scolaire les plus élevés du pays, elle a recueilli des récits poignants, notamment celui d’un ouvrier dont le fils a quitté l’école très tôt. «Il arrivait à mes parents de se priver de manger pour nous acheter à mes frères et moi des bottes en hiver. Je me souviens que lorsqu’il pleuvait fort, je rentrais à la maison, trempé d’eau et tremblant de froid. Je ne rentrais pas à midi à cause de la longue distance que je devais effectuer de l’école à la maison. Je préférais manger du pain sec et du sucre devant la porte de l’école.»

Parce qu’elle donne la parole aux femmes rurales -ces invisibles de la société- aux démunis, aux marginaux du système, elle contribue à renouer avec la vocation première de la sociologie en tant qu’approche critique des politiques sociales en vigueur.  

Décédée le 19 janvier 2026, Naïma Karoui aimait par-dessus tout lire et écrire. À la clinique, quelques heures avant sa mort, elle avait demandé qu’on lui apporte un roman à lire au chevet. Elle s’est éteinte avant même de pouvoir l’ouvrir.

Son œuvre constitue aujourd’hui un travail de référence pour les chercheurs qui interrogent la question de la femme en rapport avec les dynamiques sociales au cours des années 1970 et 1980. Un travail qui aide à comprendre les articulations entre condition de la femme, développement économique et social, monde rural et recompositions familiales.

* Professeur de l’ enseignement supérieur.

Notes :

1) Jean Duvignaud a publié un ouvrage retraçant les étapes de cette enquête intitulée : ‘‘Chebika’’. Suivi de ‘‘Retour à Chebika 1990. Changements dans un village du Sud tunisien’’. Paris, Gallimard 1968. Paris, Plon, 1990, 501 p.  

2)  Karoui, N. (1993). La femme entre le mythe et la réalité : quête pour une liberté. RTSS, n° 114, pp. 49-70. (p 60).

3) Idem p 65.

4) Idem p 63.

5) Karoui, N. (1989). Les femmes entre le discours et le vécu : principaux axes de recherche. In Femmes et sociétés : la Tunisie et le Maroc, Annuaire de l’Afrique du Nord, Tome XXVIII. Paris : CNRS, pp. 871-875.

6)  Karoui, N. (1990). Image de la femme tunisienne à travers la presse satirique et humoristique des années 1930. RTSS, n° 103, pp. 53-79.

7) la femme entre le mythe et la réalité, op cit, p 50.

8)  Idem, p 872.

9) Karoui, N. (1980). Étude sociologique sur les ouvrières agricoles dans la région de Mateur. RTSS, n° 63, pp. 92-135. (p131).

10) Karoui, N. (1989). Le couple en Tunisie : du discours à la réalité. RTSS, n° 98-99, pp. 59-73.

11) Femmes entre mythe et réalité, op cit.

12) Le couple en tunisie : du discours à la réalité, op cit . p68

13)  Karoui, N. (1973). Ghar el-Melh : « Port admirable et village paisible ». RTSS, n° 32-35, pp. 201-223.

14) Karoui, N. (1989). Rôles et statuts des femmes rurales : l’exemple des îles Kerkennah. RTSS, n° 96-97, pp. 27-66.

15) Karoui, N. (1989). Témoignages d’ouvriers agricoles dans le nord de la Tunisie. RTSS, n° 96-97, pp. 67-83.

16) Karoui, N. (1991). L’univers éclaté des paysans du Nord-Ouest tunisien : la reproduction de l’échec. RTSS, n° 104-105, pp. 69-108.

 

 Bibliographie :

1965

Karoui, N. (1965). Attitudes des jeunes parents tunisois de 20 à 30 ans devant le mariage mixte. Revue Tunisienne des Sciences Sociales (RTSS), n° 3, p. 45.

1973

Karoui, N. (1973). Ghar el-Melh : « Port admirable et village paisible ». RTSS, n° 32-35, pp. 201-223.

1975

Karoui, N. (1975). L’idéologie de l’émancipation de la femme (en arabe). Al-Fikr, n° 3, décembre.

