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Abbas Araghchi, la voix de l’Iran !

Abbas Araghchi, 63 ans, était connu de longue date dans les cercles diplomatiques occidentaux comme le principal négociateur résistant aux pressions visant à imposer des limites strictes au programme nucléaire iranien. Désormais, alors que la plupart des dirigeants iraniens ont disparu ou ont été tués, il est devenu la voix la plus en vue d’un régime qui refuse de céder à la campagne militaire américano-israélienne. Diplomate de carrière, Araghchi est décrit comme un homme jovial mais avec une face sombre et comme un redoutable négociateur qui mélange le miel et fiel. 

Imed Bahri

Après les frappes qui ont décimé une grande partie des dirigeants iraniens, le chef de la diplomatie iranienne est devenu la voix influente d’un régime qui adopte une position de défi, affirme Laurence Norman dans le Wall Street Journal.

Lundi 22 mars, le président américain a affirmé que son administration avait entamé des pourparlers avec l’Iran et que Washington reporterait de cinq jours sa menace, lancée samedi soir, de frapper des centrales électriques iraniennes.

Cependant, les médias d’État iraniens ont rapporté lundi que le ministère des Affaires étrangères démentait toute discussion directe avec Washington. Même si la République islamique ne ferme pas la porte à de probables négociations, elle demeure très prudente et méfiante à l’égard d’une administration Trump qui l’a déjà trahie à deux reprises en pleines négociations en juin 2025 et en février 2026.

Araghchi, fidèle du régime depuis de nombreuses années, a publiquement refusé de dialoguer avec les États-Unis lors d’une récente interview accordée à CBS News. Dans une série d’interviews télévisées et de publications sur les réseaux sociaux, il dépeint l’Iran comme une victime déterminée, pleinement capable de répondre à ce qu’il qualifie d’agression israélienne et américaine injustifiée.

Ces derniers jours, Araghchi a menacé d’intensifier le conflit si Israël continue de cibler les infrastructures énergétiques iraniennes. «Tolérance zéro si nos infrastructures sont visées», a-t-il déclaré vendredi sur la plateforme X. La veille, il avait affirmé : «Notre riposte à l’attaque israélienne contre nos infrastructures n’a mobilisé qu’une fraction de notre puissance».

Ambitieux, il vise la présidence

Sa notoriété actuelle pourrait lui permettre de jouer un rôle plus important dans l’avenir de l’Iran. D’après ses proches, il est ambitieux et vise la présidence. Il est également passé maître dans l’art de tisser des liens entre les factions rivales au sein du régime, selon Ali Vaez, directeur du projet ‘Iran’ à l’International Crisis Group. Mais contrairement à Ali Larijani, le responsable de la sécurité iranien assassiné par Israël la semaine dernière, il manque de charisme et ne bénéficie pas d’un soutien politique ou populaire solide.

«Il a toujours été un homme d’exécution, pas quelqu’un qui a l’habitude de formuler des politiques», a déclaré Vaez.

D’anciens responsables américains ayant participé aux négociations avec Araghchi ont indiqué qu’il paraissait généralement professionnel, calme et pragmatique mais qu’il avait aussi un côté sombre. Des responsables américains, européens et du Golfe ont affirmé qu’il proférait parfois des menaces inconsidérées et revenait sur des concessions déjà accordées, ce qui a fait dérailler les progrès vers un accord.

D’un côté, il a su montrer «un côté humain» selon Wendy Sherman -ancienne secrétaire d’État adjointe des États-Unis de 2014 à 2015 qui a dirigé les négociations avec l’Iran en 2015- avec qui il échangeait parfois des photos de leurs petits-enfants mais ses tactiques de négociation impitoyables l’ont poussée aux larmes de frustration lors des dernières heures des pourparlers nucléaires, lorsqu’il a rouvert un point déjà réglé.

Les négociations comme marchandage de bazar

Dans son ouvrage ‘‘Le pouvoir de la négociation’’, Araghchi expose sa conception de la diplomatie, comparant les négociations au marchandage du bazar iranien, où de longs marchandages, étayés par divers arguments, permettent d’obtenir des résultats.

