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Salma Charni : « La Tunisie arrive au FMI avec un levier de négociation renforcé »

À l’occasion des Réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington, qui se tiendront du 13 au 18 avril 2026, auxquelles la Tunisie participera par la présence du ministre de l’Économie et de la Planification et du gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), l’économiste et experte en gestion des risques et en data, Salma Charni, dans une interview exclusive avec L’Économiste maghrébin, propose une lecture différente de la trajectoire tunisienne.

Mais pour mieux saisir son message, il suffit de lire attentivement sa note analytique jointe à la fin de l’article, préparée exclusivement pour L’Economiste maghrébin et intitulée : « La Tunisie sans le FMI: souveraineté maîtrisée, coûts réalloués, avenir conditionnel ». 

 

Selon Salma Charni, la situation continue d’être interprétée à travers une opposition devenue presque réflexe : souveraineté d’un côté, intérêt économique de l’autre. Une grille de lecture qu’elle juge utile dans le débat public, mais insuffisante pour appréhender la réalité des arbitrages en cours.

Depuis 2022, explique-t-elle, la Tunisie a engagé, volontairement ou par contrainte, une trajectoire rare dans les économies émergentes : celle d’un pays qui maintient sa stabilité macrofinancière sans s’inscrire dans un programme formel avec le Fonds monétaire international. Dans un environnement international marqué par la hausse des taux, la contraction de la liquidité globale et les tensions géopolitiques, cette trajectoire mérite, selon elle, une lecture dépassionnée et, surtout, quantitative.

Lire aussi:  Salma Charni : « La norme IFRS 9 n’est pas une menace en soi. »

Le premier fait, objectivable, est celui de la continuité financière. Entre 2022 et 2025, la Tunisie a servi une dette publique dont le service annuel atteint environ 24,4 milliards de dinars, sans défaut désordonné ni rupture de paiement. « C’est un indicateur central d’orientation effective », souligne Salma Charni, rappelant que cette performance a été réalisée sans l’ancrage d’un programme FMI, généralement considéré comme un filet de sécurité pour les pays à financement contraint.

Elle met également en avant la recomposition de la dette publique comme élément structurant. La part de la dette intérieure est passée d’environ 42 % en 2022 à plus de 60 % en 2025, tandis que la dette extérieure reculait. Pour l’experte, ce basculement traduit un choix stratégique clair : « réduire l’exposition aux créanciers internationaux et aux conditionnalités externes, en internalisant la contrainte de financement ».

 

Cette résilience repose aussi sur des flux en devises solides. Les recettes touristiques ont dépassé 6 milliards de dinars, tandis que les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) représentent près de 7 % du PIB. Ces éléments, combinés à une compression relative des importations, ont permis de ramener le déficit courant à environ 2,6 % du PIB.

 

Sur le plan macroéconomique, Salma Charni insiste sur un point souvent sous-estimé : la Tunisie n’est pas en situation de crise systémique. La croissance reste positive, autour de 2,5 à 2,6 %, l’inflation a ralenti, et la perception du risque souverain s’est stabilisée, avec une amélioration vers B- (perspective stable) chez Fitch. « Ce ne sont pas des indicateurs d’expansion, mais ce sont des indicateurs de stabilité », précise-t-elle.

Cette résilience repose aussi sur des flux en devises solides. Les recettes touristiques ont dépassé 6 milliards de dinars, tandis que les transferts des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) représentent près de 7 % du PIB. Ces éléments, combinés à une compression relative des importations, ont permis de ramener le déficit courant à environ 2,6 % du PIB. « Cela montre que la contrainte externe est, pour l’instant, maîtrisée », analyse-t-elle.

Pour autant, l’experte insiste sur la nécessité d’une lecture complète : « La stratégie fonctionne, mais elle n’est pas gratuite. » L’augmentation de la dette intérieure s’est traduite par une montée de l’exposition des banques au financement de l’État, avec des taux de croissance proches de 30 % par an sur certaines périodes. En parallèle, le crédit au secteur privé a ralenti, signalant un effet d’éviction.

Pour Salma Charni, c’est précisément là que se situe le cœur du modèle tunisien : un arbitrage assumé. « La Tunisie n’a pas cherché à optimiser simultanément tous les objectifs. Elle a priorisé la continuité de l’État, l’évitement du coût social et la maîtrise du rythme des réformes ».

Cette approche diffère du séquençage généralement associé aux programmes du FMI, qui impliquent des ajustements rapides, notamment sur les subventions, la masse salariale publique ou les entreprises publiques, avec des effets sociaux immédiats. D’un point de vue économique, la stratégie correspond à un déplacement du coût : d’un choc direct sur les ménages vers une contrainte progressive sur les finances publiques et le système financier. « C’est une forme de stabilisation à dominante sociale, qui consiste à éviter le coût social immédiat et à le lisser dans le temps », résume-t-elle.

 

« La Tunisie n’a pas cherché à optimiser simultanément tous les objectifs. Elle a priorisé la continuité de l’État, l’évitement du coût social et la maîtrise du rythme des réformes ».

 

Afin d’objectiver ces arbitrages, Salma Charni a développé une analyse quantitative reposant sur un modèle de sensibilité et des tests de résistance. Celui-ci intègre cinq dimensions : contrainte externe, contrainte budgétaire, contrainte financière domestique, contrainte de croissance et contrainte sociale.

Les résultats montrent que la trajectoire actuelle optimise la stabilité sociale et la souveraineté décisionnelle à court terme, tout en augmentant progressivement la pression sur le système financier et la soutenabilité budgétaire à moyen terme.

Les simulations indiquent notamment qu’un choc externe, sur le tourisme ou les transferts, ou une hausse des taux domestiques pourrait réactiver certaines vulnérabilités. « La trajectoire est cohérente, mais elle reste conditionnelle », souligne-t-elle.

L’intérêt de l’analyse réside précisément dans la quantification de l’arbitrage entre cinq dimensions de coûts (externe, budgétaire, financière, productive et sociale) et évalue leur évolution selon trois trajectoires.

Les résultats sont clairs :

  • la trajectoire autonome optimise la stabilité sociale à court terme, mais dégrade progressivement les équilibres financiers internes ;
  • le scénario FMI améliore les indicateurs macro-financiers, mais génère un coût social immédiat élevé ;
  • le scénario hybride minimise simultanément le coût social immédiat et le coût financier différé.

Ce dernier se distingue quantitativement : il permet de stabiliser la dette, de contenir l’exposition bancaire et de restaurer le crédit productif, sans provoquer de rupture macroéconomique. En conclusion, Salma Charni invite à dépasser les lectures binaires opposant souveraineté et intérêt économique. Elle rappelle que le véritable enjeu pour la Tunisie est clair : « Transformer l’endettement en création de valeur, condition d’une souveraineté durable ».

Les détails de cette analyse, incluant les hypothèses, les scénarios et les résultats de stress testing, sont présentés dans le onepager technique associé à cette étude.
Les détails de cette analyse, incluant les hypothèses, les scénarios et les résultats de stress testing, sont présentés dans le onepager technique associé à cette étude.

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Négociations de marchand de tapis ?

Après un cessez-le-feu fragile, des discussions cruciales s’ouvrent, ce samedi 11 avril, à Islamabad, au Pakistan, sous haute sécurité. Et ce, sur fond de désaccords notamment sur la proposition en 10 points présentée par Téhéran ; laquelle est considérée par Donald Trump comme une « base viable » pour les négociations.

 

C’est finalement à Islamabad, une ville d’un million d’habitants avec les contreforts de l’Himalaya en décor, que doivent débuter ce samedi 11 avril les discussions sur un plan de paix pour mettre fin à la guerre en Iran. Pourquoi le Pakistan ?

Grand voisin de l’Iran, doté de l’arme nucléaire, ce géant asiatique de 259 millions d’habitants s’est progressivement imposé comme un médiateur incontournable dans ce dossier. Une position qu’il doit à sa capacité rare à dialoguer avec tous les protagonistes, y compris les Chinois et les Iraniens, dont il défend les intérêts à Washington depuis plusieurs années.

Un faucon à la tête de la délégation iranienne

Pourtant, Téhéran a exigé une trêve au Liban et le déblocage des actifs de son pays avant toute négociation de paix avec les États-Unis. Une manière de jeter le doute sur la tenue de ces pourparlers avant l’arrivée jeudi soir de la délégation iranienne dans la capitale pakistanaise. Laquelle est dirigée par Mohammad Bagher Ghalibaf, actuel président du Parlement iranien, et présenté comme le «nouvel homme fort» du régime des mollahs. Ce général des Gardiens de la Révolution a été maire de Téhéran pendant onze ans, et s’était présenté aux élections présidentielles de 2005 et 2024, sans succès.

Il est flanqué du ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, un diplomate de carrière, ancien ambassadeur en Estonie, en Finlande et au Japon. Nommé ministre fin août 2024, il avait participé à l’élaboration, puis la mise en place, de l’“accord de Vienne sur le nucléaire“ signé en 2015 puis dénoncé par Donald Trump.

J.D. Vance, l’homme de la situation ?

En face, la délégation américaine est menée par le vice-président américain, J.D. Vance, qui s’est vu confier par Donald Trump une mission presque impossible : traiter à la fois la question urgente de la réouverture du détroit d’Ormuz, dont la fermeture par l’Iran perturbe l’économie mondiale, mais aussi trouver un compromis sur celle du nucléaire et de ses programmes d’armement.

Or, l’ancien sénateur de l’Ohio va jouer gros, très gros dans les discussions avec les redoutables négociateurs iraniens, tant pour sa crédibilité personnelle que pour les intérêts de Washington.

Connu pour s’être opposé à une intervention militaire en Iran, il apparaît, aux yeux de Téhéran, comme moins aligné sur Israël que certains membres de l’administration. À ses côtés, figurent l’inévitable Jared Kushner, gendre de Donald Trump, et Steve Witkoff, homme d’affaires et proche du président américain. Pour mieux le surveiller, disent les mauvaises langues.

« Comme l’a dit le président des États-Unis, si les Iraniens sont prêts à négocier de bonne foi, nous sommes tout à fait disposés à leur tendre la main, mais s’ils tentent de se jouer de nous, ils verront que notre équipe de négociation ne se montrera pas très réceptive », a-t-il averti vendredi avant d’embarquer à bord d’Air Force Two en direction du Pakistan.

Nœud gordien

Reste à savoir sur quelle base négocier. Là encore, entre la proposition en 15 points que Washington avait soumise à Téhéran, le plan iranien en 10 points et les déclarations contradictoires de Donald Trump, le flou est total.

Car dans son plan de dix points, Téhéran demande la fin des frappes de la coalition israélo-américaine en Iran, l’arrêt des bombardements de Tsahal contre son allié libanais du Hezbollah, et la fin des sanctions imposées par l’ONU, les États-Unis et l’Union européenne qui interdisent notamment le commerce avec Téhéran.

En échange, le blocus de facto du détroit d’Ormuz serait levé. Mais chaque navire y transitant se verrait imposer une taxe, soit jusqu’à 2 millions de dollars par passage. Et ce, afin de reconstruire les infrastructures détruites par la coalition. «Ce n’est pas suffisant. Mais c’est un pas très important», a commenté Donald Trump lundi dont l’administration exige dans son plan de 15 points le démantèlement des capacités nucléaires de l’Iran, ainsi que le renoncement à obtenir l’arme nucléaire.

Son stock d’uranium – estimé à 400 kg – devrait être détruit. Téhéran devrait également renoncer à soutenir ses alliés – souvent qualifiés de proxys -, le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza. Le détroit d’Ormuz serait déclaré «zone maritime libre» et serait rouvert.

En échange, le président américain propose la levée totale des sanctions et, fait notable, la suppression du mécanisme de rétablissement automatique des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU. De plus, l’Iran, s’il acceptait ces conditions, pourrait obtenir un soutien à son programme nucléaire civil. Des divergences qui semblent insurmontables, à moins d’un miracle.

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L’édito de Hédi Mechri – UGTT/État : vers un nouveau pacte social pour relancer l’économie ?

Qui peut vouloir porter atteinte à l’UGTT et l’anéantir ? Il n’est à craindre que ce ne soit l’UGTT elle même. Inutile de revenir sur les péripéties et les contradictions qui l’ont minée de l’intérieur, au risque de la faire imploser. L’amendement aventureux du règlement intérieur qui avait fait sauter le verrou de plafond de deux mandats des instances dirigeantes a mis le feu aux poudres. Si l’UGTT voulait se saborder et signer son arrêt de mort, elle ne se serait pas prise autrement.

L’organisation salariale, la centrale-phare du monde arabo-africain, qui fut sans doute l’unique modèle d’exercice démocratique, avait pris le risque d’un suicide collectif en reniant son propre ADN. La mesure était on ne peut plus controversée, parce que contraire à l’esprit et à la lettre d’une centrale ouvrière bâtie sur l’idée d’un contre-modèle, d’un contrepoids des régimes politiques aux velléités autoritaires.

Tout au long des trois dernières années, l’UGTT a perdu de sa cohérence, de sa crédibilité et de sa puissance. L’estocade finale lui a été portée par l’Etat, qui l’a privée, le plus légalement du monde, d’une ostentatoire manne financière au titre des versements directs des « cotisations » des employés des institutions étatiques, comme s’il s’agissait d’un impôt spécial prélevé au profit de la centrale ouvrière.

 

Les pères fondateurs, Hached, Tlili et Achour, doivent se retourner dans leurs tombes. Contestée, divisée et affaiblie de l’intérieur, marginalisée et mise sous embargo de l’extérieur, l’UGTT partait en vrille. Elle a, tout au long de ces trois dernières années, perdu de sa cohérence, de sa crédibilité et de sa puissance. L’estocade finale lui a été portée par l’Etat, qui l’a privée, le plus légalement du monde, d’une ostentatoire manne financière au titre des versements directs des « cotisations » des employés des institutions étatiques, comme s’il s’agissait d’un impôt spécial prélevé au profit de la centrale ouvrière.

Il est peu probable – à moins d’un retour à la situation antérieure – que le recours aux cotisations volontaires individuelles puisse assurer ne serait-ce que le minimum vital pour la sur vie de la centrale. L’argent, il est vrai, est le nerf de la guerre. L’ennui est qu’en l’espèce, le tarissement des sources de financement ne signifie pas la fin de l’histoire. Il ne mettra pas le pays à l’abri de l’irruption d’une guérilla syndicale aux capacités de nuisance très préjudiciables pour l’économie nationale et pour le pays. Dieu merci, on n’en est pas là aujourd’hui. Et on est fondé d’envisager d’autres scénarios que celui du pire qui hantait, il y a peu, les murs de la centrale ouvrière. Elle n’avait jamais paru aussi menacée dans son existence. Sans visibilité et sans ligne directrice, elle avançait à tâtons, au gré de circonstances pour le moins difficiles. Elle manquait d’autant plus d’assurance, qu’elle avait dégradé ses rapports avec le reste de la population et abîmé son image dans le pays.

