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Atelier de traduction littéraire en Tunisie

La Tunisie au printemps. La majorité des visiteurs s’y rendent pour caresser les premiers rayons de soleil se faufilant parmi les nuages et admirer le bleu-blanc couronné de fleurs grimpantes. Après l’Egypte et le Liban, l’Agence culturelle internationale Karkadé, a invité des candidats de différentes nationalités à un atelier de traduction littéraire du 22 au 25 mars en Tunisie. Pour rapprocher les rives par les mots.

Tawfiq Belfadel *

Sous l’égide de l’Institut Français, inscrite dans le grand programme «Livres des 2 rives», l’activité a eu lieu au Village Kèn, à quelques kilomètres de Hammamet (près de Bouficha) ; un excellent espace pour la création, fondé en 1984 par Noura et Slah Smaoui ; là où calme et sérénité, nature et inspiration, artisanat et culture… se conjuguent au présent pour offrir les meilleures conditions de séjour artistique ou personnel.

Le nom est déjà une invitation à l’art, telle une porte qu’on pousse pour une transcendance merveilleuse : Kèn, inspiré de la formule d’ouverture des contes arabes «Ken y a ma ken» (il était une fois).

Il était une fois ; quatorze candidats habités par la passion des mots, hommes et femmes, encadrés par le traducteur-écrivain-éditeur tunisien Walid Soliman. Les représentantes de l’agence Karkadé ont veillé au bon déroulement, présentes au moindre besoin pour réussir cette expérience à la fois artistique et humaine.

Le texte renaît dans une autre langue

L’objectif de l’atelier était, entre autres, de faire acquérir les compétences de bases relatives à la traduction littéraire (arabo-français) et promouvoir le dialogue interculturel ; l’objet en était le nouveau roman de la romancière tunisienne Hella Feki, ‘‘Une Reine sans royaume’’ (JC Lattès, Paris, 2025).

Il s’agit d’une fiction à la lisière de la documentation et de l’imaginaire ; Ranavalona III, dernière reine de Madagascar, est forcée à l’exil par les colons. Sans règne ou royaume, elle fait de l’exil un pont vers la renaissance : elle va d’Alger vers Tunis (1907) pour assister aux salons artistiques et de pensée… Ainsi, elle trouve dans le voyage et la culture une lumière qui dissipe les ombres de son existence. Ni biographie romancée, ni un essai orné de fiction ; c’est un magnifique périple existentiel qui va du Dedans au Dehors, du JE à l’Autre pour dire la condition humaine.

Dans la première session, la romancière a expliqué la genèse de son roman : un travail colossal de plusieurs mois croisant expérience personnelle (son séjour à Madagascar), cartes postales, archives, ressources, livres…. La présence de Hella durant l’atelier était une chance et un enrichissement réciproque. «Ce travail m’a conduite à interroger mes propres choix d’écriture et à expliciter certaines images, révélant la part parfois inconsciente de la création. Voir mon texte déplacé, transformé, réinventé dans une autre langue a constitué une expérience à la fois exigeante et profondément émouvante. L’atelier a également été pour moi l’occasion de renouer avec la langue arabe et d’en redécouvrir les subtilités. », dit la romancière.

Dans la même séance, deux représentantes de l’Institut Français ont éclairé les participants sur les activités et objectifs de ce dernier : langue française, livres, cultures, arts…; comment faire de la langue française un pont vers l’Autre.

Les autres sessions ont été consacrées à la traduction d’extraits choisis par l’animateur Walid Soliman. Adoptant une pédagogie exemplaire, mêlant théorie et pratique, rigueur et souplesse, celui-ci a incité les candidats à une exploration approfondie des mots : trouver le meilleur mot. Savoir traduire. « J’ai eu l’immense plaisir d’animer cet atelier de traduction qui porte sur le beau roman de Hella Feki et qui s’inscrit dans mon effort de contribuer à la formation d’une nouvelle génération de traducteurs littéraires dans le monde arabe. Grâce à l’organisation impeccable de l’agence Karkadé et à l’implication et le sérieux des participants, je peux dire que cet événement était une vraie réussite. J’espère qu’une nouvelle tradition d’ateliers de traduction littéraire voit le jour dans le Maghreb qui regorge de talents» dit-il.

La différence des profils (étudiants, doctorants, chercheurs….) et origines (Algérie, Tunisie, Egypte.) n’a nullement été un écueil pour les candidats : passionnés des lettres et des mots, travaillant en sous-groupes, ils ont réussi à tisser  un dialogue réciproque et fructueux. Au fur et à mesure, ils sont arrivés à donner le meilleur, à naviguer aisément d’une langue à l’autre; et ce grâce aux efforts fournis, aux conseils précieux de l’animateur, aux commentaires fructueux de Hella.

Un voyage vers soi passant par l’Autre

Le soir du 24 mars, les candidats ont assisté à une rencontre littéraire, au même lieu, avec l’éditeur tunisien Habib Zoghbi et Walid Soliman. Il est question de traduction, d’édition, et de lecture : un moment qui enrichit davantage l’atelier. Les deux ont notamment abordé longuement la traduction vers l’arabe de ‘‘Farouche liberté’’ (Gisèle Halimi et Annick Cojean); traduit par Walid et publié par Habib.

Compétences acquises. Objectifs réalisés. Atelier réussi. Pour clore cette aventure, Hella Feki lit un bel extrait de son roman : la beauté des mots et la voix de l’autrice ravivent Ranavalona III, comme si elle était là, aguicheuse dans sa robe chatoyante, son chapeau qui dompte l’air, le regard perdu entre ici et ailleurs.

Même si le programme de l’atelier condensé, le groupe a eu une douce mélancolie à la fin des sessions tellement l’activité était riche et enrichissante ; les mots sont devenus des Mots ; les langues sont devenues des ponts, les livres une seule épopée fraternelle, et la traduction un voyage vers soi passant par l’Autre. En somme, grâce à cet atelier, les frontières sont abolies et les rives, éparpillées tel un rêve impossible, sont désormais une seule toile couleur arc-en-ciel. 

* Ecrivain-poète algérien, fondateur du magazine littéraire ‘‘Lecture-Monde’’.

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