Les effets des hausses des prix et de l’inflation importée ne se sont pas tous manifestés en mars. Leur véritable impact commencera à se faire sentir en avril et mai, et pourrait se prolonger jusqu’en juin et juillet, en grignotant sur le pouvoir d’achat,a averti Hatem Fathallah, lors d’une interview accordée à Diwan FM.
L’expert-comptable et professeur d’université a ajouté que ces hausses sont directement liées aux augmentations des prix sur les marchés mondiaux et que la guerre israélo-américaine contre l’Iran pourrait aggraver les pressions inflationnistes mondiales et, par conséquent, impacter le marché tunisien.
L’expert a, par ailleurs, exprimé son inquiétude quant au recours aux augmentations salariales comme mécanisme d’atténuation de l’inflation, dont le taux officiel a été estimé à 5% en mars dernier. Car, selon lui, augmenter les salaires sans une augmentation équivalente de la production et de la productivité alimenterait l’inflation au lieu de la freiner, entraînant de nouvelles flambées des prix.
Selon lui, ces approches «fragmentaires» n’apportant aucune valeur ajoutée réelle à l’économie, d’autant plus que l’augmentation salariale anticipée pourrait être inférieure à la hausse effective des prix. Par conséquent, elles n’auront pas d’impact positif sur le pouvoir d’achat des citoyens et pourront même engendrer de nouvelles pressions inflationnistes dans les semaines à venir.
M. Fathallah a souligné que les solutions durables résident dans le soutien à l’investissement, l’amélioration du climat des affaires, l’augmentation de la productivité et la résolution des problèmes structurels, notamment dans le secteur agricole.
Réunie jeudi 16 avril 2026, sous la houlette du nouveau bureau exécutif conduit par Slaheddine Selmi, la Commission administrative nationale de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la première depuis le congrès de l’organisation tenu du 25 au 27 mars dernier à Monastir, a exigé des augmentations de salaires dans la fonction publique, le secteur public et le secteur privé, ainsi que des revalorisations des pensions, du salaire minimum dans l’industrie et l’agriculture, et la reprise du dialogue social.
Dans un communiqué publié hier, vendredi, la centrale syndicale a condamné la hausse incontrôlée et sans précédent des prix, qui a entraîné une forte baisse du pouvoir d’achat des travailleurs, selon ses termes. Elle a aussi appelé au versement des augmentations salariales prévues pour 2025 dans le secteur privé, à la mise en œuvre des accords existants afin de préserver la crédibilité de la négociation collective, au retour du dialogue social et à l’activation effective et régulière de ses mécanismes, ainsi qu’à l’adoption de réformes économiques et sociales équitables.
Le Commission administrative a également plaidé pour le retour au dialogue comme principal mode de résolution des différends et pour la libération du syndicaliste Sanki Assoudi.
Le syndicat a souligné que la défense des droits économiques et sociaux demeure intrinsèquement liée aux libertés syndicales, publiques et individuelles, à la liberté de la presse et d’expression, ainsi qu’au respect de l’État de droit et des institutions.
Il a réaffirmé son engagement à poursuivre la lutte légitime pour la défense des droits des travailleurs et de l’intérêt national supérieur, dans un esprit d’unité, d’indépendance et de respect des principes syndicaux.
L’UGTT a enfin exhorté les travailleurs à se préparer activement la plus large mobilisation possible pour assurer le succès des célébrations du 1er mai, fête du travail, préserver l’unité de l’organisation, renforcer la solidarité interne et intensifier les campagnes de recrutement et d’adhésion.
Sur un autre plan, l’organisation a réaffirmé son soutien indéfectible aux luttes du peuple palestinien et à sa résistance légitime pour la libération, condamnant la loi autorisant l’exécution de prisonniers palestiniens et exprimant sa solidarité avec tous les peuples luttant contre l’occupation et la domination.
En France, les menaces qui pèsent sur la liberté de la presse ne prennent pas toujours la forme de pressions visibles. Elles peuvent aussi s’inscrire dans des dispositifs juridiques discrets, intégrés aux contrats de travail. C’est ce que met en lumière le documentaire ‘‘La loi du silence : ces clauses qui font taire les journalistes’’, publié en mars 2025 par le studio de Reporters sans frontières.(Photo : Jean Bolloré, patron de Vivendi (CNews, Europe 1, JDD…), est l’un des visages de la censure des médias en France).
Djamal Guettala
Fondé sur des témoignages et des enquêtes, ce film révèle une pratique en progression : l’introduction, lors du départ de journalistes, de clauses de confidentialité, de loyauté ou de non-dénigrement. Si ces mécanismes sont courants dans le secteur privé, leur extension au champ médiatique suscite de vives interrogations.
Dans plusieurs situations documentées, ces clauses interdisent aux journalistes de critiquer leur ancienne rédaction ou de rendre publiques certaines informations internes. Certaines dispositions vont jusqu’à restreindre durablement, voire indéfiniment, leur prise de parole sur des sujets liés à leur ancien employeur.
Pour les défenseurs de la liberté de la presse, cette évolution constitue un risque réel : celui d’un affaiblissement progressif de la parole journalistique, y compris en dehors des rédactions.
Un enjeu démocratique et juridique majeur
Ce phénomène intervient dans un paysage médiatique français marqué par une concentration accrue des titres et des groupes de presse. Ce mouvement renforce le poids des acteurs économiques dans l’organisation de l’information, tandis que les journalistes, notamment les plus précaires, disposent de marges de négociation limitées.
Sur le plan légal, ces dispositifs se situent à l’intersection du droit du travail et de la liberté d’expression. Leur validité dépend de leur proportionnalité, mais appliquées au journalisme, elles posent une question centrale : jusqu’où peut-on restreindre la parole d’un professionnel de l’information sans porter atteinte à l’intérêt général ?
Reporters sans frontières alerte sur une possible dérive vers une forme de censure indirecte, moins visible que les pressions classiques, mais potentiellement tout aussi efficace.
Le Studio RSF au service de la liberté de la presse
À l’origine de ce travail, le Studio RSF développe une approche éditoriale fondée sur l’image et le récit. À travers des documentaires et formats vidéo, il s’attache à rendre accessibles des enjeux complexes liés à la liberté de la presse, en s’appuyant sur un réseau de journalistes présents à l’échelle internationale.
Cette démarche vise à donner à voir des réalités peu couvertes, parfois invisibles, en les inscrivant dans des récits incarnés. L’ambition est de permettre une meilleure compréhension des mutations du journalisme contemporain, tout en contribuant à renforcer la confiance dans une information indépendante et d’intérêt public.
Ce travail repose également sur le soutien du public, présenté comme un levier essentiel pour rendre possibles ces enquêtes et assurer leur diffusion.
Au-delà des cas individuels, c’est le fonctionnement du débat public qui est en jeu. Le silence imposé à des journalistes, même après leur départ, peut limiter la circulation d’informations essentielles.
Sans désigner de responsables uniques, le documentaire met en évidence une tendance structurelle. Une évolution qui, selon ses auteurs, appelle un débat public et, éventuellement, un encadrement plus strict.
L’exercice African Lion 2026, officiellement inauguré le 13 avril 2026 en Tunisie, par les forces armées tunisiennes, américaines et de pays partenaires internationaux inauguré, devrait s’achever le 30 avril. Cet engagement international vise à renforcer la coopération régionale en matière de sécurité et à perfectionner le niveau de préparation des forces participantes dans un contexte sécuritaire mondial complexe.(Photo: Des dirigeants des forces armées américaines et tunisiennes posent pour une photo de groupe à l’issue de la cérémonie d’ouverture d’African Lion 2026 sur la base aérienne d’El Aouina, en Tunisie, le 13 avril 2026).
La Tunisie accueille African Lion pour la dixième année consécutive et est le premier des quatre pays à organiser l’édition 2026. Les phases suivantes de l’exercice devraient débuter au Ghana, au Maroc et au Sénégal dans le courant du mois.
«African Lion 2026 (AL26) vise à renforcer la préparation opérationnelle des forces combinées et interarmées, à approfondir la compréhension mutuelle entre partenaires et à améliorer l’interopérabilité en vue de la réponse aux crises», a déclaré Eldridge Browne, chef des exercices de la Force opérationnelle américaine pour l’Europe du Sud en Afrique. Il a ajouté : «Pour sa dixième édition en Tunisie, cet exercice s’appuie sur les acquis des précédentes. AL26 renforce notre capacité collective à lutter contre le terrorisme, à contribuer à la sécurité régionale et à améliorer notre efficacité dans de nombreux domaines fonctionnels.»
Le colonel Jorn Pung, de l’armée américaine (à gauche), attaché de défense à l’ambassade des États-Unis en Tunisie, discute du lancement d’African Lion 2026 avec le colonel Majid Mguidich, de l’armée de terre tunisienne.