L’arrogance des syndicats de l’éducation nationale, qui ont pris en otage le pays, l’indifférence des agents paramédicaux et des salariés du transport qui n’hésitaient pas à débrayer à tout bout de champ au grand désarroi des usagers, ont laissé des traces et des lésions chez les parents d’élèves et chez les contribuables. L’UGTT, dans toutes ses composantes (la direction n’avait plus de prise sur elles), avait présumé de sa force, notamment à l’occasion de l’éclipse et de l’effacement de l’Etat. Elle n’était plus dans son rôle, au sens historique du terme.

 

L’UGTT, dans toutes ses composantes (la direction n’avait plus de prise sur elles), avait présumé de sa force, notamment à l’occasion de l’éclipse et de l’effacement de l’Etat. Elle n’était plus dans son rôle, au sens historique du terme.

 

Elle avait outrepassé sa mission de contre-pouvoir pour s’ériger en véritable détenteur du pouvoir dans la fonction publique et les entre prises d’Etat. Elle est restée sous l’emprise de la vieille idée du siècle dernier d’un syndicalisme relégué aujourd’hui dans le musée de l’histoire. L’offensive syndicale tous azimuts de la décennie écoulée, au-delà des revendications qui pouvaient paraître tout aussi légitimes qu’excessives, a freiné l’élan du pays et ruiné l’espoir de développement des entreprises publiques. Là où la puissance syndicale a pu exercer son hégémonie et son diktat – autant dire dans l’ensemble des entreprises publiques, hier figures de proue de notre économie -, l’herbe ne pousse plus.

Les courbes de productivité et de compétitivité y sont au plus bas, sous l’avalanche de recrutements et d’octroi de salaires que rien ne justifie. Les profits qui alimentaient les caisses de l’Etat ont cédé la place au cumul des déficits et des dettes. L’investissement n’est même plus une simple option. La croissance et le développement ne sont plus à l’ordre du jour. L’agitation permanente portée à son plus haut niveau par l’UGTT a été au final contre-productive, elle n’aura servi qu’à dégrader les fondamentaux de l’économie, tout en abîmant l’image de la centrale ouvrière. Elle n’était pas de nature à susciter des avancées économiques et sociales.

Grisée par le pouvoir, l’UGTT a laissé passer le train du changement qui l’aurait propulsée au rang de partenaire incontournable. Au lieu de quoi, elle s’est laissé entraîner dans un état quasi conflictuel avec le nouveau pouvoir en place. A mesure que l’étau se resserrait, que les pressions et les difficultés prenaient une plus grande résonance, la centrale ouvrière, à travers ses différentes structures, affichait des postures et des gesticulations qui jetaient de l’huile sur le feu. De quoi approfondir les raisons d’une crise systémique qui a pour effet de déstabiliser ses centres de décision, sa chaîne de commandement et la cohésion du groupe dirigeant. Les cadres syndicaux étaient déboussolés, les adhérents ne savaient plus à quel saint se vouer. Le démon numide refait surface. Les luttes fratricides menaçaient d’effondrement la doyenne des centrales syndicales arabes et africaines. Celle-ci n’a pas vu venir le changement qui a révolutionné l’univers du travail. Elle ne voyait pas le monde qui arrivait, elle ne mesurait pas non plus les conséquences de la révolution technologique sur les conditions de vie, de travail et d’action syndicale.

L’UGTT, plutôt que de s’adapter au nouveau monde, cherchait à tout prix à s’accrocher à l’ancien via le terreau de la fonction publique et des entreprises d’Etat. Il y a pourtant longtemps que les cols bleus ne dominent plus la classe ouvrière. La tertiarisation des activités, l’envolée de la financiarisation de l’économie, ailleurs plus qu’ici, ont changé la donne, sans que l’UGTT y prête attention et y prenne garde. La parcellisation du travail, le développement du travail à distance, la forte mobilité du personnel – toutes compétences confondues -, l’irruption dans notre vie des technologies émergentes, de l’intelligence artificielle ont brisé en plusieurs endroits la chaîne de solidarité ouvrière.

 

Plutôt que de s’adapter au nouveau monde, la centrale syndicale cherchait à tout prix à s’accrocher à l’ancien via le terreau de la fonction publique et des entreprises d’Etat. Il y a pourtant longtemps que les cols bleus ne dominent plus la classe ouvrière.

 

Le syndicalisme à l’ancienne du type du 20ème siècle a vécu. L’action syndicale dans une économie ouverte doit impérativement s’inscrire dans le mouvement de la mondialisation. Le basculement géopolitique en cours n’y changera pas grand-chose. La dérive des continents sous l’effet de la tectonique des plaques Nord-Sud en modifiera la forme, mais ne changera rien quant au fond. Une mondialisation rénovée, plus régionalisée, de proximité, entre amis pour ainsi dire, est en train de se dessiner tout à l’avantage de notre pays. La Tunisie a toutes les chances de se positionner dans la recomposition des nouvelles chaînes d’approvisionnement de valeur, profitant ainsi de notre proximité de l’Europe. L’UGTT doit pouvoir évoluer sur une ligne de crête, se focaliser sur un point d’équilibre entre droit des travailleurs et attractivité du site Tunisie. Elle doit repenser son mode de fonctionnement et ses modalités de lutte, se réinventer pour se donner un avenir qui ne soit pas pure illusion.

Moralité : le syndicalisme n’est pas mort, il ne doit pas mourir et disparaître. Mais il doit muter. Et s’impliquer autrement dans le vécu national, dans la vie sociale et professionnelle. En conscience et en responsabilité. Le pays a besoin d’un syndicat ouvrier fort, représentatif, crédible, ouvert sur le monde. En cohérence et en ligne avec les exigences de compétitivité et des responsabilités sociales et environne mentales des entreprises. Un syndicat qui a droit au chapitre national, capable de développer une vision d’avenir, un projet de société et un programme d’action qui ne soit pas en conflit avec l’impératif d’émergence économique, financière et sociale. Le temps presse et ne joue pas en notre faveur. Mettre fin au déclassement du pays et amorcer au plus vite le redressement de l’économie en ces temps de marasme mondial sont une ardente obligation. Une nouvelle page s’ouvre avec l’émergence de la nouvelle direction issue du récent congrès quasiment fondateur.

Portée par sa longue histoire, par son passé militant, par la qualité de ses cadres enseignants universitaires, par celles et ceux qui sont au service des services publics, elle est en capacité de gérer et de maîtriser le changement. La puissance publique ne pouvait rêver meilleure configuration. Le nouveau bureau exécutif, qui s’affirme hostile à toute forme d’affrontement stérile, affiche haut et fort sa volonté de concertation et de dialogue. Signe d’un syndicalisme d’avant-garde, soucieux autant d’équité dans le partage de la valeur ajoutée que de l’impératif d’efficacité économique. Il est dans son rôle quand il s’oppose à la baisse du pouvoir d’achat, aux inégalités sociales et régionales, à la dégradation de l’air et de l’environnement.

 

… Un syndicat qui a droit au chapitre national, capable de développer une vision d’avenir, un projet de société et un programme d’action qui ne soit pas en conflit avec l’impératif d’émergence économique, financière et sociale. Le temps presse et ne joue pas en notre faveur. Mettre fin au déclassement du pays et amorcer au plus vite le redressement de l’économie en ces temps de marasme mondial sont une ardente obligation. Une nouvelle page s’ouvre avec l’émergence de la nouvelle direction issue du récent congrès quasiment fondateur.

 

L’UGTT, nouvelle saison, n’aura aucune peine à revenir à ses fondamentaux originels tout en changeant de mode opératoire, repenser son propre logiciel de pensée et d’action, regarder devant plutôt que loin derrière. Elle a été et doit rester un espace de liberté, de pratique démocratique et de droits humains.

D’un mot, un acteur central dans le mode de régulation et de justice sociale. La bonne nouvelle est que la direction de l’UGTT, sous la houlette du nouveau SG, Slaheddine Selmi, se dit ouverte au dialogue et à la concertation. Elle appelle de ses vœux la réactivation du contrat social et serait favorable à un pacte de croissance. Autant de signes et de gestes qui doivent accélérer le dégel et la fonte des glaces entre la centrale ouvrière et le pouvoir exécutif. L’Etat ne pouvait rêver meilleure situation : le pays doit pouvoir profiter de cet alignement des planètes pour sortir de l’ornière. Le moment est venu pour réinventer le dialogue national entre le pouvoir et l’organisation ouvrière relégitimée, fort représentative, ouverte au dialogue, en rupture avec le raidissement du passé. C’est l’heure de déterrer la hache de guerre, l’ultime heure de se convaincre, d’un côté comme de l’autre, de la nécessité d’un syndicat ouvrier, responsable, reconnu et respecté par sa base. Le voir ou – qu’à Dieu ne plaise, le faire disparaître, cela revient à ouvrir la boîte de Pandore, à libérer la voie à l’agitation et à l’instabilité permanentes, à l’irruption des « coordinations » qui ont sévi dans les champs pétroliers et dans le bassin minier du sud tunisien. Ces mouvements « spontanés », incontrôlés et incontrôlables n’ont d’autre vocation que de semer le désordre et le chaos.

L’Etat a besoin de partenaires sociaux indépendants, libres de toute interférence pour construire de nouveau la confiance, l’apaisement et la sérénité dont le pays a besoin. Sans quoi, il faut se préparer au pire. Et le pire n’est jamais exclu.

 

Le moment est venu pour réinventer le dialogue national entre le pouvoir et l’organisation ouvrière relégitimée, fort représentative, ouverte au dialogue, en rupture avec le raidissement du passé. C’est l’heure de déterrer la hache de guerre, l’ultime heure de se convaincre, d’un côté comme de l’autre, de la nécessité d’un syndicat ouvrier, responsable, reconnu et respecté par sa base.

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tunisien | Le système d’approvisionnement en eau fait preuve de résilience

Lors d’une visite de travail effectué à Monastir, où il a présidé les travaux du Conseil régional de l’eau en présence de plusieurs responsables régionaux, le secrétaire d’Etat chargé des Ressources hydrauliques, Hamadi Habaib, a rappelé que la Tunisie avait connu neuf années de sécheresse au cours de la dernière décennie, dont six consécutives, soulignant que le système d’approvisionnement en eau, et notamment le système de distribution d’eau potable, avait fait preuve de résilience malgré ces difficultés.

Le système de rationnement de l’eau avait été supprimé l’été dernier et les interruptions survenues étaient dues à des dysfonctionnements techniques, à des situations d’urgence sur le réseau ou à des coupures de courant, et non uniquement à une pénurie de ressources en eau, a précisé le responsable, cité par Diwan FM.

Le niveau de remplissage des barrages varie d’une région à l’autre, ceux du nord et de la péninsule du Cap Bon affichant des niveaux élevés, tandis que ceux de la région centrale continuent de souffrir de faibles niveaux de stockage, a expliqué Habaieb, ajoutant que des années de sécheresse ont affecté négativement les zones irriguées du système de Nebhana et la part d’eau du barrage revenant au gouvernorat de Monastir.

Durant la campagne agricole 2024/2025, 400 000 mètres cubes d’eau ont été alloués à la région afin de sauver les premières récoltes, en plus de l’apport exceptionnel d’eau provenant du nord, chaque fois que cela est possible, a encore précisé le responsable, ajoutant que le ministère de l’Agriculture a adopté une stratégie nationale de l’eau à l’horizon 2050, caractérisée par sa flexibilité et son adaptabilité aux évolutions, et visant à garantir la durabilité des ressources en eau.

Exploitation des aquifères profonds

Tout en soulignant l’importance de relier les barrages centraux au système hydraulique du nord et d’accroître les ressources par l’exploitation des aquifères profonds, comme le forage exploratoire prévu dans le district de Bekalta, ainsi que par le développement du dessalement des eaux saumâtres et saumâtres, M. Habaieb a, également, indiqué que le projet de coopération tuniso-espagnol, mené en partenariat avec l’Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID), vise à soutenir la gestion des ressources en eau du système de Nebhana en étudiant la faisabilité de la construction d’une usine de dessalement.

Concernant l’approvisionnement en eau potable, le secrétaire d’État a expliqué que la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) est confrontée à des difficultés croissantes, ce qui a nécessité la mise en place d’une cellule de crise fonctionnant 24h/24 et 7j/7 pour surveiller l’approvisionnement et recevoir les réclamations. Des efforts sont aussi déployés pour mettre en place un système de surveillance en temps réel des réseaux et des installations de stockage afin d’améliorer l’efficacité et de réduire les pertes d’eau.

Les récentes précipitations ont contribué à l’amélioration du niveau des nappes phréatiques dans plusieurs régions. Et le gouvernement est engagé en faveur du développement des ressources en eau non conventionnelles, avec pour objectif d’utiliser 70 % des eaux usées traitées pour l’irrigation d’ici 2050, a souligné le responsable, en insistant sur la nécessité d’une utilisation efficiente des ressources en eau face aux changements climatiques et de faire face aux défis auxquels la région est confrontée, notamment le vieillissement des réseaux d’irrigation, la nécessité de réviser la carte agricole et de prendre en compte la situation des associations de gestion de l’eau afin de garantir leur contribution à la réalisation des objectifs de développement durable.

Par ailleurs, les autorités expérimentent la méthode d’ensemencement des nuages ​​menée en coopération avec les ministères de la Défense et des Transports. Celle-ci pourrait être étendue, en particulier dans le bassin versant du barrage de Nebhana.

I. B.

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De la menace d’apocalypse à un répit temporaire – Pourquoi un tel revirement ?

Moins de 90 minutes avant l’expiration de son ultimatum, Donald Trump a fait marche arrière et annoncé mardi 7 avril un cessez-le-feu avec l’Iran. Une stratégie qui mêle intimidation extrême et pragmatisme. Analyse.

 

C’est un air du déjà-vu. Lors de son premier mandat et dans sa première allocution devant l’Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump s’était violemment attaqué, le 19 septembre 2017, au « régime vicieux » de la Corée du Nord, promettant « le feu et la colère » et menaçant de « détruire totalement » ce pays qui développe des missiles nucléaires au nez et à la barbe de la communauté internationale. Avant d’engager, à la surprise générale, des discussions inédites avec Kim Jong-un !

