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La Villa Baizeau fait revivre l’héritage de Le Corbusier à Carthage

La Villa Baizeau à Carthage, unique création africaine de Le Corbusier, retrouve une place centrale sur la scène culturelle tunisienne à l’occasion des célébrations du 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la Tunisie et la Suisse. Un programme allie art contemporain, réflexion architecturale et valorisation du patrimoine moderne.

L’ambassade de Suisse a présenté cette initiative comme l’ouverture d’une année commémorative dédiée aux personnalités suisses ayant marqué durablement la Tunisie.

L’événement phare de ce programme sera l’exposition «Ma maison est un Le Corbusier (Villa Baizeau)» de l’artiste italien Cristian Chironi, qui se tiendra du 3 avril au 17 juin 2026 au Centre d’art contemporain La Boîte à Tunis.

Ce projet s’inscrit dans une démarche initiée par Chironi en 2015, fondée sur l’idée d’«habiter» de manière critique l’architecture de Le Corbusier afin d’interroger son héritage culturel et urbain contemporain.

Mémoire, paysage et modernisme

Au cœur du projet se trouve la Fiat 127 Special «Caméléon», utilisée lors de la performance itinérante «Carthage Drive» les 24 et 25 mars, comme extension mobile de l’exposition. Plus qu’un simple accessoire, la voiture devient un dispositif narratif et performatif grâce auquel l’artiste met en mouvement mémoire, paysage et modernisme, transformant le trajet urbain en une expérience esthétique et critique.

Cette initiative est organisée en collaboration avec la Fondation Le Corbusier, l’Association tunisienne pour la recherche en architecture et l’École nationale supérieure d’architecture et d’urbanisme (Enau) de Tunis, avec le soutien de l’Institut culturel italien en Tunisie, de l’ambassade d’Italie en Tunisie et de la Coopération suisse en Tunisie.

Le projet sera accompagné d’une publication des Éditions Lenz et d’une conférence le 2 avril à l’Enau, dans le cadre de la Journée du design italien, avec la participation, entre autres, de Brigitte Bouvier de la Fondation Le Corbusier, de Tarek Baccouche, directeur général de l’Institut national du patrimoine (INP), et de l’architecte Chacha Atallah.
Cette initiative culturelle ne se limite pas à une simple exposition ; elle vise à relancer le débat autour d’un édifice singulier dans l’histoire de l’architecture tunisienne et du XXe siècle. Construite entre 1928 et 1930 sur la colline Sainte-Monique, dominant la mer à Carthage, la villa fut commandée par l’entrepreneur Lucien Baizeau et conçue par Le Corbusier sans que l’architecte ne se rende jamais sur place, travaillant à distance à partir de photographies, de plans et de correspondance. La Fondation Le Corbusier la considère comme le seul projet architectural qu’il ait conçu en Afrique.

L’architecture corbuséenne adaptée au climat méditerranéen

Sur le plan formel, la Villa Baizeau est perçue comme une étape majeure dans le développement du langage corbuséen adapté au climat méditerranéen. L’édifice intègre les principes de la Maison Dom-Ino et les «cinq points» de l’architecture moderne : un plan ouvert, des façades détachées de la structure, de vastes terrasses en surplomb pour se protéger du soleil et des vents chauds, et un système de ventilation naturelle assurant la circulation de l’air du rez-de-chaussée jusqu’au toit.

Le thème même de la protection solaire, déjà encouragé par le client, est interprété par les spécialistes comme l’un des prémices du développement ultérieur du brise-soleil dans l’œuvre de Le Corbusier.

L’histoire de la villa est cependant aussi celle d’un retrait progressif du regard public. Après l’indépendance de la Tunisie, le bâtiment fut nationalisé en 1961 et intégré au périmètre du palais présidentiel de Carthage. Selon la Fondation Le Corbusier, il abrite aujourd’hui les archives de l’Agence générale de renseignement tunisienne et est de fait inaccessible. Ces dernières années, cette inaccessibilité même a contribué à en faire un objet quasi mythique pour les architectes, les chercheurs et les acteurs culturels, alimentant des initiatives d’exposition et des projets de réinterprétation artistique, comme celui actuellement mené à Tunis.

Dans le contexte tunisien, la redécouverte de la Villa Baizeau s’inscrit également dans un processus plus large de reconnaissance du patrimoine moderniste. Un article publié par Archibat et signé par un architecte de l’INP rappelle que le dossier de protection juridique du bien a été validé par la Commission nationale du patrimoine en juillet 2023 et qu’un décret du ministère des Affaires culturelles relatif à la protection des monuments historiques et archéologiques a été publié au Journal officiel tunisien le 26 janvier 2024. Il s’agit d’une étape importante, car elle témoigne d’une attention croissante portée à un patrimoine architectural longtemps resté marginalisé par rapport au patrimoine archéologique et monumental plus connu du pays.

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In Memoriam | Sadok Belaid tel que je l’ai connu

Hommage au Doyen Sadok Belaid, décédé le 7 mars 2026 à 87 ans, que j’avais eu comme professeur de droit constitutionnel en première année à Faculté de droit et des sciences politiques et économiques de Tunis (1977), de droit international public, en troisième année (1979) et de droit international en DEA (1982).

Raouf Chatty *  

A l’époque, il n’avait que 33 ans, quand il succéda à Chedly Ayari, appelé à des fonctions ministérielles, au poste de Doyen. Son nom était sur toutes les lèvres. Il avait la stature et la réputation d’un grand professeur et d’un excellent manager. Étudiants comme enseignants, maîtres de conférences, maitres -assistants et assistants lui vouaient un grand respect, car il était le premier Tunisien agrégé en droit public de l’université de la Sorbonne.

L’homme, réputé pour sa rigueur et sa fermeté, tenait la faculté en main et rien ne lui échappait. Ceux qui l’avaient côtoyé de près se félicitaient de son honnêteté intellectuelle, de son intelligence portée par un remarquable esprit de synthèse, de ses capacités de gestion et de son sens aiguë du rôle que doit jouer l’université dans la vie de la nation. 

Un grand maître.

Par sa présence, son aura, son choix vestimentaire (il était souvent en costume noir), le sérieux et la rigueur qu’il dégageait, sa science et sa pédagogie, il ne passait pas inaperçu. C’était ce qu’on appelle un grand maître.

Chaque fois qu’il entrait dans l’amphithéâtre 1, à 9 heures tapantes, toujours ponctuel, pour son cours de droit constitutionnel, il posait son porte-documents en cuir noir sur le pupitre et entamait ses conférences devant plusieurs centaines d’étudiants. Les portes de l’amphithéâtre étaient aussitôt refermées et aucun retardataire ne se hasardait à s’annoncer, sachant que celles et ceux qui avaient osé le faire furent renvoyés sèchement et illico presto, le Professeur Belaid ne tolérant aucun retard et avait horreur de voir ses conférences perturbées de quelque manière que ce soit. 

Les étudiants, pour leur part, se précipitaient pour être aux premières loges. Ils prenaient plaisir à suivre studieusement ses conférences qui étaient bien structurées, claires et concises, alliant érudition, rigueur et pédagogie. 

Le Professeur Belaid, qui maniait brillamment la langue de Molière, ce qui lui permettait de familiariser les étudiants que nous étions aux concepts de sa discipline, le droit constitutionnel. Il avait d’ailleurs beaucoup de facilité à faire comprendre les idées et les thèmes qu’il développait avec une évidente aisance. Il faut dire que cette aisance était le fruit d’un grand travail, car il préparait minutieusement ses conférences et ne laissait rien au hasard. Il était d’autant plus exigeant avec les autres qu’il l’était, d’abord, avec lui-même. Son but fondamental était que les étudiants disposent des clés indispensables pour se familiariser avec la discipline enseignée, en comprendre les tenants et aboutissants et ne pas se perdre dans les détails… Sa méthode nous aidait beaucoup dans les recherches que nous faisions et dans nos lectures des ouvrages spécialisés de grands juristes français comme Maurice et André Hauriou, Georges Burdeau, Maurice Duverger et autres Marcel Waline.

Le Professeur Belaid dispensait ses conférences comme un mathématicien soucieux de logique et de sens. 

Ironie, drôlerie et finesse d’esprit

Le sérieux qui caractérisait sa démarche n’excluait pas un humour fin. Qui ne se souvient de ses réparties sarcastiques pleines de finesse, comme de ses réactions virulentes lorsque des étudiants étrangers à la faculté envahissaient l’amphithéâtre pour faire sortir de force les étudiants et les obliger à assister aux assemblées générales qu’ils tenaient dans l’enceinte de la faculté ?

Dans de telles circonstances, le Professeur Belaid agit en démocrate en s’adressant, micro en main, à l’amphithéâtre pour inviter les étudiants voulant participer aux AG à le faire de plein gré. Comme très peu d’étudiants se laissaient intimider par les appels des organisateurs des AG et préféraient suivre le cours, le Professeur Belaid en prenait immédiatement acte, donnait l’ordre aux agitateurs de quitter immédiatement l’amphithéâtre et continuait calmement à donner sa conférence, comme si de rien n’était. 

Interpellant, un jour, une étudiante qui, voulant se faire remarquer, défonça la porte de l’amphithéâtre, vingt minutes après le commencement du cours, il lui intima l’ordre de quitter les lieux en prenant soin de lui faire remarquer : «Mademoiselle, la faculté a ses règles qui doivent être respectées.»

Aux étudiants qui s’inquiétaient de la grande sélection aux épreuves de première et de deuxième année, le pourcentage des admis en premier cycle (Deug) ne dépassant jamais les 25% du nombre des candidats, sessions de juin et de septembre comprises, il répondait de manière sarcastique : «Ne vous en faites pas, vous serez licenciés d’une manière ou d’une autre !». Ainsi, tout le monde savait à quoi s’en tenir et redoublait d’effort pour traverser le cap.

Quant aux sujets qu’il donnait pour les examens de fin d’année, souvent redoutés par les étudiants, ils étaient souvent axés sur des questions transversales qui faisaient appel à l’intelligence des étudiants et à leur capacité de synthèse. Il accordait une grande importance à la manière avec laquelle ses étudiants abordaient ces sujets.

Lors de la correction des épreuves, il était intraitable sur la question du plan en deux parties, tout comme sur l’esprit de synthèse, la rigueur de l’analyse et la clarté de la dissertation.

Je me rappelle, à titre d’exemples, de ces sujets que nous avions eu à traiter : «Constitutions coutumières et coutumes constitutionnelles» ou encore «Un État peut-il vivre sans Constitution ?» Celles et ceux qui obtenaient une bonne note, c’est-à-dire 16/20 dans le meilleur des cas, étaient félicités par leurs camarades qui cherchaient à connaître les secrets de leur performance. 

A ce sujet, le Professeur Belaid avait pris coutume de dire : «L’essentiel ce n’est pas de travailler, mais plutôt de savoir comment travailler. Je veux des têtes bien faites et non des têtes pleines.»

Par ailleurs, celles et ceux qui ont l’honneur de préparer des mémoires de troisième cycle ou des thèses de doctorat sous sa direction se rappellent toujours des séances harassantes et exigeantes qu’ils ont eues avec lui, travaillant au peigne fin leurs brouillons, ne laissant rien passer sans le soumettre à la loupe de la rigueur et de la méthode, exigeant de tout doctorant de grands efforts pour apporter du nouveau et s’éloigner des sentiers battus.

Chaque thèse de doctorat prenait quatre années de travail acharné pour voir le jour. Le récipiendaire pouvait légitimement se targuer d’avoir eu pour directeur de thèse le Doyen Belaid. A ce propos, feu Lazhar Bououny, futur professeur de droit, Doyen et ministre, et qui fut son assistant de droit constitutionnel en 1976/1977, me racontait les souffrances endurées lors de la préparation de sa thèse de doctorat sous la direction du Doyen Belaid, pour qui il avait un profond respect. 

Il a formation de hauts cadres de la nation

Je me rappelle toujours de la soutenance de thèse de doctorat d’État de droit public de Hafedh Ben Salah, devenu ultérieurement doyen de la Faculté de droit et ministre. Ce dernier avait travaillé sous le patronage du Doyen Belaid. Son travail était de l’avis de tous réellement un chef d’œuvre de rigueur. Cela n’avait pas empêché un membre du jury, lors de la soutenance, devant une salle archicomble, en présence de hauts magistrats, d’universitaires et de certains ministres, de lui lancer des fléchettes, pour entendre le Doyen Belaid lui rétorquer : «Maintenant que vous avez lancé vos fléchettes au candidat, je souhaite vous dire que nous les recevons avec bonheur.» Ce à quoi, le concerné, qui était assis à l’extrême droite de la table, est monté au créneau pour signifier avec tact au Doyen  Belaid : «Ni la gauche ni la droite ne soutiennent le centre», allusion faite au Professeur Belaid qui était assis, ce jour-là, au centre de la table du jury. Le prenant à la lettre, ce dernier lui rétorqua : «Le centre n’a pas besoin de soutien, du fait qu’il se tient de lui-même», au grand bonheur des présents, qui avaient apprécié ce tic-au-tac entre deux grands juristes.

En pleine année universitaire 1979, des rumeurs ont couru qui prêtaient au Professeur Belaid d’avoir refusé le poste de ministre de l’Enseignement supérieur que venait de lui proposer le Premier ministre de l’époque, Hedi Nouira. Ces rumeurs étaient fondées. Les milieux universitaires en étaient au courant. Le poste est reviendra au vice-doyen de la Faculté de droit, Abdelaziz Ben Dhia, professeur de droit civil et ami de longue date du Doyen Belaid…

Ce dernier croyait fermement au rôle de l’université dans la formation de hauts responsables de la nation, des cadres rigoureux, disciplinés, honnêtes, ayant le sens de l’honneur et du travail bien accompli et capables de jouer pleinement leurs rôles dans le développement de la Tunisie. Il avait largement contribué à doter notre pays de centaines de cadres supérieurs qui lui sont redevables de ce qu’ils sont devenus.

Le Doyen Belaid restera toujours l’exemple à suivre par toute personne imbue d’amour pour son pays. Paix à son âme. Puisse le Tout Puissant lui accorde miséricorde et l’accueillir dans son éternel paradis.

