La guerre en Iran va impacter négativement à la fois les recrutements, les salaires et les pensions de retraite, aussi bien dans le secteur public que privé, notamment en Tunisie, estime Hafedh Laamouri, professeur de droit du travail, dans une intervention, ce vendredi 27 mars 2026, dans l’émission ‘‘Ahla Sbeh’’ sur Mosaique FM.
«La Tunisie n’a pas augmenté le prix des carburants contrairement à d’autres pays. Ces hausses sont supportées par le budget des subventions depuis 26 jours», a-t-il expliqué. «Or, chaque augmentation d’un dollar du prix du baril de pétrole entraîne un coût de 150 millions de dinars pour le budget, ce qui signifie que le coût de la hausse du cours du pétrole dépasse actuellement 500 millions de dinars en moins d’un mois», a-t-il ajouté, sachant que la Tunisie importe plus de 60% de ses besoins énergétiques.
Hafedh Laamouri fait part, ainsi, quoique de manière indirecte et à demi-mot, de son étonnement face au manque de réactivité du gouvernement face à la flambée des cours du pétrole dans le monde, lequel est vendu aujourd’hui 109 dollars le baril, alors que la loi de finances tunisienne pour l’année en cours tablait sur un cours moyen d’environ 65 dollars.
M. Laamouri a aussi révélé que le déficit du budget 2026 dépasse celui des années précédentes, car il s’agit d’un budget à forte dimension sociale, et toute mesure sociale engendre un coût pour l’État.
Malgré ces cumuls de coûts pour le budget de l’Etat ou en raison de ces cumuls qui vont être difficilement supportés par la trésorerie publique, le juriste a insisté sur la nécessité de fixer un taux d’augmentation annuel des salaires sur trois ans, tout en tenant compte de la situation économique nationale et internationale.
Enfin, il a estimé que l’augmentation des salaires pourrait entrer en vigueur à partir du 1er mai, à l’occasion de la fête du Travail, avec effet rétroactif à partir de janvier 2026, tout en rappelant que l’augmentation du salaire minimum garanti (Smig) aura un impact important sur les ressources des caisses sociales, qui sont elle aussi en crise depuis plusieurs années.
La Tunisie fait face actuellement à une crise du lait, marquée par la stagnation des prix de production, le coût élevé de l’alimentation animale et la diminution du cheptel. Ce qui n’est pas sans conséquences économiques et sociales pour le pays, qui fait face à de graves problèmes de financement de ses importations.
Parmi les conséquences de cette situation : la pénurie de beurre qui refait surface. Dans de nombreuses régions du pays, supermarchés et commerces de détail affichent des rayons vides, tandis que le gouvernement tente d’endiguer la crise en distribuant des quantités exceptionnelles, qui restent insuffisantes.
La situation reste marquée par des tensions sur l’approvisionnement, que les acteurs du secteur associent directement à la crise plus générale de la filière laitière.
Pour une révision du prix à la production
Selon Ali Klabi, vice-président de la Chambre nationale du lait et des produits laitiers, relevant de l’Utica, la centrale patronale, la disparition du beurre des magasins est liée au déclin structurel de la production laitière et, surtout, à la baisse de la teneur en matières grasses du lait.
À l’origine du problème, explique M. Klabi, se trouve le déséquilibre entre les coûts de production et les prix du lait à la production, qui sont restés inchangés depuis novembre 2022.
La pression sur les marges a contraint de nombreux éleveurs à réduire leurs dépenses en alimentation animale, ce qui impacte directement la qualité du lait et, par conséquent, la disponibilité de la crème nécessaire à la production de beurre. M. Klabi réclame une révision du prix à la production, avec une augmentation progressive de 300 millimes.
Cette crise s’inscrit dans un contexte de détérioration plus générale du secteur.
Le ministre de l’Agriculture, Ezzedine Ben Cheikh, a indiqué fin novembre 2025 que la Tunisie avait perdu environ 20 % de son cheptel bovin, attribuant ce déclin à des sécheresses successives, à des pénuries d’eau et à la hausse des prix mondiaux des aliments pour animaux.
Sur le plan structurel, l’Office de l’élevage et des pâturages (OEP) indique que le secteur de l’élevage bovin emploie environ 112 000 éleveurs, confirmant ainsi son importance socio-économique.
La souveraineté alimentaire remise en question
Des signes de contraction sont apparus également au niveau régional. Dans la région de Mahdia, l’un des principaux centres de production laitière, les ventes de beurre ont chuté de 3 à 4 tonnes par jour en 2020 et 2021 à environ 2 tonnes par jour cette année.
Parallèlement, la production laitière dans les régions du Sahel et du Centre-Est a diminué de 35 % ces quatre ou cinq dernières années, selon le Centre laitier de Mahdia.
À court terme, le ministère du Commerce a annoncé la mise sur le marché de quantités supplémentaires de beurre et de farine afin d’apaiser les tensions sur le marché apparues lors des fêtes de l’Aïd El-Fitr.
Toutefois, sans ajustements plus profonds des prix à la production et du coût de l’élevage, cette pénurie risque de rester le symptôme d’une crise plus générale de la souveraineté alimentaire, avec des répercussions possibles sur d’autres produits laitiers.
Dans le cadre de la commémoration du 70ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Tunisie, une rencontre intitulée «Témoignage et hommage aux artisans de la liberté et du mouvement national» sera organisée le dimanche 29 mars 2026 à la Librairie Al Kitab Mutuelleville, à Tunis, afin de rappeler le rôle joué par plusieurs figures marquantes de la lutte anticoloniale.
Originalité de cette initiative : ce sont les enfants de militants et de leaders du mouvement national qui prendront la parole. À travers leurs témoignages, ils reviendront sur les parcours de leurs parents, évoquant les années de mobilisation politique, les périodes de clandestinité, d’emprisonnement ou d’exil qui ont jalonné la lutte pour la liberté.
Ces hommes et ces femmes provenaient d’horizons politiques variés et ont milité au sein d’organisations différentes — qu’il s’agisse du Néo-Destour, du mouvement syndical ou encore du courant communiste. Malgré cette diversité d’engagements et parfois de visions, tous partageaient une même ambition : mettre fin au protectorat et permettre à la Tunisie d’accéder à la souveraineté nationale.
La rencontre permettra également de revenir sur l’itinéraire de plusieurs grandes figures du mouvement national. Parmi elles, Habib Bourguiba, fondateur du Néo-Destour et acteur central de la lutte politique contre le protectorat français. Dès les années 1930, il s’impose comme l’un des principaux dirigeants du mouvement national et joue un rôle déterminant dans le processus qui mènera à l’indépendance de 1956.
Le syndicaliste Farhat Hached, fondateur de l’UGTT, sera également évoqué pour le rôle majeur qu’il a joué dans la mobilisation des travailleurs contre la domination coloniale avant son assassinat en 1952. Le parcours du médecin et dirigeant nationaliste Mahmoud El Materi, cofondateur du Néo-Destour, sera rappelé pour sa contribution à l’organisation politique du mouvement national.
La rencontre évoquera aussi l’engagement de Bahi Ladgham, militant destourien impliqué dans les démarches politiques qui ont accompagné les dernières étapes de la lutte pour l’indépendance.
D’autres figures seront également mises à l’honneur, comme Slimane Ben Slimane, médecin et militant engagé contre le système colonial, Ahmed Ben Miled, acteur actif du mouvement national, ainsi que Ali Jrad, secrétaire général du Parti communiste tunisien avant l’indépendance.
Une attention particulière sera également portée à Ahmed Tlili, figure importante du syndicalisme tunisien, ayant contribué à la mobilisation des travailleurs dans le contexte de la lutte pour l’indépendance.
La contribution des femmes à la lutte nationale sera également rappelée à travers la figure de Bchira Ben Mrad, pionnière du mouvement féministe tunisien.
Au-delà de la commémoration, cette rencontre ambitionne de proposer une autre manière de revisiter la mémoire nationale, en rupture avec une histoire officielle parfois réductrice, afin de rendre justice à toutes les figures du combat pour la liberté et l’indépendance.
Comar Assurances a rendu public le communiqué suivant reproduisant la liste des romans d’auteurs tunisiens reçus, à ce jour, par le comité d’organisation des Prix littéraires Comar d’Or (voir ci-dessous) et qui sont au nombre de 12 en arabe et de 15 en français.
Rappelons que la proclamation des lauréats de cette 30e édition de ces prestigieux prix littéraires, très attendue par les romanciers, les éditeurs et les passionnés du livre, et particulièrement du roman, auront lieu lors d’une cérémonie festive, le 23 mai 2026.
