La diaspora tunisienne peut cofinancer des projets en Tunisie. Voici les conditions
À Béja, dans le nord-ouest de la Tunisie, Dhekra Touhami ne se contente plus de fabriquer du fromage. Elle bâtit quelque chose. Avec ses mains, avec les femmes rurales de sa région, avec sa coopérative Cheesy Vaga et avec l’aide d’un proche établi quelque part en Europe qui a décidé, un jour, que son argent pouvait faire plus qu’atterrir sur un compte.
C’est exactement pour des histoires comme celle-là que le programme WIDU.africa existe.
Un Tunisien vivant à Lyon, Berlin ou Stockholm veut aider un proche à lancer ou développer son activité en Tunisie. Il cotise. Le porteur de projet, de son côté, met la même somme. Et WIDU double la mise, sous forme de subvention allant jusqu’à 5 000 euros. Pas un prêt. Pas une promesse. De l’argent concret, versé pour acheter une machine, agrandir un atelier, embaucher une main supplémentaire.
WIDU.africa s’adresse à deux types de personnes. Celles qui vivent en Europe et celles qui entreprennent en Afrique et cherchent un coup de pouce réel pour passer à l’étape suivante. Le programme est aujourd’hui actif dans neuf pays africains, à savoir le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, la Gambie, le Ghana, le Kenya, le Sénégal, le Togo et la Tunisie.
Pour l’entrepreneur en Afrique, les conditions d’accès sont volontairement larges. Peu importe le secteur, toutes les activités sont éligibles. L’essentiel est d’avoir au moins 18 ans, de diriger une structure de 20 employés maximum et d’être prêt à co-investir à hauteur de 50% du montant sollicité. Le programme n’est pas une aide passive, il récompense l’engagement. Et si le projet tient la route, il est possible de soumettre jusqu’à 3 nouvelles demandes successives, avec des subventions pouvant atteindre 5 000 euros à chaque round, comme mentionné plus haut. Pour les membres de la diaspora en Europe, ils peuvent soutenir jusqu’à 3 entrepreneurs africains en même temps.
L’union fait la force
Le consulat général de Tunisie à Paris vient d’en informer officiellement la communauté tunisienne résidant en France, une invitation à regarder ce programme de plus près. Le programme est ouvert à tous les Tunisiens résidant dans les 27 États membres de l’Union européenne, en Suisse ou en Norvège. Diaspora ou porteur de projet en Tunisie, les deux peuvent s’inscrire, se trouver, se lancer, sur la plateforme www.widu.africa.

En effet, depuis 2022, 715 entreprises ont bénéficié du dispositif. 2 130 emplois ont été créés ou maintenus, dont 61% occupés par des femmes. En tout, 1,5 million d’euros de subventions ont déjà été versés, auxquels s’ajoutent 1,4 million d’euros d’investissements conjoints mobilisés. Des chiffres qui, mis bout à bout, racontent autre chose qu’un programme d’aide. Ils racontent une méthode, celle du développement par le bas, porté par des personnes qui font confiance à d’autres personnes.
Par ailleurs, chaque entrepreneur accompagné bénéficie de 3 sessions de coaching personnalisées, assurées en Tunisie. Marketing, gestion financière, planification, autant d’outils concrets pour que l’entreprise ne survive pas seulement à son lancement, mais qu’elle tienne dans la durée.
Dhekra Touhami en sait quelque chose. Grâce à cet appui, elle a pu investir dans du matériel adapté, améliorer la qualité de ses produits laitiers et réduire les pertes qui, auparavant, grignotaient ses marges. “Cet investissement contribue à l’amélioration de la qualité de notre production et à la préservation des délais de consommation, minimisant ainsi les matières périmées”, dit-elle.
Rappelons que le programme est porté par l’Office des Tunisiens à l’étranger et mis en œuvre par l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ). Il est cofinancé par l’Union européenne et la Fondation Gates, sous mandat du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ).
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