La Tunisie s’impose comme le pays africain affichant la plus forte proportion de femmes développeuses entre 2015 et 2024, avec environ 24% de femmes dans sa communauté de développeurs, selon un rapport du Boston Consulting Group (BCG) publié en 2026 et fondé sur l’analyse des données GitHub. Cette performance place le pays en tête du […]
Les plus hauts responsables économiques du monde se réunissent à Washington pour participer aux réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM). Lesquelles se tiendront du 13 au 18 avril. Ces réunions se déroulent cette année sous l’ombre pesante de la guerre au Moyen-Orient, qui a provoqué un choc majeur pour l’économie mondiale.
De hauts responsables du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale ont récemment annoncé qu’ils revoyaient à la baisse leurs prévisions de croissance mondiale. De même qu’ils révisaient à la hausse leurs estimations d’inflation en raison de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Tout en avertissant que les marchés émergents et les pays en développement seraient les plus durement touchés par la hausse des prix de l’énergie et les perturbations des chaînes d’approvisionnement.
En effet, les estimations de référence de la Banque mondiale prévoient que la croissance des marchés émergents et des économies en développement devrait atteindre 3,65 % cette année; contre 4 % prévus en octobre 2025. Toutefois, un ralentissement supplémentaire à 2,6 % n’est pas exclu si le conflit se prolonge. L’inflation dans ces pays devrait désormais atteindre 4,9 % en 2026; contre 3 % dans les estimations précédentes. Elle pourrait grimper jusqu’à 6,7 % dans le pire des scénarios.
Le FMI a averti que 45 millions de personnes supplémentaires risquent de souffrir d’insécurité alimentaire aiguë si la guerre se poursuit et continue de perturber les livraisons d’engrais en provenance du détroit d’Ormuz.
L’institution de Bretton Woods a indiqué s’attendre à être sollicitée pour répondre à des demandes d’aide d’urgence immédiate de 20 à 50 milliards de dollars en faveur des pays à faible revenu et importateurs d’énergie. La Banque mondiale a quant à elle déclaré pouvoir mobiliser environ 25 milliards de dollars via ses instruments de réponse aux crises dans l’immédiat et jusqu’à 70 milliards de dollars en six mois si nécessaire.
Toutefois, les économistes exhortent les gouvernements à n’utiliser que des mesures ciblées et temporaires pour atténuer les problèmes que la hausse des prix du carburant cause à leurs citoyens. Car des mesures plus larges pourraient encore aggraver l’inflation. « Le leadership est essentiel et nous avons déjà traversé des crises », a déclaré Ajay Banga, président de la Banque mondiale, à Reuters. « Mais celle-ci est un choc pour le système », poursuit-il.
Les pays sont désormais appelés à trouver un équilibre difficile. A savoir : maîtriser l’inflation tout en surveillant la croissance et le défi à long terme que représente la création d’emplois suffisants pour les 1,2 milliard de personnes qui atteindront l’âge de travailler dans les pays en développement d’ici 2035.
Il n’existe aucun consensus au monde sur quoi que ce soit
Le FMI et la Banque mondiale sont également confrontés à un contexte mondial très différent, marqué par de fortes tensions entre les États-Unis et la Chine — les deux plus grandes économies mondiales — et par les difficultés rencontrées par le G20 pour coordonner une réponse commune. Les États-Unis assurent actuellement la présidence tournante du G20, qui comprend également la Russie et la Chine; mais en ont exclu un autre membre : l’Afrique du Sud.
« Vous essayez de fonctionner par consensus et actuellement il n’y a de consensus dans le monde sur rien », a déclaré Josh Lipsky, responsable des affaires économiques internationales au Conseil atlantique. « C’est un message aux créanciers. Ils ne doivent pas abandonner les pays en difficulté. Ces derniers bénéficieront du soutien des banques multilatérales de développement et des institutions financières internationales. Le choc actuel n’est pas comparable à la pandémie; nous pouvons le gérer », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, Till Svenstrup, ancien haut fonctionnaire du département du Trésor américain et actuellement au Center for Global Development, a déclaré que de nombreuses économies émergentes et en développement sont entrées dans cette crise dans un état pire qu’il y a quelques années. Et ce, avec des réserves plus faibles, une dette plus vulnérable et des réserves de change plus faibles. « Nous avons besoin que cette crise serve de catalyseur pour que les actionnaires du FMI revoient sérieusement la manière dont le Fonds soutient les pays vulnérables, en reconnaissant que nous assisterons à d’autres chocs mondiaux », a-t-il déclaré. « Nous ne pouvons pas leur demander de sacrifier leur croissance et leur développement pour reconstituer leurs réserves ».
Martin Samuelsen, ancien stratège en chef du FMI et aujourd’hui membre de l’Atlantic Council, partage cet avis. Il estime que le FMI devrait collaborer avec les pays donateurs pour accélérer la restructuration de la dette des emprunteurs et les sortir du cycle de l’endettement. Il souligne que les nouveaux prêts devraient être conditionnés à une feuille de route crédible en matière de réduction de la dette.
De son côté, Eric Pelowski, vice-président de la Fondation Rockefeller, a affirmé que les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure devront payer deux fois plus d’argent au titre du service de la dette en 2025 qu’avant la pandémie. Ce qui réduira les financements alloués à l’éducation, à la santé et à d’autres programmes sociaux essentiels. La moitié de ces pays sont désormais en situation de crise de la dette ou au bord de celle-ci; contre un quart il y a quelques années.