* Ancien ambassadeur.  

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Guerre d’Iran | Le scandale financier de Pete Hegseth !

Le Financial Times, en se basant trois sources, a révélé qu’un courtier travaillant pour le secrétaire américain à la Guerre Pete Hegseth a tenté de réaliser un investissement important dans une grande entreprise du secteur de la défense quelques semaines seulement avant le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.

Imed Bahri

Ces sources ont indiqué que le courtier de M. Hegseth qui travaille à Morgan Stanley avait contacté BlackRock, plus grand gestionnaire d’actifs au monde, en février, au sujet d’un investissement de plusieurs millions de dollars dans le fonds négocié en bourse (ETF) baptisé iShares Defense Industrials Active (IDEF) appartenant à la société de gestion d’actifs, peu avant le lancement des opérations militaires américaines contre Téhéran.

Les sources ont ajouté que cette demande, formulée pour le compte d’un client potentiel de premier plan avait fait l’objet d’une enquête interne chez BlackRock.

Selon BlackRock, le fonds IDEF doté de 3,2 milliards de dollars vise à «saisir les opportunités de croissance en investissant dans des entreprises susceptibles de bénéficier de l’augmentation des dépenses publiques en matière de défense et de sécurité, dans un contexte de fragmentation géopolitique et de concurrence économique»

Ses investissements les plus importants comprennent des géants de la défense tels que RTX, Lockheed Martin et Northrop Grumman dont le principal client est le Pentagone ainsi que la société d’intégration de données Palantir.

Suite à l’article du Financial Times, le porte-parole du Pentagone Sean Parnell a écrit sur la plateforme X : «Cette allégation est totalement fausse et inventée de toutes pièces. Le secrétaire Hegseth et ses représentants n’ont jamais contacté BlackRock au sujet d’un tel investissement»

BlackRock et Morgan Stanley ont refusé de commenter.

Un acteur clé de la guerre contre l’Iran

Hegseth est un acteur clé de la guerre contre l’Iran et l’un de ses plus fervents partisans au sein de l’administration Trump. Il se vante fréquemment de la puissance militaire américaine et n’hésite pas à instrumentaliser la religion chrétienne dans ce conflit. 

L’investissement évoqué par l’intermédiaire de Hegseth ne s’est finalement pas concrétisé car le fonds, lancé en mai de l’année précédente, n’était pas encore accessible aux clients de Morgan Stanley. Bien que les fonds négociés en bourse (ETF) soient conçus pour être achetés et vendus aussi facilement que des actions, leur large disponibilité fait que la plupart des grandes plateformes de courtage et de négociation n’offrent qu’une fraction des plus de 14 000 ETF actuellement existants.

On ignore si Hegseth a par la suite trouvé un autre fonds spécialisé dans la défense pour finaliser son investissement. Ces fonds sont prisés des investisseurs particuliers car ils offrent souvent des frais réduits et un traitement fiscal plus avantageux que les fonds communs de placement ainsi qu’une entrée et une sortie plus rapides.

Le fonds IDEF, coté au Nasdaq, a progressé de 28% l’an dernier mais n’a pas su tirer profit du conflit au Moyen-Orient, chutant d’environ 13% le mois dernier.

Si l’échec de la finalisation de l’accord avec BlackRock a pu éviter des pertes à court terme, la volonté de Hegseth de réaliser un tel investissement au moment même où le département de la Guerre, qu’il dirige, se préparait à une campagne militaire de grande envergure risque de susciter une vive controverse.

Un chef du Pentagone très soluble dans l’argent

Ces discussions sur les investissements dans la défense interviennent alors que les analystes de Wall Street font l’objet d’un examen minutieux concernant leurs transactions sur les marchés financiers et spéculatifs, dans un contexte de décisions imminentes de l’administration Trump.

Hegseth est un fervent défenseur de la campagne américaine contre l’Iran et le président Donald Trump le considère comme le premier, au sein de son cercle de sécurité nationale, à plaider en faveur d’une guerre.

Durant son passage à Fox News, Hegseth a perçu 4,6 millions de dollars entre 2022 et 2024 selon une déclaration qu’il a soumise lors de ses auditions de confirmation au Sénat. Il a également reçu environ 500 000 dollars d’avances pour deux livres durant cette période, en plus de droits d’auteur allant de 100 000 à 1 million de dollars chacun. Il a par ailleurs perçu près de 900 000 dollars d’honoraires pour des conférences.

Sa dernière déclaration de patrimoine, publiée en juin 2025, révèle que le secrétaire à la Guerre a vendu des actions dans 29 sociétés différentes, chaque opération étant évaluée entre 1001 et 50 000 dollars.

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Bizerte | Vers l’émergence d’un hub numérique sud-méditerranéen

L’arrivée stratégique du câble sous-marin Medusa à Bizerte ouvre des perspectives inédites pour le développement d’infrastructures numériques de pointe dans la région. C’est dans ce cadre qu’une expertise de haut niveau en ingénierie numérique a récemment exploré la viabilité de l’implantation de data centers au sein de ce gouvernorat du nord de la Tunisie. (Photo : Medusa fait de Bizerte la porte d’entrée naturelle des flux numériques entre l’Europe et l’Afrique).

Lotfi Sahli

Sollicité pour apporter un éclairage technique sur les spécificités du paysage énergétique local, cet échange a permis d’évaluer comment transformer cette connectivité internationale en un levier de croissance concret. L’objectif est clair : harmoniser les capacités de la fibre optique avec les ressources territoriales pour positionner Bizerte comme un pôle technologique majeur, prêt à accueillir les défis de l’intelligence artificielle (IA) et de l’économie de la donnée.

Mutation des forteresses numériques

Pour comprendre l’enjeu, il faut d’abord définir ce qu’est un data center moderne. Ces infrastructures, véritables poumons de l’Internet, ne sont plus de simples entrepôts de serveurs. Elles se classent désormais selon une hiérarchie de puissance et de service :

Le Petit/Edge (< 1 MW) : déployé localement (bureaux, usines) pour garantir une latence minimale.

Le Moyen (1-10 MW) : le standard pour la colocation d’entreprises.

Le Grand (10-100 MW) : opéré par les grands fournisseurs de Cloud.

L’Hyperscale (> 100 MW) : des infrastructures colossales portées par les géants comme Google ou AWS, capables de gérer des flux mondiaux sur des surfaces dépassant les 50 000 m².

Au-delà de la taille, c’est la densité par baie (ou rack) qui dicte la complexité technique. Si une baie standard consomme entre 5 et 10 kW, l’explosion de l’IA et du calcul intensif (HPC) propulse les besoins vers des sommets de 40 à 60 kW, transformant chaque armoire en une source de chaleur intense qu’il faut impérativement maîtriser.

Les data center moderne, véritables poumons de l’Internet, ne sont plus de simples entrepôts de serveurs.

L’efficacité énergétique, juge de paix du PUE

Dans cette course à la puissance, la rentabilité et l’écologie se rejoignent autour d’un indicateur clé : le Power Usage Effectiveness (PUE). Il mesure le rendement énergétique en comparant l’énergie totale consommée par le centre à celle réellement utilisée par les serveurs.

PUE= Puissance totale consommée en KWH/Energie IT en KWH.

Un score de 1,0 représente la perfection théorique. Aujourd’hui, les projets les plus ambitieux visent un PUE situé entre 1,1 et 1,3. Pour y parvenir, l’innovation se porte sur le refroidissement, qui représente souvent 40 % de la facture électrique :

Free cooling : utilisation de l’air extérieur pour refroidir les circuits, réduisant la climatisation de 70 à 90 % ;

Refroidissement adiabatique : vaporisation d’eau pour abaisser la température par évaporation, une solution très économe en énergie ;

Liquid Cooling (Direct-to-Chip) : cette technologie émergente, qui sera présente dans 20 % des nouveaux centres d’ici fin 2026, utilise un liquide caloporteur circulant directement sur les processeurs. Elle est 1 000 fois plus efficace que l’air pour gérer les charges de travail liées à l’IA.

Medusa, le détonateur de la souveraineté numérique

L’atterrissement du câble sous-marin Medusa à Bizerte en novembre 2025 change radicalement la donne pour la Tunisie. Reliant la Tunisie à la France (Marseille) et à 12 autres pays, ce lien de fibre optique de 8 700 km offre une capacité vertigineuse de 24 Tbps.

En multipliant la bande passante par dix et en garantissant une latence inférieure à 10 ms, Medusa fait de Bizerte la porte d’entrée naturelle des flux numériques entre l’Europe et l’Afrique. Cette connectivité directe permet d’envisager l’hébergement local de données critiques, renforçant ainsi la souveraineté numérique tunisienne.

SoleCrypt : un phare à Bizerte

C’est précisément sur ce terreau fertile que germe le projet de SoleCrypt, en partenariat avec Schneider Electric. Annoncé en janvier 2026, ce cluster de data centers durables au sein du Parc d’activités économiques de Bizerte (PAEB) se veut exemplaire :

Puissance et échelle : une capacité totale prévue de 20 MW (phase initiale de 10 MW) en architecture Tier III.

Optimisation IA : utilisation des architectures Nvidia et du refroidissement liquide pour supporter des densités allant jusqu’à 80 kW par baie.

Énergie Verte : pour limiter son empreinte carbone, le cluster sera couplé à un projet de production solaire de 60 MW basé à Tozeur.

Sous l’impulsion d’Amir Ben-Gacem, SoleCrypt ne se contente pas de bâtir une infrastructure ; le projet crée un écosystème. La proximité immédiate (2 km) des câbles sous-marins et l’expertise locale en gestion énergétique font de ce site l’un des futurs poumons numériques de l’Afrique.

Vers un corridor numérique méditerranéen

La convergence entre la puissance de Medusa, l’innovation technique du refroidissement liquide et la maîtrise du paysage énergétique local dessine un avenir prometteur. La Tunisie ne se positionne plus seulement comme un consommateur de technologies, mais comme un hébergeur de classe mondiale, capable d’attirer les fintechs et les laboratoires d’IA les plus exigeants.

Bizerte, forte de son histoire et de sa géographie, s’impose désormais comme le pivot central de cette révolution numérique durable.

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Tunisie | Le secteur du phosphate dans l’impasse

Depuis la révolution du 14 janvier 2011, il y a plus de 15 ans, aucun gouvernement n’a réussi à résoudre le problème que pose la production, la transformation et l’exportation du phosphate en Tunisie. Au point que le secteur se trouve aujourd’hui dans l’impasse, incapable non seulement d’évoluer et d’augmenter ses recettes, mais même de payer les salaires de ses innombrables employés.

Atef Hannachi *

Cette ressource, qui générait d’importantes recettes en devises, contribuait jadis aux équilibres financiers et macroéconomique de la Tunisie. Mais, aujourd’hui, le secteur s’est tellement dégradé sur tous les plans que la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) a du mal à trouver des fonds pour payer les salaires de ses employés dont le nombre a explosé au cours des 15 dernières années, avec des emplois fictifs et/ou de complaisance, visant à acheter la paix sociale dans le bassin minier de Gafsa. La CPG, estimons-nous, est quasi cessation de paiement.

La Tunisie qui était le 5e plus grand producteur de phosphate avant la Révolution de 2011 a depuis perdu ce rang au profit du Brésil pour se classer désormais à la 8e place, avec une part de 2,27% de la production mondiale.

Au Maroc, en revanche, notre concurrent direct sur les plans régional et international, ce secteur n’a jamais été florissant. Et pour cause, au cours des 20 dernières années, ce pays a beaucoup investi dans la modernisation des procédés d’extraction et de transformation du phosphate pour en maximiser la valeur ajoutée et augmenter ainsi les recettes de son exportation, au lieu de l’exporter en vrac et d’en tirer de maigres recettes.

Un objectif impossible à atteindre

Dernièrement le gouvernement tunisien a annoncé son ambition d’atteindre, à la fin de cette année, une production de 7 millions de tonnes, pour tenter de rattraper la production de 2010, qui était de 8 millions de tonnes. Nous estimons, pour notre part, que cet objectif ambitieux, eu égard la vétusté des équipements et les problèmes de gouvernance du secteur, est impossible à atteindre par la CPG.

Le principal problème qui handicape l’entreprise et l’empêche d’évoluer et de rattraper son retard par rapport à ses concurrents, anciens et nouveaux, c’est la masse salariale importante qui alourdit ses dépenses, grève son budget et réduit considérablement ses marges, malgré la hausse continue des cours du produit sur le marché international.

Le nombre des salariés de la CPG est, en effet, passé de 902 en 2010 (pour une production de 8 millions de tonnes) à 3006 en 2024 (pour une production divisée par deux).

Ces dépenses faramineuses et, surtout, improductives, ont empêché l’entreprise d’envisager l’investissement nécessaire à la modernisation de ses équipements, rattrapés par la vétusté, l’augmentation de sa production et l’accroissement de son chiffre d’affaires.

Le budget de la compagnie étant consommé par la rémunération du personnel, aucun nouvel investissement digne de ce nom et susceptible de soutenir sa croissance n’a été effectué depuis très longtemps.

Pour un schéma de partenariat public-privé

En plus de cela, étant une entreprise publique, la CPG est soumise à des contrôles tâtillons et parfois inutiles et des autorisations administratives qui la mettent dans des situations de blocage fonctionnel peu propices à l’agilité commerciale dont elle a besoin pour négocier avec ses clients à l’échelle internationale. Elle se trouve d’ailleurs parfois dans l’incapacité de faire face à ses engagements envers ses clients et ses fournisseurs, qui plus est, dans un marché international qui ne supporte plus les lourdeurs et les rigidités.

L’Etat étant lui-même dans l’incapacité d’investir pour restructurer et moderniser la compagnie, la seule solution, à notre avis, réside dans l’adoption d’un schéma de partenariat public-privé (PPP), donc dans l’ouverture du capital aux privés, qu’ils soient nationaux ou étrangers.

* Expert comptable.