Bis repetita. Mardi 7 avril 2026, le même président américain lance un terrible ultimatum aux dirigeants iraniens : rouvrir le détroit d’Ormuz avant minuit, faute de quoi « une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais réapparaître », a-t-il menacé sur sa plateforme Truth Social.

Il ajoute : « Je ne veux pas que cela se produise, mais ce sera probablement le cas ».

Ainsi, un président qui ne brille ni par sa culture ni par sa connaissance de l’Histoire, menace avec une violence inouïe et sans état d’âme de raser ainsi Chiraz, Tabriz, Ispahan, Persépolis, capitale achéménide ou encore Hamadan ; des villes millénaires où vivront Ferdowsi, Rumi, Hafez, Saadi, Omar Khayyam, Nezami. A l’heure où les ancêtres de M. Trump vivaient à l’âge de pierres.

Rétropédalage

Revirement spectaculaire de la situation. Une heure avant l’expiration de l’ultimatum, le locataire de la Maison Blanche annonce avoir accepté un cessez-le-feu, une sorte de trêve de 15 jours présentée comme « une victoire totale et complète. 100 %. Il n’y a aucun doute là-dessus ».

Dans un article intitulé « le jour où le monde a retenu son souffle face aux menaces de Donald Trump sur l’Iran », The Wall Street Journal écrit : « À 8 h 06 [heure locale], mardi, le président américain a posé l’ultimatum le plus radical de son mandat » et, « à moins d’une heure et demie de l’échéance, Trump a finalement fait machine arrière et annoncé sur son réseau social la conclusion d’un cessez-le-feu de deux semaines avec l’Iran, et l’annulation des frappes promises, en échange de la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz ».

Alors, comment expliquer cette volte-face ?

Cynisme

Il s’agit en effet d’une stratégie bien huilée : le milliardaire républicain, initialement rompu aux techniques de la promotion immobilière, met la barre très haut lors d’une négociation avant de concéder progressivement du terrain ; tout en restant au-dessus de son objectif réel. Le tout en maniant l’arme de l’intimidation, voire de la violence verbale.

Et ce qui vient de se passer concernant l’Iran illustre parfaitement cette stratégie : pousser la menace à son paroxysme, puis ajuster sa position face aux risques d’escalade.

Concrètement, le président américain émet une grave menace d’un anéantissement de la « civilisation » iranienne assortie d’un ultimatum, fait volte-face à la dernière minute, parle désormais de possible coopération entre l’Iran et les États-Unis, ennemis jurés depuis près d’un demi-siècle, pour administrer conjointement le détroit d’Ormuz ou récupérer les stocks d’uranium enrichi de Téhéran. Et claironne par la suite son propre « génie » tactique ayant abouti à une « victoire totale ».

Une mécanique qui s’inscrit aussi dans un contexte politique intérieur tendu, marqué par une opinion publique plus réticente à la guerre et des inquiétudes économiques croissantes, à l’approche des élections de mi-mandat.

D’ailleurs, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a bien saisi le sens de la manœuvre présidentielle. Interrogée sur la menace apocalyptique émise mardi matin (7 avril) par son patron et qui a même fait spéculer sur une attaque nucléaire américaine, elle a fini par admettre que « ce qui intéresse le président ce sont les résultats et dans les faits, sa rhétorique très dure et son style de négociation dur ont apporté les résultats que vous pouvez tous voir aujourd’hui ».

Qui gagne, qui perd ?

Ce n’est pas l’avis d’un spécialiste des États-Unis qui estime pour sa part que Donald Trump « met les enjeux très haut parce qu’il pense que c’est la solution pour faire peur à l’adversaire. Il croit que cette pression extrême va forcer l’adversaire à négocier et lui donner un avantage. Il est pourtant en position de faiblesse face à l’Iran ».

Et d’expliquer : « Malgré ses propos très violents, Donald Trump n’obtient rien en réalité et s’embourbe dans une situation qu’il a provoquée. C’est une porte de sortie à la Trump, une porte de sortie rhétorique. Il construit un récit dans lequel il apparaît comme le gagnant, transformant le réel en affirmant que les Iraniens sont forcés à négocier, alors que s’il accepte les dix points du plan de paix, la situation risque d’être pire que celle d’avant-guerre ».

Pour Steven Ekovich, professeur d’histoire et de relations internationales à The American University of Paris, « La stratégie de Donald Trump, c’est d’être au centre de l’attention mondiale. Il a tenu la planète entière en haleine pendant quelques heures après sa menace de mardi. Mais il a aussi abîmé sa crédibilité. Le danger, c’est que plus personne ne le prenne au sérieux ».

Au bout du compte, c’est à se demander qui sort véritablement gagnant de ce bras de fer entre Donald Trump – le flamboyant adepte du poker -, et les dirigeants iraniens, réputés pour leur jeu d’échecs aussi discret que méthodique. La réponse, elle, se révèle bien moins évidente qu’il n’y paraît.

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Place de l’Indépendance – Un haut lieu des événements du 9 avril 1938

Alors que la Tunisie commémore en ce jour du 9 avril 2026 le 88ème anniversaire de la fête des martyrs, il est bon de se rappeler l’importance d’un lieu symptomatique de la lutte pour l’Indépendance : la place de l’Indépendance. C’est en ce lieu qu’Ali Belhaouane, un des grands militants du Néo-Destour, dont le nom est largement associé aux événements du 9 avril 1938, prend la parole, face à quelque 8 000 personnes, pour prononcer cette phrase restée dans l’Histoire : « Maintenant, c’est la lutte sans fin […] Que la police et l’armée se servent de leurs armes si elles veulent et on verra de quoi le peuple sera capable ».

Parmi les photographies qui immortalisent les événements du 9 avril 1938, plus connus sous le nom de “fête des martyrs“, celle qui montre un attroupement de Tunisiens face à la Cathédrale Saint-Vincent de Paul, sur l’actuelle avenue Habib-Bourguiba, est, sans doute, la plus répandue. La foule brandissait de nombreuses banderoles, dont l’une demandait à ce que « le pouvoir » soit « aux Tunisiens ». Un moment d’histoire qui est restée dans le souvenir de tous nos compatriotes.

La photographie, que nous reproduisons dans cet article consacré à l’un des plus importants événements de l’histoire du mouvement national, permet facilement de reconnaître le lieu : l’actuelle place de l’Indépendance et ancienne place de la résidence. Un nom qui a été évidemment donné à cette place qui abritait, avant le 20 mars 1956, le bâtiment accueillant les services de la Résidence générale de France à Tunis. Et qui abrite aujourd’hui l’ambassade de France.

Outre la façade de la cathédrale de style romano-byzantin, divisée en trois parties et qui n’a pas bougé d’un iota, beaucoup reconnaîtront, sans doute, les lieux grâce aussi aux quelques longs palmiers imposants.

Ali Belhaouane fait face à quelque 8 000 personnes

Le lieu est symptomatique de la lutte pour l’indépendance de la Tunisie. Notre confrère Jeune Afrique a du reste écrit, dans un article publié en 2023, que les événements du 9 avril 1938 constituaient « un premier pas de la Tunisie vers l’indépendance ». On se souvient que le bilan était bien lourd : 22 morts et près de 150 blessés.

 

 

En fait, la photographie a été prise la veille du 9 avril 1938. Le 8 avril 1938 ont eu effectivement lieu une grève générale et une première manifestation. C’est sur cette place de la résidence qu’Ali Belhaouane (notre photo), un des grands militants du Néo-Destour, dont le nom est largement associé aux événements du 9 avril 1938, prend la parole, fait face à quelque 8 000 personnes, pour prononcer dette phrase restée dans l’Histoire : « Maintenant, c’est la lutte sans fin […] Que la police et l’armée se servent de leurs armes si elles veulent et on verra de quoi le peuple sera capable » (voir “Anissa El Materi Hached, Mahmoud El Materi : pionnier de la Tunisie moderne“, Paris, Les Belles Lettres). Il sera emprisonné le lendemain.

Des places et lieux qui ont marqué l’Histoire en tant qu’épicentre de combats politiques, la Tunisie en a eu beaucoup. Dans un mémoire de master en architecture, soutenu en 2019, à l’École nationale supérieure d’architecture (ENSA) de Nantes (France), Sarra Baccouche évoque, par exemple, ces lieux où la révolution tunisienne de 2011 a fleuri.

« Et ils campent aussi sur leur position »

On peut y lire : « Depuis dimanche 23 janvier 2011, la jolie place de La Kasbah à Tunis, celle du gouvernement, a été désacralisée pour devenir une agora. Les Tunisiens de l’intérieur, qui ont payé un lourd tribut humain dans la révolte contre le régime de Ben Ali, campent au cœur du symbole de l’exécutif. Et ils campent aussi sur leur position ».

Et Sarra Baccouche d’ajouter : « Le choix de la place et son occupation n’étaient pas anodins. Investir La Kasbah signifiait la réappropriation de l’espace public confisqué, à l’image des idéaux démocratiques où la représentativité politique n’interdit ni n’interroge le pouvoir ni prend en compte les exigences du Peuple ».

On peut parler autant des marches du Théâtre de la Ville de Tunis sur l’avenue Habib-Bourguiba, appelé un temps place de la Révolution. Ou encore, toujours sur cette avenue Bourguiba, de la Tour de l’horloge, sur l’ancienne avenue 7-Novembre débaptisée pour être appelée place 14 janvier 2011.

Autant dire que la place de l’Indépendance aura été, peut-être, une précurseure !

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Transition énergétique : Ali Kanzari appelle à un plan Marshall pour la Tunisie

La Tunisie importe 65 % de ses besoins énergétiques et accuse un déficit qui a frôlé les 11 milliards de dinars en 2025. Et par les temps qui courent, notamment avec ce qui se passe dans au Moyen-Orient qui redistribue la carte de l’approvisionnement d’hydrocarbures, leconomistemaghrebin.com a jugé nécessaire d’interpeller l’un des spécialistes en la matière en Tunisie. Il s’agit en l’occurrence, Ali Kanzari, président la Chambre syndicale du photovoltaïque (CSPV) qui, face à cette réalité, dresse donc un état des lieux sans concession. Mais ne s’arrête pas là : il trace une feuille de route ambitieuse : « accélérer massivement les énergies renouvelables, électrifier les transports, développer l’hydrogène vert et faire de la Tunisie un hub énergétique méditerranéen ». Un programme à la hauteur des enjeux, qui appelle, selon lui, à une refonte globale du modèle de développement du pays.

La Tunisie est devenue importateur net d’hydrocarbure depuis l’année 2000. Ses ressources en hydrocarbures et en énergie importée ne couvrent que 35 % des besoins nationaux, portant la dépendance extérieure à 65 %, tient à rappeler Ali Kanzari, président de la Chambre syndicale du photovoltaïque et fondateur de la première entreprise photovoltaïque Energies Renouvelables en Tunisie. Ce déficit, qui a frôlé les 11 milliards de dinars en 2025, est appelé à s’aggraver : le prix du pétrole, initialement budgété à 63 dollars le baril dans la loi de finances, a grimpé aux alentours de 100 dollars, s’inquiète-t-il.

La principale composante de la facture demeure le gaz naturel, acheté à l’Algérie, avec un prix basé sur la moyenne des six derniers mois. En d’autres termes, aujourd’hui SONATRACH facture à la STEG un prix moyen correspondant à la période juillet–décembre 2025. L’impact de l’augmentation du prix du baril de pétrole, se verra à partir de juillet 2026, on estime une augmentation de 50%.

À cela s’ajoutent les hydrocarbures raffinés (gasoil, essence, kérosène et GPL), le GPL étant utilisé principalement par les ménages pour la cuisson et le chauffage. La bouteille de gaz de 13 kg est vendue entre 8,5 et 9 dinars affiche un prix réel avoisinant les 50 dinars, soit une subvention de l’ordre de 80 %.

L’ensemble des subventions énergétiques GN- GPL, produits pétroliers blancs et autres – est évalué entre 7 et 8 milliards de dinars, soit 10 % du budget national. C’est in fine le contribuable qui supporte cette charge, laquelle pèse lourdement sur la balance des paiements.

Un cadre législatif en place, une dynamique en marche

Depuis la loi sur les énergies renouvelables adoptée en 2015, dont les textes d’application ont suivi entre 2017 et 2021, le pays s’est fixé un objectif initial de 30 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique à l’horizon 2030, depuis relevé à 35 %, soit environ 5 000 MW. Un palier de 50 % est visé pour 2035, explique le fondateur de la société SES et par ailleurs l’expert senior en énergies renouvelables et efficacité énergétique.

Dans son explication, il souligne que dans le résidentiel, le programme Prosol Elec cible les foyers selon trois catégories : sociale, pour les abonnés consommant moins de 1 100 kWh par an (environ un million de foyers sur les quatre millions que compte le pays), Prosol économique entre 1 100 et 1 800 kWh/an destiné à 800.000 abonnés, et Prosol Elec au-delà de 1 800 kWh/an. « Depuis son lancement, le programme a permis l’installation de quelque 400 MW, avec un rythme dépassant désormais 100 MW par an. À ce rythme, 1 000 MW dans le résidentiel seraient atteints d’ici 2030, grâce à un réseau de près de 800 entreprises installatrices agréées », dit-il.

Dans le secteur industriel, les installations en moyenne tension n’ont pas encore atteint leur plein régime, totalisant environ 60 MW, semble regretter Ali Kanzari, qui apporte deux facteurs explication à ce retard : un manque de sensibilisation et des difficultés d’accès au financement. « L’électricité étant vendue à l’industriel à 300 millimes le kilowattheure alors que le coût réel de production à la STEG dépasse les 500 millimes, l’attractivité économique apparente du photovoltaïque s’en trouve réduite pour ce segment ». Et une contrainte réglementaire aggrave la situation, selon lui : « l’industriel ne peut injecter que 30 % de sa production dans le réseau, le reste devant être consommé sur place, stocké, ou cédé à la STEG sans rémunération complémentaire ».

Les régimes d’autorisation et de concession

Poursuivant son analyse du secteur, Ali Kanzari assure également que le régime des appels d’offres a connu des difficultés initiales. « Plusieurs rounds portant sur des projets de 10 MW en photovoltaïque et 30 MW en éolien, pour un potentiel total de 280 MW, n’ont pas abouti faute de bouclage financier par les promoteurs », affirme le président de la CSPV.

« Le gouvernement a depuis révisé le dispositif en introduisant un tarif d’achat garanti : 216 millimes pour les projets de 1 MW, 203 millimes pour ceux de 2 MW, et 143 millimes pour les tranches de 2 à 10 MW. Ce nouveau cadre a suscité un engouement sans précédent : 187 promoteurs ont déposé des dossiers pour un total de 260 MW lors du premier round, et plusieurs de ces projets sont déjà en production ».