La liste ci-dessous est préliminaire et susceptible d’être complétée dans les prochains jours. Aussi, les auteurs et les éditeurs désirant participer au concours devraient-ils contacter Comar Assurances, à son siège à Tunis, afin de remplir la fiche d’inscription et de déposer 7 exemplaires de leurs romans au plus tard le 3 avril 2026.
Sont concernés par ces prix les romans auteurs écrits par des auteurs de nationalité tunisienne et publiés en Tunisie ou à l’étranger durant la période du 1er avril 2025 et le 31 mars 2026.
Si l’actualité internationale se renouvelle habituellement sous nos yeux de façon constante, nous ne pouvons ignorer que, tout au long de ce mois de mars 2026, avec la guerre américano-israélienne contre l’Iran, nous avons vu le monde vivre un processus de changement non négligeable dont l’Histoire se souviendra, qu’elle analysera dans sa complexité et ses multiples implications, et dont certaines commencent à apparaître.
Jamila Ben Mustapha *
Si encore, au cours des dernières décennies, les États-Unis avaient combattu des régimes de pays du Sud lors de confrontations ayant abouti à leur écrasement ou à leur affaiblissement – citons principalement l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Syrie –, force est de constater que le conflit actuel qui les oppose à l’Iran, sous l’impulsion de leur allié Israël, n’obéit pas du tout à ce schéma, jusque-là du moins, l’Histoire étant imprévisible.
Pourtant, le président des États-Unis Donald Trump, continuant sur sa lancée depuis l’agression du Venezuela, pensait qu’il allait réaliser, contre l’Iran, une opération aussi rapide et réussie : une décapitation de la classe politique par l’assassinat de ses membres, suivie d’une mainmise immédiate sur ses richesses et son pétrole.
Comment, à ce propos, a-t-il pu ignorer la spécificité de l’Iran parmi les pays dit émergents ? Seule son arrogance a pu lui faire faire cette énorme bévue : s’enfoncer dans une confrontation où ses attaques sont systématiquement suivies de répliques de la part du pays agressé, répliques qui nous permettent d’apprécier la grandeur et le sens de la dignité de l’ancien empire perse et qui ont, sur nous, pays du Sud, après la mise à genoux de beaucoup de pays musulmans, ces dernières décennies, le plus grand des bienfaits.
Plus encore, voilà qu’il prétend qu’il y a des pourparlers entre son pays et l’Iran, paroles immédiatement démenties par ce dernier qui n’a pas oublié les promesses antérieures de négociation avec les États-Unis, promesses trahies et non tenues.
Manque de rationalité et faux calculs
Cette fierté de l’Iran intervient comme un baume pour nous tous, habitants des pays du Sud ; car rien n’exerce plus un effet thérapeutique que le sentiment de l’honneur, le sens de la dignité chez un pays qui appartient à votre aire culturelle si malmenée dans l’histoire récente par la colonisation – aire composée majoritairement de pays soumis et dépendants, même quand ils sont riches comme les pays du Golfe –, et auquel vous pouvez alors vous identifier.
Et puis, quel simplisme de croire que cet État qui existe depuis des millénaires allait s’écrouler très vite comme un château de cartes !
Ce qu’on est en train d’observer, actuellement, c’est une inversion de situation : le manque de rationalité, le faux pronostic, la nécessité de faire des concessions – par une proposition de cessez-le-feu – se trouvent du côté du pays fort ; et, de façon exceptionnelle, l’intelligence, le sens de la stratégie et la subtilité appartiennent au pays plus faible.
Le retour à la loi de la jungle
Autre constatation qu’on ne peut faire qu’avec effroi : cet affrontement consacre le retour affiché des pays dits civilisés à l’état de nature et à la loi de la jungle, sans s’embarrasser de prétextes. Des décennies de volonté de tenir compte du droit international ont été balayées d’un coup avec les agissements de Donald Trump, l’homme qui prétendait ne pas aimer les guerres et qui aspirait au Prix Nobel de la paix !
On est en droit de se demander à ce propos, pourquoi, en société, un homme qui en tue un autre est immédiatement jugé et condamné, contrairement au président d’un État fort qui ordonne des meurtres en toute impunité en voulant détruire un pays qui se trouve à des milliers de kilomètres du sien.
Quant à Israël, comment peut-il prétendre survivre dans un milieu qu’il écrase férocement, éveillant en lui une haine infinie, la dernière manifestation de cette hubris, de cette démesure, étant l’avancée de façon déclarée et au vu de tous, au mépris de toute règle, dans la terre du pays voisin, le Liban, sous prétexte d’établir un «tampon de sécurité» ?
Un individu ou une nation ne peuvent survivre que dans un contexte, un environnement bienveillant ou, du moins, neutre. Quel avenir durable pour soi peut rapporter la volonté inhumaine d’anéantissement du voisin qu’on veut sciemment faire plier par des méthodes qui ne sont pas sans rappeler celles que le peuple juif a lui-même subis ?
Admirons encore le comportement du peuple iranien qui, même s’il s’oppose majoritairement au régime des mollahs, n’a pas voulu profiter de son agression pour se révolter comme l’espérait l’Occident, car il sait que les bombes projetées de l’extérieur n’ont jamais libéré un pays du régime dont il souffre, et qu’il faut successivement se débarrasser de l’agression étrangère d’abord, puis s’attaquer ensuite soi-même à ce régime impopulaire : ce sont les b.a.-ba de l’Histoire que les pays qu’on pensait détenir le monopole de l’intelligence n’ont pas vu par mépris de l’autre, mépris qui a nui à leur sens de la rationalité.
Frida Dahmani, correspondante du magazine parisien Jeune Afrique à Tunis de 2007 à 2026, nous quittés le 25 mars 2026, à l’âge de 68 ans. Elle était la nièce d’un autre grand journaliste, Abdelaziz Dahmani. Ce dernier, qui avait aussi travaillé pour le même magazine dans les années 1970-80, a écrit dans un post Facebook : «Au-delà de la parenté, Frida est une femme de très hautes qualités morales, courageuse, ayant foi en la justice sur terre».(Photo : Frida Dahmani interviewant Beji Caïd Essebsi pour Jeune Afrique).
«Elle était Tunis», à écrit, de son côté, Marwane Ben Yahmed, actuel directeur de Jeune Afrique, en titre de l’hommage posthume qu’il a consacré à Frida Dahmani.
«Pendant près de vingt ans, cette journaliste d’exception a raconté la Tunisie de l’intérieur, avec une acuité, une fidélité et une humanité rares», a-t-il ajouté, en louant ses qualités humaines et professionnelles, et en soulignant son exigence, sa rigueur et sa loyauté, mais aussi sa sincérité et sa drôlerie.
En cette douloureuse circonstance, toute l’équipe de Kapitalis, et particulièrement son directeur, Ridha Kefi, qui a connu de près la défunte, avant qu’elle ne lui succède comme correspondante de Jeune Afrique à Tunis, présente ses plus sincères condoléances à la famille Dahmani ainsi qu’à tous les Tunisiennes et les Tunisiens auxquels elle manquera aussi beaucoup.
Abbas Araghchi, 63 ans, était connu de longue date dans les cercles diplomatiques occidentaux comme le principal négociateur résistant aux pressions visant à imposer des limites strictes au programme nucléaire iranien. Désormais, alors que la plupart des dirigeants iraniens ont disparu ou ont été tués, il est devenu la voix la plus en vue d’un régime qui refuse de céder à la campagne militaire américano-israélienne. Diplomate de carrière, Araghchi est décrit comme un homme jovial mais avec une face sombre et comme un redoutable négociateur qui mélange le miel et fiel.
Imed Bahri
Après les frappes qui ont décimé une grande partie des dirigeants iraniens, le chef de la diplomatie iranienne est devenu la voix influente d’un régime qui adopte une position de défi, affirme Laurence Norman dans le Wall Street Journal.
Lundi 22 mars, le président américain a affirmé que son administration avait entamé des pourparlers avec l’Iran et que Washington reporterait de cinq jours sa menace, lancée samedi soir, de frapper des centrales électriques iraniennes.
Cependant, les médias d’État iraniens ont rapporté lundi que le ministère des Affaires étrangères démentait toute discussion directe avec Washington. Même si la République islamique ne ferme pas la porte à de probables négociations, elle demeure très prudente et méfiante à l’égard d’une administration Trump qui l’a déjà trahie à deux reprises en pleines négociations en juin 2025 et en février 2026.
