Le journaliste et militant Ghassen Ben Khelifa a annoncé, dans un poste sur sa page Facebook, avoir été condamné, le 27 mars 2026, à deux ans de prison par le tribunal de première instance de Tunis et avoir quitté la Tunisie suite à cette condamnation, du reste dénoncée par le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), qui dénonce une «condamnation politique».
«Ce jugement n’est pas un acte judiciaire isolé, mais s’inscrit dans une tendance plus large : le recours aux lois répressives pour restreindre la liberté d’expression et cibler systématiquement les voix critiques», a noté le SNJT dans un communiqué.
Cette condamnation concerne une affaire d’utilisation présumée de réseaux et de systèmes informatiques pour produire et diffuser de fausses informations préjudiciables à la sécurité publique, dans un dossier faisant également référence au décret législatif n° 54 jugé restrictif de la liberté d’expression dans le pays par la plupart des organisations de la société civile, eu égard le nombre importants de journalistes et d’activistes politiques condamnés à la prison sur sa base.
Ben Khelifa, directeur du site d’information Inhiyez, a contesté la sentence, la qualifiant d’injuste et affirmant que l’affaire avait été montée de toutes pièces.
Dans la même déclaration, le journaliste nie tout lien avec la page Facebook au cœur de l’enquête et affirme que le principal accusé a reconnu en être le seul administrateur.
Le militant lui-même cite des accusations allant de l’association terroriste à l’incitation au terrorisme, qu’il réfute toutes, et rappelle avoir déjà été condamné à six mois de prison pour la même infraction, ce qui porterait sa peine totale à deux ans et demi.
Ben Khelifa est engagé depuis des années dans le journalisme militant et l’activisme politique et propalestinien. Sa page, Inhiyez, le présente comme un journaliste et militant de gauche, cofondateur du site et membre fondateur de la campagne tunisienne pour le boycott et l’opposition à la normalisation des relations avec Israël.
En juillet 2025, la cour d’appel de Tunis a confirmé sa peine de six mois de prison, toujours en lien avec l’accusation contestée de gestion d’une page de réseau social diffusant des contenus extrémistes ; une décision alors critiquée par les organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse.
Cette nouvelle condamnation intervient dans un contexte tunisien marqué par une pression judiciaire accrue sur les journalistes, les figures de l’opposition et les acteurs de la société civile.
Amnesty International dénonce depuis 2024 l’érosion de l’indépendance de la justice, suite à la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature et à la révocation de dizaines de juges en 2022.
Le Comité pour la protection des journalistes affirme que le décret-loi 54 est devenu ces dernières années un instrument central pour réprimer la dissidence, criminaliser le travail journalistique et maintenir ouvertes de nouvelles poursuites contre les voix critiques, tandis que Reporters sans frontières continue de signaler la persécution judiciaire des médias et classe la Tunisie 129e sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025.
Dans le cas de Ben Khelifa, le passage de l’activisme public à l’exil revêt une signification qui dépasse le cadre de son histoire personnelle. Son départ, présenté comme forcé pour des raisons personnelles et familiales, révèle comment une partie des militants tunisiens, notamment les plus virulents sur les questions palestiniennes, l’opposition à la normalisation et la critique politique, perçoivent désormais le risque de poursuites judiciaires comme un facteur structurel de la Tunisie actuelle.
Pour le pouvoir, les procès intentés contre certains journalistes et activistes politiques pour terrorisme, complot contre l’Etat ou atteinte à la sécurité publique entrent dans le cadre de l’application des lois.
Serait-ce bientôt le bout du tunnel pour les habitants du gouvernorat de Gabès aux prises depuis au moins trois décennies avec des problèmes environnementaux et sanitaires en raison des rejets toxiques des usines du Groupe chimique tunisien (GCT) ? C’est tout ce que nous souhaitons pour les braves Gabésiens qui sont fatigués de souffrir et de protester en vain.
La situation environnementale du gouvernorat de Gabès bénéficie, en fin, d’initiatives dans le cadre d’un programme global visant à réaménager le littoral, améliorer la qualité de vie dans la région et résoudre des problèmes environnementaux persistants.
Ce programme, présenté par le ministre de l’Environnement, Habib Abid, lors d’une session parlementaire, le 27 mars 2026, prévoit le réaménagement de huit plages, dont Chott Zarat, actuellement à l’étude afin d’évaluer l’impact d’un projet de port de pêche et d’une usine de dessalement.
Parmi les autres plages concernées figurent Lamaya, qui accueillera une nouvelle zone de loisirs ; Aichoun, qui sera équipée d’un éclairage solaire ; et Kettana, qui comprendra également une zone de loisirs. Chott Métouia sera aménagée avec des campings pour répondre à la forte demande touristique, tandis que le front de mer de la ville sera valorisé par la création d’une plage de 400 mètres et la mise en place de mesures de protection contre l’érosion du sable.
Le ministre a expliqué que les retards dans le lancement de certains projets étaient dus à des complexités administratives qui ont persisté pendant près de sept mois aux niveaux régional et municipal, mais a confirmé que le financement avait été inscrit au budget 2026.
Il a également annoncé l’approbation par l’Italie du financement du projet de réaménagement de la plage de Gabès, soutenant ainsi les efforts nationaux en matière d’environnement.
Concernant le coke de pétrole, un combustible fossile utilisé par le complexe chimique de Gabès et responsable de la pollution des plages du gouvernorat, M. Abid a indiqué que le problème remontait à 2009, date à laquelle les subventions sur les carburants pour les cimenteries ont été supprimées, entraînant des importations de plus de 700 000 tonnes par an via les ports de Gabès et de Bizerte. Il a souligné que la réduction de l’impact environnemental exigeait des solutions alternatives, notamment la conversion des déchets en combustibles de substitution. Dans ce contexte, l’utilisation d’environ 2,8 millions de tonnes de déchets est proposée, s’appuyant sur des expériences réussies telles que le réemploi de vêtements usagés et d’autres matériaux.
Le ministre a souligné la nécessité de revoir le cadre juridique afin de permettre aux usines d’utiliser ces matériaux tout en respectant des réglementations environnementales strictes et de remédier au taux d’humidité élevé des déchets, qui peut atteindre 60 %, grâce à des technologies de séchage appropriées.
Abid a souligné que plus de 60 projets pour Gabès sont inscrits dans le plan de développement 2026-2030, qui s’inscrit dans un programme national regroupant plus de 900 projets pour un coût total d’environ 7 milliards de dinars. Il a précisé que leur réalisation dépend de la disponibilité des financements.
Concernant l’érosion côtière, il a expliqué qu’il s’agit d’un phénomène naturel dans le sud tunisien, mais que l’activité humaine peut l’aggraver.
Une initiative de nettoyage des plages a été récemment lancée en collaboration avec les institutions touristiques, ainsi qu’une étude conjointe avec l’Italie pour s’attaquer au problème.
D’importantes interventions sur le terrain ont également été menées, notamment l’enlèvement de plus de 10 000 mètres cubes de déchets de construction, le nettoyage de la zone de Chatt Essalem et la mise en place d’un système de surveillance continue de la qualité de l’air, assorti de poursuites judiciaires contre les contrevenants.
La coopération internationale est également en cours, avec notamment un projet avec le Japon pour le traitement et la réutilisation des eaux usées industrielles, afin de réduire la pression sur les ressources en eau, ainsi que la mise en œuvre du programme de dépollution du complexe chimique, a indiqué le ministre. Cette approche reflète une stratégie holistique visant à concilier développement économique et protection de l’environnement, dans le but d’améliorer la durabilité des ressources naturelles dans le Gouvernorat de Gabès, a-t-il conclu.
Mardi 31 mars 2026, dans la ville du Kef, Onu Femmes Tunisie a organisé un événement marquant la clôture du programme «Amen-Tech : Un espace numérique sûr pour elle», financé par le Royaume-Uni. L’événement a réuni des jeunes leaders, des représentant.e.s institutionnels, des actrices et acteurs de la société civile et des expert.e.s, autour d’un engagement commun : faire de l’espace numérique un environnement plus sûr et inclusif pour les femmes et les filles. (Photos: Ali Mghirbi).
Lancé en avril 2025 Amen-Tech s’est distingué par une approche innovante plaçant les jeunes, en particulier les hommes et les garçons, au cœur du changement. En combinant sensibilisation, renforcement des capacités, innovation et plaidoyer, le programme a contribué à faire émerger une dynamique collective en faveur d’un usage responsable et respectueux du numérique.
En un an, le programme a contribué à la remise en question des normes sociales en mobilisant activement les jeunes via des initiatives favorisant la masculinité positive et l’engagement citoyen pour l’égalité, notamment pour prévenir et combattre les violences facilitées par la technologie faites aux femmes et aux filles.
Prévention des violences facilitées par la technologie
Dans ce cadre, les campagnes digitales menées en partenariat avec les Scouts et le Fedef (Front pour l’égalité et pour les droits des femmes), et en collaboration avec le Media Binetna, et des influenceur·euse·s engagé·e·s ont connu un fort impact, générant plus de 2 millions d’engagements.
