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Moëz Majed sur les pas de Lorand Gaspar | Le poète et son double

Moëz Majed est poète. Il vient de publier son premier roman. Quoi de plus naturel ? La plupart des poètes s’essayent aussi au roman et vice et versa. C’est toute la magie de l’écriture littéraire qui déplace sans cesse les frontières entre les genres pour en faire des vases communiquant. Et l’art romanesque, on le sait, est le plus ouvert au mélange des genres, au métissage des formes, à l’interférence des styles et au dialogue des idées. Et ce premier roman de Moëz Majed nous en offre une belle illustration.

Ridha Kefi

En effet, le titre, ‘‘Lorand Gaspar vient de mourir’’ (édition Hykeyet, Tunis 2026, 169 pages), annonce la couleur : c’est un roman sinon sur la poésie du moins sur un poète, et pas des moindres, l’un des plus secrets du 20e siècle et qui a marqué des générations de poètes, en France, où il occupe une place de choix parmi ses pairs, mais aussi en Palestine et en Tunisie, où il a aussi vécu et pratiqué la médecine (il était chirurgien) pendant de longues années.

Pour avoir moi-même connu Lorand Gaspar * – il avait publié mes premiers poèmes dans la revue Alif qu’il avait fondée et dirigée aux Editions Cérès à Tunis au début des années 1980 –, pour avoir aussi connu sa compagne, elle-même médecin et poète, Jaqueline Daoud, et son fils aîné – né d’un premier mariage – François Gaspar alias François Abu Salem, fondateur du célèbre théâtre Al Hakawati à Jérusalem… Pour cette raison, à la fois subjective et objective – car je voulais en savoir davantage sur cet homme qui m’a beaucoup marqué, ainsi que ceux de ma génération –, il va sans dire que le titre de ce premier roman de Moëz Majed m’a d’emblée interpellé.

Une quête de soi en l’autre

S’agit-il d’une biographie romancée du célèbre poète qui est resté assez méconnu voire mystérieux, même pour ceux qui l’ont côtoyé de très près ?

La réponse va venir au fil des pages : il est certes question dans ce roman de Lorand Gaspar, mais pas seulement, car le récit de la vie du poète français d’origine hongroise est comme un fil rouge qui relie les différents éléments de la narration et tisse comme un tapis persan avec pleins de lettres, de mots, de personnages, de paysages, d’objets et d’atmosphères qui, mis les uns à côté des autres, tentent de dire ce qu’est l’art poétique, ce que veut dire être poète et comment le devient-on, dans la proximité des êtres, des objets et des mots pour dire les sensations qu’ils nous inspirent.

Le récit de la vie de Lorand Gaspar et l’approche  de son œuvre deviennent, au fils des pages, une sorte de quête spirituelle de l’auteur qui s’interroge sur son propre cheminement dans le sillage de poètes qu’il a connus et qui ont contribué à sa formation littéraire et philosophique. Il y a d’abord son père, bien sûr, Jaâfar Majed, d’un de piliers de la poésie tunisienne de la seconde moitié du 20e siècle, dont il a reçu les premiers enseignements. Il y a ensuite Ali Louati qui, le premier lui a parlé de Lorand Gaspar, Saint-John Perse, René Char ou autres Yves Bonnefoy, le mettant sur la voie d’une écriture poétique libérée des carcans esthétiques dominants, et des nombreux poètes qu’il a rencontrés par la suite aux quatre coins du monde, lors de ses pérégrinations poétiques, de la Turquie à la Colombie, de Kairouan à Paris…

Dans la dédicace qu’il m’a aimablement faite, Moëz Majed a joliment écrit : «Il semble que ce texte soit une quête de soi en l’autre et de l’autre en soi». Tout est dit : ‘‘Lorand Gaspar vient de mourir’’ est une autobiographie déguisée en biographie, le poète tunisien s’identifiant à son aîné franco-hongrois, qu’il avait juste entraperçu, un instant furtif, attablé à un café à Sidi Bu Saïd, au milieu des années 1990, mais pour lequel il gardera une sorte de vénération poétique et spirituelle.

* J’ai aussi traduit en arabe avec son aide des poèmes de son recueil ‘‘Sol absolu’’. Le livre est paru sous le titre de ‘‘Ardh al-motlaq’’ aux éditions Annawras, à Tunis, en 1988, avec des photos en noir et blanc prises par le poète dans le désert de Palestine.

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La question migratoire, facteur de polarisation politique en Tunisie

La présence d’une forte communauté de migrants subsahariens en situation irrégulière dans la plupart des villes côtières en Tunisie commence à susciter des réactions de rejet parmi la population locale. Samedi dernier, 28 mars 2026, des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant le gouvernorat de Tunis pour scander le slogan «La Tunisie aux Tunisiens». Ils réclamaient l’expulsion des migrants subsahariens présents dans le pays et dénonçaient les associations qui les assistent et défendent leurs droits. (Photo : La banderole tenue par des enfants appelle à l’expulsion des migrants subsahariens de tout le territoire tunisien).

Latif Belhedi

La manifestation, qui a été relayée dans de courtes vidéos sur plusieurs plateformes de médias sociaux arabophones, a aussi été organisée pour s’opposer aux programmes de «réinstallation» de ces migrants dont il est de plus en plus question dans certains cercles européens qui cherchent à profiter de la vulnérabilité actuelle du pays pour y implanter des sortes de camps de rétention de migrants irréguliers en attente d’examen de leurs demandes d’asile en Europe.

La mobilisation s’est principalement développée en ligne, sans structure formelle identifiable. Les jours précédents, plusieurs publications Facebook avaient appelé à se rassembler devant le gouvernorat de Tunis avec des slogans et des hashtags tels que «Non à la naturalisation des Africains», «Oui à l’expulsion» et des appels à la «tunisification» du secteur associatif, soupçonné de servir des intérêts de bailleurs de fonds étrangers.

Rejet de toute «réinstallation déguisée» de migrants

Cet événement survient dans un contexte de durcissement du discours public tunisien sur la question migratoire. Le 24 mars, la Tunisie a réaffirmé à Genève son rejet de toute «réinstallation déguisée» de migrants en situation irrégulière, tandis que le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, en visite à Berlin le 25 mars, a réaffirmé la position de la Tunisie en faveur du retour volontaire, de la lutte contre les réseaux criminels et, parallèlement, du renforcement des voies de migration légale vers l’Europe.

D’après les données officielles publiées en mars, plus de 21 000 migrants subsahariens ont bénéficié du programme de retour volontaire ces quatre dernières années, dont 1 262 depuis début 2026, l’objectif affiché étant de 10 000 retours d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, le 25 mars, un nouveau vol charter a ramené 97 migrants en Guinée.

Sur le plan politique, le discours tenu lors de la manifestation de samedi s’inscrit dans le droit fil des déclarations faites par le président Kaïs Saïed en février 2023, à propos d’un «plan criminel» visant à modifier la composition démographique de la Tunisie, assimilant l’immigration irrégulière à une menace pour l’identité et la sécurité du pays. Depuis, la question s’est fermement ancrée dans le débat public et parlementaire. Ces dernières semaines, des propositions visant à durcir le code de la nationalité et à renforcer les mécanismes d’expulsion ont également refait surface, invoquant la protection de la souveraineté nationale et de la paix sociale.

