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FTDES | Pétition citoyenne contre le racisme en Tunisie

Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) appelle à une large et forte participation au mouvement civique antiraciste le samedi 11 avril 2026 à 16h00, au départ du siège du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).

Le FTDES réaffirme son engagement indéfectible dans la lutte contre le racisme sous toutes ses formes. Depuis sa création, il s’est activement impliqué dans les campagnes contre le racisme visant les migrants tunisiens en Italie en 2011, travaillant aux côtés de ses partenaires pour défendre leurs droits et préserver leur dignité.

Il a également contribué au soutien d’initiatives de solidarité avec les migrants, notamment dans le camp de Choucha, guidé par sa foi dans les valeurs de justice et d’humanité.

Au fil des ans, le Forum a poursuivi son combat pour défendre les droits des migrants tunisiens au sein de l’espace Schengen, rejetant toutes les formes de racisme et de discours de haine à leur encontre et soulignant la nécessité d’empêcher la répétition de telles pratiques en Tunisie.

Le Forum salue également les luttes menées par les Tunisiens et Tunisiennes noires, qui ont abouti à la promulgation de la loi n° 50 de 2018, une avancée majeure dans la criminalisation de la discrimination raciale. Le Forum a joué un rôle actif dans l’avancement de cette avancée législative depuis le lancement de l’initiative en mars 2016.

Le discours de février 2023 a eu un impact considérable sur la montée des discours racistes et leur banalisation, notamment suite à l’implication massive des autorités tunisiennes dans des politiques d’exportation des frontières européennes et de réorientation du débat public vers la sécurisation des migrations.

Tout cela constitue un déni de l’histoire commune de la lutte des forces sociales, civiles, syndicales et politiques, et un recul par rapport aux valeurs de solidarité et d’opposition à toutes les formes de discrimination et d’asservissement.

Le verdict choquant rendu le 21 avril 2026 contre la militante Saadia Mosbah et les militants de l’association Mnemty a une fois de plus démontré l’ampleur du racisme institutionnel, qui menace également le militant Abdallah Said, président de l’association Enfants de la Lune et figure emblématique de l’action humanitaire et solidaire.

Notre participation [lors de la mobilisation] du 11 avril, aux côtés de nos concitoyens, réaffirme le rejet catégorique par la société tunisienne du racisme envers les Tunisiens noirs, les migrants tunisiens et les migrants en Tunisie.

Elle se tient aux côtés des valeurs d’égalité et de dignité humaine et renouvelle sa solidarité avec les Tunisiens noirs et toutes les victimes du racisme et de la haine.

La dignité et la liberté sont nos droits communs.

Signer la pétition.

Traduit de l’arabe.

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L’Iran a tenu | La fin de l’ère américaine

Il est des guerres qui rasent des villes. Et il en est d’autres – comme celle que les Etats-Unis et Israël viennent de livrer à l’Iran – qui rasent des hiérarchies. En quelques semaines, cette guerre a pulvérisé l’illusion la plus tenace du XXIe siècle, celle d’une Amérique encore capable de dicter seule ce qui est permis, puni ou toléré. Ce qui s’est joué n’est pas une simple bataille de plus au Moyen-Orient. C’est la fin d’une ère.

Yahya Ould Amar *

Cette guerre a certes ravagé des infrastructures, bouleversé les flux énergétiques et mis en tension tout le Moyen-Orient et l’économie à l’échelle du globe, mais elle a révélé la distribution réelle de la puissance dans cette partie du monde.

Les gagnants ne sont pas ceux que l’on désigne spontanément. Les perdants non plus. Car, dans les guerres modernes, le vainqueur n’est pas celui qui frappe le plus fort, mais celui qui modifie à son avantage la perception du possible, du durable et du coûteux. La victoire n’y est pas seulement militaire. Elle est politique, psychologique et civilisationnelle.

Le premier gagnant

Le premier gagnant est l’Iran – même s’il a payé un prix élevé. Une puissance ne se juge pas seulement à l’étendue des destructions subies, mais à sa capacité à empêcher l’adversaire d’atteindre ses objectifs. Or les objectifs américains n’étaient pas seulement de punir l’Iran. Ils étaient principalement de le faire plier au dictat des Etats-Unis, de reprendre la maîtrise du détroit d’Ormuz, de protéger sans faille ses alliés, d’imposer à Téhéran une capitulation stratégique.

Rien de cela n’a été obtenu. Le cessez-le-feu lui-même a été suspendu à la réouverture du détroit par l’Iran – il avait toujours été ouvert gratuitement à la navigation avant les hostilités – et les discussions ont fait émerger jusqu’à l’acceptation de la question de compensations et de frais de passage pour les réparations des préjudices subis par l’Iran, signe qu’Ormuz n’est pas redevenu un espace organisé par Washington, mais un levier dont Téhéran demeure le seul vrai arbitre.

C’est là le fait majeur. L’Iran confirme qu’une puissance sous sanctions, isolée, visée depuis près d’un demi-siècle par une pression militaire, financière et diplomatique continue, peut encore faire échec à l’entreprise américaine de domination régionale. Il démontre qu’à l’âge des missiles, des drones, des capacités de déni d’accès et de la vulnérabilité des routes énergétiques, la supériorité technologique ne suffit plus à produire la soumission politique. Il suffit de tenir, de durer, d’absorber le choc et de rendre le coût de la victoire adverse supérieur à ses bénéfices. C’est une nouvelle dissuasion qui n’est pas celle des puissants. C’est celle du faible qui a compris que, à l’âge des drones et des missiles hypersoniques, tenir suffit parfois à vaincre.

Sun Tzu l’avait déjà murmuré il y a vingt-cinq siècles : «La victoire suprême est de briser la volonté de l’ennemi sans combattre». L’Iran n’a pas brisé l’Amérique, il a simplement montré qu’elle pouvait être contrainte. Et cela change tout.

La leçon dépasse l’Iran. Elle concerne tous les États qui observent le système international se transformer. La force n’y disparaît pas, elle change de rendement. Elle détruit encore, mais elle convainc moins, elle ouvre des fronts qu’elle ne referme pas.

Le second gagnant

Le second gagnant est Israël, l’initiateur de cette guerre. Vu de Jérusalem, le résultat stratégique de celle-ci est limpide. Israël n’a jamais recherché seulement des trêves. Il a recherché une architecture régionale dans laquelle son utilité sécuritaire deviendrait indispensable aux monarchies arabes et, pourquoi pas au-delà, à une partie du monde sunnite. Or les frappes iraniennes contre des sites du Golfe et l’incapacité du parapluie américain à garantir une invulnérabilité réelle produisent exactement cet effet.

Cette dynamique ne relève pas uniquement du calcul stratégique. Elle s’inscrit aussi dans une vision du monde où la menace iranienne est érigée en péril existentiel. Depuis des décennies, Benjamin Netanyahu porte cette lecture et n’a cessé d’en convaincre Washington, jusqu’à peser décisivement dans l’engagement américain. Cette vision trouve un écho puissant aux États-Unis auprès des milieux évangélistes, pour lesquels le destin d’Israël s’inscrit dans une lecture quasi prophétique de l’histoire.

Entre stratégie, croyance et projection, la guerre s’est aussi jouée dans cet espace où l’irrationalité se mêle à la conviction.

La nouveauté n’est donc pas seulement militaire, elle est psychologique. Pendant des années, les monarchies ont cru acheter la sécurité en important des armes, en finançant des partenariats occidentaux et en s’abritant sous la bannière américaine. Cette guerre leur révèle qu’on peut acheter des systèmes d’armement sophistiqués, mais on n’achète ni la décision politique de se battre jusqu’au bout pour vous, ni la certitude d’un ciel hermétique.

Entre la richesse et la sécurité, il y a un vide que les gros contrats d’armements et les investissements des recettes pétrolières des monarchies dans l’économie américaine ne comblent pas.

Israël, lui, vend moins une promesse qu’une compétence sur la défense antimissile, le renseignement, la guerre électronique, les frappes préventives, la profondeur stratégique partagée avec les monarchies. Dans le nouvel imaginaire sécuritaire de celles-ci, cela compte davantage que les déclarations solennelles de Washington.

Cette angoisse sécuritaire rencontre un vieux soubassement historique. Dans l’imaginaire politique du Golfe, la rivalité avec la puissance perse n’est jamais tout à fait dissociable de la vieille fracture entre univers chiite et monde sunnite – la guerre Iran/Irak en est un exemple.

Le premier perdant

Les États-Unis, eux, sortent de cette séquence comme le premier grand perdant. Ils ont perdu sur le terrain de la dissuasion. Une puissance dissuade lorsqu’elle persuade l’adversaire que résister est inutile. Or l’Iran a résisté. Il a encaissé, répliqué, tenu le verrou d’Ormuz et imposé la perspective d’une guerre longue, coûteuse, politiquement corrosive.

À partir de là, l’Amérique a cessé d’être une puissance qui impose pour redevenir une puissance qui menace puis négocie.

Le recours à une médiation extérieure, en l’occurrence pakistanaise, dit beaucoup. On n’est plus dans l’âge du commandement, on entre dans celui des transactions sous contrainte.

Les États-Unis ont perdu aussi sur le terrain du leadership. Cette guerre le montre avec force en rappelant la dévaluation ancienne de la parole américaine, de la rupture de tous les traités avec les nations amérindiennes aux retraits contemporains d’accords majeurs, qu’il s’agisse du traité sur les missiles antibalistiques, de l’accord nucléaire iranien, du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, de l’accord de Paris ou d’autres encore.

Une puissance qui fait de l’engagement une option finit par transformer sa propre signature en instrument provisoire. Or une signature provisoire ne fonde aucun ordre international. Elle produit de la méfiance, puis de la distance, puis des stratégies de contournement. C’est ainsi que les empires cessent d’être des centres de gravité pour devenir des facteurs d’incertitude.

Aujourd’hui, l’Amérique populiste a accentué dans l’arrogance ce constat, elle ne structure plus l’ordre international, elle l’expose à l’aléa – devenant ainsi une puissance du désordre. Le leadership appartient à celui qui rétablit l’ordre et non le contraire.

Washington n’a pas seulement été incapable de rétablir à lui seul la liberté de navigation, demandant sans succès une aide des puissances alliées – on se rappelle des insultes proférées contre Macron après son refus d’envoyer la marine française dans le détroit d’Ormuz pour ne pas cautionner une guerre illégale.

Washington a dû également constater qu’au Conseil de sécurité, la volonté américaine ne suffisait plus, puisque la Russie et la Chine ont bloqué une résolution, tandis que d’autres acteurs se sont installés dans la médiation et la gestion de crise.

L’ordre international ne répond plus à une seule capitale. Il se fragmente autour de centres de décision concurrents.

À cela s’ajoute une défaite morale. Lorsqu’une grande puissance en vient à menacer l’anéantissement d’une civilisation, à banaliser l’idée de frapper des infrastructures civiles et à laisser prospérer une rhétorique d’éradication, elle détruit le socle de légitimité dont elle avait besoin pour se présenter comme gardienne d’un ordre mondial. La condamnation de ces menaces par des voix internationales de premier plan (à commencer par le Pape) a montré qu’une ligne rouge avait été franchie.

