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«Biat O’Vert» | La Biat s’engage davantage dans la finance durable

La Biat lance «Biat O’Vert», une nouvelle offre dédiée au financement de la consommation et des projets responsables et à impact environnemental positif. Cette nouvelle offre s’inscrit pleinement dans la démarche de développement durable de la banque et consolide son engagement en faveur de la transition énergétique.

Dans un contexte où la transition écologique constitue un enjeu majeur, la demande en solutions de financement responsables continue de progresser de manière soutenue en Tunisie, portée par une volonté croissante de réduire l’empreinte carbone, par le développement des énergies renouvelables et par l’adoption de modes de consommation plus respectueux de l’environnement.

Face à ces enjeux, la Biat met à la disposition de ses clients, particuliers, professionnels et entreprises, sa nouvelle offre «Biat O’Vert» destinée à accompagner la réalisation de leurs projets à valeur environnementale.

Cette initiative traduit la volonté de la banque de proposer des solutions concrètes en réponse aux nouveaux besoins du marché.

Des conditions de financement avantageuses

Dédiée au financement d’un large éventail de projets, «Biat O’Vert» repose sur des conditions de financement avantageuses et adaptées aux spécificités de chacun d’entre eux, permettant ainsi de faciliter l’accès à des investissements durables.

Pour les particuliers et les professionnels, «Biat O’Vert» se décline en deux variantes :
«Biat O’Vert Rénov» facilite la réalisation de travaux liés à la réduction de la consommation d’énergie des logements et à l’amélioration de la gestion de l’eau, la modernisation d’équipements à fort impact environnemental et l’installation d’équipements utilisant des énergies renouvelables, tandis que ««Biat O’Vert Auto» favorise l’adoption de solutions de mobilité plus respectueuses de l’environnement à travers l’acquisition de véhicules hybrides ou électriques.

Cette offre accompagne également les entreprises dans leurs projets de transformation durable, de modernisation énergétique et de réduction de leur impact environnemental grâce à la variante «Biat O’Vert Entreprises».

Avec «Biat O’Vert», la Biat franchit une nouvelle étape en transformant ses financements en leviers de durabilité et en apportant des réponses adaptées aux attentes du marché.

A travers cette initiative, elle renforce son positionnement de banque citoyenne, innovante et confirme son engagement à soutenir la transition énergétique et à promouvoir les projets écoresponsables pour un avenir plus durable.

Acteur de référence en Tunisie

Banque universelle, acteur de référence en Tunisie, la Biat constitue aujourd’hui un groupe bancaire solide avec ses filiales dans les domaines de l’assurance, de la gestion d’actifs, du capital-investissement, de l’intermédiation boursière et du conseil.

Implantée sur tout le territoire, la Biat compte aujourd’hui 206 agences à travers toute la Tunisie. Près de 2500 collaborateurs travaillent au service de tous ses clients : particuliers, professionnels, PME, grandes entreprises et institutionnels.

Très attentive à sa responsabilité sociétale, la Biat a traduit son positionnement citoyen par de nombreux engagements. La création de la Fondation BIAT pour la jeunesse tunisienne, au printemps 2014, en est emblématique et ancre cet engagement de façon pérenne.

Communiqué.

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La Villa Baizeau fait revivre l’héritage de Le Corbusier à Carthage

La Villa Baizeau à Carthage, unique création africaine de Le Corbusier, retrouve une place centrale sur la scène culturelle tunisienne à l’occasion des célébrations du 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la Tunisie et la Suisse. Un programme allie art contemporain, réflexion architecturale et valorisation du patrimoine moderne.

L’ambassade de Suisse a présenté cette initiative comme l’ouverture d’une année commémorative dédiée aux personnalités suisses ayant marqué durablement la Tunisie.

L’événement phare de ce programme sera l’exposition «Ma maison est un Le Corbusier (Villa Baizeau)» de l’artiste italien Cristian Chironi, qui se tiendra du 3 avril au 17 juin 2026 au Centre d’art contemporain La Boîte à Tunis.

Ce projet s’inscrit dans une démarche initiée par Chironi en 2015, fondée sur l’idée d’«habiter» de manière critique l’architecture de Le Corbusier afin d’interroger son héritage culturel et urbain contemporain.

Mémoire, paysage et modernisme

Au cœur du projet se trouve la Fiat 127 Special «Caméléon», utilisée lors de la performance itinérante «Carthage Drive» les 24 et 25 mars, comme extension mobile de l’exposition. Plus qu’un simple accessoire, la voiture devient un dispositif narratif et performatif grâce auquel l’artiste met en mouvement mémoire, paysage et modernisme, transformant le trajet urbain en une expérience esthétique et critique.

Cette initiative est organisée en collaboration avec la Fondation Le Corbusier, l’Association tunisienne pour la recherche en architecture et l’École nationale supérieure d’architecture et d’urbanisme (Enau) de Tunis, avec le soutien de l’Institut culturel italien en Tunisie, de l’ambassade d’Italie en Tunisie et de la Coopération suisse en Tunisie.

Le projet sera accompagné d’une publication des Éditions Lenz et d’une conférence le 2 avril à l’Enau, dans le cadre de la Journée du design italien, avec la participation, entre autres, de Brigitte Bouvier de la Fondation Le Corbusier, de Tarek Baccouche, directeur général de l’Institut national du patrimoine (INP), et de l’architecte Chacha Atallah.
Cette initiative culturelle ne se limite pas à une simple exposition ; elle vise à relancer le débat autour d’un édifice singulier dans l’histoire de l’architecture tunisienne et du XXe siècle. Construite entre 1928 et 1930 sur la colline Sainte-Monique, dominant la mer à Carthage, la villa fut commandée par l’entrepreneur Lucien Baizeau et conçue par Le Corbusier sans que l’architecte ne se rende jamais sur place, travaillant à distance à partir de photographies, de plans et de correspondance. La Fondation Le Corbusier la considère comme le seul projet architectural qu’il ait conçu en Afrique.

L’architecture corbuséenne adaptée au climat méditerranéen

Sur le plan formel, la Villa Baizeau est perçue comme une étape majeure dans le développement du langage corbuséen adapté au climat méditerranéen. L’édifice intègre les principes de la Maison Dom-Ino et les «cinq points» de l’architecture moderne : un plan ouvert, des façades détachées de la structure, de vastes terrasses en surplomb pour se protéger du soleil et des vents chauds, et un système de ventilation naturelle assurant la circulation de l’air du rez-de-chaussée jusqu’au toit.

Le thème même de la protection solaire, déjà encouragé par le client, est interprété par les spécialistes comme l’un des prémices du développement ultérieur du brise-soleil dans l’œuvre de Le Corbusier.

L’histoire de la villa est cependant aussi celle d’un retrait progressif du regard public. Après l’indépendance de la Tunisie, le bâtiment fut nationalisé en 1961 et intégré au périmètre du palais présidentiel de Carthage. Selon la Fondation Le Corbusier, il abrite aujourd’hui les archives de l’Agence générale de renseignement tunisienne et est de fait inaccessible. Ces dernières années, cette inaccessibilité même a contribué à en faire un objet quasi mythique pour les architectes, les chercheurs et les acteurs culturels, alimentant des initiatives d’exposition et des projets de réinterprétation artistique, comme celui actuellement mené à Tunis.

Dans le contexte tunisien, la redécouverte de la Villa Baizeau s’inscrit également dans un processus plus large de reconnaissance du patrimoine moderniste. Un article publié par Archibat et signé par un architecte de l’INP rappelle que le dossier de protection juridique du bien a été validé par la Commission nationale du patrimoine en juillet 2023 et qu’un décret du ministère des Affaires culturelles relatif à la protection des monuments historiques et archéologiques a été publié au Journal officiel tunisien le 26 janvier 2024. Il s’agit d’une étape importante, car elle témoigne d’une attention croissante portée à un patrimoine architectural longtemps resté marginalisé par rapport au patrimoine archéologique et monumental plus connu du pays.

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La Tunisie teste un film anti-évaporation sur les barrages

La Tunisie, qui souffre d’un stress hydrique structurel dû au réchauffement climatique, a lancé un essai pilote à Lebna (photo), dans le Cap Bon, visant à réduire l’évaporation de l’eau stockée dans les barrages, l’une des principales sources de pertes pour le système hydrique national durant l’été. La technique consiste à appliquer un film protecteur mince à la surface de l’eau afin de limiter l’évaporation.

Cette initiative a été annoncée par le secrétaire d’État aux Ressources hydrauliques, Hamadi Habaieb, en marge de la signature, le 30 mars 2026, de 14 contrats de programmes de recherche au Centre de biotechnologie Borj Cédria, dans le gouvernorat de Ben Arous.

Le projet pilote est en cours au barrage de Lebna, dans le gouvernorat de Nabeul, où des tests en laboratoire ont débuté pour évaluer l’impact du matériau sur l’eau potable et l’irrigation, avant une éventuelle extension à d’autres infrastructures.

Habaieb a expliqué que la Tunisie perd près d’un million de mètres cubes d’eau par jour par évaporation en été, un volume que les autorités comparent à la consommation cumulée du Grand Tunis, de Nabeul, du Sahel et de Sfax.

L’installation de panneaux solaires flottants figure parmi les solutions envisagées pour atténuer l’impact de la chaleur et du changement climatique sur les ressources en eau.

Ce test intervient alors que les réservoirs du pays connaissent une relative amélioration. Au 30 mars, le taux de remplissage des barrages tunisiens atteignait 58 %, un niveau qualifié de «rassurant» par les autorités et supérieur à celui de la même période l’an dernier.

Les récentes pluies en Tunisie ont également contribué à la remontée des nappes phréatiques, atteignant près de quatre mètres par endroits. Cette amélioration est cependant inégale. Dans le dernier bilan régional publié le 24 mars, Habaieb a indiqué des niveaux supérieurs à 67 % dans le Nord et à plus de 90 % au Cap Bon, tandis que les barrages du Centre restaient stables entre 12 et 13 %. Dans le même temps, le secrétaire d’État a évoqué une augmentation des réserves d’environ 500 millions de mètres cubes par rapport à l’année précédente.

La Banque africaine de développement (BAD) décrit le pays comme souffrant de pénuries d’eau chroniques, avec moins de 450 mètres cubes d’eau par habitant et par an, soit en dessous du seuil de pénurie absolue fixé à 500 mètres cubes.

Le gouvernement a reconnu la sécheresse comme une catastrophe naturelle pour la campagne agricole 2023-2024 dans 12 gouvernorats, signe que la restauration des barrages ne suffira pas à effacer les effets cumulés de plusieurs années de stress hydrique.

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Tunis | Le Festival du film palestinien au cinéma Le Rio

La Tunisie s’apprête à accueillir la première édition du Festival du film palestinien, qui se tient du 2 au 12 avril 2026 au cinéma Le Rio à Tunis, avec le réalisateur Michel Khleifi comme invité d’honneur.

Selon les organisateurs, cette initiative s’inscrit dans une saison culturelle où la thématique palestinienne continue d’être présente à travers le langage cinématographique, ainsi que dans le débat public et citoyen tunisien.

L’événement vise à présenter le cinéma palestinien non seulement comme un témoignage politique, mais aussi comme une production artistique autonome, capable de raconter la mémoire, l’identité, l’exil et le quotidien.

Cette première édition est dédiée à la mémoire de Maître Ismaïl Al Junaidi, avocat palestinien originaire d’Hébron, qui avait choisi la Tunisie comme seconde patrie, soulignent les organisateurs.

La présence de Michel Khleifi confère au festival une forte dimension symbolique. Né à Nazareth en 1950, Khleifi est considéré par les sources biographiques officielles comme l’un des fondateurs du cinéma palestinien contemporain et l’une de ses voix les plus influentes. Parmi ses œuvres les plus connues figure ‘‘Noce en Galilée’’, film de 1987 primé à l’international, qui sera projeté au Rio aujourd’hui, jeudi 2 avril.

Michel Khleifi.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte tunisien déjà sensible au cinéma palestinien. Lors du Festival international du film de Carthage de 2025, la Palestine était déjà à l’honneur avec des hommages et des œuvres dédiées, signe d’une continuité culturelle qui trouve aujourd’hui une nouvelle forme dans un festival entièrement consacré à cette production.

