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Banques publiques : le sursaut digital à l’épreuve de la gouvernance d’activation

Alors que la Tunisie peaufine les contours de son Plan de développement 2026-2030, un constat s’impose : la refondation économique et sociale ne pourra faire l’économie d’une mutation radicale de son bras financier public. Si les discours officiels sur l’intelligence artificielle (IA) et la transformation digitale sont foisonnants, le succès de cette ambition ne réside plus dans l’incantation, mais dans le passage d’une gouvernance de papier à une gouvernance d’activation.

Le secteur bancaire tunisien évolue aujourd’hui à deux vitesses, et les chiffres de l’exercice 2024-2025 confirment ce dualisme structurel. D’un côté, des institutions privées agiles dont la rentabilité des fonds propres (ROE) flirte avec les 16 %. De l’autre, un pôle public qui, malgré une vitalité remarquable dans la collecte des dépôts (en hausse de 10,2 % contre +6,1 % pour le privé), peine à transformer cet essai en efficacité opérationnelle.

Avec un coefficient d’exploitation sectoriel grimpant à 48 % – son plus haut niveau depuis 2019 -, le risque est de voir le pôle public s’essouffler sous le poids de charges que seule une activation digitale profonde pourrait alléger. Tant que l’État ne s’attaquera pas au financement réel de la modernisation de ses propres établissements, la « Tunisie Digitale » restera une ambition à géométrie variable. La souveraineté numérique ne se décrète pas ; elle se finance et se gouverne.

 

L’IA au back-office : entre productivité et risque d’effet Jevons

L’intégration de l’IA dans le back-office bancaire est souvent présentée comme une panacée. Pourtant, la vigilance est de mise face à l’effet Jevons* : loin de libérer du temps, l’automatisation tend à redistribuer la charge de travail en augmentant la pression algorithmique.

Le conseiller bancaire « augmenté » ne travaille pas moins ; il traite un volume de dossiers démultiplié (passant parfois de 20 à 35 dossiers par jour) avec une responsabilité de validation accrue. Une gouvernance responsable doit donc anticiper ces mutations sociales.

L’upskilling (montée en compétences) ne doit pas être un privilège de cadre supérieur, mais un impératif pour le guichetier et l’opérateur de back-office, dont les tâches sont en première ligne de l’automatisation.

Pour une gouvernance de l’algorithme et de la donnée

Presque toutes nos solutions d’IA sont aujourd’hui importées. Ce « prêt-à-penser » technologique comporte un risque majeur : l’application de modèles entraînés sur des données étrangères, déconnectées de la réalité du tissu économique tunisien.

L’activation de la gouvernance SI doit impérativement inclure un cadre d’audit algorithmique. Il s’agit de garantir la transparence des décisions de crédit et d’éviter les biais discriminatoires. La Tunisie forme des talents d’élite en data science ; il est temps de leur confier la conception et l’audit de nos propres moteurs de croissance plutôt que de se contenter d’une consommation passive de technologies exogènes.

Les trois piliers du sursaut 2030 : de la norme à l’exécution

Il ne s’agit pas de remettre en cause les efforts de mise en conformité réglementaire déjà entrepris sous l’égide de la Banque centrale (BCT), mais de souligner que la norme seule ne crée pas la valeur. Le véritable défi de 2030 est celui de l’exécution à travers trois chantiers :

  • Le plan d’exécution financé : passer des feuilles de route théoriques à un calendrier de modernisation doté de budgets contraignants pour le pôle public.
  • La régulation participative : intégrer des clauses « IA et Travail » dans les conventions collectives sectorielles pour protéger le capital humain face à la pression algorithmique.
  • L’audit souverain : imposer une certification locale pour tout outil d’IA impactant l’octroi de crédit, sécurisant ainsi l’équité pour le citoyen.

L’heure du choix stratégique

L’IA est un amplificateur de réalité : elle consolide les structures fortes et expose impitoyablement les failles de gouvernance. Le défi de 2030 n’est pas technique, il est politique et managérial. En plaçant la technologie sous la responsabilité directe et engagée des instances dirigeantes, les banques publiques tunisiennes pourront enfin transformer le verrou bureaucratique en un moteur de souveraineté économique.

À l’heure où les algorithmes commencent à dicter le rythme de la finance mondiale, la Tunisie ne peut plus se permettre de confondre discours de modernisation et politique de modernisation. Car au bout du compte, ce sont toujours les citoyens (qu’ils soient employés de banque, demandeurs de crédit ou contribuables) qui paient le prix de l’attentisme technologique. Le sursaut sera digital, ou il ne sera pas.

 

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*Le paradoxe ou effet Jevons est un concept économique selon lequel l’amélioration de l’efficacité technologique dans l’utilisation d’une ressource (énergie, matière) entraîne, paradoxalement, une augmentation de sa consommation totale plutôt qu’une diminution.

