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Loi de finances 2026 : l’indispensable plan B face au choc de la guerre

Alors que la guerre redistribue les cartes de l’économie mondiale, des économistes tirent la sonnette d’alarme : la loi de finances 2026, bâtie sur des hypothèses désormais obsolètes, ne résistera pas au choc pétrolier sans un ajustement courageux. Entre explosion de la facture énergétique, menace sur les récoltes et marges budgétaires quasi inexistantes, ils plaident pour une hausse des prix des carburants – économiquement nécessaire, soulignent-ils, et moralement justifiable.

Pour comprendre la nouvelle donne, L’Économiste maghrébin a sondé un panel d’économistes qui, dès le départ, ont été catégoriques sur un point : la loi de finances 2026 a été élaborée dans un contexte radicalement différent de celui que traverse aujourd’hui le pays. « Le conflit en cours a engendré un choc pétrolier et énergétique d’une ampleur que personne n’avait anticipée lors de l’élaboration du texte budgétaire », ont-ils tenu à expliquer. Mais au-delà de l’énergie, ils rappellent qu’environ un tiers du commerce maritime mondial d’engrais transite par le détroit d’Ormuz. Autrement dit, « les prochaines récoltes s’annoncent donc sous de mauvais auspices, avec des pénuries d’intrants agricoles qui feront inévitablement flamber les cours des céréales et des produits agricoles ». Face à cette équation inédite, ils estiment qu’un ajustement budgétaire ne relève plus de l’option mais de l’urgence.

Sur le plan chiffré, les économistes interrogés livrent un diagnostic on ne peut plus sévère. Le baril de pétrole tourne désormais autour de 108-110 dollars, alors que la loi de finances tablait sur une hypothèse de 63 dollars. Or, chaque dollar supplémentaire sur le baril de pétrole représenterait environ 160 millions de dinars de surcharge pour les finances publiques. L’impact global sur la facture énergétique est estimé à au moins 2 milliards de dollars – dans le meilleur des cas -, ce qui équivaut aux recettes touristiques annuelles du pays. Et encore, à condition que le secteur du tourisme lui-même ne soit pas plombé par la crise, ce qui est loin d’être garanti, l’Europe constituant notre principal marché émetteur, s’inquiètent-ils.

 

« L’impact global sur la facture énergétique est estimé à au moins 2 milliards de dollars – dans le meilleur des cas -, ce qui équivaut aux recettes touristiques annuelles du pays ».

 

Près de 9 milliards de dinars de subvention

Les marges de manœuvre pour absorber ce choc sont, selon eux, extrêmement limitées. Les subventions aux carburants représentent à elles seules le 1/5e du total des subventions de l’État, soit de l’ordre de 8 à 9 milliards de dinars. Toute surcharge supplémentaire sans ajustement se traduirait mécaniquement par une compression des importations : moins de produits alimentaires de première nécessité, moins de matières premières, moins d’équipements. C’est in fine l’investissement et l’ensemble de l’activité productive qui en subiraient les conséquences.

Dans ce contexte, nos interlocuteurs plaident ouvertement pour une hausse des prix des carburants à la pompe. Ils reconnaissent cependant la sensibilité politique de la mesure, d’autant que les ménages sortent d’un mois de Ramadan qui a déjà fortement sollicité leur budget. Mais ils soutiennent qu’il n’existe aucune justification sérieuse pour s’y soustraire davantage.

D’ailleurs, ils soulignent qu’une fenêtre d’opportunité existait depuis longtemps pour procéder à cet ajustement – et qu’elle n’a pas été saisie. Partout dans le monde, y compris dans les pays producteurs, des mesures ont été prises : aux États-Unis, le prix du gallon a bondi de près de 30 % ; en Europe, aucun pays n’a été épargné et tous ont réagi. Ne rien faire, avertissent-ils, c’est s’exposer à une croissance nulle, voire à une récession l’année prochaine – le scénario qu’ils redoutent par-dessus tout.

« Partout dans le monde, des mesures ont été prises : aux États-Unis, le prix du gallon a bondi de près de 30 %. Idem en Europe… Ne rien faire, c’est s’exposer à une croissance nulle, voire à une récession l’année prochaine ».

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