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FMI – Afrique : 11 des 20 économies les plus dynamiques en Afrique

Le FMI révèle que 11 des 20 économies à la croissance la plus rapide en 2026 se trouvent en Afrique (Afrique subsaharienne). Ainsi en tout, 18 pays sont attendus en 2026.  Pourtant Amadou Sy (FMI) tire la sonnette d’alarme : les prévisions régionales révisées prévoient 4,2 % en 2026, loin du potentiel de 4,4 à 5 % nécessaire pour juguler la pauvreté.

Feu d’artifice 2024 (>6 %) : le Niger et le Rwanda sont en tête, suivis du Bénin, de l’Éthiopie, de la RDC, de la Guinée, du Sénégal et de l’Ouganda. Ces dynamiques s’appuient sur une diversification réussie, à l’exception de la RDC et dans une moindre mesure de la Guinée.

Alors que le bas de tableau (<2 %) alerte : le Botswana, la RCA, le Tchad, la Guinée équatoriale, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe trébuchent, englués dans leur dépendance pétrolière. Le Nigeria résiste mieux (3,4 %) grâce à ses services et une production d’hydrocarbures soutenue.

Le plan du FMI en trois volets

Ainsi, indique l‘agence Ecofin, le FMI prévoit de déployer une stabilité macro sur mesure qui sera calibrée aux déséquilibres et contraintes politiques de chaque pays pour juguler inflation et volatilité monétaire. Il en va de même d’un budget inclusif et stratégique. Et enfin des recettes fiscales optimisées par une meilleure administration (sans hausse de taux), des dépenses recentrées sur la protection sociale et les  services publics essentiels. Sans pour autant oublier les réformes structurelles accélérées.

Par ailleurs, le secteur privé devrait être libéré par un climat des affaires assaini, une gouvernance renforcée, une diversification impérative pour les pétro-dépendants (Angola : 90-95 % des exportations).

Avec 900 millions d’habitants et une jeunesse en explosion démographique, cette croissance anémique bloque toute convergence avec les économies avancées et enferme des millions dans la trappe de la pauvreté. Le temps presse.

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Meurtre de Youssef Ben Haha | Mandat de dépôt contre le tueur

Un mandat de dépôt a été émis à l’encontre du meurtrier de l’ancien diplomate Youssef Ben Haha, assassiné à son domicile situé dans le quartier d’El Menzah 1.

Le suspect, âgé d’une vingtaine d’années, travaillait sur un chantier de construction situé à proximité de la demeure de la victime, âgée de 81 ans. Mercredi dernier, l’individu aurait planifié un cambriolage qui a tragiquement viré au meurtre.

Selon les premiers éléments, le cambrioleur a d’abord coupé l’alimentation électrique du domicile. Lorsque Youssef Ben Haha est sorti pour vérifier l’origine de la panne, il a été violemment assommé à l’aide d’une barre de fer, ce qui a entraîné sa mort immédiate. L’agresseur s’est ensuite introduit dans la maison, où il s’en est également pris à l’épouse du défunt.

Après avoir dérobé plusieurs objets de valeur, l’auteur des faits a pris la fuite avant d’être interpellé le jour même, à proximité de son propre domicile.

Y. N.

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Choc énergétique | La Tunisie aura besoin de 8 milliards de dollars pour boucler budget 2026

Le prix actuel du baril de pétrole, qui atteint 113 dollars, dépasse de 50 dollars les prévisions du budget de l’État tunisien pour cette année, lequel était basé sur un prix de 63 dollars le baril et un budget de subventions d’environ 9,8 milliards de dollars. (Photo : ministère des Finances à Tunis).

La guerre israélo-américaine contre l’Iran a pris une tournure plus dangereuse, les affrontements militaires ciblant les installations de production pétrolière et affectant directement les bases de l’économie mondiale. L’impact de ces frappes s’étend au-delà de l’Iran, des pays du Golfe et d’Israël, touchant la quasi-totalité des pays du monde.

Ce conflit a entraîné une hausse des prix du pétrole de plus de 50 % ce mois-ci, Goldman Sachs relevant sa prévision du prix du Brent pour 2026 de 77 à 85 dollars le baril.

Cette situation s’explique par les perturbations persistantes du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz et par l’augmentation des réserves stratégiques, engendrant une pénurie d’approvisionnement sur le marché mondial de l’énergie. Et pas seulement.

Concernant les répercussions de cette pénurie sur la Tunisie, Ridha Chkondali, professeur d’économie à l’Université de Tunis, a déclaré à Mosaique FM, le lundi 23 mars 2026, que le prix actuel du baril de pétrole, qui atteint 113 dollars, dépasse de 50 dollars les prévisions du budget de l’État tunisien pour cette année, lequel était basé sur un prix de 63 dollars le baril et un budget de subventions d’environ 9,8 milliards de dollars. Le renchérissement des cours de l’énergie va nécessiter l’injection d’une enveloppe supplémentaire d’environ 8 milliards de dinars dans le budget de l’État.

Par conséquent, cela met l’État face à trois scénarios possibles.

Le premier consisterait en une hausse des prix des carburants, mais il serait probablement rejeté par le président de la République, car le considèrerait comme une injonction du Fonds monétaire international, ce qu’il réfute catégoriquement.

Le second serait un emprunt de 8 milliards de dinars auprès de la Banque centrale de Tunisie, qui s’ajouterait aux 11 milliards déjà contractés, portant le montant à un niveau considérable et risquant d’avoir des répercussions négatives sur l’économie tunisienne par la relance de l’inflation dont le taux est déjà assez haut.

L’État peut aussi opter pour le report d’un an de la mise en œuvre des projets programmés pour 2026, sachant plus que le budget de développement prévu est estimé à environ 8 milliards de dinars, soit un montant proche de la variation en pourcentage des prix du pétrole.

Autre possibilité offerte : le report de trois années du recrutement de 53 000 nouveaux employés et de l’augmentation des salaires prévus pour cette année, afin d’atténuer les difficultés que pourraient engendrer la forte hausse des prix du pétrole due à l’escalade de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, sachant que ces prix devraient atteindre un niveau que l’État tunisien pourrait ne pas être en mesure de supporter.

Dans ce contexte, Ridha Chkondali a proposé une série de mesures urgentes que l’État devrait adopter. Il a suggéré, en premier lieu, la création d’une cellule de crise composée d’experts nationaux chargés de suivre quotidiennement l’évolution de la situation au Moyen-Orient, d’étudier différents scénarios et d’envisager des mesures et des politiques susceptibles d’aider la Tunisie à surmonter une éventuelle crise.

Il a également proposé l’adoption d’une loi de finances rectificative ou d’une loi de finances d’urgence incluant des propositions visant à atténuer les répercussions négatives que pourrait avoir ce conflit sur l’économie nationale.

I. B.

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Ce qui attend la Tunisie, leader mondiale, dans la filière de l’olive bio d’ici à 2030

La Tunisie s’est imposée comme leader mondial de la production d’olives biologiques, avec environ 144 000 hectares dédiés à l’oléiculture bio, et un secteur reconnu par l’UE, la Suisse et le Royaume-Uni pour la qualité de ses produits, selon l’Agence TAP.

La Tunisie poursuit sa stratégie pour renforcer le secteur de l’agriculture biologique, avec un horizon fixé à 2030. Selon le ministère de l’Agriculture, l’objectif est d’améliorer la gouvernance, de renforcer la qualité des produits et de consolider la présence tunisienne sur les marchés internationaux.

Malgré des résultats prometteurs, plusieurs défis persistent, annonce la même source. La productivité reste limitée par rapport au potentiel disponible, et la valorisation des produits demeure faible, car une grande partie est exportée sous forme semi-brute. A dire vrai, les infrastructures logistiques et les chaînes d’approvisionnement nécessitent également des améliorations pour faciliter le transport et la commercialisation.

Les professionnels du secteur soulignent l’importance de passer de l’exportation de produits semi-bruts à des produits à plus forte valeur ajoutée, afin de renforcer la compétitivité du label tunisien sur les marchés mondiaux.

D’ailleurs, la stratégie nationale prévoit la création de zones pilotes à Sejnane, Kesra, El Haouaria, Majel Belabbes et Hazoua. Ces zones combinent production biologique, écotourisme et artisanat, offrant ainsi un modèle de développement diversifié et durable. Par ailleurs, un système officiel de contrôle et de gouvernance vise à renforcer la crédibilité et la compétitivité du secteur.

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La Tunisie face au risque de pénuries alimentaires 

On ne peut qu’être perplexe face à l’incroyable placidité du gouvernement en Tunisie, pays qui importe 60% de ses besoins énergétiques, face à l’actuelle crise de l’énergie dans le monde, avec un prix du baril de Brent à 111 dollars ce lundi 23 mars 2026, alors que budget de l’Etat pour l’actuelle exercice tablait sur un cours moyen d’environ 63,3 dollars.  (Photo : Ruptures de stocks. E4T).

L’économiste Moktar Lamari n’est pas le premier à avoir tiré la sonnette d’alarme en espérant que le gouvernement se réveille enfin de sa torpeur, regarde la situation en face et nous explique ce qu’il entend faire pour passer ce très mauvais cap sans gros dégât, sachant que sa marge de manœuvre budgétaire et financière est étriquée.

Dans un article publié sur son blog E4T, sous le titre «Pétrole en feu, assiettes sous tension : risques de pénurie alimentaire en Tunisie», il avertit :  «Ce n’est plus une hypothèse théorique, mais un risque vraisemblable et tangible. L’escalade militaire autour de l’Iran, les menaces répétées sur le détroit d’Ormuz — par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial — et la volatilité extrême des marchés de l’énergie dessinent une perspective inquiétante : celle d’un choc d’approvisionnement et une explosion des prix qui pourrait rapidement atteindre les foyers tunisiens.»

Rappelant le principe de précaution, qui doit inspirer tout acte de gouvernance, l’économiste ajoute à qui veuille entendre : «Dans un pays structurellement dépendant des importations alimentaires et énergétiques, l’équation est simple : quand le pétrole flambe, l’assiette trinque.» Eh oui, explique-t-il, «la transmission du choc est mécanique. Une hausse durable du baril au-delà de 100 dollars renchérit immédiatement les coûts de transport maritime, qui représentent une part significative du prix final des denrées importées. Elle alourdit également la facture énergétique de l’agriculture mondiale — irrigation, engrais azotés (fortement dépendants du gaz), transformation industrielle — et désorganise des chaînes logistiques déjà fragilisées par les crises successives.» Ce qui ne tarde pas de perturber l’approvisionnement, de créer des pénuries de certains produits et  des hausses de prix «jusque dans les épiceries de quartier».

Et Moktar Lamri de rappeler que la Tunisie importe plus de la moitié de ses besoins en énergie et en céréales, dépend à 100 % des importations de soja et de larges volumes de maïs, et reste fortement exposé aux marchés internationaux pour les huiles végétales. Ainsi que pour le blé, le lait, la viande, le sucre le café, etc.

Qu’a prévu le gouvernement pour faire face à ce choc qui s’annonce aussi dur que celui provoqué il y a quelques années par la pandémie de Covid 19 ? Comme il n’a pas communiqué (ou pas encore) sur ce sujet d’une extrême gravité, on peut craindre qu’il soit à court d’idées et de solutions.

«Se préparer, ce n’est pas céder à l’alarmisme. C’est reconnaître une réalité : dans un monde instable, la sécurité alimentaire devient une responsabilité partagée. Entre État et citoyens, entre marchés et ménages. Car lorsque le pétrole s’embrase, ce ne sont pas seulement les barils qui flambent. Ce sont aussi les équilibres fragiles qui remplissent — ou vident — les assiettes», conclut Moktar Lamari.

I. B.

 

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Tunisie | Le numérique, ultime frontière de la souveraineté

Alors que la Tunisie s’apprête à naviguer dans les eaux troubles du plan de développement 2026-2030, il est temps de sortir des incantations budgétaires pour affronter la réalité : notre indépendance ne se jouera pas dans les salons feutrés de la diplomatie financière, mais sur le terrain de la maîtrise technologique. Le numérique n’est plus un luxe de technocrates ; c’est le nouveau contrat de souveraineté que l’État doit signer avec ses citoyens.

Abdelwaheb Ben Moussa *

L’illusion des dernières années a été de croire qu’une couche de vernis technologique suffirait à masquer les archaïsmes de notre administration. Soyons clairs : numériser un processus absurde ne fait que rendre l’absurdité plus rapide. Pour réussir ce quinquennat, il faut un courage politique de rupture : simplifier avant de coder. La transformation digitale doit être le scalpel qui débarrassera l’économie tunisienne des kystes bureaucratiques qui étouffent l’initiative privée.