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Tunisie : Le gouvernement fixe les grandes lignes du Plan de développement 2026-2030

La cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a présidé ce mardi au palais de la Kasbah un conseil ministériel consacré au projet de Plan de développement 2026-2030. Présenté comme un tournant dans la planification économique et sociale du pays, ce document entend rompre avec les politiques antérieures et poser les bases d’un nouveau modèle de développement fondé sur la justice sociale, l’équilibre territorial et la souveraineté économique.

Un plan élaboré selon une méthode inédite en Tunisie

Dès l’ouverture des travaux, la cheffe du gouvernement a souligné que ce plan a fait l’objet d’un suivi étroit à toutes les étapes de son élaboration. Pour la première fois, la Tunisie adopte une approche ascendante, partant du niveau local vers le régional, puis l’interrégional, avant d’aboutir au niveau national.

Le projet repose sur la synthèse des rapports issus des conseils locaux, régionaux et des conseils des régions, dans un cadre garantissant l’unité de l’État et la cohérence entre les politiques publiques et les projets proposés par les instances élues. L’objectif affiché est d’installer un nouveau modèle de développement conforme à la vision du président de la République, Kaïs Saïed, et répondant aux attentes sociales et économiques des Tunisiens.

Selon la cheffe du gouvernement, le Plan 2026-2030 consacre la dimension sociale comme un choix stratégique durable de l’État. Il vise à instaurer une intégration économique et sociale équitable entre les régions et à préparer le terrain pour une économie plus solide et plus résiliente face aux mutations mondiales.

Le document tient compte, notamment, des tensions géopolitiques, du ralentissement de la croissance mondiale et de la reconfiguration des chaînes de production. Il intègre également les défis liés à la transition numérique et à l’essor de l’intelligence artificielle, ainsi qu’aux transformations énergétiques, climatiques et environnementales, marquées par la montée en puissance des énergies renouvelables, la pression environnementale et la nécessité d’investir dans les technologies propres.

Croissance, emploi et compétitivité au cœur du volet économique

Sur le plan économique, le gouvernement ambitionne de relever le rythme de croissance en misant sur les secteurs à forte valeur ajoutée, le renforcement de l’innovation, la recherche et le développement, ainsi que sur la stimulation de l’investissement productif.

L’objectif est de consolider la capacité de résistance de l’économie nationale face aux chocs, d’améliorer sa compétitivité et de créer des emplois décents, tout en réduisant sensiblement le chômage, en particulier chez les jeunes et les diplômés de l’enseignement supérieur.

Sur le plan social, le plan vise à élargir la base des bénéficiaires de la croissance afin de réduire la pauvreté et la précarité. Il prévoit également le renforcement des mécanismes de protection sociale et la garantie de l’égalité des chances dans l’accès à l’éducation, à la santé et à l’emploi, dans le but de consolider la cohésion sociale et de restaurer la confiance des citoyens dans les politiques publiques.

Priorité aux régions défavorisées et à l’investissement public

L’axe territorial constitue l’un des piliers du projet. Le gouvernement entend orienter en priorité les investissements, notamment publics, vers les régions les moins développées, en mettant l’accent sur les infrastructures et l’amélioration des services de base.

Cette stratégie vise à réduire les disparités régionales, à renforcer l’attractivité des territoires et à favoriser l’émergence de nouveaux pôles de croissance en dehors des centres traditionnels.

La cheffe du gouvernement a également insisté sur la nécessité d’engager les réformes législatives requises afin d’assurer la cohérence entre les dimensions économique, sociale et territoriale du plan, dans le cadre d’une approche globale fondée sur un modèle de développement équitable et inclusif.

Elle a affirmé que le Plan de développement 2026-2030 constitue une étape nationale décisive, marquant une rupture avec les politiques antérieures qui ont, selon elle, engendré des déséquilibres sociaux, économiques, environnementaux et institutionnels.

Un exposé détaillé du ministère de l’Économie et de la Planification

Lors de ce conseil, le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, a présenté une communication détaillée sur le cadre macroéconomique, la synthèse des travaux des conseils locaux et régionaux, ainsi que sur les objectifs de croissance et les nouvelles perspectives sectorielles.

Il a notamment exposé les orientations prévues dans des secteurs clés tels que l’agriculture, l’industrie, le phosphate, l’énergie, le transport et les exportations, ainsi que la méthodologie retenue pour la sélection et l’intégration des projets dans le Plan 2026-2030.

En conclusion des travaux, la cheffe du gouvernement a annoncé que le projet de Plan de développement 2026-2030 sera prochainement soumis au Conseil des ministres, après intégration des observations formulées par les membres du gouvernement.

Ce document est appelé à devenir la feuille de route centrale de l’action économique et sociale de l’État pour les cinq prochaines années.

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