Araghchi, fidèle du régime depuis de nombreuses années, a publiquement refusé de dialoguer avec les États-Unis lors d’une récente interview accordée à CBS News. Dans une série d’interviews télévisées et de publications sur les réseaux sociaux, il dépeint l’Iran comme une victime déterminée, pleinement capable de répondre à ce qu’il qualifie d’agression israélienne et américaine injustifiée.
Ces derniers jours, Araghchi a menacé d’intensifier le conflit si Israël continue de cibler les infrastructures énergétiques iraniennes. «Tolérance zéro si nos infrastructures sont visées», a-t-il déclaré vendredi sur la plateforme X. La veille, il avait affirmé : «Notre riposte à l’attaque israélienne contre nos infrastructures n’a mobilisé qu’une fraction de notre puissance».
Ambitieux, il vise la présidence
Sa notoriété actuelle pourrait lui permettre de jouer un rôle plus important dans l’avenir de l’Iran. D’après ses proches, il est ambitieux et vise la présidence. Il est également passé maître dans l’art de tisser des liens entre les factions rivales au sein du régime, selon Ali Vaez, directeur du projet ‘Iran’ à l’International Crisis Group. Mais contrairement à Ali Larijani, le responsable de la sécurité iranien assassiné par Israël la semaine dernière, il manque de charisme et ne bénéficie pas d’un soutien politique ou populaire solide.
«Il a toujours été un homme d’exécution, pas quelqu’un qui a l’habitude de formuler des politiques», a déclaré Vaez.
D’anciens responsables américains ayant participé aux négociations avec Araghchi ont indiqué qu’il paraissait généralement professionnel, calme et pragmatique mais qu’il avait aussi un côté sombre. Des responsables américains, européens et du Golfe ont affirmé qu’il proférait parfois des menaces inconsidérées et revenait sur des concessions déjà accordées, ce qui a fait dérailler les progrès vers un accord.
D’un côté, il a su montrer «un côté humain» selon Wendy Sherman -ancienne secrétaire d’État adjointe des États-Unis de 2014 à 2015 qui a dirigé les négociations avec l’Iran en 2015- avec qui il échangeait parfois des photos de leurs petits-enfants mais ses tactiques de négociation impitoyables l’ont poussée aux larmes de frustration lors des dernières heures des pourparlers nucléaires, lorsqu’il a rouvert un point déjà réglé.
Les négociations comme marchandage de bazar
Dans son ouvrage ‘‘Le pouvoir de la négociation’’, Araghchi expose sa conception de la diplomatie, comparant les négociations au marchandage du bazar iranien, où de longs marchandages, étayés par divers arguments, permettent d’obtenir des résultats.
Durant les mois précédant la guerre américano-israélienne, de hauts responsables arabes affirmaient qu’Araghchi oscillait entre ouverture –participant parfois à des dîners amicaux– et menaces voilées, laissant entendre que l’Iran pourrait attaquer ses voisins. Il aurait notamment déclaré à des responsables saoudiens que l’Iran ciblerait les Émirats arabes unis en cas de guerre, un pays avec lequel Riyad entretient un différend notoire. À d’autres occasions, il aurait suggéré que le royaume pourrait également figurer parmi les cibles iraniennes s’il ne faisait pas pression sur Washington pour éviter le conflit, toujours selon ces mêmes responsables. Téhéran a par la suite attaqué les deux pays.
L’envoyé spécial de la Maison Blanche, Steve Witkoff, a affirmé qu’Araghchi s’était vanté que l’Iran possédait suffisamment d’uranium hautement enrichi pour fabriquer onze bombes nucléaires et ce, dans le but d’intimider les Américains. Cependant, Araghchi a nié ces allégations, soulignant que les stocks d’uranium enrichi de l’Iran –et le nombre de bombes nucléaires qu’il pourrait théoriquement produire– étaient publics depuis des années.
Face à l’escalade des combats, Araghchi a adopté un ton provocateur concernant les attaques de missiles et de drones contre les pays voisins de l’Iran, tout en reconnaissant son incapacité à les arrêter, selon des responsables arabes.
Dans un entretien accordé à CBS News, il a déclaré : «Nous n’avons pas déclenché cette guerre. Il s’agit d’un acte d’agression injustifié et illégal à notre encontre et nous continuerons à nous défendre autant que nécessaire, aussi longtemps que nécessaire, pour mettre fin à cette guerre de manière à ce qu’elle ne se reproduise plus».
Physique quantique et religion
Né à Téhéran en 1962 dans une famille de marchands de tapis conservateurs et aisés, Araghchi a participé aux manifestations de rue en soutien à la révolution islamique de 1979. Au début des années 1980, il s’est engagé volontairement dans le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) pendant la guerre Iran-Irak, une expérience qui a profondément marqué sa vision du monde.
«Il a un parcours révolutionnaire et il est très utile au régime actuellement en tant que figure publique aux États-Unis et à l’international», a déclaré Sherman.
En Iran, sa connaissance approfondie du dossier nucléaire a contribué à faire de lui une figure associée aux conservateurs mais il évoluait également aisément au sein des cercles plus modérés qui ont élaboré l’accord nucléaire de 2015 sous la présidence de Barack Obama. C’était une sorte d’alliance de circonstance. Ses liens avec les Gardiens de la révolution ont offert une couverture politique à l’ancien ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, formé aux États-Unis, et ont permis à ce dernier de rester dans les limites fixées par le Guide suprême Ali Khamenei.
«Il n’appréciait guère les États-Unis, mais il était convaincu qu’il était dans l’intérêt national de l’Iran de parvenir à un accord crédible», a déclaré Richard Nephew, qui a négocié l’accord nucléaire avec Araghchi et a ensuite collaboré avec lui sous la présidence de Joe Biden.
Araghchi a travaillé sur le dossier nucléaire sous trois présidents iraniens, et plus récemment sous Massoud Pezeshkian, entré en fonction en 2024 et qui l’a nommé pour tenir sa promesse de lever les sanctions qui pesaient sur une économie en difficulté.
Bien qu’Araghchi soit convaincu depuis longtemps de la nécessité pour l’Iran de dialoguer avec l’Occident afin d’alléger les sanctions, certains de ses détracteurs estiment qu’il comprend moins bien la politique américaine que des personnalités comme Zarif. Cela a pu entraver les négociations avec l’administration Trump dont la politique étrangère erratique a inquiété même ses alliés.
Araghchi n’a manifesté aucun soutien aux réformes politiques ou sociales en Iran et a publiquement défendu la répression des manifestants par Téhéran.
«Son principal objectif était de lever les sanctions pour améliorer l’économie de la République islamique», a déclaré Enrique Mora, diplomate espagnol qui fut le chef de cabinet de l’ancien haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Joseph Borell et qui mena les négociations pour relancer l’accord nucléaire depuis 2021.
Mora a ajouté qu’Araghchi possède une connaissance approfondie du dossier nucléaire et un esprit brillant et qu’ils ont discuté ensemble de physique quantique et de religion. Mais il a également souligné qu’Araghchi était capable d’utiliser un sarcasme mordant, la colère et les menaces lors des négociations.
«Il peut se montrer impitoyable pour atteindre ses objectifs lors des négociations», a déclaré Mora.
Le Jazzit Festival revient pour une deuxième édition, qui se tiendra du 2 au 5 avril 2026, à la Cité de la Culture de Tunis, confirmant ainsi sa place dans le paysage musical tunisien. Lancé par le label Jazzit Records, ce festival dédié au jazz et aux musiques du monde annonce quatre jours de concerts, de rencontres, master classes et de découvertes.
Le festival sera ouvert par une rencontre inédite entre le pianiste espagnol Ignasi Terraza et la chanteuse lituanienne Viktorija Gečytė.
Ignasi Terraza, qui se produira en trio et pour la première fois sur une scène tunisienne, a sorti plus de 60 albums au cours d’une carrière qui l’a amené sur les grandes scènes du monde. Il se produira en trio et accueillera la chanteuse Viktorija Gečytė — une voix feutrée et élégante — pour rendre hommage au légendaire Oscar Peterson, l’un des pianistes les plus prolifiques de l’histoire du jazz dont on fête cette année le centenaire.
Sousse puis Tunis accueilleront, successivement, les 3 et 4 avril, Kayle Schaffer, pianiste, compositeur et chanteur californien. Il présentera son nouvel album ‘‘Tunisian Vibes’’, qui porte la marque d’une relation intime avec notre pays. Il sera accompagné, en special guest, du saxophoniste soprano Pietro Vaiana.
Le mini-festival sera clôturé en beauté, le 5 avril, par Aleph Quintet : ungroupe bruxellois à la croisée des traditions nord-africaines et du jazz contemporain, qui présentera son album ‘‘Hiwar’’, une invitation au métissage des musiques, des cultures et des sensibilités.