Aujourd’hui, laisser nos données souveraines — qu’elles soient bancaires, fiscales ou identitaires — errer sur des serveurs hors de nos frontières est une faute stratégique. La souveraineté numérique n’est pas un repli frileux, c’est une protection active. Le déploiement d’un cloud souverain national n’est pas une option technique, c’est la construction des remparts de notre sécurité économique au XXIe siècle. Sans maîtrise de la donnée, l’indépendance de décision n’est qu’un slogan creux.

L’IA contre l’informel : le choc de transparence

Dans un pays où l’économie souterraine défie l’État, l’intelligence artificielle (IA) est notre meilleure alliée. L’intégration de l’IA dans le back-office de nos banques ne doit pas seulement servir à optimiser les profits, mais à révolutionner l’inclusion.

En affinant le scoring de risque, nous pouvons enfin ramener vers le secteur formel ces milliers de PME et d’entrepreneurs marginalisés par un système bancaire trop frileux. C’est par la technologie, et non par la seule coercition fiscale, que nous gagnerons la bataille de la transparence.

Le défi du mix énergétique : l’intelligence ou le déclin

Enfin, l’ambition de porter à 35 % la part des énergies renouvelables d’ici 2030 (contre à peine 4 ou 5% aujourd’hui, alors que la pays souffre d’un déficit énergétique structurel estimé à près de 60%), exige un saut qualitatif.

Le pilotage de cette transition, le couplage entre « Green Finance » et « Smart Grids », demande une expertise analytique que nous ne pouvons plus importer.

La Tunisie doit cesser d’être une simple consommatrice de solutions clés en main pour devenir un pôle d’ingénierie numérique régionale.

Le chemin vers 2030 est étroit. Il exige de rompre avec les vieux réflexes d’un État-providence à bout de souffle pour embrasser un État-stratège, agile et résolument tourné vers la modernité. Si nous manquons le virage de la souveraineté numérique, nous ne serons que les spectateurs passifs de notre propre déclassement.

* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.

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Al Ahly | Ben Romdhane pourrait jouer contre l’Espérance

L’entraîneur danois d’Al Ahly, Jes Thorup, a confirmé en conférence de presse avant le match retour des quarts de finale de la Ligue des champions de la CAF contre l’Espérance de Tunis, ce soir, samedi 21 mars 2021, à 20 heures au stade du Caire, qu’il s’était entretenu avec le joueur Mohamed Ali Ben Romdhane au sujet de sa non-participation au match aller, affirmant avoir pris cette décision afin de le préserver de la pression liée à la rencontre.

Thorup a déclaré : «Ce n’est jamais facile de revenir dans son pays et son ancien club. L’envie de jouer est forte, mais nous devons privilégier l’intérêt de l’équipe et protéger le joueur.»

«Ben Romdhane est un joueur fantastique qui s’est bien entraîné, il sera donc dans le groupe samedi», a-t-il confirmé, laissant entendre qu’il pourrait jouer comme titulaire ou en cours de jeu.

Pour sa part, le gardien d’Al Ahly, Mohamed El Shenawy, a affirmé qu’une victoire contre l’Espérance de Tunis serait un beau cadeau d’Al Ahly à tous les Égyptiens pour l’Aïd El-Fitr, estimant que cette rencontre sera cruciale pour son équipe.

El Shenawy, qui parlait lors de la conférence de presse d’avant-match, a ajouté : «Les joueurs seront pleinement concentrés et, si Dieu le veut, nous l’emporterons. Ce sera le cadeau d’Al Ahly pour l’Aïd.»

Les joueurs de l’Espérance de Tunis, quant à eux, aborderont cette rencontre avec un avantage de 1-0 acquis à l’aller grâce à un penalty transformé par le défenseur Tougai. Ils joueront un match défensif et procèderont par contre grâce à la vélocité de leurs attaquants. Et dans cet exercice, ils ont souvent réussi.

I. B.

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Ce soir face à Al Ahly | Une Espérance déterminée et ambitieuse   

Dans le camp de l’Espérance de Tunis, le moral et la détermination sont au top, à quelques heures de la rencontre retour des quarts de finale de la Ligue de champions de la CAF, ce soir, samedi 21 mars 2026, à 20 heures, au stade du Caire, contre Al Ahly d’Egypte.  

L’ailier droit des Sang et Or, Kouceila Boualia, estime que la présence des supporters de l’équipe au Caire, malgré le huis clos, envoie un message fort aux joueurs et à l’ensemble du staff technique. Boualia a déclaré : «Les supporters de l’Espérance ont fait le déplacement jusqu’au Caire en sachant que le match se jouerait à huis clos. Leur présence témoigne du soutien indéfectible au joueurs, au staff technique et à la direction du club, dont l’objectif minimal est la qualification.»

La rencontre se jouera à huis clos suite à une sanction infligée à l’équipe égyptienne.

L’entraîneur de l’Espérance, Patrice Beaumelle, a confirmé, lors d’une conférence de presse, la veille du match, que Hamza Jelassi avait passé tous les examens nécessaires et est apte à jouer.

 «Jelassi a beaucoup souffert et s’est entraîné jeudi avec tous les joueurs. Il a disputé plusieurs matchs et sa présence est importante pour l’équipe ; sa participation est un atout majeur», a ajouté Beaumelle.

L’entraîneur de l’Espérance a également salué l’accueil chaleureux des supporters à l’aéroport avant le départ de l’équipe pour le Caire. Il a ajouté : «Les craquages des supporters de l’Espérance à l’aéroport nous ont émerveillés et nous ferons tout notre possible pour dédier cette qualification aux centaines de supporters présents au Caire et à tous nos supporters, où qu’ils soient.»

À noter que l’Espérance de Tunis s’était imposée 1-0 au match aller, au stade Hamadi Agrebi de Radès, grâce à un penalty indiscutable transformé par Mohamed Amine Tougai à la 73e minute.

L’Espérance qui a plus souvent perdu que gagné face à Al Ahly, le club le plus titré d’Afrique, notamment au Caire, se suffira volontiers d’un match nul ce soir à n’importe quel score pour passer en demi-finale.

I. B.

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Formation probable de l’Espérance ce soir face à Al Ahly  

Ce soir, samedi 21 mars 2026, le Stade international du Caire accueille le match retour des quarts de finale de la Ligue des champions de la CAF entre Al Ahly (Égypte) et l’Espérance de Tunis (Tunisie).

La composition probable de l’Espérance, qui avait remporté le match aller dimanche à Tunis sur le score de 1-0, pourrait être la suivante : Bechir Ben Said (gardien) – Mohamed Drager – Mohamed Amine Ben Hamida – Hamza Jelassi – Mohamed Amine Tougai (défense) – Onushe Ogbelu – Houssem Teka – Abderrahmane Konaté (milieu) – Kouceila Boualia – Jack Diarra – Florian Danho (attaque).

Sauf surprise, la rencontre de ce soir se jouera à huis clos, Al Ahly étant sous le coup d’une sanction de la Confédération africaine de football (CAF), et soit arbitrée par une équipe d’arbitres marocains, sous la direction de Jalal Jayed, assisté de Hamza El Fariq en tant qu’arbitre assistant vidéo (VAR).

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Le CRLDHT dénonce la «condamnation politique» de Saadia Mosbah

Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), une Ong tunisienne basée à Paris, a dénoncé, dans un communiqué publié vendredi 20 mars 2026, la condamnation de Saadia Mosbah à huit ans de prison et à une amende de 100 000 dinars, ainsi que les peines infligées à son fils Fares Gueblaoui (trois ans) et à sa compagne Heba (deux ans).

«Cette décision constitue une condamnation politique, rendue dans un contexte de dérive autoritaire, de banalisation du racisme et d’instrumentalisation du système judiciaire», écrit le CRLDHT.

Saadia Mosbah, militante antiraciste et fondatrice de l’association Mnemty, a été arrêtée le 6 mai 2024,  accusée de blanchiment d’argent, d’enrichissement illicite et d’association de malfaiteurs, ce qu’elle rejette catégoriquement, alors que ses avocats évoquent de «dossier vide».

«À la veille du 21 mars, Journée internationale contre le racisme, cette condamnation illustre un profond décalage entre les principes proclamés et la réalité. Alors que la Tunisie s’est dotée en 2018 d’une loi criminalisant la discrimination raciale, celle-ci est aujourd’hui largement vidée de sa portée : les discours racistes se banalisent sans réponse, les victimes restent insuffisamment protégées, et celles et ceux qui s’engagent contre le racisme sont désormais poursuivis», écrit encore le CRLDHT dans son communiqué.

Le CRLDHT exige la «libération immédiate et inconditionnelle» de Saadia Mosbah, de son fils Fares, de sa compagne Heba et de toutes les personnes poursuivies dans cette affaire.

I. B.

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Trump s’embourbe et son camp se lézarde

La démission, le 17 mars 2026, de Joe Kent de son poste de directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, constitue un tournant majeur au sein de l’administration américaine et un revers politique considérable pour le président Donald Trump et le Parti républicain dans la perspective des élections à mi-mandat du 3 novembre 2026, avec le renouvellement de la totalité des 435 sièges de la Chambre des représentants et du tiers des 100 sièges au Sénat.

Elyes Kasri *

Ancien officier des forces spéciales (Rangers et Bérets Verts), Joe Kent a effectué onze déploiements en zone de combat. Après la mort de son épouse Shannon (tuée en Syrie en 2019), il est devenu une voix influente du mouvement «non-interventionniste». Il a été nommé par Trump en février 2025 et confirmé par le Sénat en juillet de la même année.

Opposition frontale à Trump

Dans sa lettre de démission, Joe Kent a justifié son départ par son opposition frontale à l’engagement militaire des États-Unis contre l’Iran, avançant les points suivants :

– Absence de menace imminente : l’Iran ne représentait aucun danger direct pour la sécurité nationale américaine, affirme-t-il.

– Influence étrangère : il dénonce une guerre déclenchée sous «la pression d’Israël et de son puissant lobby américain».

– Conscience morale : il déclare ne plus pouvoir, «en toute conscience», soutenir les hostilités en cours.

Cette démission intervient dans un climat de blocage politique et militaire et de perspectives d’enlisement de l’opération israélo-américaine contre l’Iran avec ses retombées néfastes sur l’économie américaine ainsi que sur la crédibilité de l’Otan dont les membres refusent de s’engager aux côtés d’Israël des Etats Unis contre l’Iran, suscitant ainsi de fortes tensions au sein de l’Alliance atlantique et de l’appareil sécuritaire américain.

Perspectives d’enlisement

Cette démission tombe très mal pour un président Trump embourbé dans une série de scandales et de décisions vivement contestées auxquels vient s’ajouter une guerre désavouée par la majorité des Américains et leurs alliés illustrant une de ses nombreuses contradictions puisqu’il avait été élu sur une promesse de paix et de prospérité avec un retour de la grandeur des Etats-Unis d’Amérique (Make America Great Again, Maga) et de l’Amérique avant tout (America First).

Outre les électeurs démocratiques qui se sont déjà démarqués du lobby pro israélien depuis le génocide de Gaza, la base électorale républicaine commence à s’exprimer avec véhémence contre ce qui est à ses yeux une politique d’Israel avant tout (Israel First) aux détriments des intérêts américains.

La crainte des retombées économiques de la guerre contre l’Iran et du risque d’enlisement qui pourrait en faire un deuxième Vietnam, est de nature à accentuer la perspective d’un raz-de-marée démocrate aux prochaines élections législatives pour arracher aux Républicains leur faible majorité dans les deux chambres du Congrès et permettre à la nouvelle majorité démocrate d’entamer une série de procédures de destitution et d’inculpation du président Trump et des membres de son administration.

Joe Kent semble avoir pressenti la vague qui se lève contre la politique de compromission des intérêts des Etats-Unis et la tradition d’inféodation politique et militaire au lobby pro-israélien.

Après Gaza, le lobby pro-israélien et le sionisme international se trouvent confrontés à un défi et une érosion sans précédent aux Etats Unis d’Amérique, principal pourvoyeur de fonds et de technologie et défenseur acharné de toutes les dérives et crimes israéliens contre les normes éthiques et du droit international.

D’ici novembre, Trump sera plus que jamais l’otage du lobby pro-israélien et du sionisme international dont il serait toutefois imprudent de sous-estimer les chances de survie et de rebond.

La volatilité et les incertitudes géostratégiques mondiales ne peuvent qu’être exacerbées par l’impasse politique et militaire créée par l’aventure militaire contre l’Iran qui semble avoir de plus en plus de chances de déborder au-delà de la région du Golfe, en particulier en direction des zones riches en hydrocarbures. L’Afrique du Nord étant la plus proche du théâtre européen et de l’alliance atlantique.

* Ancien ambassadeur.

