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Business et sécurité dans les pays du Golfe | Le basculement !

Face aux impacts dévastateurs de la guerre israélo-américaine contre l’Iran sur la sécurité des Etats arabes du Golfe, il est important de bien comprendre les enjeux de la stabilité de cette région riche en hydrocarbures et de sa sécurisation future sans les États-Unis, mais avec un danger permanent qui viendra principalement de l’Etat belliciste d’Israël, quels que soient ses dirigeants présents et futurs. (Photo : Le pacte entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, signé le 14 février 1945 sur le croiseur USS Quincy par le roi Abdelaziz ibn Saoud, et le président Franklin Roosevelt, a-t-il encore un sens aujourd’hui ?)

Naamen Bouhamed *

Depuis le déclenchement de cette guerre, l’économie régionale est à l’arrêt.Les salons professionnels sont reportés au second semestre 2026, voire en 2027, ou tout simplement annulés. Tous les événements majeurs, forums mondiaux et championnats de F1 à Djeddah ou Bahreïn, sont annulés pour la saison 2026. Les déplacements et missions professionnels sont conditionnés à la réouverture des aéroports de Dubaï, Doha, Bahreïn, Koweït ou Bagdad, ces infrastructures étant sous la menace des drones iraniens visant des bases militaires américaines à proximité.

Impacts de la guerre dur le commerce mondial

Les exportations d’Europe, d’Asie, d’Afrique, et plus largement celles venant du monde entier, qui naviguaient vers Jebel Ali avant le déclenchement du conflit par Israël et les États-Unis, se retrouvent en situation de congestion portuaire en Inde (port de Nhava Sheva) ou au Kenya (port de Mombasa). Les armateurs comme CMA-CGM, Maersk, MSC et autres cherchent des solutions de déchargement sur des ports situés hors du détroit d’Ormuz, tels que Sohar à Oman ou Khor Fakkan, dans l’émirat de Sharjah, qui dispose d’une ouverture sur la mer d’Oman. Des pénalités, ou «primes de guerre», allant de 800 à 3000 dollars par conteneur sont facturées par les compagnies maritimes aux exportateurs ou aux importateurs.

Jebel Ali, l’un des ports les plus dynamiques du monde, se retrouve malgré lui sous le feu des hostilités.

Tout cela a un coût financier qui se chiffre en plusieurs millions de dollars de perte par jour. Il en va de même pour Emirates ou Qatar Airways, et les aéroports de Dubaï, Doha, Bahreïn ou Abou Dhabi, qui sont des hubs vers l’Asie, sont fermés depuis deux semaines sans pouvoir espérer relancer leurs activités à plein régime avant plusieurs semaines.

Nos exportations, tout comme celles des fournisseurs du monde entier, ne peuvent plus accéder à Jebel Ali, qui est le nœud névralgique de la redistribution sur toute la zone. Le port assurait des connexions quotidiennes vers les ports Hamad à Doha, Manama, Koweït, mais aussi vers l’Iran, le Pakistan, l’Afrique et l’Europe. Jebel Ali n’est pas un simple port, c’est un des axes majeurs de la connectivité maritime mondiale. Il est relié à plus de 140 ports dans le monde.

Avec une capacité de plus de 19 millions d’EVP (équivalent vingt pieds) par an, le port émirati est le plus grand et le plus fréquenté du Moyen-Orient. Il constitue un lien vital entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique, ce qui en fait une pierre angulaire du commerce international.

L’impact pour nos exportations sur la zone du Moyen-Orient et du Golfe est majeur. Le port assurait une connectivité dense avec les pays voisins via des services de «feeders» (navires collecteurs) qui représentent 100 % du transport maritime de cette zone, à l’exception de l’Arabie Saoudite avec Djeddah, situé en mer Rouge, qui assure 80 % de ses importations de biens de consommation.

Les pertes économiques globales pour les Émirats arabes unis, suite à ces incidents, ont été estimées à plus de 5 milliards de dollars.

Impacts de la guerre sur les salons et événements

Les salons et événements B2B sont aussi l’une des facettes de l’écosystème de Dubaï, tout comme les événements sportifs de dimension mondiale (F1 à Bahreïn, Abou Dhabi ou Djeddah).

L’ensemble de ces événements et rendez-vous économiques pour nos entreprises exportatrices faisait tourner l’économie de tous ces pays.

À Dubaï, mais aussi à Riyad, Bagdad ou Doha, tous les événements sont reportés, voire annulés. Stephen Carter, Ceo d’Informa (leader mondial des salons professionnels et événements B2B dans la région), avec un portefeuille de salons et d’événements (Gulf Food, Gitex, Middle East Energy, Dubai World Health Expo, Dubai Airshow, LEAP, Saudi Global Health…), qui devait générer plus de 650 millions de dollars de revenus en 2026, voit l’ensemble de ses événements reportés ou annulés.