En ce sens, le nouvel événement du Rio apparaît comme une nouvelle étape de l’engagement historique de la Tunisie envers la cause palestinienne, traduit ici dans un contexte culturel et cinématographique.

Dans le paysage culturel tunisien, la mission du festival est double : d’une part, offrir une plateforme stable aux réalisateurs, aux œuvres et aux récits palestiniens, et d’autre part, consolider la place de Tunis comme un centre névralgique du cinéma d’auteur lié aux grandes problématiques méditerranéennes et moyen-orientales.

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In Memoriam | Sadok Belaid tel que je l’ai connu

Hommage au Doyen Sadok Belaid, décédé le 7 mars 2026 à 87 ans, que j’avais eu comme professeur de droit constitutionnel en première année à Faculté de droit et des sciences politiques et économiques de Tunis (1977), de droit international public, en troisième année (1979) et de droit international en DEA (1982).

Raouf Chatty *  

A l’époque, il n’avait que 33 ans, quand il succéda à Chedly Ayari, appelé à des fonctions ministérielles, au poste de Doyen. Son nom était sur toutes les lèvres. Il avait la stature et la réputation d’un grand professeur et d’un excellent manager. Étudiants comme enseignants, maîtres de conférences, maitres -assistants et assistants lui vouaient un grand respect, car il était le premier Tunisien agrégé en droit public de l’université de la Sorbonne.

L’homme, réputé pour sa rigueur et sa fermeté, tenait la faculté en main et rien ne lui échappait. Ceux qui l’avaient côtoyé de près se félicitaient de son honnêteté intellectuelle, de son intelligence portée par un remarquable esprit de synthèse, de ses capacités de gestion et de son sens aiguë du rôle que doit jouer l’université dans la vie de la nation. 

Un grand maître.

Par sa présence, son aura, son choix vestimentaire (il était souvent en costume noir), le sérieux et la rigueur qu’il dégageait, sa science et sa pédagogie, il ne passait pas inaperçu. C’était ce qu’on appelle un grand maître.

Chaque fois qu’il entrait dans l’amphithéâtre 1, à 9 heures tapantes, toujours ponctuel, pour son cours de droit constitutionnel, il posait son porte-documents en cuir noir sur le pupitre et entamait ses conférences devant plusieurs centaines d’étudiants. Les portes de l’amphithéâtre étaient aussitôt refermées et aucun retardataire ne se hasardait à s’annoncer, sachant que celles et ceux qui avaient osé le faire furent renvoyés sèchement et illico presto, le Professeur Belaid ne tolérant aucun retard et avait horreur de voir ses conférences perturbées de quelque manière que ce soit. 

Les étudiants, pour leur part, se précipitaient pour être aux premières loges. Ils prenaient plaisir à suivre studieusement ses conférences qui étaient bien structurées, claires et concises, alliant érudition, rigueur et pédagogie. 

Le Professeur Belaid, qui maniait brillamment la langue de Molière, ce qui lui permettait de familiariser les étudiants que nous étions aux concepts de sa discipline, le droit constitutionnel. Il avait d’ailleurs beaucoup de facilité à faire comprendre les idées et les thèmes qu’il développait avec une évidente aisance. Il faut dire que cette aisance était le fruit d’un grand travail, car il préparait minutieusement ses conférences et ne laissait rien au hasard. Il était d’autant plus exigeant avec les autres qu’il l’était, d’abord, avec lui-même. Son but fondamental était que les étudiants disposent des clés indispensables pour se familiariser avec la discipline enseignée, en comprendre les tenants et aboutissants et ne pas se perdre dans les détails… Sa méthode nous aidait beaucoup dans les recherches que nous faisions et dans nos lectures des ouvrages spécialisés de grands juristes français comme Maurice et André Hauriou, Georges Burdeau, Maurice Duverger et autres Marcel Waline.

Le Professeur Belaid dispensait ses conférences comme un mathématicien soucieux de logique et de sens. 

Ironie, drôlerie et finesse d’esprit

Le sérieux qui caractérisait sa démarche n’excluait pas un humour fin. Qui ne se souvient de ses réparties sarcastiques pleines de finesse, comme de ses réactions virulentes lorsque des étudiants étrangers à la faculté envahissaient l’amphithéâtre pour faire sortir de force les étudiants et les obliger à assister aux assemblées générales qu’ils tenaient dans l’enceinte de la faculté ?

Dans de telles circonstances, le Professeur Belaid agit en démocrate en s’adressant, micro en main, à l’amphithéâtre pour inviter les étudiants voulant participer aux AG à le faire de plein gré. Comme très peu d’étudiants se laissaient intimider par les appels des organisateurs des AG et préféraient suivre le cours, le Professeur Belaid en prenait immédiatement acte, donnait l’ordre aux agitateurs de quitter immédiatement l’amphithéâtre et continuait calmement à donner sa conférence, comme si de rien n’était. 

Interpellant, un jour, une étudiante qui, voulant se faire remarquer, défonça la porte de l’amphithéâtre, vingt minutes après le commencement du cours, il lui intima l’ordre de quitter les lieux en prenant soin de lui faire remarquer : «Mademoiselle, la faculté a ses règles qui doivent être respectées.»

Aux étudiants qui s’inquiétaient de la grande sélection aux épreuves de première et de deuxième année, le pourcentage des admis en premier cycle (Deug) ne dépassant jamais les 25% du nombre des candidats, sessions de juin et de septembre comprises, il répondait de manière sarcastique : «Ne vous en faites pas, vous serez licenciés d’une manière ou d’une autre !». Ainsi, tout le monde savait à quoi s’en tenir et redoublait d’effort pour traverser le cap.

Quant aux sujets qu’il donnait pour les examens de fin d’année, souvent redoutés par les étudiants, ils étaient souvent axés sur des questions transversales qui faisaient appel à l’intelligence des étudiants et à leur capacité de synthèse. Il accordait une grande importance à la manière avec laquelle ses étudiants abordaient ces sujets.

Lors de la correction des épreuves, il était intraitable sur la question du plan en deux parties, tout comme sur l’esprit de synthèse, la rigueur de l’analyse et la clarté de la dissertation.

Je me rappelle, à titre d’exemples, de ces sujets que nous avions eu à traiter : «Constitutions coutumières et coutumes constitutionnelles» ou encore «Un État peut-il vivre sans Constitution ?» Celles et ceux qui obtenaient une bonne note, c’est-à-dire 16/20 dans le meilleur des cas, étaient félicités par leurs camarades qui cherchaient à connaître les secrets de leur performance. 

A ce sujet, le Professeur Belaid avait pris coutume de dire : «L’essentiel ce n’est pas de travailler, mais plutôt de savoir comment travailler. Je veux des têtes bien faites et non des têtes pleines.»

Par ailleurs, celles et ceux qui ont l’honneur de préparer des mémoires de troisième cycle ou des thèses de doctorat sous sa direction se rappellent toujours des séances harassantes et exigeantes qu’ils ont eues avec lui, travaillant au peigne fin leurs brouillons, ne laissant rien passer sans le soumettre à la loupe de la rigueur et de la méthode, exigeant de tout doctorant de grands efforts pour apporter du nouveau et s’éloigner des sentiers battus.

Chaque thèse de doctorat prenait quatre années de travail acharné pour voir le jour. Le récipiendaire pouvait légitimement se targuer d’avoir eu pour directeur de thèse le Doyen Belaid. A ce propos, feu Lazhar Bououny, futur professeur de droit, Doyen et ministre, et qui fut son assistant de droit constitutionnel en 1976/1977, me racontait les souffrances endurées lors de la préparation de sa thèse de doctorat sous la direction du Doyen Belaid, pour qui il avait un profond respect. 

Il a formation de hauts cadres de la nation

Je me rappelle toujours de la soutenance de thèse de doctorat d’État de droit public de Hafedh Ben Salah, devenu ultérieurement doyen de la Faculté de droit et ministre. Ce dernier avait travaillé sous le patronage du Doyen Belaid. Son travail était de l’avis de tous réellement un chef d’œuvre de rigueur. Cela n’avait pas empêché un membre du jury, lors de la soutenance, devant une salle archicomble, en présence de hauts magistrats, d’universitaires et de certains ministres, de lui lancer des fléchettes, pour entendre le Doyen Belaid lui rétorquer : «Maintenant que vous avez lancé vos fléchettes au candidat, je souhaite vous dire que nous les recevons avec bonheur.» Ce à quoi, le concerné, qui était assis à l’extrême droite de la table, est monté au créneau pour signifier avec tact au Doyen  Belaid : «Ni la gauche ni la droite ne soutiennent le centre», allusion faite au Professeur Belaid qui était assis, ce jour-là, au centre de la table du jury. Le prenant à la lettre, ce dernier lui rétorqua : «Le centre n’a pas besoin de soutien, du fait qu’il se tient de lui-même», au grand bonheur des présents, qui avaient apprécié ce tic-au-tac entre deux grands juristes.

En pleine année universitaire 1979, des rumeurs ont couru qui prêtaient au Professeur Belaid d’avoir refusé le poste de ministre de l’Enseignement supérieur que venait de lui proposer le Premier ministre de l’époque, Hedi Nouira. Ces rumeurs étaient fondées. Les milieux universitaires en étaient au courant. Le poste est reviendra au vice-doyen de la Faculté de droit, Abdelaziz Ben Dhia, professeur de droit civil et ami de longue date du Doyen Belaid…

Ce dernier croyait fermement au rôle de l’université dans la formation de hauts responsables de la nation, des cadres rigoureux, disciplinés, honnêtes, ayant le sens de l’honneur et du travail bien accompli et capables de jouer pleinement leurs rôles dans le développement de la Tunisie. Il avait largement contribué à doter notre pays de centaines de cadres supérieurs qui lui sont redevables de ce qu’ils sont devenus.

Le Doyen Belaid restera toujours l’exemple à suivre par toute personne imbue d’amour pour son pays. Paix à son âme. Puisse le Tout Puissant lui accorde miséricorde et l’accueillir dans son éternel paradis.

* Ancien ambassadeur.  

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Tunisiepara | La parapharmacie la moins chère en Tunisie

En Tunisie, les habitudes de consommation évoluent rapidement, notamment dans le domaine de la santé et du bien-être. Les consommateurs recherchent aujourd’hui des produits à la fois fiables, accessibles et proposés à des prix raisonnables. Dans ce contexte, Tunisiepara.com s’impose progressivement comme une solution innovante, en mettant à disposition une large gamme de produits de parapharmacie à des tarifs particulièrement compétitifs.

Grâce à un positionnement clair, Tunisiepara.com attire une clientèle variée, composée aussi bien de familles que de jeunes actifs ou de personnes soucieuses de leur santé et de leur budget. La plateforme répond ainsi à une demande croissante pour une parapharmacie en ligne accessible et économique en Tunisie.

Les meilleurs prix du marché grâce à une veille tarifaire permanente

L’un des principaux atouts de Tunisiepara repose sur sa politique de prix. Contrairement aux modèles traditionnels, la plateforme a mis en place une veille quotidienne des prix pratiqués sur le marché tunisien. Cette approche permet d’ajuster régulièrement les tarifs afin de rester compétitif.

L’objectif est d’offrir aux consommateurs tunisiens les meilleurs prix possibles, sans compromettre la qualité des produits. Lorsqu’un écart est constaté, les équipes procèdent à un ajustement rapide afin de garantir un positionnement avantageux.

Une nouvelle référence pour consommer mieux et moins cher

Grâce à cette stratégie, Tunisiepara s’impose aujourd’hui comme la parapharmacie la moins chère en Tunisie. Ce positionnement répond à une réalité économique où le pouvoir d’achat constitue un critère déterminant dans les décisions d’achat.

Cette approche permet de rendre accessibles des produits essentiels, notamment dans les domaines des soins pour bébés, des compléments alimentaires et des produits dermatologiques, tout en maintenant un niveau de qualité élevé.

Un catalogue complet : plus de 10 000 produits disponibles

Tunisiepara propose un catalogue riche de plus de 10 000 produits, couvrant l’ensemble des besoins du quotidien. On y retrouve notamment des produits pour bébé et maternité, des soins capillaires et anti-chute, des compléments alimentaires, des soins du visage et du corps, ainsi que des écrans solaires adaptés au climat tunisien et des produits d’hygiène.