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Officiel | Le Mufti annonce la date de l’Aïd El-Fitr en Tunisie

Le Mufti de la République Hichem Ben Mahmoud a annoncé, dans la soirée de ce jeudi 19 mars 2026, la date de l’Aïd El-Fitr en Tunisie.

Le croissant lunaire a été observé dans différentes régions du pays, a indiqué le Mufti, confirmant ainsi l’annonce de l’Arabie saoudite, hier, ainsi que plusieurs autres pays.

Le Mufti a de ce fait indiqué, que ce jeudi correspond au dernier jour du mois de Ramadhan et que vendredi 20 mars 2026 sera ainsi le jour de l’Aïd El-Fitr.

Aïd Mubarek !

Y. N.

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A quand la fin des agressions d’Israël ?

Les Israéliens, aujourd’hui enivrés par les succès militaires remportés dans les guerres sans fin livrés contre leurs voisins, devraient méditer les conditions et les circonstances de la chute du puissant empire indien de Vijayanagara au XVIe siècle. Ils devraient aussi se préoccuper de l’avenir, car tout ce qu’ils font ces jours-ci avec l’aide et le soutien aveugles des Etats et de certains pays européens sera gravé dans les mémoires. Et il leur sera durement reproché un jour, lorsque le rapport de force régional et mondial changera radicalement à leur dépens. (Photo : Ruines du Royaume de Vijayanagara).

Mohamed Larbi Bouguerra *

Benjamin Netanyahu et ses ministres messianiques et suprémacistes visent le Grand Israël, du Nil à l’Euphrate et attaquent la Palestine (Cisjordanie et Gaza), le Liban, la Syrie, l’Iran, le Yémen et Qatar. Ils invoquent la Bible alors qu’Yitzhak Rabin disait que ce livre n’est pas un titre foncier.

Tous ces criminels de guerre ont intérêt à lire ce qu’il advint à «La Cité de la Victoire» il y a 500 ans.

Un empire combattif et ses voisins

Il était une fois un empire combatif indien qui se targuait du nom de la «Cité de la Victoire». Des générations durant, à côté d’une insolente prospérité économique, il affichait une agressivité marquée vis-à-vis des sultanats musulmans voisins.

Mais comme tout a une fin, un beau jour, il cessa d’exister. Aujourd’hui, demeurent ses ruines livrées à une végétation sauvage et aux hordes de touristes photographiant, à tour de bras, ses palais et ses marchés en ruine.

«La Cité de la Victoire» (en sanskrit : Vijayanagara) n’est ni une légende ni un mythe. Il s’agit d’un puissant royaume qui exista et prospéra entre le XIIIe et le XVIe siècle dans le sud de l’Inde.  Il comptait alors parmi les cités les plus importantes du monde avec un demi-million d’habitants.

A cette époque, le sous-continent indien était l’apanage de nombreux Etats musulmans : Golconda, Ahmednagar, Bidar, Berar et Bijapur. Quant à Vijayanagara, elle donnait sur la mer d’un côté et ces sultanats de l’autre.

Vouée au culte de Shiva et de Vishnu dans cet océan de cités musulmanes, Vijayanagara entretenait des alliances avec certains de ses voisins mais semait aussi les graines de la discorde entre eux, servie par le fait que l’Islam indien comptait des Chiites et des Sunnites.

A l’époque où les Portugais et les Espagnols sillonnaient l’océan en route vers l’Amérique, le roi Krishnadevaraya, pourtant fin lettré, finançait d’incessantes guerres contre ses voisins et ses étables regorgeaient d’éléphants de combat. La supériorité régionale du roi était patente du fait de l’assistance du Portugal, maintenant installé à Goa, et qui fournissait outre des mercenaires, des armes dernier cri, mousquetons, arquebuses et fusils à mèche qui effrayaient tant les combattants musulmans.

En 1530, le roi Krishnadevaraya décida de se lancer à l’assaut de Bijapur, le plus puissant des sultanats musulmans. Armée massive de 70 000 fantassins, 30 000 cavaliers et 550 éléphants face à bien moins de combattants et 250 éléphants. On utilisa les vieilles techniques de combat avec éléphants et catapultes mais aussi des plus modernes comme des canons et des fusils. Les forces royales perdirent du terrain mais le roi lança une contre-attaque en utilisant les armes modernes comme les fusils à mèches : les musulmans, paniqués, s’enfuirent. Vijayanagara entra en triomphateur dans la capitale de Bijapur qu’il livra à ses soldats qui pillèrent la ville et détruisirent ses beaux monuments.

Enivré par sa victoire, le monarque hindou exigea du sultan Adel Shah qu’il vienne embrasser ses chaussures. Le vœu du monarque ne fut pas exaucé. Loin de là !
Adel Shah décida de gagner du temps. Sage décision car Krishnadevaraya et son armée finirent par souffrir du manque de provisions dans la cité dévastée et se replièrent, la queue basse, à Vijiyanagara.

Pour l’historien américain Richard Maxwell Eaton, spécialiste de l’Inde à l’âge perse (1000-1715), à l’Université de l’Arizona, cette offensive du monarque hindou et son mépris des lois et coutumes de la guerre et de ses semblables a «semé les graines de la destruction de son royaume.»

Bien sûr, il a fallu du temps pour que la semence offre ses fruits et, en 1565, le roi Rama Raya a été contraint de combattre contre une coalition de cinq sultanats musulmans. Il fut tué sur le champ de bataille et ses troupes se dispersèrent. Les sultans victorieux entrèrent dans Vijiyanagara et la détruisirent de fond en comble après sa mise à sac. Cette fois, les Portugais ne furent d’aucun secours.

Les exemples historiques de la destruction d’un coup d’une grande cité prospère sont rarissimes. La capitale a été complètement abandonnée et une végétation luxuriante qui cache tigres et cerfs l’a recouverte.

Aujourd’hui, des foules de touristes visitent les ruines de «La Cité de la Victoire» connues sous le nom de Hampi dans l’Etat indien de Karnataka.

Aucune ligne rouge

Le journaliste, historien et critique littéraire israélien Ofri Hany écrit : «Israël est souvent comparé au royaume croisé – un projet de colonisation dans l’est musulman de fanatiques européens. Il y a des parallèles intéressants particulièrement avec le royaume combattant indien qui a prospéré il y a 500 ans. A l’instar de Vijayanagara, Israël sait créer des alliances temporaires avec certains de ses voisins. Il est passé maître aussi dans l’exploitation des conflits et des divisions parmi les régimes avoisinants. Israël bénéficie aussi grandement du support technologique de l’Occident – Allemagne notamment – et des Etats-Unis. Non moins important, Israël a développé une intoxication à la guerre, une insolence et une arrogance (la fameuse chutzpa) alarmantes. Il fracasse grossièrement les normes internationales tout en humiliant ses ennemis. Ce qui ne semble nullement émouvoir les Israéliens… Après le 7 Octobre, Israël a fait fi de plusieurs restrictions – nombre de morts de civils, traitement des leaders ennemis…. Il a fait monter les enchères et franchi presque toutes les lignes rouges. Il est terrifiant de penser aux conséquences au cas où les pays de la région dépasseraient leurs tensions internes et au cas où les Etats-Unis nous tourneraient le dos. Les Israéliens devraient se préoccuper de l’avenir. Tout ce que le pays fait ces jours-ci avec le secours d’une administration américaine dérangée et agressive sera gravé dans les mémoires. Même les pays qui sont aujourd’hui de notre côté nous le reprocheront. Les habitants de Vijayanagara l’ont appris à leur dépens. Ils avaient Shiva et nous avons la Bible» (Haaretz, 5 mars 2026)

Or Jacques Attali citant précisément la Bible écrit que «le prophète Isaïe demande qu’on laisse de la place dans la région à d’autres peuples par une formule si moderne : ‘‘Malheur à vous qui annexez maison après maison, qui ajoutez champ à champ sans laisser un coin de libre et prétendez vous implanter seuls dans la pays’’» (Isaïe 5, 8-9) in ‘‘Dictionnaire amoureux du judaïsme’’ (Plon-Fayard, 2009, p. 246).

* Professeur honoraire à la Faculté des sciences de Tunis et ancien directeur associé de recherche au CNRS – Paris.

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Iran | Comment Mojtaba Khamenei est-il devenu Guide ?

L’accession de Mojtaba Khamenei, qui demeure encore invisible depuis son élection, au poste de Guide suprême de la République islamique d’Iran pourrait paraître simple voire prédestinée. Pourtant, il n’en est rien. Entre intrigues, conciliabules, jeux de pouvoir et rivalités, la succession a été tout sauf facile ! De plus, sans le soutien précieux des puissants Gardiens de la révolution, il n’aurait jamais pu devenir Guide car aujourd’hui en Iran ce n’est plus le régime des Mollahs -vieux cliché français périmé- mais le régime des Gardiens !

Imed Bahri

Selon le New York Times, l’ascension de Mojtaba Khamenei au poste suprême n’est intervenue qu’après une lutte de succession acharnée. Ce processus à haut risque a transformé la République islamique en une version iranienne de Game of Thrones* avec tous les ingrédients qui vont avec : un trône vacant, un conseil de religieux et deux dynasties rivales, la famille Khamenei et la famille Khomeini. Les politiciens se sont disputés le pouvoir, les commandants militaires ont défendu leurs positions et un ancien chef des services de renseignement, tristement célèbre pour avoir orchestré des assassinats, s’est immiscé dans la bataille.

La succession de l’ayatollah Ali Khamenei qui avait dirigé le pays depuis 1989 à travers des décennies de troubles a été ardue. Et durant la guerre contre les États-Unis et Israël, alors que les bombes pleuvaient et que les explosions secouaient la terre, le choix d’un successeur pour un poste à vie devint une véritable épreuve pour la survie du régime.

Le NYT précise que le récit des réunions internes, des luttes de pouvoir et des rivalités qui ont propulsé le fils solitaire de l’ayatollah Khamenei, âgé de 56 ans, à la tête du pouvoir, s’appuie sur des entretiens avec cinq hauts responsables iraniens, deux religieux, deux Iraniens proches du bureau du Guide suprême ainsi que trois membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) connaissant le processus de sélection. Tous ont requis l’anonymat, n’étant pas autorisés à s’exprimer publiquement sur les délibérations internes au sein du régime.

Selon tous les témoignages, Mojtaba Khamenei n’aurait pas pu accéder à ce poste si son père était décédé de cause naturelle. L’ayatollah Khamenei avait proposé trois noms de successeurs potentiels à ses proches conseillers et son fils n’en faisait pas partie.

Réunions secrètes

Le 3 mars, l’Assemblée des experts –organe composé de 88 hauts dignitaires religieux et constitutionnellement chargé de désigner le Guide suprême– a tenu une réunion virtuelle secrète afin d’entamer un processus qui prendrait fin lorsqu’un candidat obtiendrait une majorité des deux tiers.

Plus tôt dans la journée, Israël avait bombardé le siège de l’Assemblée à Qom, ville où résident et enseignent de nombreux religieux dans des séminaires chiites, tuant ainsi des membres du personnel administratif.

Depuis l’assassinat de l’ayatollah Khamenei, le 28 février, lors de frappes aériennes le premier jour de la guerre, des factions politiques rivales et des commandants des Gardiens de la révolution s’efforçaient de promouvoir leurs candidats et de consolider leur pouvoir, selon de hauts responsables, des religieux et des membres du CGRI.

Les tenants de la ligne dure préféraient ignorer les appels à un changement de régime, tant au niveau national qu’international. Ils souhaitaient s’inscrire dans la continuité de l’ayatollah Ali Khamenei et poursuivre sa politique.

La faction modérée, quant à elle, prônait la rupture, prônait un nouveau style de gouvernement et la fin des hostilités avec les États-Unis.

Mojtaba Khamenei bénéficiait du soutien d’alliés puissants : le CGRI et son nouveau commandant en chef, le général Ahmad Vahidi mais aussi le général Mohammad Ali Aziz Jafari, stratège du CGRI durant la guerre en cours, le général Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement et ancien du CGRI. Hossein Taeb, ancien chef des services de renseignement du CGRI et cerveau des assassinats à l’étranger, était également de son côté.

Cependant, l’opposition à Khamenei émergea de milieux inattendus. Ali Larijani**, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien et dirigeant de facto du pays, déclara à certains membres de l’Assemblée des experts qu’il estimait que le pays avait besoin d’un dirigeant modéré capable d’unifier le pays et que Mojtaba Khamenei serait une source de division.

Le président Massoud Pezeshkian, lui-même modéré, ainsi que plusieurs hauts responsables et religieux, ont rejoint l’opposition à la candidature de Mojtaba.