« La guerre au Moyen-Orient menace toute reprise intervenue depuis la pandémie de la Covid-19 ou la guerre en Ukraine. De même qu’elle maintient des pays qui luttent déjà pour éviter la faillite, prisonniers d’un cercle vicieux de dette, de croissance et d’investissement à long terme », a-t-il conclu.
La plateforme numérique dédiée au programme d’intégration financière et économique des catégories sociales vulnérables ouvre ses portes ce lundi 13 avril 2026. Cette initiative de la part du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle permet aux bénéficiaires de solliciter des financements pour leurs projets.
Le programme propose des crédits sans intérêt dont le montant peut atteindre 10 000 dinars par bénéficiaire. Ces financements couvrent l’ensemble des secteurs d’activité économique. Concernant les modalités de remboursement, la durée maximale est fixée à six ans et inclut une année de grâce pour faciliter le lancement des activités.
Les personnes intéressées par ce dispositif de soutien à l’entrepreneuriat disposent d’un délai d’un mois pour soumettre leur dossier. Les inscriptions seront clôturée vendredi 15 mai 2026. L’intégralité du processus de candidature s’effectue exclusivement en ligne via le portail numérique officiel mis en place par le ministère.
Ce dispositif s’inscrit dans le cadre de la stratégie gouvernementale visant à renforcer l’autonomie financière des foyers à revenus limités. En facilitant l’accès au capital, les autorités cherchent à encourager l’auto-emploi et à stimuler la création de richesse au sein des communautés les plus fragiles.
Une économie sous tension… mais pas sans ressorts : analyse de l’inflation en Tunisie, du risque souverain et du rôle des banques dans la stabilité économique et le financement de l’État.
Abdelwaheb Ben Moussa *
Ces derniers mois, plusieurs signaux ont mis l’économie tunisienne sous les projecteurs : inflation persistante, contraintes budgétaires de l’État et notations prudentes attribuées à certaines banques tunisiennes.
Pris isolément, chacun de ces éléments peut sembler inquiétant. Pourtant, ils ne sont pas indépendants : ils s’inscrivent dans un même système macro-financier où la politique monétaire, la situation budgétaire et la solidité du secteur bancaire évoluent en interdépendance.
Comprendre ces interactions est essentiel pour interpréter correctement les tensions économiques actuelles et éviter les conclusions simplistes.
L’inflation persiste
Contrairement à certaines prévisions d’un ralentissement rapide, l’inflation en Tunisie ne baisse pas et tend même à s’accentuer récemment. Selon l’Indice des prix à la consommation publié par l’INS, le taux d’inflation annuel a augmenté à 5 % en février 2026, contre 4,8 % en janvier. Cette progression est principalement due à l’accélération des prix des produits alimentaires.
La Banque centrale de Tunisie (BCT) continue d’agir pour contenir les pressions sur les prix, mais ses efforts se heurtent à des facteurs externes et structurels. La hausse des prix de l’énergie et des importations, notamment alimentaires, alimente encore le ressenti inflationniste des ménages.
Autrement dit, la désinflation n’est pas encore observable, et le système économique doit composer avec une inflation persistante dans certains secteurs.
Entre risque et stabilisation
Le risque souverain joue un rôle central dans l’évaluation des banques tunisiennes. Les notations internationales tiennent compte de l’environnement macroéconomique autant que de la gestion interne des institutions financières. Une banque bien gérée peut apparaître prudente dans ces évaluations simplement parce qu’elle opère dans un contexte économique marqué par des contraintes budgétaires.
Distinguer risque souverain et fragilité opérationnelle permet d’interpréter correctement les notations et de ne pas confondre perception macroéconomique et performance institutionnelle.
La forte exposition des banques à la dette publique est souvent considérée comme un facteur de vulnérabilité. En réalité, cette relation remplit également une fonction stabilisatrice. Les obligations d’État constituent des actifs sûrs et liquides, et les banques financent l’État lorsque l’accès aux marchés internationaux est limité.
Une diversification progressive des portefeuilles bancaires reste toutefois souhaitable pour réduire la concentration sur la dette publique et stimuler le financement de l’économie productive.
Inflation, banques et dette
L’économie tunisienne fonctionne selon un équilibre où plusieurs dimensions financières interagissent. L’inflation persistante pèse sur les finances publiques et sur le pouvoir d’achat, influençant la perception du risque souverain et les conditions de financement de l’État et du système bancaire. Les banques deviennent alors un canal de transmission de ces tensions vers le financement de l’économie.
Ces interactions montrent que les défis actuels ne sont pas isolés mais font partie d’un équilibre macrofinancier global.
Renforcer la résilience du système économique
Plusieurs leviers peuvent renforcer la stabilité économique à long terme. La diversification des actifs bancaires et le financement accru du secteur privé, notamment des PME, permettraient de réduire la dépendance à la dette publique. Le développement des marchés financiers domestiques offrirait de nouveaux instruments pour partager les risques.
La transparence des politiques économiques et le renforcement des cadres de gouvernance peuvent également améliorer la confiance des investisseurs et atténuer la perception du risque souverain.
Lecture de l’infographie :
Inflation : prix, énergie, importations – influence la politique monétaire et les finances publiques ;
Risque souverain : dette publique, finances publiques – conditionne la perception des marchés et notations ;
Système bancaire : crédit, liquidité, financement de l’État – transmet les tensions vers l’économie ;
Centre : Financement de l’économie – investissements, PME, croissance.