Lors d’un point de presse, M. Carter a annoncé que le sommet mondial des transports publics, prévu du 21 au 23 avril 2026, est annulé pour cette année. La prochaine édition aura lieu à Hambourg en 2027. Token2049, initialement prévue pour avril 2026, cette conférence majeure sur les cryptomonnaies est reportée à avril 2027. Le Dubai International Boat Show, prévu pour avril 2026, est désormais reprogrammé du 25 au 29 novembre 2026. Enfin, Middle East Energy Dubai, l’exposition qui devait se tenir en avril au Dubai World Trade Centre, est reportée du 1er au 3 septembre 2026.

Pour chacun de ces événements majeurs, ce sont des milliers d’exposants et de visiteurs professionnels venus du monde entier qui ne se déplaceront pas à Dubaï, Riyad, Doha, Bagdad ou Bahreïn avant le second semestre.

Le salon Middle East Energy, c’est entre 50 000 et 70 000 personnes qui ne viendront pas, ce qui impactera les hôtels, les transports aériens et tous les services attenants.

L’ensemble des salons cumulés entre février et septembre prochain représente des centaines de milliers de voyages et de voyageurs d’affaires qui sont soit reportés, soit annulés, donc des pertes nettes qui se chiffrent en millions de dollars pour tous les acteurs économiques vivant de ces activités.

Le transport aérien en chute libre

L’activité aérienne, ce sont 6 millions de passagers touchés par les annulations de vols. Selon Cirium, expert en données sur le trafic aérien, plus de 52 000 vols ont été supprimés entre le 28 février (date du début des bombardements américano-israéliens contre l’Iran) et le vendredi 13 mars. Soit plus de la moitié des plus de 98 000 trajets prévus.

Les plateformes aéroportuaires géantes comme Dubaï et Doha tournent encore au ralenti. Il faut bien comprendre que ces «hubs» ont bâti leur modèle économique sur les passagers en correspondance sur des long-courriers, bénéficiant de leur position au carrefour des liaisons vers et depuis les Amériques, l’Europe, l’Asie et l’Océanie.

La compagnie la plus touchée sur ses programmes de vols au départ du Moyen-Orient est Qatar Airways, qui a dû annuler près de 93 % de ses liaisons, selon Cirium. Etihad, basée à Abou Dhabi, a renoncé à 81,7 % de ses vols au départ, tandis qu’Emirates a réussi à n’annuler «que» 56,5 % de ses décollages de Dubaï, malgré la fermeture de l’aéroport durant les périodes de tension où il a été pris pour cible. Les pertes pour Emirates se chiffrent déjà en centaines de millions de dollars.

La fuite des travailleurs expatriés

Si l’Arabie Saoudite n’est pas touchée par ce phénomène, les trois pays les plus impactés sont les Émirats arabes unis (Dubaï et Abou Dhabi en tête), suivis du Qatar et de Bahreïn, avec des proportions variables. Dubaï a le plus à perdre dans cette situation, tant sur le plan économique que politique. Il faut néanmoins relativiser cette fuite, car la composition de la population de ces pays joue un rôle très important. Sur les 11 millions d’habitants des Émirats, 90 % sont des étrangers, dont 70 à 80 % originaires d’Asie (Inde, Pakistan, Bangladesh, Philippines…).

Ces travailleurs, souvent seuls et envoyant 80 % de leur salaire à leur famille (un revenu vital pour leurs proches), n’ont aucun intérêt à partir, avec le risque de perdre leur «Iqama» (carte de séjour professionnelle).

Ceux qui fuient, ou qui quittent temporairement le pays, sont souvent les Européens ou les «riches» qui ont les moyens et un pied-à-terre dans leur pays d’origine, ainsi qu’un revenu ou une réserve financière de quelques mois pour assurer la sécurité de leur famille en attendant que la situation se calme, avant de revenir reprendre leur activité.

Quel avenir pour la stabilité de la région ?

Mais y aura-t-il un retour à la normale ? Et l’après sera-t-il identique à l’avant ? Car il y aura un avant et un après, et c’est là que les défis de Dubaï ou de Doha vont être mis à rude épreuve.

La question que tout le monde se posera dorénavant est : à quand la prochaine guerre ? Car ce ne sont pas les États-Unis qui ont tiré les premiers, mais Israël qui souhaite la destruction totale de l’Iran. Tant que l’Iran sera debout, l’objectif des décideurs sionistes sera, à un moment ou un autre, de recommencer à bombarder l’Iran, ce qui obligera les États-Unis à intervenir, et les pays du Golfe seront de nouveau les cibles de contre-attaques.

Dans cette configuration de vie entre cessez-le-feu et reprise de la guerre, qu’adviendra-t-il de la stabilité de Dubaï, dont l’économie repose à 90 % sur les services ? Abou Dhabi a son pétrole, Doha son gaz : ils seront impactés, mais dans une moindre mesure sur le long terme.

À lire à ce sujet, l’analyse de Sheikh Khalaf al-Habtoor, l’un des plus importants hommes d’affaires des Emirats, publiée par ‘‘Business Arabia’’ et portant sur les dégâts collatéraux de cette guerre, qui a entraîné les pays du Golfe dans une guerre qui n’est pas la leur, sur les affaires et la stabilité de Dubaï.