1976

Karoui, N. (1976). Changement social et condition de la femme en Tunisie.
Thèse de doctorat en sociologie, EHESS, Paris, sous la direction d’Alain Touraine.

Karoui, N. (1976). Famille et travail : les ouvrières de Menzel Bourguiba. RTSS, n° 45, pp. 75-98.

Karoui, N. (1976). La notion d’émancipation de la femme à travers la presse : ébauche d’une analyse de contenu. RTSS, n° 47, pp. 93-124.
(N.B. Reformulation harmonisée du titre mentionné dans la première liste.)

1980

Karoui, N. (1980). Étude sociologique sur les ouvrières agricoles dans la région de Mateur. RTSS, n° 63, pp. 92-135.

1983

Karoui, N. (1983). La femme tunisienne et le phénomène du « bureau » : étude sociologique des attitudes et conduites des jeunes femmes dans l’administration des P.T.T. RTSS, n° 70-71, pp. 75-109.

1989

Karoui, N. (1989). Rôles et statuts des femmes rurales : l’exemple des îles Kerkennah. RTSS, n° 96-97, pp. 27-66.

Karoui, N. (1989). Témoignages d’ouvriers agricoles dans le nord de la Tunisie. RTSS, n° 96-97, pp. 67-83.

Karoui, N. (1989). Le couple en Tunisie : du discours à la réalité. RTSS, n° 98-99, pp. 59-73.

Karoui, N. (1989). Les femmes entre le discours et le vécu : principaux axes de recherche.
In Femmes et sociétés : la Tunisie et le Maroc, Annuaire de l’Afrique du Nord, Tome XXVIII. Paris : CNRS, pp. 871-875.

Karoui, N. (1989). Les femmes dans le domaine agricole dans la Tunisie coloniale. RTSS, n° 98-99, pp. 129-??? (pagination à vérifier).

1990

Karoui, N. (1990). Image de la femme tunisienne à travers la presse satirique et humoristique des années 1930. RTSS, n° 103, pp. 53-79.

1991

Karoui, N. (1991). L’univers éclaté des paysans du Nord-Ouest tunisien : la reproduction de l’échec. RTSS, n° 104-105, pp. 69-108.

1993

Karoui, N. (1993). La femme entre le mythe et la réalité : quête pour une liberté. RTSS, n° 114, pp. 49-70.

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Le potentiel d’exportation tunisien vers l’Afrique évalué à 2,28 Me $US

La Tunisie possède un potentiel d’exportation inexploité estimé à 2,28 milliards de dollars vers au moins 36 pays africains. Plus de 95 % de ces opportunités se situent sur des marchés où la Tunisie détient actuellement une part de marché faible, voire inexistante.

C’est ce qu’a déclaré Leila Baghdadi, économiste principale au Bureau de l’économiste en chef pour le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord, l’Afghanistan et le Pakistan à la Banque mondiale, lors d’une table ronde sur le thème «Diversifier les exportations tunisiennes vers le continent africain : opportunités, obstacles et solutions», organisée par l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE), mercredi 22 avril 2026.

Selon la co-autrice de l’ouvrage «Dynamiser le commerce intra-africain : la Zone de libre-échange continentale africaine peut-elle changer la donne ?», citée par l’agence Tap, les secteurs des machines électriques et du textile représentent la part la plus importante du potentiel d’exportation tunisien inexploité vers l’Afrique.

Mme Baghdadi a mis en lumière les contraintes structurelles qui freinent la diversification des exportations tunisiennes vers l’Afrique, notamment les coûts élevés de la logistique et des droits de douane, la faiblesse du secteur manufacturier africain, le manque d’intégration entre les pays africains, la fragmentation et l’absence d’intégration régionale, sans oublier la faiblesse du commerce intra-africain.

L’économiste a recommandé d’améliorer les infrastructures logistiques et de faciliter l’accès à l’information afin de mieux planifier les opérations d’exportation. Elle a également plaidé pour l’identification des marchés d’exportation potentiels en s’appuyant sur des outils analytiques innovants tels que le «Trade-DSM», développé en Afrique du Sud, dans le but d’aider les micros, petites et moyennes entreprises, les sociétés et les pays à identifier des opportunités d’exportation réalistes et prometteuses.