Le camp modéré défendait des candidats potentiels : l’ancien président de 2013 à 2021, Hassan Rouhani dont l’influence avait diminué mais qui était un centriste et avait mené les négociations ayant abouti à l’accord nucléaire de 2015 avec les États-Unis mais aussi Hassan Khomeini, petit-fils du fondateur du régime, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, proche des partis réformistes.

Les modérés proposaient également Alireza Arafi, érudit religieux et juriste, comme candidat de compromis. C’est une figure aux solides convictions religieuses mais sans influence politique ou militaire, ce qui le rendait plus facile à gérer.

Alors que les discussions au sein de l’Assemblée des experts se poursuivaient concernant les candidats, des responsables ont indiqué que la colère envers le président américain et le Premier ministre israélien alimentait un fort désir de revanche, affaiblissant les efforts des modérés.

Au fil des débats, les membres de l’Assemblée semblaient moins préoccupés par la recherche d’un dirigeant capable de sortir le pays de sa crise profonde que par la quête d’une nouvelle incarnation de leur chef martyr afin de venger son assassinat.

L’ayatollah Mahmoud Rajabi, membre du conseil de l’Assemblée des experts, a précisé lors d’un entretien avec la télévision d’État qu’il y avait différents profils et a déclaré : «Certains ont une vision sociale et politique forte, d’autres une plus grande autorité religieuse, d’autres encore de solides compétences administratives et d’autres enfin la sagesse», ajoutant que l’Assemblée avait tenté de se réunir en présentiel à cinq ou six reprises mais que les séances avaient été annulées pour des raisons de sécurité.

Lors du premier tour de scrutin, le 3 mars, Mojtaba Khamenei a obtenu la majorité des deux tiers requise, signe de la victoire des généraux des Gardiens de la révolution. L’Assemblée des experts en a informé les responsables gouvernementaux, qui ont à leur tour prévenu les médias d’État de se préparer à l’annonce de la succession à l’aube du 4 mars mais les choses vont prendre une autre tournure. 

Résistance en coulisse 

Larijani a bloqué l’annonce de l’accession de Mojtaba Khamenei au poste de Guide suprême, arguant que cela mettrait sa vie en danger, le président Trump et le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, ayant menacé d’assassiner tout successeur. Il a suggéré d’attendre la fin de la guerre.

Ce blocage a permis au camp modéré de tenter une dernière fois de faire pression sur l’Assemblée des experts afin qu’elle revienne sur sa décision. Cependant, la tenue de nouvelles élections exigeait des raisons impérieuses.

Larijani, proche confident d’Ali Khamenei, a soutenu qu’un vote virtuel pour Mojtaba Khamenei était illégal, la Constitution imposant un vote en présentiel. L’Assemblée fut alors informée que Mojtaba Khamenei, qui se remettait de blessures reçues lors du premier jour de la guerre, ne souhaitait absolument pas ce poste. Pour des raisons de sécurité, tout contact direct avec lui était impossible. «Lorsqu’on lui a annoncé son élection, il a déclaré: Je ne veux pas accepter ce poste. Choisissez quelqu’un d’autre», a indiqué Abdolreza Davari, un homme politique proche de lui, lors d’un entretien téléphonique depuis Téhéran. Et d’ajouter : «C’est une tradition chiite chez les religieux, où une personne décline poliment une charge pour signifier qu’elle ne recherche pas le pouvoir puis l’accepte ultérieurement».

Les membres du camp modéré informèrent alors le conseil qu’ils avaient découvert une nouvelle directive importante de l’ayatollah Ali Khamenei et demandèrent une rencontre en personne avec la direction du conseil. Lors de la réunion, deux des plus proches collaborateurs de l’ayatollah Khamenei –un conseiller militaire de haut rang et Asghar Hejazi, son chef de cabinet– témoignèrent que Khamenei leur avait confié ne pas souhaiter que son fils ni aucun autre membre de sa famille lui succède. Ils expliquèrent qu’il avait interdit la succession héréditaire car elle contredisait l’essence même de la révolution islamique de 1979 qui avait renversé la monarchie. Ils présentèrent ensuite un testament écrit reprenant ce message et demandèrent au conseil d’annuler le vote initial.

Cette décision soudaine choqua les religieux présents à la réunion, selon des responsables et des religieux. Ils demandèrent un délai pour consulter les autres membres. Cette situation a également alarmé les généraux des Gardiens de la révolution, partisans de Mojtaba Khamenei, qui ont lancé une contre-attaque.

Dans une allocution télévisée, l’ayatollah Ali Moallemi, membre de l’Assemblée des experts, a dénoncé les agissements des modérés, les qualifiant de «coup d’État». Il a déclaré : «On a tenté de modifier l’opinion des membres de l’Assemblée et de nous entraîner dans une autre direction. Des forces extérieures à l’Assemblée ont essayé de nous infiltrer et de nous influencer».

Les généraux imposent Mojtaba 

Le 7 mars, le président Pezeshkian a annoncé que l’Iran cesserait ses attaques contre les États arabes du Golfe et a présenté ses excuses. Il a précisé que la décision de désamorcer les tensions avec ses voisins arabes émanait d’un conseil de transition composé de trois personnes, dont il était membre, assumant temporairement les pouvoirs du Guide suprême jusqu’à l’élection d’un nouveau.

Cette décision a provoqué la colère des généraux des Gardiens de la révolution, qui mènent la guerre et soutiennent Mojtaba Khamenei, selon des responsables iraniens et des membres des Gardiens.

Les généraux Ahmad Vahidi et Aziz Jafari ont fait pression sur l’Assemblée des experts pour qu’elle se réunisse immédiatement afin de procéder à un vote final et de proclamer Mojtaba Khamenei nouveau Guide suprême.

Hossein Taeb, ancien chef du service de renseignement des Gardiens de la révolution, a contacté les 88 membres de l’Assemblée des experts et les a exhortés à voter pour Khamenei. Il a affirmé que voter pour le fils de l’ayatollah était un devoir moral, religieux et idéologique.

L’Assemblée s’est réunie à nouveau le 8 mars, également virtuellement, pour examiner les questions soulevées par les modérés. Certains membres ont déclaré qu’ils devaient respecter les souhaits de l’ayatollah Khamenei et exclure son fils. D’autres ont fait valoir que la Constitution ne les obligeait pas à suivre la volonté de l’ancien Guide suprême et qu’ils avaient l’autorité nécessaire pour prendre une décision indépendante. Tous ont convenu que les circonstances de la guerre permettaient de considérer le vote virtuel comme légitime.

Chaque religieux a inscrit le nom de son candidat sur un morceau de papier, l’a plié et l’a placé dans une enveloppe scellée à la cire. Des messagers ont ensuite remis les bulletins en main propre à une commission chargée du dépouillement et de la vérification des votes.

Mojtaba Khamenei a obtenu 59 voix sur 88, soit la majorité des deux-tiers requise mais loin de l’unanimité.

Peu avant minuit, les médias d’État ont annoncé l’élection d’un nouveau Guide suprême en Iran. Les messages de félicitations et les témoignages de loyauté ont afflué pour Mojtaba Khamenei, même de la part de ceux qui avaient tenté d’entraver son accession au pouvoir. Du moins publiquement, les institutions du régime iranien se sont ralliées au nouveau Guide suprême qui n’a pas encore fait d’apparition publique.

*Game of Thrones est une série télévisée mettant en scène neuf familles nobles qui rivalisent pour le contrôle du Trône de Fer dans les sept royaumes de Westeros.

** L’armée israélienne a annoncé mardi 17 mars 2026 l’assassinat d’Ali Larijani et du général Gholamreza Soleimani, chef des Basij, lors d’une frappe aérienne la veille.

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Le crépuscule du droit international ?

Le premier jour de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, une école de jeunes filles a été bombardée. Plus de 175 victimes. Des enfants, des adolescentes, des vies brisées avant même d’avoir commencé. Ce drame, à lui seul, dit beaucoup plus que de longs discours : lorsque l’école devient une cible, c’est que les règles censées limiter la guerre ont déjà cessé d’exister. (Photo : L’école primaire de filles à Minab (Iran) bombardée le 28 février 2026 par des frappes aériennes américaines).

Khemaïs Gharbi *

Il fut pourtant un temps où les nations prétendaient soumettre la guerre à des règles. Après les catastrophes du XXᵉ siècle, le monde avait tenté d’ériger un rempart juridique contre la barbarie. Avec la création de l’Organisation des Nations Unies et l’adoption des conventions de Genève, l’humanité avait voulu croire qu’il était possible d’imposer des limites à la violence des États. Même dans la guerre, disait-on, certaines lignes ne devaient jamais être franchies.

Certes, ce système n’a jamais été parfait. Les grandes puissances l’ont souvent contourné, et le droit de veto au Conseil de sécurité a régulièrement paralysé les institutions censées le défendre. Pourtant, malgré ses failles, il existait au moins un langage commun : celui du droit, qui permettait de nommer les crimes, de protéger les civils et de rappeler que la force ne devait pas être l’unique loi des relations internationales.

Un édifice qui vacille

Aujourd’hui, ce fragile édifice semble vaciller. Le véritable vaincu de cette guerre n’est pas seulement l’une des parties engagées sur le terrain : c’est le droit international lui-même. Non pas parce qu’il est violé — il l’a souvent été dans l’histoire — mais parce que sa violation se déroule désormais presque sans conséquence politique. Lorsque les règles sont bafouées sans que les institutions censées les défendre puissent agir, ce ne sont pas seulement des principes abstraits qui s’effondrent : c’est la crédibilité même de l’ordre international.

Tout cela survient à peine quelques mois après le génocide des Palestiniens de Gaza et la destruction barbare de leurs villes, de leurs villages et de leurs camps. Ceux qui s’attendaient à un réveil des consciences découvrent avec stupeur que, pour beaucoup de bien-pensants en Occident, les préoccupations du moment semblent ailleurs : le prix du pétrole, l’état des marchés ou l’organisation des prochaines vacances.

Le Moyen-Orient apparaît ainsi comme un véritable cimetière du droit international. Les principes élaborés au fil de décennies semblent y perdre leur force normative, comme si les tragédies du passé n’avaient rien appris au monde.

La responsabilité morale de cette faillite pèse particulièrement sur les puissances qui s’étaient proclamées gardiennes de cet ordre. La première puissance mondiale, longtemps présentée comme l’architecte et le garant de cet équilibre juridique, donne aujourd’hui le sentiment d’avoir failli à cette mission. Lorsque le défenseur proclamé des règles semble lui-même prêt à les relativiser, le message envoyé au reste du monde est redoutable : pourquoi respecter un droit que ceux qui l’ont façonné paraissent eux-mêmes disposés à contourner ?

La loi de la jungle

Le danger est immense. Si le droit international cesse d’être perçu comme une norme contraignante, il ne restera bientôt qu’un instrument politique, invoqué lorsque cela arrange et oublié lorsque cela gêne. Dans un tel monde, les États les plus puissants imposeront leur volonté, tandis que les plus faibles n’auront d’autre choix que l’alignement ou la résistance désespérée.

Ce serait alors le retour à ce que l’histoire a connu de plus sombre : un système international dominé par la force brute, où la diplomatie ne serait plus qu’un masque posé sur la loi de la jungle.

La question posée par cette guerre dépasse donc de loin le théâtre des combats. Elle engage l’avenir même de l’ordre mondial : le droit international peut-il encore limiter la violence des États, ou n’est-il déjà plus qu’une illusion fragile, survivant dans les discours mais vaincue dans les faits ?

* Ecrivain et traducteur.


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Tunisie et la facture de la hausse des prix du pétrole

Les conséquences désastreuses de l’escalade des tensions au Moyen-Orient, suite au déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, constitue une menace supplémentaire pour l’économie tunisienne en crise depuis 2011 en raison des effets conjugués des pressions internes et externes.

Avec un baril de pétrole brut dépassant les 100 dollars américains ($), le gouvernement est confronté à un nouveau défi : la loi de finances 2026, dont le financement reste en partie incertain, prévoyait un prix moyen du baril de pétrole de seulement 63,3 $. La hausse prévisible ne manquera d’aggraver les difficultés financières du pays qui a du mal à sortir sur les marchés internationaux en raison d’une note souveraine à risque : en février 2026, Fitch Ratings l’avait confirmé à « B- ».  

On sait que chaque dollar de hausse dans le cours du pétrole, qui risque de flamber davantage, coût 140 millions de dinars par an au Trésor public pour maintenir les subventions publiques de produits de première nécessité, ce qui ferait peser un risque de flambée de l’inflation et de gel des investissements.