Cette dynamique a également été marquée par l’organisation de la course solidaire symbolique «5KM Run for Digital Safety» (Tunis en Orange) sur l’Avenue Habib Bourguiba, lors de la campagne des 16 jours d’activisme. Cet événement a permis de transformer l’engagement en ligne en une mobilisation citoyenne dans l’espace public, sensibilisant ainsi aux enjeux de la sécurité numérique et des violences facilitées par la technologie.
Le programme a également renforcé les compétences de jeunes à travers tout le pays et d’acteurs clés en matière de citoyenneté numérique et de prévention des violences facilitées par la technologie , avec des améliorations notables en termes de connaissances, de compréhension des risques et de capacité à agir face aux situations de violences.
Réduire les inégalités dans l’espace numérique
Sur le plan institutionnel, Amen-Tech a facilité le dialogue entre les parties prenantes au sujet, contribuant à entamer des réflexions pour faire progresser l’intégration des violences facilitées par la technologie dans la législation et politiques publiques. Cette dynamique s’est notamment traduite par la mobilisation d’acteurs clés autour d’une feuille de route stratégique post-2026 visant à réduire les inégalités entre les femmes et les hommes dans l’espace numérique ainsi qu’une campagne de plaidoyer sur la Convention Africaine sur l’élimination des violences faites aux femmes.
Par ailleurs, le programme a permis le développement d’une plateforme digitale sécurisée et multilingue offrant des services de signalement et un accompagnement juridique et psychologique aux survivantes, dans le respect des principes de confidentialité et de consentement.
Enfin, l’engagement des jeunes et des créateurs de contenu a joué un rôle déterminant dans l’amplification des messages clés, contribuant à promouvoir une culture numérique plus sûre, inclusive et responsable.
Mobilisation collective pour un changement durable
L’aboutissement du programme a été marqué par la tenue du Forum régional de la Jeunesse au Kef, les 29 et 30 mars 2026. Organisé en partenariat avec le Festival Mosaïque, ce forum a servi d’incubateur de réflexion pour 60 jeunes engagés contre les violences facilitées par la technologie.
Après deux journées de co-création intensive, l’événement a culminé lors d’une cérémonie de clôture. Les participant.e.s y ont porté la voix de leur génération en présentant des recommandations issues de leurs travaux en ateliers. Ces policy briefs témoignent de leur capacité à transformer les défis technologiques en leviers de changement social.
Le choix du Kef reflète une volonté de territorialiser les politiques de jeunesse et de promouvoir l’inclusion des régions de l’intérieur, où les défis socio-économiques et les inégalités territoriales restent particulièrement marqués.
La cheffe de mission adjointe britannique, Elizabeth Green, a déclaré : «Le programme AmenTech reflète l’engagement du Royaume‑Uni à soutenir les efforts visant à mettre fin à la violence envers les femmes. Aujourd’hui, nous célébrons notre partenariat avec Onu Femmes, les Scouts de Tunisie et les acteurs de la société civile, qui a permis de mobiliser les jeunes dans les régions et d’influencer les normes sociales en place grâce à un impact significatif. Nous sommes fiers d’accompagner cette initiative porteuse de changement. Le Royaume‑Uni restera un partenaire engagé œuvrant pour cette cause essentielle.»
«La violence en ligne est une violence réelle, avec des conséquences tangibles sur la participation des femmes et des filles à la vie publique», a souligné l’équipe du projet. Et d’ajouter : «À travers Amen-Tetch, nous avons démontré que l’engagement des jeunes peut être un levier puissant pour faire du numérique un espace d’égalité, de sécurité et d’opportunités.»
L’Académie tunisienne des sciences, des lettres, et des arts (Beït al-Hikma) vient d’annoncer l’organisation le 15 avril 2026 d’un colloque portant sur «La poésie francophone de Tunisie». Mais dans l’aréopage poétique qui illustre selon les organisateurs «la» poésie francophone de Tunisie, sont exclus nos deux grands poètes Tahar Bekri et Moncef Ghachem. Un choix difficile à justifier et encore moins à défendre.
Zine Elabidine Hamda *
Le programme proposé au public porte, en effet, sur les œuvres des poètes tunisiens Mohamed Jamoussi, Salah Garmadi, Amina Saïd, Abdelaziz Kacem, du franco-hongrois Lorand Gaspar, résident en Tunisie entre 1970 et 1995 et mort à Paris en 2019, du poète italien, né en Tunisie, Mario Scalesi, mort en 1922 à Palerme et auteur d’un seul recueil, ‘‘Les poèmes d’un Maudit’’ publié à titre posthume, et des membres de l’Académie Hichem Ben Ammar, Kamel Gaha et Samir Marzouki, les deux derniers étant modérateurs du colloque.
L’Académie reste certes dans son rôle quand elle sélectionne les plumes qu’elle juge pertinentes pour ses colloques. Elle peut ignorer des voix montantes comme celles de Fatima Maouia et Mokhtar El Amraoui. Mais écarter Bekri et Ghachem relève, à mon sens, de l’incompréhensible.
Que ne faut-il pas pour être invisibilisé ?
Faut-il rappeler à nos éminents académiciens que Moncef Ghachem est un des pionniers de la poésie tunisienne en langue française ? Ses recueils de poésie qui chantent, qui crient plutôt, la mer de Mahdia, sa ville natale, la terre tunisienne, ses lieux sublimes, ses paysages et ses hommes, ses affres et sa résilience, sont traduits dans plusieurs langues. Il est détenteur du Prix Albert-Camus (1994), lauréat de la mention spéciale du Prix international de poésie de langue française Léopold Sédar Senghor pour l’ensemble de son œuvre(2006). Il a été fait Chevalier de l’Ordre des palmes académiques françaises en 1993 et est détenteur du Cordon culturel du président de la République tunisienne (1994). Que ne faut-il pas pour être invisibilisé ?
Voix libres de tous les combats
Tahar Bekri, quant à lui, continue de briller de mille feux. Il vient de sortir deux nouvelles œuvres, ‘‘Je te revois, père’’ (Bruxelles, Asmodée Edern, 2026), livre autobiographique en prose poétique et une anthologie de ‘‘Poètes tunisiens : textes choisis, traduits de l’arabe’’ (Tunis, Nehed). Après une thèse sur l’Algérien Malek Haddad, il traduit Abul Kacem Chebbi et Mahmoud Darwish. Du lieu de son exil forcé par le régime despotique de Bourguiba, après une courte incarcération injuste, il n’a cessé de chanter dans ses recueils de poésie la Tunisie, sa terre natale, ses maux et ses espérances. Sa voix libre a été de tous les combats pour les libertés en Tunisie, pour l’indépendance de la Palestine, pour les causes d’émancipation des Africains et des Sud-Américains.
Son œuvre prolifique, dans les deux langues française et arabe, est éditée en Tunisie, en France, en Belgique et au Canada. Elle est traduite en plusieurs langues en Allemagne, en Russie, en Turquie, en Italie, au Portugal, en Espagne, en Islande, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Elle fait l’objet de colloques, de recherches académiques en Tunisie, en France, en Italie, au Canada, au Danemark.
En Tunisie, la Faculté des lettres et sciences humaines de Sfax, qui figure bien dans le paysage académique tunisien, lui a consacré, les 2 et 3 mars 2017, un colloque international sous le titre «Géopolitique de l’œuvre de Tahar Bekri», dont Kapitalis a rendu compte dans son édition du 25 février de la même année.
Tahar Bekri figure dans l’anthologie ‘‘French Poetry: The Yale Anthology of Twentieth-Century’’, New Haven, Yale University Press, 2004. Membre de l’Union des écrivains tunisiens, détenteur de l’ordre du Mérite culturel de la République tunisienne (1993), Tahar Bekri est récompensé du Prix international de littérature francophone Benjamin Fondane (2018). Il est le seul poète tunisien à être consacré en 2019 par l’Académie française qui lui décerne le prix du rayonnement de la langue et de la littérature françaises. En 2022, il devient membre de la plus ancienne académie de poésie en France (fondée en 1323), l’Académie des Jeux floraux.
Deux parcours étincelants
L’Académie Beït al-Hikma ignore-t-elle ces deux parcours étincelants qui honorent la Tunisie et les Tunisiens dans le monde par leur modestie et la grandeur de leurs écrits ? J’en doute fort connaissant les membres du Département des Lettres de Beït al-Hikma. Il est vrai que la sagesse de cette auguste institution s’intéresse davantage, depuis quelque temps, au questionnement du Code du statut personnel et de la promotion des finances islamiques qu’aux questions lancinantes relatives à la liberté et à la justice que soulèvent les plumes tunisiennes.
Que ces mots rendent hommage à nos deux poètes illustres invisibilisés. C’est aussi à cela que sert la liberté d’expression.
Les Tunisian American Young Professionals (TAYP) organiseront leur retraite nationale annuelle du 24 au 26 avril 2026 au Turf Valley Resort à Ellicott City, Maryland, réunissant des professionnels, entrepreneurs, étudiants et leaders communautaires tuniso-américains venus des États-Unis, du Canada et de Tunisie.
