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Le couple en guerre

La guerre ne se limite plus aux écrans, aux cartes stratégiques ou aux analyses géopolitiques. Elle circule aussi ailleurs. Plus près. Dans l’intime. Dans le noyau. Dans cet espace où deux personnes tentent encore de s’aimer sans savoir comment se sécuriser. En Tunisie aujourd’hui, les consultations de couple augmentent de manière significative. Ce phénomène ne peut pas être réduit à une simple évolution des mœurs ou à une meilleure accessibilité à la psychologie. Il dit autre chose.

Manel Albouchi

Le couple n’est plus un refuge. Il n’est plus uniquement un espace de stabilité. Il est devenu un espace de tension. Un lieu où se déposent les pressions économiques, les incertitudes sociales, les transformations des rôles et une fatigue émotionnelle diffuse

Le couple contemporain n’absorbe pas seulement l’amour. Il absorbe un monde en tension.  

Les conflits conjugaux ne sont pas toujours des désaccords. Ils sont souvent des tentatives de régulation. Mais lorsque la régulation échoue, le lien change de nature : les paroles deviennent défensives, les silences deviennent stratégiques, les regards deviennent interprétations et les gestes deviennent signaux de menace ou de retrait Le couple cesse alors d’être un espace de communication. Il devient un espace de survie psychique.  

Une guerre sans nom  

À ce niveau, quelque chose bascule. La relation entre dans une logique de guerre implicite. Non pas une guerre déclarée. Mais une guerre de perception. Ce que l’un exprime n’est plus entendu comme un besoin, mais comme une attaque. Ce que l’autre fait n’est plus perçu comme une protection, mais comme une fuite. Progressivement, chacun interprète l’autre au lieu de le rencontrer.

Les travaux de John Bowlby ont montré que le lien affectif repose sur un besoin fondamental : la sécurité. Lorsque cette sécurité est menacée, deux stratégies principales apparaissent : l’un cherche la proximité pour restaurer le lien, l’autre s’éloigne pour éviter l’envahissement. Ce qui devrait être une régulation devient une spirale. Plus l’un s’approche, plus l’autre se retire. Plus l’autre se retire, plus l’un intensifie la demande. Le lien ne disparaît pas. Il se dérègle.  

La guerre intérieure  

Le conflit n’est pas seulement relationnel. Il est intrapsychique. Chaque partenaire rejoue une histoire plus ancienne que la relation elle-même. Les réactions ne parlent pas uniquement de l’autre. Elles parlent aussi de mémoires affectives non résolues. Le partenaire devient alors : un déclencheur, un miroir, un support de projection. Ce qui est en jeu n’est plus seulement «toi» et «moi», mais ce que «toi et moi» réactivons en chacun.  

Ce qui semble être une dispute est souvent une tentative maladroite de préserver le lien. Mais cette intention est rarement reconnue. Car chacun est convaincu de réagir correctement, tandis que l’autre «exagère», «fuit» ou «attaque». C’est ainsi que la relation glisse progressivement vers une logique défensive mutuelle.  

L’économie invisible

Dans un monde instable, le couple est devenu un espace de compensation. Aujourd’hui, il est sommé de garantir : la sécurité émotionnelle, la reconnaissance, la stabilité et parfois la réparation de blessures anciennes. Cette surcharge transforme le lien en système sous tension permanente. Et un système sous pression finit par produire une rupture. Non pas parce que l’amour a disparue. Mais parce qu’on supporte moins de porter seul ce qu’on traverse.   Pour conclure   Le couple contemporain n’est pas en crise parce que l’amour est mort ou parce qu’il serait fragile. Il est en crise parce qu’il porte trop. Il est devenu un lieu de surcharge vu l’accumulation de tensions économiques, sociales, psychiques et symboliques. Dans ce contexte, consulter n’est pas un signe d’échec. C’est un acte de lucidité.

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