Donald Trump contesté jusque dans son propre camp
Joe Kent, un ancien agent de la CIA à la tête de l’agence américaine responsable de lutter contre le terrorisme, vient de démissionner avec fracas. Et ce, en affirmant qu’il « ne pouvait en toute conscience » soutenir la guerre menée par l’administration Trump.
Il a osé dire dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Pourtant rien ne prédestinait Joe Kent, le directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, à prendre la tête de la partie isolationniste du camp MAGA de Trump. Lequel est traditionnellement hostile à toute intervention militaire à l’étranger et notamment à la guerre en Iran.
Un signe qui ne trompe : en dépit d’un front uni au début de l’opération Epic Fury, nom de code de l’opération militaire conjointe menée par les Etats-Unis et l’Etat hébreu, la patience de la base électorale du président américain semble atteindre progressivement ses limites. Y compris pour ceux, au sein de l’administration, qui pressent le président d’y mettre fin rapidement.
Démission fracassante
Et c’est un fidèle parmi les fidèles de Donald Trump qui vient de contredire publiquement son patron. Ce dernier affirmant fin février, la main sur le cœur, que les frappes des Etats-Unis et d’Israël étaient « nécessaires » pour éliminer les « menaces imminentes » de Téhéran.
En effet, Joe Kent, un ancien officier des forces spéciales américaines et de la CIA annonça avec fracas, mardi 17 mars sur le réseau social X, sa démission « avec effet immédiat » de ce poste stratégique qui est au cœur de l’appareil de sécurité des États-Unis où les informations issues de la CIA, du FBI, du Pentagone et d’autres services de renseignement sont centralisées, coordonnées et analysées. Il s’agit du premier haut-responsable de l’administration républicaine à démissionner en raison de la guerre lancée par Trump contre l’Iran aux côtés d’Israël, le 28 février. Et ce n’est qu’un début.
La main d’Israël
En effet, dans sa lettre adressée à Donald Trump, le haut responsable du renseignement américain invoque notamment des réserves quant à la guerre menée par l’administration Trump contre l’Iran, sous la pression d’Israël. Il lui rappelle également sa promesse de campagne de ne plus entrer dans des guerres interminables au Moyen-Orient qui « ont volé les vies précieuses de nos patriotes ». Il sait de quoi il parle puisque sa propre épouse a été tuée dans un attentat-suicide en Syrie, en 2019.
« En tant que veuf de guerre ayant perdu ma chère épouse Shannon dans un conflit fabriqué par Israël, je ne puis soutenir l’envoi de la prochaine génération au combat, pour mourir dans une guerre qui ne profite en rien » poursuit-il.
Par conséquent, écrit-il, « je ne peux en toute conscience soutenir la guerre. L’Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation. Et il est évident que nous avons déclenché cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain ».
Et d’évoquer avec force détails le noyautage en profondeur des instances américaines : « Au début du mandat de cette administration, de hauts responsables israéliens et des membres influents des médias américains ont mené une campagne de désinformation qui a complètement sapé [le] programme America First et a alimenté des sentiments pro-guerre afin d’encourager un conflit avec l’Iran. »
Le président a été « trompé » sur le fait qu’« il existait une voie claire vers une victoire rapide », ajoute-t-il. Et de conclure : « C’était un mensonge ». Tout en rappelant avec pertinence une tactique identique utilisée par Israël pour entraîner les États-Unis dans la guerre « désastreuse » en Irak, entre 2003 et 2011.
Du courage à en revendre
Or, il fallait du cran pour oser contredire publiquement le terrible Donald Trump en pleine guerre contre l’Iran. Un courage salué d’ailleurs par l’éditorialiste Tucker Carlson, longtemps défenseur de Donald Trump avant de devenir l’un des critiques les plus virulents de cette guerre : « Joe est l’homme le plus courageux que je connaisse. Et on ne peut pas le prendre pour un fou », a-t-il déclaré. « Il quitte un emploi qui lui donnait accès à des renseignements de très haut niveau. Les néoconservateurs vont maintenant tenter de le détruire pour cela. Il le sait et l’a fait malgré tout ».
« C’est un type bien. Mais je pense qu’il est un peu faible du point de vue de la sécurité. […] C’est plutôt pas mal qu’il démissionne au final, car il a dit que l’Iran ne représentait pas une menace […] Ce ne sont pas des personnes intelligentes ». Ainsi répliqua sèchement Donald Trump aux journalistes au crime de lèse-majesté, depuis le Bureau ovale de la Maison Blanche.
Visiblement irrité par les propos de l’ancien agent de la CIA suggérant qu’il a été instrumentalisé par Benjamin Netanyahu; le président américain s’insurge contre l’idée d’avoir été entraîné sournoisement, lui, l’homme le plus puissant du monde, dans un conflit qu’il croyait éclair et qui tourne désormais au bourbier.
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