Cette édition, positionnée comme la déclinaison américaine du Tunisia Global Forum (TGF), est présidée par Asma Ben Sedrine, chef de projet infrastructure chez Softtek, inspirée par le succès de l’édition précédente à Atlanta pour accueillir l’événement dans le Maryland, au cœur du Grand Washington.
La région de Washington, D.C. abrite l’une des plus importantes communautés tunisiennes aux États-Unis et constitue un pôle majeur du développement international, avec des institutions telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), où de nombreux Tunisiens évoluent.
Le programme comprendra des conférences, cinq sessions interactives et des opportunités de réseautage dans des secteurs tels que la technologie, la santé, la finance et l’entrepreneuriat.
Les participants représentent des institutions et entreprises de premier plan, notamment le FMI, la Banque mondiale, Microsoft, Amazon, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Tesla et Moderna.
Parmi les intervenants figurent des personnalités tunisiennes de premier plan, dont le Dr Nour Rawafi, astrophysicien et Project Scientist pour la mission Parker Solar Probe de la Naza, ainsi que Nizar Yaiche, ancien ministre des Finances de Tunisie, et Samia Msadek, directrice et chief financial management officer à la Banque mondiale, apportant leurs expertises en politiques publiques, finance et développement international.
La retraite met un accent particulier sur le mentorat intergénérationnel, facilitant des connexions concrètes entre étudiants, jeunes professionnels et leaders confirmés, générant des opportunités d’emploi, d’investissement et de collaboration durable.
Elle constitue également une opportunité importante pour les médecins tunisiens souhaitant s’intégrer au système américain, en leur offrant accompagnement, mentorat et meilleures chances d’obtenir une résidence médicale («match»).
TAYP envisage également de sponsoriser la participation d’étudiants, grâce au soutien de ses partenaires et de la communauté, afin de favoriser l’accès à ces opportunités.
«Cette retraite vise à créer un véritable écosystème où les connexions se traduisent en opportunités concrètes», a déclaré Dr Zied Mhirsi, président de TAYP.
Le programme inclut également un marketplace tunisien, permettant aux entrepreneurs, artistes et associations de présenter leurs projets, vendre leurs produits et mobiliser des financements.
Le week-end débute vendredi avec des visites guidées dans la région de Washington, suivies d’un accueil convivial. Il se conclut dimanche par des activités sportives, de bien-être et des visites optionnelles de Washington, D.C. Une projection du film tunisien ‘‘Les Bâtisseurs’’, en collaboration avec l’Atuge, est également prévue.
La soirée de gala mettra à l’honneur la musique tunisienne classique, folklore et alternative, incluant des moments de chant collectif autour de la musique tunisienne, Les DJ tunisiens Sahara Club, ainsi qu’une performance live du pianiste Yahya Mhirsi et de la violoniste Fatma Souf.
L’événement est rendu possible grâce au soutien de la GIZ, SwissContact, Whiteford, Taylor & Preston, UGFS, Poulina et l’ATB, et en partenariat avec Express FM et Iway Technologies.
«Cette initiative illustre la force de notre communauté et sa capacité à créer des opportunités durables», a déclaré Mohamed Malouche, managing partner chez Deloitte et président du conseil d’administration.
TAYP fait partie du réseau Watt (Worldwide Alliance of Tunisian Talents), qui regroupe plusieurs associations de la diaspora afin de connecter les talents tunisiens à l’échelle mondiale.Fondée en 2011, TAYP est une organisation à but non lucratif disposant de chapitres à New York, Boston et Atlanta. C’est un réseau de professionnels tuniso-américains engagé à renforcer les liens économiques, sociaux et culturels entre la Tunisie et les États-Unis afin de promouvoir la croissance et le développement.
À travers des projets ciblés, des opportunités de réseautage et des forums et événements dynamiques, TAYP permet aux entreprises et aux individus de nouer de nouveaux partenariats et de générer un impact concret.
Par-delà le fracas des armes, la guerre en cours des États-Unis et Israël contre l’Iran constitue déjà un puissant choc macroéconomique. Elle bouleverse l’équilibre géopolitique du Moyen-Orient et redessine les vulnérabilités économiques mondiales, en exposant les fragilités structurelles du Sud global. Elle impose une interrogation non seulement sur les mécanismes du choc, mais sur la capacité des États à y résister. Le véritable risque n’est plus un ralentissement économique, mais une désorganisation durable des conditions mêmes de la croissance mondiale.(Photo : Ras Laffan, le plus grand gisement de gaz au monde, géré par Qatar Energy, bombardé par l’Iran).
Yahya Ould Amar *
Ce conflit a déclenché un choc d’offre global à haute intensité. La perturbation du détroit d’Ormuz – et celle probable de Bab El Mendeb (Mer Rouge) – par lequel transite environ 20% des flux mondiaux d’hydrocarbures, combinée à des frappes sur des infrastructures énergétiques régionales, constitue un choc d’une ampleur exceptionnelle. La hausse rapide des prix de l’énergie, la volatilité des marchés et la désorganisation des chaînes logistiques témoignent d’une rupture systémique. Mais l’élément le plus inquiétant réside dans la possibilité d’attaques simultanées sur les infrastructures énergétiques en Iran et dans les pays du Golfe, ce qui transformerait un choc de prix en un choc de quantités, bien plus difficile à absorber.
Au-delà du choc immédiat, une mutation profonde est à l’œuvre, celle de la fonction même de l’énergie dans le système économique mondial. Nous entrons dans une phase où le prix du baril, au-delà de l’équilibre entre offre et demande, reflète en priorité une prime géopolitique structurelle, durable et potentiellement auto-entretenue.
La destruction répétée d’infrastructures critiques — champs, terminaux, installations de liquéfaction — introduit une contrainte temporelle liée aux délais de reconstruction, souvent pluriannuels, transformant des chocs conjoncturels en pénuries persistantes.
Dans ce contexte, les anticipations des marchés se désancrent, et les investissements énergétiques deviennent eux-mêmes procycliques (amplification des fluctuations économiques), aggravant la volatilité (nervosité) des marchés au lieu de l’amortir.
La double peine du Sud : énergie chère, monnaies faibles
Les pays du Sud global se trouvent en première ligne, confrontés à une réactivation de la contrainte extérieure. L’augmentation de la facture énergétique dégrade immédiatement les balances des paiements, accentue la demande de devises fortes et exerce une pression intense sur les monnaies locales.
Dans plusieurs économies émergentes, la dépréciation monétaire alimente un cercle vicieux, ainsi plus la monnaie se déprécie, plus le coût des importations augmente, aggravant encore les déséquilibres externes.
Dans les cas les plus fragiles, cette dynamique peut conduire à des crises de balance des paiements, avec rationnement des importations et restrictions sur les changes.
Cette vulnérabilité est particulièrement aiguë dans les économies dont la monnaie est arrimée au dollar ou fortement dollarisée. Pour ces pays, l’appréciation du dollar agit comme un multiplicateur de choc, elle renchérit simultanément le coût de l’énergie, le service de la dette externe et le prix des importations essentielles.
Les pays importateurs nets d’hydrocarbures — notamment en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et dans certaines économies d’Amérique latine — se trouvent ainsi enfermés dans une trappe macroéconomique où toute tentative de stabilisation monétaire accélère la contraction de l’activité économique.
Le dilemme des politiques économiques
À cette contrainte externe s’ajoute un choc inflationniste d’une intensité particulière. L’énergie étant un intrant universel, son renchérissement se diffuse rapidement à l’ensemble de l’économie. Les coûts de transport augmentent, les prix des engrais s’envolent, et la production agricole est affectée. Le choc se transmet ainsi des marchés énergétiques aux marchés alimentaires, transformant une inflation importée en inflation généralisée. Pour des populations déjà vulnérables, notamment dans les pays à faible revenu, cette dynamique constitue une menace directe pour la sécurité alimentaire et la stabilité sociale.
Dans ce contexte, les finances publiques sont soumises à une pression extrême. Les gouvernements doivent simultanément protéger les ménages contre la hausse des prix et absorber l’augmentation de leurs propres dépenses énergétiques. Cela conduit à une expansion rapide des déficits budgétaires et à une accumulation de dette publique. Or, cette détérioration intervient dans un environnement financier mondial plus contraint, caractérisé par des taux d’intérêt élevés et une aversion accrue pour le risque. Le coût du financement externe augmente, les flux de capitaux se raréfient, et les marges de manœuvre budgétaires se réduisent.
Dans ce contexte, le rôle du Fonds monétaire international (FMI) apparaît à la fois central et profondément contraint. Les capacités d’intervention — de l’ordre de 1 000 milliards de dollars au maximum — apparaissent significatives à l’échelle d’une crise isolée, mais demeurent faibles face à un choc systémique global, où les besoins cumulés des économies fragiles pourraient rapidement excéder plusieurs milliers de milliards de dollars.