Dans sa lettre d’information hebdomadaire ‘‘EcoWeek’’ (n° 11-26 du 15 mars 2026), l’économiste Hachemi Alaya écrit : «Il est encore prématuré d’aborder la question des conséquences sur l’économie tunisienne de la guerre contre l’Iran. Mais la vraie ‘‘conséquence’’ qu’il faut redouter c’est qu’elle serve d’alibi pour masquer le cancer qui la ronge de l’intérieur ou pis, de lui imputer l’aggravation de ses maux.»

Tout en soulignant l’aggravation des déséquilibres structurels de l’économie nationale, l’érosion périlleuse de sa compétitivité extérieure, le transfert massif des ressources vers le secteur public et la poursuite de la dégradation de la liberté économique dans sa triple dimension économique, politique et justice, entre autres signaux négatifs risquant d’enfoncer durablement la Tunisie dans la catégorie des pays stagnants, Alaya estime que le vrai risque, c’est de voir le gouvernement se défausser sur la guerre pour justifier ses manquements et retarder encore les réformes structurelles exigées par la situation globale du pays.

Car, au-delà des conséquences économiques de cette guerre qui dépendront fortement de sa durée, de son ampleur et de son issue, «le vrai risque pour l’économie tunisienne c’est d’occulter le cancer qui la ronge de l’intérieur ou pis, d’imputer l’aggravation des déséquilibres et des maux qui la marquent aux conséquences de la guerre», écrit-il.

Cette tentation est de nature, ajoute-t-il, «à embourber encore plus le pays dans l’immobilisme en matière de réformes et la prodigalité à crédit de ses finances publiques.» Ce qui serait «plus dommageable qu’une flambée éphémère du pétrole ou les perturbations dans les approvisionnements en produits céréaliers dont dépend fortement la Tunisie.»

L. B.

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Business et sécurité dans les pays du Golfe | Le basculement !

Face aux impacts dévastateurs de la guerre israélo-américaine contre l’Iran sur la sécurité des Etats arabes du Golfe, il est important de bien comprendre les enjeux de la stabilité de cette région riche en hydrocarbures et de sa sécurisation future sans les États-Unis, mais avec un danger permanent qui viendra principalement de l’Etat belliciste d’Israël, quels que soient ses dirigeants présents et futurs. (Photo : Le pacte entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, signé le 14 février 1945 sur le croiseur USS Quincy par le roi Abdelaziz ibn Saoud, et le président Franklin Roosevelt, a-t-il encore un sens aujourd’hui ?)

Naamen Bouhamed *

Depuis le déclenchement de cette guerre, l’économie régionale est à l’arrêt.Les salons professionnels sont reportés au second semestre 2026, voire en 2027, ou tout simplement annulés. Tous les événements majeurs, forums mondiaux et championnats de F1 à Djeddah ou Bahreïn, sont annulés pour la saison 2026. Les déplacements et missions professionnels sont conditionnés à la réouverture des aéroports de Dubaï, Doha, Bahreïn, Koweït ou Bagdad, ces infrastructures étant sous la menace des drones iraniens visant des bases militaires américaines à proximité.

Impacts de la guerre dur le commerce mondial

Les exportations d’Europe, d’Asie, d’Afrique, et plus largement celles venant du monde entier, qui naviguaient vers Jebel Ali avant le déclenchement du conflit par Israël et les États-Unis, se retrouvent en situation de congestion portuaire en Inde (port de Nhava Sheva) ou au Kenya (port de Mombasa). Les armateurs comme CMA-CGM, Maersk, MSC et autres cherchent des solutions de déchargement sur des ports situés hors du détroit d’Ormuz, tels que Sohar à Oman ou Khor Fakkan, dans l’émirat de Sharjah, qui dispose d’une ouverture sur la mer d’Oman. Des pénalités, ou «primes de guerre», allant de 800 à 3000 dollars par conteneur sont facturées par les compagnies maritimes aux exportateurs ou aux importateurs.

Jebel Ali, l’un des ports les plus dynamiques du monde, se retrouve malgré lui sous le feu des hostilités.

Tout cela a un coût financier qui se chiffre en plusieurs millions de dollars de perte par jour. Il en va de même pour Emirates ou Qatar Airways, et les aéroports de Dubaï, Doha, Bahreïn ou Abou Dhabi, qui sont des hubs vers l’Asie, sont fermés depuis deux semaines sans pouvoir espérer relancer leurs activités à plein régime avant plusieurs semaines.

Nos exportations, tout comme celles des fournisseurs du monde entier, ne peuvent plus accéder à Jebel Ali, qui est le nœud névralgique de la redistribution sur toute la zone. Le port assurait des connexions quotidiennes vers les ports Hamad à Doha, Manama, Koweït, mais aussi vers l’Iran, le Pakistan, l’Afrique et l’Europe. Jebel Ali n’est pas un simple port, c’est un des axes majeurs de la connectivité maritime mondiale. Il est relié à plus de 140 ports dans le monde.

Avec une capacité de plus de 19 millions d’EVP (équivalent vingt pieds) par an, le port émirati est le plus grand et le plus fréquenté du Moyen-Orient. Il constitue un lien vital entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique, ce qui en fait une pierre angulaire du commerce international.

L’impact pour nos exportations sur la zone du Moyen-Orient et du Golfe est majeur. Le port assurait une connectivité dense avec les pays voisins via des services de «feeders» (navires collecteurs) qui représentent 100 % du transport maritime de cette zone, à l’exception de l’Arabie Saoudite avec Djeddah, situé en mer Rouge, qui assure 80 % de ses importations de biens de consommation.

Les pertes économiques globales pour les Émirats arabes unis, suite à ces incidents, ont été estimées à plus de 5 milliards de dollars.

Impacts de la guerre sur les salons et événements

Les salons et événements B2B sont aussi l’une des facettes de l’écosystème de Dubaï, tout comme les événements sportifs de dimension mondiale (F1 à Bahreïn, Abou Dhabi ou Djeddah).

L’ensemble de ces événements et rendez-vous économiques pour nos entreprises exportatrices faisait tourner l’économie de tous ces pays.

À Dubaï, mais aussi à Riyad, Bagdad ou Doha, tous les événements sont reportés, voire annulés. Stephen Carter, Ceo d’Informa (leader mondial des salons professionnels et événements B2B dans la région), avec un portefeuille de salons et d’événements (Gulf Food, Gitex, Middle East Energy, Dubai World Health Expo, Dubai Airshow, LEAP, Saudi Global Health…), qui devait générer plus de 650 millions de dollars de revenus en 2026, voit l’ensemble de ses événements reportés ou annulés.

Lors d’un point de presse, M. Carter a annoncé que le sommet mondial des transports publics, prévu du 21 au 23 avril 2026, est annulé pour cette année. La prochaine édition aura lieu à Hambourg en 2027. Token2049, initialement prévue pour avril 2026, cette conférence majeure sur les cryptomonnaies est reportée à avril 2027. Le Dubai International Boat Show, prévu pour avril 2026, est désormais reprogrammé du 25 au 29 novembre 2026. Enfin, Middle East Energy Dubai, l’exposition qui devait se tenir en avril au Dubai World Trade Centre, est reportée du 1er au 3 septembre 2026.

Pour chacun de ces événements majeurs, ce sont des milliers d’exposants et de visiteurs professionnels venus du monde entier qui ne se déplaceront pas à Dubaï, Riyad, Doha, Bagdad ou Bahreïn avant le second semestre.

Le salon Middle East Energy, c’est entre 50 000 et 70 000 personnes qui ne viendront pas, ce qui impactera les hôtels, les transports aériens et tous les services attenants.

L’ensemble des salons cumulés entre février et septembre prochain représente des centaines de milliers de voyages et de voyageurs d’affaires qui sont soit reportés, soit annulés, donc des pertes nettes qui se chiffrent en millions de dollars pour tous les acteurs économiques vivant de ces activités.

Le transport aérien en chute libre

L’activité aérienne, ce sont 6 millions de passagers touchés par les annulations de vols. Selon Cirium, expert en données sur le trafic aérien, plus de 52 000 vols ont été supprimés entre le 28 février (date du début des bombardements américano-israéliens contre l’Iran) et le vendredi 13 mars. Soit plus de la moitié des plus de 98 000 trajets prévus.

Les plateformes aéroportuaires géantes comme Dubaï et Doha tournent encore au ralenti. Il faut bien comprendre que ces «hubs» ont bâti leur modèle économique sur les passagers en correspondance sur des long-courriers, bénéficiant de leur position au carrefour des liaisons vers et depuis les Amériques, l’Europe, l’Asie et l’Océanie.

La compagnie la plus touchée sur ses programmes de vols au départ du Moyen-Orient est Qatar Airways, qui a dû annuler près de 93 % de ses liaisons, selon Cirium. Etihad, basée à Abou Dhabi, a renoncé à 81,7 % de ses vols au départ, tandis qu’Emirates a réussi à n’annuler «que» 56,5 % de ses décollages de Dubaï, malgré la fermeture de l’aéroport durant les périodes de tension où il a été pris pour cible. Les pertes pour Emirates se chiffrent déjà en centaines de millions de dollars.

La fuite des travailleurs expatriés

Si l’Arabie Saoudite n’est pas touchée par ce phénomène, les trois pays les plus impactés sont les Émirats arabes unis (Dubaï et Abou Dhabi en tête), suivis du Qatar et de Bahreïn, avec des proportions variables. Dubaï a le plus à perdre dans cette situation, tant sur le plan économique que politique. Il faut néanmoins relativiser cette fuite, car la composition de la population de ces pays joue un rôle très important. Sur les 11 millions d’habitants des Émirats, 90 % sont des étrangers, dont 70 à 80 % originaires d’Asie (Inde, Pakistan, Bangladesh, Philippines…).

Ces travailleurs, souvent seuls et envoyant 80 % de leur salaire à leur famille (un revenu vital pour leurs proches), n’ont aucun intérêt à partir, avec le risque de perdre leur «Iqama» (carte de séjour professionnelle).

Ceux qui fuient, ou qui quittent temporairement le pays, sont souvent les Européens ou les «riches» qui ont les moyens et un pied-à-terre dans leur pays d’origine, ainsi qu’un revenu ou une réserve financière de quelques mois pour assurer la sécurité de leur famille en attendant que la situation se calme, avant de revenir reprendre leur activité.

Quel avenir pour la stabilité de la région ?

Mais y aura-t-il un retour à la normale ? Et l’après sera-t-il identique à l’avant ? Car il y aura un avant et un après, et c’est là que les défis de Dubaï ou de Doha vont être mis à rude épreuve.

La question que tout le monde se posera dorénavant est : à quand la prochaine guerre ? Car ce ne sont pas les États-Unis qui ont tiré les premiers, mais Israël qui souhaite la destruction totale de l’Iran. Tant que l’Iran sera debout, l’objectif des décideurs sionistes sera, à un moment ou un autre, de recommencer à bombarder l’Iran, ce qui obligera les États-Unis à intervenir, et les pays du Golfe seront de nouveau les cibles de contre-attaques.

Dans cette configuration de vie entre cessez-le-feu et reprise de la guerre, qu’adviendra-t-il de la stabilité de Dubaï, dont l’économie repose à 90 % sur les services ? Abou Dhabi a son pétrole, Doha son gaz : ils seront impactés, mais dans une moindre mesure sur le long terme.

À lire à ce sujet, l’analyse de Sheikh Khalaf al-Habtoor, l’un des plus importants hommes d’affaires des Emirats, publiée par ‘‘Business Arabia’’ et portant sur les dégâts collatéraux de cette guerre, qui a entraîné les pays du Golfe dans une guerre qui n’est pas la leur, sur les affaires et la stabilité de Dubaï.

Géopolitique de la sécurisation du Golfe  

Il est important de bien comprendre les enjeux de stabilité de cette zone, de sa sécurisation future sans les États-Unis, mais avec un danger permanent qui viendra principalement de l’Etat sioniste, quels que soient ses dirigeants présents et futurs.

Les pays du Golfe, dont l’Arabie Saoudite en priorité, vont devoir revoir toute leur stratégie de défense. L’accord de défense avec le Pakistan, signé en septembre 2025, n’est probablement qu’une étape vers un partenariat de défense plus global qui devra intégrer l’Iran et l’Irak afin de donner un sens à un avenir commun de stabilité et de paix régionale pour tous, comme le souhaite la Chine.

Dans mon ouvrage ‘Réussir l’export en Arabie Saoudite’’, je traite de la construction de l’Arabie d’Ibn Séoud, qui a su, avec intelligence, et face aux Britanniques, réunir les tribus de la péninsule arabique et bâtir le Royaume d’Arabie Saoudite. J’explique aussi le jeu des Britanniques, des Français et enfin des Américains dans cette question du contrôle des territoires depuis le 18e siècle jusqu’à l’entrée en jeu des États-Unis en 1945 et les accords du Quincy avec l’Arabie Saoudite (sécurité contre pétrole). Je reviens sur la façon dont les Britanniques ont signé des accords de protectorat dès 1892 avec les cheikhs du Koweït, de Bahreïn, du Qatar, d’Abou Dhabi, Dubaï, Charjah, Ras el-Khaïmah, Oumm al-Qaïwaïn et Fujaïrah. Le sultanat d’Oman, suite à un conflit franco-britannique, restera un territoire «neutre», même si les Britanniques ont toujours eu un privilège sur Oman.