Une puissance qui prétend défendre le droit tout en parlant le langage de l’anéantissement ne fait plus peur seulement à ses ennemis. Elle inquiète le monde entier. Et ce que le monde a entendu du Président Trump, c’est la fin de l’Amérique comme référence éthique. Il ne reste plus qu’une superpuissance… imprévisible, et désormais dangereuse pour tous, y compris pour ses propres alliés.

Le second perdant

Les monarchies du Golfe, elles aussi, comptent parmi les perdants. Leur faiblesse n’est pas seulement militaire. Elle est structurelle. Elles ont découvert que des économies prospères, des infrastructures ultramodernes et des budgets de défense massifs ne suffisent pas à fabriquer une autonomie stratégique. Leurs ports, leurs installations énergétiques, leurs réseaux vitaux et jusqu’à leurs horizons urbains dépendent d’un environnement régional qu’elles ne contrôlent pas. Leur vulnérabilité n’est pas un accident de parcours. Elle tient à leur position même dans le système régional. Elles sont riches, mais exposées. Centrales pour les marchés, mais périphériques dans la décision stratégique. Redoutées pour leur influence financière, mais incapables d’imposer seules une dissuasion crédible à leurs frontières.

Les frappes ayant visé des infrastructures du Golfe (pétrolières, de dessalement d’eau de mer…)  l’ont rendu visible au grand jour. Sachant que le bombardement des installations nucléaires iraniennes par les Etats-Unis et Israël, pourra empoisonner tout le Golfe Persique avec des matériaux radioactifs. Cela mettrait instantanément hors service les usines de dessalement dans les monarchies qui fournissent 100 % de l’eau potable, même si ces usines peuvent éliminer les éléments radioactifs avec une efficacité de 90 %, mais les risques à long terme pour l’approvisionnement alimentaire (poissons) et les sédiments resteront radioactifs pendant au moins un siècle voire plus.

Les monarchies ne peuvent ni rompre avec Washington sans risque, ni continuer à s’en remettre exclusivement à lui sans naïveté. Elles ne peuvent pas davantage ignorer Israël, dès lors que la protection américaine a montré ses limites et que l’Iran s’est affirmé comme menace concrète pour leurs équilibres internes et leurs intérêts vitaux.

Ce que cette guerre installe, c’est moins une alliance sentimentale qu’une convergence de nécessité. Les monarchies du Golfe se rapprochent inexorablement d’Israël non parce qu’elles l’auraient soudainement souhaité, mais parce qu’elles ne peuvent plus penser leur sécurité comme avant.

La marge pour les monarchies est réduite, se soumettre à Israël ou à l’Iran qui était – pour sa survie – obligé de les bombarder.

Cette guerre leur a rappelé la loi implacable de l’histoire que la richesse sans puissance est une invitation au chantage. Et le chantage, Israël et l’Iran le maîtrisent à la perfection.

La fin du pouvoir d’organiser le monde

C’est pourquoi cette guerre marque un basculement. Le passage vers un ordre multipolaire est la traduction politique d’un ensemble de bouleversements déjà à l’œuvre comme la diffusion irréversible des capacités militaires de précision, la montée des puissances intermédiaires, l’érosion du leadership américain, le retour de la géographie contre les empires de projection, l’affaiblissement du monopole occidental sur les normes, la contestation croissante de la centralité du dollar, la fragmentation des chaînes logistiques.

La multipolarité ne signifie pas l’avènement d’un nouvel ordre stable. Elle signifie d’abord qu’aucune puissance ne peut plus convertir seule sa supériorité militaire en obéissance régionale durable. Elle signifie aussi que les médiations se diversifient, que les dépendances monétaires se relativisent, que les routes commerciales deviennent des instruments de négociation, et que la géographie reprend ses droits contre les empires de projection.

Aucune puissance, désormais, n’est assez forte pour organiser seule le monde. Plusieurs le sont assez pour empêcher les autres de l’organiser.

L’équilibre iranien-israélien au Moyen-Orient

Dans cette nouvelle configuration, un équilibre régional se dessine. D’un côté, l’Iran s’impose comme la puissance qui a opposé à l’hégémonie américaine une résistance suffisamment efficace pour imposer le respect de ses lignes rouges et porter à la table des discussions des exigences de non-agression, de compensation et de contrôle politique accru sur Ormuz. De l’autre, Israël consolide sa place comme pivot sécuritaire pour les monarchies du Golfe et, par extension, pour une partie du système sunnite.

Ce face-à-face n’est pas la paix. Mais c’est un équilibre. Or, dans l’histoire du Moyen-Orient, les équilibres comptent souvent davantage que les proclamations, parce que la stabilité n’y naît pas des discours, mais de l’acceptation contrainte, parfois tacite, d’un rapport de forces que nul ne peut abolir sans risquer l’embrasement général.

Paradoxalement, cet équilibre peut rouvrir l’espace d’un règlement de la question palestinienne. Non par générosité soudaine, mais par logique stratégique.

Les monarchies qui se rapprocheront davantage d’Israël auront besoin de présenter à leurs opinions publiques et au monde arabe un dividende politique, et aucun dividende n’est plus structurant que la perspective d’un règlement négocié de la question palestinienne. Car aucune architecture régionale ne sera durable si elle prétend intégrer Israël dans la sécurité du monde arabe tout en laissant en suspens la question qui structure depuis des décennies la conscience politique de la région.

Israël, de son côté, découvrira qu’une intégration régionale durable ne peut reposer sur la seule force militaire, surtout dans un environnement où la profondeur des menaces s’est élargie.

Quant à l’Iran, s’il veut convertir sa résilience en rang durable, il lui faudra montrer qu’il peut être autre chose qu’une puissance de perturbation, et que sa capacité d’empêchement peut aussi servir une stabilisation négociée.

Lorsque les rapports de force se clarifient, les guerres par procuration perdent une partie de leur utilité. Elles ne disparaissent pas par enchantement. Mais elles deviennent plus coûteuses politiquement pour des acteurs désormais contraints de composer dans un espace moins unipolaire, plus interdépendant, plus surveillé par les marchés, les opinions et les puissances rivales.

La vraie lecture de cette guerre est là. Elle ne consacre pas la toute-puissance d’un camp. Elle enterre une illusion. Celle d’une Amérique capable de punir sans limite, de protéger sans faille, de dicter les termes de l’ordre et de rester, malgré tout, le centre moral du système international. Cette illusion s’est brisée sur l’Iran. Et, dans le même mouvement, elle a rapproché Israël du cœur de la sécurité arabe.

Au terme de cette séquence, le bilan est net. L’Iran a gagné en statut et en respect. Israël a gagné en centralité stratégique. Les États-Unis ont perdu en dissuasion, en crédibilité et en autorité morale. Les monarchies du Golfe ont perdu leur dernière illusion d’invulnérabilité.

C’est ainsi que s’achèvent les cycles impériaux. Ils ne se ferment pas dans l’effacement de la puissance, mais dans son incapacité à produire de l’ordre. Les armes peuvent continuer de frapper, elles ne suffisent plus à convaincre, ni à soumettre, ni à stabiliser.

L’Amérique ne disparaît pas ; elle change de nature et glisse d’un centre organisateur vers une force de désordre qui dérègle ce qu’elle prétendait structurer. Car une puissance cesse de dominer lorsque se fissurent les garanties qui fondaient sa légitimité : la sécurité des routes maritimes, le respect du droit, la solidité de la parole donnée, la protection effective des alliés. À cet instant, elle ne façonne plus l’histoire ; elle y prend place, comme l’une de ces puissances qui ont perdu la capacité de l’organiser.

* Economiste, banquier et financier.

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Iran – Etats-Unis | L’improbable pari de la paix en 14 jours

L’offre iranienne des «10 points» comme socle d’une nouvelle architecture de paix, assortie d’un moratoire de deux semaines, ne constitue pas une simple trêve technique, mais une invitation à sortir de la répétition tragique pour entrer dans une grammaire du réel. Mais la négociation d’une paix acceptable par les deux parties risque d’être longue, ardue et improbable, avec des reprises des agressions mutuelles, dont nous avons déjà eu un avant-goût hier, mercredi 8 avril 2026, avec des raids américains contre l’Iran, iraniens contre les pays du Golfe et israéliens contre le Liban.

Mahjoub Lotfi Belhedi *

Ces quatorze jours ne sont pas un délai de grâce, mais un laboratoire de la confiance, autrement dit, c’est le passage du temps destructeur (Chronos) au temps de l’opportunité saisie (Kairos) où l’Iran propose de suspendre le fracas pour laisser place au silence, un silence qui oblige les USA à écouter l’écho de leur propre politique étrangère, surtout que la guerre qu’ils ont déclenchée contre l’Iran est loin de faire l’unanimité à l’extérieur comme à l’intérieur, y compris dans le camp du président Donald Trump. 

Nous sommes donc en présence d’un test de volonté : qui, de Washington ou de Téhéran, est capable de supporter le poids de la paix qui aurait, pour l’un comme pour l’autre, un goût de défaite acceptée ou d’une victoire couteuse au goût amer ?

Un décalogue de souveraineté

Les dix points présentés par l’Iran se veulent comme les piliers d’un temple dont le toit serait la stabilité régionale. Ils ne sont pas négociables, en tout cas de son point de vue, puisqu’ils touchent à l’ontologie même de l’État iranien et du peuple perse :

– la reconnaissance mutuelle : passer du statut de «menace» à celui d’«interlocuteur légitime» ;

– le désenclavement économique : la levée des sanctions n’est plus vue comme une faveur, mais comme la réparation d’un droit naturel au commerce ;

– la sécurité globale : l’offre suggère que la sécurité de l’un ne peut plus se construire sur l’insécurité de l’autre, donc, en d’autres termes, la reconnaissance par les Etats-Unis du droit de l’Iran de disposer des outils nécessaires à sa défense.

En posant ces jalons, l’Iran place les États-Unis face à leur propre paradoxe. Si Washington refuse, il valide l’image de l’hégémon belliqueux, et s’il accepte, il admet l’échec de la guerre qu’il a menée contre l’Iran et la fin de l’unilatéralisme, un second échec s’il en est, puisque cela annoncera le début de la fin de l’Empire américain né au lendemain de la seconde guerre mondiale.

La réponse de l’Empire

La profondeur de cette offre réside dans sa capacité à transformer le rapport de force en un rapport de responsabilité où Téhéran ne demande pas la reddition, mais la cohabitation des puissances, en s’imposant lui-même comme un interlocuteur incontournable.

Cette proposition est la fondation d’un édifice où chaque pierre est un engagement vérifiable marquant la fin de la diplomatie des coulisses pour celle de la clarté solaire.

En 10 points, l’Iran cherche à dessiner une nouvelle carte où les frontières ne sont plus des lignes de front, mais des zones de contact.

In fine, lire l’offre iranienne, c’est comprendre que la paix est un acte de courage supérieur à la guerre. Ces deux semaines sont le seuil d’un monde post-sanction, post-confrontation, un appel à passer de l’ère du soupçon à celle des compromis – ou des deals, un mot cher à Donald Trump, et que le cessez-le-feu n’est pas la fin du conflit, mais plutôt le début de la vérité.