Aussi, les conditionnalités traditionnelles — consolidation budgétaire, ajustement structurel — se heurtent à une réalité nouvelle, l’impossibilité politique et économique d’imposer des ajustements procycliques dans des sociétés déjà fragilisées par des chocs inflationnistes et alimentaires.
Le FMI se trouve ainsi confronté à un dilemme soit maintenir une orthodoxie financière au risque d’amplifier les crises sociales soit assouplir ses exigences au prix d’un risque accru de désancrage macroéconomique global.
Nouveau régime d’instabilité
Le résultat combiné de ces dynamiques est une configuration de stagflation difficile à gérer pour de nombreux gouvernements. La croissance ralentit sous l’effet de la hausse des coûts et de l’incertitude, tandis que l’inflation demeure élevée. Les entreprises réduisent leurs investissements, les ménages voient leur pouvoir d’achat diminuer, et les États perdent leur capacité à stabiliser le cycle économique. Cette combinaison — inflation élevée et croissance faible — est historiquement associée à des périodes de forte instabilité économique et politique.
La soutenabilité même de la récession dans les pays fragiles devient alors incertaine. Contrairement aux économies avancées, ces pays ne disposent ni de stabilisateurs automatiques efficaces ni de marges budgétaires suffisantes pour amortir le choc. Le délai d’absorption du choc — c’est-à-dire le temps nécessaire pour rétablir un nouvel équilibre macroéconomique — s’allonge considérablement, transformant une récession cyclique en dépression prolongée. Cette temporalité étendue accroît le risque de ruptures politiques, de défauts souverains et, dans certains cas, d’effondrement institutionnel.
Du choc conjoncturel au basculement structurel
Le scénario le plus préoccupant reste toutefois celui d’une destruction durable des infrastructures énergétiques en Iran et dans le Golfe. Une telle situation produirait un choc d’offre permanent, en réduisant significativement la production mondiale d’hydrocarbures. Elle entraînerait également une désorganisation profonde des circuits logistiques, les ports, pipelines et terminaux devenant vulnérables ou inutilisables.
Les primes de risque sur le transport maritime et le financement augmenteraient fortement, tandis que les effets de second tour — hausse des taux, tensions sur la dette, contraction du commerce mondial — amplifieraient encore le choc initial. Dans ce cas, la crise ne serait plus conjoncturelle mais structurelle, avec des conséquences durables sur l’économie mondiale.
Dans cette séquence, les monarchies du Golfe pourraient supporter un coût triplement cumulatif : celui d’une protection militaire américaine monétisée, celui du financement d’un conflit dont elles ne sont pas à l’origine — dans un moment où même le Congrès américain hésite à en assumer le coût du premier mois de conflit (200 milliards) —, et, enfin, celui d’un alignement politique et financier accru dans l’après-guerre, consacrant une forme de soumission renforcée à l’égard du couple États-Unis–Israël.
L’hypothèse d’une dislocation partielle de l’Iran — sous l’effet combiné de frappes extérieures, de tensions internes et d’interventions indirectes d’acteurs régionaux — introduit un risque systémique supplémentaire. Une fragmentation territoriale, impliquant potentiellement des zones kurdes, azéries ou sous influence étrangère, transformerait le pays en espace de conflictualité permanente, à proximité immédiate des principales routes énergétiques mondiales, tout en ravivant, à la frontière turque, la question kurde et les fragilités qu’elle induit pour Ankara.
Dans un tel scénario, la fermeture intermittente ou le contrôle discrétionnaire du détroit d’Ormuz — voire sa monétisation sous forme de «péage» — deviendrait un instrument durable de pouvoir économique, redéfinissant les termes de l’échange énergétique mondial.
Fin de l’abondance financière et retour du risque de dette souveraine
Cette situation accélère une transformation déjà en cours du système financier international. Le régime d’abondance financière qui caractérisait les années 2010 — marqué par des taux bas et des flux de capitaux vers les économies émergentes — est en train de disparaître. Les investisseurs se replient vers les actifs considérés comme sûrs, renforçant la domination du dollar et accentuant la vulnérabilité des pays dépendants du financement externe.
Parallèlement, le système monétaire international se fragmente, avec l’émergence de tentatives de diversification, notamment autour du yuan ou d’accords bilatéraux. Toutefois, en période de crise, la centralité du dollar reste intacte, ce qui limite les marges de manœuvre des économies émergentes.
Les grandes économies avancées, elles-mêmes fortement endettées, voient leur capacité à jouer un rôle de prêteur se réduire. La remontée des taux d’intérêt réels et la montée des primes de risque limitent l’appétit pour les actifs émergents, accentuant la segmentation financière du monde.
Dans ce contexte, l’investissement global — en particulier dans les infrastructures et la transition énergétique — ralentit précisément au moment où il serait le plus nécessaire.
Dans ce contexte, le risque de crises de dette souveraine augmente fortement. La combinaison d’une dépréciation des monnaies, d’une hausse des taux d’intérêt et d’une détérioration des balances des paiements crée des conditions propices à des défauts en chaîne. Plusieurs pays pourraient se retrouver confrontés à des arbitrages impossibles entre le service de la dette, le financement des importations essentielles et la stabilité sociale.
Que faire ?
Face à ce choc, les pays du Sud global doivent repenser leurs priorités, pour éviter qu’il ne redéfinisse durablement les trajectoires économiques. L’objectif ne peut plus être la poursuite d’une croissance maximale à court terme. Il s’agit désormais de construire une stratégie de résilience. Cela implique, en premier lieu, de sécuriser la liquidité externe, en renforçant les réserves de change et en garantissant l’accès aux devises nécessaires pour financer les importations critiques.
Il est également essentiel d’adopter une approche réaliste en matière de politique monétaire, en acceptant une certaine dépréciation plutôt que de tenter de défendre des niveaux de change insoutenables.
Sur le plan budgétaire, une hiérarchisation rigoureuse des instruments s’impose. À court terme, la priorité doit aller aux transferts monétaires ciblés, aux subventions limitées aux biens essentiels et aux mécanismes temporaires de tarification sociale.
Les États doivent renoncer aux soutiens généralisés, coûteux et régressifs, au profit d’une protection concentrée sur les ménages, les agriculteurs et les secteurs les plus exposés.
Cette réorientation suppose aussi une gestion active de la dépense publique. Il faut protéger les postes à fort rendement social — santé, nutrition, éducation de base, énergie critique, maintenance des infrastructures vitales — et différer les investissements publics non prioritaires, en particulier ceux fortement importateurs en devises ou à faible effet de stabilisation immédiat. Une revue des dépenses de fonctionnement, des subventions aux entreprises publiques et des niches budgétaires devient indispensable.
Du côté des recettes, l’enjeu est moins d’augmenter les taux d’imposition que d’élargir l’assiette : réduction des exonérations inefficaces, meilleure collecte douanière et fiscale, taxation temporaire de certaines rentes ou surprofits, fiscalité accrue sur les biens de luxe et produits pouvant avoir un impact sanitaire (tabac, sucre, …), amélioration du recouvrement auprès des grands contribuables.
Pour les pays disposant de recettes exceptionnelles, des fonds de stabilisation ou de lissage doivent être mobilisés — ou créés — afin d’amortir les chocs sans désorganiser durablement le budget.
Parallèlement, la gestion de la dette doit devenir plus préventive : recours aux marchés boursiers locaux, aux financements concessionnels, allongement des maturités, réduction des risques de refinancement, transparence accrue et, si nécessaire, restructurations ordonnées.
Dans un monde de capital rare, la crédibilité budgétaire ne se mesure plus à la rigidité doctrinale, mais à la capacité de l’État à arbitrer entre protection sociale, soutenabilité financière et sécurité économique.
La dimension énergétique devient également centrale. La diversification des sources d’approvisionnement, la conclusion d’accords bilatéraux de long terme et l’investissement dans des alternatives énergétiques sont des impératifs stratégiques.
Enfin, la coopération internationale, notamment entre pays du Sud, peut jouer un rôle clé, à travers la mutualisation des réserves, l’utilisation des instruments multilatéraux et le renforcement des institutions financières régionales.
Organiser la rareté sans basculer dans la fragmentation
Face à cette configuration, les politiques économiques doivent évoluer au-delà des cadres traditionnels. Trois axes apparaissent déterminants.
Premièrement, une redéfinition des politiques budgétaires vers des dépenses de résilience — sécurité énergétique et alimentaire, infrastructures critiques, stocks stratégiques — au détriment des logiques d’optimisation de court terme.
Deuxièmement, une coordination monétaire et financière accrue entre pays du Sud, visant à réduire la dépendance au dollar par des mécanismes de compensation régionaux et des accords de swap entre banques centrales.
Troisièmement, une accélération des investissements dans les énergies alternatives — renouvelables, technologies de stockage et autres — comme réponse à l’instabilité géopolitique de l’offre fossile.
Car au fond, ce qui se joue n’est autre que la capacité du système international à organiser la rareté sans basculer dans la fragmentation.