Les manifestants ont ciblé non seulement les migrants, mais aussi le décret législatif n° 88 de 2011 relatif aux associations, dont ils exigent l’abrogation.

La société civile vouée à la vindicte populaire

Ce mouvement est significatif car il intervient dans un contexte de fortes pressions exercées par les autorités sur les organisations de la société civile et les défenseurs des droits humains. Le contraste est d’autant plus frappant que la Tunisie dispose depuis 2018 d’une loi exhaustive contre toutes les formes de discrimination raciale, tandis que plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent depuis longtemps la complicité de militants et d’associations dans un prétendu projet de «grand remplacement», thématique chère aux militants d’extrême droite européens farouchement opposés à l’immigration.

Dans l’ensemble, la manifestation de Tunis, bien que peu nombreuse, a eu une portée politique significative, confirmant que la question migratoire demeure un facteur majeur de polarisation en Tunisie, au carrefour d’une souveraineté mis à mal par des pressions européennes, les exigences de la sécurité intérieure et les appels au respect des droits humains émanant des Ong nationales et internationales.

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Football | L’Espérance demande des arbitres étrangers pour son match contre l’Etoile à Sousse

Dans un communiqué publié ce mardi 31 mars 2026, l’Espérance de Tunis informe ses supporters et la communauté sportive qu’elle a officiellement demandé à la Fédération tunisienne de football, au bureau directeur de l’Étoile du Sahel et à la Direction nationale de l’arbitrage la désignation d’une équipe arbitrale européenne complète pour la rencontre entre les deux équipes, prévue le samedi 4 avril au Stade de Sousse.

L’Espérance soutient donc la demande de l’Étoile auprès de la FTF concernant la désignation d’une équipe arbitrale européenne complète, comprenant à la fois les arbitres de terrain et les arbitres assistants vidéo (VAR).

L’Espérance a également annoncé dans le même communiqué sa volonté de prendre en charge 50 % des frais liés à la venue de cette équipe arbitrale, après que la FTF a informé l’Étoile que le coût de cette venue était estimé à 50 000 dinars tunisiens.

«Cette position s’inscrit dans l’engagement de l’Espérance de Tunis à garantir des matchs disputés dans un climat sportif sain et avec un haut niveau de compétitivité, assurant ainsi l’égalité des chances et servant au mieux les intérêts du football tunisien», lit-on dans le communiqué.

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Sarra Alyani représente l’ingénierie tunisienne en Belgique

Sarra Alyani, chercheuse tunisienne en data intelligence et étudiante ingénieure, a participé au festival [In]Visible, qui s’est tenu du 25 au 27 mars 2026 à La Bibliothèque Royale de Belgique, Bruxelles. Elle prend part au projet «Archives Vivantes» au sein du collectif XR4Heritage. Son travail porte sur la conception de l’IA de l’avatar de Lucia de Brouckère, soutenu par Culture Moves Europe et Wallonie-Bruxelles International.

Alors que la Belgique célèbre la Semaine des Sciences, une collaboration internationale unique a attiré l’attention des médias, notamment de la RTBF. Au centre de cette effervescence technologique : Sarra Alyani, une jeune étudiante ingénieure tunisienne dont l’expertise en intelligence des données a permis une prouesse numérique au sein du festival.

Redonner vie à l’histoire par la Data Intelligence 

Invitée par l’ASBL Les Trois Plumes / XR4Heritage, Sarra Alyani a intégré une équipe de recherche multidisciplinaire (comprenant des experts de la KU Leuven et de la Haute École Lucia de Brouckère) pour relever un défi de taille : concevoir l’intelligence artificielle de l’avatar de Lucia de Brouckère (1904-1982).

Grâce à son travail sur la structuration et l’analyse des données, l’avatar devient un pont interactif entre le passé et le futur, permettant au public de redécouvrir le patrimoine scientifique de manière immersive.

Ce projet, intitulé «Archives vivantes», ne se limite pas à la prouesse technique. Il symbolise une coopération réussie entre la Tunisie et l’Union Européenne.

Soutenue par le programme Culture Moves Europe, Sarra Alyani incarne cette nouvelle génération d’ingénieurs qui mettent l’IA au service de la culture et de la transmission du savoir.

«Participer à cette résidence de recherche à Bruxelles est une reconnaissance de mes compétences fortes en IA et Data Science. C’est une fierté de représenter l’ingénierie tunisienne sur une scène internationale aussi prestigieuse», confie Sarra Alyani.

Le succès de cette initiative repose sur un réseau de partenaires solides tels que Wallonie-Bruxelles International (WBI), l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et Brussels International, tous unis pour promouvoir l’innovation numérique et la diversité des talents.

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Au Salon de la création artisanale du Kram  

Du 27 mars au 5 avril 2026, la 42ᵉ édition du Salon de la création artisanale s’installe au Parc des expositions du Kram à Tunis, fidèle à elle-même. Ouverte de 10h à 19h, elle attire, comme chaque année, une foule dense, parfois lente, parfois pressée, mais toujours présente. On y vient souvent sans trop réfléchir, par habitude, par curiosité, par envie de «faire un tour». Et puis, une fois à l’intérieur, quelque chose opère.

Manel Albouchi

Rien de spectaculaire au premier regard : des stands alignés, des objets exposés, des voix qui se croisent. Et pourtant, une impression de cohérence. On retrouve : des tapis aux motifs connus, presque hérités, de la poterie, du cuivre, du bois travaillé, des vêtements traditionnels revisités, des bijoux qui oscillent entre passé et modernité, des objets de décoration, parfois simples, parfois audacieux et des produits cosmétiques artisanaux : savons, huiles, soins naturels.

Tout cela semble déjà vu. Et c’est précisément ce qui rassure. La foire ne surprend pas ; elle confirme.

Contrairement aux espaces commerciaux modernes, ici, rien ne presse vraiment. On s’arrête. On regarde sans obligation d’acheter. On parle, parfois longtemps, avec des inconnus. Les artisans expliquent, répètent, sourient. Le client écoute, hésite, revient. Dans l’air, circule une lenteur inhabituelle, presque anachronique. Et dans cette lenteur, quelque chose se recompose : une forme de relation simple, sans interface, sans filtre.

Le monde d’avant, dans le monde d’après

On pourrait croire que ce type d’événement appartient au passé. Que le digital a déjà gagné. Et pourtant, la foule est là. Peut-être parce que le numérique, malgré son efficacité, a introduit une fatigue : trop de choix, trop d’images, trop de distance.

Ici, au contraire, le réel impose une limite. On ne peut voir qu’un nombre restreint d’objets. On ne peut parler qu’à une personne à la fois. Cela simplifie. Cela apaise.

Il y a aussi ce phénomène discret : la présence des autres. On observe ce que regardent les gens. On ralentit là où il y a du monde. On accorde plus de valeur à ce qui attire déjà. Personne ne le formule, mais tout le monde y participe. La foule devient un indicateur silencieux. Une sorte de guide implicite.