Comprendre les équilibres
Les débats sur l’inflation persistante, le risque souverain et la solidité des banques traduisent des préoccupations légitimes. Mais leur interprétation nécessite une vision globale des interactions économiques. La BCT, les banques et les finances publiques ne fonctionnent pas isolément : elles forment un système interdépendant où chaque élément influence la stabilité globale.
L’enjeu pour la Tunisie n’est pas seulement de gérer les tensions à court terme, mais de consolider les fondations macro-financières pour soutenir une croissance durable et renforcer la crédibilité du pays sur les marchés internationaux. **
* Ingénieur en informatique, cadre d’une banque publique.
** Mention: un outil d’intelligence artificielle est utilisé pour affiner le style, la fluidité et la structure.
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Le déficit commercial s’établit à -5232,7 millions de dinars (MD), au premier trimestre de 2026, contre -5049,5 MD, au cours de la même période en 2025, a annoncé, dimanche, l’Institut National de la Statistique (INS). Ce déficit provient du groupe des produits énergétiques de (-2990,4 MD), des matières premières et demi-produits de (-1601,4 MD), des […]
Le déficit commercial de la Tunisie s’est creusé au premier trimestre 2026 pour atteindre -5 232,7 millions de dinars, contre -5 049,5 millions de dinars un an auparavant, selon les données publiées par l’Institut national de la statistique. Cette aggravation intervient dans un contexte de reprise modérée des échanges extérieurs, marquée par une progression des exportations mais également par une hausse continue des importations.
Dans le détail, le déséquilibre commercial reste principalement tiré par la facture énergétique, à laquelle s’ajoutent les déficits des matières premières, des biens d’équipement et des biens de consommation. À l’inverse, le secteur alimentaire constitue le seul levier d’excédent, contribuant à atténuer partiellement le déficit global. Malgré cela, l’amélioration du taux de couverture traduit un léger rééquilibrage des échanges, sans pour autant inverser la tendance structurelle déficitaire.
Les exportations tunisiennes ont enregistré une progression de 6,1 %, soutenues notamment par les industries mécaniques et électriques ainsi que par le secteur agroalimentaire. Ce dernier a bénéficié d’une forte dynamique des ventes d’huile d’olive, confirmant son rôle stratégique dans les recettes en devises. Le secteur énergétique a également contribué à cette hausse, grâce à une augmentation des exportations de produits raffinés. En revanche, certains secteurs traditionnels ont affiché des contre-performances, notamment les mines et le textile, pénalisés par des facteurs conjoncturels et structurels.
Sur le plan géographique, l’Union européenne demeure le principal partenaire commercial de la Tunisie, concentrant plus de deux tiers des exportations. Les ventes vers ce marché ont progressé, en particulier avec la France, l’Italie et l’Allemagne, tandis que des reculs ont été observés sur d’autres destinations européennes. Les échanges avec les pays arabes ont également évolué de manière contrastée, avec des hausses significatives vers certains marchés du Moyen-Orient, mais des replis notables vers les pays du Maghreb.
Parallèlement, les importations ont augmenté de 5,5 %, atteignant un niveau élevé, sous l’effet d’une hausse généralisée de la demande sur l’ensemble des catégories de produits. Les importations alimentaires, énergétiques et de biens d’équipement figurent parmi les principales composantes de cette progression. L’Union européenne reste également le premier fournisseur du pays, tandis que les échanges avec certains partenaires hors Europe ont connu des évolutions divergentes.
Au total, la structure des échanges extérieurs de la Tunisie continue de refléter une forte dépendance énergétique et une vulnérabilité sectorielle persistante, malgré des signaux positifs du côté des exportations.
L’huile d’olive tunisienne fait son entrée au Brésil, un marché qualifié de prometteur et stratégique, avec la participation de quatre marques nationales de premier plan au salon Anuga Select Brazil à São Paulo, qui s’est tenu du 6 au 9 avril 2026.
Cette participation, organisée par la Chambre de commerce arabo-brésilienne, s’inscrit dans le cadre d’un plan tunisien visant à faciliter l’accès des produits alimentaires tunisiens aux marchés latino-américains et à sécuriser des circuits de distribution directe au sein du vaste secteur de la grande distribution brésilien.
Le conseiller Hassen Saadani, chef du Bureau commercial et consulaire tunisien à São Paulo, a annoncé l’arrivée des premiers chargements d’huile d’olive tunisienne au Brésil, coïncidant avec le salon et marquant le lancement officiel des exportations vers ce marché.
Cap sur l’Amérique Latine
M. Saadani a souligné que l’huile d’olive tunisienne n’est pas seulement un produit agricole, mais bien «une histoire, une culture et un pont économique» reliant la Tunisie au monde. La présence de quatre marques tunisiennes au salon témoigne de la confiance dans la qualité de l’huile d’olive tunisienne et sa compétitivité à l’échelle mondiale, a-t-il souligné.
Les entreprises tunisiennes participantes souhaitent tirer parti de la plateforme Anuga pour mettre en valeur les qualités de l’huile d’olive tunisienne, considérée comme l’une des meilleures au monde. Leur objectif est de consolider leurs marques en développant une identité forte pour les produits tunisiens auprès des consommateurs brésiliens, et d’élargir leur clientèle grâce à l’accès aux circuits de distribution de taille moyenne et petite ainsi qu’aux grandes surfaces. Elles cherchent également à comprendre la culture des consommateurs en adaptant leurs emballages et leurs méthodes marketing aux spécificités du marché brésilien.