Des manœuvres régionales synchronisées
Cet exercice témoigne d’une intégration internationale d’envergure, avec la participation de plus de 7 000 militaires de plus de 30 nations réparties dans les quatre pays hôtes. Environ 560 militaires sont actuellement déployés en Tunisie. Les forces tunisiennes et américaines sont rejointes par des alliés de l’Otan, dont la France et l’Italie, pour mener des manœuvres synchronisées.
Le programme d’AL26 est conçu pour renforcer les capacités de réponse multinationales aux crises émergentes grâce à une série de colloques universitaires et d’exercices de terrain.
L’exercice porte sur l’intégration des armes combinées, les simulations de postes de commandement et les modules de planification avancée afin de garantir une interopérabilité optimale entre les différentes structures militaires.
Les compétences clés évaluées comprennent la défense chimique, biologique, radiologique et nucléaire.
Le colonel Drew Conover, de l’armée américaine (à gauche), avec le colonel Majid Mguidich, de l’armée tunisienne (au centre), et Emily Katkar, chef de mission adjointe de l’ambassade des États-Unis à Tunis, lors de la cérémonie d’ouverture d’AL25 sur la base aérienne d’El Aouina, en Tunisie.
Poursuite du partenariat Wyoming-Tunisie
Dans le cadre du Programme de partenariat d’État, la Garde nationale du Wyoming mène un entraînement conjoint avec les forces tunisiennes pour atténuer les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires. Cette année marque le 22e anniversaire du partenariat Wyoming-Tunisie.
L’entraînement comprend également l’intégration air-sol, les tactiques de lutte contre les engins explosifs improvisés et les manœuvres des forces spéciales. Des sessions stratégiques sur la cyberguerre et la formation à la sécurité sont également prioritaires afin de faire face aux menaces numériques modernes.
Le contingent américain en Tunisie représente une approche globale de la Force totale, intégrant des soldats d’active aux côtés de la Garde nationale, de la Réserve de l’Armée de terre, de l’Armée de l’air et du Corps des Marines.
En harmonisant les procédures et en renforçant les relations militaires professionnelles avec ses homologues tunisiens, européens et africains, l’exercice African Lion 2026 consolide l’engagement collectif en faveur de la stabilité régionale et du principe de la paix par la force.
En tant que pays hôte, la Tunisie affirme son rôle de chef de file régional dans la promotion de la stabilité et la prise en compte des enjeux de sécurité communs.
En Ligue des Champions de la CAF, les Mamelodi Sundowns accueilleront l’Espérance de Tunis, ce samedi 18 avril 2026, à 14 heures, à Loftus Versfeld, à Pretoria, pour le match retour de la demi-finale de Ligue des champions de la CAF. Ils tenteront de défendre leur avantage de 1-0 acquis grâce à un but de Brayan León à Radès, dimanche dernier. D’autant que la règle des buts à l’extérieur joue en leur faveur. Mais ils savent qu’ils vont faire face à un club tunisois déterminé à renverser la vapeur et qui ne manque pas d’atouts pour y arriver.
Latif Belhedi
Pour Sundowns, ces deux derniers mois ont été marqués par un redressement spectaculaire sous la houlette de Miguel Cardoso, dont le remplacement par Pitso Mosimane, l’artisan du premier sacre des Sundowns en Ligue des champions, était largement pressenti en milieu de saison.
«Nous ne prenons rien pour acquis. À Pretoria, l’attitude doit être encore plus forte : encore plus d’engagement, encore plus de rigueur tactique et encore plus de contrôle du match. Jouer pour gagner, car quand on ne joue pas pour gagner, on souffre, et c’est la seule façon de jouer que cette équipe sait faire», a déclaré le Portugais, qui a de bonnes raisons de craindre une réaction de l’Espérance. Et pour cause: il est bien placé pour connaître la détermination des Espérantistes à chaque fois qu’ils sont dos au mur. N’ont-ils pas battu Sundowns il y a deux ans à Pretoria même et ils étaient, à l’époque, sous sa conduite ?
Pour le match retour, Soundowns sera pivée de Grant Kekana, suspendu suite à son carton rouge reçu à la 84e minute du match aller pour un tacle dangereux sur Florian Danho. C’est un coup dur, car Kekana et Keanu Cupido étaient indispensables au cœur de la défense de l’équipe sud-africaine. Cardoso sera toutefois ravi de retrouver Aubrey Modiba, de retour de suspension au poste d’arrière gauche, après la prestation mitigée de Divine Lunga qui l’a remplacé.
L’Espérance, pour sa part, va devoir reconduire l’effectif du match aller en changeant de plan de jeu et de placement de certains joueurs en attaque, le but étant de jouer équilibrée pour ne pas encaisser de but et de presser l’adversaire au milieu de terrain dans l’espoir de mener des contre-attaques grâce à la vitesse et à la force physique de son attaquant Florian Danho, qui avait déjà beaucoup pesé sur la défense sud-africaine il y a une semaine.
Les protégés du coach Patrice Beaumelle doivent surtout éviter de s’enflammer, de jouer juste et de faire preuve de patience, en attendant la moindre erreur de l’adversaire pour marquer. Le Français semble avoir bien préparé son équipe sur le plan mental, qui sera déterminant cet après-midi. Ses déclarations le laissent penser: «Je me souviens qu’il y a un mois, nous sommes allés au Caire et l’Espérance n’avait jamais battu Al Ahly au Caire dans l’histoire, et nous l’avons fait, nous avons marqué trois buts. Évidemment, tout est possible dans le football», a-t-il lancé lors de la conférence de presse d’avant-match aux journalistes qui mettaient en avant les statistiques des deux équipes. Et d’ajouter : «Ce ne sont que des statistiques, et les statistiques sont faites pour être changées. Bien sûr, c’est un indicateur qu’ils sont très performants et qu’ils excellent dans cette compétition», a-t-il cependant admis.
Espérons qu’il a de bonnes idées pour réussir à dérégler la machine trop bien huilée des Sud-africains.
Après des alertes concernant un changement de goût suspect, le président de l’Instance nationale de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (INSSPA), Mohamed Rebhi, a tenu à rassurer les consommateurs tunisiens ce vendredi.
L’alerte avait été donnée suite à plusieurs plaintes de consommateurs signalant une altération du goût et de l’odeur de certains packs de lait demi-écrémé. En réaction, l’INSSPA a procédé au retrait immédiat et préventif des lots concernés.
Selon Mohamed Rabhi, cité ce vendredi 17 avril 2026 par l’agence Tap, les investigations ont permis de cibler précisément les produits problématiques et il s’agit des lots produits les 1er et 2 avril avec une non-conformité au niveau des caractéristiques sensorielles (le goût), et non une toxicité sanitaire.
«Toutes les quantités suspectes ont été retirées ou leur distribution a été suspendue. et les quantités de lait stérilisé actuellement commercialisées sur le marché tunisien sont totalement sûres et propres à la consommation », a affirmé le responsable
Et d’ajouter, que l’entreprise productrice, qui a collaboré étroitement avec l’Instance, a fourni les documents prouvant l’efficacité de son système d’autocontrôle et de gestion de la qualité. Selon les analyses effectuées par l’industriel, ce changement de goût inhabituel serait dû à la qualité du fourrage (alimentation animale) consommé par le bétail, et non à un défaut dans le processus de stérilisation ou de conditionnement.
La même source rappelle que, dès le signalement, les équipes de l’INSSPA se sont rendues dans les unités de production pour inspecter chaque étape de la chaîne, à savoir, l’approvisionnement en matières premières, le processus de fabrication et d’emballage et les conditions de stockage et de distribution.
Mohamed Rebhi a par ailleurs réaffirmé l’engagement de l’Instance à poursuivre ses interventions de contrôle rigoureuses afin de garantir la sécurité alimentaire et de protéger la santé des citoyens contre toute défaillance technique ou sanitaire.
Les propos du député Tarek Mahdi a propos du viol présumé d’une migrante subsaharienne, tenus lors d’une séance de questions-réponses à l’Assemblée avec le ministre de l’Intérieur, lundi 13 avril 2026, n’ont pas manqué de provoquer l’indignation générale, les organisations de défense des droits humains dénonçant ces propos comme racistes et sexistes.
Le député par qui le scandale est arrivé savait pertinemment que la migration reste un sujet sensible en Tunisie, point de transit important pour des dizaines de milliers de personnes qui tentent chaque année de rejoindre l’Europe. Tout en affirmant que les récentes informations faisant état du viol d’une migrante subsaharienne par un agent de police tunisien, relayées sur les réseaux sociaux par une Ong internationale, étaient faux, il a lancé sur un ton goguenard : «Qu’une femme africaine soit violée est impensable. Les Tunisiennes sont suffisamment belles… Nous ne manquons de rien en Tunisie.» Ce qui est tout aussi insultant pour les Subsahariennes que pour les Tunisiennes, ainsi réduites à des objets sexuels.
La Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) n’a pas tardé à dénoncer ces propos «choquants» et à condamner une «mentalité rétrograde qui justifie la violence et banalise le crime de viol».
Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a également critiqué les propos de Mahdi, les qualifiant de «violation flagrante de la dignité humaine» et de «dangereuse justification des violences sexuelles faites aux femmes.»