Et puis, progressivement, autre chose apparaît. C’est souvent à ce moment-là que le visiteur commence à changer de regard. Un objet retient plus longtemps que les autres. Sans raison évidente. Un tissu, une couleur, une forme. Quelque chose insiste. On le prend. On le repose. On y revient. Et là, sans le dire clairement, quelque chose se joue ailleurs que dans l’objet.

Ce que l’on choisit… nous choisit aussi Il serait réducteur de dire que l’on achète un tapis, un bijou ou un savon. Ce que l’on observe, plus discrètement, c’est un phénomène de reconnaissance. Un objet attire parce qu’il correspond à quelque chose de déjà présent : un souvenir diffus, une image de soi, une émotion ancienne, une appartenance silencieuse. L’objet agit comme un révélateur.

L’artisan, témoin plus que vendeur

Face à cela, l’artisan occupe une place particulière. Il parle du produit, bien sûr. Mais il assiste aussi, sans forcément le savoir, à ce moment de bascule. Il voit le regard changer. Il perçoit l’hésitation devenir décision. Son rôle dépasse la vente. Il devient le témoin d’un choix qui le dépasse.

La Foire du Kram ne s’oppose pas au monde moderne. Elle le complète. Elle rappelle simplement que certaines choses ne disparaissent pas : le besoin de voir, le besoin de toucher, le besoin de parler, le besoin de se reconnaître dans ce que l’on choisit. Dans un environnement saturé de virtualité, cette expérience prend une valeur particulière.

Rien n’est immédiatement visible. Tout se dévoile progressivement. D’abord les objets. Puis les échanges. Puis les impressions. Et enfin, quelque chose de plus intime. Ce que l’on vient chercher ici n’est pas toujours clair au départ. Mais cela finit, presque toujours, par apparaître. Doucement. En spirale…

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Nabil Assaf, nouveau représentant de la FAO en Tunisie

Nabil Assaf, coordinateur sous-régional pour l’Afrique du Nord, a remis, hier, lundi 30 mars 2026, à Mohamed Ali Nafti, ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’Étranger, ses lettres de créances l’accréditant en qualité de représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en Tunisie.

À cette occasion, M. Nafti a souligné l’importance de consolider le partenariat stratégique entre la Tunisie et la FAO, en vue de contribuer efficacement à la réalisation de la sécurité alimentaire, rappelant les relations historiques et étroites qui lient les deux parties.

Le ministre a, par ailleurs, salué le rôle de la FAO en tant que partenaire clé dans la promotion de la sécurité alimentaire et la mise en œuvre des Objectifs de Développement durable. Et félicité l’organisation pour l’appui matériel et technique apporté dans la lutte contre le criquet pèlerin au cours de l’année 2025.

Il a également réitéré le soutien de la Tunisie aux initiatives de la FAO pour faire face aux défis croissants auxquels le monde est confronté, notamment le changement climatique, les crises sanitaires, les conflits armés et la rareté des ressources hydriques, qui constituent autant de menaces pour la sécurité alimentaire mondiale.

De son côté, M. Assaf a réaffirmé l’engagement de la FAO à poursuivre son appui aux efforts de l’État tunisien en matière de sécurité alimentaire et de développement durable, saluant la qualité des projets de coopération en cours, qui contribuent à répondre aux défis émergents.

M. Assaf a également mis en exergue l’importance de promouvoir des pratiques agricoles durables, de renforcer la recherche scientifique et le développement, ainsi que de mobiliser l’expertise nationale et internationale disponible, afin d’améliorer l’efficacité des interventions et d’atteindre les objectifs escomptés.

I. B. (communiqué).

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Abdellatif Laâbi | La solitude du poème contre le fracas du Monde

Cinq parties composent ‘‘Un dernier pour la route’’, le dernier recueil d’Abdellatif Laâbi : «Premières gorgées», «J’essaie d’écrire un poème sur Gaza», «Saudade», «Six mois après» et ‘‘Un dernier pour la route’’. Un livre à l’écriture épurée, simple d’accès, sans emphase ni fioriture de langage où le poète va à l’essentiel, pour faire le bilan d’une vie et interroger la poésie, dans le même temps.

Le poète marocain, dont l’œuvre militante n’est pas à prouver, depuis fort longtemps, apparaît ici comme apaisé, avec un brin de légèreté appréciable (noblesse de l’âge exige ?), sans cri ni colère, mais attelé à une célébration des bonheurs qu’il oppose à la mélancolie et aux retors de l’Histoire et de l’actualité. Il y a comme un besoin de retrouver la solitude du désert et sa plénitude contre le fracas du monde et son oppression.

Méditations intérieures, arrêts sur des souvenirs intimes, questionnements, stations dans des voyages comme des repères et des jalons lumineux dans un paysage obscur.

La distance, parfois ironique ou même moqueuse, n’est pas sans gravité, n’est ni détachement ni indifférence mais une volonté de déjouer et rejeter la douleur personnelle ou collective, le poids du monde.

Alléger la parole, s’envoler avec ses vers et fuir des cages de toutes sortes afin de se sentir libre. Il y a comme un défi au poème-discours, à la barrière thématique pour s’émanciper de la docte idéologique. Le poète donne à la parole une voix centrale, l’expression de l’ontologique. N’est-ce la raison d’être du poème et sa vérité ?

Ce livre, aux poèmes à la forme multiple, se lit comme un récit avec confidences inattendues et aveux affirmés qui pourraient surprendre ou contrarier plus d’un parmi les dogmatiques de la poésie.

Tahar Bekri

* ‘‘Un dernier pour la route’’, de Abdellatif Laâbi, Ed. Le Castor Astral, 2026, 130 p. 16E.

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La Tunisie œuvre à réduire l’évaporation de l’eau dans les barrages

Le secrétaire d’État chargé des Ressources hydrauliques au ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Hamadi Habaieb, a déclaré que son département s’efforçait actuellement de réduire l’évaporation de l’eau dans les réserves, expliquant que le changement climatique et la hausse des températures ont entraîné une augmentation des taux d’évaporation de l’eau dans les barrages. (Photo : Sidi Salem, le plus grand barrage de Tunisie, construit sur le cours de la Medjerda, près de Testour, Béja).

Dans une déclaration à Diwan FM, ce lundi 30 mars 2026, en marge de la signature de 14 contrats de programmes de recherche entre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et plusieurs instituts et centres de recherche, M. Habaieb a ajouté que la Tunisie perdait environ un million de mètres cubes d’eau par jour par évaporation durant les mois d’été, en raison de la hausse des températures. Le volume de ces pertes équivaut à la consommation cumulée du Grand Tunis, de Nabeul, du Sahel et de Sfax, soit les régions les plus peuplées, les plus urbanisées et qui consomment la plus grande partie des ressources hydrauliques du pays.

Tout en soulignant que les autorités concernées travaillent à réduire ces pertes, M. Habaieb a indiqué que son département, en collaboration avec celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, mène un programme visant à développer des moyens pour réduire l’évaporation, ajoutant que d’autres programmes de surveillance des niveaux des nappes phréatiques sont mis en œuvre en recourant à des technologies modernes.

Par ailleurs, M. Habaieb s’est voulu rassurant en indiquant que la situation hydrique est meilleure cette année que l’an dernier et que les barrages sont remplis à environ 58 % de leur capacité au jour d’aujourd’hui, et ce grâce aux fortes précipitations enregistrées depuis septembre dernier. Ce qui permet à la Tunisie de souffler momentanément après plusieurs années de sécheresse marquées par le stress hydrique et les protestations des populations dans certaines régions suite aux coupures intempestives d’eau en plein été.

