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La Tunisie face au stress hydrique, un besoin urgent de financement et des alternatives à accélérer

La Tunisie affronte, depuis un certain nombre d’années, un défi hydrique majeur, qualifié par des experts de « stress hydrique ». La question essentielle est de savoir comment financer, moderniser et sécuriser tout un système de production, de distribution et de préservation de l’eau afin de faire face à une raréfaction devenue structurelle.

Dans ce contexte, décideurs publics, bailleurs internationaux et autres experts convergent sur une idée centrale : il faut investir vite, mais aussi mieux, pour éviter que ce stress hydrique ne se transforme en crise durable.

La Banque mondiale a approuvé, le 31 mars 2026, un financement de 332,5 millions de dollars pour lancer une première phase du Programme tunisien de sécurité hydrique et de résilience. Ce programme vise à améliorer les services d’eau potable, moderniser l’agriculture irriguée et soutenir l’emploi dans les zones rurales, avec un impact attendu sur des millions de Tunisiens.

Dans cette perspective, le rapport du ministère de l’Agriculture de janvier 2026 met en évidence l’alignement du projet avec les priorités de la Banque mondiale en matière de résilience climatique, de développement durable, de gestion efficiente de l’eau et de prospérité partagée.

Le projet vise à renforcer la stabilité de l’irrigation dans un contexte de variabilité pluviométrique et de stress hydrique, tout en soutenant le développement socio-économique local et régional. Il entend améliorer la production agricole, diversifier les revenus à travers les produits du terroir et l’agrotourisme, structurer les filières agroalimentaires et renforcer les circuits de distribution et de contractualisation. Il devrait aussi accroître la productivité, la valeur ajoutée et la compétitivité des cultures irriguées, consolider la sécurité alimentaire nationale, améliorer et stabiliser le revenu des agriculteurs face aux aléas climatiques, et favoriser leur accès aux marchés, au financement et à l’innovation.

A titre d’exemple,le rapport mentionne que les gouvernorats de Bizerte, Béja et Siliana partagent une forte vocation agricole, chacun avec des atouts spécifiques : Bizerte se distingue par ses ressources hydrauliques et sa diversité agricole, Béja occupe une place centrale dans les cultures céréalières, tandis que Siliana joue un rôle de zone de transition où l’irrigation favorise la diversification et la modernisation des exploitations. Dans cet ensemble, l’irrigation constitue un levier essentiel pour sécuriser les rendements, accroître la production et renforcer la valeur ajoutée agricole.

Elle soutient aussi l’organisation des filières agroalimentaires, la contractualisation entre producteurs et transformateurs, ainsi que le développement des circuits de commercialisation. Au-delà de l’agriculture, elle contribue à la sécurité alimentaire, à la création d’emplois locaux et à la stabilisation des populations rurales, faisant de ces trois gouvernorats un espace stratégique de développement agricole intégré et résilient.

Une cartographie générée avec l’IA

En parallèle, il contribuera à la création d’emplois locaux et ruraux, notamment pour les jeunes, les femmes et les PME régionales, tout en améliorant la commercialisation, en réduisant les pertes post-récolte, en facilitant la mobilité des populations rurales et en renforçant la sécurité routière.

Lire aussi: Tunisie : la Banque mondiale mobilise 332,5 millions de dollars pour l’eau et l’emploi

Quelles sont les priorités ?

Le rapport de l’Onagri converge sur quelques priorités immédiates : améliorer l’eau potable, moderniser l’irrigation et réduire les pertes dans les réseaux.

De son côté, la Banque mondiale prévoit notamment la réhabilitation d’infrastructures d’irrigation dans plusieurs gouvernorats, ainsi que l’appui aux agriculteurs pour adopter des technologies plus sobres en eau. Pour l’eau potable, le programme inclut l’extension de l’usine de dessalement de Zarat, l’installation de compteurs intelligents et la remise à niveau des réseaux de distribution.

La logique est simple : produire davantage ne suffit pas si l’eau est perdue avant d’arriver aux ménages ou aux exploitations agricoles. La question du financement doit donc couvrir à la fois les ouvrages lourds, la maintenance, la gouvernance des opérateurs publics et la gestion de la demande. C’est cette combinaison qui permet de transformer un investissement ponctuel en véritable politique de sécurité hydrique.

Les solutions alternatives

Les spécialistes ne défendent pas une seule solution miracle, mais une stratégie mixte. Le dessalement est considéré comme une réponse utile, surtout pour les régions du sud et du littoral, mais il reste coûteux et énergivore, ce qui impose de le réserver aux usages les plus stratégiques. La réutilisation des eaux usées traitées est aussi présentée comme une piste importante, notamment pour l’agriculture et certains usages industriels.

Raoudha Gafrej  docteur en science de la terre, experte en environnement, eau et changement climatique souligne, dans une précédente déclaration à leconomistemaghrebin.com   que la question de l’eau de surface est centrale dans l’agriculture tunisienne, car le paysage agricole repose sur deux réalités distinctes : l’agriculture irriguée, qui couvre environ 8% des terres agricoles utiles, et l’agriculture pluviale, qui représente les 92% restants et dépend normalement des précipitations. Or, selon elle, ce modèle pluvial ne fonctionne plus réellement depuis plusieurs années en raison de l’aggravation des sécheresses. De nombreux agriculteurs sont désormais contraints de trouver eux-mêmes des solutions pour approvisionner leurs cultures en eau.

À côté de cela, plusieurs alternatives reviennent dans les débats : modernisation de l’irrigation goutte-à-goutte, réduction des fuites, récupération des eaux pluviales, recharge artificielle des nappes et meilleure tarification pour limiter le gaspillage.

Rappelons les multiples coupures d’eau dans l’ensemble du pays, notamment en été. Il est donc impératif de mettre en place une solution de fond qui s’accompagne d’une gestion intelligente du réseau et de la consommation. Autrement dit, la Tunisie doit passer d’une logique de pénurie subie à une logique de gestion anticipée.

Mohamed Ben Sakka, expert en ressources en eau, estime dans une ancienne déclaration à leconomistemaghrebin.com que la sensibilisation doit venir d’abord des usagers eux-mêmes, et non uniquement de l’État. Désormais, la priorité est de passer aux solutions pour améliorer la gestion de cette ressource. Cela suppose de recourir à des technologies de pointe et d’adopter une stratégie commune au service de l’intérêt général. Car l’eau n’est pas seulement un enjeu vital : elle constitue aussi un levier de puissance et de développement économique.

Le cadre national

La stratégie « Eau 2050 » revient comme le cadre de référence le plus structurant. En effet, le document « Eau 2050 » de l’Ites rappelle que le pays doit diversifier ses ressources et renforcer les capacités de stockage, de dessalement et de traitement. Cette approche montre que la sécurité hydrique n’est plus seulement un enjeu environnemental, mais aussi un enjeu économique, social et territorial.

En somme, la Tunisie n’est pas seulement confrontée à une crise de l’eau, elle est engagée dans une bataille de financement pour reconstruire sa sécurité hydrique. Les solutions existent, mais elles demandent des investissements continus, une gouvernance plus efficace et une hiérarchisation claire des priorités. Le message des experts est net : sans réforme structurelle, les réponses d’urgence resteront insuffisantes.

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