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Beït al-Hikma écarte Tahar Bekri et Moncef Ghachem de «la» poésie francophone de Tunisie

L’Académie tunisienne des sciences, des lettres, et des arts (Beït al-Hikma) vient d’annoncer l’organisation le 15 avril 2026 d’un colloque portant sur «La poésie francophone de Tunisie». Mais dans l’aréopage poétique qui illustre selon les organisateurs «la» poésie francophone de Tunisie, sont exclus nos deux grands poètes Tahar Bekri et Moncef Ghachem. Un choix difficile à justifier et encore moins à défendre.

Zine Elabidine Hamda *

Le programme proposé au public porte, en effet, sur les œuvres des poètes tunisiens Mohamed Jamoussi, Salah Garmadi, Amina Saïd, Abdelaziz Kacem, du franco-hongrois Lorand Gaspar, résident en Tunisie entre 1970 et 1995 et mort à Paris en 2019, du poète italien, né en Tunisie, Mario Scalesi, mort en 1922 à Palerme et auteur d’un seul recueil, ‘‘Les poèmes d’un Maudit’’ publié à titre posthume, et des membres de l’Académie Hichem Ben Ammar, Kamel Gaha et Samir Marzouki, les deux derniers étant modérateurs du colloque.

L’Académie reste certes dans son rôle quand elle sélectionne les plumes qu’elle juge pertinentes pour ses colloques. Elle peut ignorer des voix montantes comme celles de Fatima Maouia et Mokhtar El Amraoui. Mais écarter Bekri et Ghachem relève, à mon sens, de l’incompréhensible.

Que ne faut-il pas pour être invisibilisé ?

Faut-il rappeler à nos éminents académiciens que Moncef Ghachem est un des pionniers de la poésie tunisienne en langue française ? Ses recueils de poésie qui chantent, qui crient plutôt, la mer de Mahdia, sa ville natale, la terre tunisienne, ses lieux sublimes, ses paysages et ses hommes, ses affres et sa résilience, sont traduits dans plusieurs langues. Il est détenteur du Prix Albert-Camus (1994), lauréat de la mention spéciale du Prix international de poésie de langue française Léopold Sédar Senghor pour l’ensemble de son œuvre(2006). Il a été fait Chevalier de l’Ordre des palmes académiques françaises en 1993 et est détenteur du Cordon culturel du président de la République tunisienne (1994). Que ne faut-il pas pour être invisibilisé ?

Voix libres de tous les combats

Tahar Bekri, quant à lui, continue de briller de mille feux. Il vient de sortir deux nouvelles œuvres, ‘‘Je te revois, père’’ (Bruxelles, Asmodée Edern, 2026), livre autobiographique en prose poétique et une anthologie de ‘‘Poètes tunisiens : textes choisis, traduits de l’arabe’’ (Tunis, Nehed). Après une thèse sur l’Algérien Malek Haddad, il traduit Abul Kacem Chebbi et Mahmoud Darwish. Du lieu de son exil forcé par le régime despotique de Bourguiba, après une courte incarcération injuste, il n’a cessé de chanter dans ses recueils de poésie la Tunisie, sa terre natale, ses maux et ses espérances. Sa voix libre a été de tous les combats pour les libertés en Tunisie, pour l’indépendance de la Palestine, pour les causes d’émancipation des Africains et des Sud-Américains.

Son œuvre prolifique, dans les deux langues française et arabe, est éditée en Tunisie, en France, en Belgique et au Canada. Elle est traduite en plusieurs langues en Allemagne, en Russie, en Turquie, en Italie, au Portugal, en Espagne, en Islande, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Elle fait l’objet de colloques, de recherches académiques en Tunisie, en France, en Italie, au Canada, au Danemark.

En Tunisie, la Faculté des lettres et sciences humaines de Sfax, qui figure bien dans le paysage académique tunisien, lui a consacré, les 2 et 3 mars 2017, un colloque international sous le titre «Géopolitique de l’œuvre de Tahar Bekri», dont Kapitalis a rendu compte dans son édition du 25 février de la même année.

Tahar Bekri figure dans l’anthologie ‘‘French Poetry: The Yale Anthology of Twentieth-Century’’, New Haven, Yale University Press, 2004. Membre de l’Union des écrivains tunisiens, détenteur de l’ordre du Mérite culturel de la République tunisienne (1993), Tahar Bekri est récompensé du Prix international de littérature francophone Benjamin Fondane (2018). Il est le seul poète tunisien à être consacré en 2019 par l’Académie française qui lui décerne le prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises. En 2022, il devient membre de la plus ancienne académie de poésie en France (fondée en 1323), l’Académie des Jeux floraux.

Deux parcours étincelants

L’Académie Beït al-Hikma ignore-t-elle ces deux parcours étincelants qui honorent la Tunisie et les Tunisiens dans le monde par leur modestie et la grandeur de leurs écrits ? J’en doute fort connaissant les membres du Département des Lettres de Beït al-Hikma. Il est vrai que la sagesse de cette auguste institution s’intéresse davantage, depuis quelque temps, au questionnement du Code du statut personnel et de la promotion des finances islamiques qu’aux questions lancinantes relatives à la liberté et à la justice que soulèvent les plumes tunisiennes.

Que ces mots rendent hommage à nos deux poètes illustres invisibilisés. C’est aussi à cela que sert la liberté d’expression.

* Journaliste et écrivain.

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Choc pétrolier | Quelle réponse des pays du Sud Global ?

Par-delà le fracas des armes, la guerre en cours des États-Unis et Israël contre l’Iran constitue déjà un puissant choc macroéconomique. Elle bouleverse l’équilibre géopolitique du Moyen-Orient et redessine les vulnérabilités économiques mondiales, en exposant les fragilités structurelles du Sud global. Elle impose une interrogation non seulement sur les mécanismes du choc, mais sur la capacité des États à y résister. Le véritable risque n’est plus un ralentissement économique, mais une désorganisation durable des conditions mêmes de la croissance mondiale. (Photo : Ras Laffan, le plus grand gisement de gaz au monde, géré par Qatar Energy, bombardé par l’Iran).

Yahya Ould Amar *

Ce conflit a déclenché un choc d’offre global à haute intensité. La perturbation du détroit d’Ormuz – et celle probable de Bab El Mendeb (Mer Rouge) – par lequel transite environ 20% des flux mondiaux d’hydrocarbures, combinée à des frappes sur des infrastructures énergétiques régionales, constitue un choc d’une ampleur exceptionnelle. La hausse rapide des prix de l’énergie, la volatilité des marchés et la désorganisation des chaînes logistiques témoignent d’une rupture systémique. Mais l’élément le plus inquiétant réside dans la possibilité d’attaques simultanées sur les infrastructures énergétiques en Iran et dans les pays du Golfe, ce qui transformerait un choc de prix en un choc de quantités, bien plus difficile à absorber.

Au-delà du choc immédiat, une mutation profonde est à l’œuvre, celle de la fonction même de l’énergie dans le système économique mondial. Nous entrons dans une phase où le prix du baril, au-delà de l’équilibre entre offre et demande, reflète en priorité une prime géopolitique structurelle, durable et potentiellement auto-entretenue.

La destruction répétée d’infrastructures critiques — champs, terminaux, installations de liquéfaction — introduit une contrainte temporelle liée aux délais de reconstruction, souvent pluriannuels, transformant des chocs conjoncturels en pénuries persistantes.

Dans ce contexte, les anticipations des marchés se désancrent, et les investissements énergétiques deviennent eux-mêmes procycliques (amplification des fluctuations économiques), aggravant la volatilité (nervosité) des marchés au lieu de l’amortir.

La double peine du Sud : énergie chère, monnaies faibles

Les pays du Sud global se trouvent en première ligne, confrontés à une réactivation de la contrainte extérieure. L’augmentation de la facture énergétique dégrade immédiatement les balances des paiements, accentue la demande de devises fortes et exerce une pression intense sur les monnaies locales.

Dans plusieurs économies émergentes, la dépréciation monétaire alimente un cercle vicieux, ainsi plus la monnaie se déprécie, plus le coût des importations augmente, aggravant encore les déséquilibres externes.

Dans les cas les plus fragiles, cette dynamique peut conduire à des crises de balance des paiements, avec rationnement des importations et restrictions sur les changes.

Cette vulnérabilité est particulièrement aiguë dans les économies dont la monnaie est arrimée au dollar ou fortement dollarisée. Pour ces pays, l’appréciation du dollar agit comme un multiplicateur de choc, elle renchérit simultanément le coût de l’énergie, le service de la dette externe et le prix des importations essentielles.

Les pays importateurs nets d’hydrocarbures — notamment en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et dans certaines économies d’Amérique latine — se trouvent ainsi enfermés dans une trappe macroéconomique où toute tentative de stabilisation monétaire accélère la contraction de l’activité économique.

Le dilemme des politiques économiques

À cette contrainte externe s’ajoute un choc inflationniste d’une intensité particulière. L’énergie étant un intrant universel, son renchérissement se diffuse rapidement à l’ensemble de l’économie. Les coûts de transport augmentent, les prix des engrais s’envolent, et la production agricole est affectée. Le choc se transmet ainsi des marchés énergétiques aux marchés alimentaires, transformant une inflation importée en inflation généralisée. Pour des populations déjà vulnérables, notamment dans les pays à faible revenu, cette dynamique constitue une menace directe pour la sécurité alimentaire et la stabilité sociale.

Dans ce contexte, les finances publiques sont soumises à une pression extrême. Les gouvernements doivent simultanément protéger les ménages contre la hausse des prix et absorber l’augmentation de leurs propres dépenses énergétiques. Cela conduit à une expansion rapide des déficits budgétaires et à une accumulation de dette publique. Or, cette détérioration intervient dans un environnement financier mondial plus contraint, caractérisé par des taux d’intérêt élevés et une aversion accrue pour le risque. Le coût du financement externe augmente, les flux de capitaux se raréfient, et les marges de manœuvre budgétaires se réduisent.

Dans ce contexte, le rôle du Fonds monétaire international (FMI) apparaît à la fois central et profondément contraint. Les capacités d’intervention — de l’ordre de 1 000 milliards de dollars au maximum — apparaissent significatives à l’échelle d’une crise isolée, mais demeurent faibles face à un choc systémique global, où les besoins cumulés des économies fragiles pourraient rapidement excéder plusieurs milliers de milliards de dollars.

Aussi, les conditionnalités traditionnelles — consolidation budgétaire, ajustement structurel — se heurtent à une réalité nouvelle, l’impossibilité politique et économique d’imposer des ajustements procycliques dans des sociétés déjà fragilisées par des chocs inflationnistes et alimentaires.

Le FMI se trouve ainsi confronté à un dilemme soit maintenir une orthodoxie financière au risque d’amplifier les crises sociales soit assouplir ses exigences au prix d’un risque accru de désancrage macroéconomique global.

Nouveau régime d’instabilité

Le résultat combiné de ces dynamiques est une configuration de stagflation difficile à gérer pour de nombreux gouvernements. La croissance ralentit sous l’effet de la hausse des coûts et de l’incertitude, tandis que l’inflation demeure élevée. Les entreprises réduisent leurs investissements, les ménages voient leur pouvoir d’achat diminuer, et les États perdent leur capacité à stabiliser le cycle économique. Cette combinaison — inflation élevée et croissance faible — est historiquement associée à des périodes de forte instabilité économique et politique.

La soutenabilité même de la récession dans les pays fragiles devient alors incertaine. Contrairement aux économies avancées, ces pays ne disposent ni de stabilisateurs automatiques efficaces ni de marges budgétaires suffisantes pour amortir le choc. Le délai d’absorption du choc — c’est-à-dire le temps nécessaire pour rétablir un nouvel équilibre macroéconomique — s’allonge considérablement, transformant une récession cyclique en dépression prolongée. Cette temporalité étendue accroît le risque de ruptures politiques, de défauts souverains et, dans certains cas, d’effondrement institutionnel.

Du choc conjoncturel au basculement structurel

Le scénario le plus préoccupant reste toutefois celui d’une destruction durable des infrastructures énergétiques en Iran et dans le Golfe. Une telle situation produirait un choc d’offre permanent, en réduisant significativement la production mondiale d’hydrocarbures. Elle entraînerait également une désorganisation profonde des circuits logistiques, les ports, pipelines et terminaux devenant vulnérables ou inutilisables.

Les primes de risque sur le transport maritime et le financement augmenteraient fortement, tandis que les effets de second tour — hausse des taux, tensions sur la dette, contraction du commerce mondial — amplifieraient encore le choc initial. Dans ce cas, la crise ne serait plus conjoncturelle mais structurelle, avec des conséquences durables sur l’économie mondiale.

Dans cette séquence, les monarchies du Golfe pourraient supporter un coût triplement cumulatif : celui d’une protection militaire américaine monétisée, celui du financement d’un conflit dont elles ne sont pas à l’origine — dans un moment où même le Congrès américain hésite à en assumer le coût du premier mois de conflit (200 milliards) —, et, enfin, celui d’un alignement politique et financier accru dans l’après-guerre, consacrant une forme de soumission renforcée à l’égard du couple États-Unis–Israël.

L’hypothèse d’une dislocation partielle de l’Iran — sous l’effet combiné de frappes extérieures, de tensions internes et d’interventions indirectes d’acteurs régionaux — introduit un risque systémique supplémentaire. Une fragmentation territoriale, impliquant potentiellement des zones kurdes, azéries ou sous influence étrangère, transformerait le pays en espace de conflictualité permanente, à proximité immédiate des principales routes énergétiques mondiales, tout en ravivant, à la frontière turque, la question kurde et les fragilités qu’elle induit pour Ankara.

Dans un tel scénario, la fermeture intermittente ou le contrôle discrétionnaire du détroit d’Ormuz — voire sa monétisation sous forme de «péage» — deviendrait un instrument durable de pouvoir économique, redéfinissant les termes de l’échange énergétique mondial.

Fin de l’abondance financière et retour du risque de dette souveraine

Cette situation accélère une transformation déjà en cours du système financier international. Le régime d’abondance financière qui caractérisait les années 2010 — marqué par des taux bas et des flux de capitaux vers les économies émergentes — est en train de disparaître. Les investisseurs se replient vers les actifs considérés comme sûrs, renforçant la domination du dollar et accentuant la vulnérabilité des pays dépendants du financement externe.