Cette diversité permet aux consommateurs de trouver facilement des solutions adaptées à leurs besoins, en un seul espace, sans avoir à multiplier les points d’achat.

Une offre adaptée aux réalités locales

La sélection des produits tient compte des spécificités du marché tunisien. La demande en protection solaire, par exemple, est particulièrement élevée dans les régions du sud et sur les zones côtières, tandis que les compléments alimentaires et les soins capillaires restent très sollicités sur l’ensemble du territoire.

Qualité et contrôle : laboratoire interne pour tester les produits

Au-delà de la question des prix, Tunisiepara accorde une attention particulière à la qualité des produits proposés. La plateforme dispose d’un laboratoire interne dédié au test et au contrôle des produits avant leur mise en vente.

Cette démarche permet de garantir l’authenticité des produits, leur conformité aux normes ainsi que leur efficacité. Les contrôles sont réalisés avec l’appui de professionnels, notamment des consultants en parapharmacie et des dermatologues, afin d’assurer une sélection rigoureuse.

Des marques reconnues et accessibles

Tunisiepara travaille avec plusieurs marques internationales reconnues telles que La Roche-Posay, SVR, Uriage, Eucerin, Avène, Mustela, Bioderma ou encore Vichy.

La plateforme est également partenaire officiel et unique en Tunisie de la marque APEDERM, ce qui lui permet de proposer des produits exclusifs, difficilement accessibles ailleurs sur le marché local.

Grâce à sa politique de prix, ces marques deviennent plus accessibles à une large partie de la population tunisienne.

Expérience client simplifiée : accessibilité et accompagnement

Tunisiepara propose une expérience utilisateur fluide, avec un site accessible 24h/24 et 7j/7. Les commandes peuvent être effectuées à tout moment, avec une livraison assurée sur l’ensemble du territoire tunisien.

En parallèle, une équipe dédiée reste disponible pour accompagner les clients dans leurs choix et répondre à leurs questions via différents canaux de communication. Cet accompagnement permet d’orienter les utilisateurs vers les produits les plus adaptés à leurs besoins.

Des avantages concrets

Tunisiepara propose également plusieurs services destinés à faciliter l’expérience d’achat, notamment la livraison gratuite à partir d’un certain montant, le paiement sécurisé à la livraison, ainsi que des promotions régulières et des ventes flash tout au long de l’année. Le service client reste disponible en continu, y compris pendant les jours fériés.

Tunisiepara, un modèle qui s’inscrit dans la durée

En combinant prix compétitifs, diversité de l’offre et exigence en matière de qualité, Tunisiepara s’impose aujourd’hui comme un acteur majeur de la parapharmacie en ligne en Tunisie.

Son positionnement basé sur l’accessibilité et la transparence répond aux attentes actuelles des consommateurs, tout en accompagnant l’évolution du secteur vers des solutions plus modernes et plus pratiques.

Avec une croissance continue et une stratégie centrée sur les besoins du marché, Tunisiepara confirme sa place parmi les plateformes les plus attractives pour l’achat de produits de parapharmacie en Tunisie, au meilleur prix.

Communiqué.

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Guerre d’Iran | Le scandale financier de Pete Hegseth !

Le Financial Times, en se basant trois sources, a révélé qu’un courtier travaillant pour le secrétaire américain à la Guerre Pete Hegseth a tenté de réaliser un investissement important dans une grande entreprise du secteur de la défense quelques semaines seulement avant le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.

Imed Bahri

Ces sources ont indiqué que le courtier de M. Hegseth qui travaille à Morgan Stanley avait contacté BlackRock, plus grand gestionnaire d’actifs au monde, en février, au sujet d’un investissement de plusieurs millions de dollars dans le fonds négocié en bourse (ETF) baptisé iShares Defense Industrials Active (IDEF) appartenant à la société de gestion d’actifs, peu avant le lancement des opérations militaires américaines contre Téhéran.

Les sources ont ajouté que cette demande, formulée pour le compte d’un client potentiel de premier plan avait fait l’objet d’une enquête interne chez BlackRock.

Selon BlackRock, le fonds IDEF doté de 3,2 milliards de dollars vise à «saisir les opportunités de croissance en investissant dans des entreprises susceptibles de bénéficier de l’augmentation des dépenses publiques en matière de défense et de sécurité, dans un contexte de fragmentation géopolitique et de concurrence économique»

Ses investissements les plus importants comprennent des géants de la défense tels que RTX, Lockheed Martin et Northrop Grumman dont le principal client est le Pentagone ainsi que la société d’intégration de données Palantir.

Suite à l’article du Financial Times, le porte-parole du Pentagone Sean Parnell a écrit sur la plateforme X : «Cette allégation est totalement fausse et inventée de toutes pièces. Le secrétaire Hegseth et ses représentants n’ont jamais contacté BlackRock au sujet d’un tel investissement»

BlackRock et Morgan Stanley ont refusé de commenter.

Un acteur clé de la guerre contre l’Iran

Hegseth est un acteur clé de la guerre contre l’Iran et l’un de ses plus fervents partisans au sein de l’administration Trump. Il se vante fréquemment de la puissance militaire américaine et n’hésite pas à instrumentaliser la religion chrétienne dans ce conflit. 

L’investissement évoqué par l’intermédiaire de Hegseth ne s’est finalement pas concrétisé car le fonds, lancé en mai de l’année précédente, n’était pas encore accessible aux clients de Morgan Stanley. Bien que les fonds négociés en bourse (ETF) soient conçus pour être achetés et vendus aussi facilement que des actions, leur large disponibilité fait que la plupart des grandes plateformes de courtage et de négociation n’offrent qu’une fraction des plus de 14 000 ETF actuellement existants.

On ignore si Hegseth a par la suite trouvé un autre fonds spécialisé dans la défense pour finaliser son investissement. Ces fonds sont prisés des investisseurs particuliers car ils offrent souvent des frais réduits et un traitement fiscal plus avantageux que les fonds communs de placement ainsi qu’une entrée et une sortie plus rapides.

Le fonds IDEF, coté au Nasdaq, a progressé de 28% l’an dernier mais n’a pas su tirer profit du conflit au Moyen-Orient, chutant d’environ 13% le mois dernier.

Si l’échec de la finalisation de l’accord avec BlackRock a pu éviter des pertes à court terme, la volonté de Hegseth de réaliser un tel investissement au moment même où le département de la Guerre, qu’il dirige, se préparait à une campagne militaire de grande envergure risque de susciter une vive controverse.

Un chef du Pentagone très soluble dans l’argent

Ces discussions sur les investissements dans la défense interviennent alors que les analystes de Wall Street font l’objet d’un examen minutieux concernant leurs transactions sur les marchés financiers et spéculatifs, dans un contexte de décisions imminentes de l’administration Trump.

Hegseth est un fervent défenseur de la campagne américaine contre l’Iran et le président Donald Trump le considère comme le premier, au sein de son cercle de sécurité nationale, à plaider en faveur d’une guerre.

Durant son passage à Fox News, Hegseth a perçu 4,6 millions de dollars entre 2022 et 2024 selon une déclaration qu’il a soumise lors de ses auditions de confirmation au Sénat. Il a également reçu environ 500 000 dollars d’avances pour deux livres durant cette période, en plus de droits d’auteur allant de 100 000 à 1 million de dollars chacun. Il a par ailleurs perçu près de 900 000 dollars d’honoraires pour des conférences.

Sa dernière déclaration de patrimoine, publiée en juin 2025, révèle que le secrétaire à la Guerre a vendu des actions dans 29 sociétés différentes, chaque opération étant évaluée entre 1001 et 50 000 dollars.

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Bizerte | Vers l’émergence d’un hub numérique sud-méditerranéen

L’arrivée stratégique du câble sous-marin Medusa à Bizerte ouvre des perspectives inédites pour le développement d’infrastructures numériques de pointe dans la région. C’est dans ce cadre qu’une expertise de haut niveau en ingénierie numérique a récemment exploré la viabilité de l’implantation de data centers au sein de ce gouvernorat du nord de la Tunisie. (Photo : Medusa fait de Bizerte la porte d’entrée naturelle des flux numériques entre l’Europe et l’Afrique).

Lotfi Sahli

Sollicité pour apporter un éclairage technique sur les spécificités du paysage énergétique local, cet échange a permis d’évaluer comment transformer cette connectivité internationale en un levier de croissance concret. L’objectif est clair : harmoniser les capacités de la fibre optique avec les ressources territoriales pour positionner Bizerte comme un pôle technologique majeur, prêt à accueillir les défis de l’intelligence artificielle (IA) et de l’économie de la donnée.

Mutation des forteresses numériques

Pour comprendre l’enjeu, il faut d’abord définir ce qu’est un data center moderne. Ces infrastructures, véritables poumons de l’Internet, ne sont plus de simples entrepôts de serveurs. Elles se classent désormais selon une hiérarchie de puissance et de service :

Le Petit/Edge (< 1 MW) : déployé localement (bureaux, usines) pour garantir une latence minimale.

Le Moyen (1-10 MW) : le standard pour la colocation d’entreprises.

Le Grand (10-100 MW) : opéré par les grands fournisseurs de Cloud.

L’Hyperscale (> 100 MW) : des infrastructures colossales portées par les géants comme Google ou AWS, capables de gérer des flux mondiaux sur des surfaces dépassant les 50 000 m².

Au-delà de la taille, c’est la densité par baie (ou rack) qui dicte la complexité technique. Si une baie standard consomme entre 5 et 10 kW, l’explosion de l’IA et du calcul intensif (HPC) propulse les besoins vers des sommets de 40 à 60 kW, transformant chaque armoire en une source de chaleur intense qu’il faut impérativement maîtriser.

Les data center moderne, véritables poumons de l’Internet, ne sont plus de simples entrepôts de serveurs.

L’efficacité énergétique, juge de paix du PUE

Dans cette course à la puissance, la rentabilité et l’écologie se rejoignent autour d’un indicateur clé : le Power Usage Effectiveness (PUE). Il mesure le rendement énergétique en comparant l’énergie totale consommée par le centre à celle réellement utilisée par les serveurs.

PUE= Puissance totale consommée en KWH/Energie IT en KWH.

Un score de 1,0 représente la perfection théorique. Aujourd’hui, les projets les plus ambitieux visent un PUE situé entre 1,1 et 1,3. Pour y parvenir, l’innovation se porte sur le refroidissement, qui représente souvent 40 % de la facture électrique :

Free cooling : utilisation de l’air extérieur pour refroidir les circuits, réduisant la climatisation de 70 à 90 % ;

Refroidissement adiabatique : vaporisation d’eau pour abaisser la température par évaporation, une solution très économe en énergie ;

Liquid Cooling (Direct-to-Chip) : cette technologie émergente, qui sera présente dans 20 % des nouveaux centres d’ici fin 2026, utilise un liquide caloporteur circulant directement sur les processeurs. Elle est 1 000 fois plus efficace que l’air pour gérer les charges de travail liées à l’IA.

Medusa, le détonateur de la souveraineté numérique

L’atterrissement du câble sous-marin Medusa à Bizerte en novembre 2025 change radicalement la donne pour la Tunisie. Reliant la Tunisie à la France (Marseille) et à 12 autres pays, ce lien de fibre optique de 8 700 km offre une capacité vertigineuse de 24 Tbps.

En multipliant la bande passante par dix et en garantissant une latence inférieure à 10 ms, Medusa fait de Bizerte la porte d’entrée naturelle des flux numériques entre l’Europe et l’Afrique. Cette connectivité directe permet d’envisager l’hébergement local de données critiques, renforçant ainsi la souveraineté numérique tunisienne.

SoleCrypt : un phare à Bizerte

C’est précisément sur ce terreau fertile que germe le projet de SoleCrypt, en partenariat avec Schneider Electric. Annoncé en janvier 2026, ce cluster de data centers durables au sein du Parc d’activités économiques de Bizerte (PAEB) se veut exemplaire :

Puissance et échelle : une capacité totale prévue de 20 MW (phase initiale de 10 MW) en architecture Tier III.

Optimisation IA : utilisation des architectures Nvidia et du refroidissement liquide pour supporter des densités allant jusqu’à 80 kW par baie.

Énergie Verte : pour limiter son empreinte carbone, le cluster sera couplé à un projet de production solaire de 60 MW basé à Tozeur.

