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She Shapes AI Global Award : Maha Jouini, la voix africaine qui dérange les algorithmes

Maha Jouini, chercheuse tunisienne en gouvernance de l’intelligence artificielle (IA), a obtenu le She Shapes AI Global Award 2025/2026. Ce prix intervient alors que les débats sur les biais algorithmiques s’intensifient partout dans le monde.

Maha Jouini figure désormais au palmarès d’une récompense internationale dédiée à l’IA. Basée à Johannesburg, cette chercheuse tunisienne a décroché les She Shapes AI Global Awards 2025/2026. Ce prix distingue chaque année des femmes actives dans le secteur de l’intelligence artificielle.

Elle occupe actuellement le poste d’AI & Gender Fellow Researcher au Global Center on AI Governance. Ses travaux ciblent les populations que les algorithmes traitent de façon incomplète ou biaisée : femmes, communautés rurales, minorités culturelles. Ces groupes restent sous-représentés dans les bases de données servant à entraîner les modèles d’IA. Ce déséquilibre produit, en retour, des effets potentiellement discriminatoires.

Des exemples concrets, mais à relativiser

En avril 2026, l’Université Elon a publié le rapport Building a Human Resilience Infrastructure for the AI Age. Maha Jouini y contribue avec un cas précis : une femme ayant interrompu sa carrière pour soigner un cancer. Un algorithme de recrutement peut interpréter cette pause comme un signal négatif. Résultat : la candidate est écartée automatiquement, sans examen du contexte.

La chercheuse nomme ce mécanisme « condition numérique silencieuse ». L’absence de données sur certaines populations les rend invisibles aux systèmes automatisés. Les conséquences touchent l’accès à l’emploi, aux soins et aux services publics. Ce constat est fréquemment cité dans la littérature critique sur l’IA. Il suscite pourtant des débats méthodologiques. Établir un lien causal direct entre sous-représentation dans les données et discrimination réelle reste difficile, faute de dispositifs de contrôle systématiques.

Un ancrage théorique original

Maha Jouini revendique un recours délibéré à des références philosophiques non occidentales. Elle mobilise le concept africain d’Ubuntu — l’humanité partagée — ainsi que la Hikma, sagesse pratique issue de la philosophie islamique. Ces cadres lui servent à interroger les fondements éthiques des modèles d’IA actuels. Elle présente cette démarche comme une « décolonisation intellectuelle » du secteur technologique. Son applicabilité concrète dans les systèmes algorithmiques existants n’a pas encore fait l’objet d’évaluations indépendantes.

Avant ce prix, l’UNESCO l’avait distinguée en 2022 parmi vingt femmes pionnières du changement dans la région MENA. Elle dirigeait alors les partenariats à l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD). Ses travaux portaient déjà sur les droits numériques des femmes.

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