Cette édition mettra en lumière les nouvelles voix du jazz tunisien. Aziz Saïed assurera un showcase le dernier jour, incarnant une génération d’artistes qui ancre sa musique dans une identité forte tout en s’ouvrant sur le monde.
Le samedi 4 avril, le saxophoniste belge Pietro Vaiana animera une master class à l’espace Madart, offrant aux jeunes musiciens une rencontre privilégiée pour explorer les sonorités de cet instrument dont l’origine est belge. Une invitation à plonger dans les secrets de son instrument.
Jazzit Studio permettraau public de suivre en ligne des interviews quotidiennes avec les artistes, réalisées depuis les coulisses du festival. Présentées par Hajer Boujemaa, ces interviews seront diffusées en live streaming sur les réseaux sociaux du Jazzit Festival.
Durant ces quatre jours, le Jazzit Festival réunira artistes et publics, tunisiens et internationaux, autour d’une même conviction : la musique est un langage universel d’ouverture, de dialogue, de paix et d’amour.
Le département ‘Justice environnementale et climatique’ du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a publié un communiqué concernant une fuite d’essence qui perdure depuis des années à la station-service Shell de Teboursouk, dans le gouvernorat de Béja, à proximité de zones résidentielles, causant des dommages importants aux habitants du quartier Zayatine 1. «Cet incident constitue une violation flagrante des droits environnementaux et sanitaires», souligne le FTDES.
Selon l’organisation, cette fuite cause des dégâts importants et continus, principalement la contamination de l’eau des puits dont les habitants dépendent pour leur consommation quotidienne. Le goût et l’odeur de l’eau ont sensiblement changé, la rendant impropre à la consommation et menaçant la santé des habitants, notamment compte tenu des risques connus de ces substances pour les systèmes respiratoire et cutané.
Des fissures ont également été constatées dans les murs de certaines maisons, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes quant à la possibilité de fuites supplémentaires mettant en danger la sécurité des habitants, la situation risquant de s’aggraver si elle perdure, indique le FTDES, ajoutant que, «malgré les signalements répétés des parties concernées aux autorités locales et régionales, le dépôt de plaintes auprès des instances nationales compétentes et la documentation des dommages par des inspections de terrain et des analyses en laboratoire confirmant la présence d’une pollution réelle, l’absence d’intervention efficace soulève de sérieuses questions quant au respect de la législation en vigueur et à la protection des droits des citoyens en matière d’environnement et de santé», souligne le FTDES.
«Plus alarmant encore est le maintien de l’exploitation de la station par son propriétaire, sans aucune action en justice pour stopper la fuite ou en atténuer les conséquences, notamment après l’annulation, sous la pression, d’une décision de justice ordonnant l’arrêt des activités de la station», rapporte l’organisation qui condamne «la perpétuation d’une politique d’impunité au profit des pollueurs» et souligne «l’urgence de fournir aux résidents des sources alternatives d’eau potable afin d’éviter le risque existant de contamination de l’eau des puits.»
Saicha n’avait que onze ans lorsque la société décida pour elle. Le mariage forcé, imposé par sa famille et validé par des traditions immuables, transforma brutalement son univers d’enfant en monde d’adulte. Dans ‘‘Mère à 11 ans’’ (Éditions Ilimi, Cameroun, décembre 2025), Chatou Saidou raconte cette bascule avec une justesse crue : «Je ne savais pas encore marcher dans mes propres rêves que l’on me disait déjà comment tenir un berceau». Chaque phrase résonne comme un cri silencieux, témoignage d’une vie que la fillette n’a pas choisie.
Djamal Guettala
Le roman plonge le lecteur au cœur des contradictions de Saicha : l’émerveillement d’une enfance à peine entamée et la brutalité d’une société qui nie ce droit à l’innocence.
L’autrice ne se contente pas de narrer ; elle fait ressentir : la peur, la solitude, l’angoisse de devoir grandir plus vite que le temps ne le permet. «Mes poupées ont été mes premières compagnes et mes premiers souvenirs de liberté», écrit-elle, un passage où la nostalgie de l’enfance perdue se mêle à l’injustice du monde adulte.
Le contexte culturel et social que Chatou Saidou décrit est lui aussi frappant : familles soumises à la pression communautaire, traditions imposant la précocité de la maternité, et invisibilité de l’enfant dans ces décisions.
L’autrice souligne les contradictions : l’amour familial existe, mais il coexiste avec des pratiques qui brisent la vie des plus jeunes. La violence n’est pas toujours visible, elle est subtile, dans les mots, dans les gestes, dans ce silence collectif qui accepte l’inacceptable.
Le poids de la maternité précoce
Le mariage forcé devient le pivot du récit, la pierre angulaire d’une vie que Saicha n’a pas choisie. Très vite, la fillette se retrouve confrontée à la maternité, une responsabilité écrasante : «Mon corps n’était qu’un terrain prêt à recevoir l’inattendu, et pourtant, j’ai tenu. Pour moi, pour ce bébé que je n’avais pas demandé, pour cette vie que l’on m’avait volée». Chaque étape du quotidien est un défi : changer les couches, apprendre à nourrir un enfant, gérer les nuits sans repos, tout en continuant à naviguer dans le monde des adultes.
Le roman décrit aussi la perception de la société : le regard des voisins, les jugements implicites, l’indifférence de certains adultes. Saicha devient un symbole involontaire de la précarité des droits des enfants dans certains contextes : sa voix révèle une réalité douloureuse que beaucoup préfèrent ignorer. La fillette, désormais mère, doit composer avec un corps et un esprit en formation, trouvant des ressources insoupçonnées pour survivre.
Au-delà du récit personnel, le livre expose une problématique universelle : combien d’enfants chaque année sont confrontés à ces mariages et voient leur innocence s’éteindre avant même d’avoir commencé à vivre ?
Chatou Saidou signe ici un document nécessaire, un miroir social qui interpelle : «On m’a appris à être forte avant même de savoir qui j’étais». Ce constat résonne bien au-delà des frontières du Cameroun ou de l’Afrique, il touche à l’essence même de la protection de l’enfance et du droit à la liberté.
Résilience et quête d’identité
Malgré la douleur, Saicha incarne la résilience. Chaque épreuve devient un enseignement, chaque larme un pas vers la reconstruction. Chatou Saidou laisse transparaître une force tranquille : «Même lorsque mes mains tremblaient sur le berceau, mon cœur savait qu’il devait apprendre à se relever». Le roman ne se limite pas à la tragédie ; il explore la capacité de l’esprit humain à survivre, à chercher des fragments de liberté et de dignité là où tout semble perdu.
La narration, sobre et percutante, alterne passages descriptifs et introspections intimes. Les extraits bouleversants s’enchaînent : la peur de Saicha lorsqu’elle entend les adultes parler de sa future vie ; son étonnement face à l’amour inattendu d’une communauté qui tente de la soutenir ; sa tentative de trouver des repères dans un monde qu’elle découvre malgré elle. On sent, page après page, que le roman est aussi un appel à la vigilance collective, un rappel que l’enfance est un bien commun qui doit être protégé.
La lumière fragile de l’espoir
L’écriture de Chatou Saidou est à la fois douce et implacable : elle décrit la violence sans la glorifier, elle raconte la souffrance sans sombrer dans le pathos. Cette maîtrise stylistique permet au lecteur de ressentir la gravité des événements tout en gardant une lueur d’espoir : la force de Saicha, sa capacité à survivre et à se reconstruire, devient un modèle, une leçon de courage et de dignité.
‘‘Mère à 11 ans’’ n’est pas seulement un récit : c’est un témoignage vivant, un cri, une réflexion sur les enfants sacrifiés par des traditions aveugles. À travers Saicha, le lecteur découvre une réalité souvent tue : celle des mariages forcés et de la maternité précoce. Chatou Saidou réussit à rendre tangible ce que beaucoup préfèrent ignorer. Le livre bouleverse, interpelle et laisse une empreinte durable : celle d’une voix qui refuse de se taire, celle d’une fillette devenue mère avant l’âge et qui, malgré tout, survit dans la lumière fragile de l’espoir.
«Un des derniers artistes liés à l’École de Tunis vient de rejoindre ses amis là-haut… Hassen Soufy vient de nous quitter», a annoncé la galeriste Aïcha Gorgi sur sa page Facebook ce jeudi 26 mars 2026. Un pilier de la peinture tunisienne moderne tire sa révérence à l’âge de 89 ans.