Cette forte attractivité a toutefois provoqué une hausse des prix du foncier, selon l’expert, notamment autour des lignes de moyenne tension dans les régions les plus ensoleillées. De ce fait, il appelle l’État à réguler l’accès au foncier pour éviter une spéculation préjudiciable au développement du secteur.

« Le régime de concession, destiné aux grands projets (75 MW minimum pour l’éolien sur terrains privés, 100 MW pour le photovoltaïque, et jusqu’à 200 MW sur terrains publics), représente environ 1 700 MW lancés à ce stade. La Chambre syndicale a été consultée dans le cadre du processus législatif et a rendu un avis favorable, parce qu’elle juge indispensable d’accélérer la transition ».

Par ailleurs, selon Ali Kanzari, la Chambre intervient sur plusieurs fronts : formation des installateurs, défense du contenu local – les projets de concession intègrent près de 90 % de main-d’œuvre et d’ingénierie tunisiennes -, réforme du cadre législatif, et organisation de rencontres professionnelles telles que le Salon international de la transition énergétique (SITE), dont elle a organisé la troisième édition. Elle remplit ainsi une fonction de dialogue entre acteurs publics, privés et société civile.

Appel à décarboner les transports et l’industrie

Le photovoltaïque, s’il peut couvrir environ 30 % de la facture énergétique nationale, ne résout pas le problème à lui seul. L’expert en ER et EE explique que le secteur du transport représente aujourd’hui le premier poste de consommation en Tunisie, avec près de 40 % du total, devant le résidentiel et l’industrie, une inversion par rapport aux années 1990 où l’industrie dominait.

Par conséquent, une électrification massive des transports en commun s’impose : bus électriques importés de Chine, jugés compétitifs et de qualité suffisante, stations de recharge rapide, renouvellement du parc de bus urbains et interurbains, extension des réseaux de métro et de tramway dans les grandes agglomérations. L’aménagement urbain tunisien, qui n’a pas anticipé ces besoins, rend aujourd’hui plus complexe l’implantation de ces infrastructures, recommande le président de la CSPV.

Et il rappelle que « pour l’industrie, le mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières – le MACF, entré en vigueur en janvier 2026 – contraint les exportateurs tunisiens, notamment dans la cimenterie, la céramique, la briqueterie, la chimie et les câbleries, à justifier d’un contenu en énergie renouvelable dans leurs produits. C’est un levier puissant pour accélérer la transition en moyenne tension industrielle ».

L’hydrogène vert, produit par électrolyse de l’eau à partir d’énergies renouvelables, souligne-t-il, ouvre quant à lui de multiples débouchés : carburant pour les industries nécessitant une flamme, comme la verrerie ; combiné au CO₂ capté des cimenteries pour produire du méthanol utilisable comme carburant liquide de substitution ; ou transformé en ammoniaque pour alimenter des navires ou produire des fertilisants. Son prix, actuellement autour de 7 euros le kilogramme, est jugé attractif pour les acheteurs européens.

Un hub énergétique méditerranéen en devenir

La position géographique de la Tunisie – à 180 kilomètres des grands réseaux électriques européens, et reliée à la Sicile par un câble sous-marin dont la mise en service est prévue entre 2029 et 2030 – constitue un atout stratégique exceptionnel, explique Ali Kanzari. Le modèle d’échange envisagé est complémentaire : exportation d’électricité renouvelable vers l’Europe en hiver, période de forte demande sur le Vieux Continent, et importation d’électricité européenne en été pour faire face aux pics de la demande en Tunisie.

Dans le cadre du projet Euro-Méditerranéen Green Electron Molécule (MED GEM), la Tunisie ambitionne d’organiser la production et l’exportation d’hydrogène vert vers l’Europe, en concurrence avec le Maroc, l’Algérie, la Jordanie et l’Égypte. Sept mémorandums d’entente ont déjà été signés avec de grandes multinationales, en attendant la finalisation du code des énergies renouvelables qui définira les modalités fiscales et les redevances applicables, a tenu à rappeler le président de la CSPV. Le potentiel est évalué à 500 000 emplois liés à cette filière à l’horizon 2050 et une exportation d’environ 8 Millions de tonnes générant 2 à 3 points de croissance économique.

L’infrastructure existante amplifie cet atout : le gazoduc transméditerranéen pourrait transporter de l’hydrogène en mélange avec le gaz naturel (blending), tandis que les terminaux portuaires de Gabès, Sfax, Bizerte et Skhira pourraient, eux, exporter sur des quais aménagés H2 compressé, méthanol et ammoniaque et autres produits dérivés.

Un appel à un plan Marshall

La transition énergétique ne peut être dissociée d’une réforme profonde de l’aménagement du territoire, de la gouvernance, du système éducatif et des infrastructures de transport. Au cœur de la Méditerranée, à moins de deux cents kilomètres de l’Europe, la Tunisie dispose de tous les atouts pour devenir un hub énergétique régional, à condition d’agir avec la même ambition et la même célérité qu’un plan Marshall.

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Taha Triki : du laboratoire de recherche au terrain 

Du laboratoire de recherche grenoblois aux ministères des Finances de Mauritanie, du Niger, de Tunisie ou d’Irak, Taha Triki a bâti sa trajectoire à la tête d’ArabSoft en relevant des défis que peu d’entreprises technologiques africaines osent affronter : moderniser les systèmes fiscaux d’États souverains.

Portrait d’un docteur devenu directeur général adjoint d’une société familiale tunisienne qui ambitionne aujourd’hui de concurrencer SAP et Oracle sur leurs propres terrains.

Taha Triki, c’est de lui dont il s’agit, retrace son parcours avec la précision de quelqu’un qui a appris à gérer les imprévus. Après une thèse menée à Grenoble (en France), il rejoint directement la Mauritanie pour piloter son premier projet professionnel – un saut brutal, confie-t-il, de l’univers du laboratoire de recherche à celui du terrain. La mission : déployer le système d’information de la Direction générale des impôts (DGI) mauritanienne, en partenariat avec le ministère des Finances du pays. Le projet était en difficulté. Le contexte, complexe. La transition entre contexte français et contexte mauritanien, abrupte. « C’était quatre mois, mais ils m’ont semblé plus longs que les quatre années passées en France », reconnaît-il. « L’opération est couronnée de succès. La réception provisoire est obtenue. Mieux encore, la recette fiscale de l’État mauritanien aurait doublé dans la foulée de cette modernisation – un résultat qui propulse le directeur général des impôts de l’époque, M. Moctar Ould Djay, jusqu’au poste de ministre de l’Économie et des Finances, puis à une fonction de “super ministre“ supervisant deux ministères. Ce projet, conclu en 2014, constitue la référence fondatrice d’ArabSoft sur le marché africain ».

Fort de ce premier succès, le Business Developer Manager d’ArabSoft enchaîne les marchés : la DGI du Niger, l’Office des revenus du Togo, la DGI des Comores, l’Office togolais des recettes, et la Tunisie – « venue plus tard », précise-t-il. Car les administrations tunisiennes étaient longtemps restées fermées sur elles-mêmes avec les différents centres informatiques nationaux. C’est un financement de l’USAID qui ouvre la brèche, permettant à ArabSoft de remporter le marché tunisien, puis ceux du Liberia et de l’Irak. Plus récemment, la Gambie, le Burundi et le Cameroun sont venus allonger cette liste déjà substantielle.

Et Taha Triki devint Business Developer Manager d’ArabSoft

Taha Triki insiste sur la nature particulière de ces projets. La refonte d’un système de recette fiscale n’est pas un contrat ordinaire : c’est un dossier d’État. « Les parties prenantes qui gravitent autour de ces projets sont directement liées à la présidence de la République », tient-il à souligner. Les comptes rendus remontent donc jusqu’au chef de l’État, car la recette fiscale – avec la recette douanière – constitue l’une des deux sources de revenus vitales pour tout gouvernement. Cette réalité impose une rigueur et un niveau d’exigence hors norme, ajoute le Business Developer Manager d’ArabSoft.

C’est précisément cette montée en complexité qui a structuré son évolution interne. Chef de projet à ses débuts, il prend progressivement la direction de plusieurs chefs de projet, puis accède à la direction de l’ensemble du portefeuille des grands projets de la société, avant d’être nommé directeur général adjoint. En parallèle, l’élargissement géographique de l’activité l’amène à développer un réseau commercial panafricain et à assumer des fonctions de business developer – une dimension qui s’étend désormais à d’autres secteurs, comme l’eau et l’énergie au Congo, en Guinée ou à Madagascar.

Le DGA d’ArabSoft décrit le cœur de la société en deux mots : le produit et le capital humain. L’essentiel de l’activité repose sur la réponse aux appels d’offres publics, qui représentent environ 90 % des marchés remportés. Les références accumulées permettent de candidater à des appels d’offres toujours plus exigeants – au point d’avoir été sollicité pour des démonstrations produits ou des consultations au Luxembourg, en Serbie et au Kirghizistan.

Quid de la stratégie d’avenir d’ArabSoft ?

Sur la stratégie à venir, Taha Triki est direct. ArabSoft entend faire de ses produits phares – notamment dans le domaine des finances publiques et du secteur énergétique – des solutions reconnues bien au-delà du continent africain. L’expérience irakienne lui a démontré que cette ambition n’était pas hors de portée. Il évoque la possibilité de développer un ERP sectoriel, conçu industrie par industrie, capable de concurrencer des mastodontes comme SAP, Oracle ou Sage. « Nous connaissons parfaitement les métiers de différentes industries, ce que des sociétés à renommée internationale peinent parfois à maîtriser localement », affirme-t-il. Le déploiement passerait par un réseau de partenaires, plutôt que par une présence directe d’ArabSoft à l’international.

En interne, la société – fondée en 1985, forte aujourd’hui d’environ 150 collaborateurs, dont certains cumulent plus de trente ans d’ancienneté – doit gérer la coexistence de deux générations aux méthodes différentes. Le DGA et Business Developer Manager reconnaît que l’ancienne école apporte stabilité et engagement, là où la nouvelle génération impulse l’adaptation nécessaire à un environnement en mutation rapide. La certification des chefs de projet – PMP, Prince2 – fait partie des chantiers réalisés pour professionnaliser davantage la gestion des grands projets critiques.

Conseil aux jeunes entrepreneurs

Interrogé sur le conseil qu’il adresserait à un jeune entrepreneur tunisien, Taha Triki est lapidaire : se concentrer sur un produit, une niche, un problème précis à résoudre. Travailler la qualité jusqu’au bout. S’entourer de personnes loyales et compétentes. Et avoir la foi dans sa démarche.

Sur la place de la Tunisie dans l’écosystème numérique africain, le ton se fait plus sombre. Le pays possède, selon lui, toutes les compétences pour figurer parmi les nations les plus avancées du continent – mais ces talents s’expatrient, faute d’un environnement réglementaire et politique favorable à l’entrepreneuriat. Il cite en contre-exemple le Rwanda et le Bénin, où des présidents suivent personnellement les projets numériques et où une entreprise peut être créée en quelques minutes. En Tunisie, cette même démarche prend parfois un mois – « ce qui n’est pas normal pour un pays qui était autrefois une référence pour ces mêmes pays africains », conclut-il.

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Et si la guerre au Moyen-Orient était une vraie aubaine pour l’Algérie ?

Alors que la guerre s’intensifie au Moyen-Orient, que des infrastructures énergétiques des monarchies du Golfe sont quotidiennement visées par l’Iran qui bloque le détroit d’Ormuz; l’Algérie entend bien se positionner comme alternative surtout pour le marché européen. En a-t-elle les moyens ?

Quand le malheur des uns fait le bonheur des autres. Le conflit au Moyen-Orient illustre une fois de plus une réalité brutale des relations internationales. A savoir qu’une crise lointaine, par un effet domino implacable, peut se muer en opportunité pour des acteurs situés à des milliers de kilomètres. C’est le cas de l’Algérie voisine qui apparaît comme l’un des principaux bénéficiaires indirects de la guerre en Iran, tirant profit à la fois de la flambée des prix des hydrocarbures et des perturbations ayant affecté les grands producteurs du Golfe.

Effet papillon

Ainsi, en l’espace d’un mois à peine, Alger aura engrangé près de 10 milliards de dollars de recettes supplémentaires, portées par l’envolée des prix de l’or noir. Une manne du ciel directement liée aux secousses qui ébranlent le marché énergétique mondial.

En effet, la combinaison de la guerre qui a embrasé le golfe Persique et la fermeture du détroit d’Ormuz-artère vitale par laquelle transite près de 20 % du pétrole mondial et une part importante du gaz naturel liquéfié (GNL) a profondément désorganisé les flux. Dans ce contexte explosif, la menace brandie par Téhéran de bloquer durablement ce verrou maritime a suffi à propulser les cours à des niveaux vertigineux.

Résultat direct de la montée de tension dans cette région hautement stratégique : les marchés pétroliers s’envolent. Cinq semaines après le début de la guerre au Moyen-Orient, rien ne semble pouvoir freiner la folle escalade des prix du pétrole et du gaz : le baril de brut a de nouveau franchi, lundi 6 avril, le seuil symbolique de 110 dollars. Et ce, en dépit de l’annonce dimanche dernier d’une augmentation de la production mondiale pour tenter de juguler la crise.

Une manne céleste

De quoi faire le bonheur de l’Algérie, premier producteur de gaz et quatrième producteur de pétrole du continent, qui est aujourd’hui le seul pays africain à bénéficier d’une véritable autosuffisance énergétique. Et qui, en sa qualité de membre de l’OPEP, était autorisée à augmenter sa production de pétrole de 60 000 barils par jour, portant son total à près de 980 000 barils quotidiens. Cette hausse, bien que modeste à l’échelle mondiale, permet à Alger de drainer une partie de la demande laissée vacante par les producteurs du Golfe.

L’arme du gaz naturel

Mais c’est surtout dans le domaine du gaz naturel que les perspectives apparaissent les plus prometteuses pour l’Algérie. La suspension partielle des exportations du Qatar, premier producteur mondial de GNL, a provoqué une hausse immédiate des prix, notamment en Europe. Le prix du mégawatt-heure est ainsi passé de 31 à 53 euros en quelques jours. Tandis que les prix européens du GNL ont bondi de 20 %. Dans ce contexte, l’Algérie, qui représente environ 3 % de la production mondiale de GNL, se retrouve en position favorable pour accroître ses parts de marché.

D’autant plus que l’un des principaux atouts du pays réside dans sa proximité géographique avec l’Europe ainsi que dans ses infrastructures d’exportation.