Parallèlement, le système monétaire international se fragmente, avec l’émergence de tentatives de diversification, notamment autour du yuan ou d’accords bilatéraux. Toutefois, en période de crise, la centralité du dollar reste intacte, ce qui limite les marges de manœuvre des économies émergentes.

Les grandes économies avancées, elles-mêmes fortement endettées, voient leur capacité à jouer un rôle de prêteur se réduire. La remontée des taux d’intérêt réels et la montée des primes de risque limitent l’appétit pour les actifs émergents, accentuant la segmentation financière du monde.

Dans ce contexte, l’investissement global — en particulier dans les infrastructures et la transition énergétique — ralentit précisément au moment où il serait le plus nécessaire.

Dans ce contexte, le risque de crises de dette souveraine augmente fortement. La combinaison d’une dépréciation des monnaies, d’une hausse des taux d’intérêt et d’une détérioration des balances des paiements crée des conditions propices à des défauts en chaîne. Plusieurs pays pourraient se retrouver confrontés à des arbitrages impossibles entre le service de la dette, le financement des importations essentielles et la stabilité sociale.

Que faire ?

Face à ce choc, les pays du Sud global doivent repenser leurs priorités, pour éviter qu’il ne redéfinisse durablement les trajectoires économiques. L’objectif ne peut plus être la poursuite d’une croissance maximale à court terme. Il s’agit désormais de construire une stratégie de résilience. Cela implique, en premier lieu, de sécuriser la liquidité externe, en renforçant les réserves de change et en garantissant l’accès aux devises nécessaires pour financer les importations critiques.

Il est également essentiel d’adopter une approche réaliste en matière de politique monétaire, en acceptant une certaine dépréciation plutôt que de tenter de défendre des niveaux de change insoutenables.

Sur le plan budgétaire, une hiérarchisation rigoureuse des instruments s’impose. À court terme, la priorité doit aller aux transferts monétaires ciblés, aux subventions limitées aux biens essentiels et aux mécanismes temporaires de tarification sociale.

Les États doivent renoncer aux soutiens généralisés, coûteux et régressifs, au profit d’une protection concentrée sur les ménages, les agriculteurs et les secteurs les plus exposés.

Cette réorientation suppose aussi une gestion active de la dépense publique. Il faut protéger les postes à fort rendement social — santé, nutrition, éducation de base, énergie critique, maintenance des infrastructures vitales — et différer les investissements publics non prioritaires, en particulier ceux fortement importateurs en devises ou à faible effet de stabilisation immédiat. Une revue des dépenses de fonctionnement, des subventions aux entreprises publiques et des niches budgétaires devient indispensable.

Du côté des recettes, l’enjeu est moins d’augmenter les taux d’imposition que d’élargir l’assiette : réduction des exonérations inefficaces, meilleure collecte douanière et fiscale, taxation temporaire de certaines rentes ou surprofits, fiscalité accrue sur les biens de luxe et produits pouvant avoir un impact sanitaire (tabac, sucre, …), amélioration du recouvrement auprès des grands contribuables.

Pour les pays disposant de recettes exceptionnelles, des fonds de stabilisation ou de lissage doivent être mobilisés — ou créés — afin d’amortir les chocs sans désorganiser durablement le budget.

Parallèlement, la gestion de la dette doit devenir plus préventive : recours aux marchés boursiers locaux, aux financements concessionnels, allongement des maturités, réduction des risques de refinancement, transparence accrue et, si nécessaire, restructurations ordonnées.

Dans un monde de capital rare, la crédibilité budgétaire ne se mesure plus à la rigidité doctrinale, mais à la capacité de l’État à arbitrer entre protection sociale, soutenabilité financière et sécurité économique.

La dimension énergétique devient également centrale. La diversification des sources d’approvisionnement, la conclusion d’accords bilatéraux de long terme et l’investissement dans des alternatives énergétiques sont des impératifs stratégiques.

Enfin, la coopération internationale, notamment entre pays du Sud, peut jouer un rôle clé, à travers la mutualisation des réserves, l’utilisation des instruments multilatéraux et le renforcement des institutions financières régionales.

Organiser la rareté sans basculer dans la fragmentation

Face à cette configuration, les politiques économiques doivent évoluer au-delà des cadres traditionnels. Trois axes apparaissent déterminants.

Premièrement, une redéfinition des politiques budgétaires vers des dépenses de résilience — sécurité énergétique et alimentaire, infrastructures critiques, stocks stratégiques — au détriment des logiques d’optimisation de court terme.

Deuxièmement, une coordination monétaire et financière accrue entre pays du Sud, visant à réduire la dépendance au dollar par des mécanismes de compensation régionaux et des accords de swap entre banques centrales.

Troisièmement, une accélération des investissements dans les énergies alternatives — renouvelables, technologies de stockage et autres — comme réponse à l’instabilité géopolitique de l’offre fossile.

Car au fond, ce qui se joue n’est autre que la capacité du système international à organiser la rareté sans basculer dans la fragmentation.

En définitive, cette guerre annonce l’entrée dans un monde où l’énergie redevient une arme, les détroits des instruments de souveraineté coercitive, la dette un accélérateur de fragilité, et la résilience la première des politiques économiques. Pour le Sud global, l’enjeu est d’éviter qu’un choc externe ne se transforme en désordre intérieur ou explosion sociale. La leçon à retenir lorsque les infrastructures vitales deviennent des cibles et les routes maritimes des leviers de guerre, est que la géopolitique a cessé d’encadrer l’économie — elle la commande. Et c’est alors l’ordre mondial lui-même qui entre en zone de turbulence durable.

* Economiste, banquier et financier.

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DÉCRYPTAGE – Gouverner la pénurie ou organiser le recul ?

Il est des décisions économiques qui, sous couvert de prudence, trahissent en réalité une forme d’impuissance. La circulaire n°2026-04 de la Banque centrale de Tunisie, en imposant une couverture intégrale des importations dites non prioritaires, appartient à cette catégorie de politiques qui donnent l’illusion de l’action tout en révélant la profondeur des déséquilibres. Car lorsque l’on en vient à administrer la rareté plutôt qu’à produire l’abondance, c’est moins une stratégie qu’un aveu.

Dans une économie fragilisée par des années de déséquilibres structurels, la tentation du contrôle réapparaît comme un réflexe presque mécanique. La guerre au Moyen-Orient, la volatilité des prix de l’énergie et la pression sur les réserves de change offrent un prétexte commode. Mais derrière l’urgence conjoncturelle se profile une question autrement plus dérangeante : la Tunisie est-elle encore en mesure de piloter son économie autrement que par la contrainte ?

 

Le crédit confisqué : quand la liquidité remplace la confiance

La mesure phare de la Banque centrale repose sur un principe simple en apparence : toute importation de produits non prioritaires doit désormais être financée à 100 % sur fonds propres. Ce glissement technique dissimule en réalité une transformation profonde du fonctionnement économique.

Car le crédit n’est pas un simple outil de financement. Il est, comme l’avait théorisé Joseph Schumpeter (1), le moteur même de la dynamique capitaliste, permettant aux acteurs économiques d’anticiper, d’investir et de créer de la valeur au-delà de leurs ressources immédiates. En le neutralisant, la Banque centrale de Tunisie (BCT) ne se contente pas de restreindre les importations : elle modifie la nature même de l’activité économique.

Le passage d’une économie fondée sur la solvabilité à une économie fondée sur la liquidité constitue une rupture silencieuse. Il consacre une hiérarchie implicite entre les acteurs : ceux qui disposent de trésoreries abondantes peuvent continuer à opérer, les autres sont relégués à la périphérie. Ce n’est plus la viabilité économique qui détermine l’accès au marché, mais la capacité à immobiliser du capital.

Dans un pays où les PME constituent l’ossature du tissu productif, une telle mutation revient à déplacer le centre de gravité de l’économie vers les acteurs les plus concentrés, au risque d’étouffer toute dynamique entrepreneuriale.

 

L’énigme des réserves : une justification qui ne tient pas

Officiellement, la mesure vise à préserver les réserves en devises. L’argument, à première vue, semble relever du bon sens. Pourtant, il se fissure dès que l’on en examine les ressorts.

Un dinar converti en devise reste un dinar sorti du pays, qu’il provienne d’un crédit bancaire ou d’une trésorerie privée. La nature du financement n’altère en rien l’impact sur les réserves. En ce sens, la logique économique de la mesure apparaît pour le moins fragile.

Cette contradiction fait écho aux critiques de Milton Friedman (2), bien connues de nos banquiers centraux, à l’égard des politiques monétaires qui s’attaquent aux symptômes plutôt qu’aux causes profondes. En tentant de maîtriser les modalités de financement sans intervenir sur le volume même des importations, la Banque centrale agit sur une variable périphérique, au risque de passer à côté de son objectif.

Derrière cette incohérence apparente se cache une réalité plus complexe : la tension sur la liquidité en dinars. L’État, en mobilisant massivement les ressources bancaires pour financer son déficit, réduit l’espace disponible pour le secteur privé (effets d’éviction, bête noire de nos étudiants de 2ème année). La restriction du crédit aux importations non prioritaires apparaît alors comme un mécanisme indirect de rationnement du financement, bien plus que comme un outil de gestion des réserves.

 

Une économie triée sur le volet : la fin de l’égalité d’accès

Ce que la circulaire introduit, en filigrane, c’est une sélection implicite des acteurs économiques. Elle ne dit pas qui peut importer, mais elle détermine qui en a les moyens.

Les grandes entreprises, les groupes structurés, les acteurs disposant d’une trésorerie solide peuvent absorber la contrainte sans difficulté. Pour eux, la mesure n’est qu’un ajustement. Pour les autres, elle devient un obstacle insurmontable.

Cette dynamique s’inscrit dans les analyses de Joseph Stiglitz (3) sur les asymétries d’information et les imperfections des marchés du crédit. Lorsque l’accès au financement devient inégal, les écarts entre les acteurs se creusent, et la concurrence s’érode.

Le résultat est prévisible : une concentration accrue des marchés, une réduction de la diversité des opérateurs et, à terme, une hausse des prix. La régulation, censée corriger les déséquilibres, finit par les amplifier.

 

Le mythe du « non essentiel » : quand l’État décide des besoins

La catégorisation des produits en « prioritaires » et « non prioritaires » soulève une question fondamentale : qui décide de ce qui est nécessaire ?

Dans une économie moderne, cette distinction est loin d’être évidente. Les chaînes de production sont complexes, les usages multiples, et les préférences des consommateurs évolutives. Ce qui apparaît comme un luxe pour l’un peut constituer un besoin pour l’autre.

Les critiques de Friedrich Hayek (4) trouvent ici une résonance particulière. L’idée qu’une autorité centrale puisse disposer de l’ensemble des informations nécessaires pour arbitrer efficacement entre les besoins relève d’une illusion. La connaissance est dispersée, fragmentée, et souvent tacite.

En figeant une liste de produits « non prioritaires », la BCT impose une vision statique de l’économie, déconnectée de ses dynamiques réelles. Elle risque ainsi de pénaliser non seulement la consommation, mais aussi la production, en restreignant l’accès à des intrants essentiels pour certaines activités.

 

Inflation et pénurie : le retour des mécanismes classiques

L’un des paradoxes les plus frappants de cette politique réside dans ses effets potentiellement inflationnistes. En limitant l’accès à certains produits, elle crée une rareté artificielle, propice à la hausse des prix.

Ce mécanisme est bien connu : lorsque l’offre se contracte dans un contexte de demande relativement rigide, les prix s’ajustent à la hausse. La réduction de la concurrence, induite par l’exclusion des petits importateurs, renforce cette dynamique.

Mais le phénomène ne s’arrête pas là. L’histoire économique tunisienne a montré à maintes reprises que les restrictions sur les circuits formels alimentent le développement du marché parallèle. La contrebande et son développement deviennent alors un canal alternatif, souvent plus coûteux, moins contrôlé et fiscalement inefficace.

Ce basculement vers l’informel ne constitue pas une simple dérive marginale. Il fragilise l’ensemble de l’économie, en réduisant les recettes de l’État, en dégradant la qualité des produits et en accentuant les inégalités.

 

La mémoire courte des politiques économiques

Ce qui rend cette décision particulièrement troublante, c’est son caractère de déjà vu. Une mesure similaire avait été adoptée en 2017, avant d’être abandonnée par notre estimé confrère Marouane Abassi ex Gouverneur de la BCT, en raison de ses effets négatifs.

La répétition de cette politique pose une question essentielle : pourquoi persister dans une voie dont les limites ont déjà été démontrées ? Comme le rappelait John Maynard Keynes, le véritable défi ne réside pas dans la découverte de nouvelles idées, mais dans la capacité à se libérer des anciennes.

Cette récurrence traduit une forme d’inertie institutionnelle, mais aussi une difficulté à élaborer des alternatives crédibles. Face à des contraintes structurelles profondes, les autorités semblent prisonnières d’un répertoire limité d’outils, qu’elles réactivent au gré des crises.

 

Une politique de court terme face à un défi de long terme

Au fond, la circulaire de la Banque centrale illustre un décalage entre la nature des problèmes et celle des réponses apportées. Le déficit commercial, la dépendance énergétique et la faiblesse de l’appareil productif sont des enjeux structurels, qui nécessitent des réformes profondes.

Or, la restriction des importations constitue une réponse conjoncturelle, qui agit sur les flux sans transformer les structures. Elle permet, au mieux, de gagner du temps. Mais ce temps n’est utile que s’il est mis à profit pour engager des transformations.

En l’absence de telles réformes, la politique actuelle risque de produire un effet de compression économique : moins d’importations, mais aussi moins de production, moins d’investissement et, in fine, moins de croissance.

Les conséquences sociales ne sauraient être sous-estimées. La hausse des prix, la raréfaction de certains biens et les difficultés des entreprises peuvent alimenter un sentiment de frustration et d’injustice, dans un contexte déjà marqué par une érosion du pouvoir d’achat.

 

Entre rigueur et asphyxie : l’équilibre introuvable

La BCT se trouve confrontée à un dilemme classique : préserver les équilibres macroéconomiques sans étouffer l’activité. Mais la solution adoptée semble pencher dangereusement vers la restriction.