Géopolitique de la sécurisation du Golfe  

Il est important de bien comprendre les enjeux de stabilité de cette zone, de sa sécurisation future sans les États-Unis, mais avec un danger permanent qui viendra principalement de l’Etat sioniste, quels que soient ses dirigeants présents et futurs.

Les pays du Golfe, dont l’Arabie Saoudite en priorité, vont devoir revoir toute leur stratégie de défense. L’accord de défense avec le Pakistan, signé en septembre 2025, n’est probablement qu’une étape vers un partenariat de défense plus global qui devra intégrer l’Iran et l’Irak afin de donner un sens à un avenir commun de stabilité et de paix régionale pour tous, comme le souhaite la Chine.

Dans mon ouvrage ‘Réussir l’export en Arabie Saoudite’’, je traite de la construction de l’Arabie d’Ibn Séoud, qui a su, avec intelligence, et face aux Britanniques, réunir les tribus de la péninsule arabique et bâtir le Royaume d’Arabie Saoudite. J’explique aussi le jeu des Britanniques, des Français et enfin des Américains dans cette question du contrôle des territoires depuis le 18e siècle jusqu’à l’entrée en jeu des États-Unis en 1945 et les accords du Quincy avec l’Arabie Saoudite (sécurité contre pétrole). Je reviens sur la façon dont les Britanniques ont signé des accords de protectorat dès 1892 avec les cheikhs du Koweït, de Bahreïn, du Qatar, d’Abou Dhabi, Dubaï, Charjah, Ras el-Khaïmah, Oumm al-Qaïwaïn et Fujaïrah. Le sultanat d’Oman, suite à un conflit franco-britannique, restera un territoire «neutre», même si les Britanniques ont toujours eu un privilège sur Oman.

Je citerai ce qu’a dit le futur roi Abdel Aziz Ibn Saoud, fondateur du Royaume, à Gertrude Bell, agent de liaison britannique basé à Bassora : «Je ne reconnaîtrai d’autre État arabe que celui que j’aurai bâti seul et à la pointe de mon épée…»

Le Pacte du Quincy, signé le 14 février 1945, est plus qu’une alliance, la naissance d’une puissance pétrolière mondiale.

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les Américains ont pris conscience de l’importance future des gisements pétroliers d’Arabie Saoudite. Le président Franklin D. Roosevelt, de retour de la conférence interalliée de Yalta, fera escale au large de Yanbu (à la grande surprise des Britanniques) et demandera à rencontrer le roi Ibn Saoud au milieu du canal de Suez, sur le croiseur Quincy, le 14 février 1945. Cette rencontre informelle permettra, entre autres, aux compagnies pétrolières américaines de s’approprier les gisements pétroliers saoudiens et de concurrencer ainsi les Britanniques qui s’étaient accaparé les gisements pétroliers en Irak et en Iran.

Les deux dirigeants conviennent d’un accord «Pétrole contre sécurité». Les États-Unis acceptent de protéger militairement le royaume saoudien en échange de son pétrole. Sans oublier que, depuis, la monnaie américaine a un statut hégémonique, en partie parce que 80 % des transactions pétrolières sont effectuées en dollars, mais aussi parce que le riyal saoudien est en parité fixe avec le dollar jusqu’à ce jour. Mais que vaut aujourd’hui cette protection en 2026 ?

Les accords d’Abraham, signés en 2020 sous l’impulsion des États-Unis de Trump, avaient pour objectif d’établir des relations diplomatiques et de renforcer la coopération économique, technologique et sécuritaire entre Israël (l’entité sioniste), les Émirats arabes unis, le Maroc, Bahreïn et le Soudan.

Aujourd’hui, ces accords sont considérés par certains comme un cheval de Troie permettant à l’entité sioniste de déstabiliser les pays arabes et voisins pour ses propres intérêts.

À écouter à ce sujet, l’interview d’un ancien membre du Saudi Shura Council, le cheikh Ahmed Altuwaijri.

L’accord entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, signé le 10 mars 2023, à Pékin, sous l’égide de la Chine, rétablit les relations diplomatiques entre les deux pays, rompues depuis 2016. Cette médiation chinoise marque une désescalade majeure (réouverture des ambassades) et souligne l’influence croissante de Pékin au Moyen-Orient face aux États-Unis.

L’Accord stratégique de défense mutuelle (MSDA) entre l’Arabie saoudite et le Pakistan, signé le 17 septembre 2025, formalise une alliance militaire unique dans la zone. Tout acte d’agression contre l’un est considéré comme une attaque contre les deux, avec une protection nucléaire implicite du Pakistan envers Riyad, redéfinissant l’équilibre sécuritaire régional.

En attendant la suite du déroulement du conflit, nos exportations sont conditionnées à l’augmentation des primes de transport maritime et de risque, ainsi qu’à des délais de livraison qui ne sont plus garantis.

Vigilance et anticipation sont de mise, en attendant une reprise normale des affaires en toute sécurité. Mais pour combien de temps !

* Consultant, président de Alwen International.

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