Face à la polémique grandissante, Mahdi a publié un communiqué affirmant que ses propos avaient été sortis de leur contexte.
«Je n’ai jamais eu l’intention d’encourager ou de justifier le viol, ni de porter atteinte à la dignité humaine, en particulier celle des Tunisiennes», a-t-il écrit sur Facebook. Et d’ajouter : «Si mes propos ont porté atteinte à la dignité des Tunisiens, ou à la dignité humaine en général, je présente bien entendu mes excuses.»
Lors de son intervention au parlement, le député avait également déclaré que les migrants subsahariens en Tunisie constituaient une «menace pour la paix sociale», ajoutant : «Ces personnes doivent partir à tout prix».
Le tollé soulevé par ces déclarations ont obligé le président de l’Assemblée, Ibrahim Bouderbala, à tenter de rectifier le tir en déclarant, lors de la plénière du mardi 14 avril, que les propos, tenus la veille, par le député Tarek Mahdi, «indépendamment de la bonne ou de la mauvaise foi», sont contraires aux constantes du peuple tunisien, basées sur le respect de la dignité humaine et le rejet de toute atteinte à la femme tunisienne.
Ibrahim Bouderbala a ajouté que la Tunisie adhère aux principes universels des droits de l’Homme et constitue une partie intégrante du continent africain, ajoutant que le pays accueille tous les «frères africains», mais ne saurait être une terre d’accueil des migrants irréguliers.
Dans une tribune précédente (Code des changes : Passer du contrôle à la confiance régulée), nous plaidions pour un changement de paradigme : passer d’un contrôle de change coercitif à une «confiance régulée». Le renvoi en commission au parlement, ce 14 avril 2026, du projet de loi sur la régularisation des infractions de change confirme que le législateur hésite encore au seuil de cette transition.
Abdelwaheb Ben Moussa *
Cette hésitation est légitime : comment libérer les flux sans ouvrir la porte au blanchiment ou à l’hémorragie des devises ? La réponse ne se trouve plus dans les textes juridiques seuls, mais dans la pertinence de nos intégrations technologiques.
Le projet de loi actuel, en proposant une amnistie contre une contribution libératoire, tente de ramener la liquidité informelle dans le giron de l’État.
Cependant, l’exclusion des personnes morales et la crainte d’un «blanchiment déguisé» montrent les limites d’un système de contrôle encore trop manuel. Pour que la «confiance régulée» devienne une réalité opérationnelle, le secteur bancaire doit intégrer l’Intelligence Artificielle (IA) non comme un gadget, mais comme un organe de conformité. Là où l’humain est submergé par le volume des transactions, l’IA peut analyser des patterns complexes en temps réel, distinguant les capitaux légitimes de ceux issus de réseaux illicites.
Blockchain : la traçabilité au service de la souveraineté
L’un des freins majeurs à la réforme est la traçabilité des fonds une fois régularisés. Ici, l’intégration de protocoles de registres distribués (Blockchain) offre une solution radicale.
En créant une piste d’audit immuable, elle transforme chaque transaction en une preuve de conformité infalsifiable. Contrairement au contrôle a priori qui paralyse l’agilité, la technologie permet un contrôle a posteriori chirurgical.
La souveraineté économique de la Tunisie d’ici 2035 ne se mesurera pas à la hauteur de ses barrières bureaucratiques, mais à la sophistication de ses outils de surveillance invisible.
Enseignement du benchmarking international
Le succès des opérations de régularisation à l’échelle mondiale ne repose plus sur la simple promesse d’immunité, mais sur la robustesse de l’infrastructure numérique. L’exemple de certains pays émergents montre que l’adoption de plateformes de E-Amnesty réduit drastiquement l’aléa moral.
Au Maroc ou en Indonésie, la dématérialisation et l’interconnexion des bases de données fiscales et bancaires ont permis de traiter des volumes massifs tout en garantissant une étanchéité totale contre les flux illicites.
Ces expériences prouvent que l’amnistie est un levier de croissance uniquement lorsqu’elle est portée par un écosystème RegTech (Regulatory Technology).
Le capital humain : la mue nécessaire
Cette intégration technologique restera lettre morte sans une acculturation profonde de notre capital humain. L’auditeur informatique, le gestionnaire de back-office et le décideur politique doivent former un front commun. Il ne s’agit plus de vérifier des formulaires papier, mais d’auditer des flux et des algorithmes. La gouvernance bancaire doit évoluer pour protéger ses cadres : l’erreur de jugement humaine doit être minimisée par l’assistance technologique, permettant aux banquiers de redevenir des partenaires du développement au service de tous les clients.
Un nouveau contrat technologique
Le renvoi en commission est une opportunité historique pour amender ce texte en s’appuyant sur les standards internationaux. Sans une digitalisation totale et une adoption massive des RegTech, la régularisation ne sera qu’un pansement sur une plaie structurelle. Pour que le «sursaut» se produise, la loi doit être le logiciel, et la technologie le processeur. Ensemble, ils forgeront la nouvelle ère d’une Tunisie financièrement transparente, agile et souveraine. **
* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.
** L’auteur a recouru à un outil d’intelligence artificielle pour l’assistance à la structuration, au benchmarking international et à la génération de l’infographie illustrative jointe. Le fond analytique et les orientations stratégiques restent le fruit de son expertise professionnelle.
Quatre centrales solaires photovoltaïques, d’une capacité de 2 MW chacune, ont été inaugurées dans le gouvernorat de Médenine, au sud-est de la Tunisie. Selon l’agence Tunis Afrique Presse (Tap), le coût total des projets s’élève à 5,5 millions de dollars américains.
Ces nouvelles centrales devraient permettre de réduire les coûts de production d’électricité d’environ 518 000 dollars américains et les importations de gaz naturel d’environ 1,5 million de dollars américains par an.
Ces projets s’inscrivent dans le cadre de la stratégie énergétique nationale, qui vise à porter la part de l’électricité issue de sources renouvelables à 35 % d’ici 2030 et à 50 % d’ici 2035.
Le secrétaire d’État chargé de la Transition énergétique, Wael Chouchane,qui intervenait en marge des travaux de la deuxième édition du Salon de l’agriculture, de l’eau, de l’irrigation et des énergies renouvelables destiné aux gouvernorats de Médenine, Tataouine, Gabès et Kébili, le 16 avril 2026, à Médenine, a souligné que les nouvelles centrales électriques contribueront à diversifier le mix énergétique de la région, à stimuler son développement économique et social, à garantir un approvisionnement énergétique stable et à moderniser le réseau électrique afin de relever les défis climatiques.
Dans une démarche stratégique visant à consolider la position de la Tunisie comme destination de premier plan, une rencontre de haut niveau s’est tenue à Paris entre les autorités diplomatiques tunisiennes et les géants du tour-operating français.
L’Ambassadeur de Tunisie à Paris, M. Dhia Khaled, a reçu une délégation clé composée de figures majeures du secteur pour discuter de l’avenir du flux touristique entre les deux rives de la Méditerranée, notamment Patrice Caradec, Président du Syndicat des Entreprises du Tour-Operating (SETO), Hayet Bouali, Représentante générale de Tunisair en France, Lotfi Mani, Représentant de l’Office National du Tourisme Tunisien (ONTT) en France.
Si la Tunisie reste une destination privilégiée pour les Français grâce à sa proximité et son hospitalité, l’enjeu est désormais de moderniser son attractivité, indique l’ambassade de Tunisie en France, en précisant que les échanges ont mis en lumière une volonté commune de lancer des actions promotionnelles ciblées, mettant l’accent sur la diversification de l’offre.
L’accent a par ailleurs été mis sur le tourisme durable et responsable. La Tunisie ne se contente plus de ses acquis et mise sur son patrimoine naturel unique.
L’exemple phare cité lors des discussions est l’inscription récente du « Géoparc Dahar » sur la prestigieuse liste des Géoparcs mondiaux de l’UNESCO. Cette reconnaissance internationale confirme le potentiel du sud tunisien pour un tourisme alternatif, respectueux de l’environnement et des cultures locales.
La Flottille Al-Soumoud en Tunisie a lancé un appel pour un rassemblement de solidarité avec Wael Nawar et Sana Msehli, dont l’audition est prévue pour demain.
Le rassemblement est donc prévu ce vendredi 17 avril 2026 et devant le Pôle judiciaire économique et financier à l’Avenue Mohammed V, à Tunis, à partir de 10h afin de soutenir les deux membres de la Flottille Al-Soumoud.
«Ce rassemblement vise d’abord à apporter un soutien moral et politique à Wael Nawar et Sana Msehli face à leur procédure judiciaire mais aussi de dénoncer cette tentative de criminalisation de l’activisme pro-palestinien en Tunisie.», indiquent les organisateurs.
Et d’ajouter : « Ce rassemblement est une réponse ferme à toutes les tentatives de restriction visant le mouvement de solidarité avec la Palestine ».