Durant les mois précédant la guerre américano-israélienne, de hauts responsables arabes affirmaient qu’Araghchi oscillait entre ouverture –participant parfois à des dîners amicaux– et menaces voilées, laissant entendre que l’Iran pourrait attaquer ses voisins. Il aurait notamment déclaré à des responsables saoudiens que l’Iran ciblerait les Émirats arabes unis en cas de guerre, un pays avec lequel Riyad entretient un différend notoire. À d’autres occasions, il aurait suggéré que le royaume pourrait également figurer parmi les cibles iraniennes s’il ne faisait pas pression sur Washington pour éviter le conflit, toujours selon ces mêmes responsables. Téhéran a par la suite attaqué les deux pays.

L’envoyé spécial de la Maison Blanche, Steve Witkoff, a affirmé qu’Araghchi s’était vanté que l’Iran possédait suffisamment d’uranium hautement enrichi pour fabriquer onze bombes nucléaires et ce, dans le but d’intimider les Américains. Cependant, Araghchi a nié ces allégations, soulignant que les stocks d’uranium enrichi de l’Iran –et le nombre de bombes nucléaires qu’il pourrait théoriquement produire– étaient publics depuis des années.

Face à l’escalade des combats, Araghchi a adopté un ton provocateur concernant les attaques de missiles et de drones contre les pays voisins de l’Iran, tout en reconnaissant son incapacité à les arrêter, selon des responsables arabes.

Dans un entretien accordé à CBS News, il a déclaré : «Nous n’avons pas déclenché cette guerre. Il s’agit d’un acte d’agression injustifié et illégal à notre encontre et nous continuerons à nous défendre autant que nécessaire, aussi longtemps que nécessaire, pour mettre fin à cette guerre de manière à ce qu’elle ne se reproduise plus».

Physique quantique et religion

Né à Téhéran en 1962 dans une famille de marchands de tapis conservateurs et aisés, Araghchi a participé aux manifestations de rue en soutien à la révolution islamique de 1979. Au début des années 1980, il s’est engagé volontairement dans le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) pendant la guerre Iran-Irak, une expérience qui a profondément marqué sa vision du monde. 

«Il a un parcours révolutionnaire et il est très utile au régime actuellement en tant que figure publique aux États-Unis et à l’international», a déclaré Sherman.

En Iran, sa connaissance approfondie du dossier nucléaire a contribué à faire de lui une figure associée aux conservateurs mais il évoluait également aisément au sein des cercles plus modérés qui ont élaboré l’accord nucléaire de 2015 sous la présidence de Barack Obama. C’était une sorte d’alliance de circonstance. Ses liens avec les Gardiens de la révolution ont offert une couverture politique à l’ancien ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, formé aux États-Unis, et ont permis à ce dernier de rester dans les limites fixées par le Guide suprême Ali Khamenei.

«Il n’appréciait guère les États-Unis, mais il était convaincu qu’il était dans l’intérêt national de l’Iran de parvenir à un accord crédible», a déclaré Richard Nephew, qui a négocié l’accord nucléaire avec Araghchi et a ensuite collaboré avec lui sous la présidence de Joe Biden.

Araghchi a travaillé sur le dossier nucléaire sous trois présidents iraniens, et plus récemment sous Massoud Pezeshkian, entré en fonction en 2024 et qui l’a nommé pour tenir sa promesse de lever les sanctions qui pesaient sur une économie en difficulté.

Bien qu’Araghchi soit convaincu depuis longtemps de la nécessité pour l’Iran de dialoguer avec l’Occident afin d’alléger les sanctions, certains de ses détracteurs estiment qu’il comprend moins bien la politique américaine que des personnalités comme Zarif. Cela a pu entraver les négociations avec l’administration Trump dont la politique étrangère erratique a inquiété même ses alliés.

Araghchi n’a manifesté aucun soutien aux réformes politiques ou sociales en Iran et a publiquement défendu la répression des manifestants par Téhéran.

«Son principal objectif était de lever les sanctions pour améliorer l’économie de la République islamique», a déclaré Enrique Mora, diplomate espagnol qui fut le chef de cabinet de l’ancien haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Joseph Borell et qui mena les négociations pour relancer l’accord nucléaire depuis 2021.

Mora a ajouté qu’Araghchi possède une connaissance approfondie du dossier nucléaire et un esprit brillant et qu’ils ont discuté ensemble de physique quantique et de religion. Mais il a également souligné qu’Araghchi était capable d’utiliser un sarcasme mordant, la colère et les menaces lors des négociations.

«Il peut se montrer impitoyable pour atteindre ses objectifs lors des négociations», a déclaré Mora.

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