«J’ai beaucoup de peine aujourd’hui. Il faisait partie des derniers témoins de cette époque exceptionnelle, riche et foisonnante, que la Tunisie a connue sur le plan culturel et artistique.Avec son départ, c’est une page de mémoire, de sensibilité et de création qui s’éloigne encore un peu», ajoute Aïcha Gorgi, la fille d’un autre membre de l’Ecole de Tunis, Abdelaziz Gorgi.
Né en 1937 à Tunis, le défunt était diplômé de l’Ecole des Beaux-arts de Tunis. Il a aussi suivi des études à l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Paris. Il a enseigné la décoration et l’histoire de l’art à l’Ecole des Beaux-arts de Tunis, partageant ainsi son savoir et son expérience avec de nouvelles générations d’artistes.
Sa pratique artistique se concentre principalement sur la peinture, utilisant des techniques comme l’acrylique et l’huile sur papier. Ses œuvres révèlent une approche figurative, avec des sujets variés allant des paysages aux natures mortes et aux figures humaines. Il a participé à plusieurs expositions dans le monde (Etats Unis, Canada, France, Allemagne, Grande Bretagne…)
Le défunt avait contribué au succès et à la notoriété de l’Ecole de Tunis, aux côtés d’autres pionniers comme Yahia Turki, Ammar Farhat, Safia Farhat, Ali Bellagha, Jellal Ben Abdallah, Zoubeïr Turki, Hédi Tourki et autres Abdelaziz Gorgi.
Ce courant artistique est la combinaison de thèmes d’inspiration populaire et d’une image idéalisée de la réalité. Les artistes partagent une certaine idée d’appartenance culturelle commune et contribuent à un art qui se veut authentiquement tunisien par la mise en valeur du patrimoine multiforme de la culture populaire traditionnelle de Tunisie.
La Tunisie a entamé la campagne oléicole 2025-2026 avec un fort dynamisme. Selon les dernières données publiées par l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri), entre novembre 2025 et février 2026, les exportations d’huile d’olive ont atteint 184 300 tonnes, contre 123 200 tonnes sur la même période de la campagne précédente, soit une croissance de 49,6 %.
En valeur, les recettes se sont élevées à 2,263 milliards de dinars tunisiens, soit environ 670,6 millions d’euros.
Ce chiffre confirme l’importance stratégique du secteur oléicole dans les exportations agricoles tunisiennes, mais met également en lumière une limite structurelle de ce secteur. La plupart des expéditions se font toujours en vrac, représentant 88,5 % des volumes exportés, tandis que les produits conditionnés représentent 11,5 %, un chiffre toutefois légèrement supérieur aux 10,2 % de la campagne 2024-2025.
En termes de chiffre d’affaires, les produits conditionnés ne représentent que 15,5 %, signe que la marge de valorisation demeure importante.
L’huile d’olive extra vierge représente 87,6 % du volume total exporté.
Concernant les prix, l’augmentation des volumes s’accompagne d’une légère baisse des prix moyens. En février 2026, le prix moyen de l’huile d’olive tunisienne s’établissait à 12,01 dinars le kilogramme (3,56 euros), contre 12,51 dinars (3,71 euros), un an auparavant, ce qui représente une diminution de 4 %.
Selon la catégorie, les prix varient de 9,22 dinars le kilogramme (2,73 €) à 16,07 dinars (4,76 €).
Par destination, l’Union européenne demeure le principal marché, représentant 57,3 % des volumes d’exportation. Viennent ensuite l’Amérique du Nord (19,3 %), l’Asie (12,8 %) et l’Afrique (6,6 %).
Par pays, l’Espagne arrive en tête des importateurs avec 32,1 %, devant l’Italie (20,2 %) et les États-Unis (15,4 %).
Le segment bio est également en croissance, avec 22 300 tonnes exportées au cours des quatre premiers mois de la campagne, pour une valeur de 297,7 millions de dinars (88,2 millions d’euros). Cependant, l’huile d’olive conditionnée reste marginale, avec une part de marché de 8,3 %.
Le prix moyen de l’huile d’olive bio est de 13,32 dinars le kilogramme (3,95 euros), avec un écart marqué entre l’huile d’olive en vrac (12,78 dinars, 3,79 euros) et l’huile d’olive conditionnée (19,32 dinars, 5,73 euros).
Sur ce segment, l’Italie est le premier marché, avec 42 % des volumes, suivie de l’Espagne, des États-Unis et de la France.
Globalement, ces chiffres confirment la compétitivité internationale de l’huile d’olive tunisienne, mais suggèrent également que le véritable défi pour le secteur n’est pas simplement d’accroître les exportations. L’enjeu principal demeure la transformation d’une plus grande part des ventes en valeur ajoutée, en réduisant la dépendance au vrac et en renforçant le positionnement des produits conditionnés sur les marchés étrangers.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, La Fédération tunisienne du textile et de l’habillement (FTTH) a réaffirmé son engagement en faveur d’une gestion durable de l’eau, la plaçant au cœur des enjeux de transformation du secteur. Cet engagement se traduit par un objectif clair et mesurable : atteindre 90 % de recyclage des eaux usées d’ici 2030.
Reconnaissant l’importance stratégique de l’eau dans la chaîne de valeur textile, la FTTH a annoncé la mise en œuvre d’actions concrètes, à travers le programme «Transition verte du textile tunisien (TTGT)», afin d’accompagner les entreprises dans l’adoption de pratiques plus responsables, innovantes et efficaces. Elle a également appelé tous les acteurs du secteur textile à intensifier leurs efforts, à investir durablement et à faire de l’eau un levier stratégique pour l’avenir de l’industrie.
À titre indicatif, selon l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri), la disponibilité en eau par habitant en Tunisie est d’environ 450 mètres cubes par an, en dessous du seuil de stress hydrique, qui est de 500 mètres cubes. Et la sécheresse enregistrée au cours des cinq dernières années a beaucoup réduit les réserves d’eau dans les barrages dont le taux de remplissage moyen est au-dessous de 50%.
L’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE), un groupe de réflexion international basé à Tunis, a alerté sur les risques que la guerre au Moyen-Orient pourrait faire peser sur l’économie tunisienne, exhortant les autorités à mettre en œuvre des mesures d’atténuation à court et moyen terme afin de renforcer la résilience nationale face à de telles répercussions.
Dans son rapport intitulé «Guerre au Moyen-Orient : Défis et impacts sur l’économie tunisienne», l’IACE souligne que cette crise pourrait affecter divers aspects de l’économie, notamment les finances publiques, la balance des paiements, l’inflation et la croissance, dans un contexte où la Tunisie demeure fortement dépendante des importations d’énergie.
Une économie très exposée
Dans un contexte international caractérisé par une forte incertitude, la Tunisie figure parmi les économies les plus exposées aux chocs externes, en particulier en raison de sa dépendance aux importations d’énergie.
Le rapport note que la production nationale ne couvre qu’environ 35 % des besoins et que toute hausse prolongée des prix des hydrocarbures ou toute perturbation des flux d’approvisionnement a un impact direct sur les équilibres macroéconomiques.
Selon l’IACE, chaque augmentation de 1 dollar du prix du pétrole pourrait engendrer un coût supplémentaire estimé à 164 millions de dinars.
Le premier impact concerne les finances publiques. La hausse des prix des carburants et du transport international risque d’accroître les charges d’exploitation et d’aggraver les déséquilibres financiers. Des entreprises comme la Société tunisienne d’électricité et de gaz (Steg) et la Société tunisienne des industries de raffinage (Stir), déjà dépendantes des subventions publiques, pourraient voir leurs problèmes de liquidités s’accentuer, ce qui pourrait impacter les engagements de l’État. La guerre pourrait renchérir les importations.
Sur le plan extérieur, la balance des paiements constitue un autre point faible. Selon l’institut, près de 98 % du commerce extérieur tunisien s’effectue par voie maritime ; toute perturbation des chaînes logistiques ou augmentation des coûts de transport se traduit donc par des importations plus onéreuses. Conjuguée à la hausse des prix de l’énergie, cette situation pourrait alourdir la facture énergétique et creuser le déficit commercial. Ceci exercerait une pression supplémentaire sur les réserves de change, dans un contexte de faible mobilisation des financements extérieurs.
Le bol d’oxygène du tourisme
L’IACE souligne toutefois certains facteurs atténuants, notamment la relative stabilité des transferts de fonds des Tunisiens résidant dans les pays du Golfe et la croissance continue des réservations touristiques, qui pourraient contribuer à limiter l’impact à court terme.
Le rapport de l’IACE met également en lumière les risques inflationnistes. L’augmentation des importations de biens et de matières premières industrielles, conjuguée aux anticipations d’inflation, pourrait entraîner une hausse des prix à la consommation. Le recours à la finance monétaire pour répondre aux besoins budgétaires pourrait accentuer ces pressions.