Sous l’impulsion d’Amir Ben-Gacem, SoleCrypt ne se contente pas de bâtir une infrastructure ; le projet crée un écosystème. La proximité immédiate (2 km) des câbles sous-marins et l’expertise locale en gestion énergétique font de ce site l’un des futurs poumons numériques de l’Afrique.

Vers un corridor numérique méditerranéen

La convergence entre la puissance de Medusa, l’innovation technique du refroidissement liquide et la maîtrise du paysage énergétique local dessine un avenir prometteur. La Tunisie ne se positionne plus seulement comme un consommateur de technologies, mais comme un hébergeur de classe mondiale, capable d’attirer les fintechs et les laboratoires d’IA les plus exigeants.

Bizerte, forte de son histoire et de sa géographie, s’impose désormais comme le pivot central de cette révolution numérique durable.

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ISO 17020 | Le contrôle technique au service de la sécurité industrielle

L’accréditation ISO 17020 s’impose aujourd’hui comme un véritable levier de transformation pour les bureaux d’inspection et de contrôle technique. Dans un environnement national industriel marqué par le vieillissement des installations et l’intensification des exigences en matière de sécurité, ces acteurs ne sont plus de simples intervenants techniques : ils deviennent des garants stratégiques de la maîtrise des risques et de la performance industrielle.

Taoufik Halila & Mohamed Férid Herelli *

La sécurité industrielle n’est plus une option. Elle conditionne à la fois la protection des personnes, la pérennité des investissements et l’attractivité économique pour des nouveaux projets.

Dans ce contexte, les organismes d’inspection occupent une position centrale dans le dispositif de prévention. L’orientation récente des autorités tunisiennes vers un alignement sur les exigences de la norme ISO/IEC 17020 envoie un signal fort : élever le niveau d’exigence, structurer le secteur et instaurer une culture de confiance durable avec un alignement à l’échelle internationale.

Anticiper les risques et détecter les alertes

Concrètement, un organisme d’inspection performant agit à plusieurs niveaux. Il sécurise d’abord les fondamentaux en garantissant la conformité réglementaire des équipements critiques, depuis les appareils, à pression, de levage et manutention jusqu’aux installations électriques. Mais son rôle va bien au-delà. Il anticipe les risques, détecte les signaux alarmants et contribue activement à éviter les défaillances avant qu’elles ne deviennent des incidents majeurs.

Sa valeur ajoutée réside également dans sa capacité à accompagner les acteurs industriels. Par ses interventions régulières, il améliore les conceptions, optimise les processus et facilite l’intégration des évolutions technologiques.

La surveillance continue des installations en exploitation renforce cette dynamique en assurant une conformité durable, notamment dans des domaines sensibles comme le gaz, la manutention ou les systèmes thermiques Cette approche globale repose sur un socle clair : compétence, impartialité et indépendance. C’est précisément ce que garantit la norme ISO/IEC 17020, devenue le référentiel incontournable à l’échelle internationale. L’accréditation n’est plus un simple label : elle constitue une preuve tangible de fiabilité et un passeport pour la reconnaissance, tant au niveau national qu’international.

En effet, au-delà de l’ISO 17020, qui garantit l’impartialité et la compétence technique des organismes d’inspection, l’accès à des secteurs à haute valeur technologique exige des normes complémentaires, notamment l’ISO 9001 pour le management de la qualité, des normes produits spécifiques, telles que EN 9100 pour le secteur aéronautique, l’IATF 16949 pour l’automobile et des guides techniques sectoriels (ILAC P15).

Ainsi, le récent communiqué du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie (voir ci-dessous) s’inscrit-il dans une logique ambitieuse pour généraliser l’accréditation, harmoniser les pratiques et renforcer la coordination entre les différents acteurs concernés à savoir les ministères, les industries, les organismes exerçants dans le domaine de l’environnement, les assurances, la protection civile ce qui permettrait de construire et bâtir un système plus cohérent, plus transparent et plus efficace.

Cette dynamique ouvre également des perspectives importantes en matière d’emploi et favorise l’émergence de nouvelles compétences.

Montée en compétences des ressources

Par ailleurs il est important de signaler que, le secteur devrait accélérer sa modernisation et ce par l’intégration des nouvelles  technologies telles que les contrôles non destructifs, la numérisation, l’intelligence artificielle, l’industrie 4.0 et en même temps redéfinir ses indicateurs d’efficacité et de performance.et ce en se basant sur  la montée en compétences des ressources humaines à travers la formation continue, la certification des personnes exerçantes dans cette activités et  la mise à jour régulière de  leurs habilitations.

Au-delà des frontières, l’alignement sur les normes internationales constitue un atout stratégique. Il permet aux organismes d’inspection de se positionner sur des marchés internationaux et de participer à des projets de grande envergure, renforçant ainsi leur compétitivité.

Les bénéfices sont concrets et mesurables. Un système de contrôle technique renforcé permet de réduire significativement les risques d’accidents majeurs, d’allonger la durée de vie des installations, d’optimiser les coûts de maintenance et d’améliorer la performance globale des infrastructures. Il joue également un rôle déterminant dans le renforcement de la confiance des investisseurs.

Aujourd’hui, il est clair que, les bureaux d’inspection et de contrôle technique occupent une place stratégique dans la chaîne de sécurité industrielle.

L’accréditation ISO/IEC 17020 apparaît comme un levier fondamental pour garantir la qualité, l’impartialité et la reconnaissance internationale des prestations.

La vision des autorités nationales, fondée sur le renforcement du cadre réglementaire, la généralisation de l’accréditation et la modernisation des pratiques, ouvre la voie à une transformation profonde du secteur. Cette dynamique permettra non seulement de préserver les installations industrielles, mais également de positionner les organismes nationaux comme des acteurs compétitifs à l’échelle internationale.

* Conseillers du Doyen de l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT).

Communiqué

Le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie informe les propriétaires et les agents des structures d’inspection technique qui ont obtenu un cahier des charges pour exercer une activité d’inspection dans le domaine industriel et qui souhaitent poursuivre leur activité après le 16 octobre 2026, qu’ils sont invités à contacter les services compétents du Conseil national d’accréditation (Tunac) afin d’obtenir une accréditation dans au moins deux des catégories d’inspection requises, conformément à la décision du ministre de l’Industrie, des Petites et moyennes entreprises et du ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale en date du 17 avril 2020, relative à l’approbation du cahier des charges pour l’inspection technique, telle que modifiée par la décision conjointe du 26 juin 2023 et les textes mis à jour du 11 décembre 2024 (nouvel article 5).

Le ministère précise également qu’un calendrier a été établi indiquant les délais accordés aux structures de contrôle technique pour obtenir l’accréditation dans toutes les catégories de contrôle requises, avec l’obligation de fournir une confirmation écrite et de respecter le calendrier spécifié, afin que le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie puisse approuver les modalités d’exercice de l’activité de contrôle technique dans les délais impartis et éviter toute interruption des services fournis.

(Traduit de l’arabe.)

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Tunisie | Le secteur du phosphate dans l’impasse

Depuis la révolution du 14 janvier 2011, il y a plus de 15 ans, aucun gouvernement n’a réussi à résoudre le problème que pose la production, la transformation et l’exportation du phosphate en Tunisie. Au point que le secteur se trouve aujourd’hui dans l’impasse, incapable non seulement d’évoluer et d’augmenter ses recettes, mais même de payer les salaires de ses innombrables employés.

Atef Hannachi *

Cette ressource, qui générait d’importantes recettes en devises, contribuait jadis aux équilibres financiers et macroéconomique de la Tunisie. Mais, aujourd’hui, le secteur s’est tellement dégradé sur tous les plans que la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) a du mal à trouver des fonds pour payer les salaires de ses employés dont le nombre a explosé au cours des 15 dernières années, avec des emplois fictifs et/ou de complaisance, visant à acheter la paix sociale dans le bassin minier de Gafsa. La CPG, estimons-nous, est quasi cessation de paiement.

La Tunisie qui était le 5e plus grand producteur de phosphate avant la Révolution de 2011 a depuis perdu ce rang au profit du Brésil pour se classer désormais à la 8e place, avec une part de 2,27% de la production mondiale.

Au Maroc, en revanche, notre concurrent direct sur les plans régional et international, ce secteur n’a jamais été florissant. Et pour cause, au cours des 20 dernières années, ce pays a beaucoup investi dans la modernisation des procédés d’extraction et de transformation du phosphate pour en maximiser la valeur ajoutée et augmenter ainsi les recettes de son exportation, au lieu de l’exporter en vrac et d’en tirer de maigres recettes.

Un objectif impossible à atteindre

Dernièrement le gouvernement tunisien a annoncé son ambition d’atteindre, à la fin de cette année, une production de 7 millions de tonnes, pour tenter de rattraper la production de 2010, qui était de 8 millions de tonnes. Nous estimons, pour notre part, que cet objectif ambitieux, eu égard la vétusté des équipements et les problèmes de gouvernance du secteur, est impossible à atteindre par la CPG.

Le principal problème qui handicape l’entreprise et l’empêche d’évoluer et de rattraper son retard par rapport à ses concurrents, anciens et nouveaux, c’est la masse salariale importante qui alourdit ses dépenses, grève son budget et réduit considérablement ses marges, malgré la hausse continue des cours du produit sur le marché international.

Le nombre des salariés de la CPG est, en effet, passé de 902 en 2010 (pour une production de 8 millions de tonnes) à 3006 en 2024 (pour une production divisée par deux).

Ces dépenses faramineuses et, surtout, improductives, ont empêché l’entreprise d’envisager l’investissement nécessaire à la modernisation de ses équipements, rattrapés par la vétusté, l’augmentation de sa production et l’accroissement de son chiffre d’affaires.

Le budget de la compagnie étant consommé par la rémunération du personnel, aucun nouvel investissement digne de ce nom et susceptible de soutenir sa croissance n’a été effectué depuis très longtemps.

Pour un schéma de partenariat public-privé

En plus de cela, étant une entreprise publique, la CPG est soumise à des contrôles tâtillons et parfois inutiles et des autorisations administratives qui la mettent dans des situations de blocage fonctionnel peu propices à l’agilité commerciale dont elle a besoin pour négocier avec ses clients à l’échelle internationale. Elle se trouve d’ailleurs parfois dans l’incapacité de faire face à ses engagements envers ses clients et ses fournisseurs, qui plus est, dans un marché international qui ne supporte plus les lourdeurs et les rigidités.

L’Etat étant lui-même dans l’incapacité d’investir pour restructurer et moderniser la compagnie, la seule solution, à notre avis, réside dans l’adoption d’un schéma de partenariat public-privé (PPP), donc dans l’ouverture du capital aux privés, qu’ils soient nationaux ou étrangers.

* Expert comptable.

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Liberté de la presse en Tunisie | Ghassen Ben Khelifa choisit l’exil  

Le journaliste et militant Ghassen Ben Khelifa a annoncé, dans un poste sur sa page Facebook, avoir été condamné, le 27 mars 2026, à deux ans de prison par le tribunal de première instance de Tunis et avoir quitté la Tunisie suite à cette condamnation, du reste dénoncée par le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), qui dénonce une «condamnation politique».

«Ce jugement n’est pas un acte judiciaire isolé, mais s’inscrit dans une tendance plus large : le recours aux lois répressives pour restreindre la liberté d’expression et cibler systématiquement les voix critiques», a noté le SNJT dans un communiqué.

Cette condamnation concerne une affaire d’utilisation présumée de réseaux et de systèmes informatiques pour produire et diffuser de fausses informations préjudiciables à la sécurité publique, dans un dossier faisant également référence au décret législatif n° 54 jugé restrictif de la liberté d’expression dans le pays par la plupart des organisations de la société civile, eu égard le nombre importants de journalistes et d’activistes politiques condamnés à la prison sur sa base.

Ben Khelifa, directeur du site d’information Inhiyez, a contesté la sentence, la qualifiant d’injuste et affirmant que l’affaire avait été montée de toutes pièces.

Dans la même déclaration, le journaliste nie tout lien avec la page Facebook au cœur de l’enquête et affirme que le principal accusé a reconnu en être le seul administrateur.

Le militant lui-même cite des accusations allant de l’association terroriste à l’incitation au terrorisme, qu’il réfute toutes, et rappelle avoir déjà été condamné à six mois de prison pour la même infraction, ce qui porterait sa peine totale à deux ans et demi.