La discipline financière est nécessaire. Mais elle ne peut se substituer à une stratégie de développement. Sans vision claire, elle risque de devenir une fin en soi, au détriment de l’économie réelle.

Trouver l’équilibre suppose une approche plus nuancée, fondée sur une meilleure compréhension des chaînes de valeur, une coordination renforcée avec les politiques budgétaires et industrielles, et une transparence accrue dans la définition des objectifs.

 

Réguler la crise ou répéter l’histoire

Au terme de cette analyse, une impression persistante s’impose : celle d’une politique qui, faute de s’attaquer aux causes profondes, se contente de gérer les symptômes.

La circulaire n°2026-04 ne constitue ni une rupture, ni une innovation. Elle s’inscrit dans une continuité, celle des politiques de contrôle adoptées en période de tension, souvent avec des résultats mitigés.

La véritable question est ailleurs. Elle réside dans la capacité de la Tunisie à sortir de cette logique défensive pour construire une stratégie offensive, fondée sur la production, l’innovation et l’intégration dans les chaînes de valeur internationales.

À défaut, le risque est grand de voir se répéter un cycle désormais bien connu : restriction, contournement, inefficacité… puis abandon.

Et, entre-temps, une économie qui s’essouffle, lentement mais sûrement.

 

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(1) Joseph Schumpeter : Joseph Schumpeter (1883-1950) était un économiste et sociologue autrichien, naturalisé américain, considéré comme l’un des penseurs les plus influents du XXe siècle pour ses travaux sur l’innovation et la dynamique du capitalisme.

(2) Milton Friedman : né le 31 juillet 1912 à Brooklyn (New York) et mort le 16 novembre 2006 à San Francisco, est un économiste américain, considéré comme l’un des plus influents du XXe siècle[1]

Ardent défenseur du libéralisme, il obtient le prix dit Nobel d’économie en 1976. Il travaille sur des domaines de recherche aussi bien théorique qu’appliquée, étant à l’origine du courant monétariste, ainsi que le fondateur de l’École de Chicago. Il est également un commentateur politique et essayiste à succès.

Ses deux œuvres majeures sont d’abord son livre Capitalisme et liberté en 1962 puis sa série d’interventions télévisées en 1980 intitulée Free to Choose (en français La Liberté du choix).

Milton Friedman a inauguré une pensée économique d’inspiration libérale dont les prescriptions s’opposent de front à celle du keynésianisme. Ses idées ont eu une influence considérable dans le monde de la politique et de l’économie dans les années 1980.

 

(3) Joseph Stiglitz : né le 9 février 1943 à Gary (Indiana), est un économiste américain reconnu pour ses contributions à l’économie. 

Il a reçu le prix Nobel d’économie en 2001 pour ses travaux sur l’information asymétrique, en collaboration avec George Akerlof et Michael Spence. 

Stiglitz est actuellement professeur à la Columbia University et a été économiste en chef à la Banque mondiale de 1997 à 2000.

 

(4)  Friedrich Hayek : est un économiste et philosophe austro-britannique majeur du XXe siècle, figure centrale du courant libéral et de l’école autrichienne. Né en 1899 à Vienne et marqué par son expérience de la Première Guerre mondiale, il a consacré sa carrière à comprendre les crises économiques et à prévenir les déséquilibres systémiques.

Ses travaux portent notamment sur le rôle de l’information dans l’économie, les cycles économiques, les institutions et les limites de l’intervention étatique. Il soutient que les crises trouvent souvent leur origine dans des déséquilibres internes, notamment liés aux excès du système bancaire et aux distorsions monétaires.

Opposé à une vision trop mathématisée de l’économie, Hayek insiste sur la complexité des phénomènes économiques et sur l’incapacité des autorités centrales à disposer de toute l’information nécessaire pour piloter efficacement l’économie. Cette idée est au cœur de ses ouvrages majeurs, tels que La Route de la servitude (1944), La Constitution de la liberté (1960) et Droit, législation et liberté (1973).

Lauréat du prix Nobel d’économie en 1974 (partagé avec Gunnar Myrdal), il a profondément marqué la pensée économique en défendant un libéralisme fondé sur le rôle des institutions, la liberté individuelle et la méfiance à l’égard des interventions centralisées.

 

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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En plus de la BTS, la BFPME se mobilise pour le financement des projets de plusieurs entreprises

 

Trois conventions de partenariat ont été paraphées avec la Banque de financement des PME (BFPME), sous les signatures conjointes du ministre de l’Emploi, Riadh Chaoued, et de la ministre des Finances, Michket Slama Khaldi.

Les trois accords conclus ce jour ne sont pas de simples lignes de trésorerie. Ils dessinent une architecture de financement pensée pour accompagner les entreprises dans la durée. Premier pilier: des crédits à moyen et long terme destinés aux PME, aux jeunes pousses (“startups”), mais aussi aux entreprises opérant dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche. Deuxième pilier: une ligne de financement sans intérêts pour jeunes pousses. Troisième pilier, et non des moindres: une ligne de financement au profit des PME, startups et entreprises spécialisées dans l’agri et la pêche pour des besoins d’exploitation et de gestion. 

L’ensemble de ces dispositifs est adossé aux ressources du Fonds national de l’emploi, dans le cadre des dispositions de l’article 85 de la loi de finances.

 

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Abdellatif Laâbi | La solitude du poème contre le fracas du Monde

Cinq parties composent ‘‘Un dernier pour la route’’, le dernier recueil d’Abdellatif Laâbi : «Premières gorgées», «J’essaie d’écrire un poème sur Gaza», «Saudade», «Six mois après» et ‘‘Un dernier pour la route’’. Un livre à l’écriture épurée, simple d’accès, sans emphase ni fioriture de langage où le poète va à l’essentiel, pour faire le bilan d’une vie et interroger la poésie, dans le même temps.

Le poète marocain, dont l’œuvre militante n’est pas à prouver, depuis fort longtemps, apparaît ici comme apaisé, avec un brin de légèreté appréciable (noblesse de l’âge exige ?), sans cri ni colère, mais attelé à une célébration des bonheurs qu’il oppose à la mélancolie et aux retors de l’Histoire et de l’actualité. Il y a comme un besoin de retrouver la solitude du désert et sa plénitude contre le fracas du monde et son oppression.

Méditations intérieures, arrêts sur des souvenirs intimes, questionnements, stations dans des voyages comme des repères et des jalons lumineux dans un paysage obscur.

La distance, parfois ironique ou même moqueuse, n’est pas sans gravité, n’est ni détachement ni indifférence mais une volonté de déjouer et rejeter la douleur personnelle ou collective, le poids du monde.

Alléger la parole, s’envoler avec ses vers et fuir des cages de toutes sortes afin de se sentir libre. Il y a comme un défi au poème-discours, à la barrière thématique pour s’émanciper de la docte idéologique. Le poète donne à la parole une voix centrale, l’expression de l’ontologique. N’est-ce la raison d’être du poème et sa vérité ?

Ce livre, aux poèmes à la forme multiple, se lit comme un récit avec confidences inattendues et aveux affirmés qui pourraient surprendre ou contrarier plus d’un parmi les dogmatiques de la poésie.

Tahar Bekri

* ‘‘Un dernier pour la route’’, de Abdellatif Laâbi, Ed. Le Castor Astral, 2026, 130 p. 16E.

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La Tunisie doit renégocier les dividendes du gazoduc Transmed

L’Europe se noie dans sa dépendance énergétique et elle se tourne vers l’Algérie qui joue ses cartes avec calme et assurance. La Tunisie, par où transite encore (et peut-être pas pour longtemps, en attendant la mise en place du nouveau gazoduc Galsi qui reliera directement l’Algérie à l’Italie via la Sardaigne) la plus grande partie du gaz algérien vers l’Europe, regarde passer les trains — ou plutôt les molécules de méthane dans les tuyaux— sans toujours mesurer ce que vaut le rail sur lequel elles circulent. (Photo: Tracé du gazoduc Transmed Algérie-Tunisie-Italie).

Moktar Lamari *

L’Europe a froid et a besoin de se chauffer. Pas métaphoriquement — enfin, si, un peu — mais surtout énergétiquement. Depuis que la guerre impérialiste lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a transformé le détroit d’Ormuz en bouchon géopolitique géant, bloquant 20 % de l’approvisionnement mondial en GNL qatari, le Vieux Continent court dans tous les sens, carnet de chèques à la main, à la recherche de gaz. Tous les moyens sont bons, même les plus vilains.

Et pendant ce temps, Washington observe la scène avec un sourire de vendeur de voitures d’occasion : achetez américain ou vous perdrez notre accès «favorable» au GNL.

Ce n’est pas une métaphore. C’est ce qu’a littéralement déclaré l’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne cette semaine, exhortant Bruxelles à ratifier«rapidement» un accord commercial avec Washington sous peine de se voir couper l’herbe sous le pied énergétique.
Christophe Grudler, député européen centriste, a eu le bon réflexe de qualifier cela de «chantage inacceptable». Il a raison. Mais les chantages inacceptables, quand on a froid et que les factures d’électricité explosent, finissent souvent par être acceptés.

L’Italie court à Alger, l’Espagne supplie, la Tunisie dort

Face à cette panique organisée, les Européens ont redécouvert une évidence que la géographie leur rappelle depuis des siècles : l’Algérie est là, elle a du gaz, et elle est stable. Giorgia Meloni s’est précipitée à Alger cette semaine. Le ministre espagnol des Affaires étrangères l’a suivie le lendemain — sans détour, sans diplomatie de façade, à corps et à cris, comme un locataire en retard de loyer qui frappe à la porte de son bailleur. Le président algérien Tebboune, magnanime, a confirmé que son pays resterait un «partenaire stratégique et fiable.»

Les chiffres donnent le vertige : les exportations algériennes vers l’Italie ont dépassé les 23 milliards de mètres cubes par an en 2022, 2023 et 2024, représentant plus d’un tiers de la consommation annuelle italienne.

L’Algérie est ainsi devenue, depuis l’invasion russe de l’Ukraine, le premier fournisseur de gaz de l’Italie — détrônant Moscou avec le sourire.

Et tout ce gaz — ou presque — passe par un tuyau qui traverse un pays dont on parle peu dans ce grand théâtre énergétique : la Tunisie.

La Tunisie, percepteur discret qui sous-facture ses services

Le gazoduc Transmed, artère vitale de l’énergie européenne, relie l’Algérie à l’Italie en traversant le territoire et les eaux tunisiennes. En échange de ce transit, la Tunisie perçoit des droits en nature : une redevance calculée en volume de gaz, estimée historiquement à environ 5,25 % des volumes transportés, soit plusieurs centaines de millions de mètres cubes par an.

À titre indicatif, sur 23 milliards de mètres cubes annuels, cela représente plus de 1,2 milliard de mètres cubes de gaz — une manne considérable pour un pays qui importe plus de 60% de son énergie et dont la facture énergétique pèse lourd dans une balance commerciale déjà sous tension.

C’est bien. Ce n’est pas suffisant. Et voilà le cœur du problème.

Ce que la Tunisie devrait faire — et ne fait pas encore

La Tunisie est dans la position enviable d’un propriétaire de foncier que tout le monde veut traverser. Sauf qu’elle se comporte encore trop souvent comme un simple gardien de tuyau, alors qu’elle pourrait être un acteur stratégique à part entière. Voici, pédagogiquement, ce que la logique commande :

Premièrement, renégocier le tarif de transit. Dans un contexte où le gaz algérien vaut de l’or sur les marchés européens et où aucune alternative crédible ne peut le remplacer à court terme, la Tunisie dispose d’un levier de négociation inédit. Un relèvement même modeste du taux de redevance — de 5,25 % à 7 ou 8 % — représenterait des revenus supplémentaires considérables, sans que personne ne puisse raisonnablement s’y opposer.

Deuxièmement, valoriser le gaz perçu en nature. Plutôt que de simplement consommer ce gaz dans le mix énergétique national — ce qui est certes utile — la Tunisie pourrait envisager d’en revendre une partie sur les marchés spot européens, aux prix actuels particulièrement élevés. Un arbitrage intelligent qui transformerait une rente passive en revenus actifs.

Troisièmement, se positionner comme hub régional. La Tunisie dispose d’une position géographique unique entre l’Afrique et l’Europe. Développer des capacités de stockage, d’interconnexion et de regazéification lui permettrait de passer du statut de couloir à celui de carrefour — avec tout ce que cela implique en termes d’investissements, d’emplois et d’influence diplomatique.

Quatrièmement, jouer sa carte de stabilité. Dans un Maghreb traversé de tensions, la Tunisie reste un interlocuteur prévisible. C’est une valeur rare — et monnayable. Rome, Madrid, Bruxelles ont besoin de garanties : la Tunisie peut les offrir, à condition de le faire avec méthode et ambition.

Ne pas laisser les autres écrire le contrat

L’Europe se noie dans sa dépendance énergétique et les États-Unis lui tendent une corde — payante, bien sûr. L’Algérie joue ses cartes avec calme et assurance. La Tunisie, elle, regarde passer les trains — ou plutôt les molécules de méthane — sans toujours mesurer ce que vaut le rail sur lequel elles circulent.

L’histoire énergétique mondiale est en train de se réécrire. Ce serait dommage d’en être le décor plutôt que l’auteur. La passerelle plutôt la plateforme…

* Economiste universitaire.

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La troisième guerre du golfe : enjeux et perspectives

La guerre israélo-américaine initiée fin février 2026 à l’encontre de l’Iran s’est rapidement muée en conflit régional susceptible de déraper en confrontation globale impliquant de nombreuses puissances nucléaires menacées par les retombées du nouveau choc pétrolier et gazier découlant de la fermeture partielle du détroit d’Ormuz.

Trump et Netanyahu assument la pleine responsabilité de cette guerre qui se situe dans le prolongement de celle qui avait été déclenchée par Israël en juin 2025 avec un soutien américain limité, en vue de susciter une « révolution » aboutissant au renversement du régime iranien, à l’instar des changements de régime opérés dans le cadre des « printemps arabes ».