Contrairement au Qatar, qui dépend du transport maritime, l’Algérie dispose de gazoducs reliant directement ses champs gaziers au continent européen, notamment via les pipelines TransMed vers l’Italie et Medgaz vers l’Espagne. Ces infrastructures, en partie sous-marines, présentent un avantage stratégique majeur : elles échappent aux risques sécuritaires qui pèsent sur les routes maritimes du Golfe, notamment les attaques de drones ou de missiles.

Cette sécurité d’approvisionnement renforce l’attractivité du gaz algérien. Et ce, d’autant plus que l’Union européenne cherche activement à diversifier ses sources d’énergie depuis la décision de réduire puis d’interdire progressivement les importations de gaz russe d’ici 2027. Déjà, les importations européennes de gaz algérien ont augmenté de 22 % entre décembre 2025 et janvier 2026, une tendance appelée à se poursuivre.

Toutefois, les gazoducs existants fonctionnent déjà à pleine capacité ou presque, limitant la possibilité d’augmenter rapidement les volumes exportés. Si Medgaz pourrait être légèrement étendu, le TransMed ne dispose pas de marges supplémentaires significatives. Par ailleurs, la production globale de l’Algérie reste inférieure à celle de certains concurrents majeurs, notamment le Qatar, dont la capacité est environ deux fois supérieure.

Et c’est pour pallier à ses insuffisances que l’Algérie a lancé un ambitieux programme d’investissements, estimé entre 50 et 60 milliards de dollars, afin de moderniser ses infrastructures et d’accroître ses capacités de production. L’objectif affiché est de doubler la production de gaz pour atteindre 200 milliards de mètres cubes par an d’ici 2030. Ce plan inclut notamment le développement de nouveaux gisements, y compris de gaz de schiste dans le sud du pays, considéré comme l’un des plus prometteurs au monde.

Dans cette optique, Alger a engagé des discussions avec de grandes compagnies internationales telles que Chevron et ExxonMobil, afin de bénéficier de leur expertise technologique et de leurs capacités d’investissement. Toutefois, ces projets nécessitent du temps, et les premiers résultats ne devraient pas se matérialiser avant plusieurs années.

En conclusion, la guerre au Moyen-Orient agit comme un catalyseur des recompositions énergétiques mondiales, offrant à notre voisin une fenêtre d’opportunité rare pour consolider sa place sur les marchés internationaux.

Cela étant, si l’Algérie bénéficie clairement de la hausse des prix et des perturbations affectant ses concurrents, il lui reste néanmoins à transformer cet avantage conjoncturel en levier durable. Un défi qui passe inévitablement par sa capacité de trouver des solutions adéquates à ses contraintes structurelles, ainsi que la concrétisation de ses ambitieux projets d’investissement.

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À l’ère de l’IA, les compétences décisives ne sont plus celles que l’école valorise  !

L’intelligence artificielle ne menace pas seulement certains métiers : elle commence déjà à fragiliser l’accès même au travail. Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas uniquement une vague de licenciements visibles, mais une transformation plus diffuse et plus profonde : premiers emplois gelés, stages plus rares, profils débutants moins recherchés, tâches d’entrée de gamme absorbées par l’automatisation. Dans ce nouveau paysage, la vraie question n’est plus de savoir quels métiers vont disparaître, mais quelles compétences permettront encore de rester utile, employable et adaptable.

C’est là que beaucoup d’analyses se trompent. L’IA ne supprime pas des professions entières d’un bloc ; elle retire des tâches, parfois une part croissante de la chaîne de valeur, au sein de presque tous les métiers. Un comptable ne disparaît pas du jour au lendemain, pas plus qu’un artisan ou un plombier. En revanche, tout ce qui relève de la saisie, du suivi, du traitement administratif, de la synthèse ou de la gestion standardisée peut être automatisé. Le problème n’est donc pas la disparition soudaine d’un titre de poste, mais la réduction progressive du besoin humain autour de ce poste.

Cette nuance est capitale, car elle invalide un autre réflexe répandu : celui qui consiste à croire que les destructions d’emplois seront naturellement compensées par la création de nouveaux métiers techniques. Oui, l’IA créera des opportunités dans l’ingénierie, l’intégration ou la supervision de systèmes. Mais non, cela ne compensera pas mécaniquement les fonctions rendues moins nécessaires. Une technologie pensée pour démultiplier la productivité ne recrée pas à l’identique tout ce qu’elle remplace. Dire à tous les travailleurs fragilisés qu’ils n’ont qu’à devenir développeurs ou experts IA relève davantage du slogan que d’une stratégie sérieuse.

Le marché du travail est donc en train de déplacer son centre de gravité. Pendant longtemps, l’école puis l’entreprise ont récompensé la maîtrise de savoir-faire stables, la conformité à une méthode et la répétition efficace d’une tâche connue. Or l’IA excelle précisément dans cet univers de l’exécution standardisée. Ce que la machine fait mal, en revanche, c’est tout ce qui suppose discernement, adaptation, jugement et reformulation. En clair, la valeur se déplace de la compétence figée vers la capacité à évoluer.

L’esprit critique devient une compétence décisive. Non pas au sens de contester systématiquement, mais au sens de savoir vérifier, comparer et corriger. Demain, dans beaucoup de métiers, la vraie valeur ne sera pas de produire vite une réponse avec l’IA, mais de repérer quand cette réponse est incomplète, approximative ou hors sujet. Prenons un exemple simple : un commercial demande à une IA de lui préparer une note sur un client potentiel. Le document est propre, bien rédigé, convaincant en apparence. Mais il contient une erreur sur le secteur de l’entreprise, oublie une actualité récente et propose un angle de contact inadapté. Celui qui gardera sa valeur ne sera pas celui qui aura simplement cliqué sur “générer”, mais celui qui saura relire, détecter ce qui cloche et reformuler la demande pour obtenir un résultat juste.

La deuxième est la capacité à apprendre vite, et surtout à apprendre seul. C’est probablement l’une des qualités les moins valorisées par les systèmes scolaires classiques, alors qu’elle devient centrale. Demain, l’employabilité ne reposera plus seulement sur ce que l’on sait déjà faire, mais sur la preuve que l’on peut acquérir vite une compétence nouvelle, changer d’outil, se reconfigurer. Le bon candidat ne sera pas seulement celui qui maîtrise un logiciel ou une procédure, mais celui qui peut démontrer qu’il sait s’approprier un nouveau terrain en peu de temps.

Vient ensuite la collaboration humain-machine. On réduit encore trop souvent ce sujet à l’art du “prompt”, comme s’il suffisait d’aligner quelques formules pour bien utiliser l’IA. C’est beaucoup plus profond. Il s’agit de comprendre ce que fait réellement l’outil, d’en connaître les limites, de structurer une demande, de vérifier une réponse, puis d’intégrer cette réponse dans une décision humaine. Autrement dit : ne pas déléguer son jugement à la machine, mais apprendre à travailler avec elle sans s’effacer devant elle.

Enfin, plus l’automatisation progresse, plus les qualités relationnelles et créatives deviennent stratégiques. L’intelligence émotionnelle, l’écoute, l’empathie, la capacité à sentir ce qui manque dans une réponse ou dans une relation ne sont plus des compétences périphériques. Elles deviennent centrales. Même chose pour la créativité réelle : non pas produire des variations superficielles, mais relier des idées éloignées, formuler une intuition originale, inventer une réponse inattendue. C’est là que l’humain garde un avantage, non parce que la machine serait incapable de tout simuler, mais parce qu’elle n’éprouve ni expérience vécue, ni responsabilité, et encore moins d’intuition propre.

Le plus inquiétant, au fond, est peut-être ailleurs : ni l’école, ni une grande partie de la culture professionnelle ne préparent vraiment à ce basculement. On continue à valoriser la bonne réponse attendue, la conformité, le diplôme, la spécialisation linéaire; alors que l’époque exige mobilité mentale, curiosité et capacité à se réinventer. C’est là que se joue désormais la véritable ligne de partage. À l’ère de l’IA, la compétence la plus rare n’est plus de savoir faire comme avant. C’est de savoir devenir autre chose quand le monde change.

Mehdi Ghazai

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Le dangereux désespoir de Donald Trump

Alors que dimanche 5 avril, les Chrétiens célébraient leur journée la plus sacrée, les fêtes de Pâques, voici comment le président américain a célébré la sienne à travers son Truth social : « Mardi (7 avril), en Iran, ce sera la Journée de la Centrale électrique et la Journée du pont, le tout en un seul jour. Ça va être du jamais vu ! Ouvrez ce putain de détroit, bande de fous bâtards, ou j’ouvrirai sur vous les portes de l’enfer ! Vous verrez ! Louange à Allah » (sic).

Ce n’est pas la première fois que Donald Trump s’expose devant le monde entier comme un président désorienté qui ne peut ni parler décemment, ni penser rationnellement. Cette fois, il a fait non pas un pas de plus, mais un bond dans le sens de l’indécence et de l’irrationalité. Démontrant à son peuple et au monde qu’il n’est pas seulement désorienté, mais désespéré de ne trouver aucune porte de sortie du piège où il se débat frénétiquement depuis six semaines.

Tout d’abord, bombarder les centrales électriques, les ponts ou tout autre infrastructure civile constitue un crime de guerre au sens du droit international et des Conventions de Genève. Mais Trump n’a pas seulement menacé de commettre des crimes de guerres; il a commencé son agression contre l’Iran par un abominable crime de guerre en bombardant sciemment une école : 165 fillettes âgées de 7 à 11 ans et des dizaines d’enseignants et d’enseignantes furent déchiquetés par les missiles Tomahawk américains.

Commentant le désastre de l’école primaire de la ville iranienne de Minab, le professeur John Mearsheimer a déclaré : « Si un jour un tribunal comme celui de Nuremberg devait juger ce crime de guerre, Trump et Netanyahu seraient pendus. »

Le désespoir de Trump se lit quotidiennement dans son incapacité de quitter son monde illusoire et de vivre dans le monde réel, dans ses déclarations contradictoires, dans ses mensonges, dans ses attaques verbales de bas étage contre ses alliés européens, dont la plus méprisable est celle qu’il réserva au président français Emmanuel Macron etc.

Le dimanche 5 avril restera dans l’histoire de cette guerre comme la journée où le désespoir du président américain a atteint des sommets au point qu’il est sorti littéralement de ces gonds. Les mots indécents qu’il a employés dans son énième ultimatum aux Iraniens ont beaucoup plus choqué les citoyens américains que les destinataires.

Depuis les premiers jours de la guerre, Donald Trump n’arrête pas de se vanter que : « Nous avons tué leurs dirigeants, détruit leurs défenses aériennes, leurs missiles, leur programme nucléaire. Nous avons tout détruit, l’Iran n’a plus rien… »

Et puis, dimanche 5 avril, il apprend que dans l’opération de sauvetage du 2ème pilote du F-15 descendu par les défenses antiaériennes iraniennes, l’armée américaine a perdu deux avions C-130 et quatre ou cinq hélicoptères dont les carcasses noircies dans la région d’Isfahan sont montrées en boucle dans les télévisions et les réseaux sociaux du monde.

Pete Hegseth, que l’ambassadeur à la retraite Chas Freeman a baptisé « le secrétaire aux crimes de guerre », ne pouvait cacher un tel désastre à son patron, qui est entré dans un état de désespoir, lui faisant perdre toute maitrise de soi.

Beaucoup de commentateurs américains ne cachent pas leur crainte que si l’Amérique laisse Trump libre dans ses faits et gestes, « son ego blessé, sa personne humiliée et sa démence caractérisée vont le pousser à commettre l’irréparable ».

Cette crainte a été clairement exprimée hier par le colonel à la retraite Daniel Davis dans son podcast ‘’Deep Dive’’ en ces termes : « Trump montre des signes évidents de démence. Si le Congrès et le vice-président ne vont pas invoquer l’article 25 de la Constitution qui s’applique à son cas, il risquera, dans sa folie, de recourir à l’arme nucléaire contre l’Iran. »

Un appel de détresse auquel souscrivent sans doute des millions d’Américains; mais que le Congrès et le vice-président continuent jusqu’à présent d’ignorer.

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Décryptage – La Tunisie face au choc invisible :  le fracas des armes, l’écho des marchés

Il est des guerres dont les explosions ne résonnent pas seulement sur les champs de bataille, mais jusque dans les marchés, les ports, les budgets publics et les foyers les plus modestes. La récente conflagration au Moyen-Orient appartient à cette catégorie rare et redoutable de crises systémiques, où la géopolitique devient instantanément une affaire économique globale. Derrière les affrontements impliquant des puissances régionales et internationales, dont les États-Unis, Israël et l’Iran, se dessine une réalité plus silencieuse mais tout aussi brutale : celle d’un choc énergétique mondial, capable de redessiner les équilibres économiques bien au-delà de la région.

Le détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce pétrolier mondial, devient dans ce contexte un symbole. Sa perturbation, même partielle, agit comme un étranglement progressif de l’économie mondiale. Le pétrole, loin d’être une simple commodité, redevient ce qu’il n’a jamais cessé d’être : un levier stratégique, une variable de puissance, mais aussi un vecteur de vulnérabilité. Dans cet univers incertain, les prix s’envolent, les anticipations se brouillent et les économies les plus fragiles entrent dans une zone de turbulences prolongées.

Le retour du spectre stagflationniste

À mesure que les tensions s’intensifient, un phénomène que l’on croyait relégué aux livres d’histoire refait surface avec une inquiétante actualité : la stagflation. Ce mélange instable d’inflation élevée et de croissance atone s’installe progressivement, comme un poison lent dans les économies contemporaines. La hausse des prix de l’énergie agit comme une onde de choc initiale, qui se propage ensuite à l’ensemble des coûts de production. Les engrais, les transports, les produits alimentaires, tout devient plus cher. Et ce renchérissement général finit par peser lourdement sur la demande.

Dans ce contexte, les analyses inspirées de John Maynard Keynes retrouvent une résonance particulière. L’économiste britannique avait déjà mis en évidence la manière dont les chocs exogènes pouvaient désorganiser les équilibres macroéconomiques, en créant des situations où les mécanismes de marché ne suffisent plus à rétablir l’ordre. À l’inverse, les tenants d’une approche plus libérale, héritiers de Friedrich Hayek, voient dans ces perturbations une occasion de laisser les ajustements naturels opérer, quitte à accepter des phases de contraction douloureuses.

Ce débat, loin d’être théorique, se retrouve aujourd’hui au cœur des politiques économiques. Les banques centrales hésitent, tiraillées entre la nécessité de contenir l’inflation et celle de ne pas étouffer une croissance déjà fragile. Cette hésitation nourrit l’incertitude et l’incertitude, à son tour, freine l’investissement et accentue la volatilité.