Ben Khelifa est engagé depuis des années dans le journalisme militant et l’activisme politique et propalestinien. Sa page, Inhiyez, le présente comme un journaliste et militant de gauche, cofondateur du site et membre fondateur de la campagne tunisienne pour le boycott et l’opposition à la normalisation des relations avec Israël.

En juillet 2025, la cour d’appel de Tunis a confirmé sa peine de six mois de prison, toujours en lien avec l’accusation contestée de gestion d’une page de réseau social diffusant des contenus extrémistes ; une décision alors critiquée par les organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse.

Cette nouvelle condamnation intervient dans un contexte tunisien marqué par une pression judiciaire accrue sur les journalistes, les figures de l’opposition et les acteurs de la société civile.

Amnesty International dénonce depuis 2024 l’érosion de l’indépendance de la justice, suite à la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature et à la révocation de dizaines de juges en 2022.

Le Comité pour la protection des journalistes affirme que le décret-loi 54 est devenu ces dernières années un instrument central pour réprimer la dissidence, criminaliser le travail journalistique et maintenir ouvertes de nouvelles poursuites contre les voix critiques, tandis que Reporters sans frontières continue de signaler la persécution judiciaire des médias et classe la Tunisie 129e sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025.

Dans le cas de Ben Khelifa, le passage de l’activisme public à l’exil revêt une signification qui dépasse le cadre de son histoire personnelle. Son départ, présenté comme forcé pour des raisons personnelles et familiales, révèle comment une partie des militants tunisiens, notamment les plus virulents sur les questions palestiniennes, l’opposition à la normalisation et la critique politique, perçoivent désormais le risque de poursuites judiciaires comme un facteur structurel de la Tunisie actuelle.

Pour le pouvoir, les procès intentés contre certains journalistes et activistes politiques pour terrorisme, complot contre l’Etat ou atteinte à la sécurité publique entrent dans le cadre de l’application des lois.

I. B.    

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Gabès bientôt débarrassé de la pollution industrielle

Serait-ce bientôt le bout du tunnel pour les habitants du gouvernorat de Gabès aux prises depuis au moins trois décennies avec des problèmes environnementaux et sanitaires en raison des rejets toxiques des usines du Groupe chimique tunisien (GCT) ? C’est tout ce que nous souhaitons pour les braves Gabésiens qui sont fatigués de souffrir et de protester en vain.

La situation environnementale du gouvernorat de Gabès bénéficie, en fin, d’initiatives dans le cadre d’un programme global visant à réaménager le littoral, améliorer la qualité de vie dans la région et résoudre des problèmes environnementaux persistants.

Ce programme, présenté par le ministre de l’Environnement, Habib Abid, lors d’une session parlementaire, le 27 mars 2026, prévoit le réaménagement de huit plages, dont Chott Zarat, actuellement à l’étude afin d’évaluer l’impact d’un projet de port de pêche et d’une usine de dessalement.

Parmi les autres plages concernées figurent Lamaya, qui accueillera une nouvelle zone de loisirs ; Aichoun, qui sera équipée d’un éclairage solaire ; et Kettana, qui comprendra également une zone de loisirs. Chott Métouia sera aménagée avec des campings pour répondre à la forte demande touristique, tandis que le front de mer de la ville sera valorisé par la création d’une plage de 400 mètres et la mise en place de mesures de protection contre l’érosion du sable.

Le ministre a expliqué que les retards dans le lancement de certains projets étaient dus à des complexités administratives qui ont persisté pendant près de sept mois aux niveaux régional et municipal, mais a confirmé que le financement avait été inscrit au budget 2026.

Il a également annoncé l’approbation par l’Italie du financement du projet de réaménagement de la plage de Gabès, soutenant ainsi les efforts nationaux en matière d’environnement.

Concernant le coke de pétrole, un combustible fossile utilisé par le complexe chimique de Gabès et responsable de la pollution des plages du gouvernorat, M. Abid a indiqué que le problème remontait à 2009, date à laquelle les subventions sur les carburants pour les cimenteries ont été supprimées, entraînant des importations de plus de 700 000 tonnes par an via les ports de Gabès et de Bizerte. Il a souligné que la réduction de l’impact environnemental exigeait des solutions alternatives, notamment la conversion des déchets en combustibles de substitution. Dans ce contexte, l’utilisation d’environ 2,8 millions de tonnes de déchets est proposée, s’appuyant sur des expériences réussies telles que le réemploi de vêtements usagés et d’autres matériaux.

Le ministre a souligné la nécessité de revoir le cadre juridique afin de permettre aux usines d’utiliser ces matériaux tout en respectant des réglementations environnementales strictes et de remédier au taux d’humidité élevé des déchets, qui peut atteindre 60 %, grâce à des technologies de séchage appropriées.

Abid a souligné que plus de 60 projets pour Gabès sont inscrits dans le plan de développement 2026-2030, qui s’inscrit dans un programme national regroupant plus de 900 projets pour un coût total d’environ 7 milliards de dinars. Il a précisé que leur réalisation dépend de la disponibilité des financements.

Concernant l’érosion côtière, il a expliqué qu’il s’agit d’un phénomène naturel dans le sud tunisien, mais que l’activité humaine peut l’aggraver.

Une initiative de nettoyage des plages a été récemment lancée en collaboration avec les institutions touristiques, ainsi qu’une étude conjointe avec l’Italie pour s’attaquer au problème.

D’importantes interventions sur le terrain ont également été menées, notamment l’enlèvement de plus de 10 000 mètres cubes de déchets de construction, le nettoyage de la zone de Chatt Essalem et la mise en place d’un système de surveillance continue de la qualité de l’air, assorti de poursuites judiciaires contre les contrevenants.

La coopération internationale est également en cours, avec notamment un projet avec le Japon pour le traitement et la réutilisation des eaux usées industrielles, afin de réduire la pression sur les ressources en eau, ainsi que la mise en œuvre du programme de dépollution du complexe chimique, a indiqué le ministre. Cette approche reflète une stratégie holistique visant à concilier développement économique et protection de l’environnement, dans le but d’améliorer la durabilité des ressources naturelles dans le Gouvernorat de Gabès, a-t-il conclu.

I. B.

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Clôture du programme Amen-Tech au Kef

Mardi 31 mars 2026, dans la ville du Kef, Onu Femmes Tunisie a organisé un événement marquant la clôture du programme «Amen-Tech : Un espace numérique sûr pour elle», financé par le Royaume-Uni. L’événement a réuni des jeunes leaders, des représentant.e.s institutionnels, des actrices et acteurs de la société civile et des expert.e.s, autour d’un engagement commun : faire de l’espace numérique un environnement plus sûr et inclusif pour les femmes et les filles. (Photos: Ali Mghirbi).

Lancé en avril 2025 Amen-Tech s’est distingué par une approche innovante plaçant les jeunes, en particulier les hommes et les garçons, au cœur du changement. En combinant sensibilisation, renforcement des capacités, innovation et plaidoyer, le programme a contribué à faire émerger une dynamique collective en faveur d’un usage responsable et respectueux du numérique.

En un an, le programme a contribué à la remise en question des normes sociales en mobilisant activement les jeunes via des initiatives favorisant la masculinité positive et l’engagement citoyen pour l’égalité, notamment pour prévenir et combattre les violences facilitées par la technologie faites aux femmes et aux filles.

Prévention des violences facilitées par la technologie

Dans ce cadre, les campagnes digitales menées en partenariat avec les Scouts et le Fedef (Front pour l’égalité et pour les droits des femmes), et en collaboration avec le Media Binetna, et des influenceur·euse·s engagé·e·s ont connu un fort impact, générant plus de 2 millions d’engagements.

Cette dynamique a également été marquée par l’organisation de la course solidaire symbolique «5KM Run for Digital Safety» (Tunis en Orange) sur l’Avenue Habib Bourguiba, lors de la campagne des 16 jours d’activisme. Cet événement a permis de transformer l’engagement en ligne en une mobilisation citoyenne dans l’espace public, sensibilisant ainsi aux enjeux de la sécurité numérique et des violences facilitées par la technologie.

Le programme a également renforcé les compétences de jeunes à travers tout le pays et d’acteurs clés en matière de citoyenneté numérique et de prévention des violences facilitées par la technologie , avec des améliorations notables en termes de connaissances, de compréhension des risques et de capacité à agir face aux situations de violences.

Réduire les inégalités dans l’espace numérique

Sur le plan institutionnel, Amen-Tech a facilité le dialogue entre les parties prenantes au sujet, contribuant à entamer des réflexions pour faire progresser l’intégration des violences facilitées par la technologie dans la législation et politiques publiques. Cette dynamique s’est notamment traduite par la mobilisation d’acteurs clés autour d’une feuille de route stratégique post-2026 visant à réduire les inégalités entre les femmes et les hommes dans l’espace numérique ainsi qu’une campagne de plaidoyer sur la Convention Africaine sur l’élimination des violences faites aux femmes.

Par ailleurs, le programme a permis le développement d’une plateforme digitale sécurisée et multilingue offrant des services de signalement et un accompagnement juridique et psychologique aux survivantes, dans le respect des principes de confidentialité et de consentement.

Enfin, l’engagement des jeunes et des créateurs de contenu a joué un rôle déterminant dans l’amplification des messages clés, contribuant à promouvoir une culture numérique plus sûre, inclusive et responsable.

Mobilisation collective pour un changement durable

L’aboutissement du programme a été marqué par la tenue du Forum régional de la Jeunesse au Kef, les 29 et 30 mars 2026. Organisé en partenariat avec le Festival Mosaïque, ce forum a servi d’incubateur de réflexion pour 60 jeunes engagés contre les violences facilitées par la technologie.

Après deux journées de co-création intensive, l’événement a culminé lors d’une cérémonie de clôture. Les participant.e.s y ont porté la voix de leur génération en présentant des recommandations issues de leurs travaux en ateliers. Ces policy briefs témoignent de leur capacité à transformer les défis technologiques en leviers de changement social.

Le choix du Kef reflète une volonté de territorialiser les politiques de jeunesse et de promouvoir l’inclusion des régions de l’intérieur, où les défis socio-économiques et les inégalités territoriales restent particulièrement marqués.

La cheffe de mission adjointe britannique, Elizabeth Green, a déclaré : «Le programme AmenTech reflète l’engagement du Royaume‑Uni à soutenir les efforts visant à mettre fin à la violence envers les femmes. Aujourd’hui, nous célébrons notre partenariat avec Onu Femmes, les Scouts de Tunisie et les acteurs de la société civile, qui a permis de mobiliser les jeunes dans les régions et d’influencer les normes sociales en place grâce à un impact significatif. Nous sommes fiers d’accompagner cette initiative porteuse de changement. Le Royaume‑Uni restera un partenaire engagé œuvrant pour cette cause essentielle.»

«La violence en ligne est une violence réelle, avec des conséquences tangibles sur la participation des femmes et des filles à la vie publique», a souligné l’équipe du projet. Et d’ajouter : «À travers Amen-Tetch, nous avons démontré que l’engagement des jeunes peut être un levier puissant pour faire du numérique un espace d’égalité, de sécurité et d’opportunités.»

Communiqué.


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Beït al-Hikma écarte Tahar Bekri et Moncef Ghachem de «la» poésie francophone de Tunisie

L’Académie tunisienne des sciences, des lettres, et des arts (Beït al-Hikma) vient d’annoncer l’organisation le 15 avril 2026 d’un colloque portant sur «La poésie francophone de Tunisie». Mais dans l’aréopage poétique qui illustre selon les organisateurs «la» poésie francophone de Tunisie, sont exclus nos deux grands poètes Tahar Bekri et Moncef Ghachem. Un choix difficile à justifier et encore moins à défendre.

Zine Elabidine Hamda *

Le programme proposé au public porte, en effet, sur les œuvres des poètes tunisiens Mohamed Jamoussi, Salah Garmadi, Amina Saïd, Abdelaziz Kacem, du franco-hongrois Lorand Gaspar, résident en Tunisie entre 1970 et 1995 et mort à Paris en 2019, du poète italien, né en Tunisie, Mario Scalesi, mort en 1922 à Palerme et auteur d’un seul recueil, ‘‘Les poèmes d’un Maudit’’ publié à titre posthume, et des membres de l’Académie Hichem Ben Ammar, Kamel Gaha et Samir Marzouki, les deux derniers étant modérateurs du colloque.

