Slim Zeghal : “La Tunisie peut transformer le marché carbone en une véritable opportunité”
La Tunisie dispose des plans concrets dans la transition énergétique et la lutte contre le changement climatique. Depuis sa signature de l’Accord de Paris, elle a défini sa Contribution Nationale Déterminée (CND) et fixé des objectifs ambitieux. A dire vrai, 70 % des efforts de réduction des émissions reposent sur les entreprises, le reste sur l’État, d’après Slim Zeghal, CEO d’Altea Packaging lors d’un événement organisé par le Centre des changements climatiques de l’IACE. Ce dernier a pour thème: “Vers un marché carbone en Tunisie: enjeux, freins, et conditions de mise en œuvre”.
L’événement se voulait un espace de dialogue et de concertation réunissant décideurs publics, institutions financières, acteurs du marché et représentants du secteur privé, avec un objectif commun: identifier les opportunités, anticiper les freins et poser les bases d’un marché carbone à la fois opérationnel et attractif.

Pour lui, cette avancée est à la fois nécessaire et stratégique. Il explique que chaque pays doit réduire ses émissions, et en Tunisie, les entreprises jouent un rôle central. Mais pour atteindre nos objectifs, il faut structurer les mécanismes et tirer parti des financements disponibles.
Dans la même optique, il affirme que le marché carbone est l’outil clé pour concrétiser cette transition. Et d’enchaîner: “Le marché carbone fonctionne sur le principe du “pollueur-payeur”. Les entreprises les plus polluantes doivent réduire leurs émissions ou acheter des crédits carbone. Celles qui polluent moins peuvent vendre leurs crédits. Cela crée une incitation économique à investir dans des projets bas carbone et à réduire les émissions globales”.
Ce mécanisme, dit du “cap-and-trade”, consiste à fixer des plafonds d’émissions et à créer un marché dynamique d’échange de quotas. L’approche peut être complétée par une taxe carbone, à condition toutefois de la concevoir avec soin pour ne pas alourdir une pression fiscale déjà existante et préserver ainsi la compétitivité des entreprises tunisiennes. Par la suite, il couvre deux volets, d’une part, la compensation carbone, qui finance la réduction, et d’autre part, l’adaptation, qui aide les secteurs à s’ajuster aux impacts du changement climatique.
Des financements bilatéraux pour soutenir la transition
La Tunisie ne part pas seule. Elle bénéficie déjà de partenariats internationaux. “Nous avons des accords avec le Japon et la Suisse”. Le Japon a déjà permis le financement concret de plusieurs initiatives. Avec la Suisse, une enveloppe de près de 100 millions de francs suisses est prévu, mais il reste à finaliser le cadre institutionnel pour valider les projets”, déclare la même source.
Ces mécanismes, connus sous le nom d’Internationally Transferred Mitigation Outcomes (ITMOs), soit les résultats d’atténuation transférés à l’échelle internationale, s’inscrivent dans le cadre de l’article 6.2 de l’Accord de Paris, qui régule les échanges de crédits carbone entre pays. Ils offrent ainsi à la Tunisie la possibilité d’allier engagement climatique et financement concret.
Pour Slim Zeghal, le marché carbone ne se limite pas à la protection de l’environnement, “C’est aussi un levier économique. Il peut nous éviter certaines taxes carbone aux frontières de l’UE et permettre de réinvestir ces fonds dans des projets locaux. La réussite dépend d’un cadre institutionnel solide et d’une coordination efficace entre entreprises et institutions”.
Une étape clé pour la Tunisie
La Tunisie est à un moment charnière. Structurer un marché carbone opérationnel, sécuriser les financements bilatéraux et respecter ses engagements climatiques représente une opportunité unique: transformer un défi global en bénéfice local.
“Le marché carbone n’est pas une abstraction”, conclut Slim Zeghal. “C’est un outil concret pour bâtir une Tunisie plus verte, plus innovante et économiquement durable”.
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Diplômé de l’Institut des hautes études touristiques de Sidi Dhrif et titulaire d’un master de l’Université Nice Sophia Antipolis, Youssef Zbidi a occupé plusieurs postes importants au sein de groupes hôteliers internationaux. Il a travaillé comme Manager of Sales chez Anantara Hotels & Resorts, puis comme directeur des ventes chez Kyriad, avant de diriger Monarque Hotels, où il a confirmé sa capacité à gérer des établissements avec rigueur et excellence.