En définitive, cette guerre annonce l’entrée dans un monde où l’énergie redevient une arme, les détroits des instruments de souveraineté coercitive, la dette un accélérateur de fragilité, et la résilience la première des politiques économiques. Pour le Sud global, l’enjeu est d’éviter qu’un choc externe ne se transforme en désordre intérieur ou explosion sociale. La leçon à retenir lorsque les infrastructures vitales deviennent des cibles et les routes maritimes des leviers de guerre, est que la géopolitique a cessé d’encadrer l’économie — elle la commande. Et c’est alors l’ordre mondial lui-même qui entre en zone de turbulence durable.
En la personne de Afif Hendaoui **, la Tunisie a perdu, lundi 30 mars 2026, l’un de ses esprits les plus solides, les plus exigeants, les plus profondément engagés dans la compréhension de ses fragilités économiques. Avec lui disparaît une voix rare, celle d’un économiste qui n’a jamais cédé ni à la facilité des slogans, ni à la complaisance des diagnostics convenus.
Moktar Lamari *
Formé en Belgique, dans une tradition académique rigoureuse où l’économie n’est pas un simple outil de gestion mais une grille d’analyse du réel, Afif Hendaoui avait très tôt acquis ce qui distingue les grands économistes des techniciens : une capacité à articuler théorie et terrain, chiffres et société, modèles et vécu. Cette double culture, européenne par la formation et profondément tunisienne par l’engagement, a irrigué toute son œuvre.
Professeur respecté, puis recteur, il n’a jamais réduit l’université à une machine à diplômes. Il en défendait une vision autrement plus ambitieuse : celle d’un lieu de production de savoir, d’esprit critique, de confrontation intellectuelle. À une époque où l’enseignement supérieur tunisien commençait déjà à subir les premières tensions de massification, il plaidait pour la qualité, pour la recherche, pour l’exigence méthodologique. Il savait, mieux que beaucoup, que sans une université forte, aucune économie ne peut prétendre à la transformation.
Rationalité économique et décision publique
Son passage comme ministre dans les années 1990 n’a pas entamé cette exigence. Au contraire, il a tenté, dans un contexte politique contraint, d’introduire une rationalité économique dans la décision publique. Ceux qui ont travaillé à ses côtés se souviennent d’un homme peu enclin aux compromis faciles, attaché aux faits, aux équilibres macroéconomiques, et surtout à la soutenabilité des politiques publiques. Il n’était pas de ceux qui promettent sans compter ; il était de ceux qui calculent, anticipent, alertent.
Mais c’est sans doute dans ses écrits que son héritage est le plus précieux. Afif Hendaoui a beaucoup publié, dans des revues, des tribunes, des contributions académiques où il disséquait, avec une précision chirurgicale, les contradictions de l’économie tunisienne. Il écrivait sur la croissance sans emploi, sur les déséquilibres régionaux, sur la dépendance extérieure, sur les illusions de réforme. Il dénonçait les politiques conjoncturelles déguisées en stratégies, les rustines budgétaires présentées comme des visions.
Sa plume était claire, directe, sans fioritures. Il n’écrivait pas pour plaire, mais pour éclairer. Et souvent pour déranger. Car Afif Hendaoui faisait partie de cette catégorie trop rare d’économistes qui refusent de servir d’alibi intellectuel. Il n’était ni un économiste de cour, ni un commentateur de plateau. Il était un analyste. Et un analyste libre. Dans un pays où la parole économique est souvent instrumentalisée, cela relevait presque de l’exception.
Sans recherche, l’économie navigue à vue
Son engagement pour la recherche en sciences économiques en Tunisie mérite, à lui seul, un chapitre. Il n’a cessé de plaider pour des institutions de recherche solides, pour des financements pérennes, pour une reconnaissance du travail scientifique. Il alertait sur le décrochage progressif de la Tunisie en matière de production académique, sur la fuite des cerveaux, sur la marginalisation des chercheurs. Pour lui, une économie sans recherche est une économie qui navigue à vue.
Et c’est précisément ce qu’il redoutait : une Tunisie sans cap, sans diagnostic partagé, sans capacité à produire sa propre lecture de ses défis.
Aujourd’hui, au moment de sa disparition, une question s’impose avec une certaine brutalité : qui pour reprendre ce flambeau ? Qui pour porter cette exigence intellectuelle, cette indépendance, cette rigueur ? Les économistes ne manquent pas en Tunisie. Mais les économistes de cette trempe, capables de conjuguer savoir académique, expérience institutionnelle et liberté de ton, sont rares. Très rares.
Afif Hendaoui laisse derrière lui bien plus qu’une carrière. Il laisse une méthode. Une manière de penser l’économie comme une discipline exigeante, indissociable du réel, et profondément ancrée dans les enjeux de la société. Il laisse aussi une forme d’éthique : celle de ne jamais céder à la facilité, de ne jamais travestir les chiffres, de ne jamais simplifier à outrance des réalités complexes.
Dans un pays en quête de repères économiques, son absence se fera sentir. Non pas comme une nostalgie, mais comme un manque. Un vide. Et peut-être, aussi, comme une injonction : celle de retrouver, dans le tumulte des discours, un peu de cette rigueur qu’il incarnait.
Car au fond, la meilleure manière de lui rendre hommage n’est pas seulement de saluer l’homme. C’est de continuer à penser, à écrire, à analyser – avec la même exigence que lui. Sans concession.
* Economiste universitaire.
** Décédé à l’âge de 77 ans, Afif Hendaoui était président de l’Université de Tunis. Homme politique, il avait été tour-à-tour ambassadeur en Suède, en Finlande et en Islande, avec résidence à Stockholm (1996-2000), ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des droits de l’homme, de la communication et des relations avec la Chambre des députés (2000 -2001), ambassadeur en Autriche, en Hongrie et en Slovaquie, représentant permanent de la Tunisie auprès des organisations internationales à Vienne (2001- 2004), et ambassadeur auprès de la Confédération suisse et auprès du Vatican (2004 -2006). De retour à Tunis, il a été directeur de l’Ecole nationale d’administration
Moëz Majed est poète. Il vient de publier son premier roman. Quoi de plus naturel ? La plupart des poètes s’essayent aussi au roman et vice et versa. C’est toute la magie de l’écriture littéraire qui déplace sans cesse les frontières entre les genres pour en faire des vases communiquant. Et l’art romanesque, on le sait, est le plus ouvert au mélange des genres, au métissage des formes, à l’interférence des styles et au dialogue des idées. Et ce premier roman de Moëz Majed nous en offre une belle illustration.
Ridha Kefi
En effet, le titre, ‘‘Lorand Gaspar vient de mourir’’ (édition Hykeyet, Tunis 2026, 169 pages), annonce la couleur : c’est un roman sinon sur la poésie du moins sur un poète, et pas des moindres, l’un des plus secrets du 20e siècle et qui a marqué des générations de poètes, en France, où il occupe une place de choix parmi ses pairs, mais aussi en Palestine et en Tunisie, où il a aussi vécu et pratiqué la médecine (il était chirurgien) pendant de longues années.
Pour avoir moi-même connu Lorand Gaspar * – il avait publié mes premiers poèmes dans la revue Alif qu’il avait fondée et dirigée aux Editions Cérès à Tunis au début des années 1980 –, pour avoir aussi connu sa compagne, elle-même médecin et poète, Jaqueline Daoud, et son fils aîné – né d’un premier mariage – François Gaspar alias François Abu Salem, fondateur du célèbre théâtre Al Hakawati à Jérusalem… Pour cette raison, à la fois subjective et objective – car je voulais en savoir davantage sur cet homme qui m’a beaucoup marqué, ainsi que ceux de ma génération –, il va sans dire que le titre de ce premier roman de Moëz Majed m’a d’emblée interpellé.
Une quête de soi en l’autre
S’agit-il d’une biographie romancée du célèbre poète qui est resté assez méconnu voire mystérieux, même pour ceux qui l’ont côtoyé de très près ?
La réponse va venir au fil des pages : il est certes question dans ce roman de Lorand Gaspar, mais pas seulement, car le récit de la vie du poète français d’origine hongroise est comme un fil rouge qui relie les différents éléments de la narration et tisse comme un tapis persan avec pleins de lettres, de mots, de personnages, de paysages, d’objets et d’atmosphères qui, mis les uns à côté des autres, tentent de dire ce qu’est l’art poétique, ce que veut dire être poète et comment le devient-on, dans la proximité des êtres, des objets et des mots pour dire les sensations qu’ils nous inspirent.