I. B.

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Report du procès de Khayam Turki pour blanchiment d’argent

La Chambre criminelle spécialisée en matière de corruption financière du Tribunal de première instance de Tunis a décidé, ce lundi 30 mars 2026, de reporter le procès de l’activiste politique Khayam Turki au 20 avril pour les plaidoiries finales, a annoncé Diwan FM, citant une source judiciaire.

La Chambre d’accusation spécialisée en matière de corruption financière de la Cour d’appel de Tunis avait précédemment renvoyé Khayam Turki devant la Chambre criminelle spécialisée en matière de corruption financière du Tribunal de première instance de Tunis pour qu’il soit jugé pour des accusations liées à des soupçons de blanchiment d’argent et à divers délits financiers.

Rappelons que Khayam Turki est incarcéré depuis février 2023 et qu’il a déjà été condamné à 35 ans de prison ferme dans le cade de l’affaire dite de complot contre la sûreté de l’Etat dans laquelle ont été condamnés plusieurs autres activistes politiques à diverses peines, dont Kamel Letaief, les frères Nejib et Issam Chebbi, Ridha Belhadj, Ghazi Chaouachi, Chayma Issa, Jawher Mbarek, et bien d’autres, qui continuent de clamer leur innocence et de dénoncer un procès à caractère politique.     

I. B.

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Valorisation du site archéologique de Castilia à Tozeur

Une équipe pluridisciplinaire tuniso-italienne mène actuellement une mission de terrain afin de poursuivre les fouilles commencées en 2017 et d’entreprendre de nouvelles analyses scientifiques dans le site archéologique de Castilia à Tozeur, dans le sud-ouest de la Tunisie.

La coopération scientifique et culturelle entre la Tunisie et l’Italie en matière de protection du patrimoine archéologique se poursuit avec ce projet, lancé dans le cadre d’une collaboration entre l’Institut national du patrimoine (INP) et l’Université de Rome Tor Vergata, qui vise à renforcer la recherche archéologique et à promouvoir la valorisation durable du site.

Les investigations archéologiques se concentrent notamment sur un imposant bâtiment rectangulaire situé à proximité d’une église, divisé en plusieurs pièces disposées autour d’une cour centrale.

Les premiers résultats confirment une stratification complexe, avec différentes phases d’occupation s’étendant du Ve au VIIe siècle après J.-C., et probablement au-delà, offrant de nouveaux éléments pour l’étude de l’Antiquité tardive dans la région.

En parallèle, une équipe de géologues de l’Université de Carthage (Faculté des Sciences de Bizerte) a entrepris l’analyse des matériaux de construction – pierre, mortier et pisé – afin de comprendre les techniques de construction employées et la dynamique d’approvisionnement en ressources locales.

Un autre axe de recherche concerne l’archéologie architecturale, avec une documentation systématique des édifices religieux, appuyée par des relevés laser de haute précision d’un bâtiment remarquable par son excellent état de conservation.

Une grande attention est également portée à l’étude des objets mobiliers, explique l’INP dans un communiqué. En particulier, les matériaux céramiques découverts font l’objet d’analyses spécialisées visant à établir une typo-chronologie d’un contexte encore peu documenté dans la littérature scientifique, contribuant ainsi à combler les lacunes de nos connaissances sur la production locale.

L’approche interdisciplinaire du projet s’étend également à l’analyse paléo-environnementale. L’étude des restes botaniques issus des couches de fouilles permettra de reconstituer les habitudes alimentaires et les conditions de vie des communautés locales durant l’Antiquité tardive, offrant une vision plus large du contexte socio-économique de l’époque.

Au-delà de sa dimension scientifique, le projet vise à promouvoir le développement durable du site, grâce à la participation active des acteurs locaux. Dans cette optique, et avec la contribution de chercheurs de l’École nationale d’architecture et d’urbanisme (Enau), des rencontres ont déjà été organisées avec les autorités régionales et les organisations de la société civile afin de définir une vision partagée et participative du développement du site.

Cette initiative s’inscrit dans un cadre plus large de coopération tuniso-italienne dans le secteur culturel, considéré comme un levier stratégique pour le développement territorial et la promotion d’un tourisme durable dans les régions intérieures de la Tunisie, qui ne manquent pas d’attractions culturelles et autres.

 I. B.

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L’Italie va financer un projet de réaménagement des plages de Gabès

Ces dernières années, la région de Gabès, dans le sud-est de la Tunisie, a été au cœur d’importantes mobilisations environnementales liées à la pollution industrielle engendrée par le Groupe chimique tunisien (GCT), actif depuis 1972 dans la production de phosphates et d’engrais. Dans le cadre des efforts pour faire face à cette pollution, l’Italie va financer un projet de réaménagement des plages de Gabès. (Photo: Les plages de Gabès polluées par les rejets de phosphogypse de l’usine chimique).

Lors d’une séance de questions au Parlement, le 27 mars 2026, le ministre de l’Environnement, Habib Abid, a annoncéqu’un «programme intégré» a été élaboré pour Gabès, prévoyant le réaménagement de huit plages. Parmi celles-ci figurent Zarat, qui fait l’objet d’une étude d’impact sur la construction d’un port de pêche et d’une usine de dessalement ; Lamaya, où une zone de baignade sera aménagée ; Aichoun qui sera équipée d’un éclairage solaire ; Ketana qui accueillera une aire de détente.

Le plan prévoit également des travaux à Chenini, avec la stabilisation des dunes sur 1,5 kilomètre et la création d’une zone de baignade d’un kilomètre.

À Metouia, des emplacements de camping seront aménagés, ainsi que le long du front de mer, une zone de baignade de 400 mètres sera créée et des mesures de prévention de l’envasement seront mises en place.

Le ministère de l’Environnement œuvre à l’échelle nationale, a expliqué Abid, pour protéger plus de 380 kilomètres de côtes tunisiennes des dangers de l’érosion, notamment par la mise en place de digues en enrochement. «Nos plages sont exposées aux risques d’érosion et de montée du niveau de la mer», a confirmé le responsable gouvernemental, soulignant qu’«un programme de travail exhaustif a été élaboré pour mettre en œuvre des mesures de prévention et de protection, revoir les procédures d’autorisation des ouvrages temporaires, et remédier aux infractions.

Abid a attribué les retards dans le lancement de certains projets à des «complications administratives qui ont duré environ sept mois au niveau local», précisant que les fonds étaient inscrits dans la loi de finances 2026.

Au total, plus de 60 projets sont prévus à Gabès dans le cadre du plan de développement 2026-2030, qui s’inscrit dans un programme national comprenant plus de 900 interventions d’une valeur totale d’environ 7 milliards de dinars.

Concernant le phénomène d’envasement, le ministre a souligné qu’il s’agit d’un processus naturel dans le sud tunisien, toutefois aggravé par l’activité humaine.

Des initiatives de nettoyage des plages ont été lancées et des études menées en collaboration avec des partenaires italiens.