L’Académie reste certes dans son rôle quand elle sélectionne les plumes qu’elle juge pertinentes pour ses colloques. Elle peut ignorer des voix montantes comme celles de Fatima Maouia et Mokhtar El Amraoui. Mais écarter Bekri et Ghachem relève, à mon sens, de l’incompréhensible.

Que ne faut-il pas pour être invisibilisé ?

Faut-il rappeler à nos éminents académiciens que Moncef Ghachem est un des pionniers de la poésie tunisienne en langue française ? Ses recueils de poésie qui chantent, qui crient plutôt, la mer de Mahdia, sa ville natale, la terre tunisienne, ses lieux sublimes, ses paysages et ses hommes, ses affres et sa résilience, sont traduits dans plusieurs langues. Il est détenteur du Prix Albert-Camus (1994), lauréat de la mention spéciale du Prix international de poésie de langue française Léopold Sédar Senghor pour l’ensemble de son œuvre(2006). Il a été fait Chevalier de l’Ordre des palmes académiques françaises en 1993 et est détenteur du Cordon culturel du président de la République tunisienne (1994). Que ne faut-il pas pour être invisibilisé ?

Voix libres de tous les combats

Tahar Bekri, quant à lui, continue de briller de mille feux. Il vient de sortir deux nouvelles œuvres, ‘‘Je te revois, père’’ (Bruxelles, Asmodée Edern, 2026), livre autobiographique en prose poétique et une anthologie de ‘‘Poètes tunisiens : textes choisis, traduits de l’arabe’’ (Tunis, Nehed). Après une thèse sur l’Algérien Malek Haddad, il traduit Abul Kacem Chebbi et Mahmoud Darwish. Du lieu de son exil forcé par le régime despotique de Bourguiba, après une courte incarcération injuste, il n’a cessé de chanter dans ses recueils de poésie la Tunisie, sa terre natale, ses maux et ses espérances. Sa voix libre a été de tous les combats pour les libertés en Tunisie, pour l’indépendance de la Palestine, pour les causes d’émancipation des Africains et des Sud-Américains.

Son œuvre prolifique, dans les deux langues française et arabe, est éditée en Tunisie, en France, en Belgique et au Canada. Elle est traduite en plusieurs langues en Allemagne, en Russie, en Turquie, en Italie, au Portugal, en Espagne, en Islande, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Elle fait l’objet de colloques, de recherches académiques en Tunisie, en France, en Italie, au Canada, au Danemark.

En Tunisie, la Faculté des lettres et sciences humaines de Sfax, qui figure bien dans le paysage académique tunisien, lui a consacré, les 2 et 3 mars 2017, un colloque international sous le titre «Géopolitique de l’œuvre de Tahar Bekri», dont Kapitalis a rendu compte dans son édition du 25 février de la même année.

Tahar Bekri figure dans l’anthologie ‘‘French Poetry: The Yale Anthology of Twentieth-Century’’, New Haven, Yale University Press, 2004. Membre de l’Union des écrivains tunisiens, détenteur de l’ordre du Mérite culturel de la République tunisienne (1993), Tahar Bekri est récompensé du Prix international de littérature francophone Benjamin Fondane (2018). Il est le seul poète tunisien à être consacré en 2019 par l’Académie française qui lui décerne le prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises. En 2022, il devient membre de la plus ancienne académie de poésie en France (fondée en 1323), l’Académie des Jeux floraux.

Deux parcours étincelants

L’Académie Beït al-Hikma ignore-t-elle ces deux parcours étincelants qui honorent la Tunisie et les Tunisiens dans le monde par leur modestie et la grandeur de leurs écrits ? J’en doute fort connaissant les membres du Département des Lettres de Beït al-Hikma. Il est vrai que la sagesse de cette auguste institution s’intéresse davantage, depuis quelque temps, au questionnement du Code du statut personnel et de la promotion des finances islamiques qu’aux questions lancinantes relatives à la liberté et à la justice que soulèvent les plumes tunisiennes.

Que ces mots rendent hommage à nos deux poètes illustres invisibilisés. C’est aussi à cela que sert la liberté d’expression.

* Journaliste et écrivain.

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TAYP Retreat 2026 | Les talents tunisiens se réunissent dans le Maryland

Les Tunisian American Young Professionals (TAYP) organiseront leur retraite nationale annuelle du 24 au 26 avril 2026 au Turf Valley Resort à Ellicott City, Maryland, réunissant des professionnels, entrepreneurs, étudiants et leaders communautaires tuniso-américains venus des États-Unis, du Canada et de Tunisie.

Cette édition, positionnée comme la déclinaison américaine du Tunisia Global Forum (TGF), est présidée par Asma Ben Sedrine, chef de projet infrastructure chez Softtek, inspirée par le succès de l’édition précédente à Atlanta pour accueillir l’événement dans le Maryland, au cœur du Grand Washington.

La région de Washington, D.C. abrite l’une des plus importantes communautés tunisiennes aux États-Unis et constitue un pôle majeur du développement international, avec des institutions telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), où de nombreux Tunisiens évoluent.

Le programme comprendra des conférences, cinq sessions interactives et des opportunités de réseautage dans des secteurs tels que la technologie, la santé, la finance et l’entrepreneuriat.

Les participants représentent des institutions et entreprises de premier plan, notamment le FMI, la Banque mondiale, Microsoft, Amazon, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Tesla et Moderna.

Parmi les intervenants figurent des personnalités tunisiennes de premier plan, dont le Dr Nour Rawafi, astrophysicien et Project Scientist pour la mission Parker Solar Probe de la Naza, ainsi que Nizar Yaiche, ancien ministre des Finances de Tunisie, et Samia Msadek, directrice et chief financial management officer à la Banque mondiale, apportant leurs expertises en politiques publiques, finance et développement international.

La retraite met un accent particulier sur le mentorat intergénérationnel, facilitant des connexions concrètes entre étudiants, jeunes professionnels et leaders confirmés, générant des opportunités d’emploi, d’investissement et de collaboration durable.

Elle constitue également une opportunité importante pour les médecins tunisiens souhaitant s’intégrer au système américain, en leur offrant accompagnement, mentorat et meilleures chances d’obtenir une résidence médicale («match»).

TAYP envisage également de sponsoriser la participation d’étudiants, grâce au soutien de ses partenaires et de la communauté, afin de favoriser l’accès à ces opportunités.

«Cette retraite vise à créer un véritable écosystème où les connexions se traduisent en opportunités concrètes», a déclaré Dr Zied Mhirsi, président de TAYP.

Le programme inclut également un marketplace tunisien, permettant aux entrepreneurs, artistes et associations de présenter leurs projets, vendre leurs produits et mobiliser des financements.

Le week-end débute vendredi avec des visites guidées dans la région de Washington, suivies d’un accueil convivial. Il se conclut dimanche par des activités sportives, de bien-être et des visites optionnelles de Washington, D.C. Une projection du film tunisien ‘‘Les Bâtisseurs’’, en collaboration avec l’Atuge, est également prévue.

La soirée de gala mettra à l’honneur la musique tunisienne classique, folklore et alternative, incluant des moments de chant collectif autour de la musique tunisienne, Les DJ tunisiens Sahara Club, ainsi qu’une performance live du pianiste Yahya Mhirsi et de la violoniste Fatma Souf.

L’événement est rendu possible grâce au soutien de la GIZ, SwissContact, Whiteford, Taylor & Preston, UGFS, Poulina et l’ATB, et en partenariat avec Express FM et Iway Technologies.

«Cette initiative illustre la force de notre communauté et sa capacité à créer des opportunités durables», a déclaré Mohamed Malouche, managing partner chez Deloitte et président du conseil d’administration.

TAYP fait partie du réseau Watt (Worldwide Alliance of Tunisian Talents), qui regroupe plusieurs associations de la diaspora afin de connecter les talents tunisiens à l’échelle mondiale.Fondée en 2011, TAYP est une organisation à but non lucratif disposant de chapitres à New York, Boston et Atlanta. C’est un réseau de professionnels tuniso-américains engagé à renforcer les liens économiques, sociaux et culturels entre la Tunisie et les États-Unis afin de promouvoir la croissance et le développement.

À travers des projets ciblés, des opportunités de réseautage et des forums et événements dynamiques, TAYP permet aux entreprises et aux individus de nouer de nouveaux partenariats et de générer un impact concret.

Communiqué.

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Choc pétrolier | Quelle réponse des pays du Sud Global ?

Par-delà le fracas des armes, la guerre en cours des États-Unis et Israël contre l’Iran constitue déjà un puissant choc macroéconomique. Elle bouleverse l’équilibre géopolitique du Moyen-Orient et redessine les vulnérabilités économiques mondiales, en exposant les fragilités structurelles du Sud global. Elle impose une interrogation non seulement sur les mécanismes du choc, mais sur la capacité des États à y résister. Le véritable risque n’est plus un ralentissement économique, mais une désorganisation durable des conditions mêmes de la croissance mondiale. (Photo : Ras Laffan, le plus grand gisement de gaz au monde, géré par Qatar Energy, bombardé par l’Iran).

Yahya Ould Amar *

Ce conflit a déclenché un choc d’offre global à haute intensité. La perturbation du détroit d’Ormuz – et celle probable de Bab El Mendeb (Mer Rouge) – par lequel transite environ 20% des flux mondiaux d’hydrocarbures, combinée à des frappes sur des infrastructures énergétiques régionales, constitue un choc d’une ampleur exceptionnelle. La hausse rapide des prix de l’énergie, la volatilité des marchés et la désorganisation des chaînes logistiques témoignent d’une rupture systémique. Mais l’élément le plus inquiétant réside dans la possibilité d’attaques simultanées sur les infrastructures énergétiques en Iran et dans les pays du Golfe, ce qui transformerait un choc de prix en un choc de quantités, bien plus difficile à absorber.

Au-delà du choc immédiat, une mutation profonde est à l’œuvre, celle de la fonction même de l’énergie dans le système économique mondial. Nous entrons dans une phase où le prix du baril, au-delà de l’équilibre entre offre et demande, reflète en priorité une prime géopolitique structurelle, durable et potentiellement auto-entretenue.

La destruction répétée d’infrastructures critiques — champs, terminaux, installations de liquéfaction — introduit une contrainte temporelle liée aux délais de reconstruction, souvent pluriannuels, transformant des chocs conjoncturels en pénuries persistantes.

Dans ce contexte, les anticipations des marchés se désancrent, et les investissements énergétiques deviennent eux-mêmes procycliques (amplification des fluctuations économiques), aggravant la volatilité (nervosité) des marchés au lieu de l’amortir.

La double peine du Sud : énergie chère, monnaies faibles

Les pays du Sud global se trouvent en première ligne, confrontés à une réactivation de la contrainte extérieure. L’augmentation de la facture énergétique dégrade immédiatement les balances des paiements, accentue la demande de devises fortes et exerce une pression intense sur les monnaies locales.

Dans plusieurs économies émergentes, la dépréciation monétaire alimente un cercle vicieux, ainsi plus la monnaie se déprécie, plus le coût des importations augmente, aggravant encore les déséquilibres externes.

Dans les cas les plus fragiles, cette dynamique peut conduire à des crises de balance des paiements, avec rationnement des importations et restrictions sur les changes.

Cette vulnérabilité est particulièrement aiguë dans les économies dont la monnaie est arrimée au dollar ou fortement dollarisée. Pour ces pays, l’appréciation du dollar agit comme un multiplicateur de choc, elle renchérit simultanément le coût de l’énergie, le service de la dette externe et le prix des importations essentielles.

Les pays importateurs nets d’hydrocarbures — notamment en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et dans certaines économies d’Amérique latine — se trouvent ainsi enfermés dans une trappe macroéconomique où toute tentative de stabilisation monétaire accélère la contraction de l’activité économique.