Le récit de la vie de Lorand Gaspar et l’approche de son œuvre deviennent, au fils des pages, une sorte de quête spirituelle de l’auteur qui s’interroge sur son propre cheminement dans le sillage de poètes qu’il a connus et qui ont contribué à sa formation littéraire et philosophique. Il y a d’abord son père, bien sûr, Jaâfar Majed, d’un de piliers de la poésie tunisienne de la seconde moitié du 20e siècle, dont il a reçu les premiers enseignements. Il y a ensuite Ali Louati qui, le premier lui a parlé de Lorand Gaspar, Saint-John Perse, René Char ou autres Yves Bonnefoy, le mettant sur la voie d’une écriture poétique libérée des carcans esthétiques dominants, et des nombreux poètes qu’il a rencontrés par la suite aux quatre coins du monde, lors de ses pérégrinations poétiques, de la Turquie à la Colombie, de Kairouan à Paris…
Dans la dédicace qu’il m’a aimablement faite, Moëz Majed a joliment écrit : «Il semble que ce texte soit une quête de soi en l’autre et de l’autre en soi». Tout est dit : ‘‘Lorand Gaspar vient de mourir’’ est une autobiographie déguisée en biographie, le poète tunisien s’identifiant à son aîné franco-hongrois, qu’il avait juste entraperçu, un instant furtif, attablé à un café à Sidi Bu Saïd, au milieu des années 1990, mais pour lequel il gardera une sorte de vénération poétique et spirituelle.
* J’ai aussi traduit en arabe avec son aide des poèmes de son recueil ‘‘Sol absolu’’. Le livre est paru sous le titre de ‘‘Ardh al-motlaq’’ aux éditions Annawras, à Tunis, en 1988, avec des photos en noir et blanc prises par le poète dans le désert de Palestine.
La présence d’une forte communauté de migrants subsahariens en situation irrégulière dans la plupart des villes côtières en Tunisie commence à susciter des réactions de rejet parmi la population locale. Samedi dernier, 28 mars 2026, des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant le gouvernorat de Tunis pour scander le slogan «La Tunisie aux Tunisiens». Ils réclamaient l’expulsion des migrants subsahariens présents dans le pays et dénonçaient les associations qui les assistent et défendent leurs droits.(Photo : La banderole tenue par des enfants appelle à l’expulsion des migrants subsahariens de tout le territoire tunisien).
Latif Belhedi
La manifestation, qui a été relayée dans de courtes vidéos sur plusieurs plateformes de médias sociaux arabophones, a aussi été organisée pour s’opposer aux programmes de «réinstallation» de ces migrants dont il est de plus en plus question dans certains cercles européens qui cherchent à profiter de la vulnérabilité actuelle du pays pour y implanter des sortes de camps de rétention de migrants irréguliers en attente d’examen de leurs demandes d’asile en Europe.
La mobilisation s’est principalement développée en ligne, sans structure formelle identifiable. Les jours précédents, plusieurs publications Facebook avaient appelé à se rassembler devant le gouvernorat de Tunis avec des slogans et des hashtags tels que «Non à la naturalisation des Africains», «Oui à l’expulsion» et des appels à la «tunisification» du secteur associatif, soupçonné de servir des intérêts de bailleurs de fonds étrangers.
Rejet de toute «réinstallation déguisée» de migrants
Cet événement survient dans un contexte de durcissement du discours public tunisien sur la question migratoire. Le 24 mars, la Tunisie a réaffirmé à Genève son rejet de toute «réinstallation déguisée» de migrants en situation irrégulière, tandis que le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, en visite à Berlin le 25 mars, a réaffirmé la position de la Tunisie en faveur du retour volontaire, de la lutte contre les réseaux criminels et, parallèlement, du renforcement des voies de migration légale vers l’Europe.
D’après les données officielles publiées en mars, plus de 21 000 migrants subsahariens ont bénéficié du programme de retour volontaire ces quatre dernières années, dont 1 262 depuis début 2026, l’objectif affiché étant de 10 000 retours d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, le 25 mars, un nouveau vol charter a ramené 97 migrants en Guinée.
Sur le plan politique, le discours tenu lors de la manifestation de samedi s’inscrit dans le droit fil des déclarations faites par le président Kaïs Saïed en février 2023, à propos d’un «plan criminel» visant à modifier la composition démographique de la Tunisie, assimilant l’immigration irrégulière à une menace pour l’identité et la sécurité du pays. Depuis, la question s’est fermement ancrée dans le débat public et parlementaire. Ces dernières semaines, des propositions visant à durcir le code de la nationalité et à renforcer les mécanismes d’expulsion ont également refait surface, invoquant la protection de la souveraineté nationale et de la paix sociale.
Les manifestants ont ciblé non seulement les migrants, mais aussi le décret législatif n° 88 de 2011 relatif aux associations, dont ils exigent l’abrogation.
La société civile vouée à la vindicte populaire
Ce mouvement est significatif car il intervient dans un contexte de fortes pressions exercées par les autorités sur les organisations de la société civile et les défenseurs des droits humains. Le contraste est d’autant plus frappant que la Tunisie dispose depuis 2018 d’une loi exhaustive contre toutes les formes de discrimination raciale, tandis que plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent depuis longtemps la complicité de militants et d’associations dans un prétendu projet de «grand remplacement», thématique chère aux militants d’extrême droite européens farouchement opposés à l’immigration.
Dans l’ensemble, la manifestation de Tunis, bien que peu nombreuse, a eu une portée politique significative, confirmant que la question migratoire demeure un facteur majeur de polarisation en Tunisie, au carrefour d’une souveraineté mis à mal par des pressions européennes, les exigences de la sécurité intérieure et les appels au respect des droits humains émanant des Ong nationales et internationales.
Dans un communiqué publié ce mardi 31 mars 2026, l’Espérance de Tunis informe ses supporters et la communauté sportive qu’elle a officiellement demandé à la Fédération tunisienne de football, au bureau directeur de l’Étoile du Sahel et à la Direction nationale de l’arbitrage la désignation d’une équipe arbitrale européenne complète pour la rencontre entre les deux équipes, prévue le samedi 4 avril au Stade de Sousse.
L’Espérance soutient donc la demande de l’Étoile auprès de la FTF concernant la désignation d’une équipe arbitrale européenne complète, comprenant à la fois les arbitres de terrain et les arbitres assistants vidéo (VAR).
L’Espérance a également annoncé dans le même communiqué sa volonté de prendre en charge 50 % des frais liés à la venue de cette équipe arbitrale, après que la FTF a informé l’Étoile que le coût de cette venue était estimé à 50 000 dinars tunisiens.
«Cette position s’inscrit dans l’engagement de l’Espérance de Tunis à garantir des matchs disputés dans un climat sportif sain et avec un haut niveau de compétitivité, assurant ainsi l’égalité des chances et servant au mieux les intérêts du football tunisien», lit-on dans le communiqué.
Sarra Alyani, chercheuse tunisienne en data intelligence et étudiante ingénieure, a participé au festival [In]Visible, qui s’est tenu du 25 au 27 mars 2026 à La Bibliothèque Royale de Belgique, Bruxelles. Elle prend part au projet «Archives Vivantes» au sein du collectif XR4Heritage. Son travail porte sur la conception de l’IA de l’avatar de Lucia de Brouckère, soutenu par Culture Moves Europe et Wallonie-Bruxelles International.
Alors que la Belgique célèbre la Semaine des Sciences, une collaboration internationale unique a attiré l’attention des médias, notamment de la RTBF. Au centre de cette effervescence technologique : Sarra Alyani, une jeune étudiante ingénieure tunisienne dont l’expertise en intelligence des données a permis une prouesse numérique au sein du festival.
Redonner vie à l’histoire par la Data Intelligence
Invitée par l’ASBL Les Trois Plumes / XR4Heritage, Sarra Alyani a intégré une équipe de recherche multidisciplinaire (comprenant des experts de la KU Leuven et de la Haute École Lucia de Brouckère) pour relever un défi de taille : concevoir l’intelligence artificielle de l’avatar de Lucia de Brouckère (1904-1982).
Grâce à son travail sur la structuration et l’analyse des données, l’avatar devient un pont interactif entre le passé et le futur, permettant au public de redécouvrir le patrimoine scientifique de manière immersive.
Ce projet, intitulé «Archives vivantes», ne se limite pas à la prouesse technique. Il symbolise une coopération réussie entre la Tunisie et l’Union Européenne.
Soutenue par le programme Culture Moves Europe, Sarra Alyani incarne cette nouvelle génération d’ingénieurs qui mettent l’IA au service de la culture et de la transmission du savoir.
«Participer à cette résidence de recherche à Bruxelles est une reconnaissance de mes compétences fortes en IA et Data Science. C’est une fierté de représenter l’ingénierie tunisienne sur une scène internationale aussi prestigieuse», confie Sarra Alyani.
Le succès de cette initiative repose sur un réseau de partenaires solides tels que Wallonie-Bruxelles International (WBI), l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et Brussels International, tous unis pour promouvoir l’innovation numérique et la diversité des talents.
Du 27 mars au 5 avril 2026, la 42ᵉ édition du Salon de la création artisanale s’installe au Parc des expositions du Kram à Tunis, fidèle à elle-même. Ouverte de 10h à 19h, elle attire, comme chaque année, une foule dense, parfois lente, parfois pressée, mais toujours présente. On y vient souvent sans trop réfléchir, par habitude, par curiosité, par envie de «faire un tour». Et puis, une fois à l’intérieur, quelque chose opère.