De son côté, William Adib Dib, président de la Chambre de commerce arabo-brésilienne, a déclaré que l’intérêt pour les produits arabes, et notamment tunisiens, est en constante augmentation. L’excellente réputation de ces produits ouvre d’importantes perspectives pour la conclusion d’accords commerciaux majeurs, contribuant ainsi à renforcer la balance commerciale, a-t-il souligné.
Exemption douanière totale
Le salon Anuga Select Brazil est une plateforme essentielle pour les exportateurs tunisiens souhaitant diversifier leurs débouchés au-delà des marchés traditionnels et tirer parti de la demande mondiale croissante d’huile d’olive de haute qualité, un produit qui fait la renommée de la Tunisie.
Il convient de noter que le gouvernement brésilien a accordé une exemption douanière totale pour les importations d’huile d’olive vierge extra tunisienne.
Cette décision est entrée en vigueur le 14 mars 2025, entraînant la suppression totale des droits de douane, ramenés de 9 % à 0 %. L’exemption concerne principalement l’huile d’olive vierge extra.
Le président Kaïs Saïed et la Banque centrale de Tunisie peuvent-ils préserver l’économie tunisienne des séquelles durables de la guerre israélo-américaines contre l’Iran et de la fermeture du détroit d’Ormuz ? C’est possible grâce à un soutien financier du Fonds monétaire international (FMI) de 2,5 milliards de dollars sur sept ans, qui permettrait de sortir l’économie tunisienne de la stagflation et d’ouvrir de nouvelles perspectives aux investisseurs locaux et étrangers.
Larbi Ben Bouhali *
Aujourd’hui, la Banque centrale de Tunisie dispose de très faibles réserves de change, équivalentes à seulement 101 jours de dépenses en devises étrangères. En 2025, les sociétés étrangères en Tunisie et les investisseurs offshore (loi 72) ont gagné 3 milliards de dinars de dividendes qui vont sortir de l’économie tunisienne, alors que la Tunisie a un besoin urgent de liquidités en dollars américains (Sources : BCT, IACE).
La Banque centrale de Tunisie ne doit pas imprimer davantage de dinars pour combler le déficit ; une telle mesure détruirait le pouvoir d’achat du dinar et une forte inflation ruinerait la classe moyenne et les plus démunis.
D’autres solutions existent pour emprunter des dollars américains et soutenir l’économie tunisienne. Inspirons-nous des autres pays et de leurs stratégies pour sauver leurs économies face au choc de la pénurie de pétrole et à la flambée des prix.
La Tunisie doit trouver d’urgence 2,5 milliards de dollars
Cette année, le président Kaïs Saïed a besoin d’une force de frappe financière considérable, d’au moins 2,5 milliards de dollars, pour couvrir les coûts supplémentaires engendrés par la guerre États-Unis-Iran.
La Tunisie a un besoin urgent de liquidités, en dollars américains, pour faire face à la hausse des prix de l’énergie et combler le déficit budgétaire ainsi que les déficits commerciaux et énergétiques de cette année et de l’année prochaine (2027).
En 2026, le gouvernement tunisien devra emprunter 27 milliards de dinars, soit 51 % des recettes fiscales totales de 52,5 milliards de dinars, alors que son déficit budgétaire s’élève à 11 milliards de dinars. De plus, il devra emprunter davantage pour couvrir les coûts supplémentaires liés à l’énergie, notamment les coûts des subventions à l’électricité et le surcoût de la dette intérieure et extérieure, car le prix du pétrole brut devrait dépasser les 90 dollars le baril en moyenne cette année (alors que le budget 2026 tablait sur un prix de 63 dollars le baril).
Répercussions négatives de la guerre d’Iran sur l’économie tunisienne
Les risques pour l’économie tunisienne liés à la guerre Iran-États-Unis sont les suivants :
1. Plus de 100 000 Tunisiens travaillent dans les pays du Golfe. Nombre d’entre eux risquent de perdre leur emploi, ce qui affectera les transferts de devises vers la Tunisie. De plus, le coût élevé de l’énergie impactera les revenus des Tunisiens résidant en Europe et, par conséquent, les transferts de fonds vers la Tunisie.
2. L’inflation devrait augmenter en raison de la hausse des prix de l’énergie et des produits alimentaires. La Banque centrale maintiendra des taux d’intérêt élevés plus longtemps, ce qui freinera la consommation et l’investissement, les taux d’intérêt élevés limitant l’investissement privé.
Par ailleurs, le gouvernement a emprunté 33 milliards de dinars au système bancaire, privant ainsi les banques de liquidités, qui ne peuvent plus prêter au secteur privé et donc contribuer à la croissance économique.
3. Le fardeau de la dette tunisienne va s’alourdir, le coût du service de la dette augmentera et le gouvernement tunisien augmentera les impôts (il les a augmentés de 7 % en 2025 et de 8 % en 2024) et empruntera davantage pour financer les dépenses supplémentaires, puisqu’il contracte de nouvelles dettes pour rembourser les anciennes.
Il convient de rappeler, dans ce contexte, que la dette publique tunisienne par s’élève à 12 500 dinars, que la dette privée tunisienne par ménage s’élève à 9 263 dinars, et que la dette totale par ménage atteint 21 763 dinars, soit 140 % du PIB.