Pour rappel, une enquête visant la flottille Al-Soumoud a été ouverte par le Parquet du Pôle judiciaire économique et financier le 6 mars dernier et ce sur des flux financiers dits suspects liés à l’instance dirigeante de la flottille
La guerre ne se limite plus aux écrans, aux cartes stratégiques ou aux analyses géopolitiques. Elle circule aussi ailleurs. Plus près. Dans l’intime. Dans le noyau. Dans cet espace où deux personnes tentent encore de s’aimer sans savoir comment se sécuriser. En Tunisie aujourd’hui, les consultations de couple augmentent de manière significative. Ce phénomène ne peut pas être réduit à une simple évolution des mœurs ou à une meilleure accessibilité à la psychologie. Il dit autre chose.
Manel Albouchi
Le couple n’est plus un refuge. Il n’est plus uniquement un espace de stabilité. Il est devenu un espace de tension. Un lieu où se déposent les pressions économiques, les incertitudes sociales, les transformations des rôles et une fatigue émotionnelle diffuse
Le couple contemporain n’absorbe pas seulement l’amour. Il absorbe un monde en tension.
Les conflits conjugaux ne sont pas toujours des désaccords. Ils sont souvent des tentatives de régulation. Mais lorsque la régulation échoue, le lien change de nature : les paroles deviennent défensives, les silences deviennent stratégiques, les regards deviennent interprétations et les gestes deviennent signaux de menace ou de retrait Le couple cesse alors d’être un espace de communication. Il devient un espace de survie psychique.
Une guerre sans nom
À ce niveau, quelque chose bascule. La relation entre dans une logique de guerre implicite. Non pas une guerre déclarée. Mais une guerre de perception. Ce que l’un exprime n’est plus entendu comme un besoin, mais comme une attaque. Ce que l’autre fait n’est plus perçu comme une protection, mais comme une fuite. Progressivement, chacun interprète l’autre au lieu de le rencontrer.
Les travaux de John Bowlby ont montré que le lien affectif repose sur un besoin fondamental : la sécurité. Lorsque cette sécurité est menacée, deux stratégies principales apparaissent : l’un cherche la proximité pour restaurer le lien, l’autre s’éloigne pour éviter l’envahissement. Ce qui devrait être une régulation devient une spirale. Plus l’un s’approche, plus l’autre se retire. Plus l’autre se retire, plus l’un intensifie la demande. Le lien ne disparaît pas. Il se dérègle.
La guerre intérieure
Le conflit n’est pas seulement relationnel. Il est intrapsychique. Chaque partenaire rejoue une histoire plus ancienne que la relation elle-même. Les réactions ne parlent pas uniquement de l’autre. Elles parlent aussi de mémoires affectives non résolues. Le partenaire devient alors : un déclencheur, un miroir, un support de projection. Ce qui est en jeu n’est plus seulement «toi» et «moi», mais ce que «toi et moi» réactivons en chacun.
Ce qui semble être une dispute est souvent une tentative maladroite de préserver le lien. Mais cette intention est rarement reconnue. Car chacun est convaincu de réagir correctement, tandis que l’autre «exagère», «fuit» ou «attaque». C’est ainsi que la relation glisse progressivement vers une logique défensive mutuelle.
L’économie invisible
Dans un monde instable, le couple est devenu un espace de compensation. Aujourd’hui, il est sommé de garantir : la sécurité émotionnelle, la reconnaissance, la stabilité et parfois la réparation de blessures anciennes. Cette surcharge transforme le lien en système sous tension permanente. Et un système sous pression finit par produire une rupture. Non pas parce que l’amour a disparue. Mais parce qu’on supporte moins de porter seul ce qu’on traverse. Pour conclure Le couple contemporain n’est pas en crise parce que l’amour est mort ou parce qu’il serait fragile. Il est en crise parce qu’il porte trop. Il est devenu un lieu de surcharge vu l’accumulation de tensions économiques, sociales, psychiques et symboliques. Dans ce contexte, consulter n’est pas un signe d’échec. C’est un acte de lucidité.
Le détroit d’Ormuz devrait être rebaptisé le détroit du chantage. Il cristallise aujourd’hui le bras de fer entre les États-Unis de Donald Trump et la République islamique d’Iran des Gardiens de la révolution.
Imed Bahri
Téhéran a voulu utiliser le détroit comme une carte dans les négociations avec Washington tenues au Pakistan mais les Américains qui exigent le rétablissement immédiat de la libre navigation ne l’entendent pas de cette oreille.
Face à l’inflexibilité de l’Iran, Trump a annoncé un blocus maritime du détroit dont l’objectif est de paralyser les exportations du pétrole iranien, blocus entré en vigueur dans l’après-midi du lundi 13 avril 2026.
À part le détroit, la question de l’uranium et celle du déblocage des avoir gelés à l’étranger demeurent des points de divergence entre les deux belligérants.
Les pourparlers entre les États-Unis et l’Iran se sont terminés dimanche 12 avril 2026 à l’aube au Pakistan sans qu’un accord de cessez-le-feu permanent ne soit trouvé. Les Américains ont affirmé avoir présenté leur meilleure offre finale, rejetée par l’Iran, a rapporté le New York Times. «Nous avons clairement indiqué nos lignes rouges, les points sur lesquels nous sommes prêts à faire des concessions et ceux sur lesquels nous ne sommes pas prêts à transiger», a déclaré le vice-président J.D. Vance après 21 heures de réunions avec de hauts responsables iraniens à l’hôtel Serena d’Islamabad.
Positions très éloignées sur des points cruciaux
M. Vance n’a pas précisé la nature de ces lignes rouges. Dans les jours ayant précédés les pourparlers, les deux parties ont publié des déclarations publiques indiquant qu’elles restaient très éloignées sur plusieurs points cruciaux. Elles n’ont même pas réussi à s’entendre sur la question de savoir si la trêve de deux semaines, conclue mardi 7 avril, incluait les combats au Liban, un désaccord qui a failli paralyser la réunion.
Dimanche matin, trois points de désaccord majeurs persistaient, selon des responsables iraniens proches des négociations : la réouverture du détroit d’Ormuz, le sort de quelque 408 kg d’uranium hautement enrichi et la demande de l’Iran de débloquer environ 27 milliards de dollars de ses avoirs gelés à l’étranger.
Les États-Unis exigeaient la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz à toute navigation. Cependant, l’Iran a refusé de renoncer à cette voie maritime cruciale pour le transport du pétrole, affirmant qu’il ne le ferait qu’après la conclusion d’un accord de paix définitif, selon deux responsables iraniens s’exprimant sous couvert d’anonymat en raison de la sensibilité des négociations.
Téhéran cherche à financer la reconstruction
L’Iran réclamait également des réparations pour les dommages causés par six semaines de frappes aériennes et exigeait le déblocage des recettes pétrolières gelées en Irak, au Luxembourg, à Bahreïn, au Japon, au Qatar, en Turquie et en Allemagne, afin de financer la reconstruction, ont indiqué les responsables. Les Américains ont rejeté ces demandes.
Un autre point de blocage résidait dans l’exigence du président Trump que l’Iran cède ou vende la totalité de son stock d’uranium enrichi. L’Iran a formulé une contre-proposition mais les deux parties n’ont pas réussi à trouver un compromis.
«Lorsque deux équipes sérieuses se réunissent dans le but de parvenir à un accord, celui-ci doit être mutuellement avantageux», a déclaré Mehdi Rahmati, analyste à Téhéran, lors d’un entretien téléphonique avec le NYT. Il a ajouté : «Il est illusoire de penser que nous puissions sortir de cette situation sans faire de concessions importantes, cela vaut également pour les Américains».
Le premier contact direct depuis 1979
Bien que les réunions se soient terminées sans accord, leur simple tenue constituait en soi un signe de progrès. Six semaines auparavant, les États-Unis et Israël avaient assassiné le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, lors d’une frappe aérienne, et les autorités iraniennes avaient juré vengeance. À ce moment-là, la perspective d’une rencontre de haut niveau entre responsables iraniens et américains semblait hautement improbable.
Pourtant, le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, commandant militaire influent, dirigeait la délégation iranienne et rencontra Vance en personne. Les deux hommes se serrèrent la main et, selon les autorités iraniennes, les discussions furent décrites comme amicales et apaisées. Malgré l’absence de percée diplomatique, un tabou, forgé par des décennies d’hostilité, de rhétorique acerbe et de slogans comme «Mort à l’Amérique» en Iran, fut brisé.
La rencontre entre Vance et Ghalibaf constitua le contact direct le plus important entre des représentants iraniens et américains depuis la rupture des relations diplomatiques en 1979, suite à la révolution islamique et à la prise d’otages de diplomates américains à l’ambassade américaine de Téhéran.
Vali Nasr, professeur et spécialiste des affaires iraniennes à l’université Johns Hopkins, qui demeure optimiste, a déclaré : «Il s’agit des pourparlers directs les plus sérieux et les plus soutenus entre les États-Unis et l’Iran et ils témoignent de la volonté des deux parties de mettre fin à ce conflit».