Manel Albouchi
Rien de spectaculaire au premier regard : des stands alignés, des objets exposés, des voix qui se croisent. Et pourtant, une impression de cohérence. On retrouve : des tapis aux motifs connus, presque hérités, de la poterie, du cuivre, du bois travaillé, des vêtements traditionnels revisités, des bijoux qui oscillent entre passé et modernité, des objets de décoration, parfois simples, parfois audacieux et des produits cosmétiques artisanaux : savons, huiles, soins naturels.
Tout cela semble déjà vu. Et c’est précisément ce qui rassure. La foire ne surprend pas ; elle confirme.
Contrairement aux espaces commerciaux modernes, ici, rien ne presse vraiment. On s’arrête. On regarde sans obligation d’acheter. On parle, parfois longtemps, avec des inconnus. Les artisans expliquent, répètent, sourient. Le client écoute, hésite, revient. Dans l’air, circule une lenteur inhabituelle, presque anachronique. Et dans cette lenteur, quelque chose se recompose : une forme de relation simple, sans interface, sans filtre.
Le monde d’avant, dans le monde d’après
On pourrait croire que ce type d’événement appartient au passé. Que le digital a déjà gagné. Et pourtant, la foule est là. Peut-être parce que le numérique, malgré son efficacité, a introduit une fatigue : trop de choix, trop d’images, trop de distance.
Ici, au contraire, le réel impose une limite. On ne peut voir qu’un nombre restreint d’objets. On ne peut parler qu’à une personne à la fois. Cela simplifie. Cela apaise.
Il y a aussi ce phénomène discret : la présence des autres. On observe ce que regardent les gens. On ralentit là où il y a du monde. On accorde plus de valeur à ce qui attire déjà. Personne ne le formule, mais tout le monde y participe. La foule devient un indicateur silencieux. Une sorte de guide implicite.
Et puis, progressivement, autre chose apparaît. C’est souvent à ce moment-là que le visiteur commence à changer de regard. Un objet retient plus longtemps que les autres. Sans raison évidente. Un tissu, une couleur, une forme. Quelque chose insiste. On le prend. On le repose. On y revient. Et là, sans le dire clairement, quelque chose se joue ailleurs que dans l’objet.
Ce que l’on choisit… nous choisit aussi Il serait réducteur de dire que l’on achète un tapis, un bijou ou un savon. Ce que l’on observe, plus discrètement, c’est un phénomène de reconnaissance. Un objet attire parce qu’il correspond à quelque chose de déjà présent : un souvenir diffus, une image de soi, une émotion ancienne, une appartenance silencieuse. L’objet agit comme un révélateur.
L’artisan, témoin plus que vendeur
Face à cela, l’artisan occupe une place particulière. Il parle du produit, bien sûr. Mais il assiste aussi, sans forcément le savoir, à ce moment de bascule. Il voit le regard changer. Il perçoit l’hésitation devenir décision. Son rôle dépasse la vente. Il devient le témoin d’un choix qui le dépasse.
La Foire du Kram ne s’oppose pas au monde moderne. Elle le complète. Elle rappelle simplement que certaines choses ne disparaissent pas : le besoin de voir, le besoin de toucher, le besoin de parler, le besoin de se reconnaître dans ce que l’on choisit. Dans un environnement saturé de virtualité, cette expérience prend une valeur particulière.
Rien n’est immédiatement visible. Tout se dévoile progressivement. D’abord les objets. Puis les échanges. Puis les impressions. Et enfin, quelque chose de plus intime. Ce que l’on vient chercher ici n’est pas toujours clair au départ. Mais cela finit, presque toujours, par apparaître. Doucement. En spirale…
Nabil Assaf, coordinateur sous-régional pour l’Afrique du Nord, a remis, hier, lundi 30 mars 2026, à Mohamed Ali Nafti, ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’Étranger, ses lettres de créances l’accréditant en qualité de représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en Tunisie.
À cette occasion, M. Nafti a souligné l’importance de consolider le partenariat stratégique entre la Tunisie et la FAO, en vue de contribuer efficacement à la réalisation de la sécurité alimentaire, rappelant les relations historiques et étroites qui lient les deux parties.
Le ministre a, par ailleurs, salué le rôle de la FAO en tant que partenaire clé dans la promotion de la sécurité alimentaire et la mise en œuvre des Objectifs de Développement durable. Et félicité l’organisation pour l’appui matériel et technique apporté dans la lutte contre le criquet pèlerin au cours de l’année 2025.
Il a également réitéré le soutien de la Tunisie aux initiatives de la FAO pour faire face aux défis croissants auxquels le monde est confronté, notamment le changement climatique, les crises sanitaires, les conflits armés et la rareté des ressources hydriques, qui constituent autant de menaces pour la sécurité alimentaire mondiale.
De son côté, M. Assaf a réaffirmé l’engagement de la FAO à poursuivre son appui aux efforts de l’État tunisien en matière de sécurité alimentaire et de développement durable, saluant la qualité des projets de coopération en cours, qui contribuent à répondre aux défis émergents.
M. Assaf a également mis en exergue l’importance de promouvoir des pratiques agricoles durables, de renforcer la recherche scientifique et le développement, ainsi que de mobiliser l’expertise nationale et internationale disponible, afin d’améliorer l’efficacité des interventions et d’atteindre les objectifs escomptés.
Cinq parties composent ‘‘Un dernier pour la route’’, le dernier recueil d’Abdellatif Laâbi : «Premières gorgées», «J’essaie d’écrire un poème sur Gaza», «Saudade», «Six mois après» et ‘‘Un dernier pour la route’’. Un livre à l’écriture épurée, simple d’accès, sans emphase ni fioriture de langage où le poète va à l’essentiel, pour faire le bilan d’une vie et interroger la poésie, dans le même temps.
Le poète marocain, dont l’œuvre militante n’est pas à prouver, depuis fort longtemps, apparaît ici comme apaisé, avec un brin de légèreté appréciable (noblesse de l’âge exige ?), sans cri ni colère, mais attelé à une célébration des bonheurs qu’il oppose à la mélancolie et aux retors de l’Histoire et de l’actualité. Il y a comme un besoin de retrouver la solitude du désert et sa plénitude contre le fracas du monde et son oppression.
Méditations intérieures, arrêts sur des souvenirs intimes, questionnements, stations dans des voyages comme des repères et des jalons lumineux dans un paysage obscur.
La distance, parfois ironique ou même moqueuse, n’est pas sans gravité, n’est ni détachement ni indifférence mais une volonté de déjouer et rejeter la douleur personnelle ou collective, le poids du monde.
Alléger la parole, s’envoler avec ses vers et fuir des cages de toutes sortes afin de se sentir libre. Il y a comme un défi au poème-discours, à la barrière thématique pour s’émanciper de la docte idéologique. Le poète donne à la parole une voix centrale, l’expression de l’ontologique. N’est-ce la raison d’être du poème et sa vérité ?
Ce livre, aux poèmes à la forme multiple, se lit comme un récit avec confidences inattendues et aveux affirmés qui pourraient surprendre ou contrarier plus d’un parmi les dogmatiques de la poésie.
Tahar Bekri
* ‘‘Un dernier pour la route’’, de Abdellatif Laâbi, Ed. Le Castor Astral, 2026, 130 p. 16E.
Le secrétaire d’État chargé des Ressources hydrauliques au ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Hamadi Habaieb, a déclaré que son département s’efforçait actuellement de réduire l’évaporation de l’eau dans les réserves, expliquant que le changement climatique et la hausse des températures ont entraîné une augmentation des taux d’évaporation de l’eau dans les barrages.(Photo : Sidi Salem, le plus grand barrage de Tunisie, construit sur le cours de la Medjerda, près de Testour, Béja).
Dans une déclaration à Diwan FM, ce lundi 30 mars 2026, en marge de la signature de 14 contrats de programmes de recherche entre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et plusieurs instituts et centres de recherche, M. Habaieb a ajouté que la Tunisie perdait environ un million de mètres cubes d’eau par jour par évaporation durant les mois d’été, en raison de la hausse des températures. Le volume de ces pertes équivaut à la consommation cumulée du Grand Tunis, de Nabeul, du Sahel et de Sfax, soit les régions les plus peuplées, les plus urbanisées et qui consomment la plus grande partie des ressources hydrauliques du pays.
Tout en soulignant que les autorités concernées travaillent à réduire ces pertes, M. Habaieb a indiqué que son département, en collaboration avec celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, mène un programme visant à développer des moyens pour réduire l’évaporation, ajoutant que d’autres programmes de surveillance des niveaux des nappes phréatiques sont mis en œuvre en recourant à des technologies modernes.
Par ailleurs, M. Habaieb s’est voulu rassurant en indiquant que la situation hydrique est meilleure cette année que l’an dernier et que les barrages sont remplis à environ 58 % de leur capacité au jour d’aujourd’hui, et ce grâce aux fortes précipitations enregistrées depuis septembre dernier. Ce qui permet à la Tunisie de souffler momentanément après plusieurs années de sécheresse marquées par le stress hydrique et les protestations des populations dans certaines régions suite aux coupures intempestives d’eau en plein été.