Le Maghreb, périphérie exposée d’un centre en crise

Dans cette recomposition brutale de l’économie mondiale, le Maghreb apparaît comme une périphérie particulièrement exposée. Loin des centres de décision, mais profondément intégré aux circuits économiques internationaux, il subit les chocs sans disposer toujours des leviers nécessaires pour les amortir.

La dépendance énergétique constitue ici un facteur déterminant. Les économies maghrébines, largement importatrices de pétrole et de gaz, voient leur facture énergétique s’alourdir mécaniquement. Mais au-delà de cette dimension directe, c’est toute la structure économique qui est affectée. L’inflation importée agit comme un multiplicateur de déséquilibres; tandis que les tensions financières internationales rendent l’accès au crédit plus coûteux et plus incertain.

Dans ce contexte, la guerre agit comme un révélateur. Elle met en lumière la fragilité des modèles de croissance, souvent fondés sur une combinaison de consommation interne, d’importations et de secteurs à faible valeur ajoutée. Elle rappelle, surtout, que la mondialisation, loin d’être un espace neutre, est un système hiérarchisé, où les chocs se diffusent de manière asymétrique.

La Tunisie à l’épreuve du réel

Pour la Tunisie, l’impact de cette crise dépasse largement le cadre conjoncturel. Il s’inscrit dans une trajectoire déjà marquée par des déséquilibres persistants. Le déficit commercial, la dépendance énergétique, l’inflation structurelle et les contraintes budgétaires forment un socle fragile, sur lequel vient se greffer le choc externe.

L’augmentation des prix du pétrole agit comme un catalyseur. Chaque hausse se traduit par une pression accrue sur les finances publiques, notamment à travers le système de subventions. Ce mécanisme, conçu pour protéger le pouvoir d’achat, devient progressivement une source de tension budgétaire. L’État se retrouve alors face à un dilemme insoluble : préserver la stabilité sociale ou contenir l’endettement.

Mais c’est sans doute au niveau des ménages que l’impact est le plus palpable. L’inflation, dans sa forme la plus concrète, se traduit par une érosion du pouvoir d’achat. Le carburant, les produits alimentaires, les services de base deviennent plus coûteux et cette hausse généralisée pèse particulièrement sur les classes moyennes et populaires. L’inflation n’est pas seulement un phénomène économique, elle est aussi une réalité sociale, vécue au quotidien comme une forme de déclassement.

Une économie sous tension permanente

À cette pression interne s’ajoute une détérioration des équilibres extérieurs. La hausse des importations énergétiques creuse le déficit commercial; tandis que la volatilité des marchés financiers exerce une pression sur la monnaie nationale. Le dinar, dans ce contexte, devient un indicateur sensible de la confiance, ou de son absence.

Le secteur touristique, pilier traditionnel de l’économie tunisienne, n’est pas épargné. Dans un environnement régional instable, les flux de visiteurs peuvent se contracter, privant le pays d’une source essentielle de devises. Ce recul, même temporaire, contribue à accentuer les tensions sur la balance des paiements.

Ainsi, la guerre, bien qu’éloignée géographiquement, s’insinue dans tous les interstices de l’économie tunisienne. Elle affecte les prix, les revenus, les investissement et jusqu’aux anticipations des acteurs économiques. Elle transforme l’incertitude en norme et la prudence en réflexe.

La fracture sociale en ligne de mire

Dans un pays où les équilibres sociaux sont déjà fragiles, cette accumulation de pressions économiques fait peser un risque réel de fracture. Le chômage, les inégalités régionales, la précarité des emplois constituent un terreau propice aux tensions. Dans ce contexte, toute hausse significative des prix peut agir comme un déclencheur.

L’histoire économique tunisienne montre que les crises de pouvoir d’achat ne sont jamais neutres. Elles peuvent rapidement se transformer en crises sociales, voire politiques. La hausse du coût de la vie, lorsqu’elle est perçue comme injuste ou incontrôlée, alimente un sentiment de défiance envers les institutions.

Cette dimension sociale est souvent sous-estimée dans les analyses macroéconomiques. Pourtant, elle constitue un élément central de la stabilité économique. Une économie ne peut fonctionner durablement si elle est traversée par des tensions sociales profondes.

Entre urgence et stratégie : le piège des politiques publiques

Face à cette situation, les autorités tunisiennes sont confrontées à une équation particulièrement complexe. La gestion de l’urgence impose des mesures de soutien, mais ces mesures ont un coût. À l’inverse, les politiques d’ajustement, nécessaires à moyen terme, peuvent aggraver les tensions à court terme.

Ce dilemme renvoie à une question plus large : celle du rôle de l’État dans l’économie. Faut-il intervenir massivement pour amortir le choc, au risque de creuser les déficits ? Ou faut-il privilégier l’ajustement, quitte à accepter une contraction de l’activité ?

Dans ce débat, les références à John Maynard Keynes et Friedrich Hayek prennent une dimension presque symbolique. Elles incarnent deux visions du monde, deux manières d’appréhender la crise et ses solutions.

Mais au-delà des choix théoriques, c’est la capacité à articuler court terme et long terme qui sera déterminante. La crise actuelle ne pourra être surmontée sans une réflexion profonde sur le modèle de développement.

Une crise révélatrice, une opportunité incertaine

Car c’est peut-être là le paradoxe de cette guerre : en exposant brutalement les fragilités de l’économie tunisienne, elle ouvre aussi un espace de réflexion. La dépendance énergétique, la faiblesse de la productivité, la structure des échanges extérieurs apparaissent désormais comme des enjeux incontournables.

La transition énergétique, souvent évoquée mais rarement mise en œuvre à grande échelle, pourrait trouver dans cette crise un nouvel élan. De même, la nécessité de diversifier l’économie, de renforcer les secteurs à forte valeur ajoutée, de repenser les politiques publiques devient plus évidente.

Mais cette opportunité reste incertaine. Elle dépendra de la capacité des acteurs économiques et politiques à dépasser la gestion immédiate de la crise pour s’inscrire dans une vision stratégique. Or, dans un contexte d’urgence permanente, cette projection dans le long terme est particulièrement difficile.

In fine, la guerre comme révélateur des choix à venir

La guerre au Moyen-Orient, dans sa dimension économique, agit comme un miroir. Elle reflète les forces et les faiblesses des économies, leur capacité de résilience ou leur vulnérabilité. Pour la Tunisie, ce miroir renvoie une image contrastée, faite de fragilités structurelles mais aussi de potentialités inexploitées.

Dans ce moment critique, les choix qui seront faits auront des conséquences durables. Ils détermineront non seulement la capacité à surmonter la crise actuelle, mais aussi la trajectoire future de l’économie tunisienne.

Car au fond, au-delà des chiffres et des indicateurs, c’est bien une question fondamentale qui se pose : comment transformer un choc subi en levier de transformation ? La réponse à cette question, encore incertaine, dessinera les contours de la Tunisie de demain.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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L’arme nucléaire

La perception de l’Iran comme menace stratégique régionale et internationale est liée à son « programme nucléaire ». Sous couvert d’un programme d’énergie civile, l’Iran est soupçonné de vouloir se doter de l’arme nucléaire. C’est l’une des clefs de l’analyse de la guerre au Moyen-Orient. D’une part, si l’Iran était doté de l’arme nucléaire, cela aurait dissuadé Israël et les Etats-Unis de l’attaquer. D’autre part, si les Occidentaux refusent que l’Iran accède à l’arme nucléaire, c’est aussi parce qu’ils tiennent au monopole d’Israël en la matière, unique puissance nucléaire de la région. L’occasion de mettre en perspective cette question de l’arme nucléaire dans les relations internationales modernes, en sachant que l’irruption de l’arme atomique et de sa capacité dissuasive a introduit une rupture stratégique radicale entre les puissances.

 

L’irruption de l’arme nucléaire dans les relations internationales

L’irruption et la diffusion de l’arme nucléaire sont intimement liées à l’hypothèse d’une Troisième Guerre mondiale. L’ère nucléaire ne fait pas disparaître la guerre, mais son déclenchement devient moins concevable – car plus risqué – contre une puissance qui dispose de l’arme atomique. C’est l’essence même de la dissuasion nucléaire.

Du point de vue de la sécurité d’un Etat, la possession de l’arme nucléaire est un argument décisif dans les rapports avec les autres puissances étatiques. L’arme nucléaire jouit en effet d’un statut particulier, d’exception, lié à sa fonction stratégique de dissuasion. Unique en son genre, la dissuasion nucléaire comme outil de dialogue stratégique entre puissances suppose la combinaison d’une volonté politique et d’une capacité militaire (à savoir l’utilisation de l’arme nucléaire par différents moyens terrestres, maritimes et aériens).

La doctrine défensive de la « dissuasion nucléaire » consiste à prévenir un acte d’agression en signifiant à l’adversaire que les coûts d’une telle décision excéderaient ses bénéfices. Compte tenu du risque de destruction mutuelle, la dissuasion est réciproque en cas de confrontation entre puissances nucléaires : elle procède ici d’une crainte mutuelle des implications de l’emploi en premier de l’arme nucléaire. Le risque de destruction mutuelle vise ainsi à éviter une confrontation nucléaire.

La dissuasion ainsi conçue comme un « équilibre de la terreur » est celle qui a prévalu dans les relations entre l’URSS et les Etats-Unis, pendant la guerre froide.

A l’inverse, dans le cas des guerres en Ukraine et en Iran, quand une puissance nucléaire (la Russie en l’occurrence) menace d’utiliser l’arme nucléaire (même à vocation « tactique ») contre une puissance non dotée, on sort de la dissuasion nucléaire.

Les hypothèses du recours à l’arme nucléaire dépendent de la doctrine de la dissuasion nucléaire définie par chaque puissance concernée, qui peut jouer d’une certaine « ambiguïté stratégique » (au sujet de la ligne rouge ou du seuil au-delà duquel le recours à l’arme nucléaire devient une option). Si celui-ci correspond le plus souvent à l’hypothèse d’une « menace existentielle » assimilable à une atteinte de l’intégrité territoriale, les armes nucléaires « tactiques » ouvrent des possibilités d’usage (sur un terrain d’opération) plus larges.

La dissuasion nucléaire connaît des limites : elle ne protège pas contre les attaques commises par des entités infra-étatiques (cas des attaques terroristes massives qui ont frappé des puissances nucléaires, des Etats-Unis au Pakistan, en passant par la France ou le Royaume-Uni) elle n’empêche pas le déclenchement de conflits armés conventionnels ou infra-étatiques. Elle limite la confrontation directe, frontale, mais accroît le risque de confrontation indirecte.

 

L’arme centrale d’une 3e Guerre mondiale ?

Dès 1945, la peur de l’apocalypse nucléaire et de l’annihilation complète de l’espèce humaine est largement partagée : la Troisième Guerre mondiale est pensée comme la dernière. Cette menace a joué un rôle déterminant dans la reconfiguration de l’ordre international d’après-guerre, notamment dans la formation des blocs américain et soviétique.

L’idée de Troisième Guerre mondiale survit à la guerre froide. Certes, pendant un laps de temps après l’effondrement de l’URSS, certains, comme le politiste américain Francis Fukuyama, imaginent la disparition de toutes les guerres, et donc « la fin de l’histoire ». Mais cette illusion, nourrie par une vision eurocentrée, ne dure pas. Depuis l’attaque de la Russie contre l’Ukraine et l’agression israélo-américaine contre l’Iran, l’ambition de se doter de l’arme nucléaire pour se protéger revient en force en Arabie saoudite, en en Turquie…

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Tunisie | Entrée gratuite aux sites et musées ce 5 avril

L’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle (AMVPPC) vous informe que ce dimanche le 5 Avril 2026, l’accès aux sites, monuments et musées sera gratuit.

Bénéficient de la gratuité d’entrée tous les Tunisiens ainsi que les personnes étrangères résidentes en Tunisie sur présentation de la carte d’identité nationale ou de la carte de séjour durant les jours suivants :

  • Le premier dimanche de chaque mois,
  • Le 18 avril : Journée internationale des sites et monuments,
  • Le 18 mai : Journée internationale des musées
  • Les jours fériés.

L’AMVPPC a également mis à disposition la liste des musées, des sites archéologiques et des monuments historiques ouverts.

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Flambée des tarifs des musées : la Fi2T dénonce une décision “extrêmement préjudiciable”

La Fédération Interprofessionnelle du Tourisme Tunisien (Fi2T) est montée au créneau après la publication, le 31 mars 2026 au Journal Officiel, d’une décision actant la révision des droits d’entrée aux sites culturels relevant de l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle.

C’est une annonce qui a provoqué « stupéfaction » et incompréhension au sein des professionnels du secteur. La hausse brutale des tarifs d’entrée aux musées et sites archéologiques en Tunisie, annoncée le 31 mars pour une application à compter du 1er avril, a provoqué l’ire des agences de voyages spécialisées dans l’organisation des excursions et circuits impliquant des visites culturelles et pour cause.

 À titre d’exemple, le tarif d’accès au Musée national du Bardo a été majoré de 130 % pour les visiteurs étrangers, tandis que d’autres sites ont enregistré des augmentations avoisinant les 70 %.

La méthode pointée du doigt

Dans un communiqué, la Fi2T reconnaît sans détour la légitimité d’une réévaluation tarifaire; elle rappelle indéniablement que « la valorisation de notre patrimoine doit s’accompagner d’une mise à jour des prix ». L’organisation patronale souligne que les tarifs tunisiens restaient, jusqu’ici, « modestes comparés à ceux pratiqués dans d’autres pays ».

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Sur les réseaux sociaux, des photos publiées montrant clairement que la hausse a également pris de court les musées et sites relevant du ministère de la Culture n’ayant même pas eu le temps d’imprimer les nouveaux tarifs.

Mais au-delà du principe, c’est la méthode qui a fait réagir. « Là où le bât blesse, c’est la promptitude de la décision, l’application immédiate, sans préavis ni concertation avec la profession », déplore la Fédération.

Les conséquences pourraient être lourdes pour les agences de voyage spécialisées dans le tourisme réceptif. Car selon la même source, « les effets qui en découlent sont extrêmement préjudiciables » et pourraient engendrer « des pertes estimées à plusieurs milliers de dinars pour l’année en cours » pour certaines structures.

Tarifs déjà négociés

En cause : les engagements contractuels liant les agences tunisiennes à leurs partenaires internationaux. Les forfaits touristiques étant négociés et signés à l’année, toute modification tarifaire en cours d’exercice ne peut être répercutée ni sur les tour-opérateurs étrangers ni sur les clients finaux.