Enfin, le ministre de l’Environnement a mis en avant une série d’interventions directes déjà en cours, notamment l’enlèvement de plus de 10 mètres cubes de déchets de construction, le nettoyage du cours d’eau de l’Oued Essalem et la surveillance continue de la qualité de l’air, ainsi qu’un projet mis en œuvre avec le Japon pour la réutilisation des eaux usées.

I. B.

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Technologie américaine pour moderniser le réseau électrique tunisien

Le gouverneur de Sousse, Sofiane Tanfouri, l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, Bill Bazzi, et Faycel Tarifa, directeur général de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg), ont présidé, le 27 mars 2026, la cérémonie de mise en service officielle de solutions technologiques américaines d’une valeur de cinq millions de dinars tunisiens. Ces solutions s’inscrivent dans le cadre d’un projet pilote de Smart Grid (réseau intelligent) financé par le gouvernement américain à hauteur de 15 millions de dinars.

Cette initiative, lancée pour la période 2020-2026, témoigne de la solidité du partenariat stratégique entre les deux pays et du rôle de l’innovation technologique américaine dans l’amélioration de la résilience et de la performance des infrastructures critiques, selon un communiqué de l’ambassade des États-Unis à Tunis.

Le projet comprend des études techniques, un transfert de compétences et un perfectionnement professionnel, ainsi que le déploiement de solutions avancées telles que le système Fault Location, Isolation and Service Restoration (Flisr), qui permet une restauration rapide et efficace du service électrique.

Le système est mis en œuvre dans le réseau de distribution d’électricité de la région de Moknine, dans l’ambition d’une collaboration entre la Steg et son partenaire statutaire, avec E3-International, les laboratoires d’ingénierie suisses, et G&W Electric.

L’infrastructure est prise en charge par un réseau de communication privé Lte fourni par Nokia, qui garantit la surveillance en temps réel et une gestion optimisée des opérations.

Au cours de la cérémonie, l’ambassadeur Bazzi a souligné que «ce point important est de démontrer l’impact de la technologie américaine dans le partenariat avec la Tunisie pour moderniser les infrastructures critiques, favoriser une croissance économique réciproque et créer de nouvelles opportunités d’affaires pour l’importance du marché tunisien».

De son côté, Tarifa a indiqué que le projet «s’insère pleinement dans la vision stratégique de la Steg en ce moment pour moderniser le réseau électrique national et accompagner la transition énergétique de la Tunisie à travers la technologie Smart Grid».

Grâce à cette initiative, la Steg cherche à poursuivre la modernisation du réseau électrique national, améliorer la qualité du service et renforcer l’efficacité énergétique du pays.

I. B.

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Tunisie | Vers une réforme du Code de la nationalité

L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a soumis à la Commission des droits et libertés un projet de loi visant à modifier et compléter certaines dispositions du Code de la nationalité. Parmi les principales nouveautés proposées figure la reconnaissance de la nationalité tunisienne pour les personnes nées sur le territoire de parents apatrides résidant depuis au moins dix ans, ainsi que pour celles nées de parents inconnus.

Ce projet de loi, présenté par 36 députés, ouvre la voie à une révision significative des règles régissant la nationalité et la naturalisation. La proposition est divisée en deux articles. Le premier prévoit l’abrogation des articles 8, 9, 10 et 20 du Code actuel, remplacés par de nouvelles dispositions.

Parmi les principaux changements figure la reconnaissance de la nationalité tunisienne pour les personnes nées sur le territoire de parents apatrides résidant depuis au moins dix ans, ainsi que pour celles nées de parents inconnus, sous réserve d’une vérification ultérieure de la filiation.

De plus, un nouveau-né trouvé sur le territoire national sera considéré comme né en Tunisie jusqu’à preuve du contraire.

Le même article introduit des critères de naturalisation plus stricts : la citoyenneté ne peut être accordée à un étranger que s’il est entré légalement dans le pays et y a résidé sans interruption pendant au moins sept ans avant de déposer sa demande, sous réserve de certaines exceptions prévues par la législation en vigueur.

Le deuxième article porte sur les articles 21 et 38 bis du Code, en y ajoutant un point nouveau. Plus précisément, l’article 21 prévoit la possibilité d’octroyer la nationalité à des étrangers dont la naturalisation représente un atout exceptionnel pour le pays, notamment en présence de compétences de haut niveau dans les secteurs scientifique, technologique, artistique, culturel, sportif ou économique, ou en cas de compétences professionnelles rares ou de contributions significatives à la croissance et à l’emploi. Les modalités seront définies par décret.

Concernant l’article 38 bis, la proposition encadre la perte de la nationalité acquise si la filiation du demandeur est prouvée, ou si l’un ou les deux parents sont entrés illégalement en Tunisie.

Dans l’exposé des motifs, les auteurs soulignent la nécessité d’une mise à jour législative afin d’attirer les talents et les compétences de haut niveau, en introduisant des formes de «naturalisation économique» et des outils de promotion des profils exceptionnels.

Selon les députés signataires, la Tunisie doit s’adapter aux évolutions du contexte régional et international, tout en évitant les conséquences négatives potentielles liées aux phénomènes systémiques émergents. L’octroi de la nationalité, concluent-ils, demeure une prérogative souveraine de l’État.

I. B.  

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L’huile d’olive biologique tunisienne s’exporte bien

La Tunisie est devenue le leader mondial en termes de superficie consacrée à la culture biologique de l’olivier. Selon la Direction générale de l’agriculture biologique du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, citée par Tunis Afrique Presse (Tap), la superficie totale cultivée par cette filière est d’environ 144 000 hectares. Et à la fin 2025, le pays a réussi à accroître ses exportations de produits biologiques, générant des recettes d’environ 574 000 dollars américains.

«La Tunisie a enregistré un record historique d’exportations d’huile d’olive en décembre, janvier et février. […] Ces résultats constituent un succès majeur pour la diplomatie économique tunisienne», a déclaré Samir Abid, ministre du Commerce et du Développement des exportations, soulignant que les exportations mensuelles d’huile ont dépassé les 50 000 tonnes grâce aux efforts concertés des différents acteurs.

Le secteur de l’agriculture biologique, qui couvre une superficie de 235 000 hectares, est devenu un axe stratégique du système agricole national. Il regroupe environ 6 270 acteurs, producteurs, transformateurs et exportateurs, ce qui témoigne du haut niveau d’organisation et de la solidité des chaînes de valeur.

Le développement de systèmes de certification et de contrôle conformes aux normes internationales contribue à faciliter l’accès aux marchés étrangers.

La forte demande mondiale d’huile d’olive, les conditions naturelles favorables à sa culture en Tunisie et la stratégie nationale adoptée pour le développement du secteur à l’horizon 2030, visant à améliorer la gestion et la qualité des produits, permettent à l’État de maintenir un rythme de développement soutenu.

Il convient de noter que la stratégie nationale pour le développement de l’agriculture biologique vise à stimuler et à diversifier l’économie nationale. Elle prévoit notamment le développement de plusieurs activités économiques, dont l’écotourisme et l’artisanat, dans des zones pilotes à Sejnane, Kesra, El Haouaria, Majel Bel Abbes et Hazoua.