4. Cette année, le produit intérieur brut tunisien devrait reculer de 0,5 % (estimation) en croissance nominale. L’économie ralentira en termes nominaux et réels, ce qui réduira les recettes fiscales de l’État. Le chômage des jeunes restera élevé, dépassant les 30 %, cette année et l’année prochaine, et la dette publique augmentera.
5. La flambée des prix du carburant a contraint les compagnies aériennes à réduire leurs vols et à augmenter leurs tarifs dans le monde entier afin de limiter leurs coûts. Cette situation affectera le secteur touristique mondial et réduira les recettes touristiques tunisiennes, tant nominales que réelles.
Les solutions trouvées par d’autres pays
Comment d’autres pays se procurent-ils des dollars américains pour faire face à la hausse des coûts de l’énergie et des denrées alimentaires engendrée par la guerre Iran-Américaine ?
1. La banque centrale des Émirats arabes unis a injecté 8 milliards de dollars de liquidités pour octroyer des prêts sans intérêt et financer la surchauffe des prix des carburants et des subventions.
2. Le gouvernement australien a injecté 1 milliard de dollars pour soutenir les entreprises en difficulté.
3. Le gouvernement français proposera des prêts allant jusqu’à 50 000 € aux petites entreprises les plus exposées à la hausse des prix du carburant dans les secteurs des transports, de la pêche et de l’agriculture.
4. Le gouvernement/la banque centrale de Turquie a vendu 10 % de ses réserves d’or pour lever 20 milliards de dollars et soutenir son économie.
5. La Banque centrale du Qatar (QCB) a débloqué des milliards de dollars pour mettre en œuvre un plan de soutien financier permettant aux établissements de crédit de reporter jusqu’à trois mois le remboursement du principal et des intérêts pour les emprunteurs affectés par le conflit iranien. Ce plan comprend un renforcement des liquidités grâce à une réduction des réserves obligatoires et à des opérations de pension afin de maintenir la stabilité face aux tensions sur les marchés régionaux.
6. La Banque mondiale, le FMI et plus de 40 pays à travers le monde ont pris des mesures et injecté des milliards de dollars dans leurs économies pour atténuer et gérer le coût élevé de l’énergie et les chocs liés à l’offre et au prix du pétrole brut auxquels le monde est confronté.
Que peut faire la Tunisie ?
La Tunisie n’a d’autre choix que de collaborer avec la Banque mondiale et le FMI pour faciliter son accès aux prêts en dollars américains. Le FMI peut lui accorder 2,5 milliards de dollars à un taux d’intérêt inférieur à 3 % par an.
Membre de la Banque mondiale et du FMI depuis 1958, la Tunisie a toujours collaboré avec le FMI et a honoré l’intégralité de sa dette extérieure envers le FMI et d’autres créanciers étrangers, sans aucun retard, au cours des 68 dernières années.
Les avantages que la Tunisie tirerait du soutien financier du FMI seraient considérables : elle pourrait ainsi réduire le coût annuel de sa dette extérieure, accroître ses réserves de change, stabiliser le taux de change du dinar et inscrire son économie sur la voie d’une croissance durable.
Ces trois dernières années, le gouvernement tunisien a mis en œuvre toutes les réformes majeures demandées par le FMI, notamment la réduction des dépenses publiques consacrées aux subventions alimentaires, la diminution de la masse salariale du secteur public en pourcentage du PIB (13 % du PIB actuellement), la réforme du barème fiscal (le gouvernement tunisien a augmenté les impôts de 7 % en 2024 et de 8 % en 2025) et la réforme de la gouvernance des entreprises publiques.
Je suis convaincu que le président Kaïs Saïed peut saisir cette nouvelle approche du FMI comme une opportunité pour conclure un nouvel accord de partenariat, assorti d’un soutien financier de 2,5 milliards de dollars sur sept ans. Cet accord permettrait de sortir l’économie tunisienne de la stagflation et d’ouvrir de nouvelles perspectives aux investisseurs locaux et étrangers, les incitant à revenir investir en Tunisie et à créer des milliers d’emplois pour les 650 000 Tunisiens sans emploi.
La Tunisie affronte, depuis un certain nombre d’années, un défi hydrique majeur, qualifié par des experts de « stress hydrique ». La question essentielle est de savoir comment financer, moderniser et sécuriser tout un système de production, de distribution et de préservation de l’eau afin de faire face à une raréfaction devenue structurelle.
Dans ce contexte, décideurs publics, bailleurs internationaux et autres experts convergent sur une idée centrale : il faut investir vite, mais aussi mieux, pour éviter que ce stress hydrique ne se transforme en crise durable.
La Banque mondiale a approuvé, le 31 mars 2026, un financement de 332,5 millions de dollars pour lancer une première phase du Programme tunisien de sécurité hydrique et de résilience. Ce programme vise à améliorer les services d’eau potable, moderniser l’agriculture irriguée et soutenir l’emploi dans les zones rurales, avec un impact attendu sur des millions de Tunisiens.
Dans cette perspective, le rapport du ministère de l’Agriculture de janvier 2026 met en évidence l’alignement du projet avec les priorités de la Banque mondiale en matière de résilience climatique, de développement durable, de gestion efficiente de l’eau et de prospérité partagée.
