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Tunisie – L’illusion du calme : quand les chiffres rassurent plus qu’ils ne guérissent

À première vue, les indicateurs monétaires et financiers arrêtés au 27 mars 2026 offrent un tableau presque apaisé de la conjoncture tunisienne. Les soldes s’améliorent, les réserves en devises se renforcent, les taux se stabilisent. L’économie semble respirer. Mais cette respiration est-elle le signe d’une guérison ou simplement celui d’une économie maintenue sous assistance, dans un équilibre précaire ? Car derrière la mécanique apparente des chiffres se cache une réalité plus complexe : celle d’un système financier qui s’ajuste, sans pour autant se transformer en profondeur. Une économie qui tient, mais qui peine encore à se réinventer.

 

Le redressement du solde du compte courant du Trésor, à 2 235,9 MDT, constitue indéniablement l’un des signaux les plus positifs de cette photographie conjoncturelle. L’amélioration est nette, aussi bien en variation journalière qu’en glissement annuel. Elle traduit un effort de gestion plus rigoureux, probablement soutenu par une meilleure mobilisation des recettes et un pilotage plus fin des dépenses.

Mais cette amélioration, pour significative qu’elle soit, ne doit pas masquer la réalité structurelle des finances publiques tunisiennes. Le Trésor continue de fonctionner dans une logique de flux tendus, dépendant étroitement des ressources de court terme et de l’appui du système bancaire. Ce que révèlent ces chiffres, ce n’est pas une transformation du modèle budgétaire, mais plutôt une optimisation conjoncturelle de ses marges de manœuvre. Une respiration, certes, mais encore loin d’un rééquilibrage durable.

 

Banques et liquidité : une dépendance qui persiste

Le système bancaire, quant à lui, affiche une amélioration relative de sa liquidité, avec un solde du compte courant ordinaire en hausse à 391,7 MDT. Ce mouvement est renforcé par une augmentation du volume global du refinancement, qui atteint 11 683,9 MDT. Mais cette apparente détente doit être interprétée avec prudence. En réalité, elle confirme surtout la dépendance persistante des banques tunisiennes à la liquidité fournie par la Banque centrale. Le refinancement reste le pilier invisible du système bancaire, révélant une intermédiation encore fragile et peu autonome.

La baisse annuelle du volume de refinancement, de plus de 3 milliards de dinars, est certes un signal encourageant. Elle suggère un début de normalisation. Mais elle s’accompagne d’une tension latente, visible dans le recours accru à la facilité permanente de prêt à 24 heures, qui bondit en variation journalière. Le marché interbancaire lui-même illustre cette dualité : actif mais instable, dynamique mais fragmenté. La liquidité circule, mais elle circule avec précaution.

 

Le dilemme monétaire : soutenir sans relâcher, freiner sans casser

Dans ce contexte, la Banque centrale évolue sur une ligne de crête particulièrement étroite. Le maintien du taux directeur à 7 %, combiné à un taux du marché monétaire à 6,99 %, traduit une volonté claire de stabilisation. La baisse de 50 points de base sur un an marque une inflexion prudente, presque timide, vers un assouplissement monétaire.

Mais cette orientation reste contrainte. L’inflation, bien que moins explosive, n’est pas totalement maîtrisée. Le dinar demeure vulnérable. Et l’environnement international impose une discipline monétaire accrue. Ainsi, la Banque centrale ne peut ni relâcher significativement sa politique, au risque de raviver les tensions inflationnistes et de fragiliser la monnaie, ni durcir davantage les conditions financières, au risque d’asphyxier une économie déjà affaiblie. Ce dilemme est au cœur de la conjoncture actuelle : comment soutenir une économie fragile sans compromettre sa stabilité ?

 

L’économie du cash : symptôme d’un mal plus profond

L’augmentation spectaculaire des billets et monnaies en circulation, qui atteignent 28 448 MDT sur un an, constitue un indicateur souvent sous-estimé, mais fondamental.