I. B.

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«Emergence du Corps» | Rétrospective Habib Chebil à la Maison des Arts

L’exposition rétrospective «Émergence du corps», consacrée à l’artiste plasticien Habib Chebil (1936-2004) se tient du 28 mars au 26 avril 2026 à la Maison des Arts du Belvédère, Tunis. Elle réunit 26 œuvres issues du Fonds national des arts plastiques, présentées par la direction des arts plastiques relevant du ministère des Affaires culturelles, avec la collaboration Théâtre national tunisien.

L’exposition propose une lecture de l’œuvre de Chebil à la croisée de la peinture et du théâtre où le corps s’impose comme un espace de recherche plastique.

Le commissaire de l’exposition, Sami Ben Ameur, plasticien et historien de l’art, ancien élève et proche de l’artiste, décrit Chebil comme «une figure majeure de la modernité tunisienne». «Il ne s’agit pas seulement de montrer des œuvres, mais de restituer un parcours et une présence », confie-t-il à l’agence Tap.

Selon lui, l’influence initiale de Nicolas de Staël – perceptible dans la gestion des masses à travers des œuvres telles que ‘‘Composition bleue’’ ou ‘‘Hommage à un portrait’’ – a constitué un point d’ancrage dont l’artiste s’est progressivement affranchi pour repenser les codes de l’École de Tunis.

Chez Chebil, «le corps se construit par la couleur et la lumière, dans un processus prolongeant le travail scénique», explique Ben Ameur, en évoquant aussi l’expérience théâtrale de l’artiste qui a fondé, en 1978, le Théâtre du Triangle qui lui permit, à travers plusieurs créations, d’explorer une écriture scénique également centrée sur le corps, la lumière et l’espace. Plusieurs figures du théâtre tunisien, dont Kamel Touati, Fathi Haddaoui et Lamine Nahdi, y ont été formées, rappelle-t-il.

Habib Chebil a participé à de nombreuses expositions en Tunisie et à l’étranger et reçu plusieurs distinctions, dont le Premier prix du Festival de la Francophonie à Québec en 1994. Son œuvre se distingue par le croisement entre peinture, théâtre et scénographie, et par une recherche constante sur la relation entre le corps, l’espace et le symbole.

Une rencontre autour de l’artiste, accompagnée de la publication d’un catalogue, est prévue le 26 avril au Théâtre du 4e Art.

Le parcours de Habib Chebil est celui d’un intellectuel accompli. Né à Menzel Bourguiba, près de Bizerte, il se forme aux Écoles des Beaux-Arts de Nice (1956), de Tunis et de Paris. Enseignant dès 1964 à l’École des Beaux-Arts de Tunis ainsi qu’à l’Institut supérieur d’art dramatique (Isad), il développe une approche singulière à la croisée des pratiques plastiques et scéniques.

Présent au vernissage, l’artiste irakien installé en Tunisie Samir Bayati décrit des œuvres «construites dans une économie de moyens, avec une dominante de tons sombres et une tension intérieure constante». Il estime que la dimension théâtrale réside dans l’organisation du corps et de la lumière au sein de l’espace pictural. «Certaines surfaces portent encore les traces des conditions de conservation», dit-il, regrettant l’absence de datation qui complique le suivi chronologique de l’évolution du travail.

D’après Tap.

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La Tunisie doit renégocier les dividendes du gazoduc Transmed

L’Europe se noie dans sa dépendance énergétique et elle se tourne vers l’Algérie qui joue ses cartes avec calme et assurance. La Tunisie, par où transite encore (et peut-être pas pour longtemps, en attendant la mise en place du nouveau gazoduc Galsi qui reliera directement l’Algérie à l’Italie via la Sardaigne) la plus grande partie du gaz algérien vers l’Europe, regarde passer les trains — ou plutôt les molécules de méthane dans les tuyaux— sans toujours mesurer ce que vaut le rail sur lequel elles circulent. (Photo: Tracé du gazoduc Transmed Algérie-Tunisie-Italie).

Moktar Lamari *

L’Europe a froid et a besoin de se chauffer. Pas métaphoriquement — enfin, si, un peu — mais surtout énergétiquement. Depuis que la guerre impérialiste lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a transformé le détroit d’Ormuz en bouchon géopolitique géant, bloquant 20 % de l’approvisionnement mondial en GNL qatari, le Vieux Continent court dans tous les sens, carnet de chèques à la main, à la recherche de gaz. Tous les moyens sont bons, même les plus vilains.

Et pendant ce temps, Washington observe la scène avec un sourire de vendeur de voitures d’occasion : achetez américain ou vous perdrez notre accès «favorable» au GNL.

Ce n’est pas une métaphore. C’est ce qu’a littéralement déclaré l’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne cette semaine, exhortant Bruxelles à ratifier«rapidement» un accord commercial avec Washington sous peine de se voir couper l’herbe sous le pied énergétique.
Christophe Grudler, député européen centriste, a eu le bon réflexe de qualifier cela de «chantage inacceptable». Il a raison. Mais les chantages inacceptables, quand on a froid et que les factures d’électricité explosent, finissent souvent par être acceptés.

L’Italie court à Alger, l’Espagne supplie, la Tunisie dort

Face à cette panique organisée, les Européens ont redécouvert une évidence que la géographie leur rappelle depuis des siècles : l’Algérie est là, elle a du gaz, et elle est stable. Giorgia Meloni s’est précipitée à Alger cette semaine. Le ministre espagnol des Affaires étrangères l’a suivie le lendemain — sans détour, sans diplomatie de façade, à corps et à cris, comme un locataire en retard de loyer qui frappe à la porte de son bailleur. Le président algérien Tebboune, magnanime, a confirmé que son pays resterait un «partenaire stratégique et fiable.»

Les chiffres donnent le vertige : les exportations algériennes vers l’Italie ont dépassé les 23 milliards de mètres cubes par an en 2022, 2023 et 2024, représentant plus d’un tiers de la consommation annuelle italienne.

L’Algérie est ainsi devenue, depuis l’invasion russe de l’Ukraine, le premier fournisseur de gaz de l’Italie — détrônant Moscou avec le sourire.

Et tout ce gaz — ou presque — passe par un tuyau qui traverse un pays dont on parle peu dans ce grand théâtre énergétique : la Tunisie.

La Tunisie, percepteur discret qui sous-facture ses services

Le gazoduc Transmed, artère vitale de l’énergie européenne, relie l’Algérie à l’Italie en traversant le territoire et les eaux tunisiennes. En échange de ce transit, la Tunisie perçoit des droits en nature : une redevance calculée en volume de gaz, estimée historiquement à environ 5,25 % des volumes transportés, soit plusieurs centaines de millions de mètres cubes par an.

À titre indicatif, sur 23 milliards de mètres cubes annuels, cela représente plus de 1,2 milliard de mètres cubes de gaz — une manne considérable pour un pays qui importe plus de 60% de son énergie et dont la facture énergétique pèse lourd dans une balance commerciale déjà sous tension.

C’est bien. Ce n’est pas suffisant. Et voilà le cœur du problème.