Je citerai ce qu’a dit le futur roi Abdel Aziz Ibn Saoud, fondateur du Royaume, à Gertrude Bell, agent de liaison britannique basé à Bassora : «Je ne reconnaîtrai d’autre État arabe que celui que j’aurai bâti seul et à la pointe de mon épée…»

Le Pacte du Quincy, signé le 14 février 1945, est plus qu’une alliance, la naissance d’une puissance pétrolière mondiale.

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les Américains ont pris conscience de l’importance future des gisements pétroliers d’Arabie Saoudite. Le président Franklin D. Roosevelt, de retour de la conférence interalliée de Yalta, fera escale au large de Yanbu (à la grande surprise des Britanniques) et demandera à rencontrer le roi Ibn Saoud au milieu du canal de Suez, sur le croiseur Quincy, le 14 février 1945. Cette rencontre informelle permettra, entre autres, aux compagnies pétrolières américaines de s’approprier les gisements pétroliers saoudiens et de concurrencer ainsi les Britanniques qui s’étaient accaparé les gisements pétroliers en Irak et en Iran.

Les deux dirigeants conviennent d’un accord «Pétrole contre sécurité». Les États-Unis acceptent de protéger militairement le royaume saoudien en échange de son pétrole. Sans oublier que, depuis, la monnaie américaine a un statut hégémonique, en partie parce que 80 % des transactions pétrolières sont effectuées en dollars, mais aussi parce que le riyal saoudien est en parité fixe avec le dollar jusqu’à ce jour. Mais que vaut aujourd’hui cette protection en 2026 ?

Les accords d’Abraham, signés en 2020 sous l’impulsion des États-Unis de Trump, avaient pour objectif d’établir des relations diplomatiques et de renforcer la coopération économique, technologique et sécuritaire entre Israël (l’entité sioniste), les Émirats arabes unis, le Maroc, Bahreïn et le Soudan.

Aujourd’hui, ces accords sont considérés par certains comme un cheval de Troie permettant à l’entité sioniste de déstabiliser les pays arabes et voisins pour ses propres intérêts.

À écouter à ce sujet, l’interview d’un ancien membre du Saudi Shura Council, le cheikh Ahmed Altuwaijri.

L’accord entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, signé le 10 mars 2023, à Pékin, sous l’égide de la Chine, rétablit les relations diplomatiques entre les deux pays, rompues depuis 2016. Cette médiation chinoise marque une désescalade majeure (réouverture des ambassades) et souligne l’influence croissante de Pékin au Moyen-Orient face aux États-Unis.

L’Accord stratégique de défense mutuelle (MSDA) entre l’Arabie saoudite et le Pakistan, signé le 17 septembre 2025, formalise une alliance militaire unique dans la zone. Tout acte d’agression contre l’un est considéré comme une attaque contre les deux, avec une protection nucléaire implicite du Pakistan envers Riyad, redéfinissant l’équilibre sécuritaire régional.

En attendant la suite du déroulement du conflit, nos exportations sont conditionnées à l’augmentation des primes de transport maritime et de risque, ainsi qu’à des délais de livraison qui ne sont plus garantis.

Vigilance et anticipation sont de mise, en attendant une reprise normale des affaires en toute sécurité. Mais pour combien de temps !

* Consultant, président de Alwen International.

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Habermas «dégringole-t-il des hauteurs de la morale»[1] ?

Le 14 novembre 2023, des professeurs de philosophie tunisiens furent consternés par le texte titré «Principe de Solidarité : Une prise de position» (PDS)[2], signé par Jürgen Habermas et trois autres professeurs. Le choc était d’autant plus fort qu’ils venaient d’apprendre, le même jour, que le nombre de palestinien-es tué-es par l’armée et les colons israéliens avait déjà atteint les 1000 victimes. La réaction des professeurs de philosophie fut que, signataire de cette prise de position (PDS), Habermas ne méritait plus d’être une référence crédible et ne pouvait même plus être enseigné. L’objectif de ce texte, intentionnellement tardif, bien qu’écrit avant la mort du philosophe le 14 mars 2026, est de répondre à ce «PDS», qui fut tellement troublant pour quiconque suit l’actualité du conflit israélo-palestinien.

Ridha Chennoufi *

j’ai jugé qu’il serait plus sage de savoir comment Habermas pourrait réagir à la riposte de l’armée israélienne, qui ne pouvait être, comme à l’accoutumée, que disproportionnée. Ce qui fut attesté dès le 17 octobre 2023 par le bombardement de l’hôpital Ahli Arab à Gaza qui fit des centaines de morts. Maintenant que nous passons à l’année 2026, une riposte sous forme de commentaire à «Principe de Solidarité» (PDS) est tout à fait concevable.

1- Le texte intégral de «Principe de Solidarité : Une prise de position », signé par Habermas et trois autres professeurs, publié le 13 Novembre 2023, affirme ceci :

«Le massacre perpétré par le Hamas, avec l’intention déclarée d’anéantir toute vie juive, a provoqué une riposte israélienne. La manière dont cette riposte, justifiée par principe, est menée fait l’objet de vifs débats ; les principes de proportionnalité, la nécessité d’éviter les pertes civiles et la perspective d’une paix future devant guider cette riposte. Cependant, malgré toute la préoccupation suscitée par le sort du peuple palestinien, le jugement est totalement faussé lorsque les actions israéliennes sont qualifiées d’intentions génocidaires.

En particulier, les actions d’Israël ne justifient en aucun cas les réactions antisémites, surtout pas en Allemagne. Il est intolérable que des Juifs en Allemagne soient à nouveau victimes de menaces contre leur vie et doivent craindre des violences physiques dans les rues. L’identité démocratique de la République fédérale, fondée sur l’obligation de respecter la dignité humaine, est liée à une culture politique pour laquelle, à la lumière des crimes de masse de l’époque nazie, la vie juive et le droit d’Israël à exister sont des éléments centraux, particulièrement dignes de protection. Cet engagement est fondamental pour notre coexistence politique. Les droits fondamentaux à la liberté et à l’intégrité physique, ainsi qu’à la protection contre la diffamation raciste, sont indivisibles et s’appliquent à tous sans distinction. Ceux qui, dans notre pays, ont cultivé des sentiments et des convictions antisémites sous divers prétextes et qui voient aujourd’hui une occasion propice de les exprimer sans vergogne doivent également s’y conformer». 

Comme on peut le constater, l’intention de Habermas est de soutenir indéfectiblement l’État israélien et de condamner le Hamas (les Palestiniens), ainsi que tous ceux qui en Allemagne ou ailleurs critiquent la riposte du gouvernement israélien. Pour un lecteur impartial, une telle approche reproduisant le schéma ami-ennemi ne peut être qu’injuste. Pour éviter ce schéma, je vais commenter les phrases qui me semblent essentielles en les mettant dans leur contexte.

2) Commentaire de quelques phrases choisies

A) La première phrase : «Le massacre perpétré par le Hamas … est l’œuvre des antisémites».

Cette phrase n’est certainement pas l’œuvre de Habermas, mais probablement celle de ses cosignataires qui semblent croire que seuls les juifs sont sémites. Ce faisant, ils se sont permis de balayer d’un revers de main la définition du mot sémite (subst. et adj.) donnée par l’orientaliste juif Moritz Steinschneider (1816-1907) depuis le 19e siècle, et plus tard, par l’Académie française selon laquelle le mot sémite désigne «les populations originaires du Proche et du Moyen-Orient, dont le principal caractère commun est l’usage d’une langue appartenant à la famille des langues sémitiques. Les peuples sémites, qui regroupaient notamment dans l’Antiquité les Assyriens, les Araméens, les Cananéens, les Hébreux, les Moabites, les Phéniciens, désignent aujourd’hui les Juifs et les Arabes».[3] Donc, les Arabes qui ont une interprétation extrémiste de l’Islam peuvent être anti-juifs, mais jamais antisémitismes, de même que les juifs peuvent être islamophobes, mais jamais antisémites. Tout porte à croire que les trois cosignataires ont préféré suivre le journaliste australien David Ewan Marr qui a réussi à propager l’idée selon laquelle seuls les juifs sont sémites tandis que tous ceux qui les critiquent, même s’ils sont israéliens, sont antisémites !

Ceci étant dit, il est vrai que Hannah Arendt a défini l’antisémitisme comme étant une idéologie raciale, apparu sous le régime nazi. Mais, cela n’a rien à voir avec le conflit israélo-palestinien qui est avant tout politique et colonial. 

B) La deuxième phrase : «Le massacre perpétré par le Hamas, avec l’intention déclarée d’anéantir toute vie juive…».

Voici une phrase que Habermas utilise souvent. En effet, lors d’un entretien avec Giovanna Borradori, par exemple, cette dernière a posé à Habermas la question suivante : «qu’entendez-vous au juste par terrorisme ?[4]». «Le terrorisme des Palestiniens, a-t-il dit, reste un peu un terrorisme à l’ancienne. Ici, il s’agit de tuer, d’assassiner ; le but est d’annihiler de manière aveugle des ennemis, femmes et enfants compris» En d’autres termes, selon Habermas, la forme spécifiquement palestinienne du terrorisme est la barbarie et l’inhumanité.[5] Pour comprendre cette phrase, il convient de savoir comment Habermas l’a utilisée en 2015. 

Suite aux attentats du 13 Novembre 2015 en France, Habermas  avait repris la même phrase :  «Nous pouvons considérer cesbarbares comme des ennemis, et nous devons lutter contre eux, inconditionnellement ; mais, si nous voulons vaincre cette barbarie sur le long terme, nous ne devons pas nous leurrer quant à ses raisons, qui sont complexes».[6] Habermas n’utilise pas le mot  «barbare» selon le sens que lui donnaient les Grecs, à savoir l’autre ou l’Etranger, mais de Lemkin, pour lequel l’acte barbare comme l’acte de vandalisme relèvent du génocide. 

Habermas utilise le terme de «barbarie» le 13 novembre 2015 et le 7 octobre 2023. Toutefois, le 13 septembre 2015, il avait insisté pour que la riposte soit toujours mesurée et il avait surtout pris soin de rappeler que le terrorisme est le produit de la colonisation de cette région du Proche-Orient par les puissances occidentales et déclaré que cet esprit colonial perdure encore jusqu’à aujourd’hui, donnant l’exemple de «l’intervention américaine en Irak (2003) décidée par George W. Bush, qui a bafoué les règles du droit international».

En effet, dit-il, «un regard rétrospectif sur le 11-Septembre 2001 ne peut que nous conduire à constater, comme nombre de nos amis américains, que la ‘‘guerre à la terreur’’ de Bush, Cheney et Rumsfeld a abîmé la constitution politique et mentale de la société américaine. Le Patriot Act adopté à l’époque par le Congrès, encore en vigueur aujourd’hui, porte atteinte aux droits fondamentaux des citoyens, et touche à la substance même de la Constitution américaine».