Elle révèle une réalité persistante : la domination du cash dans les échanges économiques tunisiens. Une domination qui traduit à la fois la défiance envers le système bancaire, l’ampleur de l’économie informelle et l’incertitude des agents économiques. Dans un tel contexte, la politique monétaire perd en efficacité. Les canaux de transmission traditionnels – crédit, taux d’intérêt, intermédiation bancaire – se trouvent partiellement contournés. Autrement dit, une partie significative de l’économie échappe aux instruments classiques de régulation. Et tant que cette dualité persistera, les marges de manœuvre des autorités resteront limitées.

 

Le front extérieur : une accalmie précieuse mais fragile

C’est sans doute du côté des équilibres extérieurs que les signaux les plus encourageants apparaissent. Les avoirs nets en devises atteignent 25 112,9 MDT, soit l’équivalent de 106 jours d’importation. Cette amélioration renforce la capacité du pays à faire face à ses engagements extérieurs et réduit les risques immédiats de crise de balance des paiements.

Cette dynamique repose largement sur deux moteurs essentiels : les recettes touristiques, en progression à 1 310 MDT, et les revenus du travail à l’étranger, qui atteignent 1 930,1 MDT. Ces flux constituent de véritables amortisseurs macroéconomiques.

Mais cette accalmie reste fragile. Elle dépend de facteurs externes – conjoncture internationale, stabilité géopolitique, attractivité touristique — sur lesquels la Tunisie a peu de prise. Par ailleurs, le service de la dette extérieure, bien qu’en baisse annuelle, demeure élevé et continue de peser sur les réserves. La question de la soutenabilité de la dette reste donc entière.

 

Le dinar : entre répit tactique et fragilité structurelle

Le comportement du dinar reflète parfaitement cette situation intermédiaire. Face au dollar, la monnaie tunisienne montre des signes de résistance, avec une légère appréciation annuelle. Cette évolution est favorable, notamment dans un contexte de pressions sur les prix de l’énergie.

Mais face à l’euro, partenaire commercial majeur, le dinar s’inscrit dans une trajectoire plus fragile. Cette dépréciation relative renchérit le coût des importations et alimente les tensions inflationnistes. Ces mouvements traduisent une réalité structurelle : le dinar reste une monnaie sensible, fortement exposée aux déséquilibres internes et aux chocs externes.

 

Une dette domestique en mutation silencieuse

L’évolution des bons du Trésor révèle une transformation stratégique importante. La chute spectaculaire de l’encours des bons à court terme, conjuguée à une forte hausse des bons assimilables, traduit une volonté de réallonger la maturité de la dette. Une stratégie rationnelle, visant à réduire les risques de refinancement immédiats.

Mais cette mutation n’est pas sans coût. Elle implique une charge d’intérêt potentiellement plus élevée et renforce la dépendance de l’État vis-à-vis du système bancaire domestique. Ce basculement silencieux redessine les équilibres financiers internes, tout en posant la question de la capacité du marché à absorber durablement cette dette.

 

L’ombre du contexte international : une contrainte permanente

La Tunisie évolue dans un environnement mondial incertain, marqué par une croissance molle, des tensions géopolitiques persistantes et des politiques monétaires encore restrictives. Les grandes économies avancées hésitent entre désinflation et ralentissement. Les flux de capitaux se font plus sélectifs. Les coûts de financement restent élevés.

Dans ce contexte, les marges de manœuvre des économies émergentes se réduisent. L’accès au financement extérieur devient plus complexe, plus coûteux, plus conditionné. Pour la Tunisie, cela signifie une dépendance accrue aux ressources internes et une nécessité urgente de restaurer la confiance des investisseurs.

 

À court terme : une stabilisation sous surveillance

À horizon immédiat, la situation apparaît relativement stabilisée. Les indicateurs monétaires sont maîtrisés, les réserves en devises confortables, les taux contenus. Mais cette stabilité reste conditionnelle. Elle repose sur un équilibre délicat, susceptible d’être remis en cause par le moindre choc externe ou interne. La vigilance s’impose donc. Plus que jamais.