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Trafic de migrants | Un rapport européen pointe la Tunisie et la Libye

Le rapport intitulé «Trafic de femmes orchestré par l’État : violences sexistes et vente de migrants noirs de Tunisie vers la Libye» a été présenté, mercredi 22 avril 2026, au Parlement européen. Ce document a été préparé par RR(x), un groupe de recherche international qui a souhaité conserver l’anonymat et utiliser un pseudonyme collectif.

«Ce rapport met en lumière un système de trafic d’êtres humains, une chaîne de vente organisée de migrants entre la Tunisie et la Libye. L’État tunisien, avec la contribution et le financement de fonds européens, joue un rôle clé dans ce contexte : des couloirs humanitaires doivent être ouverts, des enquêtes indépendantes doivent être menées et, surtout, la Tunisie ne peut être considérée comme un pays sûr», a commenté Ilaria Salis, députée européenne AVS, en marge de la conférence de presse de présentation du rapport au Parlement européen.

S’appuyant sur 33 entretiens avec des victimes d’expulsions et de traite des êtres humains, le rapport couvre la période de juin 2023 à décembre 2025. «Nous sommes confrontés à une traite criminelle orchestrée par des États», a souligné Leoluca Orlando, député européen du groupe AVS. «L’externalisation des politiques migratoires contribue clairement à alimenter ce type de criminalité : maintenant que le rapport est publié, l’Union européenne ne peut plus rester silencieuse», a-t-il ajouté.

Les témoignages ont permis d’estimer qu’entre juin 2023 et décembre 2025, environ 7 400 personnes ont été victimes de ce trafic, un chiffre probablement sous-estimé car il ne prend en compte que les opérations directement documentées, souligne le rapport qui identifie les plaques tournantes clés de ce trafic d’êtres humains en Tunisie et en Libye. Les victimes sont soumises à l’extorsion et à l’esclavage. Pour les femmes, le sort est souvent la prostitution forcée, considérée comme le seul moyen de «rembourser la dette» contractée auprès des trafiquants.

Selon Ilaria Salis, «ce qui se dessine n’est pas une série d’incidents isolés, mais un système de trafic d’êtres humains, une chaîne organisée de capture, de déportation et de trafic d’êtres humains à travers la frontière entre la Tunisie et la Libye, qui touche particulièrement les femmes, les exposant à des violences systématiques, au viol et à l’exploitation.»

I. B.

Sources : Eunews et Ansamed.  

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Terna soutient les startups énergétiques en Tunisie

Depuis Tunis, Terna (Rete Elettrica Nazionale), l’entreprise italienne de transport d’électricité, relance sa stratégie d’innovation dans le secteur de l’énergie, en mettant l’accent sur les startups, la formation spécialisée et la coopération technologique avec l’écosystème tunisien.

La deuxième édition du Sommet de l’Innovation Terna s’est tenue, mardi 21 avril 2026, au Startup Village Menzah. Des acteurs tunisiens et internationaux y ont participé, ainsi que Terna Forward, le fonds de capital-risque du groupe italien.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet Terna Innovation Zone à Tunis, inauguré en janvier 2025 et premier pôle d’innovation du groupe en Afrique.

Selon l’entreprise italienne, le hub tunisien a été conçu pour soutenir l’entrepreneuriat local, renforcer l’expertise du secteur énergétique et favoriser le développement de technologies utiles à la transition, en étroite collaboration avec le partenariat industriel entre Terna et la Société tunisienne d’électricité et de gaz (Steg).

La présentation du rapport «Innovating the Grid Africa 2026», réalisé par Terna en collaboration avec Mind the Bridge, a été particulièrement remarquée. Ce document offre un panorama actualisé du paysage énergétique africain, mettant en lumière les enjeux critiques d’infrastructure auxquels sont confrontés les réseaux électriques, le dynamisme croissant des startups et le rôle de plus en plus important des partenaires internationaux dans les programmes de transition énergétique.