Le projet vise à renforcer la stabilité de l’irrigation dans un contexte de variabilité pluviométrique et de stress hydrique, tout en soutenant le développement socio-économique local et régional. Il entend améliorer la production agricole, diversifier les revenus à travers les produits du terroir et l’agrotourisme, structurer les filières agroalimentaires et renforcer les circuits de distribution et de contractualisation. Il devrait aussi accroître la productivité, la valeur ajoutée et la compétitivité des cultures irriguées, consolider la sécurité alimentaire nationale, améliorer et stabiliser le revenu des agriculteurs face aux aléas climatiques, et favoriser leur accès aux marchés, au financement et à l’innovation.
A titre d’exemple,le rapport mentionne que les gouvernorats de Bizerte, Béja et Siliana partagent une forte vocation agricole, chacun avec des atouts spécifiques : Bizerte se distingue par ses ressources hydrauliques et sa diversité agricole, Béja occupe une place centrale dans les cultures céréalières, tandis que Siliana joue un rôle de zone de transition où l’irrigation favorise la diversification et la modernisation des exploitations. Dans cet ensemble, l’irrigation constitue un levier essentiel pour sécuriser les rendements, accroître la production et renforcer la valeur ajoutée agricole.
Elle soutient aussi l’organisation des filières agroalimentaires, la contractualisation entre producteurs et transformateurs, ainsi que le développement des circuits de commercialisation. Au-delà de l’agriculture, elle contribue à la sécurité alimentaire, à la création d’emplois locaux et à la stabilisation des populations rurales, faisant de ces trois gouvernorats un espace stratégique de développement agricole intégré et résilient.
Une cartographie générée avec l’IA
En parallèle, il contribuera à la création d’emplois locaux et ruraux, notamment pour les jeunes, les femmes et les PME régionales, tout en améliorant la commercialisation, en réduisant les pertes post-récolte, en facilitant la mobilité des populations rurales et en renforçant la sécurité routière.
Le rapport de l’Onagri converge sur quelques priorités immédiates : améliorer l’eau potable, moderniser l’irrigation et réduire les pertes dans les réseaux.
De son côté, la Banque mondiale prévoit notamment la réhabilitation d’infrastructures d’irrigation dans plusieurs gouvernorats, ainsi que l’appui aux agriculteurs pour adopter des technologies plus sobres en eau. Pour l’eau potable, le programme inclut l’extension de l’usine de dessalement de Zarat, l’installation de compteurs intelligents et la remise à niveau des réseaux de distribution.
La logique est simple : produire davantage ne suffit pas si l’eau est perdue avant d’arriver aux ménages ou aux exploitations agricoles. La question du financement doit donc couvrir à la fois les ouvrages lourds, la maintenance, la gouvernance des opérateurs publics et la gestion de la demande. C’est cette combinaison qui permet de transformer un investissement ponctuel en véritable politique de sécurité hydrique.
Les solutions alternatives
Les spécialistes ne défendent pas une seule solution miracle, mais une stratégie mixte. Le dessalement est considéré comme une réponse utile, surtout pour les régions du sud et du littoral, mais il reste coûteux et énergivore, ce qui impose de le réserver aux usages les plus stratégiques. La réutilisation des eaux usées traitées est aussi présentée comme une piste importante, notamment pour l’agriculture et certains usages industriels.
Raoudha Gafrej docteur en science de la terre, experte en environnement, eau et changement climatique souligne, dans une précédente déclaration à leconomistemaghrebin.com que la question de l’eau de surface est centrale dans l’agriculture tunisienne, car le paysage agricole repose sur deux réalités distinctes : l’agriculture irriguée, qui couvre environ 8% des terres agricoles utiles, et l’agriculture pluviale, qui représente les 92% restants et dépend normalement des précipitations. Or, selon elle, ce modèle pluvial ne fonctionne plus réellement depuis plusieurs années en raison de l’aggravation des sécheresses. De nombreux agriculteurs sont désormais contraints de trouver eux-mêmes des solutions pour approvisionner leurs cultures en eau.
À côté de cela, plusieurs alternatives reviennent dans les débats : modernisation de l’irrigation goutte-à-goutte, réduction des fuites, récupération des eaux pluviales, recharge artificielle des nappes et meilleure tarification pour limiter le gaspillage.
Rappelons les multiples coupures d’eau dans l’ensemble du pays, notamment en été. Il est donc impératif de mettre en place une solution de fond qui s’accompagne d’une gestion intelligente du réseau et de la consommation. Autrement dit, la Tunisie doit passer d’une logique de pénurie subie à une logique de gestion anticipée.
Mohamed Ben Sakka, expert en ressources en eau, estime dans une ancienne déclaration à leconomistemaghrebin.com que la sensibilisation doit venir d’abord des usagers eux-mêmes, et non uniquement de l’État. Désormais, la priorité est de passer aux solutions pour améliorer la gestion de cette ressource. Cela suppose de recourir à des technologies de pointe et d’adopter une stratégie commune au service de l’intérêt général. Car l’eau n’est pas seulement un enjeu vital : elle constitue aussi un levier de puissance et de développement économique.
Le cadre national
La stratégie « Eau 2050 » revient comme le cadre de référence le plus structurant. En effet, le document « Eau 2050 » de l’Ites rappelle que le pays doit diversifier ses ressources et renforcer les capacités de stockage, de dessalement et de traitement. Cette approche montre que la sécurité hydrique n’est plus seulement un enjeu environnemental, mais aussi un enjeu économique, social et territorial.