Pour le moment, les négociations sont au point mort même si le très fragile cessez-le-feu de 15 jours se poursuit et que les efforts des médiateurs pour qu’un nouveau round de négociations ait lieu sont en cours.
Et si les ressources financières nationale (diaspora, tourisme régional, exportations agricoles et industrielles, IT…) rendent inutile un prêt de 2,5 milliards de dollars du FMI que suggèrent certains analystes pour permettre à la Tunisie de faire face aux répercussions négatives de la guerre israélo-américaine contre l’Iran sur l’économie mondiale ?
Naâmen Bouhamed *
L’article «Comment préserver l’économie tunisienne des séquelles de la guerre d’Iran» (Kapitalis, 12 avril 2026) de Larbi Ben Bouhali dresse un tableau alarmiste et un scénario anxiogène : réserves de change limitées (101 jours d’importation), hausse du cours du pétrole, baisse prévisible des transferts des migrants, et seule solution magique – un prêt du FMI de 2,5 milliards de dollars. Cette analyse, trop «dépendantiste», ignore les ressources endogènes et les secteurs dynamiques qui permettent à la Tunisie de résister sans sacrifier sa souveraineté. Voici les éléments manquants qui offre à la Tunisie une résistance économique sans faire appel au FMI et de garder son indépendance financière ainsi que sa souveraineté startégique.
1. Un prêt du FMI n’est pas une fatalité
Alternatives aux conditionnalités : l’auteur affirme que le FMI est la seule source de dollars à bas taux. Pourtant, la Tunisie peut lever des fonds via des sukuk (obligations islamiques), des lignes de crédit bilatérales avec la Chine ou les pays du Golfe, ou encore des emprunts auprès de la Banque islamique de développement, sans les conditionnalités structurelles (privatisations, gel des salaires) imposées par Washington.
Le coût caché du FMI : l’histoire montre que les programmes FMI en Tunisie (années 1980, 2016-2020) ont souvent aggravé les inégalités sans résoudre la dépendance extérieure. Accepter un nouveau prêt, c’est perpétuer le cycle de la dette.
2. Le FMI comme vecteur de dépendance
L’article passe sous silence le fait que le FMI est souvent l’instrument d’une tutelle étrangère. En imposant la libéralisation du compte capital et la suppression des subventions, le FMI affaiblit la capacité de l’État à réguler les prix (énergie, alimentation) et expose l’économie aux fuites de capitaux. La Tunisie doit sortir de ce piège en renforçant sa souveraineté monétaire (politique de change flexible, régulation des sorties de capitaux) plutôt qu’en appelant le FMI.
3. La manne des transferts de la diaspora
Contrairement aux craintes de l’article (risque de perte d’emploi des 100 000 Tunisiens du Golfe), les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) ont atteint environ 7 milliards de dinars (2,3 Mds $) en 2025. Même en cas de ralentissement dans le Golfe, ces transferts sont structurellement élevés et résilients. L’État pourrait les mobiliser davantage via des obligations diaspora ou des comptes en devises rémunérateurs. Les 2,5 Mds $ du FMI ne représentent donc pas un montant inaccessible.
4. La diversité de l’économie nationale
L’article ignore totalement le secteur agricole, pourtant créateur net de devises.
Huile d’olive : la Tunisie est le 2e exportateur mondial. En 2025, les exportations ont dépassé 2 milliards de dinars (650 M$). Avec la hausse des prix mondiaux liée aux tensions géopolitiques, ce chiffre pourrait croître de 15-20 % en 2026-2027.
Dattes et agrumes : ils génèrent 500-600 M$ par an, de manière stable.
5. Le phosphate reprend des couleurs :
M. Ben Bouhali n’évoque pas la reprise spectaculaire du secteur des phosphates.
Production en hausse : après des années de crise sociale, la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) a porté sa production à près de 5 millions de tonnes en 2025, avec un objectif de 7 Mt en 2027.
Recettes d’exportation : le Groupe Chimique Tunisien (GCT) a généré plus de 1,5 milliard de dinars (environ 500 M$) en 2025 grâce à l’acide phosphorique et aux engrais. La demande mondiale reste forte.
6. Les exportations des industries mécaniques:
L’article ignore superbement le secteur des industries mécaniques et électriques, qui est le premier secteur exportateur de la Tunisie, loin devant le textile ou le tourisme.
Poids dans les exportations : ce secteur représente environ 40 à 45 % des exportations industrielles totales de la Tunisie, soit plus de 15 milliards de dinars (environ 5 milliards de dollars) par an.
Sous-traitance automobile et aéronautique : Des entreprises comme Lear, Yazaki, Leoni, Latécoère, Safran ont des unités de production en Tunisie. Le pays exporte des faisceaux électriques, des câblages, des pièces mécaniques et des composants aéronautiques vers l’Europe et le monde.
Résilience face au choc pétrolier : Contrairement au tourisme (sensible au prix des billets d’avion), l’industrie mécanique répond à des contrats pluriannuels. La guerre en Iran n’affecte pas directement la demande européenne pour ces composants. Ces exportations génèrent des devises stables et prévisibles.
7. Un futur hub digital de l’Afrique
M. Ben Bouhali ignore la révolution numérique en cours.
Un secteur en pleine croissance : l’économie numérique tunisienne ne représente qu’environ 10 % de son potentiel, mais elle est en pleine expansion. Près de la moitié de l’activité des plateformes numériques tunisiennes est déjà tournée vers l’export.
Exportations de services IT (offshoring) : la Tunisie est une destination reconnue pour les centres d’appels, la conception de logiciels, et les services IT. Les recettes d’exportation des services du numérique (hors télécoms) dépassent aujourd’hui plusieurs centaines de millions de dollars par an (entre 300 et 500 M$).
Intelligence artificielle et souveraineté numérique : la Tunisie mise sur l’IA et les data centers. L’objectif est de faire de la Tunisie le «hub digital du continent africain» en s’appuyant sur le câble sous-marin Medusa et la couverture 5G.
8. La résilience du secteur du tourisme :
L’article prédit une chute du tourisme mondial à cause du carburant cher, mais il néglige deux réalités : d’une part, la clientèle de proximité (Algérie, Libye) est peu sensible au prix du kérosène ; d’autre part, les Tunisiens de l’étranger reviennent massivement l’été, générant des devises et une consommation locale.
Touristes algériens : l’Algérie voisine représente le premier marché émetteur vers la Tunisie. En 2025, plus de 2,5 millions d’Algériens ont visité la Tunisie (soit près de 30 % des arrivées totales). Ils viennent pour les soins, le shopping, les loisirs familiaux et l’immobilier. Leur dépense moyenne par séjour est élevée (entre 300 et 500 euros), générant plus de 800 millions de dollars par an.
Touristes libyens : malgré l’instabilité politique en Libye, les flux restent soutenus (environ 800 000 visiteurs en 2025). Les Libyens privilégient les soins médicaux, les centres commerciaux de Tunis et les plages du Cap Bon. Leurs dépenses représentent entre 250 et 300 millions de dollars par an.
Avantage du transport terrestre : contrairement aux Européens (qui prennent l’avion, donc sensibles au prix du carburant), les Algériens et Libyens viennent majoritairement par la route (voiture, bus). La flambée du pétrole a peu d’effet sur leur décision, car le trajet est court (moins de 300 km pour la plupart). Ces flux sont donc peu vulnérables à la guerre en Iran.
Retours massifs des TRE en été : l’article mentionne les transferts financiers des TRE mais oublie qu’ils sont aussi des touristes à part entière.
Chaque année, entrejuillet et septembre, près de 600 000 à 800 000 Tunisiens résidant à l’étranger (France, Italie, Allemagne, Belgique, pays du Golfe) reviennent passer leurs vacances en Tunisie.
Dépenses sur place : contrairement aux touristes ordinaires, les TRE ne logent pas toujours dans des hôtels (ils ont des familles), mais ils dépensent massivement dans la consommation (nourriture, vêtements, électronique, artisanat), la location de voitures, les restaurants, les loisirs, et surtout l’immobilier (achats de terrains, d’appartements, rénovations). Leurs dépenses estivales sont estimées entre 1,5 et 2 milliards de dinars (500 à 650 millions de dollars) par an.
Devises fraîches : les TRE arrivent avec des euros, dollars ou dinars convertibles, qu’ils échangent dans les banques ou les bureaux de change. Cela alimente directement les réserves de change de la BCT. C’est une source de liquidités qui ne dépend ni du FMI ni des marchés financiers.
L’auteur craint que la hausse du carburant réduise les vols et les recettes touristiques. Mais :
– le tourisme tunisien a survécu à des crises bien pires : attentats de 2015, pandémie de 2020, guerre en Ukraine (2022). En 2025, les recettes touristiques ont atteint 2,5 milliards de dollars (proche du record de 2018) ;
– la clientèle régionale (Algérie, Libye) et les TRE représentent déjà plus de 50 % des arrivées et une part significative des dépenses. Contrairement aux Européens (plus sensibles aux prix des billets), ces deux segments sont captifs et fidèles.