Ce sommet confirme ainsi le rôle de la Tunisie comme plateforme méditerranéenne pour le pilotage d’un modèle alliant innovation ouverte, soutien aux entreprises émergentes et diplomatie industrielle.

En 2025, Terna avait déjà sélectionné cinq startups tunisiennes, dont Kumulus Water et Kamioun, dans le cadre de son programme d’accompagnement, et a poursuivi ces dernières semaines ses activités de mise en réseau avec les incubateurs et les centres de compétitivité locaux.

Pour 2026, le ministère tunisien de l’Industrie annonce que DeepVolt, Amperan Technologies, Orbita, ProVerdy et Pixii Motors ont été sélectionnées.

Stratégiquement, cette opération est liée au projet Elmed, l’interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie, que la Commission européenne considère comme une infrastructure clé pour l’intégration des réseaux électriques nord-africain et européen et l’accélération du développement des énergies renouvelables en Tunisie.

Elmed est une liaison sous-marine à courant continu de 600 mégawatts, destinée à renforcer la sécurité énergétique, les échanges d’électricité et l’intégration du marché.

I. B.

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Tunisie | Inkyfada dans le collimateur de la justice ?

Selon des sources proches de sa direction, le journal électronique tunisien Inkyfada serait menacé de disparition. Ses éditeurs auraient appris l’intention des autorités judiciaires de dissoudre l’association qui publie ce journal indépendant réputé pour sa rigueur et son sérieux, et ce sur une demande du gouvernement.  

En attendant d’en savoir davantage sur les dessous de cette affaire et sur les raisons qui auraient amené le gouvernement à vouloir dissoudre l’association éditrice d’Inkyfada, on ne peut qu’être solidaires avec nos consœurs et confrères journalistes et défendre leur droit d’exister comme un média indépendant, réputé pour son sérieux et sa rigueur.

Créé en 2014 par une équipe de journalistes, développeurs et graphistes, Inkyfada est disponible en français, arabe et anglais. Il est édité par l’association Al Khatt, qui a les mêmes fondateurs et cherche à promouvoir la liberté de la presse et d’expression en Tunisie.   

I. B.

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“La philosophie comme art de vivre”, selon Frédéric Lenoir

Mardi soir, 21 avril 2026, La Marsa s’est voilée dans un brouillard inhabituel, presque irréel pour cette fin d’avril tunisienne. Un voile dense recouvrait les contours du monde, comme si la réalité elle-même hésitait à se laisser immédiatement saisir. Un flou où voir ne suffit plus. Une injonction silencieuse à regarder autrement, dans un monde où la visibilité ne garantit plus la compréhension. C’est dans ce décor, entre opacité et perception, que s’est tenue au Zéphyr la conférence de Frédéric Lenoir, intitulée «La philosophie comme art de vivre». Une salle comble y posait, sans le dire, une question simple et vertigineuse : comment vivre, vraiment ?

Manel Albouchi

Né en 1962 à Madagascar, Frédéric Lenoir est à la fois philosophe, sociologue et écrivain. Formé à la philosophie et spécialiste du dialogue entre spiritualité et modernité, il a consacré son œuvre à rendre accessibles les grandes traditions de sagesse. Auteur de plus d’une cinquantaine d’ouvrages, traduits dans une vingtaine de langues et vendus à plusieurs millions d’exemplaires, il s’impose aujourd’hui comme l’une des voix majeures de la pensée contemporaine sur le sens, le bonheur et la spiritualité. Parmi ses livres les plus marquants figurent : ‘‘Petit traité de vie intérieure’’, ‘‘L’Âme du monde’’, ‘‘La Puissance de la joie’’, ‘‘Le miracle Spinoza’’, ‘‘Young un voyage vers Soi’’, ‘‘Socrate, Jésus et Buddha’’… et son dernier ‘‘Les 5 piliers de la sagesse’’.

