La représentante de Scatec en Tunisie, Maha Ben Hmidane, a déclaré que la centrale solaire photovoltaïque de l’entreprise à Tozeur, d’une capacité de 60 mégawatts, inaugurée officiellement lundi 20 avril 2026, est construite sur plusieurs hectares et utilise environ 95 000 panneaux solaires.
La centrale alimentera en électricité près de 40 000 habitants et la totalité de la production sera utilisée par la Société tunisienne d’électricité et de gaz (Steg) pour renforcer le réseau national, a-t-elle expliqué, ajoutant que l’investissement est étranger, assuré par une entreprise norvégienne, à travers sa filiale en Tunisie, qui emploie environ 90 ingénieurs, techniciens et gestionnaires ayant tous contribué à la réalisation du projet et acquis une expertise dans le domaine des énergies renouvelables.
La représentante de Scatec a souligné que ce projet s’inscrit dans le cadre de la transition énergétique et de la promotion des énergies propres de la Tunisie.
Le secrétaire d’État à la Transition énergétique, Wael Chouchane, a confirmé à Mosaique FM que ce projet fait partie de la première phase des projets du système de concessions, d’une capacité totale de 500 mégawatts, indiquant que plusieurs autres projets sont en voie de mise en service, notamment la centrale de Kairouan (100 mégawatts) et celle de Mazouna (50 mégawatts) à Sidi Bouzid.
Ce projet s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie énergétique nationale à l’horizon 2035, qui vise à porter à 35 % la part de la production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelable, contre environ 9 % actuellement, a souligné le responsable, ajoutant que la centrale de Tozeur va contribuer au renforcement de la sécurité et de la souveraineté énergétiques, tout en réduisant le coût de production de l’électricité, qui est actuellement en grande parte issue du gaz naturel. Elle devrait aussi générer des économies annuelles d’environ 60 millions de dinars.
Quatre centrales solaires photovoltaïques, d’une capacité de 2 MW chacune, ont été inaugurées dans le gouvernorat de Médenine, au sud-est de la Tunisie. Selon l’agence Tunis Afrique Presse (Tap), le coût total des projets s’élève à 5,5 millions de dollars américains.
Ces nouvelles centrales devraient permettre de réduire les coûts de production d’électricité d’environ 518 000 dollars américains et les importations de gaz naturel d’environ 1,5 million de dollars américains par an.
Ces projets s’inscrivent dans le cadre de la stratégie énergétique nationale, qui vise à porter la part de l’électricité issue de sources renouvelables à 35 % d’ici 2030 et à 50 % d’ici 2035.
Le secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique, Wael Chouchane,qui intervenait en marge des travaux de la deuxième édition du Salon de l’agriculture, de l’eau, de l’irrigation et des énergies renouvelables destiné aux gouvernorats de Médenine, Tataouine, Gabès et Kébili, le 16 avril 2026, à Médenine, a souligné que les nouvelles centrales électriques contribueront à diversifier le mix énergétique de la région, à stimuler son développement économique et social, à garantir un approvisionnement énergétique stable et à moderniser le réseau électrique afin de relever les défis climatiques.
Pour réduire le déficit énergétique, actuellement estimé à 65%, et les importations de pétrole et de gaz qui pèsent lourd dans le budget de l’Etat, la Tunisie n’a pas besoin de multiplier les réunions consacrées à cette problématique. Ce qui importe, au final, ce sont les décisions effectives prises et mises en œuvre dans l’urgence. La dépendance énergétique se règle en kilowattheures, pas en communiqués de presse.
Abdelwaheb Ben Moussa *
Le 17 mars 2026, le secrétaire d’État à la Transition énergétique, Wael Chouchane, a réuni au ministère de l’Énergie les représentants de Conect et les opérateurs publics — Steg, ANME, Direction générale de l’électricité — pour débattre des freins à l’investissement dans les énergies renouvelables. Une réunion utile. Mais qui ne vaut que par ce qu’elle produira.
Une dépendance qui coûte cher, très cher
Les chiffres sont connus, mais ils méritent d’être rappelés à chaque occasion : le déficit énergétique tunisien atteint 6,3 Mtep en 2025, soit 65 % des besoins nationaux. Les subventions aux hydrocarbures absorbent 9 % du budget de l’État. C’est autant qui ne va pas aux hôpitaux, aux routes, aux écoles, à l’investissement public.
Dans ce contexte, la transition énergétique n’est plus un débat de spécialistes : c’est une question de survie budgétaire.
La Tunisie se classe par ailleurs au 20e rang mondial en efficacité énergétique selon la Banque Mondiale, et 2e en Afrique selon le Forum Économique Mondial. Elle a les compétences. Elle a le soleil. Elle a le vent. Ce qui lui manque, c’est la capacité à transformer ces atouts en mégawatts effectivement injectés dans le réseau.