 

À moyen terme : l’impératif de transformation

Au-delà de la conjoncture, la véritable question est celle du modèle économique. La Tunisie peut-elle continuer à fonctionner avec une économie duale, une forte dépendance au refinancement, un poids élevé de l’informel et une croissance atone ?

La réponse est clairement non. Les indicateurs actuels offrent une fenêtre d’opportunité. Mais sans réformes structurelles — fiscales, financières, productives — cette accalmie restera temporaire. Il ne s’agit plus seulement de stabiliser, mais de transformer.

 

In fine, entre répit et responsabilité

Les données du 27 mars 2026 racontent une histoire subtile : celle d’une économie qui tient, mais qui hésite encore à changer. La Tunisie bénéficie aujourd’hui d’un répit. Mais ce répit n’est pas une victoire. Il est une responsabilité. Car dans les équilibres fragiles se cachent souvent les urgences les plus profondes. Et dans les périodes d’accalmie se jouent, parfois, les décisions les plus décisives.

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Références :

(1) Sources principales consultées pour le contexte international : World Bank MENAAP (27/03/2026), données prix Brent / marché pétrolier (27/03/2026), minutes Fed / prises de position récentes, analyses Reuters sur la réaction des marchés aux tensions régionales. (Banque Mondiale)

(2) (*) https://www.bct.gov.tn/bct/siteprod/indicateurs.jsp

(**) https://www.ins.tn/

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG).

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Capital humain : la Tunisie n°1 en Afrique

EnseignementLongtemps réduite à ses fragilités économiques, la Tunisie demeure pourtant l’un des rares pays africains à pouvoir revendiquer une véritable puissance éducative. Derrière les clichés, les chiffres révèlent un leadership discret mais solide en matière de capital humain, fruit d’une histoire millénaire, de choix politiques structurants et d’un attachement profond au savoir. De Carthage à l’université moderne, ce texte rappelle pourquoi l’éducation reste, pour la Tunisie, le plus sûr des investissements stratégiques.

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FISCALITE : Régime forfaitaire, 38,9 % des contribuables pour seulement 0,5 % des recettes fiscales

Régime ForfaitaireTunis, 20 décembre – Le régime forfaitaire illustre les déséquilibres du système fiscal tunisien. Bien qu’il regroupe 38,9 % des contribuables, sa contribution aux recettes fiscales n’a pas dépassé 0,5 % au cours des cinq dernières années. Ce constat figure dans un rapport récent de l’Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES), intitulé « Vers un système fiscal équitable, incitatif et résilient, au service de la vision 2035 ».

Déséquilibres d’équité horizontale et verticale

Selon l’ITES, l’analyse du système fiscal tunisien met en évidence des déséquilibres à la fois horizontaux et verticaux. Sur le plan horizontal, la coexistence de nombreux régimes préférentiels a généré des distorsions importantes. Une étude menée en 2022 par le Centre de Recherches et d’Études Sociales (CRES) a recensé 347 mesures dérogatoires au droit fiscal commun. Ces dispositifs auraient entraîné un manque à gagner estimé à 2,8 % du PIB, bénéficiant principalement aux secteurs exportateurs et aux zones de développement régional, sans évaluation systématique de leur efficacité économique.

L’équité verticale apparaît également fragilisée. D’après les calculs de l’Institut National de la Statistique (INS) pour 2023, les ménages appartenant au décile le plus pauvre supportent un taux d’imposition effectif de 18,2 %, contre 16,7 % pour le décile le plus riche. Cette situation a motivé la réforme du barème de l’impôt sur le revenu introduite par la loi de finances 2025, avec un taux marginal porté à 40 % et un réaménagement des paliers de l’IRPP.

Un cadre fiscal complexe et instable

L’ITES souligne aussi la complexité du cadre fiscal. Plus de 1 000 mesures ont été introduites dans la législation en moins de 14 ans. Cette instabilité normative alimente une incertitude juridique jugée défavorable à l’investissement et accroît les coûts de conformité pour les entreprises.