Entre les références à la psychologie, à la philosophie grecque, aux traditions spirituelles, aux pensées plus contemporaines et aux sagesses orientales, une cohérence se dessine. Non pas une fusion des savoirs, mais une circulation entre eux. Frédéric Lenoir n’a pas choisi entre les mondes, mais tente de les relier sans les confondre. Et ce qui en sort est une cohérence intérieure, sans fusion ni séparation.

Une époque en quête de sens

Nous vivons dans un temps paradoxal : tout est dit, tout est visible, tout est accessible… et pourtant, quelque chose manque. Ce manque n’est plus seulement intellectuel. Il est existentiel. Face à la saturation du discours et à la fatigue du bruit, la question du sens revient avec insistance : comment habiter une époque fragmentée sans s’y dissoudre ?

Dès l’ouverture de sa conférence, Frédéric Lenoir propose une distinction structurante entre religion et spiritualité : la première organise et inscrit dans une forme collective, la seconde engage une transformation intérieure et une expérience du lien. Entre les deux, une tension demeure : Comment tenir une forme sans s’y enfermer ? Comment chercher sans se disperser ?

Dans un monde traversé par les guerres, les oppositions et les radicalisations, la tentation est forte de réduire le réel à des binarités simples : bien et mal, vrai et faux, nous et eux. Mais cette simplification est une impasse. La réalité humaine est faite de polarités, non de séparations figées. Le danger commence lorsque ces polarités cessent d’être vivantes pour devenir rigides. C’est dans cet espace de tension que se joue aujourd’hui une part essentielle de notre maturité collective.

Une architecture de la sagesse

La conférence s’est structurée autour des cinq piliers de la sagesse développés dans le dernier ouvrage de Frédéric Lenoir (Éditions Albin Michel). Ces piliers dessinent moins une théorie qu’une discipline intérieure.

1. La connaissance : il ne s’agit pas d’accumuler des savoirs, mais de se défaire des illusions. Socrate en avait fait une exigence fondatrice : se connaître ne signifie pas se définir, mais se questionner sans relâche. Cette démarche implique une traversée intérieure, lente et souvent inconfortable, où l’on perd certaines certitudes pour gagner une forme de liberté plus lucide.

2. L’amour : de Jésus à Ibn Arabi, l’amour apparaît comme une voie d’unification. Mais il ne s’agit pas d’un idéal abstrait. L’amour véritable suppose une lucidité sur ses propres zones d’ombre : jugements, projections, conflits internes. La violence du monde n’est pas seulement extérieure. Elle est aussi le prolongement d’une conflictualité intérieure non reconnue. Aimer, dans cette perspective, ne signifie pas idéaliser. Cela signifie devenir entier.

3. L’éthique rappelle que la liberté ne peut exister sans structure. Loin d’un retour moraliste, elle désigne une intériorisation de la loi : non plus imposée de l’extérieur, mais intégrée comme repère vivant. Elle permet de tenir ensemble rigueur et souplesse, sans basculer ni dans la démesure ni dans le dogmatisme.

4. La présence : dans l’esprit de Michel de Montaigne, elle consiste à vivre ‘à propos’, à habiter le présent sans fuite, à ne pas se perdre dans l’avant ni dans l’après. Mais cette présence est rare. Car nous vivons souvent ailleurs : dans l’anticipation, la correction, l’inquiétude, ou la fuite… dans l’anxiété et les attachements insécures.

5. L’acceptation, avec Épictète et Friedrich Nietzsche, ouvre à un «oui» au réel. Non pas un oui résigné ou passif, mais un oui transformateur. Qui prends ce qui est donné, même l’épreuve, et le convertit en matière de conscience.

Le bonheur : une conséquence, non une conquête

Dans cette perspective, le bonheur n’est pas présenté comme un but. Mais comme un effet secondaire. Celui d’une vie qui cesse de fuir : fuite de soi, fuite du réel, fuite de la contradiction.

Ce qui s’est joué avant-hier soir dépasse le cadre d’une conférence. C’est une certaine manière d’habiter le monde qui s’est donnée à entendre. Une manière qui refuse la simplification, qui accepte la complexité, et qui tente, modestement, de réintroduire du lien dans un espace fragmenté.

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