Chiffre encourageant, mais rythme insuffisant
La réunion du 17 mars a mis en avant 186 licences accordées pour une capacité de 286 mégawatts dans le cadre de la cinquième ronde du système de licences. C’est une avancée réelle. Mais au regard de l’objectif national — 35 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030, contre 4 à 5 % aujourd’hui — le compte n’y est pas. Pas encore.
Ces nouvelles attributions témoignent d’une nette évolution de la stratégie tunisienne, le gouvernement privilégiant désormais les grands projets d’infrastructures sous régime de concession pour attirer des promoteurs dotés de solides compétences techniques et d’une grande solidité financière. C’est la bonne direction. Mais l’accélération doit être radicale, pas marginale.
Tereg : 430 M$ attendent d’être utilisés
Ce que la réunion du 17 mars gagnerait à intégrer plus explicitement, c’est le programme Tereg, signé en novembre 2025 avec la Banque Mondiale. L’accord porte sur 430 millions de dollars destinés à mobiliser 2,8 milliards de dollars d’investissements privés, installer 2,8 gigawatts de capacités renouvelables d’ici 2028, créer plus de 30 000 emplois et réduire les coûts de l’électricité de 23 %. Ce programme vise également à améliorer le taux de recouvrement des coûts de la Steg — de 60 % à 80 % — et à alléger les subventions énergétiques de 2,045 milliards de dinars.
Ces objectifs recouvrent exactement les problématiques discutées autour de la table du 17 mars. Ne pas articuler les deux… serait une faute stratégique.
La Steg, partenaire indispensable, obstacle potentiel
Pour Tunis, le défi consiste désormais à transformer les annonces en capacités opérationnelles concrètes. Et cela passe inévitablement par la Steg. La société est à la fois distributrice et productrice, ce qui crée un conflit d’intérêts structurel vis-à-vis des producteurs privés d’électricité renouvelable. La modernisation de son réseau est une condition sine qua non pour absorber une production décentralisée croissante — et pour permettre au projet Elmed, l’interconnexion électrique sous-marine Tunisie-Italie de 600 MW, de produire tous ses effets.
Car le rapport de Greenpeace Mena souligne un décalage structurel entre les ambitions déclarées et les capacités institutionnelles, ce qui représente un défi majeur pour la transition énergétique en Tunisie. Ce décalage, c’est précisément ce que la réunion du 17 mars était censée commencer à combler.
70 000 emplois : l’argument qu’on n’entend pas assez
Les publications officielles de l’ANME et le rapport pays 2025 de la Banque africaine de développement le documentent : la stratégie nationale vise la création de 70 000 emplois dans le secteur des énergies renouvelables, avec une ambition de porter l’indépendance énergétique de 40 % à 67 % d’ici 2035. Les nouveaux projets éoliens et solaires permettront de créer des milliers d’emplois locaux pendant la construction et l’exploitation, marquant ainsi une étape importante dans la transition énergétique du pays.
Cet argument est politiquement puissant dans un pays où le chômage des jeunes dépasse 30 %. Il devrait être au cœur de chaque réunion, de chaque discours, de chaque projet de loi sur l’énergie. Pas en note de bas de page.
Ce que Kapitalis a documenté ces dernières semaines le confirme : la plus grande menace pour l’économie tunisienne, c’est l’absence ou le report sine die des réformes structurelles nécessaires, qui risque d’enfoncer durablement le pays dans la catégorie des pays stagnants. La Tunisie vient d’obtenir son plus mauvais score depuis 1995 dans l’indice de liberté économique de la Heritage Foundation — 48,1 sur 100, 156e sur 176 pays. Ce n’est pas une fatalité. Mais c’est un signal d’alarme que les concertations, aussi bien menées soient-elles, ne suffisent pas à désactiver.
Les signaux positifs existent — Plan 2026-2030, Tereg, Elmed, concessions internationales en cours. La volonté de dialogue entre l’État et le secteur privé est réelle. Mais la Tunisie a une longue pratique des réunions consensuelles sans lendemain.
Ce qui distinguera le 17 mars de toutes les précédentes, ce ne sera pas la qualité des échanges. Ce sera la liste des décisions effectives prises dans les semaines qui suivront.
La dépendance énergétique se règle en kilowattheures, pas en communiqués.
* Ingénieur en informatique, cadre d’une banque publique.
Sources : Programme Tereg, Banque Mondiale, novembre 2025 — Plan de Développement 2026-2030, Présidence du Gouvernement tunisien — Rapport Pays Tunisie 2025, Banque Africaine de Développement — Stratégie Énergétique à l’horizon 2035, ANME/Pnud — Publications officielles Steg 2024-2025 — Projet Elmed, Steg/BEI — Greenpeace Mena, janvier 2026.