Les véritables enjeux de la guerre

La reprise des hostilités était prévisible car les USA et Israël persistent dans leur volonté de modifier les rapports de force régionaux et mondiaux en substituant au régime iranien un nouveau pouvoir hostile aux BRICS, à la résistance palestino-libanaise et soumis à la volonté américano-sioniste incarnée par le G7 piloté par les USA et les institutions multilatérales représentatives des oligarchies mondialisées. Au nombre des  objectifs centraux de cette entreprise, figure la dislocation et l’implosion de l’Iran ainsi que la destruction des assises de l’Etat iranien en vue de le dépouiller des atouts de la puissance militaire et technologique susceptible de constituer une menace existentielle pour Israël et les intérêts hégémoniques occidentaux.

Lire aussi: L’Iran ferme le détroit d’Ormuz aux navires liés aux « ennemis »

En effet, il ne faut pas perdre de vue que l’Iran est perçu comme un danger mortel du fait qu’il demeure l’un des derniers  obstacles restants à la mise en œuvre du plan expansionniste sioniste dans la région nouvellement promu par Netanyahu. Initiée par la guerre génocidaire et d’épuration ethnique à Gaza et en Palestine, cette dynamique d’expansion messianiste s’est accélérée aux dépens du monde arabe, après la chute de la Syrie et l’affaiblissement de l’axe de la résistance au Liban.

En somme, la finalité de cette politique n’est pas seulement de soumettre l’Iran à la volonté occidentale tout en s’emparant de ses richesses et de ses importantes potentialités industrielles, scientifiques et militaires. Il s’agit de modifier ses alliances en mettant fin à son hostilité à l’impérialisme et au néocolonialisme tout en confisquant son indépendance décisionnelle en politique étrangère et dans le domaine de la coopération internationale. Avec pour ambition de les mettre au service du projet expansionniste sioniste soutenu par les USA et l’Occident collectif qui cherchent à mettre en échec les prémices du nouvel ordre mondial multipolaire ambitionné par les BRICS. Ceci avec pour perspective de porter un coup fatal aux intérêts sécuritaires et économiques vitaux de la Chine, de la Russie ainsi qu’à la cause palestinienne et à l’axe de la résistance.

 

La finalité de cette politique n’est pas seulement de soumettre l’Iran à la volonté occidentale tout en s’emparant de ses richesses et de ses importantes potentialités industrielles, scientifiques et militaires.

 

Certes, des dommages considérables ont été occasionnés à l’Iran, mais aucun de ses objectifs n’a pu être réalisé après un mois d’une confrontation implacable où les USA se sont impliqués à fond en vue de trancher rapidement le conflit tout en cherchant à éviter l’enlisement et la guerre d’usure ainsi que l’extension des combats à d’autres fronts, ce qui serait catastrophique pour la coalition israélo-américaine.

Lire également : L’Iran émerge-t-il comme nouvelle puissance régionale au Moyen-Orient ?

A l’opposé, l’Iran, conscient des enjeux vitaux de cette épreuve, s’est préparé à une guerre d’usure de longue durée destinée à mettre un terme final aux périls existentiels qui menacent la nation iranienne.

D’où le retour en force de la résistance chiite libanaise incarnée par le Hezbollah qui a repris le combat au sud Liban parallèlement aux attaques de la résistance irakienne ciblant la présence et les intérêts américains. De même que l’appui politique et militaire discret mais efficient manifesté par la Chine et la Russie à l’Iran, ce qui a conféré une efficacité  accrue à son potentiel de riposte et de résilience dans cette confrontation décisive pour le peuple et l’Etat iraniens.

En définitive, il se confirme qu’en dépit de leur agressivité et de leurs pulsions guerrières persistantes, les USA et leurs alliés occidentaux sont en recul face à la réémergence du  nationalisme persan associé aux nationalismes russes et Chinois qui se retrouvent solidaires au regard des tentatives de l’Occident collectif d’empêcher l’avènement d’un nouveau monde multipolaire plus juste et plus équilibré[1].

 

L’évolution du cours de la guerre et les capacités d’endurance et de riposte de l’Iran semblent avoir convaincu le président Trump de la nécessité de rechercher, à ce stade, une voie de sortie provisoire sans pour autant renoncer à ses objectifs initiaux, lesquels s’insèrent dans le cadre de sa stratégie de sécurité nationale.

 

Ainsi, l’évolution du cours de la guerre et les capacités d’endurance et de riposte de l’Iran semblent avoir convaincu le président Trump de la nécessité de rechercher, à ce stade, une voie de sortie provisoire sans pour autant renoncer à ses objectifs initiaux, lesquels s’insèrent dans le cadre de sa stratégie de sécurité nationale. Ce faisant, il ne semble pas mesurer les implications véritables de cette confrontation régionale désormais devenue d’ordre planétaire qui risque chaque jour de déraper et d’échapper à tout contrôle.

Les pays du Golfe dans l’œil du cyclone

Celle-ci s’est de fait muée en crise économique et pétrolière mondiale après la réduction drastique des flux pétroliers en provenance de la région du fait du blocage du détroit d’Ormuz et sa fermeture aux exportations des pays du Golfe. Sans compter les dommages considérables infligés à leurs sites pétroliers ainsi qu’à la crédibilité des USA du fait de la destruction des bases américaines censées les protéger de l’Iran.

A l’inverse, ils se sont retrouvés impliqués, contre leur gré par leurs protecteurs dans ce conflit dévastateur, ce qui leur a valu d’être traités en belligérants et durement attaqués par l’Iran en raison de leur participation aux hostilités à travers les bases américaines qui y sont installées. Dès lors, ils sont, de fait, considérés par les responsables iraniens en tant « qu’Etats fonctionnels », membres de l’alliance israélo-occidentale qui œuvre depuis les « printemps arabes » à détruire l’Iran et à renverser l’ensemble des pouvoirs en place dans la sphère arabo-islamique afin de leur substituer des pouvoirs vassaux pro-occidentaux d’obédience islamiste.

A vrai dire, les pays du Golfe, sous la conduite de l’Arabie saoudite, ont toujours lié leur sort et leur sécurité à la protection des USA moyennant le rôle prééminent des entreprises américaines dans la production et la commercialisation du pétrole en dollars. Cette dépendance économique et sécuritaire à l’égard des USA s’est consolidée après la chute de l’URSS avec l’installation des bases américaines et l’imposition de la normalisation des relations arabo-israéliennes désormais considérée comme étant l’un des piliers de la politique américaine dans la région.

Notons qu’avec les accords d’Abraham, cette normalisation s’est muée en une sorte d’alliance non déclarée tripartite dirigée contre l’Iran et l’axe de la résistance.

 

Dans un prochain article, nous examinerons les retombées prévisibles de cette guerre sur le monde arabo-musulman qui risque, encore une fois, d’être le grand perdant des mutations en cours sur la scène régionale et mondiale.

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Ahmed Ben Mustapha,

Diplomate et ancien ambassadeur

 

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[1] Dans une récente déclaration à l’économiste Maghrébin, j’ai en effet situé ce conflit dans le cadre des mutations en cours dans les équilibres fondamentaux au niveau planétaire :  Ahmed Ben Mustapha insiste sur ce qu’il considère comme la clé de lecture fondamentale de l’ensemble du conflit : un affrontement de nationalismes. D’un côté, le nationalisme sioniste associé au nationalisme européen, avec l’appui décisif des États-Unis. De l’autre, les nationalismes de résistance. Israël et Washington ont réussi à neutraliser le nationalisme arabe, mais ils n’avaient pas anticipé la puissance d’un nationalisme persan adossé à une civilisation millénaire. Ce phénomène s’inscrit dans un mouvement plus large, observable également en Russie et en Chine, où la réunification nationale et la revalorisation des identités propres constituent les objectifs fondamentaux. Ce que le monde traverse, dit-il, c’est la faillite du système de globalisation américain, fondé sur l’absence de repères idéologiques, religieux et moraux, et la réémergence simultanée des grandes forces nationales.

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La saison du zhar est de retour à Nabeul

À Nabeul, au cœur du Cap Bon, le printemps embaume à nouveau le parfum intense du zhar, la fleur de bigaradier ou oranger amer qui rythme le calendrier agricole et familial de la région depuis des générations. Selon les estimations d’Imed Bey, président de l’Union régionale de l’agriculture et de la pêche, la récolte saisonnière de fleurs d’oranger dans le gouvernorat pourrait atteindre entre 11 000 et 14 000 tonnes cette année, confirmant l’importance symbolique et économique d’un secteur qui reste l’un des plus emblématiques du pays.

Paolo Paluzzi

Ce même directeur a expliqué que le secteur peut compter sur quatre structures professionnelles actives dans les zones rurales de Korba, Beni Khiar, Dar Chaabane et Nabeul, ainsi que sur deux coopératives.

La principale difficulté réside cependant dans la récolte, qui continue d’être effectuée selon des méthodes traditionnelles et requiert une main-d’œuvre qualifiée. Le manque de cueilleurs qualifiés, a souligné M. Bey, a un impact direct sur la qualité finale du produit.

Un savoir-faire féminin et familial

En termes de prix, une wazna, soit quatre kilogrammes de fleurs, se vend actuellement autour de 20 dinars (6 euros), alors que les producteurs auraient besoin d’un seuil d’au moins 30 dinars (9,1 euros) pour couvrir leurs coûts et assurer une marge viable.

Mais à Nabeul, le zhar n’est pas qu’une simple culture. C’est un rituel saisonnier, un savoir-faire féminin et familial, un code d’hospitalité. Entre mars et avril, la récolte se fait à la main, avec une extrême délicatesse, et que les fleurs sont ensuite utilisées pour la distillation de l’eau de fleur d’oranger, un ingrédient essentiel de la cuisine locale. Le zhar parfume le café, les pâtisseries, le couscous et les conserves, et est également présent lors des occasions sociales les plus solennelles, de l’accueil des invités aux mariages, où l’eau de fleur d’oranger reste associée à la chance et à la prospérité.

Le néroli, levier du marketing local

Derrière cet univers domestique se cache une filière haut de gamme. La distillation de la fleur de bigaradier produit le néroli, l’une des essences les plus recherchées en parfumerie internationale. Selon Onudi Tunisie et des sources de l’industrie des parfums, la production d’un seul kilogramme de néroli nécessite environ 1 000 kilogrammes de fleurs, et la valeur à l’exportation de l’huile essentielle peut varier entre 3 000 et 5 000 euros par kilogramme.

Une étude de l’Apia souligne également que la première unité de production de néroli à Nabeul remonte à 1903 et que cette culture demeure un élément important de la tradition familiale du Cap Bon, dont le savoir-faire se transmet de génération en génération. Ce n’est pas un hasard si, ces dernières années, la Tunisie a cherché à faire du néroli un levier pour le marketing local.

En 2025, la «Route des Fleurs de Bigaradier» a été présentée à Nabeul. Cet itinéraire, soutenu par les institutions tunisiennes et le projet Pampat-Onudi, vise à fédérer agriculture, artisanat, gastronomie, cosmétiques et tourisme expérientiel autour d’un produit emblématique de la région, bien au-delà de la saison des récoltes.

Dans cette mosaïque de parfums et de savoir-faire, le néroli reste un petit bijou de la Tunisie méditerranéenne : une matière première précieuse qui nourrit la mémoire, l’économie et le prestige international. Et tandis que le pays tente également de relancer ses exportations d’agrumes, visant à augmenter les expéditions d’oranges maltaises vers la France à environ 15 000 tonnes au cours de la saison 2025-2026, à Nabeul, la fleur continue de raconter l’histoire de la partie la plus intime de la chaîne d’approvisionnement, celle qui pousse dans les cours, passe par les alambics et finit par se retrouver dans les parfums de luxe.

Traduit de l’italien.

Source : Ansamed.

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Tunis -Flottille Soumoud | Appels à la libération des détenus

Des associations tunisiennes et internationales ont à nouveau lancé un appel à la libération de membres dirigeants de la Flottille Soumoud.

Dénonçant une répression visant à intimider, dissuader, faire peur, transformer la solidarité en risque pénal, les associations estiment que Jawaher Channa, Sana Shili, Wael Nouar, Nabil Channoufi, Ghassan Henchiri, Ghassan Boughdiri et Mohamed Amine Bennour sont victimes d’une injustice et qu’ils ne sont pas à leur place en prison.

Un appel à l’abandon des charges a également été adressé aux autorités tunisiennes ,en pointant du doigt la fabrication d’un dossier destiné à salir moralement des militants en les présentant comme des profiteurs, des faussaires ou des auteurs de malversations.

Pour rappel une enquête visant la flottille Soumoud a été ouverte, le 6 mars 2026, par le Parquet du Pôle judiciaire économique et financier pour des flux financiers dits suspects liés à l’instance dirigeante de cette initiative.

Y. N.

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Guerre d’Iran | Un moment de bascule ?

Si l’actualité internationale se renouvelle habituellement sous nos yeux de façon constante, nous ne pouvons ignorer que, tout au long de ce mois de mars 2026, avec la guerre américano-israélienne contre l’Iran, nous avons vu le monde vivre un processus de changement non négligeable dont l’Histoire se souviendra, qu’elle analysera dans sa complexité et ses multiples implications, et dont certaines commencent à apparaître.

Jamila Ben Mustapha *

Si encore, au cours des dernières décennies, les États-Unis avaient combattu des régimes de pays du Sud lors de confrontations ayant abouti à leur écrasement ou à leur affaiblissement – citons principalement l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie –, force est de constater que le conflit actuel qui les oppose à l’Iran, sous l’impulsion de leur allié Israël, n’obéit pas du tout à ce schéma, jusque-là du moins, l’Histoire étant imprévisible.

Pourtant, le président des États-Unis Donald Trump, continuant sur sa lancée depuis l’agression du Venezuela, pensait qu’il allait réaliser, contre l’Iran, une opération aussi rapide et réussie : une décapitation de la classe politique par l’assassinat de ses membres, suivie d’une mainmise immédiate sur ses richesses et son pétrole.

Comment, à ce propos, a-t-il pu ignorer la spécificité de l’Iran parmi les pays dit émergents ? Seule son arrogance a pu lui faire faire cette énorme bévue : s’enfoncer dans une confrontation où ses attaques sont systématiquement suivies de répliques de la part du pays agressé, répliques qui nous permettent d’apprécier la grandeur et le sens de la dignité de l’ancien empire perse et qui ont, sur nous, pays du Sud, après la mise à genoux de beaucoup de pays musulmans, ces dernières décennies, le plus grand des bienfaits.