Concernant la croissance, l’organisation estime que les effets pourraient se manifester par un ralentissement de la demande étrangère, notamment en provenance de la zone euro, principal partenaire économique de la Tunisie. Des secteurs comme le textile, l’habillement et les industries mécanique et électrique semblent particulièrement vulnérables.
Le tourisme pourrait également être affecté par les incertitudes géopolitiques, de même que le transport aérien, susceptible de subir des perturbations liées à la situation régionale.
Par ailleurs, des secteurs stratégiques tels que l’agriculture et l’industrie chimique pourraient rencontrer des difficultés d’approvisionnement en matières premières essentielles.
Afin de renforcer la résilience de l’économie tunisienne face aux chocs externes, l’IACE recommande une série de mesures stratégiques organisées par horizon temporel.
À court terme, une action immédiate est nécessaire pour atténuer l’impact direct du conflit au Moyen-Orient, notamment la constitution et la gestion de stocks stratégiques de produits alimentaires et d’hydrocarbures afin d’amortir les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Un soutien ciblé aux petits exploitants agricoles est également essentiel pour maintenir la production locale et garantir l’approvisionnement national.
Des mesures opérationnelles concrètes
Dans le même temps, l’IACE recommande le lancement d’un programme d’économies d’énergie dans le secteur public, visant à maîtriser la consommation d’énergie par des mesures opérationnelles concrètes. La possibilité d’encourager le télétravail dans certains secteurs est également envisagée, afin de réduire les coûts énergétiques et de transport.
À moyen terme, la sécurité alimentaire doit être renforcée, notamment par le développement de filières céréalières permettant d’atteindre l’autosuffisance en blé dur, grâce à des investissements ciblés visant à améliorer les rendements et à moderniser les techniques agricoles.
L’IACE préconise également une accélération de la transition énergétique, avec un accroissement des investissements dans les énergies renouvelables afin de réduire la dépendance aux importations et d’améliorer l’efficacité énergétique.
Alors que, face aux tensions au Moyen-Orient, beaucoup de pays commencent à mobiliser leurs réserves stratégiques de pétrole, la Tunisie a tout intérêt à transformer cette alerte internationale en opportunité d’anticipation. Dans un contexte énergétique incertain, renforcer le transport public peut devenir bien plus qu’une simple amélioration de service : un véritable levier de résilience économique.(Photo : Des tankers bloqués dans le Détroit d’Ormuz).
Houssem Djelassi *
À mesure que les tensions s’intensifient au Moyen-Orient et que le détroit d’Ormuz, par où transite près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole, redevient un point de fragilité majeur pour les marchés internationaux, plusieurs pays activent déjà leurs mécanismes de protection. Le Japon, pourtant doté de moyens financiers considérables, a ainsi entamé l’exploitation d’une partie de ses réserves stratégiques pour se prémunir contre un éventuel choc énergétique prolongé. Ce choix n’est pas anodin : il rappelle qu’en période d’incertitude, la solidité d’un pays ne se mesure pas seulement à sa richesse, mais aussi à sa capacité d’anticipation, à sa lecture des risques et à la rapidité de sa réponse stratégique.
La meilleure protection reste nationale
Pour la Tunisie, le message est clair. Un pays aux marges budgétaires limitées ne peut se permettre d’attendre que la pression extérieure devienne une crise intérieure. La dépendance aux produits pétroliers, combinée au poids déjà important des subventions énergétiques, impose une approche lucide et préventive.
Même si la proximité d’un pays voisin et partenaire stratégique régional comme l’Algérie peut représenter un appui ponctuel, la meilleure protection reste nationale : préparer des scénarios, rationaliser la consommation et orienter les choix publics vers des solutions capables de réduire l’exposition aux chocs internationaux.
C’est précisément dans cette logique que le renforcement récent du parc de bus en Tunisie prend une dimension nouvelle. Ce qui pourrait être perçu comme une simple amélioration du transport urbain et interrégional devient, dans le contexte actuel, un instrument de politique économique à part entière.
Savoir transformer l’anticipation en action
Encourager davantage l’usage du transport collectif, améliorer sa régularité et restaurer sa place dans les habitudes de déplacement permettrait de réduire progressivement la consommation individuelle de carburant, d’alléger indirectement la pression sur les finances publiques et de mieux préparer le pays à d’éventuelles perturbations de l’approvisionnement.
La vraie leçon de cette séquence internationale est simple : les nations qui traversent le mieux les périodes instables ne sont pas toujours les plus puissantes, mais celles qui savent transformer l’anticipation en action concrète.
La «pause» de cinq jours voulue par Donald Trump dans les frappes militaires prévues contre l’Iran, ciblant spécifiquement les infrastructures énergétiques et électriques, offre un répit au système militaire iranien décentralisé et donne à Trump l’occasion de réfléchir à la manière de s’extraire du piège iranien dans lequel il est tombé. Si un enseignement doit être tiré de cette guerre, à ce stade, c’est que la République islamique a révélé au monde les limites de la superpuissance américaine.
Imed Bahri
Sam Kiley, rédacteur en chef chargé de la politique internationale du journal britannique The Independent, a estimé qu’en reportant sa menace de «détruire» le système énergétique iranien si Téhéran n’ouvrait pas le détroit d’Ormuz, le président américain a révélé les limites de la puissance américaine, limites que ses ennemis comprennent – et sans doute aussi beaucoup de ses généraux – mais que lui ne comprenait pas jusque-là.
Trump affirme que cette «pause» de cinq jours dans son projet de destruction du réseau électrique iranien est le fruit de «discussions très fructueuses» avec Téhéran, discussions niées par l’Iran.
Réaction calibrée de Téhéran
Le président américain a toutefois dû prendre en compte la réaction calibrée de Téhéran à sa menace. «Faites cela et nous ferons sauter toutes les usines de dessalement qui permettent à vos alliés du Golfe de survivre dans le désert, nous bloquerons le détroit d’Ormuz jusqu’à ce que vous répariez toutes nos infrastructures bombardées et nous nous en prendrons à Israël avec encore plus de vigueur», a rétorqué l’Iran dans un premier temps.
Par la suite, Téhéran a semblé revoir ses menaces à la baisse, dans une tentative inhabituelle de se donner une image morale, après que l’Onu a estimé que la destruction des systèmes d’approvisionnement en eau pouvait constituer un crime de guerre.
L’Iran a déclaré qu’il concentrerait ses efforts sur la destruction des centrales électriques du Golfe, lesquelles fournissent l’énergie nécessaire au dessalement de l’eau de mer.
«Le président américain, menteur, a prétendu que les Gardiens de la révolution projetaient d’attaquer les usines de dessalement et de causer des souffrances aux populations des pays de la région», a déclaré le gouvernement iranien par le biais des médias d’État. Et d’ajouter : «Nous sommes déterminés à répondre à toute menace avec la même force de dissuasion qu’elle engendre… Si vous coupez l’électricité, nous la couperons».
Cette «pause» permet aux pays du Golfe de tenter de reconstituer leurs défenses aériennes qui s’amenuisent rapidement. Elle offre un répit au système militaire iranien, désormais très décentralisé, face à une éventuelle offensive. Et elle donne à Trump l’occasion de réfléchir, s’il en est capable, à la manière de s’extraire du bourbier que Téhéran lui a préparé.
Les attaques israélo-américaines contre l’Iran ont provoqué une flambée des prix du pétrole et du gaz naturel et menacent de déclencher une récession mondiale.
À l’approche des élections de mi-mandat en novembre, Trump peut difficilement se permettre une telle hausse des prix dans les stations-service américaines.
Ce cycle de menaces énergétiques a été initié par Israël qui, imitant les tactiques russes en Ukraine, a bombardé le champ gazier iranien de South Pars.
Le Qatar tire sa richesse des mêmes gisements souterrains et, tandis que les prix du gaz naturel liquéfié continuaient de grimper, Trump exigeait qu’Israël cesse ses attaques contre l’Iran. Ces attaques constituent probablement des crimes de guerre.
Une superpuissance peut être vaincue
Les États-Unis et Israël pensaient pouvoir bombarder l’Iran pour provoquer un changement de régime. Ils ont oublié les leçons de l’histoire récente : la menace d’une superpuissance est bien plus efficace que l’exercice de cette puissance.
Les limites des opérations militaires menées par les États-Unis pour atteindre des objectifs politiques ont été cruellement démontrées lors de l’invasion de l’Irak en 2003.
