Lese-Ansicht

Es gibt neue verfügbare Artikel. Klicken Sie, um die Seite zu aktualisieren.

Guerre d’Iran | Un moment de bascule ?

Si l’actualité internationale se renouvelle habituellement sous nos yeux de façon constante, nous ne pouvons ignorer que, tout au long de ce mois de mars 2026, avec la guerre américano-israélienne contre l’Iran, nous avons vu le monde vivre un processus de changement non négligeable dont l’Histoire se souviendra, qu’elle analysera dans sa complexité et ses multiples implications, et dont certaines commencent à apparaître.

Jamila Ben Mustapha *

Si encore, au cours des dernières décennies, les États-Unis avaient combattu des régimes de pays du Sud lors de confrontations ayant abouti à leur écrasement ou à leur affaiblissement – citons principalement l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie –, force est de constater que le conflit actuel qui les oppose à l’Iran, sous l’impulsion de leur allié Israël, n’obéit pas du tout à ce schéma, jusque-là du moins, l’Histoire étant imprévisible.

Pourtant, le président des États-Unis Donald Trump, continuant sur sa lancée depuis l’agression du Venezuela, pensait qu’il allait réaliser, contre l’Iran, une opération aussi rapide et réussie : une décapitation de la classe politique par l’assassinat de ses membres, suivie d’une mainmise immédiate sur ses richesses et son pétrole.

Comment, à ce propos, a-t-il pu ignorer la spécificité de l’Iran parmi les pays dit émergents ? Seule son arrogance a pu lui faire faire cette énorme bévue : s’enfoncer dans une confrontation où ses attaques sont systématiquement suivies de répliques de la part du pays agressé, répliques qui nous permettent d’apprécier la grandeur et le sens de la dignité de l’ancien empire perse et qui ont, sur nous, pays du Sud, après la mise à genoux de beaucoup de pays musulmans, ces dernières décennies, le plus grand des bienfaits.

Plus encore, voilà qu’il prétend qu’il y a des pourparlers entre son pays et l’Iran, paroles immédiatement démenties par ce dernier qui n’a pas oublié les promesses antérieures de négociation avec les États-Unis, promesses trahies et non tenues.

Manque de rationalité et faux calculs

Cette fierté de l’Iran intervient comme un baume pour nous tous, habitants des pays du Sud ; car rien n’exerce plus un effet thérapeutique que le sentiment de l’honneur, le sens de la dignité chez un pays qui appartient à votre aire culturelle si malmenée dans l’histoire récente par la colonisation – aire composée majoritairement de pays soumis et dépendants, même quand ils sont riches comme les pays du Golfe –, et auquel vous pouvez alors vous identifier.

Et puis, quel simplisme de croire que cet État qui existe depuis des millénaires allait s’écrouler très vite comme un château de cartes !

Ce qu’on est en train d’observer, actuellement, c’est une inversion de situation : le manque de rationalité, le faux pronostic, la nécessité de faire des concessions – par une proposition de cessez-le-feu – se trouvent du côté du pays fort ; et, de façon exceptionnelle, l’intelligence, le sens de la stratégie et la subtilité appartiennent au pays plus faible.

Le retour à la loi de la jungle

Autre constatation qu’on ne peut faire qu’avec effroi : cet affrontement consacre le retour affiché des pays dits civilisés à l’état de nature et à la loi de la jungle, sans s’embarrasser de prétextes. Des décennies de volonté de tenir compte du droit international ont été balayées d’un coup avec les agissements de Donald Trump, l’homme qui prétendait ne pas aimer les guerres et qui aspirait au Prix Nobel de la paix !

On est en droit de se demander à ce propos, pourquoi, en société, un homme qui en tue un autre est immédiatement jugé et condamné, contrairement au président d’un État fort qui ordonne des meurtres en toute impunité en voulant détruire un pays qui se trouve à des milliers de kilomètres du sien.

Quant à Israël, comment peut-il prétendre survivre dans un milieu qu’il écrase férocement, éveillant en lui une haine infinie, la dernière manifestation de cette hubris, de cette démesure, étant l’avancée de façon déclarée et au vu de tous, au mépris de toute règle, dans la terre du pays voisin, le Liban, sous prétexte d’établir un «tampon de sécurité» ?

Un individu ou une nation ne peuvent survivre que dans un contexte, un environnement bienveillant ou, du moins, neutre. Quel avenir durable pour soi peut rapporter la volonté inhumaine d’anéantissement du voisin qu’on veut sciemment faire plier par des méthodes qui ne sont pas sans rappeler celles que le peuple juif a lui-même subis ?

Admirons encore le comportement du peuple iranien qui, même s’il s’oppose majoritairement au régime des mollahs, n’a pas voulu profiter de son agression pour se révolter comme l’espérait l’Occident, car il sait que les bombes projetées de l’extérieur n’ont jamais libéré un pays du régime dont il souffre, et qu’il faut successivement se débarrasser de l’agression étrangère d’abord, puis s’attaquer ensuite soi-même à ce  régime impopulaire : ce sont les b.a.-ba de l’Histoire que les pays qu’on pensait détenir le monopole de l’intelligence n’ont pas vu par mépris de l’autre, mépris qui a nui à  leur sens de la rationalité.  

* Ecrivaine.

L’article Guerre d’Iran | Un moment de bascule ? est apparu en premier sur Kapitalis.

❌