De plus, «l’extension fatale de la notion de combattant ennemi, qui a légitimé Guantanamo[7] et d’autres crimes»[8] enlève aussi toute crédibilité à cette Constitution. Il termine l’interview par cette phrase : «La réaction irréfléchie aux attentats du 11-Septembre… explique en bonne part la propagation d’une mentalité incarnée aujourd’hui par une personnalité aussi innommable que Donald Trump, candidat aux primaires républicaines… Ne pouvons-nous pas, comme les Norvégiens en 2011, après l’effroyable attentat commis sur l’île d’Utoya, résister au premier réflexe du repli sur soi face à l’inconnu incompréhensible et de l’agression contre l’‘‘ennemi intérieur’’».[9]

Le lecteur de cette prise de position de 1915 ne peut que reconnaître la noblesse morale de son auteur et c’est sur elle que nous devons continuer à commenter la prise de position (PDS) du 13 novembre 2023 même si nous prenons le risque d’être surpris que les deux déclarations s’opposent en certains points importants :

a) Avec son «Principe de Solidarité» (PDS), Habermas semble ignorer complètement l’histoire du conflit israélo-palestinien. Lorsqu’il affirme que «le massacre perpétré par le Hamas» a pour seule «intention d’anéantirtoute vie juive», il ne fait que donner raison à Horkheimer d’avoir affirmé en 1958, après la lecture de son habilitation, que Habermas n’avait aucun sens de l’histoire («Historisch ahnunsgslos»)[10] : «Les normes que Habermas tire du ‘‘jeune Marx’’, qu’il oppose au Marx plus âgé, doivent être fort maigres. D’abord parce que la période d’avant mars (Vormärz) était celle des slogans et des programmes, et surtout parce que l’œuvre de Marx n’a perdu de sa substance que durant ses années londoniennes. Ensuite, parce que ce Monsieur Habermas dialecticien, sous prétexte de critique immanente, adhère en réalité lui-même aux normes de (Vormärz) et se voit donc contraint d’ignorer presque tout ce qui relie les écrits de cette époque à la première moitié du XXe siècle, c’est-à-dire, avant tout, ce qui constitue leur essence même.  L’affirmation répétée par Habermas de la révolution comme essence innée de la philosophie semble historiquement dénuée de toute compréhension.[11] En effet, dans sa déclaration du 13 Novembre, Habermas avait aussi ignoré qu’avant l’attaque du Hamas, l’État d’Israël avait commis des massacres à l’encontre des Palestiniens dont par exemple 1) Le massacre de Deir Yassin  (village à l’ouest de Jérusalem) perpétré par 120 terroristes de l’Irgoun et du Lehi, qui a fait 254 morts palestiniens (1948), 2) Le massacre de Tantoura, perpétré par la brigade israélienne Alexandroni, qui a fait selon l’historien israélien Teddy Katz entre 200 et 250 morts palestiniens, 3) Le massacre de Sabra et Chatila (commis (1982) par les milices chrétiennes phalangistes, alliées d’Israël, à l’encontre des Palestiniens.

Il est important et rassurant que des Israéliens ont donné une lecture sereine et surtout juste et objective du conflit israélo-palestinien. Le 16 novembre 2023, José Brunner[12] a donné une interview au cours de laquelle il a déclaré :«Les tendances antidémocratiques de la société israélienne sont largement imputables aux années d’occupation. Certains estimaient que la situation du pays sous Netanyahu était indissociable de celle des territoires occupés. À ce moment-là, nous étions moins préoccupés par la politique d’occupation en tant que telle que par le fait que l’évolution autoritaire, qui s’est manifestée dans la réforme judiciaire, découlait de l’occupation.»[13] C’est dire à quel point Habermas et ses compagnons se sont lourdement trompés en jugeant l’attaque du Hamas sans toute contextualisation historique.

Pour José Brunner «le coup de force juridico-politique d’un gouvernement antidémocratique et colonisateur, surtout le fait que le totalitarisme colonial est la source du totalitarisme intérieur».

Habermas et ses compagnons ont fait preuve de déni en affirmant que la riposte israélienne est justifiée puisqu’elle tient compte des principes de proportionnalité alors que ces principes ont toujours été bafouées par l’armée israélienne. Brunner, lui, l’a reconnu: «La stratégie d’Israël a toujours consisté à contrer toute vulnérabilité par une force militaire écrasante en cas d’attaque. C’est encore le cas aujourd’hui : l’attentat terroriste du Hamas est suivi de bombardements massifs qui font un très grand nombre de victimes civiles.»  Cet extrait montre bien la différence entre ceux qui savent de quoi ils parlent, les Israéliens respectables, et ceux qui veulent être plus royalistes que le roi.

b) Avant «Principe de Solidarité», Habermas s’était opposé farouchement à la politique belliqueuse et immorale de l’innommable Donald Trump. Depuis sa prise de position du 7 Octobre 2023 jusqu’à aujourd’hui, il soutient farouchement Benjamin Netanyahu qui applique à la lettre la politique autoritaire, belliqueuse et colonialiste de Donald Trump. Le lien fusionnel entre Trump et Netanyahu apparaît avec éclat dans le projet grotesque et exécrable «Gaza : Reconstitution, Economic Acceleration and Transformation Trust» qui propose une relocalisation «volontaire» temporaire ou permanente des plus de 2 millions d’habitants de Gaza, soit vers d’autres pays comme la Libye, l’Éthiopie, le Soudan du Sud, l’Indonésie ou le Somaliland !

 C) La troisième phrase : «…à la lumière des crimes de masse de l’époque nazie, la vie juive et le droit d’Israël à exister sont des éléments centraux, particulièrement dignes de protection».

Ici, Habermas ressasse une phrase culte que tous les chanceliers allemands qui ont succédé à Konrad Adenauer ont utilisée à chaque fois qu’Israël s’est trouvé en conflit avec lesPalestiniens.

Par exemple, le 12 novembre 2023, c’est-à-dire la veille de la publication de «Principe de Solidarité», le Chancelier Olaf Scholz déclare : «la sécurité d’Israël relève pour l’Allemagne de la raison d’État». De fait, cela veut dire que l’Allemagne doit s’unir avec Israël pour mettre fin à l’attaque du Hamas. A priori, aider un allié lorsqu’il subit une injustice est un acte acceptable, voire louable, à condition toutefois que cette aide soit conforme au droit international et ne se transforme pas en une autre injustice dont serait victime l’agresseur. Malheureusement, Habermas, à travers «PDS», s’est approprié la phrase de Scholz : «la seule place pour l’Allemagne en ce moment, est d’être aux côtés d’Israël». Cette affirmation perd toute crédibilité parce que tout le monde sait que l’État israélien a non seulement gagné toutes les guerres contre les pays arabes, mais colonisé des territoires palestiniens, grâce aux États-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France. Tous ces États savent qu’avec leur soutien ils rendent obsolète le plan de partage de la Palestine de 1947 et œuvrent à l’établissement du Grand Israël.

La «raison d’Etat» n’est pas autre chose que «l’état d’exception» selon Carl Schmitt. Les deux appellations désignent la décision prise par l’autorité politique suprême lorsqu’elle juge que l’État est face à un danger imminant et ordonne aux forces armées et à tous les citoyens d’utiliser tous les moyens pour vaincre l’ennemi présumé. La raison d’Etat, comme l’état d’exception, ne tient compte ni du droit national ni du droit international, ni de la morale. Tous les deux ne peuvent être que bannis par toute personne saine d’esprit et juste, qu’elle soit arabe, israélienne ou allemande. 

Ce qui est malheureux, c’est que l’Allemagne agit actuellement contre son intérêt et contre la déclaration de l’Onu de 1948, contre les pays arabes qui ont accepté la normalisation avec Israël et prouvé par conséquent qu’ils ne sont pas contre l’existence d’Israël mais contre le refus de l’Allemagne de l’existence d’un État palestinien.

Ce qui est déplorable, c’est que Madame Annalena Baerbock, la ministre allemande des Affaires étrangères, ose déclarer au parlement fédéral allemand : «Si les terroristes du Hamas se retranchent derrière des personnes, derrière des écoles […], des lieux civils peuvent également perdre leur statut de protection, car les terroristes les utilisent comme bouclier.» [14] Madame la ministre n’a fait que reprendre l’ordre d’extermination officiel de l’innommable général Von Trotha (Namibie 2 octobre 1904) : « Le peuple herero doit […] quitter le territoire. Si le peuple ne s’exécute pas, je l’y forcerai en utilisant le Groot-Rohr (canon). À l’intérieur des frontières allemandes, chaque Herero [souligné par CD] avec ou sans arme, avec ou sans bétail, sera fusillé. Je n’accepterai plus désormais les femmes et les enfants, je les renverrai à leur peuple ou les ferai abattre. Voici ma déclaration au peuple herero.»[15]

Les hommes et femmes politiques devraient avoir honte de tenir ce discours qui ne sert ni Israël, ni encore moins l’État allemand.[16]

Au sujet de la raison d’État, Isabel Ruck a écrit : «Le service scientifique du Bundestag avait ainsi déjà émis des réserves dans un rapport de vingt-trois pages sur l’utilisation de cet argument. On peut y lire que 1) ‘‘la raison d’État est […] une catégorie a-juridique, un concept opposé au droit’’ ; 2) ‘‘dans la tradition de pensée libérale et de droit naturel, l’idée de raison d’État s’oppose à l’idée de droit et d’État de droit’’ ;3)‘‘l’Allemagne veut néanmoins incarner et défendre cette idée’’».[17] Et on ose encore s’accrocher religieusement à ce culte de la «déraison d’État» !

Quant au lien entre raison d’État et moralité, nous savons tous qu’en politique les intérêt matériels et économiques dépassent de loin le droit et la morale.

C’est ainsi que Konrad Adenauer, qui revint sur l’avènement des relations germano-israéliennes lors d’une allocution télévisée prononcée le 4 janvier 1966, expliqua qu’il avait «essayé de réaliser la réconciliation avec les juifs à cause de l’injustice qu’ils avaient subie et parce qu’ilssont une force dans le monde».[18]

Lorsque nous relisons ces propos d’Adenauer, nous comprenons mieux leur importance, puisque, comme par hasard, du 5 au 10 juin 1967, l’État d’Israël a montré à quel point «les juifs sont une force dans le monde» : en 6 jour, Israël a réussi à occuper le Sinaï, le plateau du Golan, la Cisjordanie et la Bande de Gaza.

Mais, pour être juste et précis, la vraie force d’Israël repose sur les États-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France.

En effet, et pour ne prendre qu’un exemple, je rappelle que suite à la guerre des Six jours (1967), Moshe Dayan, s’adressant à des étudiants, avait déclaré : «Nous avons conféré à notre État une expansion telle que ses frontières actuelles s’étendent d’El-Kantara l’Egyptienne à Al-Kounaytirah la Syrienne. Votre tâche à vous, la génération montante, sera de défendre ces frontières et les repousser encore plus loin» [19] . Mais Moshe Dayan aurait dû leur dire que cet exploit était impossible sans le soutien de ses alliés. Lors de la guerre du 6 octobre 1973, ce soutien a été crucial, car Israël a été battu par l’Egypte, mais sauvée surtout par les États-Unis. Dans son ouvrage ‘‘A la recherche d’une identité’’, le président Anouar El-Sadate relate les  évènements qui l’ont conduit à accepter le cessez-le-feu bien qu’il était victorieux et capable de continuer la guerre.[20] Son allié, Leonid Brejnev, dirigeant de l’URSS de 1964 à 1982, le pressait d’accepter le cessez-le-feu dès les premiers jours, alors qu’il venait de réussir à prendre le dessus sur l’armée israélienne[21], allant jusqu’à prier le président de la Yougoslavie de le convaincre de se plier à cette injonction. Mais dès qu’il récupéra les territoires qui ont été conquis en 1967 par Israël et constaté que «les Américains participaient aux combats en approvisionnant Israël en armes complètement nouvelles qui avaient seulement fait l’objet d’essais», il accepta le cessez-le-feu.

D) La quatrième phrase : «…malgré toute la préoccupation suscitée par le sort du peuple palestinien, le jugement est totalement faussé lorsque les actions israéliennes sont qualifiées d’intentions génocidaires».

Voici la phrase que Habermas n’aurait pas dû accepter et cela pour une raison très simple :

a) Dès la formation du mouvement sioniste, la grande partie de ses membres, voulait «reprendre le grand Israël» sauf ceux qui étaient pour un État binational ou pour la solution des deux États. Le grand Israël devait se réaliser par étapes, c’est-à-dire en occupant le plus possible de territoires à chaque fois que l’État israélien est attaqué. C’est pourquoi, pour Netannyahu et ses consorts toutes les attaques visant Israël étaient «les biens-venues».

De plus, Habermas aurait dû prévoir que la riposte d’Israël pouvait aboutir à un génocide et par conséquent, ne pas soutenir indéfectiblement une seule partie et devenir aux yeux des professeurs de philosophie tunisiens pratiquement le seul philosophe garant d’un génocide possible. Face à ce jugement, une question se pose : 

Pour quelles raisons Habermas, du 13 octobre 2023 jusqu’à sa mort, est-il resté attaché à son «Principe de Solidarité» alors que des instances juridiques internationales ont affirmé qu’Israël est bien en train de perpétrer un génocide ? Pour répondre à cette question, il est utile de rappeler que certains Allemands, y compris Habermas, ont du mal à admettre qu’ils sont capables de commettre une «barbarie» telle que le génocide.          

b) Habermas et la tardive reconnaissance des génocides commis par l’Allemagne coloniale.   

L’Allemagne a réussi à se présenter aux Allemands, dont bien évidemment Habermas, comme l’État qui a commis un seul génocide contre les Juifs allemands (41-45), mais qui n’a jamais commis des actes  génocidaires dans ses colonies africaines.[22] Ce n’est qu’en 2021 que l’État allemand a reconnu pour la première fois avoir commis un génocide contre les Hereros et les Nama : «Nous qualifierons maintenant officiellement ces événements pour ce qu’ils sont du point de vue d’aujourd’hui : un génocide», a déclaré le ministre des Affaires étrangères allemand, Heiko Maas, dans un communiqué.[23]Les colons allemands avaient tué des dizaines de milliers d’Herero et de Nama dans des massacres commis entre 1904 et 1908, considérés par de nombreux historiens comme «le premier génocide du XXe siècle.»[24]

3) Habermas face à la question du génocide, entre reconnaissance et non reconnaissance.