On peut toujours rêver… Mais sans se des illusions sur les intentions des uns et des autres, qui continueront de se regarder comme deux chiens de faïence, en attendant la prochaine confrontation.

* Ceo d’un cabinet spécialisé en transformation IA.

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Donald Trump envoie les migrants en Afrique !

Une migrante expulsée des États-Unis s’est retrouvée au Cameroun détenue dans un centre de rétention dans ce pays avec lequel elle n’a aucun lien ! Voilà un exemple vivant de ce qu’endurent des milliers de migrants expulsés par l’Amérique de Donald Trump. Après l’Amérique latine, c’est désormais vers l’Afrique que l’administration Trump dirige ses expulsions de masse dans des conditions où la dignité humaine est complètement bafouée. (Photo : Une prison du Salvador où de nombreux Vénézuéliens ont été envoyés après avoir été expulsés des États-Unis.)

Imed Bahri

Alors que le président Trump est à la recherche partout dans le monde de pays disposés à accueillir des milliers de migrants expulsés des États-Unis, il se trouve que certains des dirigeants les plus réceptifs à cette politique sont ceux qui sont à la tête de régimes autoritaires et qui sont connus pour être des auteurs de violations des droits humains. C’est ce qu’indique une enquête du New York Times menée par Eileen Sullivan, Hamed Aleaziz, Megha Rajagopalan et Pranav Baskar.  

Des documents révèlent que les diplomates américains subissent d’intenses pressions de la Maison-Blanche pour conclure des accords, au point qu’ils envisagent pratiquement toutes les options. Les États-Unis pourraient financer des forces de sécurité de ces pays, assouplir les restrictions de visas ou les droits de douane, financer des services de santé publique ou même revoir le classement d’un pays sur les listes de surveillance américaines.

Dans un télégramme datant de février et consulté par le NYT, le bureau du secrétaire d’État Marco Rubio a donné des instructions aux diplomates sur la manière d’obtenir des offres initiales.

«Si vous êtes prêts à accueillir davantage de personnes, nous pouvons vous apporter un soutien accru», stipulait le télégramme. Une autre formule suggérée était : «Sans prendre d’engagements, que pouvez-vous proposer?»

Une liste de «pays préoccupants»

Le télégramme n’imposait aucune restriction quant aux pays avec lesquels les États-Unis pouvaient négocier. Concernant une liste non précisée de «pays préoccupants», les diplomates américains ont été informés que l’accueil de migrants «pourrait contribuer à améliorer les relations de ces pays avec les États-Unis»

Ces négociations illustrent comment Trump a transformé les expulsions massives, l’une de ses initiatives phares en matière de politique intérieure, en un pilier central de la politique étrangère américaine.

L’administration Trump a expulsé des milliers de personnes vers une douzaine de pays, souvent vers des lieux avec lesquels elles n’ont aucun lien. Face à la complexité politique croissante de la question de la détention massive aux États-Unis, l’administration cherche à conclure davantage d’accords d’expulsion.

Ces arrangements sont particulièrement visibles en Afrique, où Trump a lancé une nouvelle approche diplomatique privilégiant la conclusion d’accords au détriment du respect des droits humains et de la promotion de la démocratie, sous le slogan «America First en Afrique».

Des documents montrent que l’administration est en pourparlers pour renvoyer des migrants en République centrafricaine et en République démocratique du Congo, deux pays dont les systèmes judiciaires sont dysfonctionnels et où les forces gouvernementales sont impliquées dans des actes de torture et des disparitions forcées.

Les États-Unis ont déjà conclu des accords avec des dirigeants autoritaires au Cameroun et au Rwanda. Des migrants sont détenus en vertu d’un accord avec la Guinée équatoriale, un État autoritaire où la torture est systématique. D’autres sont détenus en Eswatini, un royaume marqué par un passé de violations des droits humains et au Soudan du Sud qui est au bord de la guerre civile.

Mot d’ordre : plus de migrants expulsés

Nombre de ces migrants vivaient aux États-Unis sous protection légale, ce qui empêchait leur retour dans leur pays d’origine en raison du risque de persécution politique, religieuse ou ethnique.

Le Département d’État a refusé de commenter ses échanges avec d’autres pays. Le NYT a basé son enquête sur des câbles diplomatiques, des documents relatifs au financement, de la correspondance gouvernementale et d’autres documents, ainsi que sur des entretiens avec des responsables américains et des migrants. Certains responsables ont témoigné sous couvert d’anonymat.

Le programme est encore en cours de finalisation mais le Département d’État est sous pression pour accélérer sa mise en œuvre.

Alors que l’administration réduit les expulsions civiles et militaires dans les grandes villes américaines, le chef de cabinet adjoint de la Maison Blanche Stephen Miller a fait part de sa frustration face à la lenteur des accords conclus avec les pays tiers lors de ses échanges avec le Département d’État, selon des sources proches du dossier.

Le message de la Maison Blanche est clair : plus d’accords, plus vite, et plus de migrants expulsés.

Qui est concerné par les expulsions dans le cadre de ce programme ?

Les États-Unis sont confrontés depuis longtemps à un dilemme migratoire : que faire des étrangers sans droit de séjour mais qui ne peuvent être renvoyés dans leur pays d’origine par crainte de persécution ou de mort ?

Au cours de la dernière décennie, marquée par la plus importante vague d’immigration de l’histoire américaine, des milliers de migrants ont affirmé appartenir à cette catégorie. Faute de solution claire, les autorités les ont autorisés à rester sans statut légal.

L’année dernière, l’administration Trump a trouvé une nouvelle option : confier la gestion de ces expulsions à un autre pays. Elle n’a pas divulgué le nombre de personnes renvoyées vers des pays tiers mais le groupe le plus important –environ 14 000– a été envoyé en Amérique latine et dans les Caraïbes, selon Human Rights First.

Les autorités affirment se concentrer sur l’expulsion des personnes ayant un casier judiciaire. «Nous travaillons avec d’autres pays pour leur dire: nous voulons vous envoyer certains des pires criminels, êtes-vous prêts à le faire?», a déclaré Rubio l’année dernière.

Si certaines des personnes expulsées ont un casier judiciaire, beaucoup n’ont pas de condamnation antérieure. Après la diffusion par le président salvadorien Nayib Bukele d’une vidéo montrant des centaines de Vénézuéliens dans une prison de haute sécurité en 2025, il est apparu que nombre d’entre eux n’avaient pas de casier judiciaire.

Des documents judiciaires révèlent que beaucoup de personnes visées par une procédure d’expulsion n’ont pas non plus de casier judiciaire.

Début mars, quelque 560 migrants étaient détenus dans l’attente d’une expulsion vers un pays autre que le leur. Seuls 139 d’entre eux avaient été condamnés, notamment pour des crimes tels que meurtre, viol et agression.

L’administration envisage d’expulser 7 600 migrants supplémentaires qui ne sont pas détenus, dont seulement un sixième environ a un casier judiciaire.

«Je suis venue aux États-Unis chercher protection», a déclaré une femme détenue dans un centre de rétention au Cameroun. Elle a ajouté avoir été appréhendée alors qu’elle tentait d’entrer sur le territoire américain et avoir obtenu une protection judiciaire l’empêchant de retourner dans son pays d’origine.

«Je ne sais pas quoi faire dans ce pays. Je ne sais pas comment je suis arrivée ici», a-t-elle déclaré sous couvert d’anonymat.

Pourquoi des personnes sont-elles emprisonnées à l’étranger ?

L’administration Trump privilégie deux options. Premièrement, envoyer des personnes dans d’autres pays et leur permettre d’y demander l’asile, comme c’est le cas en Ouganda. Deuxièmement – ​et c’est actuellement la priorité– les expulser vers des pays qui n’offrent aucune garantie de sécurité et où ils sont temporairement réinstallés puis de nouveau expulsés, ce qui entraîne leur détention dans des systèmes juridiques défaillants.

Au Cameroun, des migrants sont détenus dans un complexe gouvernemental de la capitale, Yaoundé, où certains ont contracté le paludisme. Au Soudan du Sud, ils sont détenus dans une maison fermée à clé près de Juba, dans des conditions déplorables. En Eswatini, ils sont détenus dans une prison de haute sécurité. En Guinée équatoriale, ils sont détenus dans un hôtel sous la surveillance de gardes armés. Au Ghana, certains ont été placés dans un camp d’entraînement militaire. «Nous sommes comme des prisonniers ici», a déclaré un détenu.

Qu’obtiennent ces pays en retour ?

Chaque accord est différent. Les États-Unis ont versé des millions de dollars au Salvador et ont relevé leur note de voyage. Ils ont temporairement levé les sanctions imposées au vice-président de la Guinée équatoriale et ont transféré 7,5 millions de dollars au pays. Les restrictions de visa imposées au Ghana ont été levées. Les États-Unis ont versé 5,1 millions de dollars à l’Eswatini. Ils travaillent actuellement à un accord de 1,5 million de dollars avec la Sierra Leone. Ils ont octroyé 85 millions de dollars à une organisation internationale pour soutenir un accord avec la République centrafricaine. 50 millions de dollars ont également été alloués à des dispositifs similaires en République démocratique du Congo.

Un contournement des obligations légales

Est-ce légal ? La question la plus controversée demeure la suivante : les États-Unis instrumentalisent-ils d’autres pays pour faire ce qu’ils ne peuvent légalement faire à savoir renvoyer des migrants dans leur pays d’origine malgré leur protection juridique ?

Dans certains cas, cela s’est déjà produit. Selon des témoignages, certains migrants de Guinée équatoriale ont été renvoyés dans leur pays contre leur gré. Au Cameroun, des migrants ont été informés de leur renvoi imminent et certains ont déjà été expulsés.

«L’administration sait pertinemment que ce sont des pays où l’État de droit est faible et où les migrants peuvent être renvoyés dans leur pays d’origine», a déclaré un avocat.

De son côté, le Département de la Justice a déclaré que les États-Unis ne peuvent pas contrôler les actions des autres pays après l’arrivée des migrants. «Cela semble constituer un contournement des obligations des États-Unis», a déclaré la juge fédérale Tanya Chutkan, tout en reconnaissant que son autorité était limitée.

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Colloque à Beit al-Hikma | La poésie francophone de Tunisie


L’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts Beït al-Hikma organise un colloque sur «La poésie francophone de Tunisie», le mercredi 15 avril 2026 à son siège à Carthage-Hannibal.

Cette manifestation scientifique, initiée par le groupe de réflexion et d’étude sur la littérature tunisienne d’expression française, réunira des chercheurs et universitaires autour des multiples expressions de la poésie francophone en Tunisie, en interrogeant ses dynamiques esthétiques, ses filiations littéraires et ses ouvertures intermédiales.

La séance inaugurale, à 09h00, modérée par le Professeur Kamel Gaha, sera suivie de communications portant notamment sur les œuvres de Mohamed Jamoussi, Marius Scalési, Salah Garmadi, Amina Saïd, Abdelaziz Kacem et Lorand Gaspar, à travers des approches critiques variées, allant de l’intermédialité à l’écopoétique.