Même si les touristes russes ou allemands diminuaient légèrement, la proximité géographique et les liens familiaux des TRE assurent un socle solide.
9. Le levier sous-exploité des énergies renouvelables :
Enfin, n’oublions pas les projets dans le secteur des ERN (exportation d’électricité solaire vers l’Europe via l’Italie). À l’horizon 2028-2030, ces exportations pourraient rapporter 1 milliard de dollars par an à la Tunisie.
Comparaison : le prêt FMI demandé (2,5 Mds $ sur 7 ans) représente moins de 3 mois des recettes combinées de ces secteurs. La Tunisie n’est donc pas à court de ressources ; elle souffre plutôt d’une mauvaise allocation et d’un manque de confiance, que le FMI ne résoudra pas.
Conclusion : une indépendance économique possible
L’article de Monsieur Larbi Ben Bouhali souffre d’un biais de «FMI-dépendance» : il ne voit le salut que dans l’endettement extérieur et les institutions de Bretton Woods.
Pourtant, la réalité est tout autre :
– les 2,5 milliards de dollars recherchés ne sont pas un obstacle insurmontable ;
– les transferts des Tunisiens de l’étranger (2,3 Mds $/an), les industries mécaniques (5 Mds $/an), les phosphates (0,5 Md $/an), l’huile d’olive (0,65 Md $/an), les services IT/IA (en forte hausse), et surtout le tourisme régional (Algériens, Libyens, TRE estivaux) constituent une assise solide pour équilibrer les comptes extérieurs sans céder aux injonctions du FMI.
Le vrai piège, c’est de croire que l’on ne peut s’en sortir qu’en s’endettant davantage auprès des mêmes institutions qui ont imposé l’austérité par le passé. La Tunisie peut choisir la voie de la souveraineté économique : valoriser sa diaspora, investir dans l’innovation et les industries à forte valeur ajoutée, capitaliser sur ses atouts touristiques régionaux, plutôt que de retomber dans le cycle infernal des plans d’ajustement structurel et détruire le capital humain de la Tunisie.
La guerre israélo-américaine de six semaines contre la République islamique d’Iran a secoué la région la plus riche en énergie du monde. Les installations pétrolières et gazières ont été visées par les deux camps et la flambée des prix des carburants a provoqué un nouveau choc énergétique mondial.
Imed Bahri
Dans une enquête sur le sujet, le Financial Times indique qu’alors que la situation se stabilise tant bien que mal après une trêve très fragile de deux semaines, l’ampleur des dégâts se révèle avec des répercussions à long terme pour l’économie mondiale.
L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, a indiqué que sa capacité de production a subi des dommages importants. Le Qatar, grand producteur de gaz naturel liquéfié, a perdu environ un cinquième de sa capacité de production et il faudra des années pour revenir à la situation d’avant la guerre.
Certaines des plus grandes raffineries de pétrole au monde –essentielles à la transformation du pétrole brut lourd en carburants qui alimentent l’économie mondiale– ont également été touchées à plusieurs reprises, avec une capacité hors service pouvant atteindre 2,4 millions de barils par jour.
«Même si un cessez-le-feu permanent était conclu demain et que le détroit rouvrait, les marchés ne retrouveraient pas leur fonctionnement normal avant au moins six mois et dans certains cas, cela pourrait prendre beaucoup plus de temps», a déclaré Jorge León, responsable de l’analyse géopolitique chez Rystad Energy.
Arabie saoudite
L’Arabie saoudite a confirmé qu’une série d’attaques avait réduit sa capacité de production d’environ 600 000 barils par jour et diminué le débit de l’oléoduc Est-Ouest d’environ 700 000 barils par jour.
Cet oléoduc, reliant Abqaiq à Yanbu sur la mer Rouge, est une voie d’exportation de pétrole essentielle en temps de guerre. Il a été touché dès le lendemain du cessez-le-feu, endommageant une station de pompage.
Des frappes sur les champs pétroliers offshore de Manifa et Khurais, au nord de Riyad, ont également réduit la production d’environ 300 000 barils par jour sur chaque site, selon une rare déclaration du ministère saoudien de l’Énergie.
Helima Croft, analyste chez RBC Capital Markets, a déclaré que la poursuite des attaques après le cessez-le-feu maintiendrait les marchés sous tension, ajoutant : «Comment concilier des dégâts matériels importants avec un contexte censé se désamorcer ? Je ne pense pas que ce soit possible».
Ces attaques ont réduit la capacité de production habituelle de l’Arabie saoudite, qui s’élève à 12 millions de barils par jour, d’au moins 5%. Ainsi, même si le détroit d’Ormuz rouvre prochainement, le royaume ne pourra pas compenser intégralement les pertes.
Cela réduira également la capacité de production mondiale de réserve, dont Riyad détenait la plus grande part, afin de pallier toute perturbation de l’approvisionnement. L’Arabie saoudite a confirmé que quatre grandes raffineries avaient été attaquées mais que la plupart restaient opérationnelles.
Le Royaume a averti que ces attaques affectaient «la sécurité d’approvisionnement des pays consommateurs», adressant ainsi un message clair à Washington.
Qatar
Le complexe industriel de Ras Laffan, exploité par Qatar Energy, a été touché par des frappes de missiles les 18 et 19 mars, après qu’Israël ait bombardé des installations pétrochimiques et le champ gazier de South Pars en Iran.
Les contre-attaques iraniennes ont marqué l’une des escalades les plus importantes du conflit, ciblant la plus grande usine de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde en deux vagues.
L’entreprise a annoncé que les dégâts affecteraient environ 17% de ses exportations et que les réparations prendraient entre trois et cinq ans.
L’usine de conversion du gaz en liquides (GTL, Gas-to-Liquids est un procédé de synthèse chimique qui transforme le gaz naturel en produits pétroliers liquides de haute qualité), exploitée conjointement avec Shell, a également été endommagée, réduisant sa capacité pendant au moins un an.
Les analystes de Wood Mackenzie estiment que la remise en service des sections non endommagées pourrait prendre plusieurs mois.
Un analyste a déclaré : «Un cessez-le-feu pourrait permettre aux méthaniers bloqués dans le Golfe de quitter le détroit d’Ormuz, soulageant ainsi les marchés mondiaux mais il n’y aura pas de véritable changement structurel dans l’offre tant que la pleine production ne sera pas rétablie à Ras Laffan».
Émirats arabes unis
La raffinerie de Ruwais à Abou Dhabi, d’une capacité de 922 000 barils par jour, a été parmi les premières installations ciblées, par des frappes de drones provoquant des incendies.
Les opérations de l’usine de traitement de gaz d’Habshan ont également été interrompues à deux reprises pendant le conflit en raison d’incendies causés par des débris de missiles interceptés.
Deux gisements de gaz ont été touchés, entraînant des arrêts de production.
Bien que certaines exportations se soient poursuivies via le port de Fujairah, situé hors du détroit d’Ormuz, les opérations ont été perturbées à plusieurs reprises par des attaques contre le port et les installations de stockage.
Koweït
Les raffineries de Mina Al-Ahmadi et de Mina Abdullah ont subi d’importants dégâts suite à de multiples frappes mais sont restées opérationnelles.
Ces raffineries étaient d’importants fournisseurs de kérosène pour l’Europe et l’Asie et la réduction de l’approvisionnement a suscité des inquiétudes quant à d’éventuelles pénuries de kérosène dans les semaines à venir.
Irak
L’Irak a été fortement touché par la fermeture du détroit d’Ormuz en raison de l’absence de voies d’exportation alternatives. L’Iran a été contraint de fermer plus des trois quarts de sa production, qui a chuté à 800 000 barils par jour, contre 4,3 millions avant la guerre.
Ses installations ont également été directement visées, notamment par une attaque de drone contre le champ pétrolier de Rumaila.
Le 5 avril, un pétrolier a traversé le détroit d’Ormuz, laissant supposer un accord temporaire entre l’Irak et l’Iran autorisant les expéditions de pétrole.
Iran
Israël a ciblé des dépôts de carburant à Téhéran et d’autres installations, provoquant d’importants incendies qui ont plongé la capitale dans un épais nuage de fumée.
Des frappes sur le champ gazier de South Pars ont également mis hors service des unités de production.
L’île de Kharg, important centre d’exportation, a été ciblée à plusieurs reprises, mais ces attaques visaient des objectifs militaires, épargnant relativement les installations pétrolières.
Oman et Bahreïn
Oman a subi moins d’attaques que ses voisins, mais le port de Salalah a été perturbé après des frappes sur des installations de stockage de pétrole.
Le Bahreïn a invoqué la force majeure après la destruction de la raffinerie de Sitra et la remise en état devrait prendre plusieurs mois.
Ces dégâts considérables témoignent du fait que ce conflit n’était pas qu’une simple confrontation militaire mais un bouleversement majeur des infrastructures énergétiques mondiales dont les effets pourraient se faire sentir pendant des années.
