Golfe : les hydrocarbures sources d’insécurité
L’escalade dans la guerre au Moyen-Orient est symbolisée par le ciblage des installations pétrolières et gazières. L’Iran, d’un côté, les monarchies du Golfe, de l’autre, en sont victimes. Une « guerre des hydrocarbures » qui se traduit par la destruction d’infrastructures énergétiques, mais aussi la fermeture du détroit d’Ormuz. Une situation synonyme de perturbation de l’offre mondiale et donc de flambée des prix. La séquence rappelle combien la région demeure un pôle de la production mondiale d’hydrocarbures, qui nourrit à la fois la puissance et la vulnérabilité de ses entités étatiques.
Une région façonnée par les hydrocarbures
C’est dans le courant des années 1930 que la péninsule arabique s’avère riche d’importantes ressources pétrolières. Des découvertes qui s’accompagnent rapidement de l’installation de compagnies étrangères, essentiellement américaines et anglaises.
Le « Pacte du Quincy » (accord historique qui tire son nom du navire de guerre américain sur lequel il a été conclu), prévoyait la garantie de l’approvisionnement des États-Unis en pétrole saoudien à des prix préférentiels en échange de la protection du royaume saoudien contre une éventuelle agression (notamment de la part de l’Irak, de l’Iran et de l’Égypte).
Le Golfe est « une zone d’intérêt vital » pour les États-Unis, le premier consommateur d’hydrocarbures au monde. L’emprise américaine ne remonte pas à la chute du Mur de Berlin, ni même à la fin de la Guerre froide. Dès les années 1930, les États-Unis s’emploient à contrôler l’extraction, mais également l’acheminement des ressources pétrolières. En février 1945, le président Franklin Roosevelt conclut avec le roi d’Arabie Saoudite, Ibn Saoud, le « Pacte du Quincy » (accord historique qui tire son nom du navire de guerre américain sur lequel il a été conclu), prévoyant la garantie de l’approvisionnement des États-Unis en pétrole saoudien à des prix préférentiels en échange de la protection du royaume saoudien contre une éventuelle agression (notamment de la part de l’Irak, de l’Iran et de l’Égypte). Les ressources de ce territoire énergétique ont transformé la péninsule arabique en pôle géostratégique (dont dépend largement l’économie des pays industrialisés occidentaux et asiatiques).
Les hydrocarbures : ressources paradoxales
Les hydrocarbures (pétrole et gaz) sont des vecteurs de puissance et de dépendance, de développement et de sous-développement, d’indépendance et d’ingérence.
Abritant parmi les plus importantes réserves pétrolières et gazières mondiales, les monarchies du Golfe sont une région vitale pour l’économie des pays industrialisés et des puissances émergentes. La plupart des États membres de l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP), créée en 1968, en sont issus. L’Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis figurent parmi les principaux producteurs mondiaux de pétrole et de gaz. En outre, il convient de souligner que les gouvernements de Jordanie, de Syrie et d’Égypte touchent de substantielles rentes pour le passage de pipelines et des frais de transit pour le passage du Canal de Suez.
L’augmentation brutale du prix du baril (et son instrumentalisation) dans le contexte de la guerre israélo-arabe de 1973 a causé le premier « choc pétrolier » pour les économies occidentales. La puissance énergétique a offert un levier pour financer la militarisation des régimes afin d’assurer leur sécurisation face à une puissance iranienne perçue comme menaçante.
L’exportation des hydrocarbures est une source de revenus considérables. La puissance énergétique et financière offre un moyen d’influence internationale, dont les pays arabes ont pris peu à peu conscience. L’augmentation brutale du prix du baril (et son instrumentalisation) dans le contexte de la guerre israélo-arabe de 1973 a causé le premier « choc pétrolier » pour les économies occidentales. La puissance énergétique a offert un levier pour financer la militarisation des régimes afin d’assurer leur sécurisation face à une puissance iranienne perçue comme menaçante.
C’est ainsi que le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a été créé par la Charte d’Abou Dhabi du 25 mai 1981. Il réunit l’Arabie saoudite, le Koweït, Oman, le Qatar, le Bahreïn et les Émirats arabes unis, rejoints ensuite par le Yémen réunifié. Il s’agit d’une organisation régionale de coopération interétatique, et non d’un projet d’intégration ou de fédéralisation de cet ensemble. La raison d’être du CCG réside dans l’obsession sécuritaire qui réunit des monarchies riches, mais vulnérables.
Un pacte de défense commune fut scellé et une force de déploiement rapide du Golfe créée. Alors que son quartier général à Hafr-el-Batin, en Arabie saoudite, se situe à une centaine de kilomètres de la frontière koweïtienne, cette force n’a pas empêché l’invasion du Koweït par l’armée irakien, le 2 août 1990.
Créé en réaction à la Révolution chiite iranienne et forte de la proximité géographique, socioculturelle et politique de ces États, le CCG entend garantir la sécurité commune et la stabilité politique de ces pays par la coordination des moyens militaires et des politiques pétrolières. Un pacte de défense commune fut scellé et une force de déploiement rapide du Golfe créée. Alors que son quartier général à Hafr-el-Batin, en Arabie saoudite, se situe à une centaine de kilomètres de la frontière koweïtienne, cette force n’a pas empêché l’invasion du Koweït par l’armée irakien, le 2 août 1990. Preuve que la sécurité (des Etats) de la région demeurait dépendante de son gendarme attitré : les Etats-Unis.
Les monarchies du Golfe préfèrent une politique d’alliance-dépendance vis-à-vis des États-Unis (auxquels elles délèguent leur sécurité extérieure) à une coopération avec l’ensemble de leurs partenaires régionaux.
Or l’une des conclusions de l’actuelle guerre qui frappe la région, c’est que ni le CCG ni l’allié américain n’ont réussi à garantir la sécurité des monarchies du Golfe…
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