A la deuxième séance, 14h30, modérée par le Professeur Samir Marzouki, les communications aborderont des problématiques liées à la quête de soi dans l’écriture poétique, aux rapports de filiation et d’hommage, aux interactions entre texte et image, ainsi qu’à l’évolution éditoriale de la poésie en Tunisie, notamment à travers le catalogue des éditions Arabesques (1991–2026).

Ce colloque constitue une occasion privilégiée de réflexion et d’échange autour de la richesse et de la diversité de la poésie francophone tunisienne, dans ses dimensions à la fois historiques et contemporaines

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Tunisie-FAO | Nabil Assaf reçu par Ezzeddine Ben Cheikh

Le renforcement du partenariat entre la FAO et la Tunisie dans les domaines de la sécurité alimentaire et de la sécurité de l’approvisionnement en eau ont été au centre de la rencontre, le 8 avril 2026, à Tunis, entre le ministre de l’Agriculture, des Ressources en eau et de la Pêche, Ezzedine Ben Cheikh, et Nabil Assaf, nouveau coordinateur sous-régional pour l’Afrique du Nord et Représentant de la FAO en Tunisie.

Tout en soulignant la solidité des relations de coopération qui unissent la Tunisie à la FAO, cette rencontre a permis un premier échange sur les priorités de la coopération entre la FAO et la Tunisie et examiner les perspectives de son développement afin de répondre aux besoins nationaux dans les domaines de l’agriculture durable, de la gestion rationnelle des ressources en eau et du soutien aux systèmes de production, dans le but de renforcer la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire.

Les deux parties ont réaffirmé leur volonté de poursuivre et de consolider leur collaboration, en cohérence avec les priorités nationales et les cadres stratégiques de l’Organisation.

Le ministre Ben Cheikh a salué le rôle important que joue la FAO dans l’accompagnement de la Tunisie dans la mise en œuvre de ses programmes de développement, notamment dans les domaines liés à l’économie de l’eau, à l’adaptation au changement climatique et au renforcement de la résilience des systèmes agricoles, soulignant la volonté du ministère d’approfondir encore cette coopération afin d’en garantir l’efficacité et la durabilité.

Il a par ailleurs insisté sur la nécessité d’intensifier la coopération dans les domaines de la recherche et de l’innovation, de l’adoption des technologies modernes et du développement des systèmes de production, ainsi que de renforcer les programmes de formation et de renforcement des capacités au profit des différents acteurs du secteur.

M. Assaf a réitéré l’engagement de la FAO à accompagner les efforts du gouvernement tunisien dans la mise en œuvre de ses programmes de développement agricole et rural et exprimé sa fierté d’assumer ses fonctions en Tunisie, saluant le niveau du partenariat existant et réaffirmant l’engagement de l’Organisation à continuer de soutenir les efforts de l’État tunisien en faveur d’un développement agricole durable.

Communiqué.

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Taoufik Jebali | Une dramaturgie de la fragmentation

Avec ‘‘Le Quatrième Humain’’ *, Taoufik Jebali propose moins une pièce de théâtre à comprendre qu’une expérience à traverser. Dès les premières minutes, le spectateur est confronté à une scène qui ne cherche pas à raconter une histoire linéaire, mais à produire un effet de déplacement. Entre fragmentation du récit, instabilité des repères et saturation du langage, l’œuvre met en crise notre manière habituelle de percevoir et de relier ce que nous voyons. Vidéo. (Photos: Abdelkader Garchi).

Manel Albouchi

Très vite, une évidence s’impose : il n’y aura pas de récit au sens classique. La pièce ne construit pas une continuité, elle fragmente. Sur scène, quatre figures féminines portées par des présences fortes (Amina Bdiri, Selima Ayari, Arwa Rahali et Sourour Jebali). Avec leurs sacs à main comme héritage, elles évoluent dans un espace où les cadres en mouvement constant qui empêchent toute fixation du regard. Ce que l’on voit n’est pas un chaos, mais une succession de fragments : un réel qui ne se transforme pas en expérience. Des apparitions. Des disparitions. Un déjà-vu qui ne produit plus de reconnaissance, mais une forme de saturation  

Des cadres qui ne contiennent plus  

Peu à peu, un décalage s’installe. Le spectateur voit, mais ne parvient plus immédiatement à interpréter. La compréhension se suspend. C’est dans cet intervalle que se joue le cœur de la pièce : une dissociation entre perception et symbolisation. Ce déplacement est décisif. Il marque le moment où le sujet/spectateur cesse de maîtriser la scène et commence à être affecté par ce qui lui échappe encore. L’expérience devient moins cognitive que sensible, mais sans pour autant basculer dans l’émotion pure.  

Les cadres présents sur scène bougent, se déplacement, ne remplissent pas leur fonction habituelle. Ils ne délimitent plus. Or, le cadre esthétique ou psychique est ce qui, d’ordinaire, permet de donner forme au réel. Ici, cette fonction vacille. Ce n’est pas l’absence de structure qui est montrée, mais l’impossibilité de s’y adosser durablement. Les repères symboliques existent encore, mais ils ne suffisent plus à stabiliser l’expérience.  

Photo: Abdelkader Garchi.

Le corps morcelé, traversé, saturé 

Dans cet espace instable, le corps ne constitue plus un point d’ancrage. Il apparaît morcelé, traversé, saturé. Il ne garantit plus une unité du sujet/acteur. L’acteur ne s’incarne plus pleinement sur scène ; il y circule. Et le corps ne représente plus une identité : il devient une surface d’inscription, exposée à des flux multiples : masques, objets, paroles, tensions. Le jeu de lumières, loin d’ancrer les figures, participe aussi à cette mise à distance du corps comme lieu stable d’identité.    

Le langage, loin de clarifier, contribue à la saturation générale. On y retrouve plusieurs figures : un narrateur indésirable (Hedy Hlel), qui impose une parole qui sature plus qu’elle ne relie. Un médiateur (Mehdi El Kamel), qui tente de relier, mais sans autorité réelle. Un harceleur textuel, incarné par Taoufik Jebali lui-même, traversant la scène avec une lampe comme une irruption.

Le langage ne manque pas, il déborde : un excès de discours qui n’aboutit plus à une véritable symbolisation. C’est ici que se pose une question plus large, qui dépasse la pièce elle-même : Sommes-nous encore capables de produire du sens… ou nous contentons-nous de le reproduire ?  

Photo: Abdelkader Garchi.

Une topique en tension  

À travers ces figures, une lecture possible émerge :

– le narrateur comme une instance de contrôle, une forme du surmoi,

– le médiateur comme un moi affaibli,

–  le harceleur comme instance pulsionnelle.

Cette lecture évoque une topique classique, héritée de Sigmund Freud. Mais elle ne suffit pas à rendre compte de ce qui se joue. Car une quatrième dimension s’introduit.  

‘‘Le quatrième humain’’ n’est ni nommé, ni incarné de manière stable : un spectre. Il agit comme une présence sans statut défini. Il ne semble pas pris dans les dynamiques du désir, du conflit ou du manque. Il observe, traite, opère.

Cette figure peut être comprise comme l’indice d’une transformation plus profonde : l’émergence d’une instance qui échappe aux coordonnées classiques du sujet. Ni ça, ni moi, ni surmoi mais une forme d’intelligence opératoire, sans ancrage affectif.  

Photo: Abdelkader Garchi.

Vers une externalisation du moi  

Si le moi est ce qui transforme l’expérience en sens, alors une question centrale se pose : que devient-il lorsque cette fonction est partiellement externalisée ? Dans un environnement saturé d’outils, de réponses et d’anticipations, le risque apparaît : celui d’un moi qui ne symbolise plus pleinement, mais qui reçoit, traite et redistribue. Un spectre «sur cloud», allégé de ses conflits, mais aussi de sa profondeur.  

Ce que met en scène Taoufik Jebali n’est pas une rupture spectaculaire. Il s’agit plutôt d’une érosion progressive : du sens, de la tension, de la nécessité. La pièce n’est ni tragique ni comique. Elle installe une forme de neutralité, parfois proche de la fatigue. Une condition contemporaine où tout semble possible, sans que rien ne soit réellement engageant.  

Photo: Abdelkader Garchi.

D’un déjà-vu à une tension persistante  

D’un point de vue critique, ‘‘Le Quatrième Humain’’ s’inscrit dans des codes désormais identifiables du théâtre contemporain : fragmentation du corps, déconstruction du récit… Le risque est alors celui d’une reconnaissance trop rapide, d’un déjà-vu. Mais la pièce échappe en partie à cette limite par sa scénographie, qui empêche toute fixation du regard. Et d’un choix fort de Taoufik Jebali de ne pas contraindre l’interprétation.

En effet, la pièce ne ferme pas le sens. Ni, ne propose de résolution. Elle laisse au spectateur : une marge, un espace, un temps. Et c’est dans cet espace que quelque chose peut advenir : non pas une compréhension immédiate, mais un travail d’intégration différé.  

‘‘Le Quatrième Humain’’ ne cherche pas à être immédiatement compris. Il installe le spectateur dans un entre-deux : entre voir et comprendre, entre percevoir et symboliser. C’est peut-être là que réside sa force : dans cette capacité à maintenir ouvert un espace où le sens n’est plus donné, mais à reconstruire.

* Prochaines représentations les 9, 10 et 11 avril 2026 à 19h30 et le 12 avril 2026 à 17h, à l’espace El Téatro – El Mechtel, Tunis.  

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Kia élu «Meilleur Constructeur» au TopGear.com EV Awards 2026

Kia a été nommée «Meilleur Constructeur» lors des TopGear.com EV Awards, le 6 avril 2026. La marque dont la vaste gamme 100 % électrique couvre désormais la quasi-totalité des segments de marché, offrant un choix adapté à chaque profil de client, a été sacrée par ce palmarès annuel distinguant les meilleurs véhicules électriques actuellement commercialisés.

Organisée pour la septième année consécutive au Royaume-Uni, cette cérémonie annuelle distingue les meilleurs modèles électriques du marché ainsi que les constructeurs moteurs de la transition énergétique.

Pour Kia, ce nouveau titre s’inscrit dans la lignée du succès déjà remporté lors de l’édition des BBC TopGear.com Awards, où le PV5 Passenger avait été sacré «Voiture Familiale de l’Année».

«Que vous soyez au volant du Kia EV3, du statutaire EV9, de l’élégante EV6 ou du PV5 à la silhouette cubique, on retrouve une cohérence et un air de famille à travers tous les modèles électriques de Kia», a déclaré Ollie Kew, rédacteur en chef adjoint de TopGear.com. Et d’ajouter : «Autonomie fiable, performances fluides, confort… sans oublier l’audace de couvrir tous les segments, du B-SUV avec EV2 jusqu’au grand SUV familial et sportif avec EV9 GT».