L’incompétence des dirigeants des forces d’occupation sous commandement américain a créé les conditions d’une insurrection sanglante qui a conduit à la création de ce qu’on appelle l’État islamique.
Elle a également permis au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien et à ses alliés en Irak, à Damas (le régime d’Assad) et au Liban (le Hezbollah) de prospérer pendant deux décennies.
Les Gardiens de la révolution iraniens ont combattu en Irak et ont vu les forces menées par les États-Unis en Afghanistan s’enliser et subir de lourdes pertes et ont appris qu’une superpuissance mondiale peut être vaincue à long terme.
Parmi les leçons tirées, il y avait la «menace» proférée par le président Barack Obama d’utiliser la force contre Bachar El-Assad, alors dirigeant de Damas si ses forces employaient des armes chimiques. Assad a utilisé ces armes, interdites internationalement, et les États-Unis sont restés passifs.
Il a peut-être été jugé opportun de laisser Assad au pouvoir et d’abandonner les forces démocratiques et révolutionnaires qui tentaient de le renverser, par crainte de favoriser l’expansion d’Al-Qaïda et de Daech.
Ne pas agir était peut-être la bonne décision, mais Assad et ses commanditaires à Téhéran l’ignoraient. Ils ont pris un risque et ils ont gagné. Les États-Unis n’ont pas eu le courage ni la force d’intervenir.
En réponse à la menace proférée par Trump le week-end dernier de «détruire» les champs pétroliers iraniens, Téhéran a déclaré : «Toute tentative d’attaque des côtes ou des îles iraniennes entraînera le minage de toutes les voies d’accès dans le Golfe avec divers types de mines marines, y compris des mines flottantes pouvant être larguées depuis la côte. Dans ce cas, l’ensemble du Golfe se trouvera pratiquement dans une situation similaire à celle du détroit d’Ormuz pendant longtemps».
La tactique insurrectionnelle iranienne
Il s’agit d’une tactique insurrectionnelle de laquelle les États-Unis et Israël, pourtant forts d’une longue expérience de la lutte contre les insurrections, n’ont pas tenu compte.
Il pourrait également s’agir d’un mensonge. Les Iraniens n’ont peut-être plus la capacité de paralyser l’économie mondiale de cette manière.
La menace de Téhéran était aussi un défi. Les États-Unis prendraient-ils vraiment le risque de parier sur la capacité de l’Iran à bloquer l’accès à 20% du pétrole mondial, à la majeure partie du gaz européen et sur la capacité réelle des Gardiens de la révolution à fermer les usines du Golfe qui produisent au moins 80 % du pétrole de la région ?
Trump a sa propre approche subversive de la communication. Elle déstabilise ses alliés et sert ses ennemis.
Il laisse entendre tour à tour qu’il met fin à la guerre américaine en Iran, puis menace d’une escalade. Il demande l’aide de ses alliés pour ouvrir le détroit d’Ormuz puis les congédie y compris la Grande-Bretagne, les traitant de lâches et désormais inutiles.
Les pays du Golfe ont été entraînés dans la guerre contre l’Iran du fait qu’ils accueillent des bases américaines. Leurs villes resplendissantes ne sont habitables que grâce au gaz et au pétrole. Leur soif n’est étanchée qu’en désalinisant l’eau de mer.
La politique étrangère de l’Iran, sous les Guides successifs, est guidée par une interprétation fondamentaliste du chiisme duodécimain. Ils estiment que l’Iran doit rester une théocratie conservatrice pour créer les conditions nécessaires à la révélation de l’Imam Mahdi.
Cela a engendré une haine obsessionnelle envers l’Amérique et Israël.
L’Iran s’est placé au centre de l’Axe de la Résistance, qui comprenait les Houthis, le Hezbollah, le Hamas, le régime d’Assad et les milices irakiennes. Aujourd’hui, Téhéran n’est pas seulement au centre de cet axe, il est le foyer de la «résistance». Et c’est le président américain qui semble céder.
L’Iran semble avoir autorisé le passage de certains pétroliers indiens et pakistanais dans le détroit d’Ormuz.
Téhéran est peut-être encore sous le choc des frappes aériennes qui ont tué le guide suprême Ali Khamenei et blessé son fils et successeur, Mojtaba, mais le pays exploite les occasions pour isoler Trump.
Rien n’indique que le régime iranien est en train de s’effondrer ni que sa population, longtemps opprimée et victime de violences, se soulève contre lui.
L’Iran tente de faire payer au monde une guerre déclenchée par Trump et Netanyahu, un prix que nul de ses alliés ne veut payer.
L’Iran a montré comment vaincre une superpuissance.
La relation entre Tunis et Paris demeure structurante, omniprésente, asymétrique mais rentière, hégémonique et colonialiste dans ses préceptes fondamentaux. Quand trop ce n’est pas assez…. Car derrière la coopération culturelle et économique se profile une réalité plus dérangeante : celle d’une domination linguistique et symbolique qui enferme la Tunisie dans ce que l’on pourrait appeler le piège de la francophonie.
Moktar Lamari *
Ce piège n’est pas une simple question de langue. Il est historique, politique et économique. La langue française, introduite durant la période coloniale, s’est imposée comme langue de l’administration, du savoir et des élites.
Or, comme l’a magistralement analysé Albert Memmi dans Portrait du colonisé, la domination coloniale ne disparaît pas avec l’indépendance : elle se reconfigure dans les esprits, les pratiques et les structures. La francophonie, dans ce contexte, apparaît moins comme un espace de partage que comme la prolongation d’une hiérarchie ancienne.
Les événements présentés par l’ambassade de France à Tunis en sont une illustration contemporaine. Qu’il s’agisse du Business Forum Afrique-France, de la saison Méditerranée ou des programmes de coopération culturelle, la Tunisie est invitée, encouragée, parfois sommée de participer à des dispositifs conçus ailleurs, selon des logiques définies à Paris.
Asymétrie et diktats
L’asymétrie est subtile mais réelle : la Tunisie s’insère, obligée d’une certaine manière, dans la France qui structure en Tunisie. Faisant comme chez elle.
Cette subordination est honteuse et contreproductive pour la culture et la souveraineté de la Tunisie.
Pour les élites tunisiennes, cette francophonie imposée par la France fonctionne comme une «prison dorée».
Elle offre des opportunités, des réseaux, une reconnaissance internationale. Mais elle enferme aussi dans un espace linguistique très limité, franchouillard, de plus en plus déconnecté des dynamiques globales. Car le monde du savoir, de la technologie et de l’innovation parle aujourd’hui une autre langue : l’anglais.
Le verdict de l’économie
Les données internationales sont sans équivoque. Un expert maîtrisant l’anglais bénéficie en moyenne d’un avantage salarial significatif, souvent estimé à plus de 1000 dollars annuels supplémentaires, et peut voir ses revenus doubler par rapport à ceux limités à un espace linguistique restreint.
Plus fondamentalement, l’accès à la connaissance passe désormais quasi exclusivement par l’anglais : publications scientifiques, innovations technologiques, intelligence artificielle, finance internationale.
Dans ce contexte, la francophonie agit comme un filtre, voire comme un retardateur. Les travaux produits aux États-Unis ou dans les grands centres de recherche anglophones sont souvent traduits en français avec plusieurs années de décalage.
Les universitaires francophones, y compris en France, accusent un retard structurel dans l’appropriation des innovations de rupture. Ce décalage se répercute directement sur des pays comme la Tunisie, qui dépend de ces circuits de diffusion indirects.
Le résultat est un cercle vicieux. Faute de moyens pour accéder directement aux universités anglo-saxonnes, les étudiants tunisiens passent par des intermédiaires francophones. Faute d’exposition à l’anglais, ils restent confinés dans des marchés limités. Et faute d’ouverture linguistique, l’économie tunisienne peine à s’intégrer pleinement dans les chaînes de valeur globales.
Le complexe du colonisé
Mais au-delà de l’économie, il y a une dimension psychologique. Albert Memmi parlait du «complexe du colonisé» : cette tendance à intérioriser la supériorité de l’autre et à chercher sa validation. La francophonie, pour une partie des élites tunisiennes, devient ainsi un refuge identitaire autant qu’un outil de distinction sociale. On s’y réfugie faute de mieux, parfois par conformisme, parfois par naïveté.
Il ne s’agit pas ici de rejeter la France. Elle est un partenaire historique, un espace culturel riche, et pour beaucoup de Tunisiens, un pays d’adoption. Mais l’enjeu est ailleurs : il s’agit de sortir d’une relation exclusive, de rompre avec une dépendance héritée, et de rééquilibrer les horizons.