Plus encore, voilà qu’il prétend qu’il y a des pourparlers entre son pays et l’Iran, paroles immédiatement démenties par ce dernier qui n’a pas oublié les promesses antérieures de négociation avec les États-Unis, promesses trahies et non tenues.

Manque de rationalité et faux calculs

Cette fierté de l’Iran intervient comme un baume pour nous tous, habitants des pays du Sud ; car rien n’exerce plus un effet thérapeutique que le sentiment de l’honneur, le sens de la dignité chez un pays qui appartient à votre aire culturelle si malmenée dans l’histoire récente par la colonisation – aire composée majoritairement de pays soumis et dépendants, même quand ils sont riches comme les pays du Golfe –, et auquel vous pouvez alors vous identifier.

Et puis, quel simplisme de croire que cet État qui existe depuis des millénaires allait s’écrouler très vite comme un château de cartes !

Ce qu’on est en train d’observer, actuellement, c’est une inversion de situation : le manque de rationalité, le faux pronostic, la nécessité de faire des concessions – par une proposition de cessez-le-feu – se trouvent du côté du pays fort ; et, de façon exceptionnelle, l’intelligence, le sens de la stratégie et la subtilité appartiennent au pays plus faible.

Le retour à la loi de la jungle

Autre constatation qu’on ne peut faire qu’avec effroi : cet affrontement consacre le retour affiché des pays dits civilisés à l’état de nature et à la loi de la jungle, sans s’embarrasser de prétextes. Des décennies de volonté de tenir compte du droit international ont été balayées d’un coup avec les agissements de Donald Trump, l’homme qui prétendait ne pas aimer les guerres et qui aspirait au Prix Nobel de la paix !

On est en droit de se demander à ce propos, pourquoi, en société, un homme qui en tue un autre est immédiatement jugé et condamné, contrairement au président d’un État fort qui ordonne des meurtres en toute impunité en voulant détruire un pays qui se trouve à des milliers de kilomètres du sien.

Quant à Israël, comment peut-il prétendre survivre dans un milieu qu’il écrase férocement, éveillant en lui une haine infinie, la dernière manifestation de cette hubris, de cette démesure, étant l’avancée de façon déclarée et au vu de tous, au mépris de toute règle, dans la terre du pays voisin, le Liban, sous prétexte d’établir un «tampon de sécurité» ?

Un individu ou une nation ne peuvent survivre que dans un contexte, un environnement bienveillant ou, du moins, neutre. Quel avenir durable pour soi peut rapporter la volonté inhumaine d’anéantissement du voisin qu’on veut sciemment faire plier par des méthodes qui ne sont pas sans rappeler celles que le peuple juif a lui-même subis ?

Admirons encore le comportement du peuple iranien qui, même s’il s’oppose majoritairement au régime des mollahs, n’a pas voulu profiter de son agression pour se révolter comme l’espérait l’Occident, car il sait que les bombes projetées de l’extérieur n’ont jamais libéré un pays du régime dont il souffre, et qu’il faut successivement se débarrasser de l’agression étrangère d’abord, puis s’attaquer ensuite soi-même à ce  régime impopulaire : ce sont les b.a.-ba de l’Histoire que les pays qu’on pensait détenir le monopole de l’intelligence n’ont pas vu par mépris de l’autre, mépris qui a nui à  leur sens de la rationalité.  

* Ecrivaine.

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Abbas Araghchi, la voix de l’Iran !

Abbas Araghchi, 63 ans, était connu de longue date dans les cercles diplomatiques occidentaux comme le principal négociateur résistant aux pressions visant à imposer des limites strictes au programme nucléaire iranien. Désormais, alors que la plupart des dirigeants iraniens ont disparu ou ont été tués, il est devenu la voix la plus en vue d’un régime qui refuse de céder à la campagne militaire américano-israélienne. Diplomate de carrière, Araghchi est décrit comme un homme jovial mais avec une face sombre et comme un redoutable négociateur qui mélange le miel et fiel. 

Imed Bahri

Après les frappes qui ont décimé une grande partie des dirigeants iraniens, le chef de la diplomatie iranienne est devenu la voix influente d’un régime qui adopte une position de défi, affirme Laurence Norman dans le Wall Street Journal.

Lundi 22 mars, le président américain a affirmé que son administration avait entamé des pourparlers avec l’Iran et que Washington reporterait de cinq jours sa menace, lancée samedi soir, de frapper des centrales électriques iraniennes.

Cependant, les médias d’État iraniens ont rapporté lundi que le ministère des Affaires étrangères démentait toute discussion directe avec Washington. Même si la République islamique ne ferme pas la porte à de probables négociations, elle demeure très prudente et méfiante à l’égard d’une administration Trump qui l’a déjà trahie à deux reprises en pleines négociations en juin 2025 et en février 2026.

Araghchi, fidèle du régime depuis de nombreuses années, a publiquement refusé de dialoguer avec les États-Unis lors d’une récente interview accordée à CBS News. Dans une série d’interviews télévisées et de publications sur les réseaux sociaux, il dépeint l’Iran comme une victime déterminée, pleinement capable de répondre à ce qu’il qualifie d’agression israélienne et américaine injustifiée.

Ces derniers jours, Araghchi a menacé d’intensifier le conflit si Israël continue de cibler les infrastructures énergétiques iraniennes. «Tolérance zéro si nos infrastructures sont visées», a-t-il déclaré vendredi sur la plateforme X. La veille, il avait affirmé : «Notre riposte à l’attaque israélienne contre nos infrastructures n’a mobilisé qu’une fraction de notre puissance».

Ambitieux, il vise la présidence

Sa notoriété actuelle pourrait lui permettre de jouer un rôle plus important dans l’avenir de l’Iran. D’après ses proches, il est ambitieux et vise la présidence. Il est également passé maître dans l’art de tisser des liens entre les factions rivales au sein du régime, selon Ali Vaez, directeur du projet ‘Iran’ à l’International Crisis Group. Mais contrairement à Ali Larijani, le responsable de la sécurité iranien assassiné par Israël la semaine dernière, il manque de charisme et ne bénéficie pas d’un soutien politique ou populaire solide.

«Il a toujours été un homme d’exécution, pas quelqu’un qui a l’habitude de formuler des politiques», a déclaré Vaez.

D’anciens responsables américains ayant participé aux négociations avec Araghchi ont indiqué qu’il paraissait généralement professionnel, calme et pragmatique mais qu’il avait aussi un côté sombre. Des responsables américains, européens et du Golfe ont affirmé qu’il proférait parfois des menaces inconsidérées et revenait sur des concessions déjà accordées, ce qui a fait dérailler les progrès vers un accord.

D’un côté, il a su montrer «un côté humain» selon Wendy Sherman -ancienne secrétaire d’État adjointe des États-Unis de 2014 à 2015 qui a dirigé les négociations avec l’Iran en 2015- avec qui il échangeait parfois des photos de leurs petits-enfants mais ses tactiques de négociation impitoyables l’ont poussée aux larmes de frustration lors des dernières heures des pourparlers nucléaires, lorsqu’il a rouvert un point déjà réglé.

Les négociations comme marchandage de bazar

Dans son ouvrage ‘‘Le pouvoir de la négociation’’, Araghchi expose sa conception de la diplomatie, comparant les négociations au marchandage du bazar iranien, où de longs marchandages, étayés par divers arguments, permettent d’obtenir des résultats.

Durant les mois précédant la guerre américano-israélienne, de hauts responsables arabes affirmaient qu’Araghchi oscillait entre ouverture –participant parfois à des dîners amicaux– et menaces voilées, laissant entendre que l’Iran pourrait attaquer ses voisins. Il aurait notamment déclaré à des responsables saoudiens que l’Iran ciblerait les Émirats arabes unis en cas de guerre, un pays avec lequel Riyad entretient un différend notoire. À d’autres occasions, il aurait suggéré que le royaume pourrait également figurer parmi les cibles iraniennes s’il ne faisait pas pression sur Washington pour éviter le conflit, toujours selon ces mêmes responsables. Téhéran a par la suite attaqué les deux pays.

L’envoyé spécial de la Maison Blanche, Steve Witkoff, a affirmé qu’Araghchi s’était vanté que l’Iran possédait suffisamment d’uranium hautement enrichi pour fabriquer onze bombes nucléaires et ce, dans le but d’intimider les Américains. Cependant, Araghchi a nié ces allégations, soulignant que les stocks d’uranium enrichi de l’Iran –et le nombre de bombes nucléaires qu’il pourrait théoriquement produire– étaient publics depuis des années.

Face à l’escalade des combats, Araghchi a adopté un ton provocateur concernant les attaques de missiles et de drones contre les pays voisins de l’Iran, tout en reconnaissant son incapacité à les arrêter, selon des responsables arabes.

Dans un entretien accordé à CBS News, il a déclaré : «Nous n’avons pas déclenché cette guerre. Il s’agit d’un acte d’agression injustifié et illégal à notre encontre et nous continuerons à nous défendre autant que nécessaire, aussi longtemps que nécessaire, pour mettre fin à cette guerre de manière à ce qu’elle ne se reproduise plus».

Physique quantique et religion

Né à Téhéran en 1962 dans une famille de marchands de tapis conservateurs et aisés, Araghchi a participé aux manifestations de rue en soutien à la révolution islamique de 1979. Au début des années 1980, il s’est engagé volontairement dans le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) pendant la guerre Iran-Irak, une expérience qui a profondément marqué sa vision du monde. 

«Il a un parcours révolutionnaire et il est très utile au régime actuellement en tant que figure publique aux États-Unis et à l’international», a déclaré Sherman.

En Iran, sa connaissance approfondie du dossier nucléaire a contribué à faire de lui une figure associée aux conservateurs mais il évoluait également aisément au sein des cercles plus modérés qui ont élaboré l’accord nucléaire de 2015 sous la présidence de Barack Obama. C’était une sorte d’alliance de circonstance. Ses liens avec les Gardiens de la révolution ont offert une couverture politique à l’ancien ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, formé aux États-Unis, et ont permis à ce dernier de rester dans les limites fixées par le Guide suprême Ali Khamenei.

«Il n’appréciait guère les États-Unis, mais il était convaincu qu’il était dans l’intérêt national de l’Iran de parvenir à un accord crédible», a déclaré Richard Nephew, qui a négocié l’accord nucléaire avec Araghchi et a ensuite collaboré avec lui sous la présidence de Joe Biden.

Araghchi a travaillé sur le dossier nucléaire sous trois présidents iraniens, et plus récemment sous Massoud Pezeshkian, entré en fonction en 2024 et qui l’a nommé pour tenir sa promesse de lever les sanctions qui pesaient sur une économie en difficulté.

Bien qu’Araghchi soit convaincu depuis longtemps de la nécessité pour l’Iran de dialoguer avec l’Occident afin d’alléger les sanctions, certains de ses détracteurs estiment qu’il comprend moins bien la politique américaine que des personnalités comme Zarif. Cela a pu entraver les négociations avec l’administration Trump dont la politique étrangère erratique a inquiété même ses alliés.

Araghchi n’a manifesté aucun soutien aux réformes politiques ou sociales en Iran et a publiquement défendu la répression des manifestants par Téhéran.

«Son principal objectif était de lever les sanctions pour améliorer l’économie de la République islamique», a déclaré Enrique Mora, diplomate espagnol qui fut le chef de cabinet de l’ancien haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Joseph Borell et qui mena les négociations pour relancer l’accord nucléaire depuis 2021.

Mora a ajouté qu’Araghchi possède une connaissance approfondie du dossier nucléaire et un esprit brillant et qu’ils ont discuté ensemble de physique quantique et de religion. Mais il a également souligné qu’Araghchi était capable d’utiliser un sarcasme mordant, la colère et les menaces lors des négociations.

«Il peut se montrer impitoyable pour atteindre ses objectifs lors des négociations», a déclaré Mora.

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Tunisie | L’anticipation comme première défense économique

Alors que, face aux tensions au Moyen-Orient, beaucoup de pays commencent à mobiliser leurs réserves stratégiques de pétrole, la Tunisie a tout intérêt à transformer cette alerte internationale en opportunité d’anticipation. Dans un contexte énergétique incertain, renforcer le transport public peut devenir bien plus qu’une simple amélioration de service : un véritable levier de résilience économique. (Photo : Des tankers bloqués dans le Détroit d’Ormuz).

Houssem Djelassi *

À mesure que les tensions s’intensifient au Moyen-Orient et que le détroit d’Ormuz, par où transite près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole, redevient un point de fragilité majeur pour les marchés internationaux, plusieurs pays activent déjà leurs mécanismes de protection. Le Japon, pourtant doté de moyens financiers considérables, a ainsi entamé l’exploitation d’une partie de ses réserves stratégiques pour se prémunir contre un éventuel choc énergétique prolongé. Ce choix n’est pas anodin : il rappelle qu’en période d’incertitude, la solidité d’un pays ne se mesure pas seulement à sa richesse, mais aussi à sa capacité d’anticipation, à sa lecture des risques et à la rapidité de sa réponse stratégique.

La meilleure protection reste nationale

Pour la Tunisie, le message est clair. Un pays aux marges budgétaires limitées ne peut se permettre d’attendre que la pression extérieure devienne une crise intérieure. La dépendance aux produits pétroliers, combinée au poids déjà important des subventions énergétiques, impose une approche lucide et préventive.

Même si la proximité d’un pays voisin et partenaire stratégique régional comme l’Algérie peut représenter un appui ponctuel, la meilleure protection reste nationale : préparer des scénarios, rationaliser la consommation et orienter les choix publics vers des solutions capables de réduire l’exposition aux chocs internationaux.

C’est précisément dans cette logique que le renforcement récent du parc de bus en Tunisie prend une dimension nouvelle. Ce qui pourrait être perçu comme une simple amélioration du transport urbain et interrégional devient, dans le contexte actuel, un instrument de politique économique à part entière.