En somme, la Tunisie n’est pas seulement confrontée à une crise de l’eau, elle est engagée dans une bataille de financement pour reconstruire sa sécurité hydrique. Les solutions existent, mais elles demandent des investissements continus, une gouvernance plus efficace et une hiérarchisation claire des priorités. Le message des experts est net : sans réforme structurelle, les réponses d’urgence resteront insuffisantes.
Cet article est une réponse qui se veut «constructive» à celui de l’économise Moktar Lamari publié hier par Kapitalis, Ce jeu de cash-cache qui étiole l’économie tunisienne. L’auteur y plaide pour une lecture économique réaliste du cash, bouc émissaire ou solution de survie ?
Naamen Bouhamed *
En réponse à l’article de Moktar Lamari ainsi qu’aux analyses de l’étude réalisée par Meriam Jerbi et ses collègues qu’il cite, force est de constater que celle-ci, bien que documentée, oublie une question essentielle : pourquoi le cash reste-t-il une composante centrale de l’économie tunisienne ?
Ce n’est pas par hasard, ni par «préférence pour l’ombre». C’est parce que, face à un système bancaire défaillant, le cash est devenu une solution de flexibilité, voire de survie.
1. Le cash comme libérateur face à une bureaucratie bancaire paralysante
L’article dépeint le «cash-cache» comme un fléau qui étiole l’économie. Mais renversons la perspective : et si le cash était la preuve que la banque a échoué ?
Pour un commerçant ou un artisan tunisien, le système bancaire formel rime avec lenteur administrative (des semaines pour ouvrir un compte ou obtenir un transfert), frais cachés (des commissions qui grignotent les marges) et traçabilité intrusive (chaque transaction peut devenir un motif de contrôle fiscal).
À l’inverse, le cash offre une transaction instantanée, sans commission, sans justification immédiate. Pour un petit artisan ou un commerçant du souk, payer en cash est plus simple, plus rapide et plus fiable.
Rappelons que plus de 85 % de l’économie tunisienne repose sur des micros et petites entreprises.
2. Le cash permet d’investir quand la banque dit «non»:
L’étude note que la politique monétaire (taux directeur) n’affecte pas l’informel. C’est vrai… et c’est justement sa force.
Quand la Banque centrale augmente ses taux, elle asphyxie l’investissement formel : les crédits deviennent hors de prix. L’investisseur intelligent va alors chercher du cash dans le circuit informel : épargne familiale, prêts informels, revenus non déclarés.
Grâce au cash, il peut financer un projet sans audit bancaire intrusif, payer des fournisseurs à des prix négociés (avec ou sans TVA), et saisir une opportunité en quelques heures, là où une banque mettrait des jours ou des semaines.
Le cash est le «private equity» du petit investisseur tunisien. Il pallie les défaillances d’un système bancaire incapable de financer l’économie réelle et réactive.
3. Un ratio M0/M2 élevé : un référendum contre la banque, pas un choix de l’ombre:
L’article parle de «crise de confiance» et de «vote silencieux». C’est exact. Mais les Tunisiens ne fuient pas la banque par amour du billet. Ils la fuient par peur et lassitude : peur d’un gel administratif pour une anomalie fiscale mineure et des contrôles fiscaux faciles sur l’argent bancarisé ; et lassitude des procédures kafkaïennes pour retirer ou déposer des sommes importantes.
Pour un artisan ou une petite entreprise, le cash sous le matelas est plus accessible et moins risqué (administrativement) que de l’argent coincé dans une banque aux règles absurdes ou complexes.
L’étude elle-même admet que l’informel «compense le chômage» et «absorbe les chocs». C’est une fonction sociale et économique que la banque formelle ne remplit pas.
4. La «spirale infernale» vue par l’article est, en réalité, un «cercle vertueux de survie» :
L’article décrit une boucle : informel → cash → affaiblissement de la politique monétaire. Mais du point de vue microéconomique, l’informel crée des revenus (même non imposés). Ces revenus en cash circulent et financent dépenses et petits investissements. Et ce circuit parallèle maintient une activité que l’État et les banques ont abandonnée.
Prenons un exemple : un Tunisien veut ouvrir un petit atelier de confection. Sans garanties, la banque refuse le prêt. Il économise en cash, achète ses machines d’occasion en cash (moins cher), paie ses premières employées en cash. Grâce au cash, son investissement devient possible. La banque, elle, n’aurait rien financé.
5. L’Europe du Sud l’a fait avant nous – et elle s’en est mieux portée :
L’Italie des années 1990 est un exemple frappant. Face à un taux élevé de non-déclaration dans le secteur des machines-outils, les autorités italiennes n’ont pas brutalisé l’informel. Elles ont proposé un deal pragmatique : «Sur six machines que vous utilisez, vous en déclarez quatre. En échange, vous augmentez un peu vos déclarations fiscales globales.»
Résultat : les recettes fiscales ont augmenté (mieux vaut 4 machines déclarées que 0), l’industrie a survécu, et l’Italie a rejoint l’euro sans effondrement. Ce n’est pas de la fraude. C’est du réalisme économique de transition.
La Tunisie peut-elle s’en inspirer ? Oui, si elle cesse de vouloir traquer chaque billet et commence à composer avec son tissu économique réel.
6. Le vrai problème n’est pas le cash, c’est la faible valeur ajoutée :
Depuis des décennies, on vend la Tunisie comme une destination à bas coût de main-d’œuvre. Résultat : des investissements à faible valeur ajoutée, des chaînes d’assemblage, de la sous-traitance fragile.