Résultat : « pour l’année 2026, cette augmentation tarifaire ne sera pas prise en charge par le tour-opérateur étranger et encore moins par le client final (…), c’est l’agence de voyage tunisienne qui supportera toute cette charge impromptue », précise encore la Fi2T.

Une situation jugée d’autant plus paradoxale que le tourisme culturel constitue un levier stratégique pour la destination Tunisie. Dans un ton particulièrement ironique, la Fi2T conclut : « Belle manière d’encourager les opérateurs du tourisme culturel !!! Quel gâchis ».

Face à cette décision unilatérale, la profession appelle implicitement à une meilleure concertation entre les pouvoirs publics et les acteurs du secteur, afin d’éviter que des mesures de valorisation du patrimoine ne se traduisent, à court terme, par un affaiblissement de la chaîne touristique.

D.T

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Discours de Trump sur l’état de l’Union : de l’art de dissimuler ce qui dérange

Lors de son discours tant attendu sur l’état de l’Union aux Etats-Unis, Donald Trump a tenu une allocution plate et décousue pour vanter les victoires « rapides, décisives et écrasantes »  de l’armée américaine. Alors que le conflit semble sans issue prévisible.

Et la montagne accoucha d’une souris. Alors que le monde retenait son souffle en attendant le discours du président américain sur l’état de l’Union, Donald Trump s’est présenté d’un air las à son pupitre tard dans la soirée du mercredi 1 avril. Et ce, avant de lire son prompteur pendant vingt minutes sans annoncer quoi que ce soit de neuf. Puis de s’en aller sans prendre de questions.

Pourtant, Donald Trump aura mis un mois avant de s’adresser directement aux Américains pour expliquer la guerre qu’il a lancée en Iran avec Israël. En effet, il s’était contenté le 28 février, le début de l’offensive « Fureur épique », d’une vidéo préenregistrée, diffusée depuis sa résidence privée de Floride, casquette sur la tête et sans cravate.

Cacher ce qui fâche

Lors de son discours, le milliardaire républicain n’a pas parlé de tout ce qui fâche. Pas un mot sur d’éventuelles troupes au sol, une perspective très impopulaire aux Etats-Unis, même au sein du mouvement MAGA. Les derniers sondages démontrent en effet que deux Américains sur trois s’opposent à cette guerre et pensent que le président fait du mauvais boulot à la tête des forces armées du pays.

Pas un mot sur les quelque 1500 civils iraniens qui ont péri depuis le début des frappes israélo-américaines, dont au moins 150 écolières.

Silence total au sujet du million de Libanais, soit le cinquième du pays, qui a été forcé de fuir pour échapper aux attaques israéliennes, ou encore sur la crise humanitaire qui pointe le nez.

Pas un mot non plus sur la question des réserves d’uranium enrichi de l’Iran. Rien sur les objectifs obscurs et changeants de ce conflit armé qui coûte 1 milliard de dollars par jour aux contribuables américains et 300 millions aux citoyens israéliens.

Sur le plan interne, Donald Trump est passé très rapidement sur le sujet qui préoccupe les Américains et qui lui vaut de sombrer dans les sondages depuis un mois : à savoir la flambée du prix de l’essence. Il s’agit d’un phénomène « de court terme » et l’économie américaine n’a « jamais été aussi forte », a-t-il assuré. Tout en soutenant que le pays ne connaissait « aucune inflation ». Du déni total, démenti des réalités par les chiffres qui ne trompent pas.

Flou artistique

Alors, quoi de neuf dans le discours présidentiel ?  La vérité c’est que le locataire de la Maison Blanche cherchait avant tout à vendre l’image du commandant en chef qui maîtrise la situation- alors que tout semble craquer de partout- et à convaincre ses compatriotes que l’intervention américaine en Iran n’est qu’une simple promenade de santé.

La preuve : les forces armées américaines ont, en quatre semaines, « décimé l’Iran économiquement et militairement », oblitéré ses forces navales et aériennes ainsi que son programme nucléaire. Sauf que l’Iran continue de contrôler le goulot d’étranglement qu’est le détroit d’Ormuz, où transite 20 % de la production pétrolière mondiale. Nuance

Et qu’en est-il du calendrier de sortie du conflit ? C’est le flou total car rien n’a été dit de précis sur la suite des opérations : « Au cours des quatre dernières semaines, nos forces armées ont remporté sur le champ de bataille des victoires rapides, décisives et écrasantes » a fanfaronné  le président américain. Tout en assurant qu’après trente-deux jours d’opérations militaires, l’Iran ne constituait « vraiment plus une menace ».

Par conséquent, les États-Unis étaient « en bonne voie » pour atteindre tous leurs objectifs militaires, a-t-il indiqué. Assurant dans le même temps que les États-Unis étaient « proches de remplir » leurs objectifs stratégiques en Iran, notamment en empêchant Téhéran de posséder une arme nucléaire.

Et de marteler sur un ton martial : « Nous allons les frapper extrêmement fort. Au cours des deux à trois prochaines semaines, nous allons les renvoyer à l’âge de pierre d’où ils viennent ».

Terrible méprise du milliardaire républicain. Sait-il que l’ancienne Perse, vieille de 5000 ans d’histoire, forme environ 230 000 à 234 000 ingénieurs par an ? Sait-il encore qu’elle se positionne parmi les leaders mondiaux en nombre de diplômés dans les domaines des sciences, technologie, ingénierie et mathématiques ? Et enfin, a-t-il connaissance qu’une part importante des diplômés en ingénierie en Iran sont des femmes ?

Platitude

Commentaires de la presse internationale sur la teneur du discours présidentiel. « Si l’on copiait-collait ses publications sur Truth Social de ces derniers jours, on n’obtiendrait plus ou moins ce discours à la nation», conclut la BBC. Les journalistes suisses du Temps évoquent tout simplement un « non-événement ». Mais la palme de l’ironie mordante revient au quotidien britannique The Telegraph qui titrait, féroce : «  Fatigué, Donald Trump ne sait plus quoi dire ». Tout est dit.

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ECLAIRAGE – Le retour du baril-roi : chronique d’une dépendance révélée

Il suffit parfois d’une déclaration, d’une inflexion dans le ton d’un dirigeant, pour que les marchés s’embrasent et que les équilibres économiques les plus fragiles vacillent. Lorsque Donald Trump évoque la perspective de frappes prolongées contre l’Iran, ce ne sont pas seulement les lignes de front qui se tendent, mais l’ensemble de l’économie mondiale qui se crispe. Le baril de Brent franchissant à nouveau le seuil symbolique des 105 dollars agit comme un révélateur brutal : celui d’un ordre énergétique encore dominé par la géopolitique, et d’économies périphériques enfermées dans une dépendance structurelle dont elles peinent à s’extraire.

À travers la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, c’est une artère vitale du capitalisme mondial qui se trouve menacée. Et dans cette configuration, l’Afrique, et plus encore le Maghreb, ne sont pas de simples spectateurs, mais des récepteurs passifs d’un choc dont les ondes se propagent avec une intensité redoutable.

 

L’un des paradoxes les plus frappants de la situation actuelle réside dans le décalage entre les discours de souveraineté et la réalité des dépendances. Depuis plusieurs décennies, les pays du Maghreb affichent des ambitions de maîtrise énergétique, investissant dans des stratégies nationales souvent présentées comme des piliers de leur autonomie économique. Pourtant, à la moindre secousse sur les marchés internationaux, cette souveraineté proclamée se dissout dans les faits.

La Tunisie et le Maroc, importateurs nets, subissent de plein fouet la hausse des cours. Même l’Algérie, pourtant exportatrice, n’échappe pas à une forme de vulnérabilité : car si la rente pétrolière s’accroît à court terme, elle renforce en réalité une dépendance à une ressource volatile, consolidant ce que la littérature économique désigne comme la «malédiction des ressources».

Dans ce contexte, la dépendance au pétrole du Golfe agit comme une contrainte externe permanente. Elle enferme les économies dans un schéma de transmission quasi automatique des chocs, où la politique nationale se réduit souvent à un ajustement marginal face à des forces globales.

Le choc inflationniste : une mécanique implacable

La hausse des prix du pétrole ne se contente pas d’affecter les balances commerciales; elle s’infiltre dans l’ensemble du tissu économique. Le carburant étant un intrant transversal, son renchérissement se diffuse à tous les niveaux : transport, production, distribution. Le résultat est une inflation généralisée, dont les effets sont d’autant plus violents qu’ils touchent en priorité les biens essentiels.

Les théories économiques ont depuis longtemps analysé ce type de phénomène. Les modèles inspirés de John Maynard Keynes mettent en évidence l’effet récessif des chocs d’offre (1). Tandis que les approches monétaristes, dans la lignée de Milton Friedman, insistent sur les risques d’emballement inflationniste si les autorités monétaires tentent de compenser ces chocs par une expansion excessive de la liquidité.

Or, dans les économies maghrébines, cette tension théorique se double d’une contrainte pratique : les marges de manœuvre sont limitées. Les banques centrales, déjà confrontées à une inflation persistante, hésitent entre resserrement monétaire et soutien à l’activité. Mais dans un contexte où l’inflation est importée, leur capacité d’action apparaît structurellement réduite.

Subventions : amortisseur social ou bombe budgétaire ?

Face à la montée des prix, les États recourent à un instrument devenu classique : la subvention. En maintenant artificiellement les prix à la pompe, ils cherchent à contenir l’inflation et à préserver la paix sociale. Mais ce choix, en apparence protecteur, dissimule une fragilité profonde.

Les subventions énergétiques, en absorbant une partie du choc, déplacent le problème plutôt qu’elles ne le résolvent. Elles creusent les déficits, alourdissent la dette publique et réduisent la capacité d’investissement de l’État. À moyen terme, elles peuvent même accentuer les inégalités, en bénéficiant davantage aux ménages les plus aisés, plus consommateurs d’énergie.

Les institutions internationales, telles que le Fonds monétaire international (FMI), ne cessent de dénoncer ces mécanismes, appelant à leur remplacement par des dispositifs ciblés. Pourtant, la réalité politique rend ces réformes particulièrement délicates. Dans des sociétés marquées par une défiance croissante envers les institutions, toute hausse des prix peut devenir le catalyseur d’une contestation sociale.

Le Maghreb se trouve ainsi pris dans une contradiction structurelle : maintenir les subventions pour éviter l’explosion sociale, ou les réduire pour préserver l’équilibre budgétaire. Une équation sans solution simple, où chaque choix comporte un coût élevé.

La fragmentation africaine : une réponse désordonnée

À l’échelle du continent africain, la crise actuelle met en évidence une absence de coordination frappante. Chaque pays réagit en fonction de ses contraintes internes, sans véritable stratégie collective. Tandis que certains augmentent les prix, d’autres les gèlent; tandis que certains compensent par des hausses salariales, d’autres laissent les ménages absorber le choc.

Cette fragmentation reflète l’absence d’un marché énergétique intégré. Elle limite la capacité des pays africains à négocier collectivement avec les fournisseurs ou à mutualiser leurs ressources. Dans ce contexte, les initiatives visant à développer des capacités de raffinage locales, comme celles portées au Nigeria, apparaissent comme des tentatives encore isolées de rééquilibrage.

Pour le Maghreb, cette absence d’intégration régionale constitue un handicap majeur. Malgré des complémentarités évidentes, les pays de la région peinent à construire des politiques communes, prisonniers de logiques nationales et de tensions politiques persistantes. 

Inflation et fractures sociales : le risque d’une rupture silencieuse

Au-delà des agrégats macroéconomiques, c’est la société elle-même qui est affectée. La hausse des prix du carburant agit comme un multiplicateur des inégalités. Elle pénalise les ménages modestes, dont le budget est déjà contraint, et réduit leur capacité à absorber les chocs.

Dans les zones urbaines comme rurales, le coût du transport devient un facteur déterminant du niveau de vie. Les produits alimentaires, dépendants des circuits logistiques, voient leurs prix augmenter, accentuant la pression sur le pouvoir d’achat. Ce phénomène nourrit un sentiment d’injustice, d’autant plus fort que les populations perçoivent ces hausses comme exogènes et incontrôlables.

Dans ce contexte, le risque n’est pas seulement économique, mais aussi politique. L’histoire récente de la région montre que les crises de prix peuvent rapidement se transformer en crises sociales. Le choc pétrolier actuel, s’il se prolonge, pourrait ainsi raviver des tensions latentes, mettant à l’épreuve la résilience des États.

Sortir de la dépendance : une nécessité stratégique

La crise actuelle ne fait que renforcer une évidence : la dépendance énergétique constitue un obstacle majeur au développement. Elle expose les économies à des chocs externes récurrents et limite leur capacité à définir des politiques autonomes.

La transition vers les énergies renouvelables apparaît dès lors comme une voie incontournable. Le Maghreb dispose d’un potentiel considérable en matière solaire et éolienne, qui pourrait être mobilisé pour réduire la dépendance aux importations. Mais cette transition ne peut être envisagée comme une simple substitution technologique ; elle implique une transformation profonde des structures économiques.

Elle suppose des investissements massifs, une réforme des cadres réglementaires et une coopération régionale renforcée. Elle nécessite également une vision politique capable de dépasser les logiques de court terme pour inscrire l’action publique dans une perspective stratégique.

Une crise révélatrice d’un modèle à bout de souffle

En définitive, la flambée des prix du pétrole ne constitue pas un simple épisode conjoncturel. Elle agit comme un révélateur des limites d’un modèle de développement fondé sur la dépendance externe, la consommation subventionnée et l’absence de diversification.

Le Maghreb se trouve aujourd’hui à un carrefour. Continuer de gérer les crises au coup par coup, au prix d’un endettement croissant et d’une fragilité accrue, ou engager une transformation structurelle, certes coûteuse et complexe, mais porteuse de résilience.

Dans ce choix se joue bien plus qu’une politique énergétique. C’est la capacité même des États à reprendre le contrôle de leur trajectoire économique qui est en question. Et dans un monde où les chocs se multiplient, cette capacité devient la condition première de la souveraineté.

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(1) : Dans la pensée de John Maynard Keynes, les crises viennent surtout d’un manque de demande.

Mais dans les approches néo-keynésiennes, un choc d’offre (comme la hausse du pétrole) est aussi récessif : il augmente les coûts, réduit le pouvoir d’achat et freine l’activité, tout en générant de l’inflation.

En toute rigueur, car elle touche à un point central du débat macroéconomique.