En route vers l’électrification

«Recevoir le titre de « Meilleur Constructeur 2026 » par TopGear.com est une reconnaissance forte de la stratégie électrique de Kia en Europe», a déclaré Pablo Martinez Masip, vice-président Produit, Marketing et Expérience Client de Kia Europe. Il a ajouté : «Ces dernières années, nous avons développé l’un des portefeuilles de véhicules électriques les plus complets du marché, allant de modèles compacts et accessibles jusqu’à des véhicules haute performance, afin de répondre aux divers besoins de mobilité des clients européens. Cette récompense souligne la dynamique de notre transformation et renforce notre engagement à devenir une marque leader de la mobilité électrique en Europe.»

Kia poursuit l’expansion de sa gamme de véhicules électriques. Son offre diversifiée comprend désormais les modèles EV3, EV4, EV5, EV6, EV9 et PV5.

Du mouvement vient l’inspiration

EV2 représente la prochaine étape de la stratégie «Plan S» de la marque, initiée en 2021 avec le lancement du Kia EV6.

Modèle électrique le plus compact et accessible de Kia à ce jour, EV2 a été conçu, mis au point et produit en Europe, exclusivement pour les clients européens. Les premières livraisons du Kia EV2 aux clients sont désormais en cours, tandis que les versions GT des EV3, EV4 et EV5 seront lancées prochainement.

Communiqué.

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Tunisie | Le patronat réagit aux restrictions aux importations  

Comme on pouvait s’y attendre, la circulaire n° 4 de l’année 2026 émise par la Banque centrale de Tunisie (BCT), le 26 mars 2026, et qui impose aux importateurs de produits classés comme «non prioritaires» de financer à 100 % leurs achats à l’étranger, sans recours à des crédits bancaires, ni à des avances, ni à des garanties, n’a pas manqué de susciter des inquiétudes chez les opérateurs économiques. Ces inquiétudes sont exprimées dans le communiqué ci-dessous, publié ce mercredi 8 avril 2026, par l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) qui préconise une approche concertée, équilibrée et progressive.

Compte tenu des effets attendus de cette circulaire sur plusieurs secteurs et activités, ainsi que sur la situation économique et sociale en général, l’Utica, à la lumière des réunions et consultations menées avec les structures sectorielles concernées et relevant de son organisation, tient à souligner les éléments suivants :

· La Tunisie continue à faire face au défi du déséquilibre de ses équilibres extérieurs, notamment l’aggravation notable du déficit commercial au cours des dernières années, en particulier sous l’effet du secteur de l’énergie qui, à lui seul, représente plus de la moitié du déficit global.

· La situation préoccupante du marché du travail et la hausse des taux de chômage, notamment parmi les diplômés de l’enseignement supérieur.

· L’extension du secteur informel, qui fragilise les équilibres des finances publiques, perturbe les conditions d’une concurrence loyale et limite la capacité de régulation de l’État.

Tout en reconnaissant la nécessité de rationaliser les importations afin de préserver les réserves en devises et de contenir les déséquilibres macroéconomiques, l’Utica exprime son inquiétude quant aux effets négatifs attendus de cette circulaire sur le tissu économique national, en particulier sur les petites et moyennes entreprises.

Elle souligne que toute mesure restrictive doit impérativement prendre en compte la réalité du fonctionnement des entreprises et met en garde contre les conséquences directes et immédiates d’une application rigide et non ciblée, susceptible d’engendrer des effets inverses, notamment :

– une perturbation des mécanismes de financement dans plusieurs secteurs d’activité ;

– une expansion du marché parallèle, les contraintes accrues dans le circuit formel rendant les circuits informels plus attractifs ;

– des dysfonctionnements dans les chaînes d’approvisionnement ;

– une augmentation des coûts de production ;

– une pression inflationniste supplémentaire sur les prix à la consommation.

Ces effets pourraient, à leur tour, entraîner :

– une baisse des recettes fiscales et douanières de l’État ;

– un ralentissement de l’investissement ;

– une perte de compétitivité des entreprises ;

– une accentuation des tensions sociales, notamment sur le marché de l’emploi.

Face à ces enjeux, l’Utica préconise l’adoption d’une approche équilibrée, progressive et concertée et considère qu’une révision urgente des modalités d’application de cette circulaire s’impose.

À court terme, il est recommandé de :

– réviser la liste des produits soumis à restrictions de manière ciblée ;

– simplifier les procédures administratives et renforcer la transparence ;

– accélérer les remboursements et les procédures liées à l’AIR ainsi que les trop perçus fiscaux de la TVA et autres.

– instaurer des délais standardisés et contraignants pour les opérations bancaires (domiciliation, crédits documentaires, etc.) ;

– faciliter les procédures d’exportation et accompagner les entreprises à fort potentiel exportateur.

À moyen et long terme, les priorités devraient porter sur :

– le renforcement de la production nationale ;

– la réévaluation de certains accords commerciaux dont les effets réels sur notre tissu productif restent déséquilibrés;

– la mise en œuvre d’une stratégie de substitution intelligente aux importations;

– le renforcement du contrôle des circuits parallèles contournant la réglementation des changes ;

– le développement des capacités exportatrices ;

– l’accélération du financement des projets d’énergies renouvelables, devenue une priorité stratégique.

Dans cette perspective, plusieurs actions concrètes peuvent être engagées :

– mettre en place des incitations fiscales en faveur de la production locale ;

– améliorer l’accès au financement pour les entreprises productives ;

– accélérer la digitalisation des procédures du commerce extérieur ;

– intensifier la lutte contre le commerce informel ;

– développer les infrastructures logistiques et soutenir les secteurs à fort potentiel d’exportation.

Enfin, l’Utica réaffirme son engagement à collaborer étroitement avec les autorités publiques et propose l’instauration d’un cadre permanent de concertation avec la BCT et les ministères concernés.

Un dialogue structuré et continu permettra de mieux coordonner les politiques économiques et de garantir l’efficacité des mesures mises en œuvre, dans un esprit de partenariat et de responsabilité partagée.

Communiqué.

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Bientôt, offre d’embauche pour 15 000 Tunisiens en Europe  

Le ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi, Riadh Chaoued, a confirmé aujourd’hui, mercredi 8 avril 2026, que le projet «Pour une approche intégrée de la gestion des migrations et de la mobilité des travailleurs en Afrique du Nord» (Thamm+OFII), financé par l’Union européenne (UE), ne se limite pas à la création d’emplois en France, mais s’étend à plusieurs pays de l’UE, dans le cadre d’accords avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) visant à élargir les partenariats.

Les efforts pour diversifier les destinations européennes ont permis de recevoir des offres pour l’embauche de plus de 15 000 jeunes Tunisiens, notamment dans le secteur du tourisme en Autriche.

Riadh Choued a également annoncé un renforcement des liens avec le marché italien : une nouvelle convention sera signée le 13 avril 2026 avec l’Agence italienne pour l’emploi. Les recrutements ne se limiteront pas aux diplômés des centres de formation dans le secteur du bâtiment, mais concerneront également d’autres spécialités, telles que la maintenance industrielle, les technologies de l’information et la communication, ainsi que l’agriculture.

I. B.

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Tunisie | Restos, cafés et salons de thé doivent s’enregistrer à la plateforme du fiscal

Le ministère des Finances a invité les propriétaires de restaurants touristiques classés, de salons de thé et de cafés de deuxième et troisième catégories, exploités en tant que personnes morales, à accélérer leur inscription au système national d’enregistrement fiscal.

Le système national d’enregistrement fiscal est un mécanisme de formalité obligatoire et de gestion numérisée, visant à recenser les contribuables et à sécuriser les transactions via des caisses fiscales. Il assure l’équité fiscale et permet de percevoir les droits d’enregistrement et de timbre, notamment via le RNE et des plateformes comme Jibaya. 

Le ministère des Finances précise dans un communiqué que l’inscription peut se faire en contactant l’un des fournisseurs agréés de machines d’enregistrement, dont la liste est disponible sur le site web Jibaya.tn.

Cette procédure d’inscription implique soit la mise aux normes des machines existantes, soit l’acquisition de nouvelles machines ; les démarches restantes sont à effectuer en coordination avec les fournisseurs.

Le ministère précise, également, que l’intégralité de la procédure d’inscription se déroule à distance, soulignant que le respect de cette procédure permettra aux personnes concernées d’éviter les pénalités fiscales prévues par la législation en vigueur.

Le ministère a, par ailleurs, mis à la disposition du public les numéros suivants pour toute information complémentaire : 81 100 400 (Centre de conseils fiscaux) et 71 780 347 (Unité de vérification de la Direction générale des impôts).

I. B.

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Tunisie-France | 2e phase du projet «Migration professionnelle sûre»

La nouvelle phase du projet «Migration professionnelle sûre» (Thamm+ OFII), financé par l’Union européenne et mis en œuvre par l’Office français de l’immigration et de l’intégration en partenariat avec le ministère tunisien de l’Emploi et de la Formation professionnelle, débute aujourd’hui, mercredi 8 avril 2026.

Ce projet vise à promouvoir une migration professionnelle légale et organisée entre la Tunisie et la France, afin de répondre aux aspirations des talents tunisiens et aux besoins du marché du travail français dans plusieurs secteurs clés.
Lors de la première phase du projet (2022-2025), plus de 500 bénéficiaires ont pu accéder à des emplois en France, notamment dans des secteurs en pénurie de main-d’œuvre tels que l’agriculture, les services à la personne, l’industrie, le tourisme et la restauration.

Le projet a également soutenu l’employabilité d’environ 1 000 personnes grâce à des formations complémentaires. Et contribué au renforcement des liens entre les employeurs français et les talents tunisiens par l’organisation de sessions de recrutement et de missions exploratoires, ainsi que par des actions de sensibilisation auprès des jeunes et des professionnels sur les possibilités de migration professionnelle légale et l’importance du retour des travailleurs qualifiés en Tunisie.

La nouvelle phase (2026-2030) vise à consolider ces acquis et à étendre le champ d’action du projet, en se concentrant sur cinq secteurs prioritaires : l’agriculture, les services à la personne, les transports et la logistique, l’industrie, et le tourisme et la restauration.

Il reste cependant à espérer que le projet augmentera le nombre des bénéficiaires qui reste très faible eu égard l’ampleur de la demande d’emploi en Tunisie et des besoins de main d’œuvre qualifiée en France.

I. B.

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Tozeur | Gulf Care Company obtient un permis d’exploration de sel

Dans le cadre de la stratégie de développement des ressources minérales de la Tunisie, un arrêté de la ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Energie en date du 5 avril 2026, a octroyé un permis d’exploration de sel à Gulf Care Company à Tozeur.

Selon le Journal officiel, la filiale tunisienne de Gulf Care Company s’est vu attribuer un permis d’exploration minière de catégorie 4 (sels naturels solides ou dissous) pour une durée de trois ans, couvrant la zone de Chott El Gharsa, dans le gouvernorat de Tozeur.

Conformément au Code minier de 2003, ce permis autorise des études géologiques visant à identifier les gisements naturels de sel et de saumure en vue d’un potentiel développement industriel.

Cette initiative s’inscrit dans la stratégie nationale de développement des ressources minérales et d’attraction des investissements.

