Wissem Ben Amor : « La BCT protège ses réserves, les PME paient de leur survie »
La récente circulaire de la Banque centrale de Tunisie (BCT) fragilise davantage des PME déjà à bout de souffle. Cette circulaire interdit aux banques de financer en devises les importations de produits jugés non nécessaires ; de ce fait, les PME n’ont qu’à compter sur leurs fonds propres. Le président de l’Union des petites et moyennes industries (UPMI), Wissem Ben Amor, dresse un état des lieux alarmant : accès au crédit verrouillé, pratiques informelles en expansion, export paralysé par les impayés et pression croissante sur les réserves en devises. Une crise aux ramifications mondiales, mais dont les entreprises tunisiennes paient le prix au quotidien.
Dans une déclaration à l’Economiste Maghrébin, le président de l’UPMI place d’emblée la circulaire de la Banque centrale au cœur du problème. Il indique que les PME souffrent depuis longtemps de difficultés de financement, et que cette nouvelle mesure aggrave une situation déjà critique. Wissem Ben Amor souligne que les banques, loin d’assouplir leurs conditions d’accès au crédit, les ont au contraire durcies, rendant le financement de l’exploitation courante de plus en plus inaccessible pour les petites et moyennes entreprises. Il précise que certaines PME ne parviennent même plus aujourd’hui à obtenir de simples crédits de trésorerie ou des lignes de caisse auprès de leurs établissements bancaires, ce qui compromet directement leur capacité à fonctionner au quotidien.
Le responsable patronal pointe une contradiction structurelle majeure : les banques sont prioritairement mobilisées pour financer l’État, avec pour objectif de maintenir la liquidité publique et de préserver le lien social, ce qui assèche d’autant les ressources disponibles pour le secteur privé. Dans ce contexte, les entreprises se retrouvent reléguées en bout de chaîne, privées des financements nécessaires non seulement à leur développement, mais à leur survie même. Il ajoute qu’en fin de compte, les sociétés ne vendent plus à profit : privées de revenus suffisants, beaucoup se retrouvent en très grande difficulté.
Le chèque de report, symptôme d’un circuit bancaire défaillant
Face au verrouillage du crédit bancaire classique, Wissem Ben Amor observe que des pratiques alternatives se sont largement répandues dans le tissu économique. Il cite notamment le recours généralisé au chèque de report avant son interdiction, qui, bien que dépourvu d’un cadre légal strict, est devenu un instrument du quotidien permettant une certaine flexibilité dans les relations commerciales entre entreprises. Le président de l’UPMI reconnaît que cette pratique, si elle offre une bouffée d’oxygène à court terme, n’en demeure pas moins une source de risques sérieux et un motif de préoccupation profonde pour les industriels.
Il pointe également le comportement des grands industriels eux-mêmes, qui ne s’acquittent pas rapidement de leurs règlements envers leurs fournisseurs et sous-traitants, aggravant ainsi les tensions de trésorerie en cascade tout au long de la chaîne de valeur. Le responsable patronal souligne que cette accumulation de délais de paiement entre acteurs économiques fragilise l’ensemble de l’écosystème industriel, des grandes entreprises jusqu’aux plus petites structures.
L’export paralysé, les devises sous pression
Le président de l’UPMI place la question des réserves en devises au centre de son analyse. Il explique que la Tunisie se trouve dans l’obligation absolue de préserver ses avoirs en devises, et que c’est précisément cette contrainte qui justifie les restrictions imposées aux importations. Wissem Ben Amor est explicite sur ce point : sans recettes suffisantes en devises générées par les exportations, il est tout simplement impossible d’autoriser davantage d’importations. L’équation est donc directe : pas d’export, pas de devises, pas d’import.
Or, l’exportation reste elle-même un parcours semé d’embûches. Le responsable patronal rappelle que l’accès aux marchés extérieurs demeure difficile pour les entreprises tunisiennes, et que les exportateurs se heurtent encore à de nombreux problèmes de paiement : certains ne sont tout simplement pas réglés par leurs clients étrangers, ou rencontrent des blocages en fin de chaîne de règlement, ce qui fragilise davantage une trésorerie déjà mise à rude épreuve sur le marché intérieur.
Une crise tunisienne aux contours mondiaux
Sans minimiser la gravité de la situation, Wissem Ben Amor tient à replacer la crise dans son contexte international. Il estime que les difficultés auxquelles font face les entreprises tunisiennes ne sont pas l’apanage de la Tunisie seule, mais s’inscrivent dans une problématique mondiale à laquelle de nombreux pays sont confrontés. Le responsable patronal souligne néanmoins avec fermeté que cette réalité globale n’atténue en rien l’urgence de la situation pour les PME tunisiennes, dont la fragilité financière structurelle appelle des réponses concrètes, rapides et adaptées.
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