Savoir transformer l’anticipation en action

Encourager davantage l’usage du transport collectif, améliorer sa régularité et restaurer sa place dans les habitudes de déplacement permettrait de réduire progressivement la consommation individuelle de carburant, d’alléger indirectement la pression sur les finances publiques et de mieux préparer le pays à d’éventuelles perturbations de l’approvisionnement.

La vraie leçon de cette séquence internationale est simple : les nations qui traversent le mieux les périodes instables ne sont pas toujours les plus puissantes, mais celles qui savent transformer l’anticipation en action concrète.

* Founder, CEO à Planif Pay® (by Amana Finnovation).

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L’Iran révèle les limites de la puissance américaine

La «pause» de cinq jours voulue par Donald Trump dans les frappes militaires prévues contre l’Iran, ciblant spécifiquement les infrastructures énergétiques et électriques, offre un répit au système militaire iranien décentralisé et donne à Trump l’occasion de réfléchir à la manière de s’extraire du piège iranien dans lequel il est tombé. Si un enseignement doit être tiré de cette guerre, à ce stade, c’est que la République islamique a révélé au monde les limites de la superpuissance américaine. 

Imed Bahri

Sam Kiley, rédacteur en chef chargé de la politique internationale du journal britannique The Independent, a estimé qu’en reportant sa menace de «détruire» le système énergétique iranien si Téhéran n’ouvrait pas le détroit d’Ormuz, le président américain a révélé les limites de la puissance américaine, limites que ses ennemis comprennent – et sans doute aussi beaucoup de ses généraux – mais que lui ne comprenait pas jusque-là. 

Trump affirme que cette «pause» de cinq jours dans son projet de destruction du réseau électrique iranien est le fruit de «discussions très fructueuses» avec Téhéran, discussions niées par l’Iran.

Réaction calibrée de Téhéran

Le président américain a toutefois dû prendre en compte la réaction calibrée de Téhéran à sa menace. «Faites cela et nous ferons sauter toutes les usines de dessalement qui permettent à vos alliés du Golfe de survivre dans le désert, nous bloquerons le détroit d’Ormuz jusqu’à ce que vous répariez toutes nos infrastructures bombardées et nous nous en prendrons à Israël avec encore plus de vigueur», a rétorqué l’Iran dans un premier temps.

Par la suite, Téhéran a semblé revoir ses menaces à la baisse, dans une tentative inhabituelle de se donner une image morale, après que l’Onu a estimé que la destruction des systèmes d’approvisionnement en eau pouvait constituer un crime de guerre.

L’Iran a déclaré qu’il concentrerait ses efforts sur la destruction des centrales électriques du Golfe, lesquelles fournissent l’énergie nécessaire au dessalement de l’eau de mer.

«Le président américain, menteur, a prétendu que les Gardiens de la révolution projetaient d’attaquer les usines de dessalement et de causer des souffrances aux populations des pays de la région», a déclaré le gouvernement iranien par le biais des médias d’État. Et d’ajouter : «Nous sommes déterminés à répondre à toute menace avec la même force de dissuasion qu’elle engendre… Si vous coupez l’électricité, nous la couperons»

Cette «pause» permet aux pays du Golfe de tenter de reconstituer leurs défenses aériennes qui s’amenuisent rapidement. Elle offre un répit au système militaire iranien, désormais très décentralisé, face à une éventuelle offensive. Et elle donne à Trump l’occasion de réfléchir, s’il en est capable, à la manière de s’extraire du bourbier que Téhéran lui a préparé.

Les attaques israélo-américaines contre l’Iran ont provoqué une flambée des prix du pétrole et du gaz naturel et menacent de déclencher une récession mondiale.

À l’approche des élections de mi-mandat en novembre, Trump peut difficilement se permettre une telle hausse des prix dans les stations-service américaines.

Ce cycle de menaces énergétiques a été initié par Israël qui, imitant les tactiques russes en Ukraine, a bombardé le champ gazier iranien de South Pars.

Le Qatar tire sa richesse des mêmes gisements souterrains et, tandis que les prix du gaz naturel liquéfié continuaient de grimper, Trump exigeait qu’Israël cesse ses attaques contre l’Iran. Ces attaques constituent probablement des crimes de guerre.

Une superpuissance peut être vaincue

Les États-Unis et Israël pensaient pouvoir bombarder l’Iran pour provoquer un changement de régime. Ils ont oublié les leçons de l’histoire récente : la menace d’une superpuissance est bien plus efficace que l’exercice de cette puissance.

Les limites des opérations militaires menées par les États-Unis pour atteindre des objectifs politiques ont été cruellement démontrées lors de l’invasion de l’Irak en 2003.

L’incompétence des dirigeants des forces d’occupation sous commandement américain a créé les conditions d’une insurrection sanglante qui a conduit à la création de ce qu’on appelle l’État islamique.

Elle a également permis au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien et à ses alliés en Irak, à Damas (le régime d’Assad) et au Liban (le Hezbollah) de prospérer pendant deux décennies.

Les Gardiens de la révolution iraniens ont combattu en Irak et ont vu les forces menées par les États-Unis en Afghanistan s’enliser et subir de lourdes pertes et ont appris qu’une superpuissance mondiale peut être vaincue à long terme.

Parmi les leçons tirées, il y avait la «menace» proférée par le président Barack Obama d’utiliser la force contre Bachar El-Assad, alors dirigeant de Damas si ses forces employaient des armes chimiques. Assad a utilisé ces armes, interdites internationalement, et les États-Unis sont restés passifs.

Il a peut-être été jugé opportun de laisser Assad au pouvoir et d’abandonner les forces démocratiques et révolutionnaires qui tentaient de le renverser, par crainte de favoriser l’expansion d’Al-Qaïda et de Daech.

Ne pas agir était peut-être la bonne décision, mais Assad et ses commanditaires à Téhéran l’ignoraient. Ils ont pris un risque et ils ont gagné. Les États-Unis n’ont pas eu le courage ni la force d’intervenir.

En réponse à la menace proférée par Trump le week-end dernier de «détruire» les champs pétroliers iraniens, Téhéran a déclaré : «Toute tentative d’attaque des côtes ou des îles iraniennes entraînera le minage de toutes les voies d’accès dans le Golfe avec divers types de mines marines, y compris des mines flottantes pouvant être larguées depuis la côte. Dans ce cas, l’ensemble du Golfe se trouvera pratiquement dans une situation similaire à celle du détroit d’Ormuz pendant longtemps»

La tactique insurrectionnelle iranienne

Il s’agit d’une tactique insurrectionnelle de laquelle les États-Unis et Israël, pourtant forts d’une longue expérience de la lutte contre les insurrections, n’ont pas tenu compte.

Il pourrait également s’agir d’un mensonge. Les Iraniens n’ont peut-être plus la capacité de paralyser l’économie mondiale de cette manière.

La menace de Téhéran était aussi un défi. Les États-Unis prendraient-ils vraiment le risque de parier sur la capacité de l’Iran à bloquer l’accès à 20% du pétrole mondial, à la majeure partie du gaz européen et sur la capacité réelle des Gardiens de la révolution à fermer les usines du Golfe qui produisent au moins 80 % du pétrole de la région ?

Trump a sa propre approche subversive de la communication. Elle déstabilise ses alliés et sert ses ennemis.

Il laisse entendre tour à tour qu’il met fin à la guerre américaine en Iran, puis menace d’une escalade. Il demande l’aide de ses alliés pour ouvrir le détroit d’Ormuz puis les congédie y compris la Grande-Bretagne, les traitant de lâches et désormais inutiles.

Les pays du Golfe ont été entraînés dans la guerre contre l’Iran du fait qu’ils accueillent des bases américaines. Leurs villes resplendissantes ne sont habitables que grâce au gaz et au pétrole. Leur soif n’est étanchée qu’en désalinisant l’eau de mer.

La politique étrangère de l’Iran, sous les Guides successifs, est guidée par une interprétation fondamentaliste du chiisme duodécimain. Ils estiment que l’Iran doit rester une théocratie conservatrice pour créer les conditions nécessaires à la révélation de l’Imam Mahdi.

Cela a engendré une haine obsessionnelle envers l’Amérique et Israël.

L’Iran s’est placé au centre de l’Axe de la Résistance, qui comprenait les Houthis, le Hezbollah, le Hamas, le régime d’Assad et les milices irakiennes. Aujourd’hui, Téhéran n’est pas seulement au centre de cet axe, il est le foyer de la «résistance». Et c’est le président américain qui semble céder. 

L’Iran semble avoir autorisé le passage de certains pétroliers indiens et pakistanais dans le détroit d’Ormuz.

Téhéran est peut-être encore sous le choc des frappes aériennes qui ont tué le guide suprême Ali Khamenei et blessé son fils et successeur, Mojtaba, mais le pays exploite les occasions pour isoler Trump.

Rien n’indique que le régime iranien est en train de s’effondrer ni que sa population, longtemps opprimée et victime de violences, se soulève contre lui.

L’Iran tente de faire payer au monde une guerre déclenchée par Trump et Netanyahu, un prix que nul de ses alliés ne veut payer.

L’Iran a montré comment vaincre une superpuissance.

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Le Liban, damné par la géographie, malmené par l’Histoire

Dans le tumulte de la guerre au Moyen-Orient, peu de voix attendries s’élèvent pour exprimer leurs émois en faveur de ce pauvre petit pays qu’est le Liban, ce joyau du Moyen-Orient, damné par la géographie, malmené par l’Histoire et qui continue de gémir, victime du cynisme, de l’opportunisme et de l’infamie.

Salah El Gharbi *

En lisant les commentaires sur les réseaux sociaux, on a le sentiment que les téléspectateurs, assis confortablement sur leurs canapés, confondent entre un téléjournal où le drame de la guerre, avec son lot de brutalité et de victimes innocentes et le spectacle d’un match de foot où l’on est amené à vibrer pour l’équipe chère à notre cœur.

Chez ces commentateurs, le spectacle poignant de ces familles libanaises, avec femmes et enfants, désertant leurs logements, condamnés à errer, désespérément, sur les routes, à la recherche de lieux sûrs, où s’abriter, c’était à peine si l’on y accorde de l’attention. Pour eux, ce qui comptait le plus, c’était d’apprendre que les roquettes ou les drones, lancés par Hezbollah, avaient bel et bien réussi à atteindre leurs cibles, provoquant des dégâts chez «l’Ennemi».

Ainsi, le sort de ces centaines de milliers de pauvres gens, qui n’avaient rien demandé et qui ne cherchaient qu’à vivre en paix, dans des conditions dignes, ne nous émeut guère. À quelques milliers de kilomètres du lieu de ces drames humains, au chaud, sirotant notre boisson préférée, on se laisse émerveiller par «le courage et l’audace de ces Combattants d’Allah», qui narguaient l’«Ennemi». Les enjeux politiques, économiques pour le Liban, les motivations idéologiques des uns et des autres, les intérêts financiers et stratégiques qui lient ces «militants» à l’«État des Mollahs», ces fous de Dieu, on n’a rien à cirer. 

Damné par la géographie, malmené par l’Histoire

Pas de voix attendries pour exprimer leurs émois en faveur de ce pauvre petit pays qu’est le Liban, ce joyau du Moyen-Orient, damné par la géographie, malmené par l’Histoire et qui continue de gémir, victime du cynisme, de l’opportunisme et de l’infamie. Pourtant, créé par les Français, en 1920, séparé du mont Liban de la Syrie, le nouveau pays était censé protéger une communauté chrétienne pacifique, ouverte et dynamique qui, grâce à sa proximité avec l’Occident, allait être le creuset de la renaissance intellectuelle et littéraire du monde arabe.

Jibran Khalil Gibran, Jorge Zaydan, Elia Abou Madi, Mikhaïl Naïmy…, c’était avec eux, qu’une nouvelle sensibilité littéraire, au début du siècle dernier, allait enchanter les lecteurs arabes, alimenter l’inspiration de toute une génération de créateurs et contribuer à la familiariser avec des valeurs nouvelles comme la tolérance et l’humanisme.

D’ailleurs, j’ai encore souvenir qu’un jour, jeune élève, j’étais en train de lire ‘‘La Belle de Karbala’’, un roman de Jorge Zaydan, quand, soudain, bouleversé par un passage qui rendait compte de l’atroce meurtre de Houssein, le petit-fils du prophète, au cours de la bataille de Karbala, j’eus du mal à retenir mes larmes tellement la séquence était bouleversante.

Ce jour-là, j’ai appris à mon insu, l’extraordinaire pouvoir de la littérature et comment une scène écrite par un chrétien maronite, mettant en scène le tragique meurtre d’un grand symbole de l’Islam chiite, était parvenue à attendrir le jeune agnostique en herbes que j’étais, jusqu’à le faire pleurer.

Hélas, cette dynamique intellectuelle et culturelle humaniste allait, peu à peu, s’étioler, et cet esprit de tolérance et cette fraternité qui transcendaient les barrières confessionnelles ne tardèrent pas à être sacrifiées sur l’autel de la cupidité, de la lâcheté et de la barbarie.

État à la ramasse et population meurtrie

En effet, le fragile équilibre interconfessionnel finit, en 1948, par être bousculé par l’Histoire, avec l’exode de plus de 700 000 palestiniens, fuyant les actions d’intimidation et de terreur orchestrées par les activistes sionistes. Et la migration de cette population de civils, mais aussi de combattants, allait bouleverser, immanquablement, le fragile équilibre, aussi bien politique qu’interconfessionnel, de ce malheureux petit pays. Et ce bouleversement démographique ne tarda pas à engendrer un nouvel équilibre militaro-politique, à faire ressurgir les vieux démons de l’antagonisme confessionnel et à déstabiliser l’entente générale.

Obsédés par la haine que nous nourrissons pour l’«Ennemi», on n’est pas regardants sur les enjeux, ni sur les intérêts complexes, souvent crapuleux, des uns et des autres, sourds aux voix de la détresse des petites gens. Tant qu’on est au chaud, on continue à applaudir les combattants du «Parti d’Allah», vociférer contre les Israéliens et cautionner ceux qui, parmi les libanais et au nom de la «Résistance», prennent en otage, politiquement et militairement, un État à la ramasse et une population impuissante, déboussolée et meurtrie. 

* Ecrivain.

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