Le dilemme des politiques économiques

À cette contrainte externe s’ajoute un choc inflationniste d’une intensité particulière. L’énergie étant un intrant universel, son renchérissement se diffuse rapidement à l’ensemble de l’économie. Les coûts de transport augmentent, les prix des engrais s’envolent, et la production agricole est affectée. Le choc se transmet ainsi des marchés énergétiques aux marchés alimentaires, transformant une inflation importée en inflation généralisée. Pour des populations déjà vulnérables, notamment dans les pays à faible revenu, cette dynamique constitue une menace directe pour la sécurité alimentaire et la stabilité sociale.

Dans ce contexte, les finances publiques sont soumises à une pression extrême. Les gouvernements doivent simultanément protéger les ménages contre la hausse des prix et absorber l’augmentation de leurs propres dépenses énergétiques. Cela conduit à une expansion rapide des déficits budgétaires et à une accumulation de dette publique. Or, cette détérioration intervient dans un environnement financier mondial plus contraint, caractérisé par des taux d’intérêt élevés et une aversion accrue pour le risque. Le coût du financement externe augmente, les flux de capitaux se raréfient, et les marges de manœuvre budgétaires se réduisent.

Dans ce contexte, le rôle du Fonds monétaire international (FMI) apparaît à la fois central et profondément contraint. Les capacités d’intervention — de l’ordre de 1 000 milliards de dollars au maximum — apparaissent significatives à l’échelle d’une crise isolée, mais demeurent faibles face à un choc systémique global, où les besoins cumulés des économies fragiles pourraient rapidement excéder plusieurs milliers de milliards de dollars.

Aussi, les conditionnalités traditionnelles — consolidation budgétaire, ajustement structurel — se heurtent à une réalité nouvelle, l’impossibilité politique et économique d’imposer des ajustements procycliques dans des sociétés déjà fragilisées par des chocs inflationnistes et alimentaires.

Le FMI se trouve ainsi confronté à un dilemme soit maintenir une orthodoxie financière au risque d’amplifier les crises sociales soit assouplir ses exigences au prix d’un risque accru de désancrage macroéconomique global.

Nouveau régime d’instabilité

Le résultat combiné de ces dynamiques est une configuration de stagflation difficile à gérer pour de nombreux gouvernements. La croissance ralentit sous l’effet de la hausse des coûts et de l’incertitude, tandis que l’inflation demeure élevée. Les entreprises réduisent leurs investissements, les ménages voient leur pouvoir d’achat diminuer, et les États perdent leur capacité à stabiliser le cycle économique. Cette combinaison — inflation élevée et croissance faible — est historiquement associée à des périodes de forte instabilité économique et politique.

La soutenabilité même de la récession dans les pays fragiles devient alors incertaine. Contrairement aux économies avancées, ces pays ne disposent ni de stabilisateurs automatiques efficaces ni de marges budgétaires suffisantes pour amortir le choc. Le délai d’absorption du choc — c’est-à-dire le temps nécessaire pour rétablir un nouvel équilibre macroéconomique — s’allonge considérablement, transformant une récession cyclique en dépression prolongée. Cette temporalité étendue accroît le risque de ruptures politiques, de défauts souverains et, dans certains cas, d’effondrement institutionnel.

Du choc conjoncturel au basculement structurel

Le scénario le plus préoccupant reste toutefois celui d’une destruction durable des infrastructures énergétiques en Iran et dans le Golfe. Une telle situation produirait un choc d’offre permanent, en réduisant significativement la production mondiale d’hydrocarbures. Elle entraînerait également une désorganisation profonde des circuits logistiques, les ports, pipelines et terminaux devenant vulnérables ou inutilisables.

Les primes de risque sur le transport maritime et le financement augmenteraient fortement, tandis que les effets de second tour — hausse des taux, tensions sur la dette, contraction du commerce mondial — amplifieraient encore le choc initial. Dans ce cas, la crise ne serait plus conjoncturelle mais structurelle, avec des conséquences durables sur l’économie mondiale.

Dans cette séquence, les monarchies du Golfe pourraient supporter un coût triplement cumulatif : celui d’une protection militaire américaine monétisée, celui du financement d’un conflit dont elles ne sont pas à l’origine — dans un moment où même le Congrès américain hésite à en assumer le coût du premier mois de conflit (200 milliards) —, et, enfin, celui d’un alignement politique et financier accru dans l’après-guerre, consacrant une forme de soumission renforcée à l’égard du couple États-Unis–Israël.

L’hypothèse d’une dislocation partielle de l’Iran — sous l’effet combiné de frappes extérieures, de tensions internes et d’interventions indirectes d’acteurs régionaux — introduit un risque systémique supplémentaire. Une fragmentation territoriale, impliquant potentiellement des zones kurdes, azéries ou sous influence étrangère, transformerait le pays en espace de conflictualité permanente, à proximité immédiate des principales routes énergétiques mondiales, tout en ravivant, à la frontière turque, la question kurde et les fragilités qu’elle induit pour Ankara.

Dans un tel scénario, la fermeture intermittente ou le contrôle discrétionnaire du détroit d’Ormuz — voire sa monétisation sous forme de «péage» — deviendrait un instrument durable de pouvoir économique, redéfinissant les termes de l’échange énergétique mondial.

Fin de l’abondance financière et retour du risque de dette souveraine

Cette situation accélère une transformation déjà en cours du système financier international. Le régime d’abondance financière qui caractérisait les années 2010 — marqué par des taux bas et des flux de capitaux vers les économies émergentes — est en train de disparaître. Les investisseurs se replient vers les actifs considérés comme sûrs, renforçant la domination du dollar et accentuant la vulnérabilité des pays dépendants du financement externe.

Parallèlement, le système monétaire international se fragmente, avec l’émergence de tentatives de diversification, notamment autour du yuan ou d’accords bilatéraux. Toutefois, en période de crise, la centralité du dollar reste intacte, ce qui limite les marges de manœuvre des économies émergentes.

Les grandes économies avancées, elles-mêmes fortement endettées, voient leur capacité à jouer un rôle de prêteur se réduire. La remontée des taux d’intérêt réels et la montée des primes de risque limitent l’appétit pour les actifs émergents, accentuant la segmentation financière du monde.

Dans ce contexte, l’investissement global — en particulier dans les infrastructures et la transition énergétique — ralentit précisément au moment où il serait le plus nécessaire.

Dans ce contexte, le risque de crises de dette souveraine augmente fortement. La combinaison d’une dépréciation des monnaies, d’une hausse des taux d’intérêt et d’une détérioration des balances des paiements crée des conditions propices à des défauts en chaîne. Plusieurs pays pourraient se retrouver confrontés à des arbitrages impossibles entre le service de la dette, le financement des importations essentielles et la stabilité sociale.

Que faire ?

Face à ce choc, les pays du Sud global doivent repenser leurs priorités, pour éviter qu’il ne redéfinisse durablement les trajectoires économiques. L’objectif ne peut plus être la poursuite d’une croissance maximale à court terme. Il s’agit désormais de construire une stratégie de résilience. Cela implique, en premier lieu, de sécuriser la liquidité externe, en renforçant les réserves de change et en garantissant l’accès aux devises nécessaires pour financer les importations critiques.

Il est également essentiel d’adopter une approche réaliste en matière de politique monétaire, en acceptant une certaine dépréciation plutôt que de tenter de défendre des niveaux de change insoutenables.

Sur le plan budgétaire, une hiérarchisation rigoureuse des instruments s’impose. À court terme, la priorité doit aller aux transferts monétaires ciblés, aux subventions limitées aux biens essentiels et aux mécanismes temporaires de tarification sociale.

Les États doivent renoncer aux soutiens généralisés, coûteux et régressifs, au profit d’une protection concentrée sur les ménages, les agriculteurs et les secteurs les plus exposés.

Cette réorientation suppose aussi une gestion active de la dépense publique. Il faut protéger les postes à fort rendement social — santé, nutrition, éducation de base, énergie critique, maintenance des infrastructures vitales — et différer les investissements publics non prioritaires, en particulier ceux fortement importateurs en devises ou à faible effet de stabilisation immédiat. Une revue des dépenses de fonctionnement, des subventions aux entreprises publiques et des niches budgétaires devient indispensable.

Du côté des recettes, l’enjeu est moins d’augmenter les taux d’imposition que d’élargir l’assiette : réduction des exonérations inefficaces, meilleure collecte douanière et fiscale, taxation temporaire de certaines rentes ou surprofits, fiscalité accrue sur les biens de luxe et produits pouvant avoir un impact sanitaire (tabac, sucre, …), amélioration du recouvrement auprès des grands contribuables.

Pour les pays disposant de recettes exceptionnelles, des fonds de stabilisation ou de lissage doivent être mobilisés — ou créés — afin d’amortir les chocs sans désorganiser durablement le budget.

Parallèlement, la gestion de la dette doit devenir plus préventive : recours aux marchés boursiers locaux, aux financements concessionnels, allongement des maturités, réduction des risques de refinancement, transparence accrue et, si nécessaire, restructurations ordonnées.

Dans un monde de capital rare, la crédibilité budgétaire ne se mesure plus à la rigidité doctrinale, mais à la capacité de l’État à arbitrer entre protection sociale, soutenabilité financière et sécurité économique.

La dimension énergétique devient également centrale. La diversification des sources d’approvisionnement, la conclusion d’accords bilatéraux de long terme et l’investissement dans des alternatives énergétiques sont des impératifs stratégiques.

Enfin, la coopération internationale, notamment entre pays du Sud, peut jouer un rôle clé, à travers la mutualisation des réserves, l’utilisation des instruments multilatéraux et le renforcement des institutions financières régionales.

Organiser la rareté sans basculer dans la fragmentation

Face à cette configuration, les politiques économiques doivent évoluer au-delà des cadres traditionnels. Trois axes apparaissent déterminants.

Premièrement, une redéfinition des politiques budgétaires vers des dépenses de résilience — sécurité énergétique et alimentaire, infrastructures critiques, stocks stratégiques — au détriment des logiques d’optimisation de court terme.

Deuxièmement, une coordination monétaire et financière accrue entre pays du Sud, visant à réduire la dépendance au dollar par des mécanismes de compensation régionaux et des accords de swap entre banques centrales.

Troisièmement, une accélération des investissements dans les énergies alternatives — renouvelables, technologies de stockage et autres — comme réponse à l’instabilité géopolitique de l’offre fossile.

Car au fond, ce qui se joue n’est autre que la capacité du système international à organiser la rareté sans basculer dans la fragmentation.

En définitive, cette guerre annonce l’entrée dans un monde où l’énergie redevient une arme, les détroits des instruments de souveraineté coercitive, la dette un accélérateur de fragilité, et la résilience la première des politiques économiques. Pour le Sud global, l’enjeu est d’éviter qu’un choc externe ne se transforme en désordre intérieur ou explosion sociale. La leçon à retenir lorsque les infrastructures vitales deviennent des cibles et les routes maritimes des leviers de guerre, est que la géopolitique a cessé d’encadrer l’économie — elle la commande. Et c’est alors l’ordre mondial lui-même qui entre en zone de turbulence durable.

* Economiste, banquier et financier.

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Afif Hendaoui, ou la rigueur comme héritage

En la personne de Afif Hendaoui **, la Tunisie a perdu, lundi 30 mars 2026, l’un de ses esprits les plus solides, les plus exigeants, les plus profondément engagés dans la compréhension de ses fragilités économiques. Avec lui disparaît une voix rare, celle d’un économiste qui n’a jamais cédé ni à la facilité des slogans, ni à la complaisance des diagnostics convenus.

Moktar Lamari *

Formé en Belgique, dans une tradition académique rigoureuse où l’économie n’est pas un simple outil de gestion mais une grille d’analyse du réel, Afif Hendaoui avait très tôt acquis ce qui distingue les grands économistes des techniciens : une capacité à articuler théorie et terrain, chiffres et société, modèles et vécu. Cette double culture, européenne par la formation et profondément tunisienne par l’engagement, a irrigué toute son œuvre.

Professeur respecté, puis recteur, il n’a jamais réduit l’université à une machine à diplômes. Il en défendait une vision autrement plus ambitieuse : celle d’un lieu de production de savoir, d’esprit critique, de confrontation intellectuelle. À une époque où l’enseignement supérieur tunisien commençait déjà à subir les premières tensions de massification, il plaidait pour la qualité, pour la recherche, pour l’exigence méthodologique. Il savait, mieux que beaucoup, que sans une université forte, aucune économie ne peut prétendre à la transformation.