La Tunisie doit repenser sa politique linguistique comme un levier stratégique. Cela implique de renforcer massivement l’apprentissage de l’anglais dès le plus jeune âge, d’encourager la production scientifique directe dans les circuits internationaux, et de multiplier les partenariats avec les universités et entreprises anglo-saxonnes. Il ne s’agit pas de remplacer une dépendance par une autre, mais d’élargir les possibles.
Une langue ce n’est pas neutre
Car une langue n’est jamais neutre. Elle structure l’accès au savoir, conditionne les opportunités économiques et façonne les imaginaires. Tant que la Tunisie restera enfermée dans une francophonie exclusive, elle restera à la périphérie du monde qui innove.
Sortir de cette «prison dorée» est donc une urgence. Non pas contre la France, mais pour la Tunisie. Le savoir et la technologie se créent et se communiquent en anglais, et la Tunisie n’a pas besoin de rentier et intermédiaire francophone pour accéder au progrès.
Dans le tumulte de la guerre au Moyen-Orient, peu de voix attendries s’élèvent pour exprimer leurs émois en faveur de ce pauvre petit pays qu’est le Liban, ce joyau du Moyen-Orient, damné par la géographie, malmené par l’Histoire et qui continue de gémir, victime du cynisme, de l’opportunisme et de l’infamie.
Salah El Gharbi *
En lisant les commentaires sur les réseaux sociaux, on a le sentiment que les téléspectateurs, assis confortablement sur leurs canapés, confondent entre un téléjournal où le drame de la guerre, avec son lot de brutalité et de victimes innocentes et le spectacle d’un match de foot où l’on est amené à vibrer pour l’équipe chère à notre cœur.
Chez ces commentateurs, le spectacle poignant de ces familles libanaises, avec femmes et enfants, désertant leurs logements, condamnés à errer, désespérément, sur les routes, à la recherche de lieux sûrs, où s’abriter, c’était à peine si l’on y accorde de l’attention. Pour eux, ce qui comptait le plus, c’était d’apprendre que les roquettes ou les drones, lancés par Hezbollah, avaient bel et bien réussi à atteindre leurs cibles, provoquant des dégâts chez «l’Ennemi».
Ainsi, le sort de ces centaines de milliers de pauvres gens, qui n’avaient rien demandé et qui ne cherchaient qu’à vivre en paix, dans des conditions dignes, ne nous émeut guère. À quelques milliers de kilomètres du lieu de ces drames humains, au chaud, sirotant notre boisson préférée, on se laisse émerveiller par «le courage et l’audace de ces Combattants d’Allah», qui narguaient l’«Ennemi». Les enjeux politiques, économiques pour le Liban, les motivations idéologiques des uns et des autres, les intérêts financiers et stratégiques qui lient ces «militants» à l’«État des Mollahs», ces fous de Dieu, on n’a rien à cirer.
Damné par la géographie, malmené par l’Histoire
Pas de voix attendries pour exprimer leurs émois en faveur de ce pauvre petit pays qu’est le Liban, ce joyau du Moyen-Orient, damné par la géographie, malmené par l’Histoire et qui continue de gémir, victime du cynisme, de l’opportunisme et de l’infamie. Pourtant, créé par les Français, en 1920, séparé du mont Liban de la Syrie, le nouveau pays était censé protéger une communauté chrétienne pacifique, ouverte et dynamique qui, grâce à sa proximité avec l’Occident, allait être le creuset de la renaissance intellectuelle et littéraire du monde arabe.
Jibran Khalil Gibran, Jorge Zaydan, Elia Abou Madi, Mikhaïl Naïmy…, c’était avec eux, qu’une nouvelle sensibilité littéraire, au début du siècle dernier, allait enchanter les lecteurs arabes, alimenter l’inspiration de toute une génération de créateurs et contribuer à la familiariser avec des valeurs nouvelles comme la tolérance et l’humanisme.
D’ailleurs, j’ai encore souvenir qu’un jour, jeune élève, j’étais en train de lire ‘‘La Belle de Karbala’’, un roman de Jorge Zaydan, quand, soudain, bouleversé par un passage qui rendait compte de l’atroce meurtre de Houssein, le petit-fils du prophète, au cours de la bataille de Karbala, j’eus du mal à retenir mes larmes tellement la séquence était bouleversante.
Ce jour-là, j’ai appris à mon insu, l’extraordinaire pouvoir de la littérature et comment une scène écrite par un chrétien maronite, mettant en scène le tragique meurtre d’un grand symbole de l’Islam chiite, était parvenue à attendrir le jeune agnostique en herbes que j’étais, jusqu’à le faire pleurer.
Hélas, cette dynamique intellectuelle et culturelle humaniste allait, peu à peu, s’étioler, et cet esprit de tolérance et cette fraternité qui transcendaient les barrières confessionnelles ne tardèrent pas à être sacrifiées sur l’autel de la cupidité, de la lâcheté et de la barbarie.
État à la ramasse et population meurtrie
En effet, le fragile équilibre interconfessionnel finit, en 1948, par être bousculé par l’Histoire, avec l’exode de plus de 700 000 palestiniens, fuyant les actions d’intimidation et de terreur orchestrées par les activistes sionistes. Et la migration de cette population de civils, mais aussi de combattants, allait bouleverser, immanquablement, le fragile équilibre, aussi bien politique qu’interconfessionnel, de ce malheureux petit pays. Et ce bouleversement démographique ne tarda pas à engendrer un nouvel équilibre militaro-politique, à faire ressurgir les vieux démons de l’antagonisme confessionnel et à déstabiliser l’entente générale.
Obsédés par la haine que nous nourrissons pour l’«Ennemi», on n’est pas regardants sur les enjeux, ni sur les intérêts complexes, souvent crapuleux, des uns et des autres, sourds aux voix de la détresse des petites gens. Tant qu’on est au chaud, on continue à applaudir les combattants du «Parti d’Allah», vociférer contre les Israéliens et cautionner ceux qui, parmi les libanais et au nom de la «Résistance», prennent en otage, politiquement et militairement, un État à la ramasse et une population impuissante, déboussolée et meurtrie.
On le connaît poète, animant des émissions littéraires sur RTCI. Et voilà qu’il publie son premier roman. Quoi de plus naturel. Le premier roman de Moëz Majed ‘‘Lorand Gaspar vient de mourir’’ (Hykeyet Edition, Tunis, février 2026, 169 pages) se veut un récit à la croisée de l’autobiographie et de la réflexion littéraire.
Dans cette incursion dans l’écriture romanesque, l’auteur ne s’est pas défait de son identité de poète, bien au contraire, il a choisi de raconter une grande figure de la poésie du XXe siècle : Lorand Gaspar, le poète franco-hongrois qui a vécu (et exercé comme chirurgien), en Palestine et en Tunisie, où il a dirigé, dans les années 1980, une revue littéraire ‘‘Alif’’ qui permit l‘éclosion de nombreux talents littéraires tunisiens.
Mais est-ce vraiment un roman sur Lorand Gaspar? Cela n’est pas si sûr, tant il y a d’autres niveaux de lectures et d’autres personnages qui traversent ce récit et qui laissent le lecteur hésitant entre des mondes distincts et pourtant liés les uns aux autres dans une narration archipélique cimentée par un concept sociologique créé par Mark Granovetter à la fin du siècle dernier : la force des liens faibles
‘‘Lorand Gaspar vient de mourir’’, Moez Majedraconte son propre parcours, marqué par une enfance exigeante, notamment à travers la relation forte, parfois dure, qu’il entretient avec son père, un intellectuel passionné de littérature, le célèbre poète Jaafar Majed.
Au fil du livre, cette histoire personnelle se mêle à une fascination pour Lorand Gaspar, poète discret et difficile à cerner, dont la vie a été marquée par l’exil, la guerre et une quête constante de sens.
L’auteur cherche à comprendre qui il était vraiment, mais se rend compte que Gaspar reste insaisissable, comme s’il n’avait laissé que des fragments de lui-même derrière lui. Cette recherche devient alors plus profonde : ce n’est plus seulement une enquête sur un poète, mais une réflexion sur soi.
À travers cette obsession, l’auteur explore son propre rapport à la figure paternelle, à la transmission, et à ce que l’on hérite, consciemment ou non, de ceux qui nous ont précédés.
Le livre aborde aussi des thèmes plus larges comme la littérature, la traduction et la création. Il suggère que toute écriture est une forme de transformation, une manière de traduire le réel et de lui donner un sens personnel.
C’est un texte à la fois intime et réfléchi, qui parle de mémoire, d’identité et de quête personnelle, tout en rendant hommage à une grande figure de la poésie.