Chez John Maynard Keynes, l’analyse porte avant tout sur les insuffisances de la demande globale comme source principale des récessions. Dans son cadre théorique initial, les crises économiques sont d’abord liées à une contraction de l’investissement, à des anticipations pessimistes et à une demande effective insuffisante.

Cependant, dans les prolongements contemporains de sa pensée — notamment les modèles néo-keynésiens — les économistes ont intégré explicitement les chocs d’offre, comme une hausse brutale des prix du pétrole. Dans ce cadre élargi, un choc d’offre négatif produit un double effet :

D’une part, il augmente les coûts de production, ce qui réduit l’offre globale et alimente l’inflation.

D’autre part, il comprime le revenu réel des ménages, ce qui freine la consommation et donc la demande.

C’est cette combinaison qui engendre un effet récessif, souvent associé à des situations de stagflation.

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Le David perse contre le Goliath sioniste

Un récit biblique rapporte l’histoire du combat entre David le juif et le Goliath philistin, un géant, qui avait massacré l’armée d’Israël. C’est bien sûr David qui remporta le combat, grâce à un lance-pierre et un caillou qui frappa le géant entre les yeux et qui le tua, permettant à David de le décapiter avec l’épée du mécréant. Les Philistins, selon certaines sources, habitaient Gaza. Mais toute ressemblance avec les Palestiniens n’est qu’un pur hasard. Bien sûr il ne s’agit que d’un mythe, dont le message est clair. La force de la foi est supérieure à toutes les armes aussi sophistiquées soient-t-elles. 

Mais voilà que ce mythe fondateur du sionisme se retourne contre ses créateurs. Après plus d’un mois de bombardements massifs qui dépassent la puissance des bombardements effectués lors de la seconde guerre mondiale, selon un général (à la retraite) français, sur un média pro sioniste, l’Iran, cette ancienne Perse, non seulement continue de résister, mais augmente en puissance ses attaques contre les intérêts américains et sionistes. Et notamment en Israël en provoquant des morts et des dégâts matériels jamais prévus par les agresseurs, selon tous les analystes.

Contrairement à ce que raconte l’histoire, le Goliath n’est ici que la coalition américano-sioniste et le David n’est que l’armée iranienne (ou perse).

Ormuz, quand tu nous tiens…

Quant au caillou, ce n’est pas comme on peut le croire, les missiles supersoniques, quoiqu’ils y soient pour quelque chose dans le cessez-le-feu annoncé par Donald Trump, mais c’est la fermeture aux bateaux ennemis de l’Iran, du détroit d’Ormuz. C’est le caillou qui a été enfoncé dans le front de la coalition américano-sioniste et particulièrement entre les yeux de Donald Trump.

D’ailleurs le mot Ormuz provient du mot persan Hermez, qui n’est que le nom d’un des rois qui avaient régné sur la Perse dans l’Antiquité. En contrôlant totalement le détroit et en empêchant les bateaux considérés comme ennemis d’y passer, l’Iran a non seulement augmenté ses exportations de pétrole essentiellement vers la Chine, mais a du coup étranglé l’économie mondiale, contrôle par les USA. Puisque plus de 90 % du pétrole mondial transite par Ormuz.

Il faut reconnaître que les Iraniens n’ont pas seulement du pétrole, mais aussi des idées ! Tous les stratèges et analystes s’accordent à dire que les conséquences d’un tel acte sont catastrophiques pour les économies occidentales, en général, mais aussi pour l’économie américaine elle-même. Tout se passe comme si le géant américain, en soulevant la pierre iranienne, l’a laissée retomber sur ses pieds. Car comme l’a avoué le Président américain, dans une de ses envolées lyriques, c’est le contrôle du pétrole iranien qui est l’objectif ultime de cette guerre. Et mêmes ceux qui l’ont déclenchée ne lui ont pas fixé des objectifs politiques, buts suprêmes de toute guerre, depuis la naissance de l’humanité.

Avec le contrôle d’Ormuz, l’Iran vient d’utiliser l’arme fatale. Celle qui peut toucher des milliards de citoyens à travers le monde et particulièrement les Etats pétroliers du Moyen-Orient. Celle qui fait aussi le bonheur de la Russie qui voit son pétrole jadis interdit, à cause de sa guerre en Ukraine, inonder les marchés européens et en plus à des prix jamais espérés.

C’est le même Trump qui a annoncé la fin de l’embargo sur le pétrole russe. Que les USA soient le pays qui a les plus grandes réserves d’or noir ne changera rien à la donne. Car les prix des autres matières premières s’envolent aussi et l’inflation bat un record aux USA mêmes. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la promesse d’une Amérique plus riche et plus puissante, faite par Donald Trump lors de sa campagne électorale, vole en éclat. Et ceci, quelle que soit l’issue de cette guerre. La base électorale de Trump chancelle et risque de se retourner contre lui, pas seulement, il est vrai, à cause de la crise énergétique; mais aussi à cause de la question de l’augmentation des droits de douanes qui ont fait grimper tous les produits importés. Or, sans cette base électorale, Trump risque de s’affaiblir gravement et d’une façon irrévocable. Ce qui explique son désarroi et le fait qu’il annonce la chose et son contraire. Tout laisse à penser que cette guerre risque de se retourner contre son déclencheur, la coalition USA-Israël.

La menace d’un débarquement massif des troupes US pour « libérer » le détroit, semble être uniquement faite pour obliger les Iraniens à reculer et à leur faire peur. Cependant, ces derniers ne semblent pas avoir peur, car cette guerre impérialiste a les ressoudés autour du régime actuel, du moins pour le moment. La question démocratique ne peut être que le fruit d’un processus interne et ne peut être imposée à coup de bombes ou de missiles. Surtout provenant de l’ennemi historique et héréditaire des Iraniens en particulier et des musulmans en général. Les assassinats de leurs chefs religieux et militaires ne peuvent que renforcer la popularité des Gardiens de la révolution.

Ainsi, la question nationale, comme pour tous les peuples de la région et du monde arabo-musulman, prime sur la question démocratique. Dans la guerre contre l’Irak de Saddam Hussein qui a duré sept ans, les jeunes pasdarans de l’époque, marchaient sur les mines avec autour du cou les clefs du paradis. Mais l’Iran actuel n’est pas l’Iran de l’époque. Et en cas de débarquement de troupes US ou autres, il faut s’attendre à une résistance armée farouche et puissante; même si le régime tomberait et serait remplacé par un autre inféodé aux USA. L’Iran n’est pas le Venezuela et l’Islam chiite n’est pas le marxisme léninisme des anciens guérilléros latino-américains. Et ce, sans compter les cinq mille ans de civilisation perse.

La fin du mythe de la puissance américaine

Alors que sur le plan économique, la Chine est en cours de devenir la première puissance économique, la suprématie économique des USA tient essentiellement à la puissance du dollar. Une partie des alliés de l’Iran commerce avec l’Empire du milieu en utilisant le yuan. Ce qui constitue une menace sérieuse pour la suprématie économique américaine. Comme le disait un dicton de Mao Tsé Toung : « L’impérialisme américain est un tigre en papier ». On peut le paraphraser en disant que c’est un tigre en dollars.

Certes les USA restent la plus grande puissance militaire, puisqu’ils sont les seconds en termes de bombes nucléaires après la Russie. Mais on ne gagne pas une guerre comme celle contre l’Iran avec le nucléaire. Car, comme le disent les experts, elle est asymétrique, d’un nouveau genre d’asymétrie. C’est aussi une guerre technologique. Et l’Iran semble avoir fait une avancée surprenante dans ce domaine, aidé certes, par la Chine et la Russie, qui ne cherchent qu’à engluer cet ennemi commun dans une guerre de longue haleine pour l’affaiblir considérablement.

Depuis la guerre de Corée, les Américains ont remporté toutes les batailles qu’ils avaient engagées mais ils ont perdu toutes les guerres, la dernière étant celle de l’Afghanistan. Même au cas où ils engagent leurs troupes terrestres, ils ne pourront jamais contrôler ce pays de 100 millions d’habitants et au relief hostile à toute invasion étrangère. La guerre embrasera alors toute la région, où les minorités chiites existent partout dans les pays de la région. C’est le Vietnam, le Laos et le Cambodge réunis. L’on peut alors deviner qui l’emportera à la fin.

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La fuite des cerveaux en Tunisie : un diagnostic connu, des réponses encore incomplètes

Entre pertes économiques, déséquilibres du marché du travail et absence de stratégie de rétention, la fuite des talents constitue un défi central pour l’économie tunisienne.

Alors que la Tunisie continue de former des milliers de diplômés chaque année, une part croissante de ses compétences quitte le pays ou peine à s’y insérer. Ce déséquilibre, loin d’être conjoncturel, révèle les limites d’un modèle économique et social qui n’a pas encore su aligner formation, emploi et attractivité. En l’absence de mécanismes structurés de rétention et de valorisation des talents, la fuite des cerveaux s’impose comme un phénomène durable, aux conséquences économiques et stratégiques majeures.

Imaginez un pays qui finance des années d’études à des ingénieurs, des médecins, des informaticiens… pour les voir s’envoler vers d’autres économies sitôt le diplôme en poche. Ce pays, c’est la Tunisie. Et ce n’est pas une image : c’est une réalité documentée, chiffrée, et pourtant toujours sans réponse politique à la hauteur.

Chaque année, l’État investit des milliards de dinars dans l’enseignement supérieur. Et chaque année, une partie croissante de cette élite prend l’avion. Selon des estimations issues de travaux économiques relayés par des institutions nationales, cette émigration qualifiée représenterait environ 200 millions de dollars par an pour l’économie tunisienne. À cela s’ajoutent près de 150 millions d’euros investis en bourses pour des étudiants qui ne reviennent pas. L’argent public s’évapore, les talents s’exportent et le pays peine à transformer son capital humain en croissance.

Un paradoxe qui dure depuis trop longtemps

La Tunisie figure parmi les pays les plus touchés par la fuite des cerveaux dans son environnement régional. Plus d’un quart des diplômés du supérieur sont au chômage. Parmi les docteurs récemment recensés, une part importante évolue entre précarité, contrats instables et périodes d’inactivité. Dans certaines régions, un jeune sur trois reste durablement exclu du marché du travail.

Le problème n’est pas conjoncturel. Il est structurel. Le secteur public est saturé. Le tissu privé, largement composé de PME à faible intensité technologique, ne génère pas suffisamment d’emplois hautement qualifiés. Résultat : un ingénieur tunisien peut statistiquement rencontrer plus de difficultés d’insertion qu’un travailleur sans diplôme. Une inversion des logiques habituellement observées dans les économies développées.

Trois dynamiques principales alimentent ce phénomène :

  • Le chômage, qui s’impose souvent dès la sortie de l’université comme une première réalité durable.
  • L’écart salarial, où les perspectives à l’étranger restent nettement plus attractives, rendant l’émigration économiquement rationnelle.
  • Le déclassement, avec des diplômés contraints d’occuper des postes éloignés de leurs compétences, générant frustration et perte de sens.

Une lecture prudente des orientations du plan 2026-2030

À ce stade des éléments rendus publics et des orientations débattues, le plan de développement 2026-2030 affiche une ambition de refondation économique et sociale, ainsi qu’une volonté de réduire le chômage des jeunes diplômés. L’intention est réelle.

Cependant, le cadre reste encore partiellement défini. Sur la base des informations actuellement disponibles, il n’apparaît pas de stratégie explicite et structurée visant à retenir les talents, ni de dispositif détaillé pour mobiliser la diaspora, ni d’objectifs chiffrés clairement associés à la réduction de la fuite des cerveaux.

Or, l’absence d’objectifs mesurables revient, dans les faits, à limiter la capacité de pilotage des politiques publiques et à rendre leur évaluation difficile. Sans indicateurs précis, l’ambition risque de rester déclarative. Pourtant, une grande partie des Tunisiens expatriés exprime une volonté de contribuer au développement du pays. Le défi n’est donc pas uniquement humain : il est institutionnel et organisationnel.

Encadré – Ce que font d’autres pays

Ces pays n’ont pas nécessairement plus de moyens que la Tunisie. Ils ont structuré des stratégies cohérentes de valorisation de leurs talents.

  • Maroc : en combinant technopoles et mobilisation de sa diaspora, il a renforcé l’intégration des profils qualifiés dans des secteurs ciblés.
  • Rwanda : via des mécanismes public-privé et des dispositifs d’accompagnement à l’emploi, il a amélioré l’insertion des diplômés en quelques années.
  • Inde : en attirant des centres de services internationaux, elle a créé massivement des emplois qualifiés sur son propre territoire.

 

Le point commun n’est pas le niveau de richesse initial, mais la capacité à relier formation, emploi et stratégie économique.

Quatre leviers pour changer de cap

Pour éviter que la situation actuelle ne perdure, plusieurs axes d’action peuvent être envisagés avec des mécanismes concrets :

  1. Sectoriser l’effort
    Concentrer les politiques publiques sur quelques secteurs prioritaires (numérique, santé, technologies vertes, logistique, services à forte valeur ajoutée), avec des incitations fiscales conditionnées à l’embauche effective de profils qualifiés sur une durée minimale (2 à 3 ans).
  2. Réduire la fracture salariale
    Mettre en place des mesures combinées :
  • revalorisation ciblée des métiers stratégiques dans la fonction publique;
  • crédit d’impôt temporaire pour les entreprises recrutant des primo-emplois qualifiés.
    Objectif : améliorer l’attractivité du marché local pour les jeunes diplômés.
  1. Renforcer l’adéquation formation-emploi
    Encourager la transparence des entreprises de taille significative sur leurs politiques de recrutement et d’intégration, et promouvoir des mécanismes de cofinancement des premiers emplois qualifiés afin de faciliter l’insertion professionnelle.
  2. Activer la diaspora
    Structurer un dispositif dédié permettant :
  • des collaborations à distance;
  • des missions temporaires;
  • la participation à des projets économiques ou d’investissement:
    sans exiger un retour définitif, mais en créant des passerelles concrètes et opérationnelles.

Une génération en attente

Yassine a 27 ans, un master en économie, et livre des pizzas à Sfax. Amira, ingénieure, enchaîne les candidatures depuis deux ans sans perspective stable. Ce ne sont pas des cas isolés. Ce sont les symptômes visibles d’un déséquilibre profond entre formation et opportunités.

Refonder l’économie sans traiter cette question, c’est construire sans fondations solides. À ce stade, le plan 2026-2030 représente une opportunité importante : celle de transformer un constat partagé en politiques publiques concrètes, mesurables et suivies dans le temps.

La Tunisie ne peut plus se permettre de rester un espace de formation largement au service d’économies tierces.

Former sans retenir, c’est investir pour les autres. Et s’appauvrir soi-même.

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