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Tunisie | Les huiles de cuisson usagées transformées en biodiesel

Dans la zone industrielle d’El Mghira 3, en périphérie sud de Tunis, les huiles de cuisson usagées, habituellement jetées dans les égouts ou dispersées dans l’environnement, connaissent une seconde vie. Collectées principalement auprès des restaurants et des hôtels, ces huiles sont transformées en biodiesel et en glycérine pure.

Cette expérience est rendue possible grâce à la collaboration entre les services publics de gestion des déchets et le promoteur du projet Biodex. Elle illustre l’engagement de la Tunisie en faveur d’une économie circulaire.

Des journalistes formés aux questions environnementales dans le cadre des initiatives européennes Pampt2 et allemandes Pagecte ont visité l’usine Biodex et ont pu constater l’essor de ce secteur, crucial face aux pressions croissantes sur les ressources énergétiques et environnementales.

La Tunisie produit environ 88 000 tonnes d’huiles de cuisson usagées par an, dont près de 60 % proviennent des ménages, selon l’Agence nationale de gestion des déchets (Anged), partenaire de Biodex, citée par l’agence de presse Tap. L’agence souligne toutefois que moins de 20 % de ces huiles sont collectées, un taux bien inférieur à la moyenne européenne (plus de 50 %).

Fondée en 2009 avec le soutien d’Anged, l’usine Biodex d’El Mghira est pionnière en Afrique. Sur son site industriel sécurisé et bien équipé, les huiles usagées sont transformées par un procédé délicat en biodiesel, un carburant renouvelable, et en glycérine, utilisée dans les industries chimique et cosmétique, ainsi que dans l’alimentation animale.

Le biodiesel produit est exporté vers l’Europe

«Notre rôle est avant tout environnemental. Ces huiles étaient autrefois rejetées dans les égouts ; aujourd’hui, elles constituent une ressource», explique Mounir Bezzarga, directeur de Biodex.

L’entreprise produit jusqu’à 24 millions de litres de biodiesel par an, principalement destinés à l’exportation vers l’Europe, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre de 60 à 90 % par rapport au diesel traditionnel.

Cependant, le secteur est confronté à d’importants défis, notamment en ce qui concerne la collecte des huiles domestiques, notamment l’absence de législation locale spécifique relative à la distribution et à la consommation du biogaz, souligne Bezzarga. Actuellement, environ 40 000 tonnes sont collectées auprès des entreprises (restaurants et hôtels), dont une partie est exportée vers l’Europe après une première filtration.

6 000 tonnes transformées chaque année

Chez Biodex, 6 000 tonnes d’huiles usagées sont transformées chaque année en biocarburant et 2 000 tonnes en glycérine.

Afin d’améliorer les performances, les autorités environnementales et Anged misent sur la sensibilisation et l’innovation. Des campagnes nationales, telles que Valozit, ciblent les écoles, les municipalités et les médias, tandis que des supports d’information expliquent la transformation des huiles usagées en biocarburant, en glycérine et en autres produits. Une application mobile, «UCO.tn» (Huile de Cuisson Usagée), encourage les citoyens à échanger leurs huiles usagées contre des produits du quotidien comme des détergents.

Au-delà de son impact environnemental, le secteur offre des opportunités économiques. Biodex génère actuellement environ 260 emplois directs et indirects, employant des ingénieurs, des chimistes, des techniciens et des partenaires de projet pour valoriser cette ressource abondante grâce à l’innovation technologique et à la protection de l’environnement.

Le développement de ce secteur d’économie circulaire pourrait créer des emplois supplémentaires dans la collecte et le traitement, tout en réduisant la dépendance énergétique nationale grâce au biodiesel comme carburant alternatif.

Avec environ 220 000 tonnes d’huiles de cuisson arrivant chaque année sur le marché tunisien, le potentiel reste considérable. «Si nous pouvions recycler ne serait-ce que 40 % de cette ressource, ce serait un véritable succès», affirme Bezzarga.

Alors que la Tunisie cherche à concilier croissance et transition écologique, le recyclage des huiles de cuisson usagées apparaît comme une option prometteuse, à condition de surmonter les difficultés liées à la collecte à grande échelle.

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Les énergies renouvelables en Tunisie, entre les paroles et les actes

Pour réduire le déficit énergétique, actuellement estimé à 65%, et les importations de pétrole et de gaz qui pèsent lourd dans le budget de l’Etat, la Tunisie n’a pas besoin de multiplier les réunions consacrées à cette problématique. Ce qui importe, au final, ce sont les décisions effectives prises et mises en œuvre dans l’urgence. La dépendance énergétique se règle en kilowattheures, pas en communiqués de presse.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Le 17 mars 2026, le secrétaire d’État à la Transition énergétique, Wael Chouchane, a réuni au ministère de l’Énergie les représentants de Conect et les opérateurs publics — Steg, ANME, Direction générale de l’électricité — pour débattre des freins à l’investissement dans les énergies renouvelables. Une réunion utile. Mais qui ne vaut que par ce qu’elle produira.

Une dépendance qui coûte cher, très cher

Les chiffres sont connus, mais ils méritent d’être rappelés à chaque occasion : le déficit énergétique tunisien atteint 6,3 Mtep en 2025, soit 65 % des besoins nationaux. Les subventions aux hydrocarbures absorbent 9 % du budget de l’État. C’est autant qui ne va pas aux hôpitaux, aux routes, aux écoles, à l’investissement public.

Dans ce contexte, la transition énergétique n’est plus un débat de spécialistes : c’est une question de survie budgétaire.

La Tunisie se classe par ailleurs au 20e rang mondial en efficacité énergétique selon la Banque Mondiale, et 2e en Afrique selon le Forum Économique Mondial. Elle a les compétences. Elle a le soleil. Elle a le vent. Ce qui lui manque, c’est la capacité à transformer ces atouts en mégawatts effectivement injectés dans le réseau.

Chiffre encourageant, mais rythme insuffisant

La réunion du 17 mars a mis en avant 186 licences accordées pour une capacité de 286 mégawatts dans le cadre de la cinquième ronde du système de licences. C’est une avancée réelle. Mais au regard de l’objectif national — 35 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030, contre 4 à 5 % aujourd’hui — le compte n’y est pas. Pas encore.

Ces nouvelles attributions témoignent d’une nette évolution de la stratégie tunisienne, le gouvernement privilégiant désormais les grands projets d’infrastructures sous régime de concession pour attirer des promoteurs dotés de solides compétences techniques et d’une grande solidité financière. C’est la bonne direction. Mais l’accélération doit être radicale, pas marginale.

Tereg : 430 M$ attendent d’être utilisés

Ce que la réunion du 17 mars gagnerait à intégrer plus explicitement, c’est le programme Tereg, signé en novembre 2025 avec la Banque Mondiale. L’accord porte sur 430 millions de dollars destinés à mobiliser 2,8 milliards de dollars d’investissements privés, installer 2,8 gigawatts de capacités renouvelables d’ici 2028, créer plus de 30 000 emplois et réduire les coûts de l’électricité de 23 %. Ce programme vise également à améliorer le taux de recouvrement des coûts de la Steg — de 60 % à 80 % — et à alléger les subventions énergétiques de 2,045 milliards de dinars.

Ces objectifs recouvrent exactement les problématiques discutées autour de la table du 17 mars. Ne pas articuler les deux… serait une faute stratégique.

La Steg, partenaire indispensable, obstacle potentiel

Pour Tunis, le défi consiste désormais à transformer les annonces en capacités opérationnelles concrètes. Et cela passe inévitablement par la Steg. La société est à la fois distributrice et productrice, ce qui crée un conflit d’intérêts structurel vis-à-vis des producteurs privés d’électricité renouvelable. La modernisation de son réseau est une condition sine qua non pour absorber une production décentralisée croissante — et pour permettre au projet Elmed, l’interconnexion électrique sous-marine Tunisie-Italie de 600 MW, de produire tous ses effets.

Car le rapport de Greenpeace Mena souligne un décalage structurel entre les ambitions déclarées et les capacités institutionnelles, ce qui représente un défi majeur pour la transition énergétique en Tunisie. Ce décalage, c’est précisément ce que la réunion du 17 mars était censée commencer à combler.

70 000 emplois : l’argument qu’on n’entend pas assez

Les publications officielles de l’ANME et le rapport pays 2025 de la Banque africaine de développement le documentent : la stratégie nationale vise la création de 70 000 emplois dans le secteur des énergies renouvelables, avec une ambition de porter l’indépendance énergétique de 40 % à 67 % d’ici 2035. Les nouveaux projets éoliens et solaires permettront de créer des milliers d’emplois locaux pendant la construction et l’exploitation, marquant ainsi une étape importante dans la transition énergétique du pays.

Cet argument est politiquement puissant dans un pays où le chômage des jeunes dépasse 30 %. Il devrait être au cœur de chaque réunion, de chaque discours, de chaque projet de loi sur l’énergie. Pas en note de bas de page.

Ce que Kapitalis a documenté ces dernières semaines le confirme : la plus grande menace pour l’économie tunisienne, c’est l’absence ou le report sine die des réformes structurelles nécessaires, qui risque d’enfoncer durablement le pays dans la catégorie des pays stagnants. La Tunisie vient d’obtenir son plus mauvais score depuis 1995 dans l’indice de liberté économique de la Heritage Foundation — 48,1 sur 100, 156e sur 176 pays. Ce n’est pas une fatalité. Mais c’est un signal d’alarme que les concertations, aussi bien menées soient-elles, ne suffisent pas à désactiver.

Les signaux positifs existent — Plan 2026-2030, Tereg, Elmed, concessions internationales en cours. La volonté de dialogue entre l’État et le secteur privé est réelle. Mais la Tunisie a une longue pratique des réunions consensuelles sans lendemain.

Ce qui distinguera le 17 mars de toutes les précédentes, ce ne sera pas la qualité des échanges. Ce sera la liste des décisions effectives prises dans les semaines qui suivront.

La dépendance énergétique se règle en kilowattheures, pas en communiqués.

* Ingénieur en informatique, cadre d’une banque publique.

Sources : Programme Tereg, Banque Mondiale, novembre 2025 — Plan de Développement 2026-2030, Présidence du Gouvernement tunisien — Rapport Pays Tunisie 2025, Banque Africaine de Développement — Stratégie Énergétique à l’horizon 2035, ANME/Pnud — Publications officielles Steg 2024-2025 — Projet Elmed, Steg/BEI — Greenpeace Mena, janvier 2026.

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Tunisie-Italie | Pour la valorisation et la préservation du corail rouge

Le corail rouge s’affirme à nouveau comme un axe de coopération entre l’Italie et la Tunisie, non plus seulement comme matière première pour la joaillerie, mais comme un vecteur potentiel de filière euro-méditerranéenne à forte valeur ajoutée, fondée sur la protection de l’environnement, l’innovation et une production spécialisée.

Telle est l’orientation de l’atelier international sur le thème : «Le corail, pont de la coopération en Méditerranée», qui s’est tenu le 25 février 2026 à Torre del Greco, qui a réuni des acteurs économiques, des pôles de compétitivité, des centres de recherche et des institutions des deux pays, avec pour objectif de construire une filière éthique, circulaire et durable.