Ce que la Tunisie devrait faire — et ne fait pas encore

La Tunisie est dans la position enviable d’un propriétaire de foncier que tout le monde veut traverser. Sauf qu’elle se comporte encore trop souvent comme un simple gardien de tuyau, alors qu’elle pourrait être un acteur stratégique à part entière. Voici, pédagogiquement, ce que la logique commande :

Premièrement, renégocier le tarif de transit. Dans un contexte où le gaz algérien vaut de l’or sur les marchés européens et où aucune alternative crédible ne peut le remplacer à court terme, la Tunisie dispose d’un levier de négociation inédit. Un relèvement même modeste du taux de redevance — de 5,25 % à 7 ou 8 % — représenterait des revenus supplémentaires considérables, sans que personne ne puisse raisonnablement s’y opposer.

Deuxièmement, valoriser le gaz perçu en nature. Plutôt que de simplement consommer ce gaz dans le mix énergétique national — ce qui est certes utile — la Tunisie pourrait envisager d’en revendre une partie sur les marchés spot européens, aux prix actuels particulièrement élevés. Un arbitrage intelligent qui transformerait une rente passive en revenus actifs.

Troisièmement, se positionner comme hub régional. La Tunisie dispose d’une position géographique unique entre l’Afrique et l’Europe. Développer des capacités de stockage, d’interconnexion et de regazéification lui permettrait de passer du statut de couloir à celui de carrefour — avec tout ce que cela implique en termes d’investissements, d’emplois et d’influence diplomatique.

Quatrièmement, jouer sa carte de stabilité. Dans un Maghreb traversé de tensions, la Tunisie reste un interlocuteur prévisible. C’est une valeur rare — et monnayable. Rome, Madrid, Bruxelles ont besoin de garanties : la Tunisie peut les offrir, à condition de le faire avec méthode et ambition.

Ne pas laisser les autres écrire le contrat

L’Europe se noie dans sa dépendance énergétique et les États-Unis lui tendent une corde — payante, bien sûr. L’Algérie joue ses cartes avec calme et assurance. La Tunisie, elle, regarde passer les trains — ou plutôt les molécules de méthane — sans toujours mesurer ce que vaut le rail sur lequel elles circulent.

L’histoire énergétique mondiale est en train de se réécrire. Ce serait dommage d’en être le décor plutôt que l’auteur. La passerelle plutôt la plateforme…

* Economiste universitaire.

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‘‘Le 13e Round » | La vie comme un combat de boxe

Mohamed Ali Nahdi frappe fort avec ‘‘Le 13e Round’’. Ici, la boxe n’est pas un sport : c’est un miroir des combats silencieux que chacun peut mener. Un drame intime, universel et profondément humain. Il raconte le courage dans les moments les plus sombres.

Djamal Guettala

Acteur et réalisateur tunisien, présent dans plus de 30 films et séries, Nahdi transforme une scène banale en cinéma puissant. Dans un hôpital, une mère attend des heures avec son enfant malade dans les bras. Ce moment devient le point de départ d’une histoire universelle.

Le film suit Kamel et Samia. Leur fils est gravement malade. La peur, l’incertitude, la fatigue et les limites du système de santé pèsent sur eux. Chaque geste compte. Chaque décision est cruciale. Pour Kamel, ancien boxeur, le combat ne se déroule plus sur un ring : il se joue dans l’intimité, face à l’invisible adversaire qu’est la maladie.

Nahdi capte la vie dans ses détails : une main qui rassure, un regard inquiet, un souffle retenu. Il montre la résilience d’une famille prête à tout pour protéger l’enfant. Le spectateur ressent l’urgence, la tension et l’émotion à chaque scène.

Si l’histoire se situe en Tunisie, elle parle à tous. ‘‘Le 13e Round’’ explore l’amour parental, la fragilité de la vie et la dignité humaine face à l’adversité. C’est un récit universel sur le courage dans les moments les plus sombres.

«Mohamed Ali Nahdi nous met K.-O.»

La presse a été unanime. «Un chef-d’œuvre» (CultureTunisie), «Un drame déchirant» (DMovies), «Touché le cœur du Festival du Caire» (Tariq Albahhar, Albilad Press). Mosaïque FM conclut : «Mohamed Ali Nahdi nous met K.-O.».

Les critiques soulignent la justesse et l’intensité d’un film où l’émotion prime sur le spectaculaire.

‘‘Le 13e Round’’ s’inscrit aussi dans un engagement concret. Réalisé en partenariat avec l’Association tunisienne des malades du cancer (AMC), il sensibilise à la maladie infantile et met en lumière l’accompagnement des enfants malades. Le cinéma devient ici un outil de conscience et de solidarité.

Le film, dont la sortie est prévue le 29 avril 2026, s’annonce comme un choc émotionnel. Il rappelle que certains combats ne se livrent pas dans un ring. Ils se jouent dans le silence des salles d’attente, avec pour seule arme l’amour et la détermination. Nahdi signe un drame intime, universel et profondément humain.

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Tahar Bekri | De l’errance et la sérénité

D’un bout à l’autre du dernier recueil de Tahar Bekri, ‘‘Le battement des années’’, le lecteur est invité à suivre, pas à pas, une sorte de déambulation à travers un Paris transformé par l’imagination créatrice du poète en un lieu correspondant parfaitement à son état d’âme. Cette promenade est loin d’être celle d’un touriste à la recherche du pittoresque. Les lieux parisiens sont plutôt transfigurés par le regard d’un poète en quête du plus profond de lui-même, dans un espace intime, dans lequel il fut contraint de passer une grande partie de sa vie, d’une part et d’autre, ces mêmes lieux renferment tant de mystère, ne cessent de l’interpeller.

Moncef Machta *

Il s’agit donc d’une poésie de l’errance qui rappelle cet accent lyrique dans le vers de Guillaume Apollinaire, extrait de ‘‘La chanson du mal-aimé’’ :

«J’erre à travers mon beau Paris sans avoir le cœur d’y mourir».

Cette errance semble n’avoir aucune motivation particulière, à part celle mobilisée par l’état d’âme du poète qui éprouve un profond sentiment de mal-être, d’être, en quelque sorte, dans l’entrave, dans l’impossibilité de prendre son élan, de revenir sur les mêmes lieux, les mêmes rues, les mêmes monuments :

«D’une rue à l’autre

 L’errance jamais souveraine »

Nous découvrions les mêmes lieux

Les mêmes devantures les mêmes portes »

Nous déambulions».

Le poète est comme empêché dans son mouvement, se compare aux péniches qui longent la Seine, fixées au bord, enchainées à l’ancre :

«Les péniches qui vont et viennent

Les cordes qui nous enchainent à l’ancre ».

Les lieux de la déambulation sont nommés, les uns après les autres, tantôt ils ont une consonance particulière ; «Rue Gît-le-Cœur », «Rue Saint-André des arts», tantôt, ils font référence à des artistes, comme Picasso et son atelier. Les lieux se réfèrent aussi à l’Histoire, au nom ancien de la capitale : «A Lutèce». Le passé surgit du fin fond de l’Histoire.

D’autres lieux se référent à des personnages historiques ; comme Voltaire, Bonaparte ou à des poètes comme Apollinaire, Victor Hugo, Verlaine ou Baudelaire, Sartre et Simone de Beauvoir, Rimbaud, le poète aux semelles de vent. A travers cette errance, le poète met ses pas dans les leurs, va sur leur trace dans les lieux qu’ils avaient fréquentés.