Pourtant, la Tunisie possède les meilleurs ingénieurs d’Afrique et du monde arabe. Ce capital humain exceptionnel est sous-employé car on ne lui propose que des salaires de misère et des banques qui ne financent pas ses projets.
Si l’État changeait de logiciel – en attirant des investissements à forte valeur ajoutée (technologie, numérique, R&D) – les revenus augmenteraient mécaniquement. Plus de valeur ajoutée = plus de gains = plus de recettes fiscales, sans avoir à traquer chaque dinar cash.
7. Propositions concrètes pour un mix économique tunisien :
Voici ce qu’il faudrait faire, selon cette contre-analyse à partir d’exemples ayant réussie ailleurs :
– légaliser et encadrer intelligemment une partie du cash : comme en Italie ou au Portugal, autoriser des seuils de transactions en cash plus élevés pour les petites entreprises, en contrepartie d’une déclaration forfaitaire simplifiée et un taux d’imposition forfaitaire de 15-20% comme en Irlande ;
– mettre en place des «deals de transition» sectoriels : dans le textile, l’artisanat, la petite métallurgie, proposer des taux de déclaration négociés (ex. 70 % du réel) pendant 3 à 5 ans ;
– créer un guichet bancaire «cash-friendly» : la Banque Postale dédiée aux micros et petits investisseurs pourrait accepter des justificatifs allégés ;
– changer la stratégie d’investissement : arrêter de vendre la Tunisie comme «low cost», et vendre les compétences, les ingénieurs, la stabilité relative, la proximité européenne.
Le cash n’est pas l’ennemi, c’est un signal d’alarme :
L’étude de Mme Jerbi et collègues et l’article de M. Lamari ont le mérite d’alerter sur les dérives. Mais leur conclusion est trop moralisatrice et trop orthodoxe.
La Tunisie n’est pas la Suisse. Elle ne deviendra pas propre en réprimant le cash. Elle deviendra plus forte en composant avec sa réalité – comme l’ont fait l’Italie, l’Espagne, le Portugal et bien d’autres.
Le mix économique, avec une part assumée et régulée d’informel transitoire, n’est pas une honte. C’est une méthode. Et si l’État accepte de ne pas vouloir tout contrôler du jour au lendemain, il y gagnera en recettes, en paix sociale et en attractivité.
Le vrai débat n’est pas cash ou pas cash. Il est : quel État, quelle banque, quelle stratégie industrielle pour accompagner ceux qui créent de la richesse réelle, billet par billet ?
La Confédération des entreprises Citoyennes de Tunisie (CONECT) et la Chambre de commerce tuniso-britannique organisent une session d’information dédiée à la participation tunisienne à la London Tech Week 2026, et ce mercredi 15 avril, au siège de la CONECT.
Cette rencontre vise à présenter les opportunités offertes par cet événement international majeur, qui réunit plus de 50 000 participants, 600 intervenants ainsi que des investisseurs et décideurs venus du monde entier, selon la confédération.
La délégation tunisienne ambitionne, à travers cette participation, de renforcer les partenariats stratégiques, d’accélérer l’investissement en Tunisie, de favoriser le transfert de savoir-faire et d’accroître la visibilité de l’écosystème technologique national à l’échelle internationale.
Cette session permettra aux participants de s’informer sur les modalités d’intégration de cette mission et de représenter la Tunisie lors de l’un des plus grands rendez-vous technologiques au Royaume-Uni.
Les acteurs économiques appellent à la mise en œuvre rapide de réformes pour améliorer le climat de l’investissement en Tunisie, notamment à travers la révision du cadre législatif, la simplification des procédures et une meilleure refonte des structures publiques, afin de renforcer la confiance et relancer la création de projets.
Ces recommandations ont été formulées lors de rencontres tenues les 8 et 10 avril 2026 avec le ministre de l’Économie et de la Planification, réunissant notamment l’UTICA, la CONECT, le Conseil des chambres mixtes et des cadres ministériels.
Les participants ont insisté sur plusieurs priorités : accélérer la numérisation, faciliter l’accès au financement, alléger la fiscalité, améliorer les services logistiques, résoudre les contraintes foncières et moderniser les infrastructures et les systèmes de production, en vue de renforcer la compétitivité et soutenir le développement régional.
Le ministre a souligné l’importance de ce dialogue public-privé, rappelant le rôle central de l’investissement privé dans la croissance, l’emploi et le développement. Il a assuré que ces échanges s’inscrivent dans une démarche d’écoute visant à traduire les propositions en réformes concrètes pour renforcer l’attractivité du pays.
Les participants ont salué cette approche participative et exprimé leur volonté de poursuivre les efforts pour relancer l’investissement dans un climat de confiance.
Grâce à des apports pluviométriques favorables, la Tunisie aborde les prochains mois avec des indicateurs hydriques au vert. Pour l’expert en ressources hydriques, Abdallah Rabhi, cette amélioration ouvre des perspectives encourageantes pour la saison estivale et la prochaine campagne agricole, tout en rappelant l’importance d’une gestion rationnelle de la ressource. La Presse — En nette […]
Le classement World Airport Awards 2026, publié par Skytrax, consacre une nouvelle fois les aéroports asiatiques comme référence mondiale en matière d’expérience passager, tout en confirmant la non-présence de la Tunisie dans le Top 100 mondial et une représentation très limitée de l’Afrique. Établi à partir d’une enquête internationale de satisfaction menée auprès de millions […]