Parmi les intervenants de renom, dont le journaliste spécialiste Domenico Letizia, figuraient Fabrizio Monticelli, PDG de ForMare Innovation Hub for Blue Economy, et Emna Sohlobji, présidente du Cluster maritime de Tunis. Des délégués d’Assocoral, du BIG (Blue Italian Growth Cluster), du WestMed National Hub pour l’Italie, de l’Institut national des sciences et technologies de la mer (INSTM-Tunisie) et du zoo Anton Dohrn étaient également présents.

Complémentarité des deux rives.

D’une part, la Tunisie entretient une relation historique avec le corail rouge, notamment dans la région de Tabarka, où le secteur conserve des racines ancestrales ; d’autre part, Torre del Greco demeure un haut lieu de l’art du corail et du travail du camée.

Le protocole signé en marge de la réunion vise à mutualiser les ressources, la recherche et l’expertise, renforçant ainsi la pêche professionnelle tunisienne et la capacité de l’Italie à transformer les matières premières en produits finis de meilleure qualité, valorisant l’identité territoriale et offrant de nouvelles perspectives commerciales.

Ce projet s’inscrit également dans un cadre méditerranéen plus large, marqué par de fortes contraintes environnementales.

Evoquant ce projet de coopération entre l’Italie et la Tunisie pour la création d’une chaîne corail durable, Domenico Letizia a déclaré: «C’est une initiative fondamentale non seulement pour la protection de la biodiversité marine, mais aussi pour la valorisation de l’excellence artisanale et commerciale qui unit les deux rives de notre mer».

Nécessité de prévenir la surpêche

La Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM) de la FAO a adopté un plan de gestion du corail rouge afin de prévenir la surpêche et de maintenir les populations à des niveaux biologiquement durables.

Ce même programme a renforcé les travaux sur la traçabilité, les analyses de laboratoire, l’évaluation des stocks et la dimension socio-économique de la chaîne d’approvisionnement.

En 2024, le groupe de travail de la CGPM a constaté des signes de surexploitation dans certaines zones méditerranéennes, soulignant la nécessité de mesures à long terme et de contrôles plus efficaces.

Pour la Tunisie, la coopération corallienne est également liée à l’économie bleue et au renforcement des économies côtières.

La FAO en Tunisie note que le programme de recherche méditerranéen sur le corail rouge a été mis en œuvre localement par l’INSTM, dans le but de créer une plateforme de coordination pour le suivi des stocks et de fournir une base scientifique pour les futures mesures de conservation et de gestion.

Dans ce contexte, l’accord avec l’Italie peut constituer un laboratoire concret de coopération économique ciblée, où la protection de la biodiversité, la formation des jeunes artisans et plongeurs, l’inclusion des femmes et des communautés locales, la certification des produits et la lutte contre l’illégalité deviennent des outils de développement partagé dans le détroit de Sicile.

I. B. (avec Ansa).

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Israël s’accorde un nouveau permis de tuer

Les dirigeants israéliens, soutenus par une grande partie de la classe politique et de la population, ont célébré dans la joie et l’allégresse la nouvelle loi scélérate adoptée par la Knesset, le parlement israélien, qui instaure la peine de mort par défaut pour tout Palestinien impliqué, de près ou de loin, dans une opération commando, ou ayant participé à un attentat contre des Israéliens ou d’installations israéliennes. Ils l’ont célébrée en buvant à grande gorgée l’arak, liqueur fétiche originaire d’un Liban qui souffre le martyre. On tape toujours plus fort sur le plus faible.

Mohsen Redissi  *

La date d’adoption, le 30 mars 2026, n’est pas fortuite. Elle n’est ni anodine ni innocente. C’est une date gravée dans le subconscient palestinien. Par ce choix, Israël essaye encore une fois d’occulter l’histoire déchirante de la Palestine. Une tentative et une manœuvre, perdues d’avance, vouées à l’échec, pour effacer de la mémoire collective l’affront fait aux paysans palestiniens en confisquant leurs terres au profit de nouveaux colons.

La date coïncide avec la célébration de ‘La Journée de la Terre’ par tous les Palestiniens, ceux de l’intérieur, sous l’occupation, comme ceux en exil forcé. Elle est célébrée, toujours avec ferveur, en commémoration de la répression sanglante de 1976 contre les Palestiniens protestant contre la confiscation de leurs terres en Galilée.

De manifestations pacifiques, très vite transformées en affrontements violents sous les assauts de l’armée d’occupation. Six morts, plusieurs blessés et des centaines d’arrestations dans les rangs des Palestiniens.

La célébration de la ‘Journée de la terre’ est un hommage posthume aux victimes et un appel pressant à la résistance nationale et à la solidarité internationale face à la dépossession, mais aussi au respect des droits nationaux du peuple palestinien.

Cette commémoration, événement largement suivi et célébré avec une grande ferveur par tous les Tunisiens épris de justice et d’équité.

De nos jours, en Cisjordanie, hélas territoire annexé, la dépossession des Palestiniens continue sans relâche. C’est le pain quotidien d’une communauté en détresse. La lutte doit continuer encore et toujours contre la colonisation et les politiques de confiscation des terres.

Résister à la colonisation devient un crime

Il est aisé pour les tribunaux israéliens, juges et bourreaux à la fois, d’accuser sans état d’âme de terrorisme et de condamner sans preuves tangibles tout Palestinien récalcitrant vivant sous le joug de l’occupation. Résister devient un acte criminel passible de la peine de mort pour un crime non commis.

Israël veut alléger le nombre des pensionnaires palestiniens dans ses prisons. Des centres pénitentiaires mal entretenus, exigus et surpeuplés. La nouvelle trouvaille des autorités juives est de réduire le nombre de prisonniers et d’éliminer, sous couvert de la loi, tout Palestinien récalcitrant

Le grand perdant dans cette affaire ce sera Israël. Si l’Etat hébreu a pu récupérer les otages du 7 octobre, vifs et dépouilles, c’est parce que ses prisons sont remplies de Palestiniens arrêtés, accusés à tort et dont le seul crime est d’être nés dans des enclaves administrées par le colonisateur. Israël manquera de «bois de chauffe» pour alimenter l’échange.

Le ratio d’échange de prisonniers entre l’Autorité palestinienne et Israël est grandiloquent. Le soldat Gilad Shalit a été relaxé en 2011, après cinq ans de captivité, en échange de la libération de 1027 prisonniers palestiniens ; ou comme par le passé quand en 1985 Israël a libéré 1150 détenus palestiniens en échange de trois soldats israéliens. Les opérations de ce genre ne manquent pas. Troquer un juif reste une opération excessivement chère dans la bourse de la vie. Son pesant est d’or, une valeur sûre très appréciée dans certains échanges, homme à homme ou tête à tête.

La face cachée de cette opération de nettoyage ethnique a pour unique but de réduire au maximum le nombre des Palestiniens vivant sur la terre de leurs ancêtres. Israël compte faire place nette aux nouveaux colons. Une opération de séduction en leur offrant le logis et les meilleures terres. Un nouvel apartheid prospère au Proche-Orient.

Résister à la confiscation de ses terres ou de son logis devient un délit grave, un acte terroriste passible de mort. Dans cette atmosphère lugubre, les bourreaux israéliens, des anges gardiens passeurs de vie à trépas, ne sont pas prêts à chômer. Seraient-ils payés par tête de pipe ou selon le nombre d’heures passées à torturer les Palestiniens jusqu’à ce que mort s’ensuive. Pas de poursuite, le prisonnier palestinien est mort dans l’exercice de ses fonctions.

Les prisons israéliennes se vident ainsi de leurs pensionnaires ; ce sont les cimetières qui se remplissent. Aux mères palestiniennes de préparer leurs mouchoirs. Des sanglots longs et violents les attendent. Elles pleureront leurs enfants à chaudes larmes. Le peuple palestinien doit s’attendre à une nouvelle nakba (grande catastrophe), une deuxième d’un genre nouveau. Il faut s’attendre au pire quand l’ennemi, le doigt sur la gâchette, tient votre vie au bout de son canon.

Israël et son «droit souverain» de tuer

Deux poids, deux mesures

La réponse des Etats-Unis est cinglante. Ils «respectent le droit souverain d’Israël à fixer ses propres lois et sanctions à l’encontre des personnes reconnues coupables de terrorisme», tels sont les propos du département d’Etat.

L’Oncle Sam s’offusque et appelle au scandale et lynche l’Arabie saoudite ou l’Iran ou tout autre pays du Moyen-Orient quand il exécute ou décapite un de ses ressortissants condamné à mort.

Aux Etats-Unis, le condamné à mort ne perd ses droits constitutionnels que lorsqu’il passe à l’au-delà. Il peut choisir sa mort, ou plutôt la façon de partir vers le ciel. Une sorte de menu. Il a l’embarras du choix : par injection, par pendaison ou par électrocution. Le condamné peut être assisté dans ses derniers moments par le curé de sa paroisse, son imam, son guide spirituel, ou rejoindre ses ancêtres au son de sa musique préférée.

L’Union européenne est timorée ; elle a qualifié la loi sur la peine de mort de grave recul sur le plan juridique et humanitaire. Elle réinstaure de facto la ségrégation raciale et la politique deux poids deux mesures.

L’Autorité palestinienne, pour sa part, a condamné fermement ce permis de tuer qu’elle a qualifié de tentative de légitimer des exécutions extrajudiciaires.

Quant au Hamas, il a appelé les Nations unies et le Comité international de la Croix-Rouge à intervenir pour protéger les prisonniers palestiniens.

Pour ce qui est des médias occidentaux, ou de la plupart d’entre eux, ils on fait comme à leur habitude : ils se sont bien gardés de condamner Israël. Certains ont même préféré regarder ailleurs : heureusement qu’il y a l’Ukraine pour s’occuper, l’unique injustice à leurs yeux.

* Fonctionnaire à la retraite.

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La guerre ferait-elle de l’Iran la quatrième puissance mondiale ?

Jusqu’à récemment, la République islamique d’Iran était une puissance régionale mais Robert A. Pape, professeur de sciences politiques à l’Université de Chicago, estime que la guerre que lui livrent depuis plus d’un mois les Etats-Unis et Israël est en train d’en faire la quatrième puissance mondiale non pas par un quelconque poids économique ou militaire comme c’est le cas pour les États-Unis, la Chine et la Russie mais par son énorme capacité à impacter le monde entier, notamment sur les plans énergétique et économique, et par ricochet politiquement. 

Imed Bahri

Dans une analyse publiée dans le New York Times, Pape considère que la guerre menée par le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu contre l’Iran a transformé ce pays en une puissance mondiale majeure. 

Le politologue américain remet en question la vision géopolitique dominante de ces dernières années qui supposait que l’ordre mondial évoluait vers trois pôles de puissance : les États-Unis, la Chine et la Russie. Cette vision partait du principe que la puissance découle principalement de la taille économique et des capacités militaires, une hypothèse désormais obsolète.

Un quatrième pôle de puissance

Un quatrième pôle de puissance mondiale émerge rapidement : l’Iran. Bien que ce pays ne possède pas la même force militaire et économique que les trois autres, sa puissance nouvelle provient de son contrôle de la voie maritime la plus importante pour l’énergie dans l’économie mondiale : le détroit d’Ormuz.