Un rendement inférieur aux standards internationaux

Le rendement global du système fiscal tunisien reste en deçà des références internationales. En 2023, le ratio des recettes fiscales au PIB s’est établi à 25,2 %, contre 33,9 % en moyenne dans les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). L’ITES évalue le « Tax Gap » à environ 4,2 % du PIB, soit près de 5,2 milliards de dinars.

Les axes d’une réforme structurelle

Pour l’Institut, une réforme fiscale structurelle s’impose. Elle devrait s’appuyer sur la digitalisation intégrale de l’administration fiscale, l’introduction d’une fiscalité verte alignée sur les Objectifs de développement durable, le renforcement de l’équité et de l’inclusion sociale, ainsi que l’adaptation aux standards internationaux et aux règles anti-évasion.

Une telle réforme permettrait d’augmenter les recettes fiscales de 3 à 4 points de PIB à l’horizon 2035, soit 4 à 5 milliards de dinars de ressources annuelles supplémentaires. Elle s’inscrirait dans le cadre de la Vision Tunisie 2035, fondée sur la gouvernance, la compétitivité économique, le développement humain et la durabilité environnementale.

Chiffres Clés

  • 38,9 % des contribuables : Les forfaitaires constituent une part importante des assujettis. Leur contribution reste cependant marginale. Cela interroge l’équité du régime.
  • 347 mesures dérogatoires : Elles réduisent l’assiette fiscale. Leur efficacité économique n’est pas systématiquement évaluée. Leur coût est estimé à 2,8 % du PIB.
  • Tax Gap de 4,2 % du PIB : Cet écart révèle des inefficiences structurelles. Il représente environ 5,2 milliards de dinars. Sa réduction constitue un levier majeur de réforme.

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Budget 2026 : Les députés doutent de la relance annoncée

La séance plénière conjointe des deux chambres du Parlement a repris, jeudi matin, au Palais du Bardo, pour poursuivre l’examen du projet de budget de l’État et de la loi de finances 2026, en présence de plusieurs membres du gouvernement.

Des promesses jugées sans fondement sans investissement réel

Au fil des débats, de nombreux députés ont exprimé leur scepticisme face aux projections économiques présentées par l’exécutif, estimant que les chiffres avancés « restent de simples slogans tant que l’investissement demeure absent des priorités budgétaires ».

Ils ont rappelé que les réformes structurelles promises — notamment celles relatives à la loi sur les changes, à l’aménagement du territoire ou encore à l’investissement — « ne pourront se concrétiser sans l’application effective des mesures prévues dans le budget 2025 », rapporte l’agence TAP.

Une large partie des interventions a porté sur la crise du secteur agricole, plusieurs députés appelant à replacer les petits agriculteurs au centre des politiques économiques.

Ils ont déploré que ces derniers n’aient toujours pas bénéficié des crédits promis, citant notamment la baisse des exportations d’huile d’olive, jadis fleuron de l’économie nationale.

Les élus ont plaidé pour une modernisation du matériel agricole et l’octroi de facilités de financement afin de redynamiser ce secteur vital.

Un fossé persistant entre chiffres macroéconomiques et réalité sociale

Sur le plan social, plusieurs députés ont souligné que les citoyens ne perçoivent aucune amélioration tangible dans leur vie quotidienne, malgré les indicateurs économiques positifs avancés par le gouvernement.

Ils ont pointé du doigt l’érosion du pouvoir d’achat et l’absence d’impact concret des politiques budgétaires sur les conditions de vie.

D’autres élus ont insisté sur la faible part du budget allouée aux régions de l’intérieur, estimée à seulement 29,9%. Un chiffre jugé incompatible avec les objectifs de développement équilibré et de justice territoriale.

Croissance à 3,3% : une prévision jugée irréaliste

Les parlementaires ont appelé à une révision profonde des priorités budgétaires afin de renforcer l’investissement public dans ces zones à forte précarité.

Enfin, plusieurs députés ont mis en doute la faisabilité du taux de croissance prévu à 3,3%, relevant que plus de 90 % des ressources budgétaires proviennent des recettes fiscales.

Selon eux, une telle structure ne peut soutenir une relance économique durable sans investissements productifs et réformes structurelles effectives.

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