Au hasard de la déambulation, il va à la rencontrer du marchand de châles de Russie, et c’est l’occasion de s’évader vers les terres lointaines, les paysages du Nord, cela, à la simple vue d’objets sur les étals :

«Poils de chèvres cachemire de laine

Petrouchka chapka gants

Et peaux de rennes  

D’étal en étal

Nous abolissions les frontières»

Cette écriture représente les différents visages du poète. Le poème se veut à la fois, une traversée dans le besoin de rejoindre l’autre et dans le même temps, un pont qui permet de rejoindre l’autre rive. Le poète est, de ce fait, tantôt celui qui agit, tantôt, celui qui regarde agir. Il est aussi bien celui qui se laisse porter par les flots, que celui qui tient le gouvernail. Il est celui qui se définit par son caractère aérien qui lui permet de maintenir la tête hors de l’eau que celui qui renonce à poursuivre sa route, de peur d’être englouti par les flots.

La peur de ne plus se retrouver

A travers cette errance, le poète nous révèle la crainte de perdre ses repères jusqu’à ne plus se reconnaître, ni reconnaître le monde qui l’entoure. C’est la peur de ne plus être en mesure de reconnaître les choses les plus familières. Cette difficulté se traduit par la récurrence de tous les termes en rapport à une certaine difficulté à retrouver les repères, voire, les nommer : «nommer les arbres sans les reconnaître». Récurrence des termes en rapport à la mémoire et à l’amnésie : «Marcher sur l’oubli», titre d’un autre recueil.

Il se produit ainsi une véritable course éperdue à la recherche du mot juste, à même de traduire, de définir avec exactitude les sensations qu’il éprouve. D’où cet inventaire de mots qui expriment ce dont on est incapable d’exprimer :

«Mots qui tombent

Comme des pétales dans la rue»

La quête d’un paradis perdu

Mais le poète se rend compte qu’en définitive, tous les mots qu’il recherche ne font que converger vers ce qui est susceptible de fonder son être, à savoir, le pays natal. Et là, ce sont les retrouvailles heureuses avec Gabès, la ville qui l’a fait naître. Evocation de son enfance et des palmiers de son grand-père : «Je te retrouve». Un îlot, un havre, un espace de quiétude, plein de sensations susceptibles de mobiliser tous ses sens. Chaleur et lumière du couchant, paix, silence, frémissement des arbres, odeur de henné. De là, des envolées lyriques s’adressant aux éléments comme s’ils étaient des êtres vivants : «De quelle mélancolie es-tu faite, terre ?», «Je reviens te voir, jardin».

Le désir de retrouvaille avec le pays natal est associé à la douleur ressentie devant les atteintes portées par l’homme à la nature. Il semble trembler devant les dégâts subis par la palmeraie, dus à la pollution causée par l’industrie chimique.

L’évocation, d’une part, de moments de bonheur marqués par «l’allégresse juvénile» et d’autre, de moments plus douloureux marqués par la maladie de la mère : «Mère souffrante et douleur retenue». Il y a comme une jonction dans la douleur, la souffrance :

«Voici la mer qui vomit ses algues

Tant de sables alourdis d’huile gluante»

Ce qu’il souhaite, par contre, c’est de retrouver sa terre natale par les étés brûlants, la mer «sans algues gluantes, sans soufre, sans fumées» noires ou jaunes.

Le battement des années

En définitive, toute cette quête se trouve constamment travaillée par le rythme des années qui passent, dont les résonances se font au plus profond de soi. Les «battements des années» sont associés au rythme du cœur, «vibrant de mille mélancolies», où la liberté est toujours présente. Ils rappellent les battements d’ailes d’un oiseau, à la recherche d’un envol qui déploie une grande sérénité, une ouverture sur le monde.

Le recueil est une poésie qui invite à la contemplation, qui résiste au fracas du monde, appelle à la dimension solaire, empreinte de clarté, laissant de côté ce qui a trait au brouillard et à la confusion. C’est une poésie où la mélancolie et l’écriture de l’exil opposent à la tourmente, un besoin de paix verlainienne, qui n’est pas loin de rappeler ses vers :

«Le ciel est par-dessus le toit

Si bleu si calme».

* Universitaire

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Les Tunisiens attirés par les opportunités d’emploi en Allemagne

Le salon de l’emploi Corp Village, organisé par le Centre d’orientation et de reconversion professionnelle (Corp) de la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-allemande (AHK), tenu le 28 mars 2026, à Tunis, a connu un vif succès. Etaient présentes, plus de 40 entreprises recruteuses dans les secteurs IT, industrie, BTP, service client, etc. On a enregistré près de 17 000 inscrits et plus de 2 000 participants. C’est dire l’intérêt qu’accorde les jeunes tunisiens pour le travail à l’étranger et notamment en Allemagne.  

Le directeur exécutif de l’AHK Tunisie, Jörn Bousselmi, a confirmé à Mosaique FM que l’événement avait permis de mener environ 200 entretiens d’embauche directs, dans le but d’offrir aux jeunes de réelles opportunités professionnelles pouvant déboucher sur un contrat de travail. Il a souligné que ce type d’initiative repose sur le principe du bénéfice mutuel et ne se limite pas au simple placement de travailleurs qualifiés à l’étranger.

Tout en soulignant que l’expertise tunisienne est hautement reconnue, en particulier dans les domaines techniques, et en insistant sur l’importance de la maîtrise des langues, notamment de l’allemand, pour les petites et moyennes entreprises (PME), Jörn Boussalmi a expliqué que le salon réunit des institutions de divers secteurs, notamment le transport, la mécanique, l’électronique, la numérisation, ainsi que l’intelligence artificielle. Il met également en exergue des entreprises allemandes et tunisiennes désireuses de se développer à l’international.

De son côté, Kamel Ben Hamida, ingénieur résidant en Allemagne et représentant de l’association Tuniplus, a déclaré que l’association œuvre pour soutenir les jeunes Tunisiens souhaitant travailler en Allemagne en leur offrant gratuitement conseils et accompagnement.

Ce soutien comprend la présentation des opportunités disponibles, la préparation des candidatures, l’obtention des équivalences de diplômes et l’aide à l’intégration dans la société allemande et sur le marché du travail.

Il a souligné que Tuniplus, fondée en 2021, a accompagné plus de 350 jeunes hommes et femmes et aidé nombre d’entre eux à décrocher des contrats de travail, notamment dans des secteurs porteurs comme les transports, en tant que conducteurs de bus et de camions.

Il a également mis en avant le fait que l’Allemagne offre aujourd’hui des perspectives plus larges qu’auparavant, grâce à des procédures simplifiées et à un élargissement des domaines de recrutement couvrant de multiples spécialisations.

De plus, il est désormais possible de travailler ou de chercher un emploi même sans diplôme d’études supérieures, à condition de démontrer ses compétences professionnelles et sa maîtrise de l’allemand.

Ben Hamida a insisté sur le fait que le bénévolat et le développement des compétences personnelles sont essentiels pour améliorer les taux d’insertion, soulignant que la réussite des jeunes Tunisiens à l’étranger repose avant tout sur leur initiative individuelle, soutenue par des réseaux de mentorat et d’entraide en Tunisie comme en Allemagne.

I B.

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