Cyberviolence : FEDEF présente la Convention africaine AU-CEVAWG
La cyberviolence n’est plus un écran de fumée virtuel : c’est une violence à ciel ouvert qui traque ses victimes jusque dans leur téléphone et leur esprit. Cette nouvelle scène de violences bien réelles s’installe au cœur de nos vies numériques. C’est ce qu’a révélé la conférence-débat majeure sur la cyberviolence, organisée par le Front pour l’égalité et les droits des femmes (FEDEF), avec le soutien d’ONU Femmes Tunisie.
L’événement a mis en lumière un phénomène en pleine expansion, touchant particulièrement les femmes et les jeunes en Tunisie comme ailleurs, et posant des défis juridiques, sociaux et démocratiques pressants.

Najet Araari, Coordinatrice du FEDEF souligne que la Convention africaine sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles définit explicitement l’espace virtuel, les violences en ligne et le féminicide. En Tunisie, ces phénomènes existent sans cadre légal ni tribunal spécialisé. Malgré la loi organique n° 2017-58 éliminant les violences faites aux femmes, elle part du constat que l’accompagnement quotidien des victimes révèle des obstacles majeurs à l’accès à la justice : l’arsenal existe, mais son application fait défaut.
Tout comme elle rappelle que les dossiers s’éternisent dans les chambres pénales jusqu’à 4 ou 5 ans pour un jugement définitif. Tout en ajoutant: “Familles et médiateurs traditionnels interviennent entre-temps, et trop de plaignantes perdent la vie. Nous plaidons pour des chambres pénales spécialisées, comme les unités de police dédiées, afin d’harmoniser l’application de la loi, trop inégale d’un tribunal à l’autre. Un manuel de procédures sur les violences en ligne, issu de 3 ans d’ateliers avec juges et avocats, est en préparation.”
A cet effet, les médias doivent porter la voix des victimes et de leur dignité, pour une société pacifiée Il convient de noter que 85% des violences visant les femmes, la violence devient un langage dominant.
Par ailleurs, la coordinatrice du FEDEF revient sur l’importance de renforcer l’arsenal en accélérant les procédures, adoptant ce manuel via plaidoyer auprès des ministères de la Justice, de l’Intérieur et des Affaires sociales. La justice doit réhabiliter les agresseurs pour briser le cycle et restaurer les liens sociaux.
Elle rappelle que l’éducation est prioritaire : l’école doit inculquer le respect au-delà des savoirs techniques. Les médias gagneraient à valoriser des modèles positifs d’hommes et de femmes, sans banaliser la violence dans fictions ou actualités. Les réseaux sociaux, comme TikTok à modération laxiste, amplifient les conservatismes et exposent les jeunes à des contenus toxiques. Des pays interdisent ces plateformes aux moins de 15-16 ans ; la Tunisie devrait suivre, avec des politiques contre la consommation passive favorisant les troubles mentaux.
Face à l’IA et aux réseaux, elle estime que l’école est dépassée. “Repassons aux examens oraux pour jauger la vraie maîtrise, non le plagiat technologique. Médias, éducation et société civile doivent dialoguer scientifiquement pour contrer le populisme destructeur – social, économique, psychologique – qui engendre plus de violence”, poursuit-elle.
Pour sa part, Boutheina Hammami, ONU Femmes Tunisie souligne que dans le cadre de travaux sur la Convention africaine – adoptée par les pays africains pour traiter intégralement les violences genrées, la Tunisie a activement participé aux négociations, notamment sur la violence médiatisée par la technologie.
Face à la cyberviolence qui transcende les écrans pour devenir une menace quotidienne, la ratification de la Convention AU-CEVAWG par la Tunisie s’impose comme une urgence. FEDEF, ONU Femmes et la société civile appellent à une mobilisation collective : justice spécialisée, éducation renforcée et normes patriarcales éradiquées pour un avenir où femmes et filles vivent libres de violence.
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