Rationalité économique et décision publique

Son passage comme ministre dans les années 1990 n’a pas entamé cette exigence. Au contraire, il a tenté, dans un contexte politique contraint, d’introduire une rationalité économique dans la décision publique. Ceux qui ont travaillé à ses côtés se souviennent d’un homme peu enclin aux compromis faciles, attaché aux faits, aux équilibres macroéconomiques, et surtout à la soutenabilité des politiques publiques. Il n’était pas de ceux qui promettent sans compter ; il était de ceux qui calculent, anticipent, alertent.

Mais c’est sans doute dans ses écrits que son héritage est le plus précieux. Afif Hendaoui a beaucoup publié, dans des revues, des tribunes, des contributions académiques où il disséquait, avec une précision chirurgicale, les contradictions de l’économie tunisienne. Il écrivait sur la croissance sans emploi, sur les déséquilibres régionaux, sur la dépendance extérieure, sur les illusions de réforme. Il dénonçait les politiques conjoncturelles déguisées en stratégies, les rustines budgétaires présentées comme des visions.

Sa plume était claire, directe, sans fioritures. Il n’écrivait pas pour plaire, mais pour éclairer. Et souvent pour déranger. Car Afif Hendaoui faisait partie de cette catégorie trop rare d’économistes qui refusent de servir d’alibi intellectuel. Il n’était ni un économiste de cour, ni un commentateur de plateau. Il était un analyste. Et un analyste libre. Dans un pays où la parole économique est souvent instrumentalisée, cela relevait presque de l’exception.

Sans recherche, l’économie navigue à vue

Son engagement pour la recherche en sciences économiques en Tunisie mérite, à lui seul, un chapitre. Il n’a cessé de plaider pour des institutions de recherche solides, pour des financements pérennes, pour une reconnaissance du travail scientifique. Il alertait sur le décrochage progressif de la Tunisie en matière de production académique, sur la fuite des cerveaux, sur la marginalisation des chercheurs. Pour lui, une économie sans recherche est une économie qui navigue à vue.

Et c’est précisément ce qu’il redoutait : une Tunisie sans cap, sans diagnostic partagé, sans capacité à produire sa propre lecture de ses défis.

Aujourd’hui, au moment de sa disparition, une question s’impose avec une certaine brutalité : qui pour reprendre ce flambeau ? Qui pour porter cette exigence intellectuelle, cette indépendance, cette rigueur ? Les économistes ne manquent pas en Tunisie. Mais les économistes de cette trempe, capables de conjuguer savoir académique, expérience institutionnelle et liberté de ton, sont rares. Très rares.

Afif Hendaoui laisse derrière lui bien plus qu’une carrière. Il laisse une méthode. Une manière de penser l’économie comme une discipline exigeante, indissociable du réel, et profondément ancrée dans les enjeux de la société. Il laisse aussi une forme d’éthique : celle de ne jamais céder à la facilité, de ne jamais travestir les chiffres, de ne jamais simplifier à outrance des réalités complexes.

Dans un pays en quête de repères économiques, son absence se fera sentir. Non pas comme une nostalgie, mais comme un manque. Un vide. Et peut-être, aussi, comme une injonction : celle de retrouver, dans le tumulte des discours, un peu de cette rigueur qu’il incarnait.

Car au fond, la meilleure manière de lui rendre hommage n’est pas seulement de saluer l’homme. C’est de continuer à penser, à écrire, à analyser – avec la même exigence que lui. Sans concession.  

* Economiste universitaire.

** Décédé à l’âge de 77 ans, Afif Hendaoui était président de l’Université de Tunis. Homme politique,  il avait été tour-à-tour ambassadeur en Suède, en Finlande et en Islande, avec résidence à Stockholm (1996-2000), ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des droits de l’homme, de la communication et des relations avec la Chambre des députés (2000 -2001), ambassadeur en Autriche, en Hongrie et en Slovaquie, représentant permanent de la Tunisie auprès des organisations internationales à Vienne (2001- 2004), et ambassadeur auprès de la Confédération suisse et auprès du Vatican (2004 -2006). De retour à Tunis, il a été directeur de l’Ecole nationale d’administration

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Moëz Majed sur les pas de Lorand Gaspar | Le poète et son double

Moëz Majed est poète. Il vient de publier son premier roman. Quoi de plus naturel ? La plupart des poètes s’essayent aussi au roman et vice et versa. C’est toute la magie de l’écriture littéraire qui déplace sans cesse les frontières entre les genres pour en faire des vases communiquant. Et l’art romanesque, on le sait, est le plus ouvert au mélange des genres, au métissage des formes, à l’interférence des styles et au dialogue des idées. Et ce premier roman de Moëz Majed nous en offre une belle illustration.

Ridha Kefi

En effet, le titre, ‘‘Lorand Gaspar vient de mourir’’ (édition Hykeyet, Tunis 2026, 169 pages), annonce la couleur : c’est un roman sinon sur la poésie du moins sur un poète, et pas des moindres, l’un des plus secrets du 20e siècle et qui a marqué des générations de poètes, en France, où il occupe une place de choix parmi ses pairs, mais aussi en Palestine et en Tunisie, où il a aussi vécu et pratiqué la médecine (il était chirurgien) pendant de longues années.

Pour avoir moi-même connu Lorand Gaspar * – il avait publié mes premiers poèmes dans la revue Alif qu’il avait fondée et dirigée aux Editions Cérès à Tunis au début des années 1980 –, pour avoir aussi connu sa compagne, elle-même médecin et poète, Jaqueline Daoud, et son fils aîné – né d’un premier mariage – François Gaspar alias François Abu Salem, fondateur du célèbre théâtre Al Hakawati à Jérusalem… Pour cette raison, à la fois subjective et objective – car je voulais en savoir davantage sur cet homme qui m’a beaucoup marqué, ainsi que ceux de ma génération –, il va sans dire que le titre de ce premier roman de Moëz Majed m’a d’emblée interpellé.

Une quête de soi en l’autre

S’agit-il d’une biographie romancée du célèbre poète qui est resté assez méconnu voire mystérieux, même pour ceux qui l’ont côtoyé de très près ?

La réponse va venir au fil des pages : il est certes question dans ce roman de Lorand Gaspar, mais pas seulement, car le récit de la vie du poète français d’origine hongroise est comme un fil rouge qui relie les différents éléments de la narration et tisse comme un tapis persan avec pleins de lettres, de mots, de personnages, de paysages, d’objets et d’atmosphères qui, mis les uns à côté des autres, tentent de dire ce qu’est l’art poétique, ce que veut dire être poète et comment le devient-on, dans la proximité des êtres, des objets et des mots pour dire les sensations qu’ils nous inspirent.

Le récit de la vie de Lorand Gaspar et l’approche  de son œuvre deviennent, au fils des pages, une sorte de quête spirituelle de l’auteur qui s’interroge sur son propre cheminement dans le sillage de poètes qu’il a connus et qui ont contribué à sa formation littéraire et philosophique. Il y a d’abord son père, bien sûr, Jaâfar Majed, d’un de piliers de la poésie tunisienne de la seconde moitié du 20e siècle, dont il a reçu les premiers enseignements. Il y a ensuite Ali Louati qui, le premier lui a parlé de Lorand Gaspar, Saint-John Perse, René Char ou autres Yves Bonnefoy, le mettant sur la voie d’une écriture poétique libérée des carcans esthétiques dominants, et des nombreux poètes qu’il a rencontrés par la suite aux quatre coins du monde, lors de ses pérégrinations poétiques, de la Turquie à la Colombie, de Kairouan à Paris…

Dans la dédicace qu’il m’a aimablement faite, Moëz Majed a joliment écrit : «Il semble que ce texte soit une quête de soi en l’autre et de l’autre en soi». Tout est dit : ‘‘Lorand Gaspar vient de mourir’’ est une autobiographie déguisée en biographie, le poète tunisien s’identifiant à son aîné franco-hongrois, qu’il avait juste entraperçu, un instant furtif, attablé à un café à Sidi Bu Saïd, au milieu des années 1990, mais pour lequel il gardera une sorte de vénération poétique et spirituelle.

* J’ai aussi traduit en arabe avec son aide des poèmes de son recueil ‘‘Sol absolu’’. Le livre est paru sous le titre de ‘‘Ardh al-motlaq’’ aux éditions Annawras, à Tunis, en 1988, avec des photos en noir et blanc prises par le poète dans le désert de Palestine.

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La question migratoire, facteur de polarisation politique en Tunisie

La présence d’une forte communauté de migrants subsahariens en situation irrégulière dans la plupart des villes côtières en Tunisie commence à susciter des réactions de rejet parmi la population locale. Samedi dernier, 28 mars 2026, des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant le gouvernorat de Tunis pour scander le slogan «La Tunisie aux Tunisiens». Ils réclamaient l’expulsion des migrants subsahariens présents dans le pays et dénonçaient les associations qui les assistent et défendent leurs droits. (Photo : La banderole tenue par des enfants appelle à l’expulsion des migrants subsahariens de tout le territoire tunisien).

Latif Belhedi

La manifestation, qui a été relayée dans de courtes vidéos sur plusieurs plateformes de médias sociaux arabophones, a aussi été organisée pour s’opposer aux programmes de «réinstallation» de ces migrants dont il est de plus en plus question dans certains cercles européens qui cherchent à profiter de la vulnérabilité actuelle du pays pour y implanter des sortes de camps de rétention de migrants irréguliers en attente d’examen de leurs demandes d’asile en Europe.

La mobilisation s’est principalement développée en ligne, sans structure formelle identifiable. Les jours précédents, plusieurs publications Facebook avaient appelé à se rassembler devant le gouvernorat de Tunis avec des slogans et des hashtags tels que «Non à la naturalisation des Africains», «Oui à l’expulsion» et des appels à la «tunisification» du secteur associatif, soupçonné de servir des intérêts de bailleurs de fonds étrangers.

Rejet de toute «réinstallation déguisée» de migrants

Cet événement survient dans un contexte de durcissement du discours public tunisien sur la question migratoire. Le 24 mars, la Tunisie a réaffirmé à Genève son rejet de toute «réinstallation déguisée» de migrants en situation irrégulière, tandis que le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, en visite à Berlin le 25 mars, a réaffirmé la position de la Tunisie en faveur du retour volontaire, de la lutte contre les réseaux criminels et, parallèlement, du renforcement des voies de migration légale vers l’Europe.

D’après les données officielles publiées en mars, plus de 21 000 migrants subsahariens ont bénéficié du programme de retour volontaire ces quatre dernières années, dont 1 262 depuis début 2026, l’objectif affiché étant de 10 000 retours d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, le 25 mars, un nouveau vol charter a ramené 97 migrants en Guinée.

Sur le plan politique, le discours tenu lors de la manifestation de samedi s’inscrit dans le droit fil des déclarations faites par le président Kaïs Saïed en février 2023, à propos d’un «plan criminel» visant à modifier la composition démographique de la Tunisie, assimilant l’immigration irrégulière à une menace pour l’identité et la sécurité du pays. Depuis, la question s’est fermement ancrée dans le débat public et parlementaire. Ces dernières semaines, des propositions visant à durcir le code de la nationalité et à renforcer les mécanismes d’expulsion ont également refait surface, invoquant la protection de la souveraineté nationale et de la paix sociale.

Les manifestants ont ciblé non seulement les migrants, mais aussi le décret législatif n° 88 de 2011 relatif aux associations, dont ils exigent l’abrogation.

La société civile vouée à la vindicte populaire

Ce mouvement est significatif car il intervient dans un contexte de fortes pressions exercées par les autorités sur les organisations de la société civile et les défenseurs des droits humains. Le contraste est d’autant plus frappant que la Tunisie dispose depuis 2018 d’une loi exhaustive contre toutes les formes de discrimination raciale, tandis que plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent depuis longtemps la complicité de militants et d’associations dans un prétendu projet de «grand remplacement», thématique chère aux militants d’extrême droite européens farouchement opposés à l’immigration.

Dans l’ensemble, la manifestation de Tunis, bien que peu nombreuse, a eu une portée politique significative, confirmant que la question migratoire demeure un facteur majeur de polarisation en Tunisie, au carrefour d’une souveraineté mis à mal par des pressions européennes, les exigences de la sécurité intérieure et les appels au respect des droits humains émanant des Ong nationales et internationales.

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