La Cour d’appel de Tunis a rendu son verdict dans l’affaire visant l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani et l’a condamnée à une peine de 18 mois de prison ferme. Verdict fermement dénoncé par le Syndicat national des journalistes.
Dans un communiqué publié ce lundi 13 avril 2026, le SNJT a rappelé que cette condamnation a été prononcée suite à des commentaires médiatiques portant sur la question de la discrimination et du racisme en Tunisie, tenus sur la chaîne Carthage+ et intervient après une série de poursuites visant la chroniqueuse pour des motifs similaires.
Comme pour les dossiers précédents, la justice s’est appuyée sur l’article 24 du décret-loi n°54 de l’année 2022, relatif à la lutte contre les infractions liées aux systèmes d’information et de communication et pour le SNJT, ce texte est devenu, depuis sa promulgation, un outil récurrent pour poursuivre les opinions divergentes.
Le syndicat réitère d’ailleurs son appel au gel de ce décret, alors qu’un projet de révision est actuellement à l’étude au sein de la Commission de législation générale de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).
Dans son communiqué, le Syndicat exprime sa solidarité totale avec Sonia Dahmani et dénonce fermement ce verdict, tout en exprimant son inquiétude du retour en détention de l’avocate, dont l’état de santé physique et psychologique est jugé fragile depuis sa sortie de prison il y a seulement quelques mois.
La même source estime pat ailleurs que multiplier les procès pour des déclarations de même nature (critique de la gestion migratoire et des discours discriminatoires) constitue une violation flagrante de la liberté d’expression et appelle officiellement à l’arrêt de l’exécution de cette peine, qualifiant la situation de « harcèlement judiciaire visant à intimider le secteur médiatique» .
Depuis sa mise en place progressive en octobre 2025, le système d’entrée/sortie de l’espace Schengen (EES) commence à produire ses premiers effets concrets sur la gestion des frontières européennes.
À chaque passage, les données des voyageurs issus de pays tiers sont désormais enregistrées automatiquement: identité, date d’entrée, date de sortie et durée de séjour. Peu à peu, les tampons sur les passeports disparaissent au profit d’un suivi numérique continu, centralisé entre les États membres. Selon les premières données disponibles, plus de 52 millions de passages ont déjà été enregistrés. Ce volume donne une idée de l’intensité des déplacements vers l’espace Schengen, mais aussi de la capacité du système à absorber une circulation massive sans intervention manuelle systématique. Dans cet ensemble, environ 27 000 personnes se sont vu refuser l’entrée sur le territoire européen. Ces refus ne relèvent pas d’une logique automatique. Ils interviennent lorsque les conditions d’entrée ne sont pas remplies ou lorsqu’un signalement est détecté lors des vérifications croisées.
C’est justement l’un des changements majeurs du système. Les informations ne restent plus isolées à un seul poste frontière. Elles sont désormais croisées avec différentes bases de données européennes et internationales, ce qui permet de repérer plus rapidement certaines incohérences ou alertes. Dans ce cadre, près de 700 personnes ont été identifiées comme présentant “une menace pour la sécurité de l’Union”, selon les données communiquées par la Commission européenne. Le système agit donc à la fois comme un registre de passage et comme un outil d’alerte, capable de relier des informations dispersées dans différents États.
Les ressortissants tunisiens ont déposé près de 178 000 demandes de visa Schengen en 2024, selon les données compilées à partir des statistiques de la Commission européenne. Sur ce total, plus de 38 000 demandes ont été refusées, soit un taux de rejet d’environ 21 %. Une fois le visa obtenu, les séjours restent limités à 90 jours sur 180, une durée désormais suivie de manière automatisée par les nouveaux outils numériques de contrôle aux frontières. Le système calcule les jours restants à partir de chaque entrée et sortie, ce qui limite les erreurs et rend le suivi beaucoup plus précis qu’auparavant. Pour les voyageurs, cela signifie un passage plus rapide aux frontières, mais aussi un contrôle plus continu de leur présence sur le territoire européen, même après leur entrée.
Alors que les yeux du monde entier sont rivés depuis fin février sur le Moyen-Orient et la guerre qui a opposé l’Iran aux États-Unis et à Israël, le génocide et les crimes de guerre que perpètrent les Forces de soutien rapide (FSR) de Hemedti Dagalo se poursuivent. Les personnes enlevées sont séquestrées dans des conteneurs maritimes métalliques, dans chaque conteneur s’entassent de 60 à 70 personnes sans ventilation ni installations sanitaires et 10 à 15 y meurent asphyxiés chaque jour.
Imed Bahri
Un survivant des centres de détention des Forces de soutien rapide au Darfour n’aurait jamais imaginé que sa libération dépendrait de la capacité de sa famille à réunir une somme d’argent dans une course contre la mort, a indiqué Al-Quds Al-Arabi, en rapportant le récit de ce dernier, racontant, sous couvert d’anonymat, les moments de sa détention après la prise d’El Fasher en octobre dernier.
L’ancien détenu a expliqué au journal arabophone londonien que lui et un autre jeune homme avaient été emmenés et contraints de contacter leurs familles, non pas pour s’enquérir de leur bien-être, mais pour exiger une rançon immédiate sous peine d’exécution. «Ils nous battaient sans cesse en répétant: L’argent ou la mort», a-t-il raconté, en expliquant avoir survécu grâce à la somme demandée, réunie par sa famille, tandis que l’autre jeune homme qui l’accompagnait a été tué sans aucune hésitation. Il ajoute : «J’ai eu de la chance mais beaucoup d’autres ont payé et n’ont pas survécu. Tout dépend de l’humeur des gardes».
Un système de détention complexe en marge de la loi
Ce témoignage ouvre la porte à une réalité plus vaste où les récits d’anciens détenus se mêlent aux témoignages de militants des droits humains pour révéler un système de détention complexe, opérant en marge de la loi et faisant de la vie de milliers de civils au Darfour les otages de la violence et de l’extorsion. Un militant des droits humains, qui documente les exactions dans la région, affirme que le nombre de centres de détention est un nombre important et que certains sont totalement secrets, ce qui rend difficile l’obtention de chiffres précis.
Toutefois, un tableau général se dessine. À El Fasher, capitale du Darfour-Nord, on compte trois prisons principales, tandis qu’à Nyala, la prison de Degres se distingue comme un centre de détention majeur, avec d’autres sites dans les villes de Zalingei, au Darfour-Centre, et d’El Geneina, au Darfour-Ouest. Au niveau local, il signale l’existence de plus de 46 centres de détention de moindre importance, sans aucune documentation claire.
Au sein de ce réseau, les chiffres sont significatifs. À El Fasher seulement, on estime à plus de 6 000 le nombre de personnes disparues, sans aucune information sur leur sort : vivantes, mortes ou détenues. À Nyala, des estimations non officielles font état d’environ 7 000 détenus à la prison de Degres. Mais derrière ces chiffres se cachent des détails encore plus effroyables, notamment dans ce que les survivants appellent des «conteneurs de la mort». Ce sont des conteneurs maritimes métalliques utilisés pour les séquestrer et dans chaque conteneur, de 60 à 70 personnes y sont enfermées sans ventilation ni installations sanitaires.
Un survivant a décrit ces moments : «Nous suffoquions. Il n’y avait presque pas d’air, peu d’eau et presque pas de douches. Dans ces conditions, la mort était devenue quotidienne».
«Parfois, nous perdions 10 à 15 personnes par jour», a déclaré un autre témoin, ajoutant que «les détenus étaient forcés d’enterrer leurs codétenus, parfois dans des fosses communes voisines. Certains mouraient lentement à l’intérieur du conteneur, frappant à la porte jusqu’à ce que le silence se fasse».
L’asphyxie n’était pas la seule cause de décès. Les maladies se propageaient rapidement en raison du manque de soins médicaux. Le choléra, le paludisme et la malnutrition figuraient parmi les principales causes de mortalité.
Selon les estimations, plus de 60 personnes sont décédées du choléra dans les prisons d’El Fasher et 126 dans la prison de Dagris, à Nyala, des chiffres qui risquent de s’alourdir. Les maladies de peau et les ulcères sont également très répandus, évoluant en plaies profondes et entraînant de graves complications de santé.
D’après des témoignages concordants, la torture est une pratique courante dont sont victimes tous les détenus.
Une «économie parallèle» basée sur les rançons
«Il n’y a pas un seul détenu qui n’ait pas été torturé», affirme un militant des droits humains, expliquant que les méthodes employées incluent les passages à tabac, la privation de nourriture, le refus de soins médicaux et l’isolement dans des conditions suffocantes. Dans de nombreux cas, la torture est utilisée pour extorquer des aveux ou pour punir des détenus sur la base de soupçons non fondés.
De plus, les prisons sont devenues une sorte d’«économie parallèle» basée sur les rançons. Les sommes exigées varient de millions à milliards de livres soudanaises et sont souvent fixées arbitrairement. Mais même le paiement de la rançon ne garantit pas la survie car des témoignages indiquent que des détenus ont été tués après avoir reçu l’argent.