Ce détroit est depuis longtemps une voie navigable internationale, empruntée par des navires de toutes les nations. Cependant, la guerre lancée cette année par les États-Unis et Israël contre l’Iran a contraint ce dernier à imposer un blocus militaire sélectif du détroit. Environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d’Ormuz et aucune alternative viable à ces chaînes d’approvisionnement n’est envisageable à court terme. Si le contrôle iranien du détroit d’Ormuz se prolonge pendant des mois, voire des années, il bouleversera profondément l’ordre mondial au détriment des États-Unis.

Cependant, de nombreux analystes considèrent le contrôle iranien du détroit d’Ormuz comme temporaire. Beaucoup s’attendent à ce que la marine américaine et ses alliés stabilisent rapidement la situation et que les flux pétroliers reprennent leur cours normal.

Cependant, Pape soutient que ces prévisions sont erronées et malavisées. Elles reposent sur l’hypothèse que l’Iran fermerait complètement le détroit pour le contrôler efficacement. Or, le détroit peut être contrôlé sans être fermé. Aujourd’hui, il reste ouvert aux pétroliers même si le trafic maritime a diminué de plus de 90% depuis le début du conflit non pas parce que l’Iran coulait systématiquement tous les navires entrant dans le détroit mais parce que les compagnies d’assurance, confrontées à la menace bien réelle d’une attaque, ont retiré ou revu à la baisse leurs couvertures contre les risques de guerre. Par conséquent, cibler un cargo tous les quelques jours suffirait à rendre le risque inacceptable.

Des marchés plus prudents et plus volatils

Les économies modernes ont besoin non seulement de pétrole, mais aussi d’un approvisionnement régulier, en grande quantité et assorti de risques prévisibles.

Lorsque cette stabilité s’effondre, les marchés de l’assurance deviennent plus volatils et restrictifs, les tarifs du transport maritime augmentent et les gouvernements commencent à considérer la sécurité énergétique comme un enjeu stratégique complexe et non plus comme une simple transaction commerciale.

Comme le souligne Pape, le problème des États-Unis aujourd’hui réside dans le déséquilibre des pouvoirs. Protéger chaque pétrolier transitant par le détroit d’Ormuz contre d’éventuelles attaques, telles que des mines, des drones et des frappes de missiles, est une opération constante qui exige une présence militaire permanente. L’Iran, en revanche, n’a besoin que de frapper un pétrolier occasionnellement pour compromettre la fiabilité des approvisionnements mondiaux en pétrole.

Le président français Emmanuel Macron a fait écho à ce sentiment en déclarant que la réouverture par la force du détroit d’Ormuz était «irréaliste» et que «cela ne peut se faire qu’en coordination avec l’Iran». Il reconnaissait implicitement que l’approvisionnement en pétrole ne pouvait être garanti sans le consentement de l’Iran.

Pape soutient que, pendant des décennies, le Golfe arabique a bénéficié d’un système simple : les producteurs de pétrole exportent, les marchés fixent les prix et les États-Unis sécurisent la voie maritime. Ce système permettait la concurrence sans déstabiliser la région. Or, il est aujourd’hui en train de s’effondrer.

Les États du Golfe dépendent fortement des exportations d’énergie qui constituent leur principale source de revenus. Lorsque les primes d’assurance augmentent et que le transport maritime devient incertain, l’impact financier est immédiat. Les gouvernements s’adaptent, les routes maritimes sont modifiées et les contrats sont renégociés.

Par conséquent, si cette incertitude persiste, la situation dans le Golfe changera inévitablement, remplaçant l’ancien système par un nouvel ordre régional. Dans ce nouvel ordre, les États du Golfe s’aligneront de plus en plus sur l’acteur qui exerce la plus grande influence directe sur la fiabilité de leurs exportations, actuellement l’Iran.

Le politologue américain estime que les répercussions de ce nouvel ordre seront les plus marquées en Asie. Le Japon, la Corée du Sud et l’Inde sont fortement dépendants de l’énergie provenant du Golfe, tandis que la Chine, malgré la diversification de ses sources d’énergie, dépend également de cette région pour une part importante de ses importations énergétiques. Ces dépendances sont ancrées dans des infrastructures telles que les raffineries de pétrole, les lignes maritimes et les systèmes de stockage qui ne peuvent être rapidement reconfigurées.

Si les perturbations de l’approvisionnement énergétique persistent, les conséquences seront considérables. La hausse des coûts d’assurance et de transport entraînera une augmentation des prix, aggravera les déséquilibres commerciaux, affaiblira les monnaies et alimentera l’inflation. La dépendance énergétique commencera à influencer les politiques publiques, les gouvernements privilégiant la sécurité énergétique à un moment où les options diplomatiques se raréfient et où les actions susceptibles de déstabiliser davantage le pays deviendront de plus en plus difficiles à maintenir.

Un basculement mondial vers l’Est  

Le monde des années 1970, où les chocs pétroliers ont engendré des années de stagflation, ne sera plus un lointain souvenir, mais une réalité. Et une fois de plus, l’Iran a tout à gagner. La Chine dépend de l’énergie du Golfe pour alimenter sa croissance, la Russie profite de prix de l’énergie élevés et volatils et l’Iran tire profit de sa position stratégique dans le détroit d’Ormuz.

Robert A. Pape affirme que ces trois pays ont des motivations qui entrent en conflit avec la stabilité économique des États-Unis et de leurs alliés. Ils n’ont pas besoin de se coordonner formellement mais la structure même du système les pousse dans la même direction. Ainsi, un nouvel ordre mondial émerge, non pas par le biais d’une alliance formelle, du moins initialement, mais par une convergence d’incitations qui se renforcent mutuellement au fil du temps.

Pape a également évoqué d’autres scénarios, plus alarmistes, qui pourraient découler de ce nouvel ordre mondial naissant. L’un d’eux est celui où l’Iran contrôlerait environ 20% de la production mondiale de pétrole, la Russie environ 11%, et la Chine serait capable d’en absorber une part importante. Ces pays formeraient un cartel, privant de fait l’Occident de 30% du pétrole mondial. Dès lors, une analyse simple suffit à saisir les conséquences catastrophiques, telles qu’un déclin brutal de l’influence des États-Unis et de l’Europe, et un basculement mondial vers la Chine, la Russie et l’Iran.

Pour le politologue américain, les États-Unis sont confrontés à un choix difficile : soit s’engager dans un effort de longue haleine pour réaffirmer leur contrôle sur le détroit d’Ormuz, soit accepter un nouvel arrangement énergétique mondial qui ne garantit pas leur domination.

Si les États-Unis choisissent cette dernière option, l’issue est claire : l’ordre international sera restructuré et l’Iran deviendra le quatrième centre de puissance mondiale. S’ils choisissent de réaffirmer leur domination militaire, ils s’engageront dans un conflit prolongé qu’ils risquent de perdre.

Une guerre contre l’Iran n’est plus simplement une lutte militaire et politique dont les États-Unis pourraient facilement se retirer pour revenir au statu quo ante. L’Iran exigera sans aucun doute un prix élevé dans tout nouvel accord avec les États-Unis mais ce prix sera certainement inférieur à celui d’un avenir différent.

Pape estime que nous sommes confrontés à une guerre transformatrice et que, si ces changements se poursuivent encore quelques années, l’ordre mondial sera irrévocablement bouleversé.

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Après Gaza, l’Iran | Une barbarie high-tech

La tentation est grande de voir dans les déclarations de Donald Trump une simple outrance de plus, une stratégie rhétorique destinée à galvaniser des foules inquiètes. Mais ce serait une erreur de s’en tenir à cette lecture superficielle. Car derrière la prophétie apocalyptique affleure une vision du monde profondément régressive : celle d’un retour fantasmé à une conflictualité primitive, où la technologie la plus avancée coexiste avec une pensée politique d’un autre âge.

Abdelhamid Larguèche *

Nous vivons un paradoxe historique d’une intensité rare. Jamais l’humanité n’a disposé d’outils aussi puissants : intelligence artificielle, surveillance satellitaire, biotechnologies, réseaux numériques globaux. Et pourtant, jamais le discours public n’a semblé aussi appauvri, aussi obsédé par des schémas simplistes opposant un «nous» à un «eux».

Cette contradiction n’est pas accidentelle ; elle constitue le cœur de la crise contemporaine.

La résurgence implicite des thèses du Samuel Huntington sur le «choc des civilisations» témoigne de cette régression intellectuelle. Comme si, face à la complexité du monde globalisé, certains responsables politiques choisissaient délibérément la paresse conceptuelle.

Sous les écrans, le désert humain

Réduire les tensions géopolitiques à des affrontements culturels ou civilisationnels, c’est renoncer à comprendre les dynamiques économiques, sociales et historiques qui les produisent. C’est aussi préparer les esprits à l’inéluctabilité du conflit.

Mais le plus inquiétant n’est pas là. Il réside dans cette dissociation croissante entre puissance technique et pauvreté morale. Nous sommes capables de simuler le climat, de manipuler le vivant, d’automatiser la décision militaire — et dans le même temps, incapables de produire un langage politique à la hauteur de ces responsabilités. Le progrès technologique n’a pas été accompagné d’un progrès éthique ; il l’a même parfois court-circuité.

L’apocalypse est désormais pensable parce qu’elle est devenue potentiellement possible.

Ce déséquilibre donne naissance à une forme inédite de barbarie : une barbarie high-tech. Elle ne se manifeste pas par l’absence de civilisation, mais par sa caricature. Elle ne détruit pas les infrastructures ; elle vide de sens les valeurs qui les justifient.

Dans ce monde redevenu sauvage, la rationalité devient instrumentale, réduite à l’efficacité, tandis que l’humanité — entendue comme capacité d’empathie, de nuance, de dialogue — est reléguée au second plan.

Le progrès sans pensée ou l’érosion du sens

Il n’est pas anodin que ce type de discours prospère dans un contexte de saturation informationnelle. Plus les sociétés sont connectées, plus elles semblent vulnérables aux récits simplificateurs. L’algorithme privilégie l’émotion sur la complexité, la peur sur l’analyse. Et le politique, loin de résister à cette logique, y succombe et l’exploite.

On pourrait croire que nous avançons vers le futur ; en réalité, nous risquons de tourner en rond, prisonniers d’une boucle où la sophistication des moyens masque la pauvreté des fins. L’âge de pierre n’est pas derrière nous : il est devant, sous une forme paradoxale, équipé de drones, de serveurs et de réseaux.

Face à cela, la véritable résistance ne consiste pas seulement à dénoncer les excès d’un leader ou d’un discours. Elle exige une réhabilitation exigeante de la pensée critique, une réinscription du politique dans l’éthique, et surtout, une reconquête du langage. Car c’est dans les mots que se prépare le réel. Et lorsque les mots deviennent pauvres, le monde ne tarde pas à le devenir aussi.

Ce n’est donc pas l’apocalypse qui menace, mais pire encore : une lente érosion du sens, où une humanité suréquipée technologiquement pourrait bien oublier pourquoi elle existe.

* Historien.

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