Le 27 Juillet 2021, le journaliste du Frankfurter Rundschau, Harry Nutt, a publié un texte intitulé«Antony. Dirk Moses, Attaque contre le caractère unique de l’Holocauste.» 

Dans cet article, l’historien affirme, contrairement à Habermas, que l’idée de la singularité de l’holocauste n’est pas fondée sur des bases solides parce qu’elle est «une sorte de catéchisme» qu’«il est temps d’abandonner… une idéologie d’État qui impose un langage codé».[25]

Pour Antony Dirk Moses cette idéologie a permis de faire en sorte que les massacres destructeurs commis par les Allemands dans leurs anciennes colonies soient à jamais effacés. Or, pour lui, il suffit de déconstruire cette idéologie pour prouver qu’il existe bien une analogie entre les anciens massacres et l’Holocauste. Alors que pour Habermas, l’holocauste est un fait transhistorique qu’on ne peut comparer à d’autres génocides, pour Antony Dirk Moses une telle affirmation est insensée, car l’holocauste n’est qu’une reproduction à une plus grande échelle du génocide commis par les Allemands en Namibie. 

Le16 septembre 2021, Habermas donne un entretien au Neue Zürcher Zeitung (Gazette zurichoise) dans lequel il répond à plusieurs questions dont certaines nous intéressent particulièrement parce qu’elles montrent à quel point il a révisé ses anciennes croyances. [26] A la question «Est-il permis de comparer l’extermination des Juifs par les nationaux-socialistes à d’autres faits historiques?», Habermas affirme cette fois qu’il est possible de comparer certains faits historiques anciens avec d’autres qui sont actuels. Mais, a-t-il renoncé clairement à la phrase culte «la sécurité d’Israël est une raison d’État» ainsi qu’à son attachement à l’idée du caractère unique du génocide commis par les Nazis ? Rien n’est moins sûr ! Ce qui est sûr, c’est qu’il est resté jusqu’à sa mort attaché à sa déclaration du 13 novembre 2023 refusant de répondre à un journaliste qui lui a demandé de s’exprimer sur la manière dont l’État israélien mène la guerre contre les palestiniens.

a) Le caractère génocidaire de la riposte israélienne.

La convention pour la prévention et la répression du crime de génocide du 9 décembre 1948, article 2, définit le génocide comme étant «un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national , ethnique , racial ou religieux, comme tel : a) meurtre de membres du groupe ; b) atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; C) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entrainer sa destruction physique totale ou partielle ; d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; e) transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.»

b) Procédure engagée par l’Afrique du Sud contre l’État d’Israël le 29 décembre 2023

Un mois et demi seulement après «Principe de Solidarité», l’Affrique du Sud a engagé une procédure contre l’État d’Israël auprès de la Cour internationale de justice, au titre de la Convention contre le génocide à l’égard des Palestiniens de la bande de Gaza et «de longues années d’apartheid», tout en «demandant initialement à la Cour de rendre une mesure conservatoire de protection».

Le 26 janvier 2024 la CIJ rend une décision au titre de la convention contre le génocide ordonnant à Israël d’empêcher tout éventuel acte génocidaire.  Mais la cour déclare qu’«au moins certains des actes et omissions dont l’Afrique du Sud allègue qu’ils ont été commis par Israël à Gaza semblent pouvoir relever des dispositions de la Convention sur le génocide»[27]

Suite à cette décision et comme toujours, le gouvernement israélien a accusé la CIJ d’être antisémite. Mais qu’elle a été la position de Habermas, du 13 octobre 2023 jusqu’à sa mort ?

Nous savons qu’il a affirmé dans «Principe de Solidarité» que «malgré toute la préoccupation suscitée par le sort du peuple palestinien, le jugement est totalement faussé lorsque les actions israéliennes sont qualifiées d’intentions génocidaires». Pourtant, Le 22 novembre 2023, 207 professeur-es de philosophie, dont Nancy Fraser et Judith Butler, signent une pétition dans laquelle ils : 

«lancent un appel à tous les professeur-es de philosophie où qu’ils se trouvent à se joindre à eux pour condamner le massacre en cours à Gaza, et soutenir le peuple palestinien, dans sa lutte contre le système d’apartheid et la colonisation du territoire reconnu par l’0NU en 1948»[28];

– «présentent les actes commis par Israël qui prouvent qu’un génocide a commencé et risque de prendre une dimension catastrophique». [29] 

Le1erJanvier 2025, l’ONG Al-Haq affirme que «les violences génocidaires perpétrées par Israël contre les Palestiniens à Gaza continuent de s’intensifier», que «depuis la toute première semaine de son génocide, Israël a méthodiquement vidé de vastes étendues de la bande de Gaza de ses habitants en émettant illégalement des ordres d’évacuation», que «plus de 90 % de la population de Gaza a été déplacée de force de ses foyers et abris temporaires, la plupart à de nombreuses reprises, vers de prétendues ‘‘zones de sécurité’’, qui sont en réalité, conçues intentionnellement pour anéantir toute vie qui y trouve refuge.» L’ONG ajoute : «Israël prétend agir conformément à ses obligations légales alors qu’en réalité, il fournit une preuve supplémentaire de son intention génocidaire, puisqu’il utilise ces mesures pour commettre et contribuer à des actes de génocide, notamment des meurtres, des atteintes graves à l’intégrité physique et mentale, et la création de conditions destinées à détruire les Palestiniens de Gaza.»[30]

Le 27 Octobre 2025, Amnesty International affirme : «Plus d’un mois après l’annonce d’un cessez-le-feu et la libération de tous les otages israéliens en vie, les autorités israéliennes continuent de commettre un génocide contre les Palestinien·ne·s dans la bande de Gaza occupée en continuant de soumettre délibérément ces personnes à des conditions de vie destinées à provoquer leur anéantissement physique, sans montrer aucun signe de changement dans leurs intentions.»[31] «Le cessez-le-feu risque de créer l’illusion dangereuse d’un retour à la normale pour les gens qui vivent à Gaza. Si les autorités et les forces israéliennes ont réduit l’ampleur de leurs attaques et autorisé l’entrée d’une aide humanitaire limitée à Gaza, le monde ne doit toutefois pas se laisser berner. Le génocide perpétré par Israël n’a pas pris fin», a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale de l’ONG.[32]

Malgré les positions prises par ces institutions, Habermas est resté indifférent, et lorsqu’un journaliste lui a demandé ce qu’il pensait de la manière dont l’État israélien continuait de mener une guerre contre le Hamas, il a évité de répondre en arguant qu’il ne lui revient pas de juger la politique de l’État israélien.

Une telle attitude suffit pour juger qu’il a pris une position qui va à l’encontre de sa philosophie et qui donne raison à ceux qui n’osent plus le considérer comme le philosophe garant de la morale.

Il reste toutefois évident que du point de vue de la déontologie professionnelle, les professeur-es de philosophie doivent encourager les étudiants à lire tous les philosophes : Habermas doit être enseigné comme doivent l’être Heidegger et Carl Schmitt, entre autres, auxquels des reproches du même genre peuvent être adressés.

* Professeur de philosophie – Université de Tunis.

Notes :


[1] Habermas, Bestialité et humanité-Une guerre à la frontière du droit et de la morale, Forum franco-allemand 2000,  

[2] Grundsätze der Solidarität. Eine Stellungnahme, Forschungszentrums für Normative Orgnungen der Goethte-Universität Frankfurt, 13 Novembre, 2023 

[3] Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition (actuelle)

[4] Le « concept » du 11 Septembre, Dialogues à New York, octobre-décembre 2001, avec Giovanna Borradori : Derrida-Habermas, p. 65

[5] Rafael Lemkin utilise les termes barbarie et vandalisme comme étant des actes génocidaires.

[6] Jürgen Habermas, Le djihadisme, une forme moderne de réaction au déracinement, propos recueillis par Nicolas Weill (Journal Le Monde, publié 19 Novembre 2015. 

[7] Le camp de Guantanamo de 2001 est situé à Cuba sur une base militaire américaine, justifié par le président George W. Bush afin de fonder juridiquement la décision de refuser de soumettre les détenus au système judiciaire fédéral américain, prenant appui sur l’extraterritorialité de la base. Wikipédia

[8] Jürgen Habermas, Le djihadisme, une forme moderne de réaction au déracinement.

[9] Idem

[10] Max Horkheimer, Der dialektische Herr Habermas, lettre à Theodor W. Adorno, 27 Septembre 1958

 [11] Idem.  

[12] José Brunner est professeur émérite à la faculté de droit Buchmann et à l’Institut Cohen d’histoire et de philosophie des sciences de l’université de Tel Aviv.

[13] » Institut für Sozialforschung , Interview mit José Brunner : « Les deux camps nourrissent une peur existentielle légitime. »

[14] Extrait du discours de la ministre Annalena Baerbock devant le Bundestag, 10 octobre 2024.

[15] Extrait de Wikipédia « Génocide des Héroros er Namas » .

[16] Madame la ministre des affaires étrangères Annalena Baerbock, actuellement, présidente de l’Assemblée générale des Nations-Unies.

[17]  Isabel Ruck, La raison d’État a-t-elle toujours raison ? Le cas de l’Allemagne face à la guerre contre Gaza, note 13 29/10/2024.  elle renvoie à une note 13 de son article : »« Entstehung, Wandel und Entwicklung des Staatsräsons-Begriff in Deutschland », Deutscher Bundestag Wissenschaftlicher Dienst, novembre 2023..

[18] Charlotte Restif, Allemagne, Palestine : la diplomatie impossible ? L’influence israélienne sur la politique étrangère allemande au Proche-Orient, Deutsch Kron, 1973 : 4.

[19] Anouar El-Sadate, A la recherche d’une identité, Histoire de ma vie, 1978.

[20] Quelques jours après le déclanchement de la guerre « Kissinger a déclaré à Golda Meir : « Vous avez perdu la guerre, il faut vous y résoudre » Anouar El-Sadate P. 370

[21] Idem

[22] Christine de Gemeaux, Une politique mémorielle allemande sélective face aux anciennes colonies d’Afrique, p. 41-53.

[23] Colonialisme : l’Allemagne reconnaît avoir commis «un génocide» en Namibie, Le Monde Afrique le 28 mai 202

[24] Idem

[25] A. Dirck Moses : Attaque contre le caractère unique ou singulier de l’Holocauste, publié le 27 juillet 2021 par Harry Nutt   Frankfurter Rundschau

[26] Et maintenant ? L’Holocauste est unique. Mais peut-être pas tout à fait ? – Jürgen Habermas intervient dans le débat sur la culture mémorielle allemande. (Thomas Ribi).

[27] Wikipédia Afrique du Sud c. Israël (convention contre le génocide) note 17

[28] Réponse à « Principes de solidarité. Une prise de position », Dignité pour tous, 22 novembre 2023.

[29] Idem.

[30] Al-Haq publie un nouveau rapport intitulé « Comment dissimuler un génocide : le rôle des ordres d’évacuation et des zones de sécurité dans la campagne génocidaire israélienne à Gaza » 1er janvier 2025.

[31] Titre de l’article de Amnesty Israël et Territoire palestinien occupé. Le génocide des Palestinien·ne·s commis par Israël à Gaza se poursuit sans relâche malgré le cessez-le-feu.

[32] idem.

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Tunisie | Amnesty appelle à libérer Abir Moussi

​L’organisation Amnesty international a fait part de sa profonde préoccupation suite au verdict rendu à l’encontre de la présidente du Parti Destourien Libre (PDL), Abir Moussi.

Dans un communiqué publié ce lundi 16 mars 2026, Amnesty international a dénoncé une « instrumentalisation de la justice » et a exprimé « ses vives inquiétudes quant au recul des libertés politiques dans le pays », estimant que ces affaires judiciaires ne sont pas de simples procédures de droit commun, « mais soulèvent des questions fondamentales sur le respect de la liberté d’expression et le droit à la participation politique en Tunisie ».

​Amnesty considère par ailleurs que la justice est instrumentalisée pour restreindre les voix de l’opposition politique et appelle de ce fait à la libération d’Abir Moussi qui vient d’être condamnée en appel à 10 ans de prison ferme.

La même source a également appelé à la protection des libertés fondamentales, notamment le droit de s’exprimer et de participer à la vie publique, conformément aux standards internationaux, lit-on encore dans le communiqué.

Y. N.

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