Lors de l’assaut contre El Fasher, des militants ont documenté des arrestations massives de civils en fuite. Les hommes étaient séparés des femmes et emmenés dans des zones reculées où commençaient des négociations de rançon. On estime à 255 le nombre de personnes détenues au nord-est d’El Fasher durant ces opérations. Parmi elles, au moins 33 civils ont été tués, tandis que d’autres ont subi des extorsions ou ont été exécutés, même après avoir versé des rançons.
Des témoignages indiquent que certaines de ces opérations étaient fondées sur des critères ethniques ou sur des accusations de soutien à l’armée ou à des groupes armés. Certains groupes ont été parmi les plus ciblés, faisant face à des accusations vagues et à une absence totale de procédure régulière.
Dans ce sombre tableau, une tragédie particulière se déroule pour les femmes détenues dans la prison de Korea à Nyala. Des témoignages corroborent de récents rapports sur les droits humains indiquant qu’au moins 643 femmes y sont détenues dans des conditions qualifiées d’inhumaines.
Le Centre africain d’études sur la justice et la paix a exprimé sa vive inquiétude face à cette situation, soulignant que les femmes détenues subissent des conditions de vie déplorables et font l’objet d’accusations généralisées de collaboration avec des groupes d’opposition ou d’avoir commis de crimes, sans preuves suffisantes. Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large où les femmes au Soudan sont touchées de manière disproportionnée par le conflit armé et subissent de multiples violences notamment des violences sexuelles, des enlèvements, des mariages forcés, des arrestations arbitraires, des procès inéquitables et des conditions de détention inhumaines.
Selon des informations documentées, la prison de Korea a rouvert ses portes en tant que centre de détention en avril 2024 après avoir été évacuée suite à l’escalade du conflit. La prison détient actuellement au moins 643 femmes, dont 200 arrêtées à Nyala, Zalingei et El Geneina, 247 transférées d’El Fasher et 196 poursuivies pour des infractions pénales, parmi lesquelles neuf femmes enceintes.
Des témoignages décrivent des conditions de vie extrêmement difficiles à l’intérieur de la prison où les repas sont limités à un par jour. L’eau est acheminée de l’extérieur dans des conditions loin de respecter les normes sanitaires minimales.
Selon certains rapports, des détenus ont été contraints de travailler au domicile de membres des Forces de soutien rapide (FSR), effectuant des tâches ménagères et de blanchisserie non rémunérés, et ne recevant parfois de la nourriture que pendant ces heures. Ce phénomène illustre un recours au travail forcé lié à la détention.
Violences sexuelles dans certains centres de détention
Le Centre africain d’études sur la justice et la paix a cité des cas individuels illustrant la nature de ces violations, notamment l’arrestation de deux femmes travaillant dans une pharmacie à Nyala en février 2026. Le propriétaire de la pharmacie a refusé de vendre des médicaments aux membres des FSR, un acte considéré comme une «collaboration avec des groupes d’opposition». Dans un autre cas, une femme a été détenue pour faire pression sur son mari, soldat des Forces armées soudanaises, et on lui a demandé de payer une rançon pour sa libération.
Malgré les graves allégations de violences sexuelles dans certains centres de détention, la documentation de ces violations reste limitée en raison de la crainte des victimes d’être stigmatisées ou de leur présence continue dans des zones dangereuses. Les groupes les plus vulnérables ne sont pas épargnés. 21 enfants, âgés de 14 à 17 ans, ont été arrêtés à El Fasher. Détenus avec des adultes, ils ont subi les mêmes formes de torture. Des militants et des bénévoles humanitaires ont également été arrêtés, notamment des personnes travaillant dans les cuisines collectives pendant le siège d’El Fasher, qui a duré près de 18 mois.
Certaines de ces personnes ont été libérées par la suite mais seulement après le versement d’importantes rançons, tandis que le sort des autres demeure inconnu et l’on craint que certaines aient été tuées. Aux abords de certains centres de détention, en particulier près de l’hôpital d’El Fasher, des charniers ont été signalés, témoignant de l’ampleur des pertes humaines. Le conflit se poursuivant et le manque de transparence persistant, ces chiffres restent sujets à des hypothèses encore plus tragiques. Malgré les appels des défenseurs des droits de l’homme et les supplications des familles, des témoignages continuent d’émerger de ces «conteneurs de la mort» où les espoirs de survie s’amenuisent et où l’odeur de mort imprègne l’air.
Une économie sous tension… mais pas sans ressorts : analyse de l’inflation en Tunisie, du risque souverain et du rôle des banques dans la stabilité économique et le financement de l’État.
Abdelwaheb Ben Moussa *
Ces derniers mois, plusieurs signaux ont mis l’économie tunisienne sous les projecteurs : inflation persistante, contraintes budgétaires de l’État et notations prudentes attribuées à certaines banques tunisiennes.
Pris isolément, chacun de ces éléments peut sembler inquiétant. Pourtant, ils ne sont pas indépendants : ils s’inscrivent dans un même système macro-financier où la politique monétaire, la situation budgétaire et la solidité du secteur bancaire évoluent en interdépendance.
Comprendre ces interactions est essentiel pour interpréter correctement les tensions économiques actuelles et éviter les conclusions simplistes.
L’inflation persiste
Contrairement à certaines prévisions d’un ralentissement rapide, l’inflation en Tunisie ne baisse pas et tend même à s’accentuer récemment. Selon l’Indice des prix à la consommation publié par l’INS, le taux d’inflation annuel a augmenté à 5 % en février 2026, contre 4,8 % en janvier. Cette progression est principalement due à l’accélération des prix des produits alimentaires.
La Banque centrale de Tunisie (BCT) continue d’agir pour contenir les pressions sur les prix, mais ses efforts se heurtent à des facteurs externes et structurels. La hausse des prix de l’énergie et des importations, notamment alimentaires, alimente encore le ressenti inflationniste des ménages.
Autrement dit, la désinflation n’est pas encore observable, et le système économique doit composer avec une inflation persistante dans certains secteurs.
Entre risque et stabilisation
Le risque souverain joue un rôle central dans l’évaluation des banques tunisiennes. Les notations internationales tiennent compte de l’environnement macroéconomique autant que de la gestion interne des institutions financières. Une banque bien gérée peut apparaître prudente dans ces évaluations simplement parce qu’elle opère dans un contexte économique marqué par des contraintes budgétaires.
Distinguer risque souverain et fragilité opérationnelle permet d’interpréter correctement les notations et de ne pas confondre perception macroéconomique et performance institutionnelle.
La forte exposition des banques à la dette publique est souvent considérée comme un facteur de vulnérabilité. En réalité, cette relation remplit également une fonction stabilisatrice. Les obligations d’État constituent des actifs sûrs et liquides, et les banques financent l’État lorsque l’accès aux marchés internationaux est limité.
Une diversification progressive des portefeuilles bancaires reste toutefois souhaitable pour réduire la concentration sur la dette publique et stimuler le financement de l’économie productive.
Inflation, banques et dette
L’économie tunisienne fonctionne selon un équilibre où plusieurs dimensions financières interagissent. L’inflation persistante pèse sur les finances publiques et sur le pouvoir d’achat, influençant la perception du risque souverain et les conditions de financement de l’État et du système bancaire. Les banques deviennent alors un canal de transmission de ces tensions vers le financement de l’économie.
Ces interactions montrent que les défis actuels ne sont pas isolés mais font partie d’un équilibre macrofinancier global.
Renforcer la résilience du système économique
Plusieurs leviers peuvent renforcer la stabilité économique à long terme. La diversification des actifs bancaires et le financement accru du secteur privé, notamment des PME, permettraient de réduire la dépendance à la dette publique. Le développement des marchés financiers domestiques offrirait de nouveaux instruments pour partager les risques.
La transparence des politiques économiques et le renforcement des cadres de gouvernance peuvent également améliorer la confiance des investisseurs et atténuer la perception du risque souverain.
Lecture de l’infographie :
Inflation : prix, énergie, importations – influence la politique monétaire et les finances publiques ;
Risque souverain : dette publique, finances publiques – conditionne la perception des marchés et notations ;
Système bancaire : crédit, liquidité, financement de l’État – transmet les tensions vers l’économie ;
Centre : Financement de l’économie – investissements, PME, croissance.
Comprendre les équilibres
Les débats sur l’inflation persistante, le risque souverain et la solidité des banques traduisent des préoccupations légitimes. Mais leur interprétation nécessite une vision globale des interactions économiques. La BCT, les banques et les finances publiques ne fonctionnent pas isolément : elles forment un système interdépendant où chaque élément influence la stabilité globale.
L’enjeu pour la Tunisie n’est pas seulement de gérer les tensions à court terme, mais de consolider les fondations macro-financières pour soutenir une croissance durable et renforcer la crédibilité du pays sur les marchés internationaux. **
* Ingénieur en informatique, cadre d’une banque publique.
** Mention: un outil d’intelligence artificielle est utilisé pour affiner le style, la fluidité et la structure.