La Chambre criminelle spécialisée en matière de corruption financière du Tribunal de première instance de Tunis a décidé, ce lundi 30 mars 2026, de reporter le procès de l’activiste politique Khayam Turki au 20 avril pour les plaidoiries finales, a annoncé Diwan FM, citant une source judiciaire.
La Chambre d’accusation spécialisée en matière de corruption financière de la Cour d’appel de Tunis avait précédemment renvoyé Khayam Turki devant la Chambre criminelle spécialisée en matière de corruption financière du Tribunal de première instance de Tunis pour qu’il soit jugé pour des accusations liées à des soupçons de blanchiment d’argent et à divers délits financiers.
Rappelons que Khayam Turki est incarcéré depuis février 2023 et qu’il a déjà été condamné à 35 ans de prison ferme dans le cade de l’affaire dite de complot contre la sûreté de l’Etat dans laquelle ont été condamnés plusieurs autres activistes politiques à diverses peines, dont Kamel Letaief, les frères Nejib et Issam Chebbi, Ridha Belhadj, Ghazi Chaouachi, Chayma Issa, Jawher Mbarek, et bien d’autres, qui continuent de clamer leur innocence et de dénoncer un procès à caractère politique.
Une équipe pluridisciplinaire tuniso-italienne mène actuellement une mission de terrain afin de poursuivre les fouilles commencées en 2017 et d’entreprendre de nouvelles analyses scientifiques dans le site archéologique de Castilia à Tozeur, dans le sud-ouest de la Tunisie.
La coopération scientifique et culturelle entre la Tunisie et l’Italie en matière de protection du patrimoine archéologique se poursuit avec ce projet, lancé dans le cadre d’une collaboration entre l’Institut national du patrimoine (INP) et l’Université de Rome Tor Vergata, qui vise à renforcer la recherche archéologique et à promouvoir la valorisation durable du site.
Les investigations archéologiques se concentrent notamment sur un imposant bâtiment rectangulaire situé à proximité d’une église, divisé en plusieurs pièces disposées autour d’une cour centrale.
Les premiers résultats confirment une stratification complexe, avec différentes phases d’occupation s’étendant du Ve au VIIe siècle après J.-C., et probablement au-delà, offrant de nouveaux éléments pour l’étude de l’Antiquité tardive dans la région.
En parallèle, une équipe de géologues de l’Université de Carthage (Faculté des Sciences de Bizerte) a entrepris l’analyse des matériaux de construction – pierre, mortier et pisé – afin de comprendre les techniques de construction employées et la dynamique d’approvisionnement en ressources locales.
Un autre axe de recherche concerne l’archéologie architecturale, avec une documentation systématique des édifices religieux, appuyée par des relevés laser de haute précision d’un bâtiment remarquable par son excellent état de conservation.
Une grande attention est également portée à l’étude des objets mobiliers, explique l’INP dans un communiqué. En particulier, les matériaux céramiques découverts font l’objet d’analyses spécialisées visant à établir une typo-chronologie d’un contexte encore peu documenté dans la littérature scientifique, contribuant ainsi à combler les lacunes de nos connaissances sur la production locale.
L’approche interdisciplinaire du projet s’étend également à l’analyse paléo-environnementale. L’étude des restes botaniques issus des couches de fouilles permettra de reconstituer les habitudes alimentaires et les conditions de vie des communautés locales durant l’Antiquité tardive, offrant une vision plus large du contexte socio-économique de l’époque.
Au-delà de sa dimension scientifique, le projet vise à promouvoir le développement durable du site, grâce à la participation active des acteurs locaux. Dans cette optique, et avec la contribution de chercheurs de l’École nationale d’architecture et d’urbanisme (Enau), des rencontres ont déjà été organisées avec les autorités régionales et les organisations de la société civile afin de définir une vision partagée et participative du développement du site.
Cette initiative s’inscrit dans un cadre plus large de coopération tuniso-italienne dans le secteur culturel, considéré comme un levier stratégique pour le développement territorial et la promotion d’un tourisme durable dans les régions intérieures de la Tunisie, qui ne manquent pas d’attractions culturelles et autres.
Ces dernières années, la région de Gabès, dans le sud-est de la Tunisie, a été au cœur d’importantes mobilisations environnementales liées à la pollution industrielle engendrée par le Groupe chimique tunisien (GCT), actif depuis 1972 dans la production de phosphates et d’engrais. Dans le cadre des efforts pour faire face à cette pollution, l’Italie va financer un projet de réaménagement des plages de Gabès.(Photo: Les plages de Gabès polluées par les rejets de phosphogypse de l’usine chimique).
Lors d’une séance de questions au Parlement, le 27 mars 2026, le ministre de l’Environnement, Habib Abid, a annoncéqu’un «programme intégré» a été élaboré pour Gabès, prévoyant le réaménagement de huit plages. Parmi celles-ci figurent Zarat, qui fait l’objet d’une étude d’impact sur la construction d’un port de pêche et d’une usine de dessalement ; Lamaya, où une zone de baignade sera aménagée ; Aichoun qui sera équipée d’un éclairage solaire ; Ketana qui accueillera une aire de détente.
Le plan prévoit également des travaux à Chenini, avec la stabilisation des dunes sur 1,5 kilomètre et la création d’une zone de baignade d’un kilomètre.
À Metouia, des emplacements de camping seront aménagés, ainsi que le long du front de mer, une zone de baignade de 400 mètres sera créée et des mesures de prévention de l’envasement seront mises en place.
Le ministère de l’Environnement œuvre à l’échelle nationale, a expliqué Abid, pour protéger plus de 380 kilomètres de côtes tunisiennes des dangers de l’érosion, notamment par la mise en place de digues en enrochement. «Nos plages sont exposées aux risques d’érosion et de montée du niveau de la mer», a confirmé le responsable gouvernemental, soulignant qu’«un programme de travail exhaustif a été élaboré pour mettre en œuvre des mesures de prévention et de protection, revoir les procédures d’autorisation des ouvrages temporaires, et remédier aux infractions.
Abid a attribué les retards dans le lancement de certains projets à des «complications administratives qui ont duré environ sept mois au niveau local», précisant que les fonds étaient inscrits dans la loi de finances 2026.
Au total, plus de 60 projets sont prévus à Gabès dans le cadre du plan de développement 2026-2030, qui s’inscrit dans un programme national comprenant plus de 900 interventions d’une valeur totale d’environ 7 milliards de dinars.
Concernant le phénomène d’envasement, le ministre a souligné qu’il s’agit d’un processus naturel dans le sud tunisien, toutefois aggravé par l’activité humaine.
Des initiatives de nettoyage des plages ont été lancées et des études menées en collaboration avec des partenaires italiens.
Enfin, le ministre de l’Environnement a mis en avant une série d’interventions directes déjà en cours, notamment l’enlèvement de plus de 10 mètres cubes de déchets de construction, le nettoyage du cours d’eau de l’Oued Essalem et la surveillance continue de la qualité de l’air, ainsi qu’un projet mis en œuvre avec le Japon pour la réutilisation des eaux usées.
Le gouverneur de Sousse, Sofiane Tanfouri, l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Bill Bazzi, et Faycel Tarifa, directeur général de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), ont présidé, le 27 mars 2026, la cérémonie de mise en service officielle de solutions technologiques américaines d’une valeur de cinq millions de dinars tunisiens. Ces solutions s’inscrivent dans le cadre d’un projet pilote de Smart Grid (réseau intelligent) financé par le gouvernement américain à hauteur de 15 millions de dinars.
Cette initiative, lancée pour la période 2020-2026, témoigne de la solidité du partenariat stratégique entre les deux pays et du rôle de l’innovation technologique américaine dans l’amélioration de la résilience et de la performance des infrastructures critiques, selon un communiqué de l’ambassade des États-Unis à Tunis.
Le projet comprend des études techniques, un transfert de compétences et un perfectionnement professionnel, ainsi que le déploiement de solutions avancées telles que le système Fault Location, Isolation and Service Restoration (Flisr), qui permet une restauration rapide et efficace du service électrique.
Le système est mis en œuvre dans le réseau de distribution d’électricité de la région de Moknine, dans l’ambition d’une collaboration entre la Steg et son partenaire statutaire, avec E3-International, les laboratoires d’ingénierie suisses, et G&W Electric.
L’infrastructure est prise en charge par un réseau de communication privé Lte fourni par Nokia, qui garantit la surveillance en temps réel et une gestion optimisée des opérations.
Au cours de la cérémonie, l’ambassadeur Bazzi a souligné que «ce point important est de démontrer l’impact de la technologie américaine dans le partenariat avec la Tunisie pour moderniser les infrastructures critiques, favoriser une croissance économique réciproque et créer de nouvelles opportunités d’affaires pour l’importance du marché tunisien».
De son côté, Tarifa a indiqué que le projet «s’insère pleinement dans la vision stratégique de la Steg en ce moment pour moderniser le réseau électrique national et accompagner la transition énergétique de la Tunisie à travers la technologie Smart Grid».
Grâce à cette initiative, la Steg cherche à poursuivre la modernisation du réseau électrique national, améliorer la qualité du service et renforcer l’efficacité énergétique du pays.